EDWARD MINER GALLAUDET
MEMORIAL LIBRARY
Gallaudet Collège
Kendall Green
Washington, D.C. 20002
Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur
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REVUE FRANÇAISE
LEDUCÀTION
des
S-MUETS
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
i cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
A. BÉLANGER
Officier d'Académie
Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société des Études historiques
CINQUIÈME ANNÉE
PARIS
GAL19flfl)ET COLLEGE [
WASHINGTON, 1). ^
REVUE FRANÇAISE
DE I/KDUCATION
des
SOURDS-MUETS
Î63955
REVUE FRANÇAISE
DE LEDUCATION
des
SOURDS-MUETS
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
A. BÉLANGER
Officier d'Académie
Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société des Études historiques
CINQUIÈME ANNÉE
PARIS
Imprimerie Eug. BÉLANGER 223, r. St-Jaeques
1889-1890
Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sôurds-Muets
5™ année. N° 1 Avril 1889
DESEINE
Sculpteur sourd-muet, élève de l'abbé de l'Épèe
Cette figure d'artiste sollicite tout particulièrement la
sympathique curiosité <ie ceux qui prennent Mtérét à
reconstituer les premières pages, un peu effacées par le
temps, de l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets
en France. En effet, Deseine est le premier des élèves
de l'abbé de l'Épée qui se soit distingué par un talent
réel dans la carrière des beaux-arts. Ce talent même
n'est-il pas alors un éclatant témoignage des résultats que
pouvait atteindre l'illustre maître, dans le développement
intellectuel des malheureux qu'il s'était imposé la noble
mission de rendre à une société qui, jusqu'à lui, les avait
impitoyablement rejetés de son sein?
La biographie de Deseine est encore à faire. Je n'ai
pas les éléments nécessaires pour remplir convenable-
ment cette lacune. Je suis parvenu tout simplement à
recueillir cà et là quelques notes entre lesquelles on
trouvera des vides, que tôt ou tard des' recherches plus
heureusement conduites finiront peut être par combler.
Un seul biographe a consacré quelques lignes à notre
sculpteur: c'est M. Bellier de la Chavignerie, dans son
ouvrage intitulé : Les artistes français du 18" siècle
oubliés ou dédaignés (Paris, Renouard, 1865), puis dans
son Dictionnaire général des artistes {1868), repris
depuis et mis à jour par Louis Auvray..
— 6 -
En dehors des renseignements trop laconiques fournis
par M. de la Ghavignerie, il y a bien quelques livres qui,
en s'occupant des sourds-muets à un titre quelconque,
mentionnent incidemment l'artiste Deseine; mais
malheureusement c'est le plus souvent pour augmenter,
par des erreurs, l'obscurité qui s'est faite autour de son
nom. On s'est laissé entraîner à le confondre avec un
autre Deseine, sculpteur d'une réputation plus étendue,
dont la vie est connue et dont les œuvres se remarquent
encore aujourd'hui dans quelques-uns de nos monuments
publics.
On ne connaît pas la date de la naissance de Deseine.
Dans sa troisième lettre â M. l'abbé de ***, en 1773,
l'abbé de l'Épée consigne, avec un légitime orgueil»
qu'un très habile architecte lui a dit : «qu'étant entré
dans l'atelier d'un sculpteur, où il y avait plusieurs
ouvriers, il n'avait-pu faire comprendre sa pensée qu'à
un seul d'entre eux. Or, ajoute-t-il, c'était un sourd et
muet de naissance qui venait prendre mes leçons. »
Ce sourd-muet était Deseine. L'abbé de l'Épée ne
donne pas le fait qu'il raconte comme s'étant passé tout
récemment. Supposons raisonnablement qu'il remontait
à 1770 : son élève Deseine aurait été en même temps, à
cette époque, un ouvrier d'une vingtaine d'années, et
nous poumons ainsi admettre qu'il est né vers 1750.
D'autre part, nous savons que Deseine a été élève de
Pajou. Il s'agit donc, dans le récit de l'abbé de l'Épée, de
l'atelier de cet éminent statuaire et de l'ouvrier Deseine
alors employé, comme praticien, à dégrossir et à mettre
au point les nombreux et importants travaux du maître.
Or, Pajou était né en 1730. Si nous lui donnons, par une
juste estimation, une vingtaine d'années de plus qu'à son
élève, c'est encore vers 1750 que nous faisons naître
celui-ci. Il est impossible que nous soyons loin de la
vérité.
Jevous ferai remarquer, en outre, que c'est précisément
en 1730 qu'est né son homonyme Louis-Pierre Deseine,
dont la notoriété, attachée à un Grand-Prix de Rome et
— 7 —
au titre d'académicien, devait rejeter dans l'ombre la
modeste personnalité de notre artiste sourd-muet. Ils
vivaient, en effet, au même temps, s' avançant en quelque
sorte parallèlement dans la carrière, et même paraissant
avoir atteint tous les deux, à la même heure, la plénitude
de leur talent. Pendant que notre Deseine, ainsi que je
vous le montrerai plus loin, se faisait remarquer pour la
première fois, en 1782, par une exposition de ses oeuvres
au Salon dit de la Correspondance, l'autre était à Rome
en qualité de Grand-Prix de 1780. Et c'est encore au
moment où ce dernier était reçu membre de l'Académie
(mars 1791), que notre artiste sourd-muet obtenait ses
plus sérieux succès.
*
On n'a rien dit de la famille de Deseine. En 1840, dans
une circonstance que je rappellerai en son temps, un
mécanicien, nommé Durand, s'est tout à coup révélé
comme le neveu et l'héritier de l'artiste. Ayant alors ce
parent sous la main, on eût bien fait de lui demander sur
son oncle les détails qu'on ne sait où aller éprendre
aujourd'hui. On a même négligé de s'enquérir auprès de
lui du prénom de Deseine, que nous ne trouvons cité
nulle part.
Si près de la vérité que soit une hypothèse, elle reste
toujours avec la tache originelle de toutes les hypothèses:
tout le monde peut la rejeter par un simple signe de
dénégation. Le lecteur fera ce qu'il voudra de celle que
je vais lui soumettre.
Deseine ayant exposé aux Salons de 1791 et 1793, et
les livrets de ces Salons fournissant, comme ceux d'au-
jourd'hui, les adresses des artistes exposants, j'ai trouvé
que Deseine demeurait « Hôtel des Ecuries d'Orléans,
rue de Provence. »
Je me suis alors demandé à quel titre notre artiste
logeait dans une dépendance des bâtiments aflectés à la
— 8 —
Maison du duc d'Orléans, et j'ai cherché quels étaient
les autres habitants de ce domaine royal. J'ai découvert
que là était installé « M. Deseine, adjoint en exercice à
l'audiencier garde des rôles de la Chancellerie. » Sans
aucun doute notre Deseine vivait avec sa famille et très
probablement l'adjoint qudiencier était son père.
Ce fonctionnaire avait son appartement à l'hôtel de la
rue de Provence depuis 1788 et faisait partie, depuis
1786, de la Maison du 5 e duc d'Orléans qui avait laissé
son titre de duc de Chartres l'année précédente, à la mort
de son père.
En voyant le père présumé de Deseine attaché, par sa
charge, au prince qui allait bientôt devenir Philippe-
Egalité, on peut s'expliquer, par l'influence du milieu où
se passait sa vie, la tendance de notre artiste à traiter
de préférence, comme onle verra, des sujets révolution-
naires.
Ici se place une autre observation qui servira à rectifier
une erreur que j'ai rencontrée chez les écrivains qui ont
eu à parler, si peu que ce soit, de Deseine. Ils l'ont
présenté comme sculpteur du Roi et ils lui ont découvert
un logement au Louvre. Cest l'autre Deseine, Louis-
Pierre, l'académicien, qui logea, comme ses confrères,
Cour du Louvre. 11 pouvait avoir le titre de sculpteur du
Roi; il avait en tout cas celui de sculpteur du prince de
Condé. Ce Deseine, contrairement aux penchants du
sourd-muet, s'attacha à produire surtout des ouvrages
qu'aujourd'hui nous appellerions réactionnaires. 11 a
même laissé des] écrits empreints du caractère de ses
œuvres plastiques.
Cherchons maintenant à rassembler ce qu'il nous sera
possible des ouvrages de Deseine.
On sait qu'avant le décret de l'Assemblée Nationale
— 9 —
du 21 août 1791, les membres de l'Académie de peinture
et de Sculpture avaient seuls le droit d'exposer leurs
travaux au Salon officiel du Louvre. Toutefois, il y avait
d'autres expositions artistiques, dues à des entreprises
privées. Telles étaient celles de Y Académie de <S' Luc et
l'exposition dite de la Jeunesse, place Dauphine. Deseine
n'y a pas figuré.
11 existait, en outre, place S' André-des-Arts, â l'hôtel
de Villayer, un ' établissement dit: « Correspondance
générale et gratuite pour les sciences et les arts.»
Cet établissement ouvrait gratuitement un Salon
destiné à servir, « à la manière des bourses de commerce,
de point de réunion aux talents en tous genres et à tous
les ouvrages qu'ils peuvent produire. » Disons que ce
Salon faisait une concurrence sérieuse aux expositions
de l'Académie royale.
Deseine y envoya, au mois de Juin 1782, les œuvres
suivantes, que je relève sur la liste publiée par la
feuille hebdomadaire de la Correspondance :
N° 32 — Une figure représentant V Amitié, exécutée
en plâtre, par Deseine, sculpteur, sourd et muet de
naissance, élève de Pajou;
33 — Un autre représentant un enfant donnant la
volée à un moineau, terre cuite;
34 — Le buste de M. le baron de Bezenval, en
plâtre ;
35 — Le buste de M. le vicomte de Ségùr, terre
cuite ;
36 — Le buste de M. le vicomte d'Argental, en
plâtre.
Le j ournal « Nouvelles de la République des lettres et des
arts » en donnait cette appréciation, dans laquelle on fera
bien de ne voir que la bonne intention : « Ces ouvrages
portent le caractère du mérite que l'on peut désirer â
chacun d'eux : la manière antique, de belles formes et de
la ressemblance. L'artiste se fait louer autant qu'il est
malheureux par la privation de l'ouïe et de la
parole. »
— 10 —
Lorsque Deseine modelait ces figures et ces bustes,
il n'avait pas encore vécu dans l'atmosphère de la maison
du duc d'Orléans.
Une parenthèse : En 1782, le comité du Salon de la
Correspondance voulant « rendre un hommage continuel
aux Sciences et aux Arts, dans les personnes de ceux
qui les cultivaient avec le plus de succès, » avait décidé
que les portraits de ces personnes orneraient la salle
des expositions.
Parmi ces portraits figurait celui de l'abbè de l'Épée
{A suivre)
Th- Denis
CAUSERIE PÉDAGOGIQUE.
Du rôle de l'articulation dans l'instruction orale
du sourd-muet
Le titre que nous donnons à cette causerie pédagogique
ne répond peut être pas aussi exactement que nous le
voudrions à notre pensée, puisse-t-il cependant attirer
l'attention de nos lecteurs et leur inspirer quelques
réflexions salutaires, tel est le plus grand de nos désirs.
J'ai entendu faire bien souvent, par des professeurs de
sourds-muets, cexte réflexion trop judicieuse hélas ! Nos
élèves parlent, articulent mieux au début de leur ins-
truction, que lorsqu'ils avancent dans le cours de leurs
études ; leur parole, au lieu de s'améliorer, devient alors
moins claire, moins intelligible.
— 11 —
Cherchons les causes de cette modification, peut
être nous montreront- elles les remèdes à y apporter.
Tous en France, ou à peu près, faisons de la méthode
orale; mais sommes-nous devenus tous des oralistes
convaincus?
Envisageons nous tous la méthode orale de la même
manière? — La pratiquons-nous de la même façon?
Sans doute, chacun de nous est convaincu que laparole
est pour le sourd-muet le meilleur présent que puisse
lui faire son éducateur.
Chacun de nous s'applique de son mieux à lui en don-
ner les éléments et le mécanisme. C'est bien la parole
qui dans nos classes est la base, le pivot de l'enseigne-
ment. — C'est donc bien la méthode orale'qui règne, me
répond ra-t-on. Que voulez-vous de plus ? — La méthode
orale, répondrai-je. Sans doute, nous sommes tous
d'accord sur ces points importants. Mais sommes-nous
persuadés que tout ce que le sourd-muet ne pourra pas
dire avec une parole compréhensible, tout ce qu'il ne
pourra pas lire d'une façon exacte sur les lèvres de son
interlocuteur sera pour lui une acquisition à peu près
inutile ?
J'entends bien des exclamations sejproduire, comment,
est-ce à dire que jusqu'à l'introduction de la méthode
orale, l'instruction acquise par les sourds-muets, leur
était d'aussi peu d'utilité ?
Evidemment non, et nous n'avons nullement l'intention
do prétendre que nos maîtres, pour lesquels nous pro-
fessons le plus profond respect et la plus sincère recon-
naissance n'ont pas rendu à nos malheureux élèves de
très grands services. Que de choses, que d'instruments
délaissés aujourd'hui ont eu, eux aussi, leurs moments
de succès et n'en sont pas pour cela regrettés; nos musées
sont remplis de ces vieilleries que nous admirons, mais
dont nous ne voudrions certes pas nous servir.
Quel est le but que nous poursuivons en instruisant le
sourd-muet? Le rendre apte à tenir sa place dans la
société, le mettre à même d'exprimer ses besoins, ses
— 12 —
désirs, lui fournir les moyens de communiquer avec ses
semblables. — Evidemment ni les signes, ni la dacty-
lologie ne pouvaient être pour lui un moyen de commu-
nication; si nous écartons momentanément la parole il ne
nous restera que l'écriture.
Je demande, en toute sincérité, à ceux qui ont vécu
avec des sourds-muets, ce qu'ils pensent de ce moyen
pour ma part je n'hésite pas à affirmer que les difficultés
d'une conversation soutenue de cette façon, les lenteurs
de ce procédé le font rejeter bien souvent même par ceux
qui ont acquis une instruction dépassant la moyenne.
Avec la parole, au contraire, nous avons la langue de
tous, des pauvres comme des riches, des humbles aussi
bien que des savants, c'est là véritablement lalangue de la
Patrie. L'écriture permettra bien au sourd de corres-
pondre àiec ses amis; mais combien parmi nous écrivent
peu ou point de lettres.
La parole sera donc pour lui, le seul moyen decom-
muniquer avec ses semblables et voilà pourquoi nous
disions plus haut et; nous ne cesserons de répéter que si
la parole du sourd n'est pas compréhensible, si la lecture
sur les lèvres n'est pas sûre, l'instruction qu'il a acquise,
sera pour lui lettre morte dans ses rapports avec la
société.
Il est donc d'une importance capitale que la parole du
sourd s'améliore au lieu de s'altérer, se perfectionne au
lieu de dégénérer. Je sais bien que quelques professeurs,
peu nombreux, 'il'est vrai, 'prétendent! que l'articulation,
une fois acquise, n'est susceptible d'aucun perfectionne-
ment et partant de ce principe, se préoccupent unique-
ment de développer l'instruction de leursélèves. Si la pa-
role est bonne, tant mieux, si l'instrument est mauvais, l'air
que l'on jouera avec aura le talent de l'améliorer. Je ne
crois pas nécessaire de réfuter ce système qui est par
lui-même la négation du progrés dans tout et qui porte
certainement à nos élèves le plus grand préjudice.
Si nous abandonnons à elle-même, dès le début, la
parole de nos enfants, elle ne pourra que se dénaturer,
— 13 —
l'esprit de l'élève se portant de préférence sur le déve-
loppement de la langue, il soignera^noins sa prononcia-
tion, sans compter les défauts qui s'enracineront de plus
en plus.
Arrivons à un autre système, plus employé, celui-là.
De l'articulation, j'en fais continuellement, nous dit le
professeur, je la corrige à tout moment. Lorsque mes
élèves parlent, je les arrête pour remédier à leur mau.
vaise prononciation. On corrige, on corrige toujours, et
le professeur finit par constater que la parole de ses
élèves est moins compréhensible. La raison en est bien
simple, c'est que l'on ne corrige rien ou plutôt les cor-
rections portent sur des fautes de lecture et non sur les
véritables défauts d'articulation, si l'élève dit je mangea
pour dire je mangeai, vite on rectifie, mais si la ; est
défectueux, il passe, si le son e est mauvais, il continuera
à l'être.
Que faire alors ? Pour arriver au but, mon Dieu, agir
bien simplement, continuer ce que Ton avait si bien
commencé, faire de l'articulation, ne pas se borner à
donner à l'élève un instrument plus ou moins mauvais,
mais le perfectionner chaque jour, l'améliorer, pour cela,
suivre l'exemple du pianiste qui fait des gammes, qui se
délie les doigts avant de passer à l'étude d'œuvres nou-
velles.
Pour le sourd»muet,les gammes, ce serontdes exercices
de respiration amenant le sourd-muet à ménager son
souffle, des exercices de syllabation combinant les diffé-
rents sons, les différentes articulations, la voix elle-même
ne sera jamais négligée, inutile d'ajouter que les sons
défectueux devront être continuellement l'objet de soins
spéciaux.
Nous ne saurions trop engager nos confrères à consa-
crer chaque jour un temps spécial à ces exercices, non
seulement pendant la l ro année, mais pendant le cours
complet des études; avec un peu de'tact de la part du
maître, les élèves accompliront ces exercices avec plaisir
pour leur plus grand profit.
— 14 —
En agissant de cette façon, la parole de nos élèves
s'améliorera, et nous obtiendrons des résultats plus
pratiques.
Je sais bien l'objection que l'on fait à cette manière
de procéder, vous perdez, nous dit-on, un temps pré-
cieux, vos élèves n'acquerront qu'une partie des connais-
sances qui leur sont nécessaires. Une réponse complète
à cet argumentnous entraînerait trop loin, ce sera pour un
prochain article; mais serait-il juste que je n'hésiterais pas
à passer outre, je préfère de beaucoup voir nos élèves
parler distinctement, avoir un champ d'idées, d'expres-
sions, moins vaste, mais pouvant communiquer à tous ce
qu'ils ont acquis, en un mot, se servir de la parole.
C'est ainsi que nous ferons de la véritable méthode
orale en formant des sourds parlant.
Ad. Bélanger
Henri KELLER
IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE
Contemporain de l'Abbè de l'Epèe
Sur l'enseignement des Sourds-Muets
(Suite) (1)
Je n'en suis guère arrivé qu'à moitié chemin dan^
l'exposé des idées de Relier etje voudrais espérer que
les lecteurs de la Revue ne trouveront pas ce chemin
trop long. Les pages dont je vais donner la traduction
en abrégeant quelques développements et en supprimant
les questionnaires destinés aux élèves auront, je pense,
cet intérêt de révéler, comme les passages que j'ai cités
précédemment, un esprit droit et net. Elles n'ont pas
(1) Voir Revue Française, n 05 de Décembre 1888 et Janvier 1889
— 15 —
sans doute un caractère bien original, mais il est des
matières où c'est déjà beaucoup que de penser juste
même en se tenant â la suite de ses devanciers. Je fais bien
entendu toutes réserves à l'endroit des théories qui
concernent l'emploi simultané des signes et de la
parole et dont j'ai eu l'occasion de dire un mot par
avance.
Questions sur la Logique.
Des idées
La Logique est l'art de penser avec justesse pour arriver à
la connaissance de la vérité.
Les idées sont la représentation des choses dans notre
esprit.
Pour rendre ceci clair aux yeux de l'élève au moyen
d'exemples et pour lui en donner dans une certaine mesure l'in-
tuition, on peut lui expliquer que les choses qui sont en
dehors de nous apparaissent à notre esprit comme on voit se
refléter dans une eau limpide ou dans un miroir les images des
maisons, des arbres, du firmament. Ou bien, après avoir mis
quelque temps devant lui un certain objet, comme une fleur,
on lui ordonnera de fermer les yeux et de tracer en l'air avec
le doigt l'image de cet objet. En même temps on lui touchera
le front et on lui donnera à comprendre que l'idée, la repré-
sentation de la fleur est en présence de son âme.
Je ne puis m'empêcher d'interrompre ici le vieux
maître pour souligner l'aveu inconscient d'impuissance
des méthodes allégoriques contenu dans ces seuls mots:
" En même temps on lui touchera le front et on lui
donnera à comprendre.." On lui donnera â comprendre !
mais c'est là tout le problème, c'est le grand pas à fran-
chir. Et qui nous assure que ce pas sera franchi ?
Combien n'avons-nous pas à préférer la méthode qui
s'attachera â provoquer tout simplement la production
d'un acte intellectuel ou à profiter d'une circonstance
dans laquelle il se produit naturellement pour appliquer â
cet acte sous la forme grammaticale du verbe le mot
correspondant de la langue parlée. On fera penser l'élève
et à ce moment même on lui dira qu'il pense. Ce qu'il y
a de curieux, c'est que Keller avait très nettement
— iô -
-entrevu et signalé la possibilité de suivre une telle
marche qu'il semble abandonner lorsqu'il serait le plus
nécessaire d'y recourir. J'ai rappelé (page 206 du volume
de 1888-89 les termes dont il s'est servi pour exprimer
â cet égard une idée aussi juste que féconde.
Idées claires. L'idée d'une chose ;dans notre esprit est claire
lorsque nous pouvons faire la distinction de cette chose d'avec
une autre. Au contraire l'idée est obscure lorsque nous ne
pouvons pas faire cette distinction.
Pour faire comprendre ceci à l'élève, on peut lui montrer, par
exemple, dans une boîte à couleurs, la couleur rouge, lui faire
voir que le rouge n'est pas noir, ni bleu, ni jaune, ni vert,
et".. On fera la même chose pour d'autres couleurs. Si on lui
montre, au contraire, ces diverses couleurs dans un endroit
obscur, â une faible lumière, il ne pourra les distinguer aisé-
ment les unes des autres et par conséquent ne pourra s'en
former qu'une idée obscure.
Idées précises. L'idée ou la représentation d'une chose est
précise lorsque nous pouvons non seulement distinguer cette
chose des autres, mais encore reconnaître et exprimer par des
mots les earactères, les signes qui la différencient des autres.
L'idée manque de précision dans le cas contraire.
On peut faire comprendre ceci â l'élève par des exemples de
toute sorte. Ainsi on lui demandera : Qu'est-ce que l'envie?
L'envie est un chagrin que l'on ressent du bonheur des au-
tres. Qu'est-ce qu'un esprit ? C'est une substance douée d'in-
telligence et de volonté.
Idées complètes. Une idée complète est celle qui nous permet
de saisir clairement et de détailler tous les divers caractères et
signes par lesquels une chose se distingue des autres. Elle
est incomplète dans le cas contraire.
Idées particulières et idées générales. La représentation d'une
chose isolée dans notre esprit est une idée particulière. Les
idées générales sont celles qui représentent à notre esprit une
série de plusieurs choses ayant un caractère commun.
L'idée de Jean, de Henri, d'un cheval, d'un brochet sont des
idées particulières. Les idées de jeune garçon, de poisson et
d'animal sont des idées générales.
Espèces, genres. L'idée de la ressemblance que présentent
entre eux des objets particuliers est l'idée d'espèce. La res-
semblance des espèces donne naissance à l'idée de genre.
Pour rendre accessibles les idées' d'espèce et de genre, le
maître écrira les noms d'une série d'objets appartenant aune
— 17 —
même espèce et réunira ces noms par une accolade en face de
laquelle il ajoutera le nom de l'espéee.
Pierre \Espèce [ Aigle
Paul | ! Moineau
Marie [hommes ! Alouette
Ursule | I Poule
oiseaux
Lion
Ours
Loup
Chien
I
quadrupèdes
On peut inculquer de même les idées de genre en réunissant
par une accolade les noms d'espèces elen mettant en regard le
nom du genre.
Djs mots et des définitions
Les mots sont formés par les sons articulés qui nous servent
à exprimer et à communiquer nos pensées. Le sourd-muet,'
dépourvu totalement du sens de l'ouïe ne peut pas plus se
faire une idée des sons qu'un aveugle de la lumière et des
couleurs; mais dès que l'art de son maître lui a appris a for-
mer des sons articulés, à prononcer distinctement toutes les
lettres, toutes l"s syllabes, tous les mots, l'ouïe se trouve
remplacée pour lui par la sensation intérieure qui lui donne
conscience de la production d" chaqu» son et lui fait distinguer
les sons les uns des autres. Il a dans ses organes intérieurs
de l'ouïe une sensation de l'articulation analogue à celle que
produit, pour l'entendant le. son articulé Lors donc qu'il est
question de sons articulés, il entend par cette expression les
sensations d'articulation.
Un mot qui n'est pas lié à une idée est un non sens. Un mot
que nous associons à une idôi obscure est une expression
obsenre. Des mots qui sont liés à des idées précises sont dos
expressions précises. La liaison des mots constitue le discours.
La définition est une représentation précise, complète d'un
objet dans notre esprit, exprimée avec des mots précis.
Des Jugements et des propositions
La liaison ou la dissociation de deux idées constitue un
jugement. Un jugpment exprimé par des mots est une propo-
sition.
Dans toute proposition l'on trouve : 1° Une chose qui fait
l'objet d'une affirmation ou d'une négation, c'est le sujet. 2°
ce qu'on affirme ou ce qu'on nie, c'est l'attribut. 3° enfin, le
signe de liaison ou de séparation appelé moyen terme à titre
d'idée intermédiaire entre les deux autres.
Une proposition catégorique est celle dans laquelle l'attribut
est assigné sans condition au sujet. Une proposition hypothé-
tique est celle dans laquelle l'attribut n'est assigné au sujet
que sous une certaine condition.
— 18 —
Une proposition générale est celle dans laquelle le sujet est
pris comme terme général, l'attribut s'appliquant â tous les
êtres ou objets particuliers compris dans l'idée générale. Au
contraire, une proposition qui exprime un jugement particu-
lier est celle dans laquelle le sujet est quelque chose de parti-
culier : Cet homme est riche. Cet enfant est obéissant.
Du raisonnement et du syllogisme
Le raisonnement est une opération de l'esprit en vertu de
laquelle on tire de la comparaison de deux jugements reufer-
mant une idée commune un troisième jugement. Le raisonne-
ment exprimé à l'aide des mots s'appelle syllogisme.
Tout syllogisme doit renfermer 3 idées (ou termes), ni plus,
ni moins, lise compose de trois propositions dont la première
se nomme majeure, la deuxième mineure, la troisième conclu-
sion. Les deux premières portent, l'une et l'autre, le nom de
prémisses,
La majeure est la proposition dans laquelle l'attribut de la
cpnelusion se trouve lié au moyen terme.
La mineure est la proposition dans laquelle le sujet de la
conclusion se trouve lié au moyen terme.
La conclusion est la proposition du syllogisme que l'on déduit
de la comparaison des deux termes différents trouvés dans les
prémisses.
Le grand terme est l'attribut de la conclusion. Le petit terme
est le sujet de la conclusion. Le moyen terme est, comme il a
été dit, celui qui sert de liaison entre l'attribut et le sujet de
la conclusion.
La première prémisse d'un syllogisme doit toujours être
une proposition générale affirmative ou négative. La seconde
peut être une proposition particulière affirmative, La conclu-
sion ne peut être que particulière et non générale.
Pour rendre sensible, accessible à l'intuition de l'élève la
construction du syllogisme et pour lui en imprimer plue pro-
fondément les règles dans la mémoire, le maître peut se servir
des signes suivants: On désigne par les trois initiales M, m et
C, les trois propositions du syllogisme. Les n os l,2, 3 désignent
respectivement le sujet, la copule ou mot qui relie entre eux
le sujet et l'attribut, enfin l'attribut lui-même. Le sujet de la
conclusion cherchée est représenté par la lettre X. Exemple :
1 2 3
Majeure (M) Tous les êtres pensants sont des esprits
Prémisses X 2 1
Mineure (m) Or l'àme est un être pensant
X 2 3
Conclusion (C) Donc l'àme est un esprit
— 19 —
A l'aide de ces signes ou peut faire apercevoir nettement à
l'élève que le moyen terma désigné, par le n° 2 est commun
aux deux prémisses et doit se retrouver daus la conclusion.
De plus on peut lui montrer que le sujet de la seconde prémisse
est en même, temps celui de la couclusion, tandis que l'atlri-
but de la première prémisse forme l'attribut de la conclusion,
en sorte que cette dernière ne doit comprendre que les trois
termes représentés par 2, X et 3.
Autre exemple :
1 2 3
M. Tous les vices corrompent l'àine
X 1
m. Or l'avarice est un vice
X 2 3
C. Donc l'avarice corrompt l'àme.
Comme cette figure de syllogisme, (autrement dit : ce mode
de disposition du moyen terme), est la figure la plus complète,
celle à laquelle toutes les autres peuvent aisément se ramener,
je crois superflu de surcharger l'esprit des élèves d'un surcroit
de formes et de règles. Il vaut beaucoup mieux Leur enseigner
à mettre sous la forme de syllogisme régulier le résultat de leurs
propres réflexions et à se servir avec application de ce procédé
Autant l'abus du syllogisme peut compromettre la rectitude du
jugement, autant l'usag" en est avantageux et nécessai-
re pour amener le soard-muet à penser par lui-même.
C'est le moyen de lui faire concevoir des propositions et
des idées générales, de l'habituer à l'abstraction, de lui faire
acquérir l'aptitude à comparer les idées, à juger, à conclure'
toutes choses qui sont pour lui de la plus haute utilité. Beau-
coup de savants distingnés en sont encore aujourd'hui à
considérer les sourds-muets comme des espèces d'automates
chez lesquels tout se borne à un travail de mémoire et dont
les réponses faites aux questions qu'on leur pose ne mettent
enjeu que quplque chose de purement mécanique. Ils se per-
suadent qu'il est impossible de les am"ner à penser et à réflé-
chir par eux-inêmes et j'accorde volonliers que dans les réponses
aux questions, la mémoire joue un grand rôle, le rôle principal
peut être, que tout se fait au moyen d'un certain mécanisme
qui n'a rien d° commun avec une pensîe personnelle. Mais ne
devons-nous pas reconnaître qu'il en est ainsi de tout ce c,ue
les jeunes entendants eux-mêmes apprennent à l'école, au
collège? Qu'y a-t-il en cela autre chose qu'un travail de
mémoire? Le travail de réflexion personnelle est un fruit des
années de maturité et ne peut se produire que lorsqu'une cer-
taine quantité da matériaux a été amassée dans la jeunesse.
Mais peut-on en dire autant d'un syllogisme [régulier qu'un
— 20 —
jeune garçon aura formé d a lui-même ? J'en doute beaucoup.
Aussitôt qu'un élève sait tirer de son esprit un syllogisme
régulier ayant trait aux choses qui se présement à lui. dans le
cours de la vie ou à ce dout il a conservé l'idée d'après les
leçons de son maîlre; ou encore, s'il peut, lorsqu'une des
propositions d'un syllogisme aura été écrite devant lui, tirer de
sa réflexion les deux autres proposilions, je crois qu'on ne
saurait lui dénier plus longtemps l'aptitude à abstraire à com-
parer, à juger; qu'on doit lui reconnaître, au contraire, la
faculté de penser par lui-même.
Or. je connais de jeunes sourds-muets dont le plus âgé n'a
pas 13 ans et qui, tous les jours, à certaines heures, même en
l'absence du maître, couvrent le tableau de toute une série de
syllogismes établis dans la meilleure forme et tirés de leur
propre fonds, auxquels on n'a rien à reprendre.
Il n'y a pas longtemps, qu'en présence d'une princesse d'Al-
lemagne, un savant étranger écrivit, sous les yeux d'un de ces
élèves la proposition suivante : « Tous les princes sont hom-
mes. » Après un peu de réflexion, le jeune garçou ajouta les
deux propositions que voici ; « Or, l'empereur est un prince,
donc l'empereur est un homme. On écrivit sous les yeux d'un
autre enfant: «Tous les fruits des arbres fruitiers sont bons. »
Immédiatement il compléta le syllogisme en ajoutant : « Or,
les poires sont des fruits. Donc les poires sont bonnes. »
J'aurais souhaité, je l'avoue, trouver ici au moins-
quelques conseils généraux au sujet des précautions à
prendre pour user du syllogisme avec prudence. Plus on
sepique d'une rigueur mathématique dans les déductions
que l'on tire, plus on court fatalement au devant de l'erreur
lorsqu'on édifie un raisonnement sur une base fausse,
sur des prémisses insuffisamment vérifiées ou employées
avec un degré de généralité qui ne leur appartient pas.
Tout cela semble, au premier abord, trop simple pour
qu'il soit besoin de le dire, mais que de gens l'oublient
dans la pratique, soit que leurs pensées se déroulent
sous la forain précise et méthodique du syllogisme, soit
qu'elles revêtent une forme plus flottante et qui prête
moins à une analyse rigoureuse.
Je ne voudrais pas, au surplus, trop chercher querelle
au bon Keller pour avoir omis de compléter en ce sens
l'aperçu qu'il donne du syllogisme. Dire tout le néces-
— 21 —
saire et ne dire que cela n'eût pas été une tâche facile
et puis ne voyez-vous pas que ces jeunes sourds-muets
de sa connaissance, qui cultivent le syllogisme avec un si
louable entraînement, ce sont ses élèves et qu'il est tout
à la joie du triomphe? Songez donc ! ses élèves interro-
gés en présence d'une Altesse, ses élèves achevant, à
la satisfaction de tous les assistants, un syllogisme com-
mencé par un grand personnage, un chambellan peut-
être ! Quel sujet de douce et paternelle satisfaction pour
le maître lui-même! Je conviens qu'un juge tant soit
peu sévère aurait lieu de trouver assez médiocres les
résultats de l'épreuve, mais ne faut-il pas s'en prendre
surtout à ce digne chambellan un peu embarrassé, ce
semble, de son rôle d'examinateur? L'une de ses propo-
sitions: « Les fruits des arbres fruitiers sont bons », pour
être inoffensive, n'est pas d'une exactitude absolue
dans sa généralité. L'autre proposition : « Un prince est
un homme », incontestable, celle-là, ne laissait pas que
d'être passablement périlleuse. Que fût-il advenu si l'élève
deKeller, préoccupé, avant tout, decette idée,trop natu-
relle et trop juste hélas ! que tout homme est mortel, avait
conclu par l'expression d'une vérité peu agréable à faire
entendre à l'auguste visiteuse : «Donc un prince est
mortel: »? Le petit sourd-muet a, par bonheur, évité cet
écueil. Qui sait si ce n'est pas à dessein qu'il a préféré se
tenir dans le terre-à-terre d'un raisonnement aussi peu
compromettant qu'insignifiant, montrant ainsi ta pru-
dence d'un philosophe consommé ? Et qu'on vienne dire
après cela qu'un cours de philosophie ne sert à rien !
O. Claveau
[A suivre)
— 22 —
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
de
Tous les ouvrages parus en France ou en Langue Française
sur l'enseignement des
SOURDS- MUETS
Suite
Houdin (Aug.) Un concert vocal de sourds-muets.
Réponse d'un instituteur spécial à un écrivain fantai-
siste. ln-8, librairie nouvelle, 1875.
Hugentobler (J.). Programme et plan d'études du Pen-
sionnat des sourds-muets de Lyon. Extrait du compte
rendu du Congrès universel de Paris, pour l'amélio-
ration du sort des sourds-muets. 1878.
Inauguration du buste de l'abbé de l'Épée dans la salle
des séances publiques le 11 Mai 1840. ln-8, 28 p.
Paris, Tersuolo, 1840.
Jullian (L.) Orthophonie, Méthode naturelle ou physio-
logique de lecture-écriture et d'orthographe, au
moyen de laquelle on peut enseigner la lecture dans
les écoles primaires, donner la parole aux sourds-
muets et corriger les vices de prononciation, avec 40
figures dans le texte. 1880.
Laurent de Blois (A.) Exercices de grammaire élémen-
mentaire pour servira l'instruction d'un jeune sourd-
muet. In-8, Blois, 1825.
Liège {Institution de). Rapports annuels.
Rapport sur les travaux de la commission adminis
trative depuis l'aDnèe 1830.jusques inclus 1838 et sur
l'état actuel de l'instruction dans l'Institut. n In-8, 52 p.
Liège, H. Dessein, 1839.
Voir Rev,ue Française depuis le N° 1 de la 4 e année.
— 23 —
Notice historique, règlement, programmes et
documents statistiques. Publication offerte aux bien-
taiteurs de l'Etablissement et accompagnée de deux
études sur le sourd-muet et l'aveugle, par M. Durup
de Baleine, ln-8, vi et 94 p. Liège, H. Dessain, 1859.
Annuaires depuis 1865 jusqu'à cette année. In-8
Mènière (D r P.) Deuxième lettre à un médecin sur les
sourds-muets qui entendent et parlent. In-8, 12 p.
Paris, Mevrel.
MÉTHODE (considérée au point de vue pratique)
Enseignement de la parole.
Épée (l'abbé de l'). L'art d'enseigner à parler aux
sourds-muets de naissance. (V. Institution des sourds et
muets et La véritable manière, etc. (1776, 175).
Deschamps (l'abbé). Cours élémentaire d'éducation
des sourds et muets, etc. (1779).
— De la manière de suppléer aux oreilles
par les yeux, etc. (1 780).
Sicard (l'abbé). L'art d'enseigner à parler aux sourds-
muets de naissance, (L'abbé de l'Épse), augmenté de notes
explicatives. (1820).
Bébian. Manuel d'enseignement pratique, etc. L'art
d'enseigner à parler, etc. (1827).
Ladrent de Blois (Alph). La parole rendue aux
sourds-muets. (1831.
Vaïsse (Léon). Le mécanisme de la parole, etc.
(1838).
— Principes de l'enseignement de la parole
aux sourds de naissance, etc. (1870).
Puybonnieox. La parole enseignée aux sourds-mnets.
etc, (1843).
Pirodx. Méthode pour l'enseignement etc. Tome I.
Eléments de la parole (1860).
Cyrille (F.) L'articulation. Guide, etc. d'après Hill.
(1872).
Magnat. Cours d'articulation. (1874).
Colombat (E.) Méthode rationnelle d'articulation, etc.
1875).
— 24 —
Hugentobler (J.) Cours d' articulation, etc. (1876.)
Valade-Gabel(J. J.) et Valade-Gabel (A.) La parole
enseignée aux sourds-muets, etc. (1878).
Pierre-Célestin (F.) Livre tableau contenant des
exercices d'articulation, etc. (1878.
— Exercices d'articulation, etc. (1878).
— Cours d'articulation, etc. (1881).
Delaplace. Articulation française. (1881).
Grosselin (A.) Manuel de la phonomimie (1881).
Dupont. La voix du sourd. (1882).
Goguillot (L.) De la période préparatoire, etc-
(1883).
M.. B.. (Frère,). Méthode d'articulation et de lecture
sur les lèvres, etc. : Livre du maître, Livre de l'élève,
1 ; Livre de l'élève II. (1885).
Camailhac (F.) Syllabaire à l'usage des écoles de
sourds-muets. (1889).
Pour trouver le titre complet de chacun de ces onvrages
consulter l'ordre alphabétique général.
Enseignement de la langue.— Liores de lecture pour les
sourds-muets.
Épée(l' abbé del'). Institution des sourds et muets, etc.
(1776).
— La véritable manière d'instruire les sourds et
muets. (1785).
Deschamps (l'abbé). Cours élémentaire d'éducation
des sourds et muets, etc. (1779).
— De la manière de suppléer aux oreilles par
les yeux, etc.(77S0).
Sicard (l'abbé). Cours d'instruction d'un sourd-muet
de naissance, etc. (1800). 2 e éd. (1803).
— Théorie des signes, etc. (1808).
Massieu (Jean). Nomenclature, etc. (1808).
Bèbian (A.) Manuel d'enseignement pratique, etc,
1827.)
— Éducation des sourds-muets, etc. (1831.)
Piroux. Le vocabulaire des sourds-muets. (1830).
— Phrases primordiales. (1842).
— 25 —
Saint-Gabriel (Congrégation des frères de). Méthode
d'enseignement pratique à l'usage des institutions de
sourds-muets. (1853).
— Méthode de Toulouse pour l'instruction des
sourds-muets. (1864—1866
— (D. D. (F.) Nouvelle méthode d'enseigne-
ment pratique de la langue frauçaise. (1876).
Valade-Gabel (J. J.) Le petit livre des sourds-muets,
etc. {1838).
— Nouvelles étrennes de l'enfance (1853).
— Méthode à la portée des instituteurs primai-
res, etc. (1857)
— Guide des instituteurs primaires, etc. (1857).
— Le mot et l'image. (1863).
— Plan d'études, etc. (1879),
— Des faits à l'idée (dernière édition,, 1880).
Forestier (Gl.) Cours complet et méthodique d'en-
seignement pratique des' sourds-muets. (1853).
— Petit questionnaire, etc. (1856.)
Pélissier, L'enseignement primaire des sourds-muets
mis à la portée de tout le monde, etc. (1856).
Chambellan. Petites leçons de morale, etc. (1860).
— Grammaire pratique à l'usage des élèves
sourds-muets de 2" année. (1862). — 3* année, (1862).
Padern (Frère). Exercices orthographiques à l'usage
des sourds-muets. (1870).
Cyrille (Frère). L'enseignement intuitif d'après
Hill ou livre de lecture, etc. (1870.)
— Livre de lecture. (1872).
Théobald (J). Petites lectures et exercices de narra*
tion (1873). 2* éd. (1880).
Magnat. Citolégie.
— Album de gravures.
— Livre de lecture à l'usage des sourds-muets
faisant suite à la citolégie.
— Leçons sur les premières connaissances
usuelles, etc.
— 26 —
— Les nombres décimaux et simultanément
le système métrique.
— La terre et l'eau. (1883.)
Institution nationale de Bordeaux. — iHistoire sainte
élémentaire à l'usage des élèves de l'institution nationale
des sourdes-muettes de Bordeaux. (1880.)
— Cours gradué de langue française à l'usage
des sourdes-muettes. l rc année, 2° semestre. (1885).
— 2 e année. (1885).
Premiers éléments de la langue maternelle à l'usage
des élèves de l'institut de Woluwe SVLambert lez Bruxel-
les. (1880).
Pustienne(L. Petits récits d'histoire de France, à
l'u3age des élèves de l'institution nationale des sourdes-
muettes de Bordeaux. Première partie. (1885). Deuxième
partie, (1886.
Blain (L'abbé A.),Aide-mémoire ou petite encyclopé-
die du jeune sourd-muet. (1886.
Snyckers (M.) Le sourd parlant. Deuxième année
d'études. (1886.)
— Premières leçons de choses, de lecture, d'é-
criture et d'orthographe. (1888.)
— Petit cours méthodique et intuitif de langue
française, etc. Livre A, Livre B, Livre G. (1888,)
André et Raymond, Cours de langue française à l'usage
des écoles de sourds-muets. 1™ année, (1887.)— 2 e année,
(1888 .
On tronvera le titre complet de chacun de ces ouvrages dans
l'ordre alphabétique général.
Morel (Ed.)- Notice biographique sur l'abbé de l'Épée.
In-8, 15 p. Paris, Renouard, 1833.
Nancy (Institution de). V. Piroux.
Comptes-rendus des distribution de prix.
Paris (Institution nationale de).
Consulter : Documents officiels. — Circulaires de
l'institut de Paris.
Distributions des prix, comptes-rendus, années
— 27 —
1835, 1839 à 1865 — Bulletin annuel de l'institution,
1866, 1867, 1868, 1869 et 1870. — Distribution des prix,
comptes-rendus, 1872 à 1888.
Piroux. Mémoire à M. le Maire et à MM. les Membres
du Conseil municipal de la ville de Nancy, pour les
engager à fonder un Institut de sourds-muets, ln-8
15 p. Nancy, Vincent et Vidard, 1827.
Piroux. Le vocabulaire des sourds-muets (partie icono-
graphique). l r * livraison contenant 500 noms appella-
tifs de la langue usuelle; interprétés par un pareil
nombre de figures correspondantes. In-8, 50 et xvi p.
Nancy, Grimblot, 1830.
(A suivre)
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
2 e Congïès des professeurs de sourds-muets d'Alle-
magne. — Ce congrès se réunira à Cologne les 24, 25 et
26 septembre ; 478 personnes se sont déjà fait inscrire.
Le premierjour, réunion de société, visite de l'institution
de Cologne, visite éventuelle de l'institution de Brûhl.
Lesdeux jours suivants seront consacrés aux discussions.
Les thèses à porter devant le Congrès devront être
adressées par leurs auteurs à M. le Directeur Weisweiler
de Cologne dans un délai dont la durée a été fixée à deux
mois et qui expire le 20 Mars.
Nous attirons tout particulièrement V attention de nos
confrères sur l'article méthode de la Bibliographie géné-
rale qui paraît dans ce numéro. Sous ce titre, ils trouve-
— 2S —
ront la liste de tous les traités d'articulation parus en
France jusqu'à" ce jour, et celle de tousles cours pratiques
de méthode qui ont été publiés dans notre pays
Ad, B,
AVIS IMPORTANT
Nous rappelons à ceux de nos lecteurs qui ne nous ont
pas encore fait parvenir le montant de leur abonnement
pour la cinquième année que:
Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un
mandat par la poste soit à
M. Ad. BÉLANGER, Directeur de la Revue, rue des
Fossés-Saint-Jacques, 16, Paris.
ou à M. Eug. BÉLANGER, Imprimeur -Gérant du
Journal, 225, Rue Saint-Jacques, Paris.
ABONNEMENT
Pour la France, un an 9 francs
Pour V Étranger, un an 10 —
OUVRAGES REÇUS
C. Perini. — Il sordo nato é l'otoiatria.
L. Goguillot. — Enseignement de la parole aux sourds-
muets,
Michigan school. — Dix-huitième rapport bi-annuel.
The Deaf. — Mute optic. .
Institution de Rotterdam. — Compte-rendu annuel.
— Règlement.
Société d'assistance et de patronage ponr les sourds-
muets du département du Rhône.
11 sere rendu compte de ces ouvrages dans le prochain numéao.
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue SâUlt-Jtcquej 11.5, Piri».
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5°>e année. N° 2 Mai 1889
DESEINE
Sculpteur sourd-muet, élève de l'abbè de l'Épèe
( Suite)
Il faut maintenant attendrejiiFqu'en 1791 pour retrou-
ver le nom de Deseine.
Cette année-là, nous le voyons d'abord mentionné dans
le procès-verbal de la séance de l'Assemblée nationale
du 30 juillet, au soir. 11 y est dit :
« M. Deseine, élève de la maison des sourds-muets,
fait hommage à l'Assemblée du buste de M. l'abbé de
l'Épée, instituteur de cette maison. »
Rien que cette simple mention nous fournit la preuve
irrécusable que Deseine a été l'élève de l'abbé de l'Epée
et qu'il a exécuté le buste de son illustre maître
En cette même année, le samedi 14 mai, M. de Boufflers
présente à l'Assemblée nationale un buste de Mirabeau,
dont lui fait hommage le sculpteur Deseine; et voici le
texte du compte-rendu que le Journal. de Paris a consa-
cré à cet incident :
«. ..Nous ne sommes pas au temps où les sourds enten-
daient et où les muets parlaient, mais les merveilles des
arts, de l'esprit, ont pris la place des miracles. Les sourds
et muets, à qui on a créé une intelligence en leur créant
une langue, ont un commerce d'idées avec ceux qui
parlent et qui entendent. Un de ces hommes qu'il ne faut
plus appeler infortunés, puisqu'à la place d'un sens et
— 30 -
d'un organe qui leur manquent, ils ont des idées beaucoup
mieux faites et plus justes que le grand nombre des
hommes à qui il est si commun de ne comprendre ni ce
qu'on leur dit ni ce qu'ils disent eux-mêmes; un sourd
et muet a fait hommage à l'Assemblée nationale du buste
de M. de Mirabeau. Cependant il n'a pai entendu Mira-
beau, et le lire ce n'était pas à beaucoup près la même
chose. »
Ce buste de Mirabeau a donné matière à une légende
à laquelle je me fais un devoir de subtituer la réalité,
qui est sans doute moins flatteuse pour Deseine, mais qui
ne porte néanmoins aucune atteinte à son talent.
Cette légende a été créée par M. Durand, ce neveu de
Deseine dont j'ai déjà parlé, et qui, dans une lettre que
j'aurai a citer, a avancé que son oncle « remporta le
prix du concours ouvert par l'Assemblée nationale pour
l'exécution du buste de Mirabeau et que les plus grands
artistes de l'époque avaient pris part à ce concours. »
Or, l'Assemblée nationale n'a ouvert aucun concours
de cette nature. La vérité, est que dès le lendemain de la
mort du grand tribun, elle recevait de partout, à titre
d'hommage, des bustes de Mirabeau, des portraits gra-
vés, des projets de monuments, etc.
L'hommage de Deseine est arrivé le 14 mai. Eh bien !
le grand statuaire Houdon, pour n'en citer qu'un, en
avait adressé un semblable le 22 avril, vingt jours seule-
ment après le décès de l'illustre orateur. « M. Houdon,
dit le Journal de Paris, a fait hommage à l'Assemblée
nationale du buste de M. de Mirabeau : ce buste est
l'ouvrage de M. Houdon, c'est déjà en faire l'éloge.
L'Assemblée nationale tout entière a paru frappée de la
ressemblance et sûrement elle en est un juge difficile. »
Ces hommages se sont continués assez longtemps,
puisque le 7 juillet 1792 le graveur Bréa présentait encore
à l'Assemblée nationale un portrait « d'après le buste
moulé par Deseine. Ce portrait, ajoute une annonce du
23 octobre suivant, est d'autant plus intéressant, qu'il
est le seul gravé de grandeur naturelle. »
— 31 —
C'est vraisemblablement à la même époque que se
rapporte cette mention de M. Bellier de la Chavignerie :
« Nous connaissons du sourd-muet une pièce imprimée
dont voici le titre; Adresse à l'Assemblée nationale
(signée Deseiné). Paris, imprimerie de l'Institution des
sourds-muets, près V Arsenal, (s. d.) In-8 de 3 pages.
Il offre d'exécuter en grand le buste de l'abbé Sicard ;
on trouve joint à cette pétition un certificat qui constate
la parfaite resïemblance du petit buste primitif exécuté
paj* l'artiste. »
Puisque j'ai suspendu un instant l'ordre chronologique
de ces notes, remarquons encore que Deseine apparais-
sait souvent à la barre de nos Assemblées. Nous voyons,
dans nn rapport de Roger Ducos, concernant un projet
de création de six établissements nationaux de sourds-
muets, que le 3 pluviôse 1793, notre artiste offrait â la
Convention nationale, « par l'organe d'une citoyenne,
le buste de Mutius Scévola et qu'il lui avait offert pré-
cédemment les bustes de Lepelletier et de Marat. *
*
♦ <
Nous arrivons au mois de septembre 1791, date de
l'ouverture de la première exposition à laquelle, en vertu
du décret du 21 août précédent, tous les artistes fran-
çais et étrangers, membres Ou non de l'Académie, étaient
également admis,
Deseine y figure avec quatre ouvrages.
Dans la liste alphabétique des exposants, placée à la
fin du livret, notre artiste est ainsi désigné : «Deseine-
Le-Sourd. »
A cette époque, les sourds-muets instruits tiraient en
quelque sorte vanité d'une infirmité qu'ils avaient eu le
glorieux honneur de dompter avec les armes que Michel
de l'Épée avait su mettre à leur disposition.
Voici quels étaient les envois de Deseine :
— 32 —
N°514. Allégorie de la Liberté avec laquelle se trouve
M. d'Orléans ;
592. Buste de femme, en plâtre;
594. Buste de Mirabeau;
611. Buste de J. J. Rousseau.
Au salon suivant (10 août 1793), Deseine ne comptait
pas moins de douze ouvrages numérotés 74 à 85; en voici
le catalogue, copié textuellement :
— Un enfant, grand comme nature, assis sur un
rocher, et tenant un oiseau ;
— Un autre caressant un chien. Tous deux faisant
portrait;
— Un buste. Portrait de l'abbé de l'Êpëe;
— Un buste. Portrait de Le Peletier de Saint-Far-
geau;
— Un buste. Portrait de la citoyenne Danton, exhu-
mée et moulée sept jours après sa mort;
— Trois autres portraits sous le même numéro.
— Un Voltaire en pied ;
— Un Rousseau en pied;
— Plusieurs petites esquisses, terre cuite, sous le
même numéro, dont une est un nouveau costume répu-
blicain ;
— Un petit buste d'enfant, terre cuite ;
— Deux petits bustes d'hommes, terre cuite, sous
le même numéro;
— Un groupe en plâtre, d'environ un pied de haut.
*
■■ *
Où sont maintenant les œuvres de Deseiue ?.. Une
seule semble avoir échappé à ce néant où vont s'englou-
tir, par monceaux, les marbres, les plâtres, les toiles,
qui représentent les existences de milliers d'artistes,
avec leurs espoirs et leurs déceptions. Reverra-t-on
beaucoup, dans un siècle, de ces ouvrages qui arrivent
— 33 —
annuellement, par pleines charretées, dans les galeries
des Champs-Elysées ?.
Oui, Deseine vit encore parmi nous dans une de ses
œuvres; et, voyez le mystérieux enchaînement de cer-
tains faits, il doit encore cette survivance à celui qui lui
insuffla jadis la vie intellectuelle : à Michel de l'Ëpée !
Le 4 avril 1840, le baron Degérando, président du
Conseil d'administration de l'institution royale des sourds-
muets, recevait cette lettre :
« Monsieur le Président,
Je me trouve posséder le buste de l'abbé de l'Epèe, fait
d'après nature, par feu M. Deseine, mon oncle, Cet
ouvrage a cela de particulier, que son auteur était
sourd-muet. Ce fut lui qui remporta le prix du concours
ouvert par l'Assemblée Nationale pour l'exécution du
buste de Mirabeau. Les plus grands artistes de l'époque
avaient pris part à ce concours, et mon oncle s'y était
présenté sans appui, sans précédent.
Je serai heureux. Monsieur, si le buste de l'abbé de
l'Épée, exécuté par l'un de ses élèves les plus reconnais-
sants, peut trouver place dans l'institution des j eunes
sourds-muets et y faire vivre un souvenir de mon
oncle.
Je suis avec le respect le plus profond, etc.
Amédée Durand.
Le buste fut accepté avec reconnaissance (Lettre du
président du Conseil à M. Durand, 12 avril 1840.)
Le ministre de l'Intérieur fut informé de l'offre et
de l'acceptation (Lettre du président du Conseil, 18 avril
1840.)
La remise du buste eut lieu le ?7 avril (Procès-verbal
et lettre d'envoi de cette pièce au Ministre, en l'infor-
mant qu'une cérémonie d'inauguration aurait lieu le 11
mai.)
Le Ministre approuva toutes les dispositions relatives
— 34 —
à l'acceptation et à l'inauguration du buste (Lettre aux
administrateurs des sourds -muets, 8 mai.)
Enfin un mémoire du président du conseil fut adressé
au Ministre, pour lui rendre compte du la cérémonie
d'inauguration (25 mai 1840.)
Ces diverses pièces et le discours prononcé par M.
Degérando dans la petite solennité du 11, mai, ont été
publiés en brochure, sous ce titre : « Inauguration du
buste de l'abbé de l'Épée. » Paris, Terzuolo, 1840, in-8,
28 p.
Il était donc inutile de les reproduire ici. J'y ajouterai
seulement deux petites notes inédites.
C'est d'abord ce post-criptum, d'un caractère plus
intime, joint à la lettre officielle du 18 avril :
P.-S. M. Amédée Durand, l'un de mes amis particuliers,
mais, ce qui est plus, l'un des plus distingués mécaniciens,
membre du jury pour la dernière exposition des produits
de l'industrie, nous fait un sacrifice d'un grand prix, et
il y a mis une rare délicatesse que j'éprouve de la jouis-
sance à vous signaler.
Vous comprenez, M. le Ministre, le désir que j'ai de
vous offrir quelques explications, dans cette circons-
tance, et j'aurai l'honneur, au premier jour, d'aller vous
en entretenir.
B. Degékando. »
En effet, en portant lui-même au Ministre le procès-
verbal du 27 avril, M. Degérando voyait une occasion
de lui donner ses explications; mais il ne le rencontra
pas, et voici les quelques mots qu'il laissa entre les
mains de l'huissier :
« Note particulière pour monsieur le Ministre.
Le bon abbé de l'Épée n'a jamais voulu se prêter à ce
qu'on lit son portrait ni son buste. C'est ce qui m'a fait
mettre quelque importance à constater le plus authen-
tiquement qu'il fût possible la fidélité de ce buste
original et seul original.
L'élève sourd-muet Deseine prit les traits de l'abbé
de l'Epée, en assistant à sa messe, à l'insu de celui-ci,
— 35 —
pendant vingt jours; il avoua enfin à ce respectable et
modeste instituteur ce qu'il venait de faire, et le bon abbé
consentit à te laisser terminer.
Voici l'explication des faits dont le procès verbal ne
renferme que les résultats.
Il a circulé dans le public de petits bustes de l'abbède
l'Epée, qui paraissant avoir été tirés sur un moule que
possède M. Amédée Durand et que le sculpteur Deseine
sou oncle avait exécuté sur le premier et grand modèle.
L'administration des sourds-muets en possède un. Mais
ces petits bustes ne semblent pas très fidèles dans leurs
détails.
Voilà en substance les détails que je comptais avoir
l'honneur de donner à M. de Rémusat, si je l'avais ren-
contré, mais que je ne puis tarder à lui donner, pour lui
faire comprendre l'importance que nous a.vons du mettre
à constater exactement les faits!
Son dévoué serviteur : B. Degérando. *
Malgré ce qu'on vient de lire, je me demande s'il est
bien avéré que l'abbé de l'Épée se soit opposé, avec
l'obstination qu'on lui prête, à la reproduction et à la
vulgarisation de ses traits? Berthier va jusqu'à nous
conter que le vénérable instituteur brisa un jour, après
l'avoir payé, un premier buste de lui fait par Deseine
même. Pour moi, je ne vois encore ici qu'une anecdote
frisant la légende.
D'ailleurs, les portraits d'époque de l'abbé de l'Épée
ne manquent pas : le beau profil gravé par son élève
Paul Grégoire porte la date indiscutable de 1776, et le
tirage a du en être important, puisqu'on en rencontre
encore assez facilement des exemplaires chez les mar-
chands d'estampes. Un portrait de l'abbé de l'Épée, je
vous l'ai dit, figurait en 1782 au Salon de la Correspon-
dance. Evidemment son concitoyen Houdon a fait son
buste ^- malheureusement égaré — de son vivant. L'abbé
Salvan possédait un portrait de Michel de l'Épée dû à
Deseine même et qui a été gravé à Londres. Un autre
portrait a été lithographie à Lyon, d'après un dessin
— 36 —
exécuté en 1779 par Maximilien Lefebvre, également
élève de l'illustre instituteur. Le très beau portrait,
gravé par Dumont, que M. Ad. Bélanger a publié dans
son Étude Bibliographique et Iconographique de l'abDé
de l'Épée, a été exécuté d'après un dessin daté de 1778.
Et bien d'autres . .
Non, je ne me représenterai jamais l'abbé de l'Epée
faisant une guerre enfantine aux artistes — surtout à
ses élèves — désireux de crayonner ou de modeler ses
traits. C'était, en somme, un hommage auquel il devait
se montrer sensible et qui lui révélait avant tout un des
merveilleux effets de son apostolat. Je le vois plutôt les
approuver d'un sourire à la fois doux et fier, comme
celui qui devait animer sa paternelle figure, le jour où
on lui vantait l'intelligence de son élève Deseine, alors
praticien de l'atelier de Pajou.
J'en conclus que Deseine a fait le buste de son maître
dans de bonnes conditions. Il l'a travaillé avec soin et
sans la crainte de déplaire à son modèle. Il lui a donné
l'expression et la ressemblance, il l'a achevé conscien-
cieusement; et telle était du reste sa satisfaction, que
l'artiste n'hésitait pas à présenter son œuvre, d'abord à
l'Assemblée nationale, puis à l'Exposition de 1793.
Ce buste est précieusement conservé à l'institution
nationale des sourds-muets; il occupe une place d'hon-
neur dans la salle des délibérations de la Commission
consultative. Mais quelles que soient les précautions dont
il est entouré, il est fragile, il est en plâtre- Dans sa
lettre du 7 avril 1840, adressée au Ministre de l'Inté-
rieur, le baron Degérando exprimait le vœu que ce buste
fût exécuté en marbre. Le vœu était raisonnable. 11 n'a
pas été entendu jusqu'à ce jour- Je me permets de le
renouveler à cette plaee. On aurait la bonne fortune de
pouvoir confier le travail à un des anciens élèves de la
Maison de l'abbé de l'Épée : on compte, parmi eux, assez
de statuaires de talent pour avoir l'embarras du choix.
Et je suis certain que, pas plus aujourd'hui que jadis, le
bon abbé ne mettrait obstacle à la réalisation de ce
— 37 —
projet. Ce buste pourrait même être tout simplement
coulé eu bronze, ce qui assurerait encore mieux sa vie
contre les accidents.
Et maintenant, s'il vient à figurer de nouveau, plâtre,
marbre. ou bronze, dans une exposition publique, nous
aimons à croire qu'on ne trouvera plus un rédacteur de
catalogue pour nier qu'il a existé un sculpteur sourd-
muet du nom de Deseine.
Théophile Denis
CAUSERIE PEDAGOGIQUE
La méthode orale et l'enseignement de la langue —
Du rôle de la parole et de l'écriture
Avant de commencer avec ses élèves l'enseignement
de la langue, le professeur de méthode orale leur donne
les éléments de la parole. Il consacre à cette étude
pratique de l'articulation un temps plus ou moins long,
nous ferions peut être mieux de dire plus ou moins
court, si grande est son impatience, bien pardonnable,
hélas! de commencer l'enseignement de la langue
maternelle.
L'entente semble complète au début, il faut bien que
l'élève puisse parler.
Et cependant nous pourrions bien faire remarquer
que le» uns ne consacrent que quelques mois à l'étude
de l'articulation, que d'autres, au contraire, s'y emploient
Nous remercions tout particulièrement ceux de nos confrères qui
nous ont écrit pour nous assurer qu'ils étaieut en conformité d'idées
avec les opinions émises dans notre causerie du mois dernier. Nous
recevrons avec plaisir toutes les observations qui nous eeront faites à
ce sujet et nous y répondrons, s'il y a lieu. Ad. B.
— 38 —
pendant toute une année. Il y a lieu de craindre que
l'empressement des premiers à commencer si tôt l'étude
de la langue ne soit préjudiciable à la parole de leurs
élèves. On ne saurait trop s'attacher, nous l'avons dit,
à obtenir une bonne articulation, et surtout une articu
lation bien claire, bien nette, bien fixée.
Nous avons vu qu'il s'en fallait de beaucoup que l'en-
tente subsiste par la suite et que tous n'attachaient pus
la même importance à acquérir, chez leurs élèves, cette
pureté de parole, si nécessaire à notre avis pour que le
sourd-muet puisse profiter de l'instruction qui lui est
donnée.
Ça n'est peut être pas la seule divergence que nous
remarquerons dans la pratique de la méthode orale et
nous nous proposons d'attirer en ce moment l'attention
de nos confrères sur celles qui se produisent lorsque nous
enseignons méthodiquement la langue à nos élèves.
Nous ne voulons parler ni de la méthode d'enseigne-
ment elle-même, ni de la composition de la leçon, encore
moins de la progression, de l'ordre suivi, mais de la
façon employée par le professeur pour présenter la
leçon à ses élèves.
Jetons un coupd'œil sur l'ancienne manière de procéder.
Il s'agissait d'amener l'élève à la connaissance de la
langue écrite, tout l'effort du maître se portait donc de
ce côté, et la leçon nouvelle, écrite au tableau, était
commentée, expliquée, soit à l'aide du signe, soit à
l'aide de l'écriture elle-même.
Au premier abord, il semblerait que la parole étant
venu prendre la place de l'écriture, la leçon devrait
être préparée et donnée à l'aide de la parole et de la
lecture sur les lèvres; l'écriture ne devant arriver qu'au
second plan. Cette façon de procéder, qui paraîtrait
peut être extraordinaire à ceux qui ne sont pas initiés
à la pratique de notre enseignement, devrait sembler
naturelle à un professeur de méthode orale. Malheureu-
sement il n'en est pas toujours ainsi .
Voyons donc les différentes manières de procéder.
— 39 —
Quelques-uns continuent de donner leur leçon comme
autrefois par l'écriture; la leçon est donc transcrite sur
le tableau, la parole vient ensuite, puis, quelquefois, pas
toujours la lecture sur les lèvres et on s'empresse de
décorer cette façon de procéder du nom de méthode
orale.
De la méthode orale ! voyez les élèves de ces maîtres
il s'agit d'un mot nouveau, d'une expression inconnue à
leur enseigner, vous essayez de la prononcer, de la faire
lire sur vos lèvres» Vite, du geste, l'élève vous indique
le tableau, et réclame son moyen habituel, l'écriture. —
C'est en effet un moyen moins fatigant pour l'élève et
pour le maître» Mais cherchez les résultats?
Une autre manière de présenter la leçon consiste à
faire lire sur les lèvres d'un élève, un des exercices de
la leçon, puis lorsqu'il a été reproduit, à le faire écrire
immédiatement au tableau et de composer ainsi, en
s'adressant successivement à chaque élève, une leçon.
Certainement cette manière de procéder se rapproche
bien plus que la précédente de la méthode orale, mais
à notre avis, ce n'est pas encore la méthode orale elle->
même.
L'attention de l'enfant se portera de préférence sur
l'écriture qui suit de trop près la parole. La forme écrite
restant ainsi devant ses yeux, transcrite ensuite par lui
sans peine, sans effort, prendra tout naturellement dans
son intelligence, la place de la parole fugitive à peine en-
trevue. Si nous ne craignions de pousser trop loin notre
critique, nous dirions qu'en procédant de cette façon,
on fait semblant de pratiquer la méthode orale, et c'est
tout.
Rappelons-nous le but que nous poursuivons: Donner
à l'élève l'usage et la compréhension de la parole et la
manière de procéder nous sera tout naturellement
indiquée» 11. est bien entendu que notre élève peut lire
et articuler d'une façon convenable, ces deux conditions
indispensables remplies toute leçon pourra être faite
entièrement par la parole sans le secours de l'écrilure.
— 40.-
S'agit-il d'ordres donnés, l'élève doit les exécuter après
les avoir lus sur les lèvres ; lui-même donnera
oralement des ordres semblables à ses camarades, plus
tard, il en rendra compte lorsqu'il les aura exécutés ; il
reproduira phrase par phrase de petits récits faits ora-
lement par le maître, il répondra aux questions qui lui
seront adressées, lui-même racontera une promenade
faite, reproduira oralement une leçon lue sur les lèvres,
etc. Nous avons voulu indiquer quelques exercices pour
montrer que des séries d'exercices de toute nature
pourront être faits de cette façon.
Ce qu'il faut avant tout, c'estque le mot soit exactement
prononcé : pou r cela, il est nécessaire que l'enfant exerce
d'abord sa mémoire sur la prononciation du mot, non
d'après son orthographe, ce qu'il serait toujours tenté de
faire si l'écriture arrive trop tôt, mais bien d'après la pro-
nonciation effective. Développons donc, au préalable, la
mémoire verbale, et lorsque l'enfant sera arrivé à ce
point, Ja forme écrite qui, dans notre langue, diffère si
souvent de la forme parlée n'aura plus aucuue influence
sur sa parole. Nous n'abandonnerons pas pour cela l'écri-
ture, nous lui réserverons son rôle secondaire*, elle vien-
dra alors comme un nouveau moyen de contrôle qui
frappera l'œil de notre élève et donnera la contexture
exacte du mot.
La parole aura encore un avantage que nous ne sau-
rions passer sous silence, et sur lequel il est bon d'attirer
l'attention. Lorsque nous donnons notre leçon par l'écri-
ture, nous dépensons un temps précieux, on constate
facilement que dans le même laps de temps, il eut été
facile de faire quatre ou cinq fois plus d'exercices par la
parole.
La méthode orale pratiquée dans toute son acception
aura donc pour nous des avantages très appreciables.au
lieu de nous retarder, elle nous permettra de varier les
exercices à l'infini, de les faire beaucoup plus nombreux
et par suite, d'obtenir des résultats plus satisfaisants.
Pour cela, ne l'oublions pas, deux choses, sont néces-
— 41 —
sairès, perfectionner constamment l'articulation, la pa-
role de nos élèves, et reléguer l'écriture à la place qui
lui convient.
Ad. Bélanger
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
ITALIE
Exercizi graduati di lettura proposti ai sordo-muti italiani
da G. Ferreri e C. Morbidi délie sucole pie, maestri nel R.
Instituto Pendola. (Exercices gradués de lecture à l'usage des sourds-
muets italiens par G. Ferreri et G. Morbidi, des écoles pies, profes-
seurs à l'Institut royal Pendola.) 3 e partie Sienne 1889 1 vol. In-12
220 p.
C. Ferreri. L'otologia e le Scuole dei sordo-muti (L'otologie
et les écoles de sourds-muets) Sienne
Prof. C. Périni. Il sordo-muto e l'otoiatria (Le sourd de naissance
et l'otoiatrie.) Milan
Les professeurs Ferreri et Morbidi, deux des vaillants
maîtres de l'Institution' de Sienne, viennent de faire
paraître la 3' et dernière partie de leurs Exercices gra->
dues de lecture à l'usage des sourds-muels italiens, œuvre
importante sous une forme modeste et dont le but doit
être, j'imagine, de constituer comme les répétitions
écrites des leçons parlées données aux jeunes sourds-
muets, comme la mise au net, le corrigé des cahiers dans
lesquels un élève studieux aurait conservé le souvenir
des leçons reçues dans la classe. Au moins est-ce ainsi
que l'on doit concevoir, à mon sens, l'emploi le plus utile
à faire de ce livre et le plus conforme à l'esprit de la
méthode orale, l'ouvrage servant de guide pour le maî-
tre, de texte à développer de vive voix avec plus ou
moins d'étendue et de mémento pour l'élève.
— 42 —
Les exercices de lecture comprennent tout à la fois un
cours de langue fondé sur une série d'exemples, des
récits et des leçons de choses appelant au déploiement
méthodique de nomenclature et de tournures de phrases,
union harmonieuse du fond et de la forme pour la cultu-
re de l'esprit, du jugement et de la mémoire.
On peut dire, d'une manière générale, qu'au point de
vue du cours de langue, qui est le principal, cette 3 e par.
tie est spécialement consacrée à l'étude des moyens de
lier les propositions entré elles, soit qu'il s'agisse de deux
propositions distinctes dont la seconde rappelle la pre-
mière par l'emploi d'un pronom relatif. (Le maître est
entré dans la classe. Nous l'avons salué), soit qu'il s'a-
gisse de propositions incidentes à faire entrer dans une
proposition complexe. (Quand le maître est entré dans
la classe, nous l'avons salué). Aussi, à part quelques
exercices sur la lexicologie, sur le régime des adjectifs,
(plein de..., nécessaire à.... charitable envers.,.), sur les
pronoms relatifs, sur la conjugaison des verbes et sur
le régime des verbes les plus usités, (inviter à..., per-
mettre de..., vendre pour, aupiHx de...), voyons-nous
dominer, dans la série des leçons, l'examen des formules
de liaison et de dissociation des idées, soit de nature
adverbiale, (comme..., aussi bien que ), soit de la
nature de conjonctions proprement dites (quand, si,
quoique).
Le procédé d'exposition est ausai simple que logique.
Les auteurs s'attachent d'abord à donner à l'élève l'intui-
tion du sens de chaque expression ou tournure de
phrase. Des exemples multipliés affermissent la notion
ainsi donnée. De petits récits, des leçons de choses de
difficulté graduée s'intercalent dans les exercices de
manière à servir de cadre à la nomenclature do mots
que comporte chaque sujet. Enfin, la matière de ces
récits est retournée sous forme d'interrogations ou de
dialogues.
Voici un exemple de ces leçons constituant un réper-
toire d'idées et de mots ;
— 43 —
Plantes à fruits
Plantes d'ornement
Où troum-t-on les plantes? — Dans les jardins
Dans les champs
Dans les bois
Dans les potagers
Les plantes sont utiles.
On cultive beaucoup de plantes pour leurs fruits,
On cultive certaines plantes ponr leurs graines.
On en cultive d'autres pour leurs troncs,
On en cultive d'autres encore pour leurs tiges.
On emploie les fruits
les fleurs
les feuilles
la tige
le tronc.
Beaucoup de plantes sont alimentaires.
Quelques-unes sont médicinales.
Le tronc de beaucoup d'arbres sert à faire des meu-
bles, des portes, des fenêtres, des poutres, des voitures,
des wagons, des navires, etc.
Bois de construction
Bois à brûler
Bois 1
Charbon I combustible
Braise l
Qu'est-ce que le chanvre ? — Une plante.
Qu'est-ce que le lin 1 ? — Une plante.
Le chanvre et le lin sont des plantes textiles.
Textile signifie qu'on peut tisser.
Le coton est aussi nie plante textile»
Le chanvre, le lin, le coton, là laine et le soie s'ap-
pellent matières textiles.
La soie est-elle une plante? — Non.
La laine est-elle une plante ? — Non,
_ 44 —
De là une transition à deux leçons subséquentes, l'une
sur le ver à soie, l'autre sur le mouton.
Je ne dois pas oublier, dans rémunération des leçons,
les explications pratiques données à l'élève, par exem-
ple au sujet de l'affranchissement des correspondances,
des paquets, de l'emploi des timbres-poste et quelques
modèles de lettres.
Au cours de la préparation de ces « Exercices de
lecture »', M. le Professeur Ferreri a dû consacrer sa
plume à une œuvre de nature bien différente, et en faire
une arme de combat. La brochure qu'il a publiée sous
le titre : « Votologie et les institutions de sourds-muets »
a pour but de repousser des attaques aussi peu fondées
que malveillantes, dirigées contre l'Institution de Sienne,
par uu médecin otologiste de Naples, M. Giampietro. Tel
est aussi le but d'une série d'articles réunis en brochure
par M. le professeur Charles Périni, de Milan, sous le
titre : « Le sourd de naissance et l'otoiatrie », et qui
paraissent avoir d'abord vu le jour dans la presse quoti-
dienne. C'était faire beaucoup d'honneur à l'auteur d'un
pamphlet dont la Revue Française, avec beaucoup de
raison suivant moi, s'est abstenue d'entretenir ses lec-
teurs. Les institutions de sourds-muets n'ont pas besoin
d'être défendnes contre des accusations passionnées de
charlatanisme, encore moins contre le reproche de sacri-
fier les intérêts de leurs élèves en soustrayant ces enfants
aubienfaitd'untraitementotoiatrique. Aussi, n'entrerons
nous pas dans le détail des réponses que s'est attirées
M. Giampietro. Il se mêle d'ailleurs à cette polémique des
questions de fait que nous n'avons ni la mission ni les
moyens de juger et dans lesquelles M. Giampietro serait
compromis, des pratiques, soi-disant médicales très
condamnables ayant, paraît-il. déterminé la suppression
_ 45 —
de la subvention annuelle fie 12,000 fr. que recevait, des
autorités administratives de la province de Naples,
« l'Institut otologique » fondé par ce même docteur et
fermé aujourd'hui. Ceci relève des tribunaux répressifs,
bien plus que de 'a pédagogie. Quant à établir contre
M. Giampietro la possibilité d'instruire par la parole les
sourds-muets de naissance, est-ce bien nécessaire pour
nous, surtout lorsqu'on se trouve purement et simple-
ment en face d'une affirmation hautaine, et du refus de
s'en rapporter à l'étude des faits? Il prend fantaisie à un
esprit paradoxal de nier le mouvement. — « Voyez
pourtant, lui dites-vous comme fit certain philosophe
de l'antiquité, je marche » — «Non, non. Je sais ce que
je dois croire et je nie le mouvement ». Que faire en
présence d'une obstination si peu scientifique? Rien du
tout, peut-être. Renoncez à convaincre un contradic-
teur qui se dérobe ainsi, et bornez-vous à« prendre pitié
du pauvre aveugle», car il n'y a pire aveugle que celui qui
ne veut pas voir.
Mais si la défense de la vérité reste sans effet sur les
esprits volontairement prévenus, elle a bien souvent le
précieux avantage de faire rayonner la lumière sur les
hommes de bonne foi et de bon sens, spectateurs acciden-
tels du débat, c'est ainsi qu'un correspondant de M.Perini,
étranger à la spécialité de l'enseignement des sourds-
muets, M. Tessaroli a été amené à résumer la discussion
sur le sourd-muet de naissance dans quelques lignes
marquées au coind'unevéritablesagacité, insérées à la fin
de la brochure du professeur milanais et qui appellent seu-
lement quelques réserves. Pourquoi, dit-il en substance,
verrait-on une difficulté à ce que le sourd-muet observe,
reproduise les mouvements d'articulation et y attache
le sens voulu? N'est-ce pas une mimique comme une
autre? «Mimique si l'on veut, répondais-je d'avance dans
mon Rapport de 1880 qu'on me pardonnera de citer moi-
même, mimique si l'on veut— et cela peut être tout à fait
vrai quand il s'agit des premiers exercices de lecture syn-
thétique sur les lèvres — mais ayant ce caractère
— 46 —
unique les mêmes mouvements sont répétés avec le même
sens par tous ceux qui parlent la langue d'un même pays
que leurs éléments correspondent, sauf les anomalies
orthographiques, aux éléments qui constituent les mots
écrits de cette langue, qu'ils sont virtuellement comme
le moule où viendra se couler la parole.
On annonce la publication prochaine d'un manuel tech j
nique qui sera lu avec intérêt par tous les professeurs.
C'est le Guide pour l'enseignement de la parole articulée
aux sourds-muets dont l'auteur est le professeur
Constantin Mattioli, attaché à l'institution de Sienne.
O, Claveau
Les Artistes Sourds-Muets
au
Salon de 1889
PEINTURE
Ferry (Jean-Georges)
Les Buveurs de cidre.
Lodstau (Jacques-Léopold)
Erasme.
« Parlez au portier.»
Princeteau (René-Pierre)
Arrivée au pressoir.
Berton (Armand)
Deux fillettes : pastel.
1 Rêve : pastel.
— 47 —
Colas (Auguste)
Le village d'Asnois, lithographie.
SCULPTURE
Choppin (Paul -François)
Sainte Cécile; statue, plâtre.
Un volontaire de 92; statuette, bronze.
Desperriers (René)
Portrait de M u « F. B.; buste, plâtre.
Hennequin (Gustave-Nicolas)
Deux portraits : M. Ferdinand de Lesseps,
M. Berson; médaillons plâtre.
Martin (Félix)
Portrait du duc de Padoue; buste, plâtre.
Mort du centaure Nessus; groupe, plâtre.
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
de
Tous les ouvrages parus en France ou en Langue française
sur l'enseignement des
SOURDS -MUETS
Suite
Piroux. Compte rendu de l'état actuel de l'institut des
sourds-muets de Nancy. In-8, 16 p. Nancy, établisse-
ment des sourds-muets, 1830.
Piroux. Théorie philosophique de l'enseignement des
sourds-muets. Discours. In-8, 24 p. Nancy. Etablis-
sement des sourds-muets. Paris, Hachette, 1831.
Piroux. Institut des sourds-muets établi à Nancy.
Prospectus. In-8, 14 p. Nancy, 1832.
- 48 —
Piroux. Méthode de lecture, allant de la parole à
l'écriture et de l'écriture à la parole. 2 e éd. Paris,
Poilleux et Chamerot. In-12, 88 p. Nancy, Vidart et
Jullien, 1834.
Piroux. Organisation, situation et méthode de l'Institut
des sourds-muets de Nancy. In-4, 50 p. Paris, Hachette.
Nancy, Vidard et Jullien, 1834.
Piroux. Petit catéchisme historique de Claude Fleury,
disposé pour l'usage des sourds-muets. In-16, 207 p.
Paris, Hachette; Nancy, Gonty, 1837.
Piroux. Journée du chrétien, disposé pour l'usage des
sourds-muets. In-16, v et 295 p. Paris. Hachette;
Nancy, Gonty, 1837.
Piroux. Maximes tirées de la Bible, et disposées pour
l'usage des sourds-muets. In-16, 163 p. Paris, Hachette.
Nancy, Auteur, 1841.
Piroux. Phrases primordiales simples, complexes et
composées à l'usage des sourds-muets. In-16, vin et
256 p. Paris, Hachette, Nancy, institut des sourds-
muets, 1842.
Piroux. Congrès scientifique de France, tenu à Stras-
bourg. Mémoire lu à la séance du 4 Octobre 1842. In 8,
7 p. Nancy, Raybois et C ie 1842.
Piroux. Congrès scientifique de France, tenu à Nancy.
Mémoire et exercices de ses élèves, mardi 10 septem-
bre 1850. In-8, 42p. Paris, Hachette; Nancy, G-rimblot
et veuve Raybois, 1850.
Piroux. Solution des principales questions relatives aux
sourds-muets considérés en eux-mêmes et dans la
société, au moyen de 25tableaux synoptiques annotés.
In-4, 25 p. Paris, Hachette; Nancy, Grimblot, veuve
Raybois, 1850.
Piroux. Méthode complète de lecture à l'usage des
enfants précoces, ordinaires ou arriérés: 5 me édition,
In-16, 84 p. Paris, Hachette; Nancy, Grimblot et veuve
Raybois, 1851.
Piroux. Documents divers adressés à Messieurs les Curés.
In-8, 44 p. Nancy, Vagner, 1857.
— 49 —
Piroux. Dissertation sur l'éducation des sourds-muets
et prospectus d'une méthode de dactylologie. In-8,
14 p. Nancy, 1859.
Piroux. Méthode pour le premier enseignement des
sourds-muets, des sourds parlants, etc. Tome i. Elé-
ments de la parole. In-16, 48 p. Paris Hachette etC îe ,
1860.
Piroux. Mémoire sur les travaux de M. Piroux, pour
faire commencer l'éducation et l'instruction des
enfants sourds-muets dans les familles et dans les
écoles primaires; accompagné de pièces justificatives,
In-4, 84 p. Paris, Hachette, 1864.
Piroux. Méthode de dactylologie pour l'éducation,
l'instruction et les relations des sourds-muets dans
la famille, l'école primaire, l'institution et le monde,
contenant les spécimens des principaux procédés
du véritable enseignement des sourds-muets. In-8.
115 p. Paris, Hachette, 1867.
Piroux. Considérations sur les moyens d'instruire tous
les sourds-muets avec beaucoup plus de succès. In-4.
8 p. Nancy, 1873.
Piroux. Critique l 9 de la méthode de M. D. de Paris pour
l'enseignement de la parole à tous les sourds-muets'.
2° de la méthode de M. B. de Paris pour l'enseigne-
ment des sourds-muets dans les seules écoles primai-
res; 3° de la méthode de M. G. de Paris pour l'ensei-
gnement simultané des enfants sourds-muets et des
enfants qui entendent et parlent, dans les salles
d'asile et les écoles primaires, au moyen d'un alphabet
mimé arbitrairement avec ou sans la voix. Citations
concernant les méthodes de l'auteur, In-8, 32 p*
Nancy, G. Crépin-Leblond, 1879.
Piroux. L'ami des sourds-muets. (V. Ami des sourds-
muets.)
Pissin-Sicard. Prières enseignées aux Sourds-Muets de
l'école de Rodez, In-16, l" partie, 108 p. 2 e partie
167 p. Rodez. Carrère 1825.
— 50 —
Pissin-Sicard. Leçons de grammaire et de morale à
l'usage des sourds-muets, accompagnées de quelques
mots en faveur des sourds-muets, et dans l'intérêt des
enfants qui entendent et parlent. In-8, 80, xi,, vm et
64 p. Paris. G. Pissin, 1834
Lettres à l'auteur des Leçons de grammaire et de morale
à Tusage des sourds-muets. Impartie : In-8, 72 p.
Paris, G, Pissin. 1835. 3 e partie : In-8, 80 p. Toulon,
Duplçsis, Ellivault, 1837.
Pissin-Sicard. Nouvelle manière extrêmement facile et
applicable à toutes les langues, de parler, d'écrire ou
d'apprendre l'orthographe ou alphabet manuel des
sourds-muets. In-8, 160 p. Paris, 1835
Pissin-Sicard. Association Bibliophilomutique. In-8,
26 p. Marseille, 1835.
Pothier (M u «), Mémoire sur l'éducation du sourd-muet
etc. (F. Institution de Lançres)
Pozzi (D r , V Darwin
' A suivre)
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Cour d'assises du Loiret. Les 4, 5 et 6 Avril dernier
une affaire très importante était soumise à la cour d'as-
sises du Loiret, il s'agissait d'un meurtre commis par un
sourd-muet nommé Mathieu avec la complicité d'une
sourde-muette la femme Savignat sur la personne d'un
sourd-muet Savignat mari de la sourde-muette.
Vivant en mauvaise intelligence avec son mari, la femme
Savignat songea à s'en débarrasser pour cela elle deman-
da l'aide de deux sourds-muets Fresne et Chassignol et
de son amant Mathieu, leur conseilla d'enivrer son mari,
puis de le jeter dans la. Loire. Les trois complices après-
- 51 -
avoir rempli la première partie de leur programme hési
tères pour remplir la seconde; Savignat rentra donc chez
lui ivre-mort, c'est là qu'il fut assassiné par Mathieu aidé
de la femme Savignat.
La cour d'assises était présidée par M. Belon, les accu-
sés étaient défendus, la femme par M e Charoy, Mathieu,
par M e Huet, avocats. La cour était assistée comme in-
terprète, de M. Boulestreau, Directeur de l'institution
d'Orléans. Nous n'avons pu que résumer l'acte d'accusa-
tion, nous n'entrerons pas dans les débats qui, d'ail-
leurs, n'ont appris aucun fait nouveau.
Les défenseurs avaient une tâche lourde, délicate,
difficile. Tous deux ont plaidé avec raison, la responsa-
bilité atténuée des deux accusés dans ce crime épouvan-
table. L'un d'eux, M' Huet, nous avait fait l'honneur de
nous consulter à ce sujet; comme lui, nous pensons qu'il
fallait tenir compte, chez ces deux malheureux, d'une
intelligence peu développée et surtout du défaut, du
manque d'éducation. Pour nous, la responsabilité cri-
minelle est atténuée, non pas â cause de l'infirmité elle-
même, mais parce que, dans un grand nombre de cas»
elle ne permet pas de donner à ces infortunés l'éduca-
tion complète qui en ferait des hommes semblables à
nous. D'un autre côté, il est indéniable qu'au point de
vue médical, des troubles cérébraux ont pu, dans certains
cas accompagner cette infirmité, diminuer l'intelligence
et par ce seul fait la responsabilité.
Cette théorie semble avoir été adoptée par le Jury, et
après les brillantes plaidoieries des avocats, la cour a
condamné la femme Savignat à 12 années de travaux
forcés et Mathieu à 6 années de la même peine. Lesjour-
naux de la localité rendent le plus grand hommage à la
sagacité et au dévouement de notre confrère d'Orléans,
qui servait d'interprète aux accusés»
Ad. B.
— 52
AVIS IMPORTANT
Nous ^appelons à ceux de nos lecteurs qui ne nous ont
pas encore fait parvenir le montant de leur abonnement
pour la cinquième année que :
Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un
mandat par la poste soit à
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Fossés-Saint-Jacques, 16, Paris.
ou à M. Eug. BÉLANGER, Imprimeur -Gérant du
•Journal, 225, Rue Saint-Jacques, Paris.
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Les frais de recouvrement étant à la charge de nos
abonnés, ils auront à payer en plus 0, 40 pour la France
et 0, 70 pour l'étranger.
Nous envoyons à tous nos abonnés et à titre d'hom-
mage, le tirage à part de la Bibliographie Générale de
tous les ouvrages parus en France ou en langue fran-
çaise sur l'enseignement des sourds-muets. Nous les
prions de l'accepter' comme ,un témoignage d'aflectueuse
sympathie du Directeur de cette Revue.
Ad, Bélanger,
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue SaBit-Jacques *«y, Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5"" annëe. N» 3 Juin 1889
CAUSERIE
Les Artistes Sourds-Muets
AU
Salon de 1889
Peinture
■— Entrons, avec M. Georges Ferry, dans ce cabaret
normand, tout retentissant de refrains joyeux. Le cidre
capiteux y met toutes les têtes en l'air. On mange, on
boit, on fume, on chante, on lutine la fille; ce dernier
rôle appartient à un galant militaire, qui est venu faire
un tour au pays. Le ténor de cette société en liesse, qui
célèbre le jus de la pomme, est monté sur un banc et
lance à plein gosier ce refrain :
« Vive le cidre de Nortnandie,
Rien ne fait sauter comme ça. . .
Parmi l'auditoire attentif, remarquez surtout ce gros
fermier en bras de chemise, à la trogne rabelaisienne,
qui ne perd ni une note, ni une bouffée de tabac. La
lumière est de la fête: elle sourit à travers une fenêtre
ouverte sur la campagne. C'est plein d'humour et de
gaité.
— Il n'est pas possible de passer devant le petit
tableau que M. Lodstau intitule Erasme, sans que
s'éveille le souvenir de Gérard Dow. La recherche de
la composition, le travail minutieux des accessoires,
— 51 —
la tonalité générale, tout rappelle le petit maître de
Leyde. Erasme est debout, un tableau noir à sa droite
et devant lui quelques jeunes dissipiez attentifs à sa
leçon. Un bâton de craie à la main, il explique un
problème cosmologique en appuyant sa démonstration
d'un geste de la main gauche. On suit parfaitement
son raisonnement; on l'écoute, on l'entend, on applaudit
le savant universel. . , et en même temps M. Loustau
qui a mis tant de vérité dans cette scène.
Je vous défie de conserver votre sérieux devant cette
autre toile de M. Loustau : « Parlez au Portier. » Oui,
parlez-lui; mais je vous engage à lui parler poliment
et de votre voix la plus caressante, ou gare les mollets!
Ce portier est un bouledogue. Il n'a pas les trois têtes
de Cerbère, mais il en a une bonne, et sa mâchoire
inspire le respect. Gravement assis sur le seuil de sa
niche, il a du concierge parisien dans son air important
et sa mine renfrognée. Ce n'est pas de la charge, c'est
de l'observation et de l'esprit.
— V arrivée au pressoir, de M. Princeteau, est un
morceau d'une facture puissante, et la brosse qui a
fait cette rude besogne a été conduite par une main
dune rare énergie. Dans ce massif attelage de bœufs
trapus et solides, on admire surtout l'animal du
premier plan, robe blanche et jambes noires, dont la
musculature est mise en jeu par les efforts que
nécesssite le recul du charriot. Le relief anatomique,
la couleur, les attitudes, les mouvements des bêtes
et des ouvriers, tout cela est traité avec une .vigueua
qui donne urne haute idée du tempérament de
M. Princeteau.
— C'est dans la salle des pastels que nous trouvons
cette année, M. Armand Berton. Il y est traité en
enfant gâté: ses deux cadres ont de vraies places
d'honneur. Je me hâte d'ajouter qu'ils les méritent.
Sa Rêveuse est couchée, enroulée dans les plis de
mousseline où disparaît une partie de son corps. Les
— 55 —
yeux clos, elle dort. D'un mouyement inconscient, elle
porte les doigts de la main droite sur une bague de
l'annulaire gauche. Ainsi formulé, son rêve me semble
une sorte de rébus dont M. Berton pourrait seul nous
donner la clef. Rève-t-on bijou? Rève-t-on anneau de
fiançailles?... .l'avoue que .je ne possède pas la science
divinatoire du ministre de Pharaon. .Mai* quoi qu'il en
soit, ce songe inexpliqué reste une bien charmante
fantaisie .
Dans les Deux Fillettes, du même artiste, où l'on
remarque l'intensité de vie qui anime ces minois
éveillés, la largeur du cra 'on aussi bien que la sagesse
et la simplicité de^ moyens classent définitivement
M. Berton parmi les maîtres les plus estimés de notre
école de pastellistes.
— Le Coin de Village Nivernais que nous montrait
l'an dernier M. Auguste Colas, s'est agrandi. Il est
devenu le Village d'Asnois. C'est une longue rue bordée
des deux côtés de chaumières de l'aspect le plus
pittoresque. Le soleil, qui les frappe obliquement,
éclaire les unes, en opposition avec l'ombre qui répand '
sur les autres une tonalité plus sourde. Au premier
plan, la route poussiéreuse est animée par des oies,
des poules et deux ménagères ; puis le regard monte
et s'enfonce dans une perspective habilement graduée.
Cette lithographie originale a la vigueur et la coloration
d'une eau-forte.
SCULPTURE
Pas d'oeuvre importante quant à la dimension : des
portraits et de la statuetterie.
M. Félix Martin a remplacé les proportions colossales
que pouvait comporter la mort du Centaure dessus par
de la grâce. Il en a mis beaucoup dans la petite figure
de Déjanire qui se laisse glisser, tout effrayée, de la
croupe de son ravisseur expirant et dont le torse est
traversé par la flèche du jaloux Hercule.
— 56 —
M. Martin a ajouté à cet envoi un buste très soigné
du duc de Padoue.
—M. Paul Choppin expose, avec une petite réduction
en bronze de son vainqueur de la Bastille, devenu très
facilement un volontaire de 92, une statuette de Sainte-
Cécile d'un beau sentiment hiératique.
— Le buste de M ,1Ie P. B.,par M. Desperriers, est d'une
exécution serrée et d'un modelé très souple.
— M. Hennequin a deux médaillons, MM. Ferdinand
de Lesseps et Besson, dont la fermeté de lignes et la
finesse des détails dénotent une pratique habile et
consciencieuse.
Théophile Denis
P.-S. — On nous signale, au moment de mettre sous
presse, deux autres artistes sourds-muets exposants :
un peintre, M. Le Carpentier, dont l'envoi a pour
titre: La lettre anonyme; et un sculpteur, M. Tilden
élève de M. Paul Choppin, qui expose « BxseteUl » sport
national américain, statue plâtre.
Henri KELLER
IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE
Contemporain de l'Abbé de l'Êpèe
Sur l'enseignement des Sourds-Muets
L'étude des Facultés de l'âme fait suite dans l'opuscule"
de Keller aux notions de logique.
T P L ^oT 6St com ? osé de deux substances, l'âme et le corps,
tons vT. HT" 1 " 6St Une substa n<* matérielle que nous pou-
îes fruft, l n °f T UX 6t A 0U( * er de noS ffiains - « ^ nourrit
meut ir!jL ^ et de lA cha1r des animaux, croît, s«
Tla fin P n ti ' S .! Pepo '!' vei ^< dort, vieillit, meurt et tombe
et 1 12& ™ 6 ; Lame eSt Un esprit douéd'intelligence
et de volonté, Elle est immortelle.
— 57 —
DE L'INTELLIOENCE
L'intelligence est une faculté de l'âme grâce à laquelle nous
hous formons des idées de nous-mêmes et des choses qui
sont en dehors de nous* I>s premières idées nous arrivent
par les organes des sens extérieurs et ces idées sont dites
idées sensibles*
Une sensation forte empêche de ressentir les sensations plus
faibles. C'est ainsi que les étoiles qui brillent au ciel pendant
le jour aussi bien que pendant la nuit sont éclipsées durant
la journée par l'éclat du soleil.
DE L'ATTENTION
L'attention consiste en ce que nous arrêtons nos pensées
sur un objet en particulier, les autres choses n'étant presque
-plus remarquées par nous. Au contraire^ nous sommes distraits
lorsque notre pensée» au lieu de se fixer sur certains objets,
se porte d'une façon inconstante d'un objet à l'autre.
On trouve l'image sensible de l'attention dans un papillon
qui se pose sur une flpur et qui, pendant un certain temps,
semble s'occuper d'elle avec assiduité. Il offre au contraire
l'image sensible de la distraction lorsque, ne s'arrêtant nulle
part, il voltige de ça et de là dans l'air. Pendant la durée d'un
sommeil profond notre âme ne peut plus donner place à l'at-
tention.
La règle générale que doit suivre un instituteur de sourds-
muets pour expliquer à ses élèves cette faculté de l'âme et toutes
les autres est celle-ci : Faites connaître à l'élève chaque faculté
au moment où elle s'exerce d'une façon prédominante, la mé-
moire quand le souvenir s'éveille, la joie au moment de la joie,
la bienveillance quand elle se montre. Un maître avisé qui,
d'un œil pénétrant, Observe tout ce qui se passe dans l'esprit
de son disciple, arrivera même facilement à placer celui-ci en
situation de laisser se manifester telle ou telle faculté donnée
de l'âme humaine.
DE LA MÉMOIRE
La mémoire est le pouvoir que possède notre âme de re-
connaître comme les ayant déjà eues les idées que nous avons
eues dans un temps passé. Conserver dans sa mémoire signi-
fie : avoir constamment conscience d'idées antérieurement con-
çues. Oublier signifie : ne pas reconnaître comme les ayant
eues déjà les idées que l'on a formées antérieurement une
bonne mémoire est celle qui embrasse rapidement un grand
nombre d'idées et les conserve longtemps. Uue mémoire
faible est celle qui embrasse lentement un petit nombre
d'idées et qui les oublie presque aussitôt.
— 58 —
L'instituteur de sourds-muets trouvera dans son enseigne-
ment quotidien de fréquentes occasions de faire comprendre à
ses élèves ceite faculté de la mémoire d'après ce qui se présente
dans ses leçons.
DE i/lMAGINATION
L'imagination est une faculté de notre âme grâce à laquelle
nous nous représentons comme actuellement présentes des im-
pressions sensibles que nous avons éprouvées autrefois. En
rêve, l'imagination nous présente des tableaux que nous
avons eus devant les yeux.
Pour montrer à l'élève la manière dont la mémoire et l'ima-
gination opèrent, il faudra saisir l'occasion où de lui même, il
fait quelque récit des choses qu'il aura vues quelques semai-
nes ou quelques années auparavant afin de le ramener àl'idée
première qui a donné naissance à ces images.
Tel élève a vu passer un religieux vêtu de blanc et de noir.
Tout aussitôt il s'est rappelé qu'il a été visiter avec moi, il y a
quelques années, un couvent habité par des religieux qui por-
tent ce même costume. Sa faculté d'imagination lui a représen-
té la majestueuse église, l'autel étin celant, les lampes d'argent,
les somptueux ornements, les crucifix, les peintures et aussi
le bon petit repas qu'on lui a offert. Ses paroles, ses gestes témoi-
gnent suffisamment de la vivacité de ses souvenirs. On a saisi
tout de suite ce moment opportun de lui montrer que toutes ces
représentations sensibles avaient été amenées par la rencontre
fortuite du religieux qui passait.
La faculté dont notre auteur vient de décrire les
actes ne paraît guère se distinguer de la mémoire
s'exerçant avec une vivacité particulière sur des idées
sensibles. Aussi fait-il entrer immédiatement après dans
son énumération ce qu'il désigne sous le nom de
faculté d'invention et qui se rapporte mieux à ce que
nous nommons communément l'imagination.
C'est dit Keller, le pouvoir qu'a notre âme de réunir ou de
dissocier à volonté des idées sensibles, alors que l'ensemble
résultant de cette opération de l'esprit n'existe pas en dehors de
nous.
I/EXPÉIUENCE ET i/EXPÉRIMENTATiON
L'expérience est la connaissance que nous donne des choses
l'attention se fixant sur nos propres impressions sensibles. Des
expériences nombreuses conduisent à prévoir la répétition de
— 59 —
cas analogues aux cas observés. Le ciel est, par exemple, couvert
de nuages, l'air étouffant. Des expèri onces répétées nous ont
appris que dépareilles circonstances résulte la formation d'o-
rages et de fortes pluies. Par suite nous nous attendons à ce
qu'une violente tempête survienne.
L'expérimentation consiste à £e placer dans les conditions
voulues pour arriver à s'instruire par voie d'expérience.
Les gens âgés ont beaucoup d*expSi'ience. Les enfants en
ont très peu. L?s jeunes g n ns doivent donc, s'ils veulent ac-
quérir la sagesse, s'en rapporter à l'expérience des vieillards.
l'intelligence humaine
L'intelligence ou la raison est une faculté de l'âme humaine qui
nous sert à nous former des idées claires, à lier ou à dissocier
des idées à déduireunjugementdeleur liaison ou de leur disso-
ciation. De la liaison des jugements s° forme le raisonnement.
C'estla raison qui distingue l'homme du reste des êtres vivants.
C'est la raison qui sert à l'âme à concevoir des idées abstrai-
tes en concentrant toute son attention sur une seule des qua-
lités d'une chose et en considérant cette qualité comme isolée
des autres. Au nombre des idées de cette sorte dérivées des
sens il faut compter principalement les idées d'espèce et
de genre qui prennent naissance lorsque nous mettons notre
esprit tout particulièrement en face de ce qui est commun à
beaucoup de choses diverses ehtre elles mais se ressemblant
par ce caractère constant. Je crois m'être assez étendu dans la
section consacrée à la logique, sur la netteté des idées et sur
l'abstraction pour amener l'élève à comprendrecîs nolions. Qu'il
mesoit permis maintenant d'ajouter quelques mots sur les mo-
yens' à employer pour conduire les sourds-muets à la conception
des idées abstraites. Le procédé habituel, unique pour arriver
à des idées claires et complètes consiste à les décomposer en
leurs élément constitutifs étales expliquerpar des périphrases.
C'est là ce dont personne ne peut douter, mais la question s'é-
lève de savoir quels signes il convienne, mettre en usage pour
amener les sourds-muets â des idées nettes. Sera-ce la parole
articulée, ce que nous appelons les mots ? Ou bien faudra-t-il
donner la préférence à certains signes que nous désignons
aussi sous le nom de mimique ? L'une et l'autre de ces deux
opinions ont trouvé des partisans parmi des hommes de grand
mérite et l'on a donné beaucoup de raisons pour les défendre.
En mon petit particulier, je n'ai vraiment pu trouver encore la
moindre opposition entre ces deux procédés et n'imagine pas
pourquoi l'on adopterait exclusivement l'un ou l'autre, dépré-
ciant l'un pour élever l'autre sur le pavois. La nature même qui a
— 60 —
mis en nous la propension à exprimer nos pensées par des
sons articulés nous porte aussi, souventméme sans que notre
volonté y participe, à accompagner nos paroles de gestes expres-
sifs pour leur donner pleine force et énergie.ll est assurément
difficile dans bien des cas, après avoir entendu un babile ora-
teur, de décider si c'est par l'expression de son visage et par
ses gestes ou bien par sa parole qu'il a produit le plus d'effet
sur ses auditeurs. Nos connaissances en cette vie ayant, pour
la plus grande partie sinon entièrement, un caractère symbo-
lique, les gestes qui peuventservir à préciser nos idées ne sau-
raient être trop multipliés. D'un autre côté,pourquoine pour-
rait-on expliquer en périphrases à un élève des idées obscures
et abstraites en se servant de mots, j'entends de mots qui
lui sont connus, aussi bien qu'en se servant de signes métho-
diques, en employant la langue parlée aussi bien que les gestes
et en même temps ? Les mots et les gestes sont-ils choses
incompatibles entre elles et dont on ne puisse faire usage con-
jointement ? Je crois être suffisamment fondé à affirmer que les
éclaircissements et les périphrases que l'on formulerajsimulta-
némentpar la mimique et par la parole sont de la plus grande
utilité. Combien ne se présente-t-il pas d'occasions où quel-
qu'une des expressions employées pour définir une chose
laisse une ambiguïté qui ne pourrait que s'augmenter si l'on
voulait se servir de la parole pour éclairer l'esprit de l'élève,
tandis qu'un geste bien choisi dissipe le doute et, donne à
l'esprit plus de précision. Il est certain que l°s idées peuvent
s'imprimer plus profondément clans l'esprit du jeune sourd-
muet lorsque le maître se sert de deux espèces de signes ayant
le même sens que lorsqu'il emploie une seule manière
d'exprimer sa pensée. C'est ainsi que les objets qui frappent
plusieurs sens produisent toujours une impression plus vive
que lorsqu'il n'y a qu'un seul sens mis en jeu. Il faut du
reste s'en référer a l'expérience pour déterminer quelle est
la meilleure voie à suivre eu égard aux disposiiions des
élèves et dès lors toute controverse deviendra inutile.
C'est de la part de notre auteur un acte de grande
sagesse que de soumettre à l'avance son sentiment aux
leçons de l'expérience impartiale. Un examen plus
pénétrant de la question lui eût fait reconnaître la
nécessité de contrôler sûrement avant tout, par des
expériences nombreuses et directes, l'assertion qu'il a
cru pouvoir poser presque en axiome et qui sert de
base, base fragile, à toute son argumentation : à savoir
que la minique et la parole se prêtent une aide mutuelle
— 61 —
pouf l'instruction des sourds-muets. L'erreur était
facile à commettre, il est vrai et la théorie séduisante.
Qui eût pu penser que les deux procédés qu'on aimait à
se représenter comme fraternellement unis dans une
action commune ne sont au fond, en pareil cas, que des
frères ennemis, des rivaux qui, selon lexpression du
poète, ne s'embrassent que pour s'étouffer? Il était
réservé à l'avenir d'instituer une critique scientifique
plus rigoureuse et d'en faire le point de départ de
nouveaux progrès.
O. Claveau.
{A suivre).
LES ECOLES DE SOURDS-MUETS EN SUÉDE
Un de nos collègues nous communique la lettre
suivante, nous pensons qu'elle intéressera nos lecteurs
en leur donnant des renseignements complets sur
l'état actuel de l'enseignement des sourds-muets en
Suède.
Ad. B.
Noua avons actuellement en Suède 19 écoles de
sourds-muets. La plus ancienne, l'institut public des
sourds-muets de Manilla (près de Stockholm) a été ou-
verte en 1809; la plus récente, l'institution des sourds-
muetsde Mariestad (au sud de la Suède) a été ouverte
en 1888.
Parmi ces écoles on compte trois instituts pour les
sourds-muets adultes ( de 15 à 30 ans ) qui n'ont point
été instruits, quand ils étaient en âge de recevoir
— 62 —
l'instruction. L'un de ces instituts est situé à Skara un
un autre à Vadstena et le troisième à Bollnàss. Ces trois
établissements qui contiennent ensemble 120 à 150 élèves,
ont un caractère provisoire : de sorte qu'ils seront
fermés aussitôt que nous aurons assez d'écoles pour les
jeunes sourds-muets. Ces trois instituts, de même que
celui de Manilla dépendent de l'Etat. Parmi les autres
écoles, 8 sont départementales ( ou lans-Skolor ) et 7
sont des écoles particulières.
Toutes les écoles, sauf les trois écoles d'adultes que
je viens de citer, sont des écoles d'enfants.
La 'plus ancienne méthode suivie en Suède pour l'en-
seignement des sourds-muets est la méthode des signes
et l'alphabet manuel. L'an 1864, si je ne me trompe, on
appliqua à Manilla la méthode orale. Puis des écoles
s'ouvrirent dans toutes les parties de notre pays ; et dans
ces nouvelles écoles on introduisit la méthode orale:
pourtant on ne, voulait pas l'appliquer à tous les enfants.
Aujourd'hui encore, la plupart des instituteurs desourds-
muets de Suède ne veulent pas apprendre à parler à tous
leurs élèves. Les maîtres s'imaginent que les enfants
sourds-muets dont l'intelligence est faible, ne pourront
dans la vie, tirer aucun profit de leur parole. C'est
pourquoi ils n'instruisent par la parole que ceux dont
l'intelligence est ordinaire ou supérieure. Et ils suivent
ces principes avec une telle rigueur, ils mesurent l'in-
telligence avec tant de sévérité; que 55°/o seulement de
nos sourds-muets sont appelés à bénéficier de l'enseigne-
ment oral.
Jusqu'ici, il n'y a chez nous que 1 écoles qui pratiquent
pleinement la méthode orale pure.
Parmi nos institutions, ltsont des internats e«»5 sont
des externats. Les élèves appartenant aux externats
sont mis en pension dans des familles d'ouvriers. Chez
moi, àUpsala, il n'est ni ne sera mis qu'un seul enfant
dans chaque famille. Dans les externats (forestandare)
plus anciens que celui dont je suis le directeur, ceux par
exemple d'Orebro et de Venersfoorg, deux enfants, l'un
— C3 —
plus âgé que l'autre, sont placés dans chaque famille. 11
peut arriver à Manilla, qu'un élève après avoir passé un,
deux, trois, quatre, cinq et même six ans dans la section
orale, soit remis après ce temps dans la section où
l'enseignement est donné au moyen de l'alphabet manuel.
Contrairement à ce qui se passe dans les autres écoles,
la durée du cours d'instruction n'est à Manilla que de
sept ans. Naturellement dans les instituts qui ne reçoi-
vent que des adultes les cours durent moins longtemps
( de 2 à 4 ans). De même, et cela se comprend, l'ensei-
gnement est donné dans ces écoles, par la méthode des
signes et Talphabet manuel.
Le prix de la pension pour chaque élève à Manilla,
est de 300 couronnes ( 1 ), mais cette taxe peut être di-
minuée jusqu'à 150 ou 100 couronnes. Il y a à peu près
90 places gratuites dont la plupart sont distribuées par
les chapitres. Le nombre des élèves est de 135 environ.
L'Etat paie en tout pour quatre instituts la somme de
109.200 couronnes par an : Il paie annuellement aux
autres écoles une subvention de 100 couronnes pour
chaque élève, soit un total de 45.000 couronnes.
Les écoles départementales obtiennent de leurs Con-
seils Généraux, etc., diverses subventions, montant à
SOOO, à 9,000, à 13,000 couronnes. Les écoles particu-
lières peuvent aussi obtenir des subventions des
Conseils généraux. Dans les institutions qui ne sont pas
des écoles de l'État, les parents des élèves, ou les com-
munes (si les parents ne le peuvent pas) paient une taxe
annuelle de 75, de 100 ou de 125 couronnes pour chaque
élève.
Dans nos 16 écoles d'enfants, ( y compris celle de Ma-
nilla) nous instruisons environ 600 élèves: les écoles
d'adultes ainsi que je l'ai déjà dit comptent 150 élèves.
Néanmoins, il reste encore environ 300 enfants sourds-
muets qui ne reçoivent point d'éducation.
1. Une couronne vaut 1 l'r E9 de notre monnaie.
— 61 —
Dans notre pays, il y a à peu près 5900 sourds-muets
pour cinq millions d'habitants.
L'institut des sourds-muets adultes de Vadstena fut
ouverten 1878 ; celui de Shara en 1879 et celui de
Bollnâss en 1880.
Les 8 écoles départementales pour les enfants sont
situéeâ :
à Karlshrona, fondée en 1858
- Goteborg
»
1859
- Hernosand
»
1867
- Lund
»
1871
- Falun
»
1873
- Orebro
»
1875
- Venersborg
»
1877
- Upsala
»
1885
Les 7 écoles particulières sont situées :
à Hjorted, fondée
en
1858
- Stockholm
»
1859
- Rephute
»
1862
- Gumpetan
»
1874
- Bollnâss
•»
1874
- Linkoping
»
1888
- Mariestad
»
18S8
Vous remarquerez que Bollnâss possède deux écoles,
l'une pour le* enfants, l'autre pour les adultes et que
Stockholm possède également deux écoles si l'on compte
celle de Manilla.
Dans les 4 écoles de l'État, on reçoit de nouveaux
élèves chaque année : dans toutes les autres on n'en
reçoit que tous les deux ans.
Le nombre des instituteurs et institutrices de sourds-
muets de Suède est de 90.
Enfin nous avons à Shara une école pour les sourds--
muets-aveugles. Ces malheureux sont au nombre de 40
pour toute la Suède, dont 10 en âge de scolarité. Quatre
deceaderniers reçoivent à présent l'éducation, par les
— es -
soins de Madame Elisabeth Nordin, femme du directeur de
l'institution des sourds-muets de Skara. L'école de
Madame Nordin reçoit une subvention de l'Etat ; elle a
été fondée par une élève, en 1882.
Veuillez agréer, etc.
J. A. WILBN.
Directeur de l'Institution des Sourds-Muets d'Upsalv
(Suède).
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
de
Tous les ouvrages paras en Franàe ou en Langue française
sor l'enseignement des
SOURDS- MUETS
Suite
Poquet. V. Annales de l'institut des sourds-muets de
S 1 Médard lez Soissons.
t*radelle (.Ëm). De l'enseignement des sciences physi-
ques et naturelles au Sourd-muet. Thèse pour
l'agrégation. 22 p. Paris> 1863.
Premiers éléments de la langue maternelle à l'usage
des élèves de l'institut royal des sourds-muets et
des aveugles à W"olu\ve-Saint-Lambert-lez-Bruxelles
In-12, 115 p. Gand, Imprimerie de l'institut des
sourds-muets, 1880.
i*rieur (V. Documents officiels 1791 .
— m -
Ptistienns (L.). Petits récits d'histoire de France a l'usage
des élèves de l'institution nationale des sourdes-
muettes de Bordeaux. l re Partie, depuis les temps
anciens jusqu'en 1461- In-, îv et 136 p. Bordeaux,
V. Grespy, 1885.
Pnstienne (L.). Petits récits d'Histoire de France. 2« par
tie. depuis 1461 jusqu'en 1789. In-8, 112 p. Bordeaux,
V. Crespy, 1886.
Puy. (Institution du). Notice sur l'institution dépar-
tementale des sourds-muets, etc. (V. Borie.)
Puybonnienx(J.-B.), La parole enseignée aux sourds-
muets sans le secours de l'oreille. In-12, 158 p. Paris,
Kugelmann, 1384.
Puybonieuxx (J.-B.). Discours sur l'état intellectuel et
moral des sourds-muets- Paris, Lottin de Saint-Gfer-
main. 1843.
Pttvbonnieux (J.-B.)." Mutisme et surdité ou influence
de la surdité native sur les facultés physiques, intel-
lectuelles et morales. In-, XV et 41 p. Paris, J.-B.
Baillière, 1846.
Puybônnienx (I.B.), Droits des sourds-muets à l'assis-
tance publique. In-8, 15 et 412 p. Paris, Baillière, 1846.
Puybôunieux (J.-B.). L'Impartial. Journal de l'ensei-
gnement des sourds-muets, etc. (V. Impartial.)
Québec {Institution dé). Rapport annuel (abbé Alf. Bé-
langer). ln-8, 8 p. Saint-Louis du Mile-end. Impri-
merie de l'institution des sourds-muets, 182.
Rabelais. Pantagruel, livre m, chapitre xix, p. 238
Œuvres de Rabelais, Nouvelle édition, par L. Jacob.
In-12, Paris, Charpentier, 1857.
Rambosson (J.): Langue universelle. Langage mimique,
mimé et écrit. Développement philosophique et pra-
tique. In-8, 43 p. Paris, Garnier frères, 1853.
Rambosson (J.). Recherches sur l'enseignement de la
parole aux sourds-muets.
Rambosson [J.) La religion mise à la portée du sourd-
muet et de toutes les intelligences. Petit in^-8, 105 p.
Par:j, Hachette, 1854,
— 67 —
Ramb'Vssoû (J.). Langue universelle, ln-8, 8 p. Paris
1855.
Rattel (D r J. A. A.). Des cornets acoustiques et de leur
emploi dans le traitement médical de la surdi-mutité.
Petit in-8, 135 p. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1886.
Raymond. V. André et Raymond. Cours de langue fran-
çaise, etc.
Rscoing. Syllabaire dactylologique ou tableau d'une
langue manuelle à l'usage des sourds-muets. Petit
in-4, 132 p, 16 planches. Paris, Institution royale et
Verret, 1823.
Revue bibliographique internationale de l'éducation des
sourds-muets et des sciences qui s'y rattachent publiée
sous la direction de Ad. Bélanger. Première année.
In-8, 104 p. Paris, P Ritti, 1885-1886.
Les années suivantes de cette publication ont paru sous le
nom de Revue Française de l'Education des sourds-muets.
Revue Française de l'Education des Sourds-Muets.
Bibliographie internationale de cet enseignement et
des sciences qui s'y rattachent .Publiée sous la direc-
tion de Ad. Bélangrer;2 mc année 1886-1887, In-8, 288 pô
3 me année 1887-1888, ln-8, 2S8 p.; 4 nie année, 1888-
1889, 300 p.
Ce recueil est en cours de publication. La première année a
parn sous le nom de Revue Bibliographique.
Revue Internationale de l'enseignement des sourds-
muets. 1" année, 1885-86, 321 p., 2 e année, 388 p.; 3 e
année, 381 p.; 4 e année, 384 p. In-8, Paris, G. Carré.
Rey -Lacroix . Sur les sourds-muets. (La Feuille Villa-
geoise, 2 e année, n° 2, p. 43 à 48). In-8, Paris. Desenne,
791.
Rey-LaTOix. La sourde-muette de la Clapière ou le-
çons données à ma fille. Essai élémentaire applicable
aux enfants non sourds-muets. In-8, 134 p. Béziers:
J.-J.Fuzier; Paris, veuve Panckouke, an ix.
Richardin. Réflexions et citations sur l'état moral des
sourds-muets sans instruction, sur celui des sourds-
muets qu'on instruit et sur les méthodes en usage a
— 68 —
Paris et â Nancy, suivies d'un exposé succinct de la
dactylologie ou moyen d'apprendre à converser à
l'aide de l'alphabet manuel, d'une petite histoire de
l'abbé de l'Épée et d'une notice sur l'enfance du sourd-
muet Massieu. ln-8, 56 p., et 4 planches. Paris,
Hachette; Nancy, Vidard et Jullien, 1834.
Richardin. Sentences de morale et de religion. In-16, h
et 314 p. Paris, Hachette, 1837-38.
Richardin. Dactylologie ou art de converser avec les
sourds-muets instruits au moyendel'alphabetmanuel,
suivi d'un coup d'œil général sur l'instruction des
sourds-muets, avec deux planches. In-16, 27 p. Nancy
institut des sourds-muets, 1845.
Riche. Essai sur la vie et sur les ouvrages de M. l'abbé
de l'Épée. Extr. Rapports généraux de la Société
philomatique de Paris. Tome 1" p. 39-70. ln-8, Paris,
Bal lard, 792.
Rieffel (L'abbé). De l'éducation des sourds-muets. Dis-
cours. ln-8, 24 p. Chambéry, A Pouchet et Ç ie , 1867.
Rieffel (L'abbé). Pensez-y bien ! Aux jeunes sourds-
muets, souvenir d'un ami. In-8, 46 p. Chambéry,
Puthod, 1871.
Rieffel (L'abbé). Méthodes d'enseignement française et
allemande. Discours- ln-8, 14 p. F. Puthod et C ie
1874.
Rieffel (L'abbé). Discours sur la nécessité des publica-
tions à l'usage des sourds-muets. In-8, 12 p. Cham-
béry, Châtelain, 1875.
Rieffel (L'abbé). Petit catéchisme à l'usage des sourds-
muets. 2 e éd. In-8, 42 p. Chambéry, Puthod. 1875. 3 e
éd. In-12, 24 p. Namur, Doux fils, 1882.
Rieffel (L'abbé). L'eucharistie. 2 e éd. In-16, 47 p. Aix-
les-Bains, Gérente, 1877.
Rieffel (L'abbé). Catéchisme à l'usage des sourds-muets.
2 e éd. In-12, 60 p. Questionnaire. In-12, 16 p. Gre-
noble, Baralier et Dardelet, 1879.
— 69 -
Rieffel (L'abbè). Sur l'excellence de l'œuvre de l'édu-
cation. Discours prononcé à Saint Laurent-du Pont en
1879. ln-8, 8 p. Grenoble, Earatier et Dardelet.
Rieffel (L'a'bbë). La confession à l'usage des sourds-
muets. ln-12, 12 p. Namur, Doux fils, 1880.
Rieffel (l'afcfcé). La mes^e, à l'usage des sourds-muets.
ln-12, 15 p. Namur, Doux fils, 1882.
Rivière (P.). Manuel de jardinage et d'agriculture à l'u-
sage des institutions de sourds-muets et des écoles
primaires, précédé d'une préface par M. Dupont. In-8
xv et 214 p, Paris, G. Carré, 1888.
Robillard (J. 1..) Leltre à M. de Saussure louchant les
moyens à employer pour faire parler les sourds et
muets. In-8, Genève, 1779.
Rodenbach (A.), Coup d'œil d'un aveugle sur les sourds-
muets. ln-8, 220 p. 6 tableaux, une planche. Bruxelles,
Louis Hauman, et C ie , 1829.
Rodenbach (A.). Les aveugles et les sourds-muets. His-
toire. — Instruction. — Education. — Biographie.
Ouvrage orné d'un alphabet manuel des sourds-muets
et de deux fac-similé de l'écriture de Massieu et de
l'auteur, ln-8, 2S6 p. Bruxelles, J. A. Slingeneyer,
aîné, 1883.
Rodenbach (A.). Les aveugles et les sourds-muets, etc.
2 e édition, ornée du portrait de l*auteur. ln-12, 288p.
Tournai, J. Casterman et fils, 1885.
Rodez (Institution de). Distribution des prix, 1862.
Romule (Frère). Notice sur l'institution de S'-Claude-
lez-Besançon. ln-8, 4 p.
Rousseau (H.). Rapport sur le Congrès de Bruxelles.
(V. Congrès.)
Rousset (L'abbè). Abrégé de la doctrine chrétienne à
l'usage des sourds-muets de Bordeaux. In-16, 49 p.
Bordeaux, Lafargue, 1801.
Saintard(D r ). Nouvelle méthode de langage par signes à
l'usage des sourds-muets et de toute autre personne.
In-12, 24 p. et 94 tableaux. Auteur, Herbeuville, 1863.
— 70 —
Saint-Brieuc {Institution de). V. L'abbé Gantier. Rap-
port etc.
Saint-Etienne, {institution de). V. Ch. de Beaamasset.
Notice, etc.
Discours prononcé par le frère directeur à l'occa-
sion de la distribution des prix. In-8, 7 p. Saint-
Etienne, Théolier et Cie, 1881.
Saint-Gabriel. {Congrégation des frères de) V. F. Ber-
nard—F. D. D. — frère M. . B .
Méthode de Toulouse pour l'instruction des sourds-
muets. Editée et adoptée par les congrégations des
frères de St-Gabriel et des filles de la Sagesse.
Premiers éléments de la langue. l re année, livre du
professeur. In-8, iv et 436 p.
Enseignement pratique de la langue. Tome 1 er , 2 me
année, livre du professeur. In-8, 300 p.
Enseignement pratique delà langue. Tome n me , 2 me
année, livre du professeur. In-8, 352 p.
Petites scènes de la vie écolière, 2 rae année, livre
du professeur. In-S, xv et 287 p.
Petit catéchisme, 1" année. In-8, iv et 84 p.
Catéchisme. Texte continu, 2 ms année. Livre du
professeur. In-8, 1 et 91 p.
Catéchisme avec synonimies, 2 me année. Livre du
professeur. In-8, xv et 388 p.
Questionnaire correspondant : 1° au catéchisme
(texte continu) à l'usage des sourds-muets ; 2° au
catéchisme avec synoninimies. 2'" e année. Livre du
professeur. In-8, 1 et 108 p.
Leçons sur la géographie. Première année. In-8
vin et 98 p .
Abrégé de l'Histoire Sainte, In-8, xi et 231 p.
Tableaux catéchistiques. Exercices phraséologiques
sur quelques passages pu catéchisme. 2 ,n0 année. In-8
vin et 287 p.
Leçons sur l'histoire naturelle des animaux. 1" an-
née. In-8, m et 139 p.
— 71 —
Poitiers. H. Oudin, 1864, 1865, 1866.
Méthode d'enseignement pratique à l'usage des
institutions de sourds-muets. Tome i, partie du maî-
tre, x et 145 p. Tome n. Partie de l'élève, 192 p.
Lille, institution des sourds-muets, 1853.
Saint- Hippnlyte-du-Fort {Institution de). Rapports an-
nuel*,
Saint-Médard tes Soissons. (Institution de). Rapports
annuels. V. l'abbé Poquet. Annales de l'institution de
St-Médard.
Saint-Sernin. Exercice public sur l'instruction des
sourds et muets, dédié à MM. les Maire et officiers
municipaux de la ville de Bordeaux. In— 4, 15 p. Bor-
deaux, A. Levienx, 190.
Saint-Sernin. Second exercice public que soutiendront
les sourds-muets de naissance de l'école de Bordeaux,
le 29 décembre 1791. ln-4, 14 p. Bordeaux, A. Levieux.
Saint-Sernin et P. Vive. Les Instituteurs de l'Ecole
nationale des sourds-muets de Bordeaux au Comité
des secours publics de la Convention nationale (24
nivôse, an n). ln-4, 48 p. Bordeaux, A. Lexieux.
F.J.-J. Valade-Gabel. Notice sur la vie et les
travaux de Jean Saint-Sernin.
Sauveur (D r D.) Statistique des sourds-muets et des
aveugles de la Belgique, du duché de Limbourg et du
grand duché de Luxembourg, d'après un recensement,
opère en 1<S:'5. (Extrait «lu Tome 111 du Bulletin de la
Commission], ;<>ntrale de statistique), ln-4, 70 p. Bru-
xelles, Haye?., 1817.
Schmalz (Ed.) Instruction précise et claire pour
reconnaître dès les premières années de la vie qu'un
enfant est sourd-muet et pour prévenir, autant que
possible, le surdi-mustisme, ainsi que pour élever
convenablement ces enfants dans la maison paternelle.
ln-12, 48 p. Paris, A. Franck; Dresde et Leipsick,
Arnold, 1847.
— 72 —
Schmalz ( Ed. ). Traité sur l'art de saisir par la vue les
mots parlés, comme moyen de suppléer autant que
possible, à l'ouïe des personnes sourdes ou dures
d'oreille. A l'usage des parents, des médecins, des
instituteurs et des personnes dont l'ouïe est défec-
tueuse. ln-8, 70 p. Leipsick, Hinrichs; Paris, Broc-
khaus & Avenarius, 1844.
Séguin (Ed.). Traitement moral, hygiène et éducation
des idiots et des autres enfants arriérés, p. 325 à 331.
ln-12, Paris, J.-B Bailliére, 1846.
Séguin (Ed.). Jacob-Rodrigues Péreire. Notice sur sa vie
et ses travaux et analyse raisonnée de sa méthode.
Précédée de l'éloge de cette méthode, par Buffon.
ln-12, Paris, J,-B. Bailliére, 1847.
Selligsberger (Bernard). Quelques mots sur les sourds-
muets. lrt-8, 56 p. Strasbourg, Schmidt etGrucher, 18 42.
Sicard (L'abbé.) Exercices que soutiendront les sourds
et muets de naissance, le 12 et 15 septembre 1789,
dans la salle du Musée de Bordeaux, dirigés par M.
l'abbé Sicard, Instituteur royal, sous les auspices de
M. Champion de Cicé, etc. In-4, 18 p. Bordeaux,
Racle. 1789.
Sicard (L'abbé;. Mémoire sur l'art d'instruire les soui'ds
et muets, de naissance, extrait du Recueil du Musée.
ln-8, 38 p. Bordeaux, Michel Racle, 1789. suivi de :
Conditions de la pension des sourds et muets de
l'Ecole de Bordeaux. In-8, 4 p.
(A suivre).
— 73 —
LE CENTENAIRE DE L'ABBÉ DE L'EPÊE
Nous avons reçu de l'Association amicale des sourds-
muets de France, la nouvelle circulaire suivante (l)
Congrès International des Sourds-Muets
Paris, le 6 Mai 1889.
MONSIEUR,
Le Comité chargé de l'organisation du Congrès qui se
tiendra à Paris du 10 au 18 juillet prochain a l'honneur
de vous faire part des renseignements suivants qui lui
ont été demandés par un grand nombre de personnes
désireuses d'y participer.
1° Le Congrès siégera dans l'une des salles delà Mairie
du' VI e arrondissement, place St-Sulpice.
2 e II constituera son Bureau le 10 juillet, à 8 heures
du soir et les séances auront lieu à la même heure les
11, 12, 13 et 16 juillet.'
3° Ce Congrès a uniquement pour but de constater les
progrès accomplis depuis un siècle dans la situation
morale, matérielle et sociale des sourds-muets adultes ;
il n'aura donc nullement à s'occuper des méthodes d'en-
seignement qui, d'ailleurs, ne sont pas de sa compétence.
J. Voir Revue Française, 4 e année, No. 12.
4" Les membres du Congrès qui ont leur domicile
habituel en France verseront une cotisation de cinq francs
pour couvrir les frais; ceux qui viendront des pays
étrangers seront dispensés de cette cotisation.
5" Pour qu'il n'y ait pas d'erreur, le comité du Con-
grès prévient les personnes arrivant des départements
de la France ou de l'étranger qu'il ne se charge aucune-
ment des Irais de leur séjour à Paris.
6° Une carte de légitimation sera remise à chacun des
membres effectifs ou honoraires.
7° Un avis ultérienr fera connaître: 1° le jour et
l'heure où seront posées des plaques commémoratives
sur la maison qui fut l'école de l'abbé de l'Epée et où il
mourut en 1789; 2° le lieu du banquet international par
souscription individuelle; 3* celui où les sourds-muets
français offriront une soirée d'adieu à leurs frères de
l'étranger et aux dames qui auront pris part au Congrès.
8° L'entrée en France est libre; les passeports ne sont
pas nécessaires; néanmoins chacun fera bien d'avoir
une pièce constatant son identité.
9" Les personnes qui entreront en France par l'Alsace
Lorraine (Pagny-sur-Moselle et Avricourt), devront
avoir un passeport pour retourner chez elles par ce
pays.
10° On peut toujours se faire inscrire comme membre,
même pendant la tenue du Congrès, sous les réserves
indiquées a l'article 4 ci-dessus.
Veuillez agréer, Monsieur, les salutations amicales du
Comité d'organisation.
Le Secrétaire,
e. dusuzeau
Quelques renseignements sur les tarifs des voitures,
les restaurants, les hôtels, etc., sont joints à cette
circulaire.
— 75 —
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Exposition Universelle. C'est sur l'Esplanade des
Invalides, pavillon de l'Hygiène et de l'Assistance, que
nos confrères trouveront les travaux exposés par les
Institutions nationales de Paris, de Bordeaux et de Cham-
bèry. Dans un prochain numéro, nous nous proposons
d'attirer plus particulièrement l'attention de nos lec-
teurs sur ces trois expositions fort intéressantes et qui
font honneur à nos institutions nationales ,
Société centrale d'éducation et d'assistance pour les
sourds-muets en France. — Tous les deux ans cette so-
ciété organise une loterie de 5.00Q billets à 1 fr. Chaque
série de 10 billets donne droit à 1 lot et participe en outre
au tirage des 3 gros lots représentés par des vases de la
manufactures de Sèvres et des objets de prix. Nous re-
commandons instamment à nos lecteurs cette loterie qui
est une des principales ressources de l'œuvre. On sait les
services que cette société rend : aux jeunes sourds-muets
l'éducation aux malheureux, l'assistance de toute nature.
Nos lecteurs peuvent se procurer des billets en s'adres-
sant soit à M. le D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire
générale de l'œuvre, 1, rue Bonaparte, Paris; soit à
— 76 -
M. Ad. Bélanger, membre du Conseil, 16, rue des Fossés-
St-Jacques, Paris. Le tirage de la loterie aura lieu le
28 juillet 1889.
Une fête de Sourds-Muets. — « La Société de secours
mutuels des sourds-muets de Liège réunissait il y a
quelques jours, en un banquet fraternel, de nombreux
sourds-muets de Belgique, à l'occasion du 25 e anni-
versaire de sa fondation.
« M. Gathy, sécrétai re et fondateur de la Société,
qui avait reçu la décoration de 1" classe des
mutuellistes, a été félicité par les présidents des cercles
'de Belgique, auxquels s'était joint M. Grégoire,
professeur à Berchem-Sainte-Agathe.
« Au dessert, plusieurs discours ont été mimés.
Fête tranquille et charmante.
« Cette société de secours mutuels rend de très
grands services aux sourds-muets de Liège ; il serait
à désirer qu'on songeât à Bruxelles à en créer une
semblable. »
La Chronique de Bruxelles.
Tous nos abonnés ont du recevoir avec le dernier
numéro, un exemplaire du tirage à part de la Biblio-
graphie générale. Dans le cas ou le volume ne leur
serait pas parvenu, nous les prions de nous adresser
au plutôt une réclamation.
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacques 2?s, Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5"" année. N» 4 Juillet 1889
L'Abbé Jules Tarra
Une maladie presque foudroyante vient d'emporter
dans la matinée du 10 Juin dernier, M. l'abbé Jules
Tarra, directeur de l'institution des sourds-muets
pauvres de la province de Milan. Cette mort pré-
maturée — M. Tarra n'était âgé que de 57 ans — ne
frappe pas seulement d'un coup cruel l'établissement
auquel il avait donné un renom si bien mérité : Elle
a mis en deuil la ville de Milan toute entière et la
nouvelle en sera accueillie avec une tristesse pro-
fonde par tous ceux qui s'intéressent à l'éducation
des sourds-muets.
Beaucoup de français ont connu l'abbé Tarra, pendant
et après le Congrès deMilanetil ne manquerait pas
de voix autorisées pour rendre à la mémoire de cet
homme éminent l'hommage qui lui est dû. Peut-
être ce devoir pieux s'impose-t-il plus particulière-
ment à celui qui écrit ces lignes et qui, le premier
d'entre nous, je crois, a eu avant le congrès de
Milan l'heureuse fortune de voir à l'œuvre l'abbè
Tarra, d'entrer avec lui en relations suivies et de re-
cevoir de lui les témoignages d'une amitié qui ne
s'est point démentie.
Déjà à cette époque et depuis plusieurs mois, l'admi-
nistration française, forte de convictions qu'avaient
formées de sérieuses études, avait inauguré à l'Insti-
— 78 -
tution nationale de Bordeaux, pour toutes les élève*
entrées à partir du l" Octobre 1879, le régime absolu
de la méthode orale pure. Quel prix ne devait-elle pas
attacher à s'éclairer au début par l'expérience de
prédécesseurs, habiles, plus avancés de quelques années
dans la carrière nouvelle, ayant présidé eux-mêmes
aux transformations succesives dés méthodes et qui, par
suite étaient plus que tous autres en mesure de
résoudre les doutes ou les difficultés, de faire des résultats
obtenus par eux le gage de ce que nous pouvions atten-
dre de l'avenir ? Ils étaient là tome une pléiade de
savants distingués dont l'Italie citait les noms avec une
fierté légitime et qui nous offrirent libéralement le
concours de leurs lumières : Le P. Pendola ,un grand
esprit et un grand' cœur, dont, la verte vieillesse
semblait défier les atteintes de l'âge et dont l'Institut
Royal de Sienne porte aujourd'hui le nom vénéré, Jules
Tarra, le P. Henri Marchio l'ardent pionnier du progrès,
lieutenant déroué du P. Pendola, d'autres encore,
tous disparus à l'heure présente, morts sur la brèche,
comme aussi est mort inopinément, vers la fin de l'année
dernière, le Commandeur Auguste Zucchi, président du
comité d'organisation du congrès de Milan et dont la
haute et vive intelligence avait été si remarquée. Ce n'est
pas ici le lieu de rechercher minutieusement quelle est
la part d'initiative qui revient à M. l'abbé Tarra dans
l'adaptation de la méthode orale à l'enseignement des
écoles d'Italie et surtout d?ns l'étude, la réalisation
des conditions qui ont véritablement amené le triomphe
de la méthode orale pure. Cette part est dans tous les,
cas considérable, mais l'on peut bien proclamer que nul
ne posséda à un plus haut degré que Tarra cet art
merveilleux d'exposition, la limpidité de la pensée
unie à l'ampleur des vues, la parole alerte autant que
courtoise dans la discussion et ce charme dont le pré-
sident du Congrès de Milan partageait le privilège
avec notre compatriote l'abbé Guérin, assis alors à ses
côtés comme secrétaire de la section française et qui
-79 —
hélas ! l'a devancé dans la tombe. Et tout cela, ce n'était
pas seulement lalent de tribune, lalent de penseur et
d'écrivain. Dans la pratique de l'enseignement, pour
laquelle plus d'un professeur de France reçut de lui de
précieux conseils, Tarra montrait aussi a tous égards,
une éclatante supériorité. Ce n'est pas un médiocre hon-
neur pour notre grand instituteur feu Valade-Gabel
que d'avoir été pris comme modèle par un tel disciple
dans ses procédés d'enseignement intuitif des formes
delà langue maternelle. A la vérité, M. l'abbé Tarra
n'apoint donné dans un manuel signé de lui le résumé de
ses leçons faites aux élèves sourds-muets, mais on
peut tenir pour assuré que sa méthode se trouve fidèle-
ment reflétée dans le Cours de langue publié, il y a quel-
que s années, par le jeune doyen des professeurs de son
institution, son élève de choix, M. Charles Perini.
M. l'abbé Tarra, dans ses écrits destinés à la jeunesse,
né s'était point renfermé dans les bornesd'une spécialité
trop étroite. Une série de petit livres composés en vue
de lectures à offrir aux élèves des écoles primaires
a eu un grand succès et se recommande par les mêmes
qualités maîtresses que l'auteur apportait dans tous ses
travaux: l'ordre méthodique dans le plan général et dans
la disposition des pensées, la simplicité élégante de la
forme. Mais la cause des sourds-muets à laquelle, tout
jeune encore, il avait voué sa vie. n'avait point cessé
de tenir le premier rang dans ses préoccupations. Vers
la fin de sa carrière, il avait été appelé à développer
a ce sujet, devant S. S. Léon XI 11, durant une longue
audience privée, les idées de principe qu'il a su soutenir
et faire prévaloir si heureusement. Et l'impression avait
été si vive dans l'esprit de l'auguste auditeur, que le
Souverain Pontife étonnait, quelques jours après, par la
précision de ses souvenirs un pèlerin venu de l'Amérique
du Nord et très au courant lui même par profession
de toutes les études concernant la manière d'instruire
les sourds-muets.
M. Charles Perini nous promet, pour un avenir que
— 80 —
nous devons espérer prochain, une étude biographique
détaillée, dont mieux que personne, il se trouve en état
de recueillir les éléments. Le récit d'une vie si bien
remplie sera encore pour nous un enseignement. Jules
Tarra fut savant, il fut célèbre. Ge n'est rien quand
vient l'heure de la mort. Des honneurs funèbres lui ont
été rendus par les citoyens de sa ville natale, tels qu'on
ne se souvient pas d'avoir vu à Milan d'obsèques aussi
imposantes depuis celles de l'illustre écrivain Manzoni.
Ce n'est' guère qu'un bruit qui passe. Mais, en même temps
que le maître regretté nous laisse des traditions et des
exemples dignes d'admiration, il emporte avec lui les
mérites d'une existence passionnément consacrée à
une œuvre grande et sainte. Cela, c'est tout.
O. Claveau.
Inspecteur Général Honoraire
des Etablissements de Bienfaisance
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
de
Tous les ouvrages parus en France ou en Langue française
SUR L'BNSIHCnraMBWT DB3
SOURDS-MU ETS
Suite
Sîcard (L'abbê> Second mémoire sur l'art d'instruire les
sourds et muets de naissance. In-8, 25 p« Paris,
Knapen.
Sieard(Xj'abbô). Catéchisme ou instruction chrétienne à
l'usage des sourds-muets. Imprimé par les sourds-
muets. ln-8, vin, 45 p. Paris, Institution nationale
des sourds-muets», près l'Arsenal, 1792.
— 81 —
Sicard (L'abbè). Éléments de grammaire générale appli-
qués à la langue française, ln-8, Tome n, p. 461 (sourds*
muets). Paris, Bourlotton, an vu.
Sicard (L'abbè). Cours d'instruction d'un sourd-muet de
naissance, pour servira l'éducation des sourds-muets
et qui peut être utile à celle de ceux qui entendent et
qui parlent. Avec figures et tableaux, ln-8, x, lx, et
581 p, Paris, Le Glére, an vin.
Sicard (L'abbè). Cours d'instruction, etc. Seconde édition
ln-8, lvï et 488 p. Paris, Le Clère et Londres, Ch.
Prosper et Cie. an XI.
Sicard (L'abbè).Artde la parole. Voir séances des écoles
normales recueillies par des sténographes et revues
par les professeurs. Nouvelle édition, ln-8, Paris,
Imprimerie du Cercle Social. 1800 et 1801.
Sicard (L'abbè). Fragmens d > exhortations prononcées
le 8 Mai 1801, dans l'Eglise Saint-Roch, aux différen-
tes stations de la Croix. In-8, 16 p.
Sicard (L'abbè). Journée chrétienne du sourd-muet
In- 16, iv. 464 p. Paris, Imprimerie des sourds-muets
sous la direction d'Adrien le Clère, 1805.
Sicard (L'abbè). Théorie des signes ou introduction à
l'étude des langues, où le sens des mots, au Heu d'être
défini, est mis en action. Ouvrage' élémentaire, abso-
lument neuf, indispensable pour l'enseignement des
sourds-muets, également utile aux élèves de toutes
les classes et aux Instituteurs; jugé digne d'un grand
prix décennal de première classe, destiné au meilleur
ouvrage de morale et d'éducation, ln-8, tome I, lx,
586 p. ; tome n, 656 p. Paris. Dentu et Delalain, 1808
Sicard (L'abbè), Signes des mots considérés sous le rap
port de la syntaxe à l'usage des sourds-muets. In-&>
64 p. Paris, Imprimerie des sourds-muets, sous 1*
direction d'Ange CI©, 1808.
— 82 —
Sicard (L'abbè). L'art d'enseigner à parler aux sourds et
muets de naissance, par M. l'abbé de l'Épée, augmenté
de notes explicatives et d'un avant-propos, précédé
de l'éloge historique de M. l'abbé de l'Épée, par
Bébian. ln-8, x, 2 et 115 p. Paris, J. G. Dentu, 1820.
Consulter : F. Berthier- L'abbé Sicard, etc. — Bizot de Préa-
meneu. Funérailles de l'abbé Sicard. — B >uilly. Rentrée du O
Sicard, etc. Institut de Bordeaux.
Sincérité (La). Journal mensuel et indépendant des
sourds-muets. (L. Rémond' . 1" année, N os 1 et 2
Avril et Mai, 1887. ln-8, 8 p.
Situation du sourd-muet avant et après son éducation
et son instruction par la méthode orale pure. Décem-
bre 1887. In-8, 6 p.
Sluys (A.). Rapport de la commission administrative de
Berchem-Sainte- Agathe, ln-8, 40 p. Bruxelles. Guvot,
1885,
Smith. (S. A.). Réflexions sur les moyens d'enseigner
aux sourds-muets l'art d'émettre des sons phonéti-
ques. In-815 p. Londres, Hippolyte Baillière, 1869.
Snyckers (M.). L'enseignement des travaux manuels
dans les institutions de sourds-muets. In-8, 10 p,
Paris, G. Carré, 1885.
Snyckers (M.). Des sourds-muets et des aveugles. Confé-
rence donnée le 22 Novembre 1885. In-8, 20 p. Ver-
viers, Massin, 1886.
Snyckers (M.). Le sourd-parlant, cours méthodique et
intuitif de langue française â l'usage des établissements
de sourds-muets, ln-8, 112 p. Paris, G. Carré, 1886.
Snyckers (M.). Le sourd-muet, etc. 2 e année d'études.
Livre du maître, ln-8, 180 p. Paris, G. Carré. 1886.
Snyckers (M.). Premiers éléments de calcul intuitif oral,
mental et chiffré. Nombres de un à cent. A l'usage des
deux premières années d'études des écoles de sourds-
muets. Guide du maître, ln-8,48 p. Paris, G. Carré, 1888.
— 83 —
Snyckers (M.). Premières leçons de choses, de lecture
d'écriture et d'orthographe. Illustré de 80 gravures,
coloriées, ln-8, 90 p. Liège, Bénard, Paris, G. Carré,
1888.
Snyckers (M ). Petit cours méthodique et intuitif de
langue française. A l'usage des écoles de sourds-
muets et des élèves du degré inférieur des écoles
primaires. Livre de lecture A mis en rapport avec le
guide du maître : le sourd-parlant 2 e année d'études;
petit in-8, 68 p. Livre de lecture B, 3= année d'études;
petit in-8, 50 p. Livre de lecture C, 4 e année d'études;
petit in-8, 72 p. Liège, A. Bénard, Paris, GL Carré, 1888.
V. D. Hirsch. L'éducation des sourds-muets, etc.
Société centrale d'éducation et d'assistance pour les
sourds-muets en France. (Fondée en 1850.)
V. Bulletin de la Société centrale. — Allibert.
résumé des travaux de la Société.
Compte rendu de la situation de l'œuvre pour
l'année 1886. In-8, 8 p.
Société d'appui fraternel des sourds-muets de France.
Fondée en 1883. Statuts. Comptes rendus financiers.
Société d'assistance et de patronage pour les sourds-
muets du département du Rhône et des départements
voisins.
Statuts et comptes-rendus annuels depuis l'année
1883-84jusqu'à 1887-1888.
Société nationale pour l'étude des questions intéressant
les sourds-muets. Statuts 1884.
Société pour l'instruction et la protection des sourds-
muets par renseignement simultané des sourds-muets
et des entendants parlants. Fondée en 1866, par Aug>
Grosselin.
Comptes rendus annuels des travaux de la Société.
Société universelle des sourds-muets. Fondée en 1838. et
réorganisée en 1867.
F> Association amicale des sourds-muets.
— 84 —
Banquets des sourd s-muetsréunis pour fêter les anni-
Tersaires de la naissance de l'abbé de l'Épée; relation
publiée par la société centrale des sourds-muets de
Paris. Tome 1, In-8. 287 p. Paris, Jacques Lédoyen,
1882.
Banquets des sourds-muets, etc. Tome second de
1849 à 1863. In-8, 205 p. Paris, L, Hachette et C ie .
Résumé des travaux de la Société et Compte rendu
annuel des banquets.
Solar. (Procès). Mémoire à consulter pour le sieur
Bonvalet, avocat au Parlement, tuteur du jeune
comte de Solar, sourd et muet, trouvé sur le chemin
de Péronne le 1 er août 1773. In-4, vin p.
Lettre de M. l'abbé de l'Épée à M. Élie de Beaumont.
suivie de la consultation sur le mémoire à consulter
et la lettre de M. l'abbé de l'Épée. In-8, 97 p, Paris,
Benoît Morin, 1779.
Mémoire à consulter., etc., seconde édition augmentée,
In-4, 106 p. Paris. Benoît Morin, 1779.
Additions et corrections à la première édition du mé-
moire pour le jeune Solar, 2 p.
Plaidoyers de M, Tronson du Coudray. In-4, 87 p.
Paris, Jorry, 1779.
Consultation pour le sieur Cazeaux. In-4, 4 p, Knapen,
1779.
Lettres-Patentes du roi à l'effet de la continuation de la
procédure (4 juillet 1779). In-4, 4 p. Toulouse, Pijon.
Causes Célèbres. Tome lv, 146* cause. Enfant sourd et
muet abandonné, et ensuite présenté pour le véritable
. fils du comte de Solar, que l'on soutient, d'un autre
côté, être décédé. In-12, 240 p. P. G. Simon, 1779.
(A suivre)
-85 —
Henri KELLER
IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE
Contemporain de l'Abbè de l'Épè e
Sur l'enseignement des Sourds-Muets
( Suite )
Relier, passant à l'étude des actes volontaires, énumère
Successivement les appétits des sens, l'instinct, de
curiosité très développé chez le sourd-muet, l'instinct
d'imitation.
Los sourds-muets ont rn ceci un avantage marqué sur les
entendants. Il semble que la nature ait compensé en eux la
privation de l'ouïe par une plus grande facilité, une plus
grande exactitude à imiter les actions des autres.... N'est-il
pas étonnant que des enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge
de 13 ans arrivent à imiter aussi souvent qu'on Le voudra,
après les avoir vu exécuter une seule fois, les opérations géo-
métriques les plus difficiles comme la transformation d'un
polygone en un triangle de surface équivalente et ne manquent
pas une seule ligne? Nest-il pas surprenant que des enfants qui
n'ont jamais entendu la voix humaine et qui, par conséquent
nepeuvent avoir aucune idèedes sons réussissent à émettre ces
sons presque aussi nettement que les intendants? phénomène
dont toute personne qui aurait à s'occuper de ces matières peut
rconnaître par elle-même la réalité.
Le dernier exemple de tour de force demandé à
l'esprit d'imitation du sourd-muet est assurément le
meilleur qu'on pût choisir. Quant à ces opération ?
géométriques prétendues si difficiles, il faudrait avoir
l'âme bien candide pour se laisser trop éblouir par une
série de constructions à faire toutes de routine sur un
même type très simple, ayant pour objet de transformer
un polygone convexe quelconque en un autre polygone
convexe de même surface, ayant un côté de moins. C'est
un pur jeu de patience et d'attention.
— 80 —
Pour mettre le lecteur à même d'en juger, je demande
la permission de révéler ici le facile secret de cette
petite récréation mathématique, qui a du reste des ap-
plications pratiques bien connues des géomètres.
La méthode graphique à employer est tellement simple
en principe qu'on peut la décrire sans avoir besoin
d'une figure
Considérons un polygone convexe, un hexagone par
exemple, régulier ou irrégulier et dont nous désignerons
les sommets successifs par A, B, C, D, E, F .
Tirez la diagonale A C.
Prolongez le côté G D jusqu'à la rencontre d'une paral-
lèle à A G mener par le sommet B.
Joignez le point d'intersection de ces deux lignes, que
nous appelons H au sommet A.
Voici le problême type résolu : Le pentagone A H D E F
est équivalent à l'hexagone donné à raison de l'équiva-
lence des triangles AB C, A H dont on retranche l'un
de la figure, primitive pendant qu'on ajoute l'autre
triangles qui ont même surface puisqu'ils ont même
base A C et même hauteur, leurs sommets se trouvant
sur une parallèle à cette base,
On transformerait de même le pentagone en quadri-
latère en tirant la diagonale A D et continuant les
mêmes errements, puis le quadrilatère en triangle.
En ayant soin d'écrire â chaque transformation la
série des lettres qui désignent d'une part la diago-
nale tirée et, d'autre part, les lettres qui désignent
les sommets des polygones successifs, on évitera faci-
lement de s'embrouiller dans les lignes déjà tracées.
Il faut prendre garde seulement dans la pratique à
choisir des diagonales dont la direction ne détermine
pas un trop grand èloignement des points d'intersec-
tion â obtenir.
l'amour de la vie
Cet instinct naturel, si profondément empreint dans le cœur
de l'homme est loin de se manifester chez le sourd-muet avec
— 87 —
la même énergie que chez les entendants, au moins si je ne
suis pas abusé par les expérimentations et les observations que
'ai faites à ce sujet. Bien qu'ils voient souvent d"s gens mourir
et même dans les plus douloureuses convulsions, bien qu'ils
voient mettre le cadavre dans le cercueil, qu'ils rencontrent, des
enterrements, ils ne montrent pas une horreur particulière d"
la mort où des cireontanc^s qui l'accompagnent. Cette indiffé-
rence pour la vie tient vraisemblablement à c» qu% par suite
du manqne d'ouïe, ils sont incapables d n goùtT un° grand"
partie des joies humaines et, dés lors, ont d'autant moins
d'attaches â l'existence. Ajoutez â cela qu'ayant été dés leur
premier âge instruits avec soin d"s vérités d~ la loi sur l'im-
mortalité de l'âme et le bonheur. d n la vie fuiure, ils trouvent
dans les aspirations à la joie du Ciel tout au moins un contre-
poids à l'amour de la vie terreslre. Le s n ul fait de l'assurance
qu'on leur a donnée que, dans le Ciel, ils retrouveront l'ouïe .et
loueronl Dieu avec les anges remplit leur cœur d'un désir
ardent de parvenir à la vie future, désir "qui s'exprime de la
façon la plus vive tant par les gestes que par la parole. Un jour"
que. ce jeune garçon dont j'ai parlé cousidérait le ciel étoil', il'
nomma par leurs noms tout les commensaux de la maison'et
dit: nous irons tons trouver Dieu dans le Ciel.
l'amour de l'honneur
L'une des inclinations les plus habituelles et les plus nobles
de la nature esl ledésir deplaires aux hommes. L'amour de la
louange et de l'honneur e<t un instinct général par ce qu'on le
trouve aussi bien chez les gens âgés que chez les jeunes gens
C'est une inclination noble par ce qu'elle nous pousse à faire
plaisir aux autres par des actions bonnes et honprables.
Les élèves sourds-muets se distinguent encore en ceci qu'ils
sont très sensibles à la louange et à l'approbation. Il appar-
tient au maître habile d'entretenir et de développer ce senti-
ment, d'en faire un stimulant pour ses élèves, pour exciter en
eux l'application à l'étude, et leur apprendre, à se maintenir
dans la patience, vertu qui ne leur est pas moins néoessair s
qu'au professeur lui-même; mais celui-ci doit en "même tempe
modérer la propension naturelle d« façon à ce qu'elle n.
dégénère pas en une sorte d'orgueil et de mépris des autres
déiaut auquel les sourds-muets sont très enclins, comme tout
le reste des homme?.
DE LA COMPASSION
Tous les hommes sont naturellement porté à compatir à la
misère des autres, à prendre part à leurs affections, à venir à
— 88 —
leur secours dans I n urs nécessités. Quand un incendie éclate
tout le monde accourt pour èteindrMe feu e: pour venir en
aide aux viciimes de ce mallieur. L°s larmes d'autrui vous
arrachent des pleurs. D° mêm^ aussi nous prenons part à la
joie des autres. Un visage éveillé, une compagnie joyeuse
ont le pouvoir de nous égayer et de pori-T le contentement
dans notre cœur.
Le maître devra s'attacher à fortifier dans le cœur de ses
élèves ces nobles inclinations avec autant de soin que s'il
avait à les initier à toutes les finesses de l'érudition ou au
,' Grand Art'' de Raymond Lulle.
DES ÉMOTIONS DE L'AME
Les émotions sont d"s mouvements violents de l'àme qui se
manifestent matériellement dms notre corps par d n s signes
visibles. Ces changements visibles que détermine toute espèce
d'motion sont si mxrquôs qu'on peut les exprimer d'une
manière très reconnaissable par le dessin ou par la peinture-
Le maitre peut donc d'abord se borner à les signaler à ses
élèves quand il veut le.ir donner une description claire des
mouvements de l'âme qui en sont la cause et il ne sera pas
inutile d'avoir sous la main quelques dessins bien faits qui
en retracent l'expression, mais il sera surtout très utile de
saisir le moment où l'élevé est réellement sous le coup de
telle ou telle émotion se révélant par des signes naturels,
qu'on peut lui donner à considérer comme dans un miroir
sur son propre visage.
Toutes les émotions que ressent l'àme humaine peuvent
être divisées en deux classes, les émotions agréables d'une
part, les émotions désagréables de l'autre. Les premières sont
celles qui s'accompagnent de plaisir, du contentement produit
par quelque bi°n. L^s autres sont celles qui dérivent du
déplaisir causé par quelque mal.
Emotions agréables.. —, La joie résulte de sensations mul-
tipliées et vive's de plaisir. Elle s'exprim; par un visage
ouvert, un air riant, des gestes joyeux et «liez les enfants par
des sauts et des bonds. Le plaisir que nous ressentons du
bonheur d'autrui s'appelle l'amour. Le bonheur est un état de
plaisir permanent. Les actions bonnes et louables sont tou-
jours accompagnées d'un plaisir intime qui s'appelle conten-
tement de soi-même. L'approbation et la louange qui nous
sont donnes par lesautres éveillent l'amour de la réputation.
Le bon sentiment que nous inspire un bienfait reçu s'appelle
reconnaissance. La joie que nous cause un bien futur, c'est
l'espérance L'espérance portée à un haut degré devient la
ferme confiance.
— 89 —
Emotions dèsagrèabl-es . — La tristesse provient du
mécontentement qu° nous fait ressentir un mal présent.
Elle s'exprime par des gi'st^s d'abattement, par d°s larmes et
d°s plaintes. La joi» inspiré» par le malheur d'autrui s'appelle
la haine et la tristesse inspirée par le bonheur d'autrui
l'envie. Si nous commettons des actes mauvais et honteux
nous ressentons en nous mêm°s un mécont^ntemeqt doulou-
reux qui est le remords et, si ces mauvaises actions par-
viennent à la connaissance d'autrui, la honte s'ensuit. La
crainte est le déplaisir que nous cause un événement futur.
La tristesse qu'engendre un mal survenant à l'improviste est
l'effroi. La colère est un violent mécontentement d'une injure
fdite â nous ou aux autres, s'accompagnant de haine contre
l'offenseur.Le désespoir nait de l'idée d'un mal qui s n présente
nous comme insupportable et ne paraît pas susceptible d'a-
doucissement. Le ressentiment est le désir de rendre le mal
pour le mal. Le malheur est une sensation prolongée de
déplaisir.
DE LA VOLONTÉ LIBRE
La volonté est le pouvoir que possède l'âme de faire choix
d'un bien réel ou seulement apparent et de rejeter le mal. Ce
que l'intelligence nous représente comme bon, notre "volonté
le choisit (Le cœur dit oui). Ce que notre intelligence nous
représente comme mauvais, nous le rejetons (le cœur dit non).
Dieu a donné à l'homme une volonté libre, de façon à ce que
nous puissions obéir sans contrainte à ses commandements,
aimer le bien, haïr le mal et l'éviter.
Pour faire saisir clairement à l'élevé les motifs par lesquels
nous nous déterminons à faire telle chose et non pas une
autre, il faut l'habituer à se demander à lui-même, si peu im-
portante que soit l'action qu'il se propose: de faire "Pourquoi
faire ainsi ? "et à se donner une réponse claire à ce pourquoi-
De cette façon, il arrivera bientôt à distinguer le mobile de
son action de cette action elle-même et à s'en faire une idée
nette.
En- terminant cet exposé que j'arrête au petit cours
de religion, couronnement de l'ouvragede Keller, je
me prends à former un vœu : C'est que quelque
heureux et intelligent collectionneur de tableaux ou
d'estampes parvienne à découvrir et mette sous nos
yeux à quelqu'une des prochaines expositions, à
l'occasion de quelque congrès, un portrait authentique
— 90 —
de notre auteur. Je me représente une bonne, honnête
et placide figure sur laquelle les.regards aimeraient
à se fixer avec sympathie et qui tiendrait bien sa
place dans une galerie de portraits des meilleurs
instituteurs. Tel semble-t-il s'être peint lui-même
au moral dans l'opuscule que nous a fait connaître
M. le Conseiller de Cour, Docteur Renz et dont la
réédition mérite assurément notre reconnaissance
O, Claveau
CAUSERIE PÉDAGOGIQUE
La Méthode orale pure est-elle applicable à tous
les sourds-muets? — De l'Instruction des arriérés.
C'est presque une banalité aujourd'hui, du moins pour
un professeur dé sourds-muets, de dire qu'un sourd
peut parler, recevoir l'instruction à l'aide de la parole et
employer ce moyen de communicalion pour ses rela-
tions sociales.
De tous temps, peu d'instituteurs ont nié pour nos
malheureux élèves la faculté d'acquérir la parole, et de
nosjours,laméthode orale pure, est acceptée et pratiquée
par le plus grand nombre.
Mais une question vient souvent se placer sur les
lèvres de certains : Tous les sourds-muets pourront-Us
profiter de l'éducation par la parole. Ke vaudrait-i(
pas mieux, n'y aurait-il pas avantage, voire même né-
— 91 —
cessité, d'instruire un certain nombre de nos élèves
à l'aide de V écriture ou du langage de signes. C'est cette
question que nous voudrions examiner aujourd'hui.
Nous pouvons l'envisager sous deux faces :
1° Tous les sourds-muets peuvent-ils acquérir l'ar-
ticulation, la lecture sur les lèvres autrement dit la
parole
2° Tous les sourds-muets peuvent-ils être instruits à
l'aide de cette parole et 'de cette lecture sur les lèvres
acquises.
Partant de cet axiome, de cette vérité reconnue au-
jourd'hui que tout sourd-muet intelligent dont les or-
ganes phonateurs sont bien conformés acquiert â l'aide
d'exercices méthodiques les éléments de la parole, nous
écarterons donc les sourds dont les organes phonateurs
pourraient avoir des vices de conformation. Nousaurions
peut-être quelques réserves à faire à ce sujet, il nous
serait facile de prouver par l'expérience de confrères
que les résultats ne seraient pas négatifs. Celui qui en-
tend et dont les organes de la paroles ne sont pas abso-
lument bien conformés, ne parle-t-il pas ? Que diraient
les professeurs d'orthophonie ? .
Le nombre de ces enfants est d'ailleurs si limité que
pour notre part, nous n!en avons jamais rencontré dans
notre classe.
Ce 3erait donc, en nous reportant à la proposition
que nous énoncions plus haut, l'intelligence seule qui
faisant plus ou moins défaut empêcherait l'enfant
d'acquérir l'articulation.
Evidemment l'intelligence est nécessaire à un enfant
sourd pour reproduire à l'aide de la vue et du toucher
Iesdifférents exercices qui doivent l'amener à l'acquisi-
tion des éléments de la parole; mais, il ne faut pas oublier
que nous ne mettons en jeu qu'une seule des facultési
la plus simple, celle d'imitation : Reproduire exactement
les positions des organes vocaux, en imiter les différents
mouvements; voilà ce que nous demandons à notre élève»
C'est beaucoup peut-être, mais l'expérience prouve
- 92 -
qu'il faut chez un enfant une intelligence excessive-
ment faible jointe à une mollesse aussi grande pour qu'il
n'arrive pas avec plus ou moins de temps, plus ou mt>ins
de patience et de peine de la pai't du maître, à ac-
quérir les éléments de la parole. — Nous verrons tout à
l'heure ce que sera cette parole et quels bénéfices
il en retirera — Pour notre part n ms n'hésitons pas à
conclure que : Tout sourd-muet dont les organes sont
bien conformés peut acquérir la pirole. — Ecartons donc
de nos écoles les enfant» i<Jiots et nous pourrons doter
les autres de ce bien précieux qui, à tous rendra des
services plus ou moins grands.
Nous arrivons donc maintenant a la 2 e partie de notre
question:
Tous les sourds-muets peuvent-ils être instruits à
l'aide de cette parole et de cette lecture sur les lèvres
acquises ?
Nous avons dit que les sourds-muets peuvent acquérir
la parole, mais non pas que tous l'acquéraient d'une
façon aussi nette, aussi précise, aussi claire; il est
certain que bien des causes influeront sur la prononcia-
tion de l'enfant, l'intelligence évidemment jouera là un
grand rôle, l'âge de l'élève, la méthode suivie, la plus
ou moins grande expérience du professeur, etc.
Nous n'obtiendrons donc malheureusement pas tou-
jours, malgré tous nos efforts, les résultats que nous
voudrions. Serait-ce une raison pour ne pas nous en con.
tenter ? Nous avonsvu d'ailleurs que la parole peut et doit
toujours s'améliorer. — N'oublions pas le point de dé-
part, .peut-être serons-nous moins exigeant et plus
indulgent pour ceux qui n'ont pas seulement la surdité
de l'oreille mais encore celle de l'intelligence.
De l'indulgence ! mais n'en avons nous pas avec tous
ceux qui ont un défaut de prononciation, ? n'en avons
nous pas avec les étrangers ? Et nos enfants, je parle
dés petits, ne les comprenons-nous pas, lorsque leu^
langage informe encore revêt des formes si bizarres
— 93 —
que seuls les parents peuvent-èfre en mesure d'y
démél'U' quelque chose.
Enfin le sourd parle, plus ou moins distinctement
il lit sur les lèvres plus ou moins rapidement; pourra-
t— il à l'aide d'une parole défectueuse et d'une jlecture
sur les lèvres rudimentaire acquérir une certaine ins-
truction ?
Pour nous, la solution de la question est là.
Il est admis en effet qu'un sourd dont la parole est suffi-
sammentclaire, dontlalecturesur les lèvres est sûre ar-
rive à l'aide de la parole seule à'une instruction suffisante
qui lui permet de tenir honorablement sa place dans
la société.
On veut bien admettre que c'est le plus grand nombre
mais ceux qu'on décore du nom d'arriérés, que devien-
nent-ils ? que sera pour eux la méthode orale?
Ceux là devront être instruits par tous les moyens
disent les uns (lisez par les signes) ; parla parole et sur-
tout l'écriture disent d'autres (lisez par récriture seule).
Pour nous, c'est la méthode orale, la parole seule, qui
doit être appliquée à tous.
Les anciennes méthodes avaient, elles aussi, leurs
arriérés, on les appelle ainsi, malheureux pour lesquels
l'écriture n'était qu'un langage hiéroglyphique et dont
les gestes vagues donnaient une idée exacte de leur
intelligence.
La méthode orale ne fera certainement pas luire
chez eux l'étincelle qui devrait illuminer leur intel-
ligence, mais elle les aura doté d'un nouveau moyon
de communication, du moyen de communication uni-
versel, la parole ; ils s'en serviront peu, il est, vrai,
elle sera peut-être défectueuse. Qu'importe, l'indul-
gence de leurs parents, de leurs amis sera plus grande
encore. Les quelques mots qu'il connaîtront, les
quelques formules bien simples qu'ils auront rétenues,
leur seront d'une précieuse utilité. Combien de parents
affligés d'enfants chez lesquels l'intelligence ne s'est
— 91 —
ja-nais éveillée seraient heureux d'obtenir ce peu et
s'en contenteraient volontiers.
La méthode orale pour tous, la parole pour tous
nous n'hésitons pas à le dire.
Voilà notre conclusion.
Ad, Bélanger,
LES ÉCOLES DE SOURDS-MUETS EN SUEDE
Nous avons reçu de notre excellente collaboratrice
Mademoiselle Seger3tedt des renseignements intéres-
sants sur l'éducation de? sourds-muets en Suède,
nous l'en remercions bien sincèrement.
« La question de l'enseignement des sourds-muets
nous écrit-elle, qui chez nous eït restée en suspens
depuis plus de dix ans vient enfin de recevoir une
solution. Le dix mai dernier, notre parlement a dé-
cide que cet enseignement serait obligatoire. Il y aura
7 établissements nationaux d'instructiou, subvention-
nés par l'Eta f ., dans des parties différentes de notre
pays. Quand à la méthode on a décidé que les élèves,
les mieux doués seraient instruits par la méthode orale
les médiocres par la dactylologie, ce qu'on appelle
chez nous la méthode écrite et enfin les plus faibles
par la mimique. »
Nous ne pouvons que nous féliciter de voir la Suède
— 95 —
proclamer et adopter la nécessité de l'enseignement de
tous les sourds-muets; mais nous regrettons que cette
excellente mesure soit diminuée par la distinction faite
dans le choix de la méthode. Nous espérons que la Par-
lement Suédois mieux éclairé proclamera dans un avenir
rapproché la supériorité et la nécessité de la méthode
orale pour tous.
*
Le 4 me Congrès des professeurs de sourds-muets du
nord qui devait se réunir à Hatsingfors (Finlande) en
1889 n'aura pas lieu. Cette réunion avait été projetée
par le 3 me Congrès qui se réunissait en 1884 à Chris-
tiania.
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Distinction honorifique. Notre excellent collaborateur
et ami M. le D r Rattel,' médecin adjoint de l'institution
Nationale de Paris, dont nos lecteurs n'ont pas oublié les
aiticles aussi savants qu'intéressants, vient de recevoir
de M. le Ministre de l'Instruction publique, les palmes
d'officier d'Académie. — Nos meilleures félicitations.
- 96 —
Fête du Centenaire de 1789 — Nous avons reçu
de la Ligue piur l'Union Amicale des J lards-Muets la
circulaire s-iivaut-a :
Paris le 30 Juin 188'J
Monsieur et Madam r
Tous les sourds-muets qui reconnaissent le bien que] la
Révolution a fait à l'œuvre de l'Abbé de l'Epée, tous les
sourds-muets qui veulent qu'on applique entièrement
les idées que les hommes de la Révolution formulaient à
l'effet de nous procurer une bonne situation sociale; tous
les sourds-muets qui veulent rompre avec la routine, qui
veulent voir cesser les mesquines divisions qui nous affai-
blissent et contribuent à nous maintenir dans un état
inférieur; tous les sourds-muets qui veulent que 1889 soit,
pour nous, une nouvelle aurore, une aurore de paix
et dèmancipation complète, ont adhère à notre appel du
29 mai dernier.
Il n'est que temps pour les hésitants et les timides de
se rallier à eux.
Pourquoi reculeraient-ils devant la perspective d'un avenir
meilleur ?
Pourquoi n'appuyerai"nt-ils pas les efforts faits par leurs
frères pour améliorer l"ur sort commun ?
L n Bj,nqu<M pour célébrer le Centenaire de 1789 aura lieu te
Dimanche 30 Juin, à 5 heures du soir, au Salon des Familles
40, avenu» de Saint-Mandé, Paris, sous la Présidence
d'honneur de .1/. le Docteur Ducoudray, député de la Nièvre,
et la Présidence effective de M. A, Pètrot, conseiller muni-
cipal de Paris, assisté, comme vice-Président, de notre sym-
pathique frère Lucien Limosin, de Saint-Malo (Nièvre)
Il e<t de votre devoir de vous montrer digne d'un tel patro-
nage, en honorant le banquet de votre présence; il est de votre
devoir de vous joindre aux différents groupes dissidents qui,
faisant trêxe à leurs préférences personnelles, viendront
manifester de leur volonté d'aller en avant, à la conquête d'un
bien etra social La. Société d'appui Fraternel, l'infatigable
— 97 —
société qui depuis sa fondation, s'efforeé.par tous les moyens
de âter notre émancipation sera avec nous.
Salut fraternel.
Lis Administrateurs de la Ligui :
E. Graff, Cambuzat, Scagliola, Pètin, H. Gaillard,
Bonnet, Weiss, Bailly, Odeau, Grollier.
Las Membres de la Commission d'initiative
Ch. Forest, Amet, Leclaire, Giraud, Chauve,
Canchon, Colas, Loustau, Brunel, Cochefer,
Levert, Agnus, Moulin, Pin, G. Thierry, Chazal,
Nicole, Piteau, Murât, Limosin, Nobel, Lesueur
NOTA. — Le prix de la souscription est fixé à 6fr.75 c.
Les membres dî la Ligue sont tenus de se présenter avec
leurs insignes.
Un registre spécial, destiné à recueillir les signatures des
convives, sera mis à leur disposition et sera conservé aux
archives.
Adresser les adhésions à M. Gaillard, secrétaire général
de la ligue 4 rue des Pyramides ,ou à M. Forest ,1 er commis-
saire de la fête. 2, place de la République, Ivry (Seine).
Un Sauveteur sourd-muet. — « Un. habitant d'Auber-
villiers, nommé Bouchein, se baignait samedi dans
le canal Saint-Denis, près du fort de l'Est, quand
il perdit pied et coula à fond.
« Par bonheur pour l'imprudent nageur, un sourd
muet, nommé Mayrat, qui passait près de là l'ayant
— 98 -
vu disparaître, accourut, se jeta à l'eau tout habillé
et réussit à retirer Bouchein que des soins énergi-
ques eurent promptement ramené a lui.
« M. Bouteiller, commissaire de police de Saint-Denis,
a vivement félicité l'auteur de ce sauvetage.»
(Le Figaro)
Société Centrale d'éducation et d'assistance. Nous remer-
cions ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous deman.
der des billets pour la loterie organisée par cette société.
En la recommandant à nouveau, nous rappelons que
letiragedoit se fairele29 Juillet prochain, Nous publie-
rons la liste des numéros gagnants placés parmi nos lec-
teurs. Pour toute demande de billets, s'adresser à M. le
D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire général de l'œuvre
4. rue Bonaparte ou à M. Ad- Bélanger : 13 rue Méchai%
Journaux spéciaux. — La liste des journaux spé-
ciaux s'occupant de l'enseignement des sourds-muets
vient de s'augmenter, Nous sommes heureux de souhai-
ter la bienvenue à un nouveau confrère: LaEnsenanza,
revue publiée par l'institut de9 sourds-muets de Ro3ario
(République Argentine).
Rappelons qu'ilse publie aujourd'hui, outre les recueils
français, 2 Journaux en Allemagne : L'Organ der Taub-
stummen Anstalten sous la direction de M. Vatter à
Francfort; les Blaetterfûr TaubstummenUldung , fondée
par M. M. Walther et Tœpler à Berlin .
1 journal en Autriche, le Taubstummen-Courrier à
Vienne.
1 en Suède, le Tidskrift for DofstumsKolan dont le
rédacteur est M. Nordin de Skara.
1 en Angleterre, la Quarterly Review of Deaf nute
éducation sous ladirection d'un comité spécial à Londres
i aux Etats-Unis, les American Aanals of the Deaf
éditée, par M. Edward Allen ¥&y à Washington.
Plusieurs institution? ail iricain^î piblient aussi de
petites feuilles qui n'ont pas un caractère "absolument
spécial. Enfin dans l'Amérique du Sud, le recueil dont
nous signalions plus haut l'apparition.
Nos lecteurs pourront trouver daus notae Biblio-
graphie Générale des ouvrages publiés en langue
française p. 49 la liste des journaux français.
Les Institutions de sourds-muets aux États-
Unis. — Les Annales Américaines nous fournissent
chaque ann33 des détails intéressants sur le dévelop-
pement des écoles de souris-muets aux États-Unis
Actuellement 73 écoles reçoivent les enfants sourds-
muets qui étaient le 1 er Décembre 1888 au nombre
de 6.614 instruits par 606 professeurs.
Deux nouvelles écoles ont été ouverte en 1888 : à
Oshkosh ( Wisconsin ) et â West Medfort ( Mass. )
Les Institutions de sourds-muets au Canada. —
O sont encore les Americau-Anaals qui nous
fournissent des renseignements suj les institutions
- 100 —
canadiennes : 9 institutions avec 660 élèves au ï ef
Décembre 1888 et 103 professeurs.^ Nous avons été
heureux de saluer en France un de nos sympathiques
co'nlrères du Canada M. l'abbé Trépanier de l'institut
de Montréal.
Pendant l'année 1888. Deux écoles nouvelles ce
sont ouvertes â Winnipeg ( Manitoba ) et à Victoria
Nous prions nos lecteurs de prendre note de la
nouvelle adresse du Directeur de la Revue Française
et d'adresser désormais toutes les communications à
M, Ad. Bélanger, 13, rue Mèchain. Paris.
OUVRAGES REÇUS
L'Education (Bruxelles)
Association for the oral instruction. Rapport de 1889
L'Ecole libre (Bruxelles).
L, Goguillot. Comment on fait parler les sourds-muets
Menezes Vieira. Almanak do amigo dos surdos mudos
Institut d'Oreffon. 9' rapport bi-annuel.
L'imprimeur gérant Eng. BÉLANGER 225. Rue S'-Jacques.^- Paris.
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5™e année. N° 5 Août 1889
LES INSTITUTIONS DE SOURDS-MUETS
à 1* Exposition Universelle de 1889
11 y a juste un siècle que s'éteignait à Paris, au milieu
de ses enfants éplorés, le fondateur de la première école
publique, après avoir, pendant près de 30 années, entre-
tenu de ses deniers la maison qu'il léguait à sa Patrie, et
qui déjà, avait reçu de l'Etat l'investiture officielle.
L'Institution Nationale de Paris ne devait pas oublier
son illustre fondateur. Elle se rappelle avec fierté sa
noble origine. Si à l'Exposition de 1889, elle occupe une
place privilégiée, elle a reporté sur le vénérable abbé
de l'Épée une grande partie de cet honneur qui lui a été
fait. Il est là, vivant par son image au milieu des travaux
de ses enfants : maîtres et élèves ! N'est-ce pas sajbonne
et paternelle figure que nous apercevons en entrant
dans le salon occupé par son institution? 11 est bien là,
chez lui, prêt à faire les honneurs de sa maison, rece-
vant comme autrefois ses visiteurs et Dieu sait s'ils sont
nombreux cette année.
L'Institution de Paris occupe, nous l'avons dit, un
salon rectangulaire, au centre du Pavillon de l'hygiène
(Esplanade des Invalides). Au milieu se trouve le buste
authentique de l'abbé de l'Épée parDeseine (sourd-muet)
un de ses élèves. À gauche en entrant une merveilleuse
bibliothèque dont la menuiserie et la sculpture ont été
— 102 -
entièrement faites par les élèves de l'Institution, adroite
faisant face au meuble, une réduction au cinquième d'un
appartement (cuisine, salle à manger, salon, chambre à
coucher, cabinet de toilette) avec des meubles propor-
tionnés entre eux. Cette partie de l'exposition, très
admirée des enfants, doit revenir au musée scolaire de
l'école et servir dans les leçons de choses qui forment la
baset'e notre enseignement. C'est à « la Ménagère » que
nous sommes redevables de ce petit bijou.
Sur les deux autres côtés, à droite et à gauche de la
bibliothèque, deux pupitres destinés à recevoir des do-
cuments sur l'Institution de Paris.
Près de l'appartement, une vitrine renferme des spéci-
men des objets composant le musée scolaire, de l'Institu-
tion. Un autre meuble sculpté par les élèves. Enfin, au
milieu, devant la bibliothèque, une vitrine destinée à la
clinique otologique annexée à l'institution et de l'autre
côté entre le buste de l'abbé de l'Épée et l'appartement,
un meuble à volets tournants sur lequel nous revien-
drons. Les cloisons qui entourent le salon sont couvertes
de tableaux, gravures, portraits, objets sculptés par les
élèves.
L'exposition de l'Institution de Paris fait le plus grand
honneur à ceux qui l'ont organisée : M. Javal, Direc-
teur et M. Camus architecte de l'Iustitution. Il s'agissait,
en effet, d'intéresser les visiteurs, de leur faire connaître
notre enseignement spécial, de montrer ce qu'est au
point de vue matériel une institution de sourds-muets et
quels sont les résultats que l'on obtient. Nous pensons
qu'ils ont pleinement réussi dans leur projet, l'empresse-
ment du public le prouve surabondamment.
Sur les murs des vues photographiques nous montrent
les diverses partiesde l'institution : la cour d'honneur,
les jardins, les réfectoires, la piscine, la chapelle, la
salle des exercices, etc.
L'enseignement intellectuel est représenté par des
collections de cahiers d'élèves et les journaux de classe
des professeurs qui se trouvent dans la grande biblio-
— 103 —
thèque,Le musée scolaire si utile dans nos écoles est à sa
place et montre comment le professeur associe le mot
articulé à l'objet ou à sa réduction et donne en même
temps que la parole, l'idée correspondant au mot pro-
noncé.
Dans la même bibliothèque, nos confrères trouveront
les ouvrages publiés par le personnel de l'Institution
de Paris depuis 1878 (80 volumes environ),
L'enseignement professionnel qui donne à l'élève
le moyen de gagner honorablement sa vie lorsqu'il sort
de l'école tient naturellement une place très importante
C'est d'abord la bibliothèque que nous signalions plu s
haut dont les plans ont été exécutés par M. Camus
architecte, la menuiserie par les élèves sous la direc-
tion de leur contre-maître M. Franclet et la sculp-
ture par les apprentis sculpteurs dirigés par leur
professeur, M. Drovin, De tous côtés, nous apercevons
de petits objets sculptés par les élèves, cadres
tabourets, paravents, des chaises, le petit meuble
dont nous avons déjà parlé, etc.
La typographie dirigée par MM. Pion et Nourrit
a fourni des livres composés par nos élèves. La cor-
donnerie a envoyé des chaussures; enfin le jardin
envoi plusieurs fois chaque semaine des plantes pour
entourer le buste du maître vénéré.
Dans un carton, des dessins des élèves faisant le
plus grand honneur à leurs professeurs M. M. Huguenin
et Burgers. Au dessus de la bibliothèque un beau
portrait au fusain de M. Carnot, œuvre d'un élève
sourd-muet.
N'est-ce pas là, l'institution sous toutes ses faces avec
les résultats qu'elle obtient. Si le visiteur veut bien
s'arrêter un instant autour du meuble tournant, si
sa curiosité a été mise en éveil, il trouvera là de quoi
la satisfaire amplement. De petites plaquettes lui
donneront d'une façon claire et concise des rensei-
gnements sur l'origine de l'Institution, sur ses différents
services au point de vue de l'hygiène, sa bibliothèque,
— 104 —
ses archives, sa galei'io historiques sur les Beaux-arts
et les sourds-muets en France etc.
Nous ne parlons pas des documents exposés sur
lesquels nous reviendrons un jour.
L'institution de Paris ne renie pas son passé, fière
de tous ses enfants, elle tient à en conserver le souvenir
aussi une autre partie do son exposition leur est
consacrée. Riche en documents de toute nature, elle
a fait néanmoins appel à la bonne volonté de col-
lectionneurs heureux de pouvoir prêter leur concours.
Ce sont d'abord des autographes des fondateurs
de notre enseignement en France: l'abbé de l'Épée,
Péreire l'abbé Sicard, Degérando etc. les différentes
médailles avec portrait de l'abbé de l'Épée.
Uue grande toile représentant l'abbé de l'Épée et le
jeune comte de Solar.
Des vues des monuments élevés au fondateur de l'en-
seignemeut en France; à Saint-Roch (son tombeau), à
Versailles, (sa viile natale, statue 1843). à Paris dans la
cour d'honneur de l'Institution (Statue et bas-x*eliefs
(1878) par Félix. Martin, sourd-muet.)
Une reproduction lithographique de ce monument
par A. Colas, ancien élève de l'Institution.
Des portraits de l'abbé l'Épée par P. Grégoire, sourd-
muet-, son élève 1778; par Aubert sourd-muet; Peyson
sourd-muet; Un portrait du temps, l'abbé de l'Épée
a la fin de sa vie, un autre d'après un buste du
célèbre sculpteur Houdon, d'après un portrait pos-
sédé par son collaborateur l'abbé Salvan, etc. Un
projet de monument par Cochefer, sourd-muet. Une
grande toile de Peyson, sourd-muet, ancien élève
de l'école de Paris, représentant les derniers moments
du bon abbé.
Deux grandes toiles nous donnent Sicard au milieu
de ses élèves et leur apprenant à parler, nous trou-
vons son buste en marbre du sculpteur Auvray et
différent portraits par Aufcert, sourd-muet, par le
graveur Gaucher etc.
— 105 —
Une toile nous montre- Péreii'e instruisant Made-
moiselle Mai-ois d'Orléans, don de la famille Péreire à
l'Institution de Paris.
C'est ensuite le buste de Borthior par F. Martin
sourd-muet. Un médaillon de Piroux par Hennequin
sourd-muet, Itard ancien Médecin en chef et bien-
faiteur de l'institution, De Gérando, l'auteur du traité
sur l'éducation des sourds-muets, Piroux maitre à Paris
et fondateur de l'école de Nancy, S' Sernin fondateur
de Bordeaux, Guyot élève de l'abbé de l'Epèe, fon-
dateur de l'Institut de Groningue, l'abbé Perrenet fonda-
teur de l'Institut de Besançon, Peyson etc.
Une énumération complète nous conduirait trop loin:
nous serions heureux si ces lignes peuvent retenir
quelques isntantsnos confrères parmi les expositions qui
certainement les intéresseront à bien des points de vue.
Institution Nationale des Sourds-Muets de Bor-
deaux. — Gracieuse dans son ensemble c'est bien
l'exposition d'une institution ou le goût féminin règne
dans toutes ses,partk's. A la place d'honneur l'abbé
de l'Épée, peinture sur porcelaine d'après Houdon com-
mande faite à l'Institution par un de nos amis, et
qui nous a rendu jaloux du possesseur futur.
Nous y trouvons des plans et photographies de cette
institution l'une des mieux installées du monde.
Point de cahiers; mais les livres classiques delà
maison : Le cour? de langue française des deux pre-
mières années, une histoire sainte, petit bijou sor-
tant de chez Firmin-Didot, les deux volumes d'histoire
de France de M. Pustienne : ouvrages entre les main s
de tous et dont l'éloge n'est plus à faire.
Dans une vitrine des travaux d'élèves, peintures sur
porcelaine : Plats, vases, assiettes, aiguillères tout
— 106 —
rivalise et j'avoue que si j'avais un choix à faire
je serais fort embarrassé. Les objets de layettes font
l'admiration et l'envie des mamans. Tout dans cette ex-
position nous montre à l'institution de Bordeaux des
résultats positifs qui font le plus grand honneur aux
religieuses de Nevers qui la dirige depuis si longtemps.
L'aimable Directeur, M. Cavé-Esgaris qui l'a organisée
ne peut que se féliciter de lui avoir conservé ce cachet
gracieux qui la fait admirer de tous.
Institution Nationale de Chambéry. — A vrai dire
cette institution en renferme deux : l'une pour les gar-
çons, type d'une institution agricole : l'autre pour les
jeunes filles dirigées par les Religieuses du Sacré-Cœur
à Chambéry. La première nous donne des vues de l'Ins-
titution et des différents ateliers : menuiserie, cordon-
nerie, jardinage, agriculture et celles d'une classe de
méthode orale.
Un recueil de documents divers sur l'Institution, rè-
glements, histoire, etc, des cahiers d'élèves, les jour,
naux de classe des professeurs parmi lesquels nousavon s
remarqué particulièrement un petit cours d'articulation
d'un de nos collègues, M. Marichelle. Des spécimen
d'objets fabriqués par les élèves menuisiers ou cordon-
niers ; du blé et du vin récoltés par les jeunes agricul-
teurs, complètent cette exposition fort intéressante.
Les jeunes sourdes-muettes ont envoyé des cahiers
de classe fort bien tenus, ceux des élèves de 6 e année
ont attiré particulièrement notre attention, le sujet de
la leçon de chose est dessiné par l'élève en tête de la
leçon dictée et expliquée par la maîtresse ; aussi tout
porte à croire qu'elle a été parfaitement comprise.
Ad. Bélanger
— 107
DOCUMENTS OFFICIELS
ARRÊTÉ
DETERMINANT LES CONDITIONS ET PROGRAMMES DES CONCOURS ET
EXAMENS POUR LE RECRUTEMENT ET L' AVANCEMENT DU
PERSONNEL ENSEIGNANT DES INSTITUTIONS NATIONALES
DES SOURDS-MUETS
Le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur,
Sur la proposition du Directeur de l'Assistance
publique,
Vu l'arrêté du 26j uin 1887 qui ainstituè une Commission
spéciale chargée d'étudier les modifications que pour-
raient comporter les règlements et programmes des
concours et examens pour le recrutement et les promo-
tions du personnel enseignant de l'Institution Nationale
des Sourds-Muets de Paris,
Vu le rapport présenté par cette Commission,
Arrête :
Article premier . — La hiérarchie du personnel
enseignant des Institutions Nationales des Sourds-Muets
est fixée ainsi qu'il suit ;
1° Répétiteurs de 3 e classe,
2° Répétiteurs de 2 e classe,
:<° Répétiteurs de l re classe,
4° Professeurs adjoints.
5° Professeurs titulaires.
Les professeurs titulaires sont pris parmi les profes-
seurs adjoints en possession du titre d'Agrégé'
— 108 —
L'effectif général du corps enseignant est fixé par le
Ministre de l'Intérieur, qui fixe également le nombre
maximum de professeurs titulaires. Ce dernier nombre
est établi sur les bases suivantes :
2 professeurs par chaque année existant à l'institution
de Paris ;
1 professeur pour le cours deperfectionemeut (fonda-
tion Itard) .
i professeur par chaque Institution Nationale de
Sourds-Muets autre que celle de Paris.
Article 2. — Il est procédé au recrutement du per-
sonnel, ainsi qu'aux promotions de classe pour les répé-
titeurs, aux nominations de professeur adjoint et de
professeur titulaire et à la collation du titre d'Agrégé,
par des arrêtés du Ministre, sur le vu des résultatsde
concours et d'examens, dont les conditions sont fixées
par le présent règlement' et conformément aux program-
mes annexés au dit règlement.
Les fonctions de répétiteur entrant (3 e classe) s'obtien-
nent après concours.
Les promotions de classe ne sont accordées qu'aprè3
examen satisfaisant et après un minimum d'une année
de service dans le grade immédiatement inférieur.
lien est de même pour les fonctions.de professeur
adjoint.
Après deux ans de grade, le professeur adjoint peut
être admis à passer l'examen prescrit pour l'obtention
du titre d'Agrégé, qui ouvre des droits au grade de
professeur titulaire. Ce grade ne peut être conféré
qu'aux Agrégés âgés d'au moins vingt cinq ans.
Nul ne sera admis â subir aucun examen de promo-
tion sans y avoir été autorisé par le Ministre.
Dispositions relatives au concours d'admission
Article 3. — Nul ne peut concourir pour l'emploi de
répétiteur de 3 e classe, qu'à la condition d'être né ou
naturalisé Français, d'avoir dix-huit aus révolus et
moins de trente ans.
— 109 —
Article 4. — La demande d'inscription, écrite en entier
de la main du candidat et indiquant les. situations qu'il
peut a\oir précédemment occupées, est adressée au
Directeur de l'Institution Nationale de Paris.
Article 5. — A l'appui de sa demande, le candidat
doit produire :
i° Son acte de naissance i
2° Un extrait de son casier judiciaire:
3° Le brevet de capacité pour l'enseignement primaire
ou un diplôme constatant un grade universitaire;
4° Une pièce constatant sa situation au point de vue
militaire; __
5° L'engagement devant M. le Ministre de l'Intérieur
'de se livrer pendant dix ans à l'instruction des Sourds-
Muets, dans un établissement de l'Etat. Si le candidat est
mineur, la demande d'inscription et l'engagement
décennal doivent porter l'autorisation du père ou du
tuteur.
Les candidats qui auraient déjà contracté, dans le
service de l'instruction publique, l'engagement décennal
prévuparla loi militaire, continueront àjouir du bénéfice
de cet engagement, à la condition de le renouveler
devant M. le Ministre de l'Intérieur pour le temps qui
reste à courir. L'engagement de se consacrer pendant
dix ans à l'enseignement des Sourds-Muets dans une
Institution de l'État doit être pris, quelle que soit la
situation du candidat au point de vue de la loi militaire.
Article 6. — Tout candidat doit faire constater son
aptitude physique par le médecin et par l'oculiste de
l'Institution Nationale des Sourds-muets de Paris, vingt
quatre heures au moins avant l'ouverture du concours.
Les avis écrits de ces deux médecins seront transmis,
par l'intermédiaire du Directeur de l'Institution, à
une Commission composée :
Du Directeur,
Du Censeur des études,
Du Doyen des professeurs.
Cette Commission, après avoir, en tant que de besoin,
— 110 —
appelé l'un ou l'autre médecin à lui fournir verba-
lement tout renseignement complémentaire utile, déci-
dera si le candidat sera admis à se présenter au concours.
Les délibérations et les décisions de la Commission
seront prises hors la présence du candidat.
Dispositions générales.
Article 7. — Il y a tous les ans une session ordinaire
d'examens, qui s'ouvre en fin d'année scolaire à Paris.
Le Jury se réunit à l'Institution Nationale, à moins
qu'une décision du Ministre ne désigne un autre lieu.
Il n'est tenu de session extraordinaire que si les
besoins vdu service l'exigent.
Article 8. — Le concours d'admission pour l'obtention
du grade de répétiteur de 3 e classe a lieu devant
un Jury de sept membres désignés par le Ministre,
et dont font partie le Directeur, le Censeur, un
professeur de l'Institution Nationale et deux profes-
seurs de l'Université.
Les examens pour l'obtention du grade de répétiteur
de 2 e classe ont lieu devant un Jury de six membres
désigné par le Ministre, et dont font partie le Directeur,
le Censeur, un professeur de l'Institution Nationale
et un professeur de l'Université,
Les examens pour l'obtention du grade du répétiteur
de 1 r * classe ont lieu devant un Jury de six membres
désigné par le Ministre, et dont font partie le Directeur,
le Censeur et deux professeurs de l'Institution Nationale.
Les examens pour l'obtention du grade de professeur
adjoint ont lieu devant un Jury do six membres
désignés par le Ministre, et dont font partie le
Directeur, le Censeur, et deux professeurs de l'Ins-
titution Nationale.
Les examens pour l'obtention du titre d'Agrégé ont
lieu devant un Jury de huit membres désignés par
le Ministre, et dont font partie le Directeur, le
— 111 —
Censeur, deux professeurs de l'Institution Nationale
et ceux professeurs de l'Université.
En cas de besoin le Jury peut s'adjoindre, pour
les matières spéciales, un ou deux membres supplé-
mentaires.
Si un ou plusieurs membres du Jury sont absents f
les membres présents ont qualité, soit pour compléter
la commission par l'adjonction de collègues choisis
par eux, soit, dans le cas où elles ne dépasseraient
pas le nombre de deux, pour se constituer valable-
ment sans pourvoir aux absences.
_La voix du président est prépondérante en cas de
partage.
En cas d'empêchement, le président est suppléé par
un membre du Jury désigné par ses collègues.
Article 9. — Les examens comprennent des épreuves
écrites et orales dont les matières sont indiquées aux
programmes annexés au présent arrêté.
Article 10 — Pendant la durée des épreuves écrites,
les candidats travaillent sous la surveillance d'un
membre du Jury; sans communication entre eux et
sans le secours de livres ni de notes.
Toute fraude entraîne l'exclusion de l'examen, sans
préjudice des mesures ultérieures que l'Administration
pourra prendre à l'égard des coupables.
Article 11. — Le nombre de points à attribuer aux
candidats pour chacune des épreuves est déterminé
d'après l'échelle civdessous :
0, nul; 1, 2, très mal; 3, 4, 5, mal; 6, 7, 8, médiocre;
9, 10, 11, passable; 12, 13, 14, assez bien; 15, 16, 17,
bien ; 18, 19, très bien ; 20, parfait.
Les points sont multipliés par des coefficients dont
la valeur est indiquée pour chaque épreuve des divers
programmes.
Article 12 — Toute épreuve dont la note est infé-
rieure à 6 entraine l'élimination.
Article 13. — A la suite de l'examen, le Jury dresse,
par ordre de mérite, d'après le relevé général des
— 112 —
points, la liste des candidat* déclarés admissibles.
Cette liste est immédiatement portée à la connais-
sance des candidats.
Elle est transmise, avec les pièces de l'examen, à
M. le Ministre, qui statue définitivement. Ces pièces
seront classées au cabinet du Directeur de l'Institution
Nationale dès que l'Administratration centrale les
lui aura renvoyées, à charge par le Directeur de
lournir dans le plus Jjref délai à l'Administration
centrale une copie certifiée conforme du procès-verbal
d'examen.
Article 11. — Tout candidat qui a éfchouè à un
examen ne peut être admis à se représenter avant
un délai d'un an, à moins que les besoins du service
n'en fassent décider autrement.
Article io — Tout membre du corps enseignant qui
après trois sessions ordinaires d'examens et s'étant pré-
senté ounonà toutesces sessions, n'auraitpas étédéclaré
apte à obtenir l'emploi immédiatement supérieur à
celui qu'il occupe, est rayé des contrôles du personnel
à moins que le Ministre n'en ordonne autrement, à
titre exceptionnel et par décision spéciale et motivée.
Aucun délai n'est imposé pour l'obtention du titre
d'Agrégé.
Article 16. — Les candidats qui ont l'intention de
se présenter au cinquième examen sont tenus de faire
agréer à l'Administration le sujet de thèse par eux choi-
si, au plus tard le 1 er janvier de l'année pendant laquelle
cet examen doit avoir lieu.
Article 17. — Aucune thèse ne peut être publiée
avant' la soutenance. Si le candidat a subi avec succès
les épreuves de l'Agrégation, sa thèse peut être publiée,
à la condition d'avoir obtenu le visa du Directeur de
l'Institution Nationale, conformément 'à l'avis favorable
du Jury. !
Article 18. — Le titre d'Agrégé donne lieu à la
délivrance d'un diplôme par le Ministre de l'Intérieur.
— 113 —
Disposition transitoire.
Article 19. — 'Les dispositions nouvelles concernant
l'organisation des quatrième et cinquième examens ne
sont applicables qu'à partir du 1 er octobre 1888.
Article 20. — ' Sont abrogées toutes les dispositions
antérieures en ce qu'elles auraient de contraire au
présent arrêté, notamment celles de l'arrêté du 14
août 1886 (art. G),-
A. partir de ce jour, tous les membres du corps
enseignant devront se rendre à tout poste qui leur
sera assigné par le Ministre dans une des Institutions
Nationales de Sourds-Muets.
Article 21. — Le Directeur de l'Assistance publique
et des Institutions de prévoyance est chargé de l'exé-
cution du présent arrêté.
Fait à Paris, le 23 juillet 1888.
Pour le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur,
Le Sous-Secrétaire d'Etat,
Signé : LEON ÉOURGEOIS,
Annexe à l'arrêté du 23 juillet 1888.
Une annexe à l'arrêté précédent renferme les pro-
grammes des concours et examens.
Concours d'admission. Obtention du grade de répéti-
teur de 3* classe. Les épreuves écrites comprennent :
l'écriture, une dictée, une composition française et des
problèmes d'arithmétique. Les épreuves orales portent
sur l'histoire (Programme spécial), la géographie {Pro~
- 114 —
gramme spécial) la lecture à haute voix et l'écriture et
dessin à main levée.
Deuxième examen. Obtention du grade de répétiteur
de 2' classe. Epreuves écrites : Grammaire, articulation
{Programme spécial). Epreuves orales : Interrogations
sur la grammaire et l'articulation. Acoustique {Pro-
gramme spécial). Epreuve pratique, articulation.
PROGRAMME D'ARTICULATION
1° Articulation et lecture sur les lèvres : définitions
et principes généraux applicables à l'enseignement de
tous les sons.
Consonnes p, b, position et mouvement des organes ;
procédés : défauts /ordinaires; -moyens de correction.
2° Premiers soins du maître à l'égard de l'élève qui
arrive à l'éeole .
Examen de son état physique et intellectuel.
Consonnes t, d, position et mouvement des organes ;
procédés ; défauts ordinaires ; moyens de correction.
3° Période préparatoire ; gymnastique scolaire pro-
gressive ; imitation des mouvements du corps, des diffé-
rentes attitudes et des divers jeux de la physionomie.
Imitation des mouvements et des positions des organes
vocaux .
Consonnes h, g.
4° Lecture synthétique sur les lèvres de quelques
mots dès le début de l'instruction ; choix de ces mots :
but de cet exercice .
Articulations ch,j,
5° Exercices de respiration : leur but et leur impor-
tance ; procédés et appareils ; description et mode d'em-
ploi.
Lettres f, v.
6° Education du toucher ; gymnastique vocale ; vibra-
- 115 —
tions labiales et linguales, balbutiement ; etc.
Consonnes s,
7° De la voix naturelle et des moyens de la provoquer
Voyelles a, o.
8° Excès ou défaut de voix ; voix de tète ; voix nasale ;
voix gutturale ; définitions et moyens de correction.
Sons ou, è.
9° Essai préalable de l'alphabet, son but ; division des
sons articulés ; definition.de la voyelle et de la consonne ;
caractères distinctifs de la voyelle et de la consonne.
Sons ë, i.
10° Classification des consonnes ; ordre à suivre dans
l'enseignement des sons.
Quand et comment on doit fixer un son.
Sons eu, u.
11° De la syllabation : liaison des premiers sons ensei-
gnés ; syllabes simples directes ou inverses ; syllab.es
redoublées ; syllabes complexes ; groupes bisyllabiques,
trisyllabiques, etc.
Consonnes m, n.
12° Récapitulation des éléments de la parole : but,
importance, ordre à suivre ; principaux équivalents gra-
phiques d'un même son ; à quel moment devra-t-on les
faire connaître ?
Articulations l, r.
13° Diphtongues ; définition et division des diphton-
gues.
Articulations gn, itl.
14° Nomenclature ; choix des mots à enseigner ; ensei-
gnement des premiers noms de nombre.
Sons an, on.
15° Principaux exercices destinés à enseigner les
sons, les syllabes et les mots.
Sons in, un.
16° Rôle de l'écriture et du dessin pendant la pre-
mière année d'iustruction.
Lettres h, w, ce, y.
— 116 —
PROGRAMME D'ACOUSTIQUE.
1° Définition de l'acoustique ; vibrations sonores.
2° Propagation du son ; vitesse de propagation du son
dans les divers milieux.
3° Qualités du son : hauteur, intensité.
4° Sons par influence ; rêsonnateur d'Helmholtz.
5° Tuyaux sonores ; son fondamental ; sons harmoni-
ques,
6° Tuyaux à anche ; instrumente à cordes.
7° Timbre des sons musicaux ; caractères différentiels
des sons et des bruits.
8° Timbre de la voix; définition des voyelles et des
consonnes.
9° Son propre de la bouche ; sons caractéristiques des
diverses voyelles.
10 e Enregistrement des sons articulés : énumération
des appareils et des procédés.
Troisième examen. Obtention du grade de répétiteur
de 1" classe. Épreuves écrites : Histoire de l'enseigne-
ment des soûrds-muets (Programme spécial). Méthode
intuitive. Epreuves orales : Méthode intuitive. Histoire
de l'enseignement, Anatomie et physiologie (programme
spécial) et Epreuve pratique.
PROGRAMME
DE L'HISTOIRE DE L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS-MUETS
1° Les Sourds-Muets dans l'antiquité, Saint-Jean de
Beverley, Rodolphe Agricola, Jérôme Cardan.
2° L'École espagnole, — Origine de l'art : Pierre de
Ponce, PaulBonet, Ramirez de Carion.
3° École italienne. — Fabrizio Acquapendente, Gio-
vanni Bonifacio, le Père Lana-Terzi.
4° École- anglaise. — John Bulwer, Wallis, William
Holder.
— 117 —
5° École hollandaise. — Mercure Vaù Helmont, Con-
rad Amman.
6° École allemande . — Le docteur Rodolphe Game-
rarius, le Père Gaspard Schott, Guillaume Kerger, Ceo**-
gés Raphel .
7" Benjamin Lasius, Ferdinand Arnoldi.
8° Samuel Heinjcke, Reicht.
9° Neumann, Eschke, Petschke.
10° Êcof,e autrichienne. — L'abbé Slorck, Joseph
May.
11° Ecole française. — * Lucas, le Père Vanin, Etienne
de Fay, Péreire.
12° Ernaud, l'abbé Deschamps.
13° L'abbé de l'Êpée.
14° L'abbé Sicard, Bébian, le docteur Itard.
15° Désiré Ordin'aire, Valadé-Gabel, le docteur Blan-
c het Vaïsse.
16° Enseignement des Sourds-Muets en France depuis
1879.
17? Principaux établissements existants en Europe et
en Amérique pour renseignement des Sourds-Muets.
Institutions contemporaines les plus célèbres en Ita-
lie, en Hollande, en Belgique, en Allemagne en Angle-
terre et aux Etats-Unis.
18° Congrès national de Dresde en 1875.
19° Congrès international de Paris, en 1878.
20° Congrès international de Milan en 18§0.
21° Congrès national de Bordeaux en 1882:
22° Congrès international de Bruxelles en 1883.
23° Congrès national de Paris en 1885.
PROGRAMME D'AXATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE.
ANATOMIE.
Notions sommaires . — Os, cartilages, muscles,
nerfs: leurs éléments; leur rôle.
— 118 —
Appareil respiratoire. — 1° Cage thoracique; muscles
inspirateurs, muscles expirateurs.
2° Poumous.
3° Trachée.
Organes vocaux. — i° Larynx."
2° Pharynx-.
3° Gavité Jmccalfi.
4° Vices de conformation des organes delà parole (bec
de lièvre-, — ankyloglos?e; — déviation des mâchoires,
elc.)
PHYSIOLOGIE..
Respiration. — 1° Inspiration et expiration
2° Divers types de respiration.
3° Formes anormales du mécanisme de la respiration
(sanglot, bégaiement, rire, effort, etc.)
Phonation. — 1° Production du son (intensité, hauteur,
timbre.)
2° Émission des voyelles et des consonnes.
3° Registres de poitrine et de fausset, voix nasale.
4° La voix du sourd. (Ses défauts et les moyens de les
corriger.)
5° Modifications subies par l'appareil vocal et par la
voix à l'époque de la mue.
ODIE.
1° Structure de l'oreille.
2° Sa fonction,
3' La surdité (ses degrés, ses causes, ses effets).
4° Appareils acoustiques.
Quatrième examen. Obtention du grade de jjrofesseur
adjoint. Epreuves écrites : Histoire de renseignement
des sourds-muets, Méthode intuitive, Epreuve pratique.
Cinquième examen, Obtention du titre d'agrégé et du
grade de professeur titulaire. Epreuve écrite : Thèse.
Epreuves orales : Soutenance de la thèse, littérature
(Programme spécial) Epreuve pratique, interrogations
sur l'ensemble de l'enseignement des sourds-muets.
— 119
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
Empêché par des travaux ultérieurs, par des absences
de 'Stuttgart- plus o.u moins prolongées, j'ai dû, à mon
grand regret, interrompre pendant 4 mois mes commu-
nications pour la Reoue. Étant maintenant un peu plus
libre, j'espère, dès à présent, pouvoir fournir plus régu-
lièrement des comptes-rendus sur cje qui se publie dans
les journaux allemands concernant l'enseignement des
Sourds-Muets. Mes dernières communications sont du '
mois de Mars ; j'ai donc à rendre compte des Revues
allemandes depuis ce temps-là.
1° Organ der Taubstummen Anstalten. — Dans les
numéros 3à 6, MKerner continue son intéressant article
sur Hill et Vatter, dont j'ai déjà parlé. Le numéro 3
rapporte la suite du procès-verbal de la conférence
d'Augsbourgqui a eu lieu Ie3et4 août de l'année passée.
M. Debus publie un article sous le titre : Nouvelles'
études concernant l'enseignement de l'histoire naturelle
par le docteur Kiessling et M. Pfalz, comparées à celles
de M. Junge.
L'excellent directeur de l'école des Sourds-Muets
d'Augsbourg, M. Koch, traite dans le numéro 1 laquestioii
des gravures et du livre de lecture comme moyen d'ias-'
truction, et M. Kull dé Zurich l'école primaire et l'école;
de Sourds-Muets.
M. Stulze publie, au numéros, quelques mots sur l'en-
seignement libre de la langue (Einiges ueber den freieh
Sprachunterricht) ou exercices de conversation: —» M. ;
Bleher, ancien instituteur à Francfort, aujourd'hui à
Gamberg, donne une leçon très-pratique en montrant
comment il explique les mots, abstraits.'--- M.' Vatter
revient surla brochure de M; Knauf - le >principe des
— 120 —
conformité à la nature dans renseignement, » et dont j'ti
déjà parlé page 38, A"™ année de la Revue,
Le numéro 6 renferme en tête une allocution remar-
quable faite à la conférence de Meersbfoug par le rec-
teur de l'école normale d'Esslingen, M. le docteur
Gundert, sur l'éducation morale de l'élève sourd-muet.
M. Kull donne une leçon sur l'idée : juger d'après
l'apparence, qui prouve qu'il est un instituteur fort-
pratique.
C. Renz a commencé à publier les articles dispersés
de Ueinicke, Reich, Hill, Schottle et d'autres écrivains
spécialistes sous le titre: Collectaneen.
2° BlaetterfiirTaubstummenBildung. Dans les numé-
ros 5, 6 et 7 M. Kibrich à Weissenfels traite de l'ensei-
gnement de l'histoire à l'école des sourds-muets et
répond aux questions :
1° Quand l'enîeignememt de l'histoire doit-il com-
mencer ?
2° Qu'est-ce qui doit être enseigné, et
- 3° Gomment cet enseignement doit-il se faire ?
M. Franke parle dos exercices de conversations dans
les classes inférieures des institutions de Sourds-Mueis.
M. Freese, le digne successeur du célèbre Arnold,
inspecteur de l'institution à Riehen p/ès Bàle, publie un
petit article, intitulé : Àus der Praxis — fur die Praxie
(delà pratique — pour la pratique) en traitant le calen-
drier d'une manière très-pratique. — M. Blomkyist à
Oerebrô fait connaître un plan de réorganisation des
institutions en Suède qui mérite l'attention. —Dans le
n° 6 se trouve un article par M. Knauf : la réforme de
l'enseignement de l'histoire naturelle. Les numéros 6 â
H donnent un travail fort intéressant par H. Hoffmann :
des études dictatiques, un article par Hockelmann-Trier-
dac sur l'enseignement du dessin, un écrit polémique
par Knauf: antiKoch,etun aperçu historique de l'institu-
tion de Riehen.
Les numéros 12 et 13 publient un travail par Heilscher-
Breslau qui traite de la question de l'emploi des gravures
— 12i -
dans l'enseignement des sourds- muets, question qui oc-
cupe depuis quelque temps les maîtres en Allemagne, et
l'histoire de la théorie des voyelles par Tietgen.
M. Walther publie la biographie de l'ancien directeur
de l'institution royale à Berlin : Louis Ferdinand Reimer,
né le 11 décembre 1805 à Danzig et mort le 9 juin à
Potsdam, en la faisant précéder d'une introduction bien
sentie.
J'espère pouvoir, à L'avenir, entrer plus dans les détails
de chaque article. Je termine mon petit compte-rendu
par le désir le plus sincère; que les deux revues : l'Organ
et les Blaetter s'abstiennent de toute polémique blessante
et qu'elles travaillent en paix pour le bien de nos pauvres
sourds-muets.
De C. Renz.
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
de
Tous les ouvrages parust en France ou en Langue Française
sur l'enseignement des
S O U R DS-MUETS
Suite
Vue générale de l'affaire du soi-disant comte de Solar et
discussion de l'information faite en Languedoc, sui-
vies d'une lettre de M. Prunget des Boissiéres avec,
— 122 -
consultations d'anciens avocats au Parlement. In-1
2.etl36p. Paris, Demonville, 1780,
Consulter : Eue de Beaumont : Mémoire et réponse
à M. l'abbé de l'Epée, etc.
Moreau de Yoemes. Lettre à M. l'abbé de l'Épée.
J. F. Eude. Rapport du procès Solar.
J. F. Laharpe. Correspondance littéraire, etc.
Fournier des Ormes. Le sourd-muet de l'abbé de
l'Épée.
Jubinal (Ach.) Le sourd-muet de l'abbé de l'Epée.
J. N. Bouilly. L'abbé de l'Épée.
Maréchalle et Constant. L'abbé de l'Épée ou le
muet de Toulouse.
Sourd-muet et l' aveugle (Le). Journal mensuel. Par
l'abbé C. Carton. Tome i, n et m. In-S, 294. 251, 96 p.
Bruges, Vandecasteele-Werbrouek, 1837-1811.
Surdopiione (Le). Organe international et polyglotte des
instituts de sourds-muets, d'idiots et d'aveugles. l r0 "
année, 1886-1887. In-8, 352 p. 2 e année, 18^7-1888,
3e année, 1888. N° 1. Avril , 32 p.
Tarra (L'abbé J.). Des critérium d'admission à l'institu-
tion des sourds-muels pauvres de la campagne, à
Milan. Discours. Traduit par MM. Dubranle et Dupont,
In-8, 15 p. Milan, Imprimerie Saint-Joseph, 1881.
Tarra (L'abbé J.;. Ce uni Sùoricl, Esquisse historique et
court exposé de la méthode suivie pour l'instruction
des sourds-muets de la paroisse et du diocèse de
Milan. Traduction française de MM, A. Dubranle et
Dupont, In-8, 138 p. Paris, Delagrave, 1883.
Tessiêres (Ph. de). De l'utilité pour le" sourd-muet de
renseignement par l'écriture et la parole et de l'em-
ploi du langage mimique dans son éducation. Thèse
pour l'agrégat ion. -11 p. Paris, Clamaron, 1861.
Théobald (J.). De renseignement de l'Histoire Sainte aux
sourds-muets et de ses rapports avec l'enseignement
— 123 —
de la langue française (Lettre à un ami). In-8, 24 p.
Chambèry, F. Puthod, 1870.
Thècbald (J.). Projet d'une colonie agricole de sourds-
muets. In-8, 31 p. Chambèry, F. Puthod, 1870.
Thèobald(J.).Le sourd-muet et l'aveugle. Discours. In-8,
13 p. Chambèry, F. Puthod. 1871.
Thèobald (J.). La méthode intuitive appliquée à l'ensei-
gnement de la langue écrite aux sourds-muels. In -S
14 p. Chambèry, F. Puthod, 1873.
Thèobald (J.). Petites lectures et exercices de narration.
In-12, vm et 112 p. l re édition. Paris, Ch. Fou faut et
fils, 1873.
Théoblad (J.). Petites lectures, ets. 2 n1 édition revue e
augmentée. In-12, 160 p. Paris Ch. Fouraut et fils.
1880.
Thèobald (J.). De l'enseignement des sourds-muots par
la parole. Mémoire présenté a l'Académie Nationale
de Savoie. In-8, 22 p. Paris, Auteur, 1874.
(A suivre)
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
L'abbà Louis Dassy
On organisera Marseille un comité dans le but d'ériger
un monument à Tabbé Louis Dassv,, fondateur de l'Insti-
tution des sourds-muets et des aveugles de Marseille. La
vie de cet homme de bien va être écrite par sa nièce»
qui fut sa collaboratrice, et qui est également la supé-
rienrc de l'institution, dont M. l'abbé Dassy, neveu du
fondateur, a pris la direction.
La Curiosité Universelle,
— 124 —
Exposition Universelle. — Un avis affiché dans le
salon occupé par l'institution de Paris (Pavillon de
l'Hygiène), fait savoir à tous nos confrères qui visi-
teront cette exposition que tous les jeudis, ils y trouve-
ront de 3 heures à 4 heures le Directeur de l'Institution
Nationale, le Cju s rdt ou un dos professeurs pour leur
donuer les renseignements dont ib auraient besoin.
Ils pourront aussi à ce moment prendre connaissance
des documents renfermés dans la Bibliothèque.
Institution Nationale de Paris. — La distribution
des prix aux élèves de l'Institution Nationale de Paris
aura lteu le Lundi 5 Août 1889 à 3 heures de l'après-
midi sous la présidence de M. Marguerie, conseiller
d'État, Président de la Commission consultative de.
l'Institution Nationale de Paris.
Société Centrale d'Éducation et d'Assistance pour
les Sourds-Muets en France: — Le tirage de la
loterie organisée par cette société qui devait avoir
lieu le Dimanche 28 Juillet, a été reporté au Dimanche
4 Août.
Nous prions nos lecteurs de prendre note de la
nouvelle adresse du Directeur de It Revue Française
et d'envoyer désormais toutes les communications à
M, Ad-Bèlanger, 13, rue Méchain. Paris.
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacques i*j, Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5"« année. N» 6 Septembre 1889.
CAUSERIE PÉDAGOGIQUE
Notes sur la 1" année d'enseignement :
l'Articulation et la lecture sur les lèvres.
Que mes confrères se rassurent en lisant ce titre, je
n'ai pas la prétention de leur offrir un nouveau traité
d'articulation, le nombre m'en paraît suffisant pour le
moment et ceux qui viendraient s'ajouter ne pourraient
que reproduire lestraiiésprécédemmentparus, douzeuo
treize depuis 1870 ; nos lecteurs en trouveront la liste
complète dans notre Bibliographie. Générale à l'article
Méthode p. 58 et 59.
Ce sont encore moins des conseils que nous voudrions
donner a des confrères expérimentés, mais leur dire
comment' nous comprenons notre enseignement spécial
et quels sont les guides qui pourraient leur être Utile au
point de vue de cette instruction.
La-première année, nous l'avons dit, doit être consa-
crée entièrement à l'étude de l'articulation et de la lec-
ture sur les lèvres, nous avons vu dans une causerie
précédente (*) qu'il était nécessaire de continuer cette
étude d'une façon particulière pendant les années sui-
vantes, jusqu'à la fin du cours d'instruction.
Afin de ne rien laisser au hasard, un plan général
(•). Revue Française, 5« année. No 1.
— 120 —
est nécessaire, nous recommanderons tout spécialement
à nos confrères,
Le programme d'enseignement de i re Année de l'Insti-
tution Nattiondle de Paris{')
Pendant la l re année, l'enseignement peut se diviser
en trois parties: 1° La période préparatoire, 2° l'ensei-
gnement dé, l'articulation, 3° l'enseignement delalangue.
Nous examinerons donc successivement chacune de
ces. trois parties.
Période Préparatoire
Consulter plus particulièrement:
Cyritle {Frère). — L'articulation guide.pour enseigner aux
sourds-muets la parole~et la lecture sur les lèvres d'après Hill
Bruxelles, Devaux & Cie, 1812. '
J. Hugentobler. — Cours d'articulation ou premier/;
exercices .de lecture sur les lèvres, d'aHiculation, etc. Para,
Ch> Delagrave, 187è.
L. Goguillot. — De la période préparatoire à l'enseignement
des éléments d'articulation et de lecture sur les lèvres, etc.
Paris, A. Derenne. 1883.
M. Dupont. — La voix du sourd. Paris, Pion. 1882.
F. M. B. — Méthode d'articulation et de lecture sur les lè-
vres à l'usage des institutions de sourds-muets. Saint Laurent
seèvres, Procure générale des frères de Saint-Gabriel. 1885.
L. Goguillot. — Comment on fait parler les sourds-muets,
Paris, Masson. 1889.
Son utilité. — La période préparatoire dont l'utilité
a été reconnue par tous les professeurs de sourds-muets,
ne nous paraît pas encore avoir pris en 1" année-la pla-
ce qui lui convient, son but, nous le savons est depi-épa-
rer l'élève à l'étude des éléments de la parole, de faire
l'éducation des deux sens qui doivent remplacer l'ouïe
absente: la vue et le toucher; à notre avis, on peut dire
que d'elle dépend en grande partie la pureté de l'arti-
culation.
(•). V, Revue Bibliographique lre année No 1.
— 127 —
Ëicamen de V état physique et intellectuel des élèves.
Elle débute pai* un examen attentif de l'état physique et
intellectuel de l'élève, examen que le professeur doit
poursuivre pendant un certain temps, s'il ne veut pas
s'exposer à commettre des erreurs préjudiciables à ses
élèves.
-Education de la vue et du toucher. — Tous les efforts
dn maître vont donc" se porter sur l'éducation de la vue.
Attirer, obtenir l'attention de son élève, voilà le but.
A. l'aide d'exercices de toutes sortes dont nos lecteurs
trouveroiftrla nomenclature dans les ouvrages cités, plus
haut, le professeur amusera ses élèves tout en les ins-
truisant, son initiative personnelle lui suggérera d'autres
exercices de même nature. Rappelons au maître qu'il y
aura profit pour lui à développér.chez ses élèves l'édu-
cation du toucher. Ces exercices intéressants pour l'en-
fant, donneront à ce sens une délicatesse pins grande
qui nous sera plus tard d'une grande utilité.
Lecture synthétique. — Enfin, le professeur a obtenu
de ses élèves une attention suffisante, il va mettre à l'é-
preuve leur intelligence, leur sagacité ;. il prend un
objet de la classe dont le nom est court, il le prononce
désigne l'objet, il prend un autre objet d'une prononcia-
tion absolument différente et après avoir attiré l'atten-
tion de ses enfants, il l'articule également: Ex. Chaise —
Bureau. Prononçant ensuite un de ces mots, il invite
son élève à lui montrer l'objet. C'est ce que nous appe-
lons la lecture synthétique, exercice facile auquel
l'élève prend un grand intérêt et qui montrera à celui-ci
ce que sera pour lui la parole. N'oublions pas qu'elle sei -
vira très utilement au professeur dans ses relations avec
ses élèves. 30 à 40 mots pourront être enseignés ainsi :
t)e petits ordres, viens, va-t-en, assis, debout, mouche-
toi.... les noms des principaux objets de la classe, enfin
ceux des élèves, du professeur,
Variété à apporter dans les exercices. — Ces diffé-
rents exercices ont été menés de front, il ne faai nifati-
- 128 —
guer l'élève, ni l'ennuyer; le professeur doit varier le
plus possible ses exercices. Dans la même classe, il con-
sacreraquelques minutes à des exercices d'ensemble, les
élèves reproduisant les mouvements du maître, il s'occu-
pera ensuite de l'éducation du toucher, passera après
àlalecture synthétique* pour revenir à des reproductions
de mouvements. Il fera successivement des exercices
généraux ou individuels, se fera remplacer par un élève
pendant qu'il corrigera c'e qu'il y aura de défectueux
chez un autre, etc
Gymnastique des organes phonateurs. — Avec les
premiers exercices de lecture synthétique, l'attention
de l'élève a été plus particulièrement attirée sur la bou-
che du maître, il l'a vue s'ouvrir plus ou moins, les dents
se déserrer, la langue se lover, s'abaisser etc.. sans pour
cela remarquer spécialement chacun de ces mouvements.
Le professeur s'appliquera alors à donner à ses élèves
l'habitude des différents mouvements exécutés par la
bouche, les lèvres, les dents, la langue; exei*cices peu
amusants mais d'une utilité très grande: ouvertures dif-
férentes de la bouche; mouvement des lèvres en avant,
en arrière, mouvements de toutes sortes do la langue,
combinaisonsdeces différents mouvements, place occu-
pée par la langue dans les différents sons et articulations.
Ces exercices arides, il est vrai, s'ils sont conduits et
exécutés d'une façon exacte et précise simplifieront
grandement la tâche du professeur lors de l'enseigne-
ment des éléments de la parole.
La respiration. — S'il est un organe au jeu duquel le
professeur de sourds-muets doit s'intéresser essentiel-
lement ; c'est sans contredit les poumons qui dans la
parole jouent un rôle si important. Notre élève évidem-
ment sait respirer, mais il respire pour vivre et non
pour parler, nous devons donc lui apprendre à respirer
et surtout à expirer convenablement.
Il faut qu'il sache retenir son souffle, le ménager il
propos; pour cela des exercices répétés sont nécessaires,
il est bon que le professeur soit pénétré, de l'utilité et
— 129 —
«e la nécessité de ces exercices, non seulement comme
préparation â la voix, à l'enseignement des sons et
articulation et en vue de la syllabation ; mais encore
pqur développer, pour améliorer la voix, pendant la
1" Année ; et les années suivantes.
Nous ne parlerons pas des spiromètres, instruments
cités et décrits dans tous les traités d'articulation,, peu
de maîtres s'en servent, ils coûtent fort cher et ne sont
pas des instruments d'étude mais de contrôle. Nos con-
frères trouveront le spiromètre de Mathieu et celui de
Bellangé chez M.Mathieu constructeur d'instruments de
chirurgie, Boulevard Saint-Germain. Paris.
La voix. — Le professeur n'attendra pas que toutes
les séries d'exercices dont nous venons de parler soient
terminées pour s'occuper de la voix de ses élèves. Peu
.de sourds nous" arrivent aphones ; mais la plupart ont
une voix désagréable, si nous exceptons ceux qui ont
conservé un degré d'audition ou qui ont entendu pen-
dant quelques années, on peut dire que les autres ont
besoin de suivre des exercices spéciaux destinés à leur
donner une voix aussi naturelle que possible.
Provocation et .correction de la voix. — Nous ne
citerons pas les différents moyens employés jusqu'ici et
recommandés par tous les traités d'articulation. Nous
ne parlerons que d'un qui nous a réussi avec des élèves
aphones et qui a été utile à tous.
Nous faisons exécuter a chaque élève des vibrations
labiales, ce que les physiologistes appellent Yr labiale»
d'abord sans émettre.aucun son, puis en yjoignantun
bruissement guttural, lorsque cet exercice est bien
fait, on essaie d'obtenir des mouvements de langue
accompagnés de son, quelquefois on y joint très faci-
lement IV linguale. Enfin, lorsque l'élève exécute bien
ces différents exercices, pendant qu'il reproduit les
mouvements labiaux dont nous parlions plus haut, on
lui fait ouvrir doucement la bouche, en ayant soin
qu'il laisse la langue mollement étendue dans la cavité
— 130 —
buccale, il est bien rare que l'élève ne donne pas un
son se l'approchant de l'a; en faisant chaque jour ces
différents exercices, on arrivera à développer facile-
ment la voix de l'enfant et on obtiendra ainsi une voix
aussi naturelle que possible.
{A suivre)
Ad. Bélanger,
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
de
Tous les ouvrages parus en France ou en Langue Franfaise
sur l'enseignement des
SOURDS-MUETS
(Fin)
Thèobald (J.). Le sourd-muet, sans instruction, arrive-
t-il de lui-même à concevoir l'idée d'un être supérieur
à l'homme? Thèse pour l'agrégation présentée et
soutenue le 16 novembre 1874. ln-8, 16 p. Paris. Bouc-
quin, 1874.
Thèobald (J.). L'enseignementagricoledes sourds-muets,
Lettre à un ami. In-8, 15 p. Paris, Boucquin, 1875.
Thêobald(J.). Péreire et sa méthode. Discours. In*8, 14 p.
Paris. Boucquin, 1875.
Thèobald (J.). De l'enseignement du droit usuel aux
sourds-muets. Rapport présenté à la conférence des
professeurs de l'institution nationale des sourds-
muets de Paris. (Ext. de la Revue Française, etc.)
In-8, 19 p. Paris, P. Ritti, 1886.
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Thiers (Ad.). Circulaire aux préfets sur les sourds-muets
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Toulouse (Institution de). Distribution des prix, années
1831, 1834,
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11 p. Lithographie, 138,
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Vaïsse (Léon). Dictionnaire encyclopédique de l'Histoire
de France. (Laurent Clerc, de Gérando, Itard, l'abbé
de l'Épée, Jean Massieu, Fabre d'Olivet, l'abbé Sicard
sourds-muets). Paris, Firmin-Didot.
Vaïsse (Léon). Les sourds-muets et leur éducation
Extrait de l'encyclopédie moderne, tome xxv. In-8Ï
8 p. aris, Firmin-Didot frères, 1815.
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prend et des moyens par lesquels s'accomplit lins
truction des sourds de naissance. Discours, ln-8, 36 p.
Paris, L. Hachette et C i % 1848.
Vaïsse (Léon). De la parole considérée au double point
de vue de la physiologie et'de la grammaire ; nouvel-
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Firmin-Didot, 1853.
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Paris, Hachette, 1870
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de l'Institution Nationale des sourds-muets à ses
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L. Hachette et 0", 1872.
Vaïsse (Léon). Un document retrouvé et quelques faits
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France, avec un aperçu de l'état actuel de cette
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Rodez, Ratery, 1876. ,
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Spécimen de vocabulaire illustré, 8 p. (autographié ,
Valaie-3ab3l (J-J) Premier mémoire sur cette question
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Valaie-Gib3l (J-J). Sur le langage naturel dont les
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Gazay.
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la distribution dss prix, in-S, 4 p. août 1839, Bordeaux
BiU.'iï. 3).
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H.-C. Guilhe, le 24 avril 1842. in-8, 4 p. Bordeaux'
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muets après leur sortie de l'école. Conseils à leurs
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parler sans l'intervention des signes? Réponse à un
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de l'Institut, s,ur la méthode intuitive pour enseigner
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Paris, Crête 1802. ,
Valade-Gabel (J-J.)- Des signes méthodiques etdes signes
dits réguliers. Réponse aux observations publiées au
sujet du rapport de M. Franck, membre de l'Institut,
sur les méthodes d'enseignement en usage pour
instruire les sourds-muets, ln-8, 15 p. Paris, Juin.
1862.
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sourds-muets. Partie du maître' ln-8, 26 et 84 p.
Partie de l'élève, in-8, 101 p. Paris, F. Tandou et Cie
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sourds-muets la langue écrite et la langue parlée, par
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par A.. Valade-Gabel. ln-8,vi et 56 p. Paris, Ch. Dela-
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Valade-Gabel (A.). De l'importance de la composition
pour l'instruction des sourds-muets. Discours, ln-8,
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Valade-Gabel (A.)'. La parole enseignée au sourd^muet
etc. {V, J,J. Valade- G abeL)
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Gabel.)
Valade-Gabel (A.). V. Ad. Bélanger. Etude Bibliogra-
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troisième Congrès international pour l'amélioration
du sort des sourds.-muets tenu à Bruxelles du 13 au 18
août 1*83. Précédé d'un aperçu sur l'origine des con-
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sourds-muets et des résolutions prises par les congrès
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des aveugles de Varsovie. In-S, 50 p. Varsovie,
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Vive (P.). Cause célèbre, sourd-muet de naissan ce cou
vaincu d'avoir contrefait des assignats au crayon et
à la plume. Défendu par P. Vive, second instituteur
des sourds-muets, devant le tribunal criminel du
département de la Gironde, séant à Bordeaux (28
prairial, an m), ln-8, 24 p. Paris, Morin, 1796.
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ment aux sourds-muets, l'éducation intellectuelle et
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W atteville (Ad. ).Rapport à son Exe. le Ministre de
l'Intérieur sur les sourds-muets, les aveugles et les
établissements consacrés à leur éducation. In-4, 43p.
Paris, Imprimerie Impériale, 1861.
Wilborgne (Ch.). Dactylographie, ou sténographie des
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muets et des aveugles par '5, Môrel, ln-8, 8 p. Paris,
1817.
Zurich {Institut de). L'Institut des aveugles et des
sourds-muets depuis sa fondation jusqu'à la fin de
l'année 1834. Rapport présenté par M. Henri d'Orelji,
traduit de l'allemand, par. Mousson. In-8, 94 p.
Zurich, 1835.
(Fin)
Ad. Bélanger
Professsur-Biblioth: ciire
a l'Institution Nationale de Paris
— i3g —
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
1° Organ dôr T?aubstuiflmen-Aûstaltéii< Le n* 7 publie
un rapport de M. Hechler, membre de la chambre des
députés hessois, fait â la suite d'une proposition très-
importante de M. Vogt: que l'enseignement des en-
fants sourds-muets soit obligatoire et la durée du
cours d'enseignement de huit ans. M. Hech'ei* prétend
que le gourvemement hessois a porté tous ses soins
sur ce qui concerne l'enseignement des sourds-muets,
susceptibles de culture intellectuelle et recommande
aux autorités scolaires de faire tous leurs efforts afin
que chaque sourd-muet soit envoyé dan9 une institu-
tion pour y être élevé. Afin que les frais d'éducation
ne soient pas pour les parents un prétexte de priver
d'instruction leurs enfants sourds-muets, l'Etat se char*
-ge des 3/4' et les parents ou la commune d'un quart. La
commission chargée d'examiner la proposition de M.
Vogt, trouve inopportun de forcer les parents à en-
voyer leur enfant dans une institution et de blesser par
là leurs sentiments naturels ; tout ce qui pourrait être
fait sous ce rapport, dit-il, est de faire comprendre aux
parents la nécessité et l'utilité d'envoyer leurs enfants
dans un établissement.
Concernant la seconde partie de la proposition, c. à.
d. de|fixer la durée du cours d'enseignement à huit ans,
la commission trouve qu'elle mérite d'être prise en con-
sidération. Le rapporteur termine son travail par les
propositions suivantes ; le gouvernement grand-ducai
est prié:
1° d'introduire dans les établissements des Sourds-
Muets, le plutôt possible, un cours d'enseignement d'au
moins 7 années.
— 139 —
2' de recommander aux autorités cantonales de char-
ger la caisse cantonale des frais d'éducation des enfants
des parents pauvres.
3° de ne pas donner suite à la proposition du député
Vogt, concernant l'enseignement obligatoire des Sourds-
, Muets.
Il est très regrettable qu'il y ait eu dans la commis-
sion des hommes ne comprenant pas l'importance
de la question. 11 y a malheureusement des parents
qui ont un amour aveugle pour leurs enfants sourds-
muets et qui méconnaissent leur véritable intérêt. En
ce cas c'est un devoir pour le gouvernement de forcer
par la loi les parents à envoyer leurs enfants dans un
établissement. L'enseignement obligatoire est une né-
cessité pour tous lesenfants et surtout pour les enfants
sourds-muets !
M. Keruer termine dans ce numéro son intéressant
article sur Hill et Vatter, qui mérite sous tous les
.rapports d'être lu et étudié,
Le n° 8 publie le protocole de la 21 m0 conférence
des instituteurs wurtemgeois et badois qui eu lieu à
Mesbourg sur le lac de Constance les 13, 14 et 15 Mai
de cette année.
M. Hoffmann (Ratibor), le physiologiste de la langue
par excellence, donne un intéressant article sur la
prononciation de l'allemand à Ratibor.
Le même numéro publie le. programme du congrès
de& instituteurs allemands des sourds-muets qui aura
lieu à Cologne les 21, 25 et 26 Septembre.
2° Blaetter fiir Taubstummenbildung.
Les numéros 14 et 15 commencent à publier des pen-
sées sur l'enseignement de l'articulation par Huschens,
un article fort intéressant sur le livre de Deschamps,
De l'éducation des Sourds-Muets par Werner (Stade)
sur l'origine des langues par P. Odelga, de la pratique
pour la pratique par Hilger ; du Nord et du Sud par
Franke. Tous ces articles offrent un grand intérêt.
— 140 —
Dans le N°16, Lube (Berlin) parte de la conception
des idées chez les Sourds-Muets et de leur enseigne-
ment nous y trouvons des idées fort juste, et Hus-
chens donne la suite de son intéressant article ; Des
pensées sur l'enseignement de l'articulation.
Dr C. Renz
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
Adrien Curniè, Etude sur l'institution nationale des sourdes-
muettes de Bordeaux. 1786-1889 ,In-8. 110 p, Bordeaux.
R. Coussau et F, Coustalat, 1889.
Nous parlions, il y a quelque temps, des noces
d'or d'une de nos institutions françaises, celle de Poi-
tiers. Trois de nos écoles auraient déjà pu fêter leur
centenaire: Paris, 1760; Anger3, 1777 et Bordeaux, 1786
Une notice sur l'institution d'Angers a été publiée
dans cette Revue et nous venons de recevoir de M
Adrien Gornié une étude fort intéressante sur celle de
Bordeaux.
Cest l'histoire du bien accompli pendant un siècle par
cette institution, l'une des meilleures de notre pays; nos
confrères y trouveront des renseignements de toutes sor-
tes bien classés-, l'ouvrage d'ailleurs est publié, avec l'au-
torisation de M. le Ministre de l'Intérieur. Nous félicilon s
bien sincèrement l'auteur de son travail qui montrera
une fois de plus le bien accompli par nos institutions
françaises fondées sous l'inspiration du vénérable abbé
de l'Épée.
Nous allons le parcourir très rapidement.
C'est d'abord une vue de l'institution.
— 141 —
Le personnel actuel de l'Institution de Bordeaux à la
tête duquel se trouve le sympathique directeur M. Max
Cavé-Esgaris. Le personnel enseignant comprend 27,
dames de Nevers sous la direction de la Supérieure M m «
Angélique Camau. Une commission consultative de six
membres.
Origine de Vinstitution. Fondée en 1786 par Mgr
Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux avec M.
l'abbé Sicard pour Directeur et Saint-Semin comme
instituteur.
Administration de la maison. Commission adminis-
trative, puis un directeur avec un conseil de surveil-
lance depuis 1811 une commission consultative rem-
place le conseil.
L'Institution de Bordeaux est réservée aux jeunes
filles sourdes-muettes. Septembre 1859. Un tableau in-
dique le nombre des élèves présentes à l'institution le 1 er
Janvier chaque année depuis 1787 jusqu'en 1889. Le 1 er
Mai 1889 ce nombre était de 220. Depuis 1786 jusqu'à nos
jours l'institution de Bordeaux a reçu 1.696 élèves.
Méthode d'enseignement. Saint-Sernin, Valade-Gabel,
introduction da la méthode instuitive.
Le cours d'études était alors de 6 années, sous la di-
rection actuelle, il est porté d'abord à 7 puis à 8 années.
Articulation. En octobre 1865, M. Fourcade de Tou-
louse, un précurseur, mort depuis dans la misère, donna
avec l'autorisation du ministre de l'intérieur des leçons
d'articulation au corps enseignant, à partir de 1868
l'articulation est enseignée dans chaque classe et au mois
d'octobre 1879, un an avant le congres de Milan la mé-
thode orale pure est introduite dans l'institution de
Bordeaux.
Un tableau annexé à ce chapitre indique depuis 1840
jusqu'en 1849 et de 1879 à 1889, année par année le nom-
bre des élèves renvoyées et les causes du renvoi. Au lieu
d'augmenter, le nombre des renvois a diminué depuis
l'introduction de la nouvelle méthode.
^ — ,142 —
Classe enfantine, Nous nous, proposons de revenir sur
ce sujet dans un prochain numéro.
Enseignement professionnel. Peu de Sourdes-Muettes
se marient elles doivent gagner leur existence, aussi
elles apprennent à l'institution tout ce qui concerne
la couture, le repassage, les mieux douées le dessin, la
peinture sur porcelaine.
Le chapitre suivant donne des Renseignements sur
les ancienne» élèves sorties depuis 1859. Renseignements
les plus curieux : sur 500 élèves, 37 se sont mariées, 129
sont dans leur ta mille, les àulrés subviennent à leurs
jesoins par leur travail et exercent toutes sortes de
métiers.
Asile de Bordeaux fondé en 1851 par les dames de
Nevers, il renferme aujourd'hui 29 anciennes élèves de
l'institution Nationale.
IJ Asile de Bourg ia Reine en compte 7 venant de
Bordeaux.
Etablissement, typographique de MM. Firmin Didot
et C ie à Mesnilsur l'estrée {Eure). Depuis 1879 cet. inter-
nat dirigé par des religieuses reçoit d'anciennes élèves
de l'Institution qui sont aujourd'hui au nombre de 12.
État sanitaire. —Cause des décès. Inutile de dire
que la santé des élèves est l'objet des soins constants de
l'administration et que .l'état sanit'aii-e y est excellent.
Sur 140 décès survenus de 1839 à 1889, Afl sont dus à
la phtisie.
Surdité congénitale, surdité accidentelle. Sur 805
élèves sorties depuis 1859 ou présentes aujourd'hui 453
seraient sourdes de naissance soit une pi'oportiôn de
56 Oft)- •
Les chapitres suivants donnent des renseignements
fort intéressants: sur les influences héréditaires, l'influ-
ence dis mirlzgis çonsinguins, tes cas multiples de
surdi-mutité.
Vient ensuite l'horaire des élèves, les dépenses annuel*
— 143 ^r
Içs et subventions de F Etat depuis 1832, le prix de re-
vient dic'iiq i?éiè03sn 1887. Environ 818, 76. Le bud-
get de IS89: subvention de l'État lia. ODD Fi\ Recettes
totales 19L9D), 6>. Dépende* ordinaires 189. 482, 39.
Pour terminer l'ouvrage, les listes: des instituteurs
en chef et Directeurs* Des supérieures, des membres de
la, commission administrât ioe, de la commission de
surveillance^ de la commission consultative, et une étu-
de sur les bâtiments reconstruits de 1862 à 1870 et qui
sont aujourd'hui très bien aménages.
Ad. B.
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Institution Nationale de Paris. — La distribution des
prix aux élèves dé l'institution Nationale a eu lieu le
5 Août dernier a 3" heures de l'après-midi, sous la
présidence de Monsieur Marguerie, conseiller d'Etat,
Président de la Commission Consultative de l'Institu-
tion Nationale, assisté de M. „Eug. Péreire, Président
deïaC ie Transatlantique et Membre de la Commission.
Consultative et de M., le D r . Regnard, Inspecteur Général
au Ministère de l'Intérieur; Ml de Saint-Sauveur, chef de
Bureau au Ministàre . de l'intérieur,, tout Je personnel
administratif et enseignant de l'institution avait pris
placé sur l'estrade, Une assistance nombreuse et sym-
pathique remplissait la salle élégamrnant décorée.
M. André, professeur était chargé du discours d'usa-.
ge, il avait pris comme sujet : L'utilité et la nécessité de
la lecture chez nos élèves. Dans un discours, aussi
élégant dans la forme qu'intéressant au fonds, M.
Marguerie parie de la part prise par l'Institution de
Paris à l'exposition de 1889. Nous, reviendrons sur
— Ht —
ces discours dans un prochain numéro. Des exercices
d'élèves ont précédé la distribution des prix procla-
més par M. le Censeur.
Monsienr le Président annqnce les distinctions
qui viennent d'être accordées à deux professeurs de
l'institution par M. le Ministre de l'Instruction pu-
blique : M. Coldefy professeur honoraire est nommé
officier de l'instruction publique et M. Huguenin pro-
fesseur de dessin est nommé officier d'Académie.
Avant de lever la séance, M. Javal, directeur pré-
sente à l'assistance M. Eug. Péreire, nouvellement
nommé membre de la Commission Consultative. M.
Eug. Péreire, vient de faire don au musée scolaire
de l'école, du modèle de YEugène Péreire de la C*
Transatlantique. M. Javal rappelle que l'abbé de l'Epée
et J. R. Péreire- l'aieul du Président de la C ie Transatlan-
tique étaient contemporains; s'ils n'étaient pas d'accord
sur la méthode à suivre, leurs discussions coutoises se
tinrent toujours sur un terrain purement scientifique,
l'un comme l'autre ont droit à notre respect.
La rentrée des classes est fixée au Lundi 7 Octo-
bre 1889.
Ad. B.
Institution Nationale des sourdes-muettes de Cham-
béjry. — La distribution des prix des jeunes sourdes-
muettes de l'Institution Nationale de Chambéry a eu
iieu dans le couvent du Sacré-Cœur le lundi 5 Août
â 5heures du soir. Monsieur Forest, ' Vice-Président
de la commission des sourds-muets, occupait la place
d'honneur à la demande de monsieur Baudart,
Directeur. L'Assistance n'était pas nombreuse,
mais compétente. Une des plus grandes sourdes-
muettes s'est avancée au milieu de la salle et
après avoir distribué les programmes de la fête a
exposé â voix haute et distincte le sujet de la petite
représentation et a remercié ces Messieurs de leur
bienveillant intérêt.
— 145 —
Le trait connu des lanternes de Falaise a été mis en
scène par toutes les enfants.
Il était divisé en plusieurs actes dont voici les prin-
cipaux: Promenade nocturne dans l'obscurité accom-
pagnée de fâcheux incidents ; puis, après ordonnances
réitérées du Maire et criées dans les rues par l'adjoint
promenade avec lanternes garnies de bougies non-
allumées, et enfin promenade avec lanternes resplendis*
santés. Le tout s'est terminé chez Monsieur le Maire par
une visite de remerciement.
Après la Distribution des Prix M. le Président a témoi-
gné toute sa satisfaction pour les progrès sensibles qu'il
avait été heureux de constater chez les enfants et a re-
mercié en son propre nom, au nom de l'Assistance et au
nom du Gouvernement ajoutant: par l'articulation ces
jeunes sourdes-muettes nous comprennent se font com-
prendre; j'ai pu îuger de cela en plusieurs rencontres
dans le courant de cette année; par vos soins elles sont
donc rendues à la famille et à la Société.
Institution d'Elbeuf. — Le .30 Juillet, V Institution
des sourds-muets des deux sexes, que dirigent avec
tant de dévoûment et de succès M. et M me Gapon, célé-
brait sa fête annuelle : la distribution des prix.
M. Duprey, premier adjoint au maire "d'Elbeuf, prési-
dait. L'affluen,ce était aussi nombreuse que sympathique,
car tout le monde ici aime M. et M m * Capon.
Trois élèves ont joué une petite comédie : Le Déjew
ner au restaurant et la Promenade, qui met en scène
les merveilleux résultats obtenus à l'école.
Ensuite les lauréats ont été proclamés. Nous citerons
parmi les plus souvent nommée MM 11 " Berthe Godefroy,
Georgette Leclerc,Gabrielle Bardin, Louise Espinasse,
MM. Depitre, Bourdon, Lemoine, Lebrun, Letellier,
Lesueur, Hamon, Lequeux, Turquin.
- 146 —
L'élève Bourdon a reçu.la prix offert par M. Maille,
conseiller général, au plus méritant.
On a fêté tous ces enfants si dignes d'intérêt et on a
acclamé leurs maîtres en souhaitant à l'école toute la
prospérité qu'elle mérite.
Journal de Rouen
Institution de Lyon. — La distribution des prix aux
sourds-muets, élèves de l'institution HugentÔbler avait
Heu hier devant une assistance nombreuse
_ Sur l'estrade, étaient présents MM. ; Martin», vice-:
président du conseil de préfecture , Bonnaud et Mille-
ron, conseillera généraux ; Barnoud; ma : ire> de Villeur-
banne ; Péchoud et BurlaUt, conseillers municipaux. de
la même commune; Viàl, percepteur ; Meynard, Bertho-
let, Perrinet Lévy, administrateurs ; Codgèrij président
de l'Union Chorale ; Létïévant, juge de paix de Villeur-
banne ; Enou, professeur à la Faculté de droit^etc.
La fanfare de Villeurbanne ouvre la séance, puis M.
Martin prononce un excellent discours, dans lequel il
se déclare heureux d'avoir été choisi par M. le préfet
pour présider. cette fête.
Il constaté les résultats obtenus depuis- l'abbé de
l'Epée. Ceux qui les ont obtenus méritent les éloges et
les encouragements du gouvernement: de la Républi-
que.
M. Fabre, vice-président du conseil administration,
remercie M, le préfet, le conseil général p% jl,es;,rqpr:ésenT
tants des conseils municipaux de Lyon, et de Viilleur-
banne.
Les donateurs fondateurs ont en ce jour, la.seuje ré-
compense qu'ils puissent ambitionner, ils ont sous leurs
yeux le spectacle du bien accompli.
Il établit la situation morale et financière de. l'institu-
tion ; le nombre des élèves est en progression sur léa
années précédentes.. En 1888, leur nombre était de 53 :
- 147 —
il est cette année, dé" 61. Dans ce nombre figurent trois
boursiers de l'État.
Il termine en louant] le zèle des professeurs qui»
sous la direction de M. Hugentobler, ont fait preuve du
plus grand dévouement.
Après uu chœur chanté avec ensemble et talent par
l'Union chorale, ont lieu les. exercices des élèves.
C'est une chose merveilleuse que de voir ces jeunes
enfants affligés de la plus triste des infirmités humaines
prononcer distinctement des mots, dès phrases, et ré-
pondre aux questions posées par le professeur. Parmi
les jeunes garçons- surtout le résultat obtenu est sur-
prenant.
Les exercices terminés. M. Enon prend la parole-.
L'honorable conférencier a rappeïé les phases par
lesquelles est,passée l'éducation-des sourds-muets.
Il a' constaté le chemin accompli : depuis le jour où
l'abbé de l'Kpée créason ingénieuse méthode,
Aujourd'hui, grâce à des novateurs qui furent à l'ori-
gine traités en ennemis, la situation s'est eneore.amé;-
Uorée; tes sjurds-muets, qui étaient des déshérités de la
nature, sont devenus des citoyens pouvant, comme tous
les autres, être utile â leur pays.
L'institution Hugentobler a été une des premières à
préconiser la nouvelle méthode ; que les plus sincères
remerciements lui soient adressés, elle a été k la péîne,
il est juste qu'ellesoit à l'honneur.
Cette conférence, très applaudie, a été suivie de la
distribution des prix que chaque élève vient chercher à
l'appel de son nom et, pendant, que la Fanfare exécute
un dernier, morceau, la foule se retire favorablement
impressionnée.
Le Lyonnais
Distinctions honorifiques. — À la demande de M. le
Directeur de l'Institution Nationale de Paris, M. le Mt-
— 148 —
nistre de l'Instruction publique sur la proposition de
M. le ministre de l'intérieur, vient de nommer Officier
de l'instruction publique M. Coldefy ancien professeur
à i'institution Nationale de Paris et aujourd hui profes-
seur honoraire. M. le Ministre de l'Instruction publique
vient également de conférer les palmes d'officier d'aca-
démie à Monsieur Huguenin professeur de dessin à
l'Institution Nationale de Paris depuis une trentaine
d'années.
Nous offrons toutes nos meilleures félicitations â nos
excellents collègues.
Nous venons également d'apprendre la distinction
flatteuse dont a été l'objet un ancien élève de l'institu-
tion Nationale de Paris. M. Cochefer, artiste dessina-
teur a reçu le 14 Juillet dernier les palmes d'offlcier
d'Académie M. Cochefer est le sympatique président de
la Société d'Appui fraternel des sourds-muets de France,
et l'auteur d'un projet de monument à l'abbé de
l'Epée que l'on peut remarquer dans l'exposition de
l'institution Nationale de Paris.
Ses nombreux amis seront heureux de se joindre à
nous pour lui offrir toutes leurs félicitations.
Ad. Bélanger
Revue de la Société des Etudes Historiques. —
Nous trouvons dans le numéro 7 de la 54 année de cette
publication page 505 h 512. un compte rendu très com-
plet de la 3' année de la Revue Française par notre
Savant confrère M. Montaudon.
Nous le remercions bien sincèrement de ses aimables
appréciations; en faisant connaître les méthodes ac-
tuelles employées dans notre enseignement spécial, il
rend service à la cause de nos malheureux élèves, aussi
lui en sommes nous tout particulièrement reconnaissant.
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Stint-Jisqae» »tj, Pari»
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5 m é anuite. N» 7 Oct bre 1889.
DOCUMENTS OFFICIELS
PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT
DE L'INSTITUTION NATIONALE DES SOURDS-MUETS DE PARIS
APPROUVÉS PAR. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR
le 13 juillet 1889
PREMIERE ANNEE
1 Examen de l'état physique et intellectuel de l'élève
II. Période préparatoire
Éducation de la vue et du toucher; préparation de
l'appareil vocal.
1° Imitation des mouvemerts du corps, des différentes
attitudes et des divers jeux de la physionomie.
2° Imitation des mouvements et des positions des
organes vocaux.
3° Lecture synthétique sur les lèvres de quelques
mots : noms d'objets; petits ordres ; noms des élèves de
la classe et de leurs maîtres.
4° Education du toucher.
5° Exercices de respiration.
111. Phonation.
1° Gymnastique vocale [vib rations labiales et linguales,
balbutiement, etc.).
2° Provocation de la voix.
3° Correction des défauts de voix.
4° Utilisation et développement du sens de l'ouïe.
— 150 —
IV. Articulation et lecture sur les lèvres
Enseignement des sons; syllabation.
1° Émission des voyelles et articulation des consonnes
2° Syllabes simples directes et inverses (pa, ap,...\.
3° Syllabes répétées (papa, papapa,..,).
1° Syllabes complexes (pla. stro,...).
5° Groupes bisyllabiques, trisyllabiques. etc.
6° Lecture, sur les lèvres du maître, de sons, de syl=-
labes et 1e mots.
7° Indication, sur un tableau contenant uniquement
les éléments enseignés, des lettres représentant les sons
syllabes et mots prononcés par le professeur.
8° Exercices, lecture sur les lèvres d'un camarade.
9° Écriture, sous la dictée, de sons, syllabes et mots.
10° Lecture de sons, syllabes et mots écrits.
11° Principaux équivalents graphiques d'un môme son
(f ^= ph, o = au, eau).
12° Diphtongues.
V. Nomenclature
1° Mots courts, faciles à lire sur les lév res et articuler
2° Expressions simples correspondant aux premiers
besoins de l'élève.
3° Enseignement, en présence de l'objet, de 50 à 100
substantifs pris dans la nomenclature de i™ année.
a. Lecture sur les lèvres et articulation de ces noms.
b. Désignation des objets par l'élève.
c. Nommer les objets présentas par le maitre et écrire
leurs noms.
d- Lecture de ces noms écrits.
e. Emploi de l'article singulier avec les noms dont la
lecture sur les lèvres et la prononciation seraient déjà
parfaitement assurées.
V 1 . A rithmétique r
Enseignement des dix premiers noms de nombre.
Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices ma-
nuels. — Gymnastique..
— îei
Nomenclature de première année
L'eau .
L'oie.
Le cou.
Le couteau.
Le chat.
Le chapeau.
Le chou.
La poche.
Le seau.
Le sou.
La soupe.
Le coq.
Le doigt.
La, vache.
La bouche.
Le café.
La toupie x .
Le képi.
La tête.
La pêche.
Le bateau.
L'oiseau.
La chaise.
La bougie.
Le chocdlat.
La cage.
La baguette
Jje gâteau.
La balle.
La poule.
Le lit.
Le sel.
La salade.
Le lait.
Le balai.
L'œuf.
Le brauf.
Le beurre
Le cheval
Le poêle.
Le rat.
Le râteau.
La carafe.
La cai otte.
La poire.
La porte.
Le tiroir.
L'ardoise.
Le verre,
La fourcnette.
Le béret.
La pomme,
La pomme de terre-
Le marteau.
Le chameau,
Le mouchoir.
La mouche.
Le miroir.
La chemise.
La noix.
Le nid.
Le canif;
L'âne.
Le nez.
La cerise.
Le banc.
Le tambour.
La jambe.
L'orange.
La langue,
Le bouton-
Le savon.
Le cochon.
Le poisson.
Le mouton.
Le torchon.
Le pantalon.
L'éponge.
Le pain.
Le vin.
La main.
Le lapin.
Le raisin.
Le* singe .
La fontaine.
Le pied.
La pierre.
Le papier.
Lecahier.
Le soulier.
La soupière.
L'assiette.
La serviette
La noisette.
Le lion.
Le chien.
La viande.
L'abricot.
Le plat
Le placard.
Le tableau.
La table.
Le bras.
Le fromage.
La cravate.
La craie.
La brosse.
Le livre.
La prune.
La plume.
Le porte-plume.
La blouse.
Le front.
L'encre.
Le crayon.
L'agneau.
Le peigne.
La cuiller.
La bouteille.
La bille.
— 152 —
DEUXIÈME ANNEE.
1° Revision du programme de 1" année. Cette revi-
sion comporte :
a. La revue complète de? éléments phonétiques.
6. La correction des éléments défectueux.
c. L'enseignement des sons qui ne seraient pas encore
acquis.
2° Pendant toute l'année, une partie de la classe sera
réservée/au mécanisme de l'articulation et de la lecture
sur les lèvres.
3° Idée de nombre, singulier et pluriel; usage du
masculin et du féminin.
4° Exécution d'ordres simples.
a. Verbes neutres,
b. Verbes actifs avec un oii plusieurs compléments
directs.
c. Verbes neutres suivis d'un adverbe.
d. Vcrbe.% réfléchis.
e. "Verbes actifs suivis d'un ou plusieurs compléments
indirects.
5° Comptes rendus d'actions au présent et au passé
indéfini de l'indicatif.
6° Verbe Avoir; exercices sur la possession.
7° Verbe Être: exercices sur les qualités.
8° Forme négative.
9° Forme interrogative.
10 9 Transmission d'ordres simples.
11° Petites propositions à compléter.
12° Éducation. Profiter de toutes les circonstances
pour faire naître et développer l'idée du bien et du mal .
13° Arithmétique.
a. Numération de 1 à 100.
6. Petites additions orales, puis écrites.
Ecrituru. — Dessin élémentaire. — Exercices
manuels. — Gymnastique.
— 153 —
TROISIÈME ANNÉE
l n Correction et perfectionnement de l'articulation et
de la prononciation.
2° Révision du programme de deuxième année.
3° Extension du vocabulaire suivant les besoins de
l'enseignement; mots de tous genres amenés par les
circonstances.
4° Exécution d'ordres simples. Singulier, pluriel.
5° Comptes rendus d'actions aux trois temps princi-
paux et à toutes les personnes.
6° Coniugaison des verbes enseignés en propositions
complètes et aux trois temps connus.
7° Formules interrogatives les plus simples s'appli-
quant aux ordres donnés et aux actions exécutées.
8° Transmission d'Ordres.
9° Transmission de petits récits.
10° Transmission de questions.
11° Au courant de ces divers exercices, on enseignera
l'usage des adverbes et des propositions les plus faciles'
des adjectifs démonstratifs, des adjectifs numéraux
ordinaux et des adjectifspossessifs.
12° Compte rendu des actions -que l'élève fait ou voit
faire et de celles qu'il afaites ou vu, faire; actions indivi-
duelles ou générales; distinction du soin ou de la négli-
gence apportée à leur exécution; leur caractère bon
ou mauvais.
13° Petites narrations portant :
a. Sur les personnes "(leui's qualités, leur défauts),
o. Sur les animaux les plus connus (leur nature, leur
emploi.)
c. Sur les objets'les plus usuels fleurs propriétés).
14° Questions sur ces narrations.
15 a Notions sur la division du temps, sur la famille
les professions et les actions ordinaires de la vie.
16° arithmétique. — Additions et soustractions parlées
et écrites .
Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices
manuels. — Gymnastique.
— 155 —
CINQUIÈME ANNÉE.
1° Correction et perfectionnement de la prononcia-
tion.
2° Revision des parties importantes du programme de
quatrième année.
3° Pronoms relatifs.
4° Mode indicatif' temps non encore enseignés.
5° Mode conditionnel:
6° Conjngaison passive des verbes aux trois temps
principaux et en phrases complète».
Conjugaison des verbes irréguliers.
7° Etude pratique et emploi des prépsitions et des ad-
verbes non encore enseignés.
8° Conjonctions simples. .
9° Développement des formules phrasèologiques au
moyen des exercices suivants :
a. Transformer un dialogue en récit.
6. Transformer un récit en dialogue.
c. Achever une phrase incomplète.
d. Rectifier une proposition, -faite sous forme inter-
rogative, contraire à la vérité ou au bon sens.
e. Énum^rer les actions qui peuvent émaner d'un
même agent*
/. Substituer dans un récit une personne â uue autre,
en variant le genre, le nombre ou le temps.
g. Faire une ou plusieurs propositions avec un subs-
tantif, un verbe ou un adverbe donnés.
h. Décrire un objet ou une gravure.
i. Adresser des questions à un camarade sur un objet
désigné par le professeur, en faisant porter l'interroga-
tion sur la manière, les qualités, la quantité, la pos-
session, etc. . .
j. Rappeler à propos une scène ou un récit.
h. Réunir plusieurs phrases en une seule au mojen
des pronoms relatifs, des conjonctions ou des temps
composés.
— 154 —
QUATRIÈME ANNEE
1° Correction et perfectionnement de la prononciation
2° Révision du p-ogramme de troisième année.
3° Idée pratique et emploi des pronoms démonstratifs
des pronoms possessifs, des adjectifs et des pronoms
interrogatifs, des adjectifs et des pronoms indéfinis.
4° Usage comparatif et du superlatif. — Diminutifs.
5° Emploi des principales conjonctions, de quelques
adverbes nouveaux et des idiotismes les plus faciles.
6° Participe présent accompagné de en.
7° Infinitif présent. — Infinitif passé.
8° Emploi du présent habituel, du passé récent et du
futur prochain.
9° Temps relatifs du verbe au mode indicatif (imparfait
et plus-que-parfait).
10° Notions sur les animaux domestiques; les choses
les plus usuelles et les matières les plus utiles à
l'industrie et aux arts.
11° Connaissances pratiques sur la nature, la famille,
les métiers et les professions les plus connus; outils
principaux.
12° Noms abstraits dérivant des adjectifs enseignés.
13° Arithmétique.
a. Multiplications parlées ou écrites.
b. Solution pratique, tant de vive voix que par écrit
de petits problèmes exigeant l'emploi -d'une des trois
premières opérations.
c. Étude des monnaies ; leur valeur.
d. Donner, par des applications pratiques, la connais-
sance du prix des choses lés plus communes.
Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices
manuels. — Gymnastique.
— 156 —
10° Extention de la nomenclature au moyen d'explica-
tions : noms génériques ; noms abstraits ; différentes
acceptions d'un même mot.
11° Causeries et dialogues variés sur les notions gé-
nérales et les connaissances pratiques indiquées aux
programmes de troisième et de quatrième année ; la
famille, la société et la morale.
12° Exercices de lecture à haute voix. — Dictiou
en tenant compte des liaisons et de la ponctuation. —
Interjections.
13° Arithmétique.
a. Développement de la numération.
b. Nombres entiers et nombres décimaux.
c. Divisions parlées et écrites.
d. Applications pratiques des quatre règles.
14° Géographie' (Programme spécial.)
Enseignement religieux. — Enseignement profession-
nel. — Dessin. — Gymnastique.
. SIXIEME ANNEE.
1° Correction et perfectionnement de la prononcia-
tion.
2° Revision des parties importantes du programme
précédent.
3° Emploi du mode conditionnel.
4° Enseignement du subjonctif.
5° Conjugaison des différentes sortes de verbes. —
Tableaux de conjugaisons.
6° Emploi des principales locutions prépositives, ad-
verbiales et conjonctives,
7° Développement des formules phraséologiqnes à
l'aide des exercices indiqués à l'article 9 du program-
me de cinquième année.
— 157 —
8 a Extention du vocabulaire par la synonymie. —
Termes génériques. — Classification. — Dérivés. —
Noms abstraits.
9° Usage du dictionnaire.
10° Causeries familières sur les principales découver-
tes et invention?. — Étendre les connaissances con-
cernant la famille, la société, la nature, les produits
de la terre, les manufacture*, les animaux domestiques.
11° Journal de classe tenu par l'élève. Compte rendu
de choses qu'il a vues, faites ou lues sur les lèvres.
12° Exercices de composition sous forme de descrip-
tion, de narration, de conversation ou de lettré.
13° Développement des idées morales au moyen du
dialogue. — Qualités ou défauts. — Penchant d& l'esprit
et du cœur.
14° Lecture à haute voix avec explication des mots et
des faits.
15° Arithmétique.
a. Problèmes pratiques et usuels sur les quatre règles.
&. Notions élémentaires sur le système métrique.
16° Géographie. (Programme spécial.)
Enseignement religieux. — Enseignement profession-
nel. — Dessin. — Gymnastique.
SEPTIEME ANNEE.
1° "Correction et perfectionnement de laprononciation.
2° Revue générale des programmesdes deux dernières
années.
3° Grammaire pratique, principaux termes gramma-
ticaux.
4° Exercices sur la concordance des temps.
5° Étendre l'emploi des idiotismes les plus usités.
6° Lecture à livre ouvert; explication des mots les
plus difficiles.
— i58 —
7° Dialogues entre élèves, parlés puis écrits, sur un
sujet donné par le professeur.
8° Exercices épistolaires appliqués aux principales
circonstances de la vie : les lettres porterons sur des
sujets tantôt réels, tantôt supposés.
9° Résumer oralement une lecture faite ; dévolopper
de même un texte donné.
10° Explication de quelques proverbes populaires.
11° Développement des idées morales. — Facultés
et actes de l'intelligence.
12° Visite, sous la conduite du professeur, à des
établissements industriels ; explications préalables et
explications sur place; comptes rendus oraux et écrits
de ces excursions.
13° Arithmétique.
a. Système métrique.
b. Idée des fractions les plus' simples.
c. Problèmes pratiques sur la règle de trois simple et
la règle d'intérêt.
14° Géographie. [Programme spécial.)
15° Histoire de France. (Programme spécial.)
Enseignement religieux. — Enseignement profession-
nel, — Dessin. — Gymnastique.
HUITIEME ANNÉE.
1° Correction et perfectionnement de la prononcia-
tion. L3Cture et répétition courantes de phrases dites
sur le ton ordinaire de la conversation. ■
2° Exercices pratiques à l'aide desquels on dévelop-
pera les parties importantes des programmes précédents.
3° Revision générale de la conjugaison par l'emploi
des divers temps du verbe dans de petits récits.
4° Lectures à haute voix, et explication des mots, des
phrases et des faits au moyen de questions, de synony-
mes, de périphrases.
5° Résumé de lectures ou de récits lus- sur les lèvres-
— 159 —
6 6 a. Développer un sujet de narration, de descrip-
ion ou do lettre.
b. Lettre de demande, d'envoi, d'affaires, de remer-
ciements, d'excuses, etc. . .
— Réponses à ces différentes lettres.
c. Reproduire une conversation ou l'imaginer.
A. Établir des comparaisons entre des objets, des lieux,
des faits, des personnes, des caractères.
e. Expliquer une maxime, une sentence, un proverbe
populaire.
f. Interroger l'élève sur une lecture faite par lui en
dehors des heures de classe.
7° Entretiens sur la nature, sur la société et sur la
morale : Phénomènes principaux, saisons, produits
naturels. — L'homme et ses besoins ; professions. —
Relations sociales. — Penchants bo.ns ou mauvais.
8° Renseignements sur les auteurs des principales
inventions et découvertes, et sur les hommes illus-
de la France.
9° Notions d'histoire naturelle.
10° Notions de physiaue /thermomètre, baromètre,
télégraphe, éclairage électrique.
11° Notion d'hygiène.
12° Arithmétique.
a. Problèmes sur le système métrique et la règle
d'intérêts.
b. Tenue des comptes déménage. — Devis de travaux
à faire, vfactures, mémoires.
c. Mesure des surfaces géométriques : carré, rectan-
gle, triangle, cercle. Évaluation des volumes: cube,
cylindre.
13° Géographie, (Programme spécial. )
14° Histoire de France. Programme spécial.)
15° Droit 1 usuel. (Programme spécial.)
Enseignement religieux. — Enseignement profession-
nel. — Dessin. — Gymnastique.
A suivre
160 —
CONGRÈS DE COLOGNE
L'on sait qu'un congrès général des instituteurs de
sourds-muets d'A.llemagne vient de se tenir à Cologne
dans lecaiiM da la dernière semaine du mois de sep-
tembre. En attendant que nous puissions offrir à nos
lecteurs un compte-rendu des séances du congrès, nous
croyons intéressant de mettre sous leurs yeux l'analyse
raisonnée des mémoires qui ont dû servir de thème
aux discussions. Cette analyse publiée dans la revue
allemande "YOrgan" émane -très probablement des
auteurs mêmes de ces mémoires et~ ne peut, dans tous
les cas, que rendra Îïdèle:n3nt la physionomie de leur
travail.
2* CONGRÈS DES INSTITUTEURS ALLEMANDS DE SOURDS
MUETS THÈSES DEVANT FAIRE L'OBJET D'UN EXPOSÉ
A TITRE DE POINT DE DÉPART DE PROPOSITIONS
A SOUMETTRE A CE CONGRÈS
I. par M. Ciippers de Trêves
Le régime de l'internat appliqué aux 3 premières
années d'éhfdcs. — Scn lut et sen organisatien
PLAN DU MÉMOIRE
1 . Il y a lieu de recommander le régime de l'internat
dans le cours des 3 premières années d'études, au triple
point de vue :
des soins matériels à prendre des élèves et de leur
développement physique,
de l'éducation,
du développement du langage.
— 161 —
2. Le régime de l'internat doit être organisé de façon
â maintenir le droit d'inspection du directeur de l'éta-
blissement, mais sans qu'il soit le moins du monde fait
appel aux professeurs de cet établissement.
3. En vue de ce but à atteindre, il paraît nécessaire,
pour diverses raisons, de rapprocher le plus immédia-
tement qu'il sara possible l'internat de l'établissement
d'instruction.
4. Il convient de confier l'internat soit à une congré-
gation catholique de femm3s. soit à des diaconesses du
culte évangèlique.
5. Le- règlement intérieur et l'horaire de l'internat
doivent être préparés et arrêtés par le directeur de
l'institution de concert avec les représentants de la
congrégation. Ce règlement doit d'ailleurs avoir été
agréé par les autorités auxquelles l'établissement d'ins-
truction se trouve soumis.
II. par M. Vattar de Francfort-sur-le-Mein
V enseignement du langage dans le cours des
3 premières années d'études
PLAN DU MÉMOIRE
1. Pendant les 3 premières années d'études, il faut,
en proscrivant les signes d'une manière graduelle et de
plus en plus complète, amener les sourds-muets par
l'usage et par l'exercice à l'intelligence de la langue
parlée élémentaire. Habituer les élèves à éviter les
signes et à employer la langue parlée, c'est là tout d'a-
bord le but le plus essentiel à viser, en attendant que
plus tard nos efforts soient soutenus par une connaissance
plus mûre que le sourd-muet aura acquise et par sa
propre volonté.
2. L'enseignement de l'articulation (1™ année d'é-
tudes) a pour but principal de donner et de soigner
l'enseignement de la partie mécanique du langage, c'est-
à dire l'articulation et la lecture sur les lèvres. Mais i[
touche sérieusement aussi â la partie, intellectuelle de
— 102 -
l'éducation et doit, en fin de compte, poser la première
base pour l'acquisition d'un vrai langage expression, de
la ponspe.
Les mots exprimant les idées, les phrases doivent être
exclusivement empruntés à la série des combinaisons
phonéliques ayant déjà fait l'obiet d'exercices suffisants
dans la pratique du mécanisme du langage. Leur emploi
incessamment contrôlé par le maître doit conduire à un
pouvoir de parler plus assuré.
3. Le centre de gravité de renseignement élémen-
taire de la langue (2* et 3" année d'études) se trouve dans
l'enseignement intuitif ou leçons de choses, enseigne-
ment qui met l'enfant en connaissance avec ce qui l'en-
toure conformément au principe : "Procédez du plus
proche au plus éloigné" et qui lui apprend àse rendre
compte d'une manière exacte de ses intentions, à penser
et à juger. Sous le rapport de la forme, les considérations
qui doivent faire loi sont celles qui tiennent compte des
besoins de langage de l'enfant.
4. Ce qu'il y a de plus essentiel dans les connaissances
provenant de l'enseignement intuitif et réclamées pour
la constitution systématique du langage élémentaire
sera offert à l'élève dès le commencement de la 3 e année
d'études sous la forme de lectures imprimées dont l'usage
contribue essentiellement à éclaircir et à affermir les
idées nouvellement acquises dès ce moment.
5. En sus de l'enseignement par l'intuition et par la
lecture, il est nécessaire, à raison de la nature du langage
de nos élèves d'instituer un enseignement spécial des
formes du langage. L'utilité de cet enseignement s'accroît
de jour enjour, dans une marche parallèle à celle de l'enr
seignement par les choses et par la lecture. La somme
de connaissances acquises aians l'enseignement intuitif
amènera et appuiera la mise en usage de nouvelles
formes de langage. L'étude, des formes du langage a
d'ailleurs l'utilité de faire appliquer sous d'autres points
de-vue ce qui aura été appris dans d'autres branches
d'enseignement.
— 163 -r
6. Ce qu'on appelle l'enseignement du langage de la
conversation aura pour but de faire tourner a l'avantage
de l'élève tout exemple se produisant dans la sphère de
ce qui l'intèresie, tout phénomène accessible à l'intelli-
gence de l'enfant. Mais, attendu qu'il est d'expérience
que ce qui est offert occasionnellement devient rarement
le point de départ d'un exercice.sufflsant, il faut conseil-
ler d'utiliser le plus possible l'enseignement méthodique
des choses et du langage pour développer chez l'élève
la facilité à s'exprimer par la parole et la satisfaction de
se servir de la parole dans les relations avec les autres
personnes.
III. par M. Heidsiek de Breslau
L'enseignement de la parole au sourd-tuuet,
contribution à Céelaircissemznt de points en discussion
plan" do mémoire
1. Le sourd-muet est un être créé avectoutes les qua-
lités caractéristiques de l'humanité, doué de raison, ca-
pable de s'élever de la connaissance du monde extérieur
à la connaissance du monde, intérieur dans la mesure
où celui-ci est accessible à ses sens.
2. La possibilité de concevoir l'idée intuitive dû
monde intérieur au moyen de la parole et de penser
avec des mots est interdite ou sourd r muet de naissance*
C'est la langue des signes qui coirespond à sa nature
intellectuelle et physique et quand l'école allemande de
sourds-muets s'efforce, par des motifs pratiques, de
donner artificiellement aux sourds-muets notre langue
parlée, il est à considérer que, pour le véritable sourd-
muet, il n'y a pas de mouvements acoustiques mais
seulement des mouvementé discernables par l'œil et par
— 164 -
le toucher et que, pour cette raison, le langage articulé
n'a point dans la bouche du sourd-muet la valeur d'un
langage de sons, mais seulement celle d'un langage de
signes absolument artificiel.
3. L9 langage étant constitué par un élément interne
et par un élément externe, l'enseignement de la langue
se divise conformément à la nature des choses
en enseignement des idées
et enseignement des formes
et bien (jue ces deux élêmaats se présentent en con-
nexité l'un avecl'âutre, il y a, poua atteindre le but le plus
proche en telle ou telle circonstance, adonner la prédo-
minance à différents degrés tantôt à l'un, tantôt â l'autre
de ces mêmes éléments.
4). Quoique l'on s'efforce d'appliquer sans altération la
méthode allemande à tous les sourds-muets, la pratique
et la théorie se réunissent pour nous apprendre que
lorsque cette expérience se fait avec des sujets faible-
ment doués, il ne faut pas compter sur les résultats
auxquels on pourrait s'attendre avec d'autres élèves. En
ce qui concerne ces sujets faiblement doués nous croyons
être autorisés à formuler les demandes suivantes :
1° On doit les instruire dans notre langage de mots
aussi bien sous la forme du langage articulé que sous
celle de langue écrite.
2° Nous devons pour ces élèves renoncer à la perfec-
tion phonétique et grammaticale du langage et leur
permettre l'usage des signes naturels.
3° Pendant la période au cours de laquelle la langue
parlée ou écrite ne sert pas encore de moyen d'enseigne-
ment etn'est elle-même qu'un objet d'enseignement, les
signes doivent être exclus en tant qu'objet d'enseigne-
ment et employés seulement comme moyen d'enseigne-
ment.
4° La langue parlée,- les signes et l'écriture doivent
prendre dans l'enseignement une place dont l'importance
respective est à régler.
— 1C5 —
IV. par M. Bludau de Berlin
Renseignement du dessin dans les institutions
de sourds-muets
PLAK DU MÉMOIRE
I). Il faut, pour renseignement du dessin dans les
institutions de sourds-muets, un règlement unique établi
d'après les prescriptions ministérielles du 2D mai 1887
concernant l'impulsion à donner à cet enseignement
dans les écoles primaires.
2)., Au point de vue éducatif comme au point de vue
pratique, l'enseignement du dessin a plus' d'importance
encore pour les sourds-muets que pour les enfants»douês
de tous leurs sens et réclame par conséquent des soins
d'autant plus grands.
3). Pour répondre aces exigences plus grandes, il faut
que les maîtres qui se consacrent à l'enseignement du
dessin portent intérêt à cette branche d'enseignement
et possèdent eux-mêmes à un degré convenable l'habi-
leté à dessiner.
4. Le point de vue du. langage devant toujours
préoccuper au conrs des discussions, lorsqu'il s'agit de
l'enseignement à donner aux sourds-muets» il convient
de réclamer énergiquement pour que les professeurs de
dessindans les institutions de sourds-muets soient en
même temps professeurs dé sourds-muets.
5. L'enseignement du dessin dans les institutions de
sourds-muets doit commencer âla 2° année d* études. On
doit donner pour base à son organisation le « Guidepour
l'enseignement du dessin dans les écoles primaires de
Prusse par le ZF Stuhlman et le diviser en 3 degrés :
dessin au quadrillé
dessin libre d'images tracées sur une surface plane
dessin libre d'après nature.
— 166 —
Y. par M. Heinrichs de Briihl
Peut-on, dans renseignement donné aux sourds-
muets exclure absolument les signes?
PLAN DU MÉMOIRE
1 . Les signes naturels sont sans danger pour l'instruc-
tion intellectuelle et pour l'enseignement du langage.
On ne pourrait même les exclure complètement de
l'instruction des sourds-muets sans préjudiciel* à la
formation du caractère et à l'éducation de la volonté.
2. En tant que les signes font obstacle à l'enseigne-
ment de la langue parlée et présentent- des dangers sous
ce rapport, il faut les combattre résolument et avec
persévérance, sans faire tort à des buts plus élevés.
3. La proscription absolue des signés ne doit pas être
considérée comme la caractéristique essentielle de la
méthode allemande pour l'instruction des sourds-muets.
VI. par M. Flicth de Briihl
L'enseignement des métiers pour les garçons dans
nos institutions de sourds-muets
PLAN DU MÉMOIRE
1 . L'organisation de l'enseignement professionnel est
aujourd'hui encore à l'état d'objet d'étude.
2. Le tableau que fout du but et des avantages.de
l'enseignement des métiers les partisans de cet ensei-
gnement est eu grande partie exagéré.
3. Le travail manuel offre pourtant pour les garçons
des avantages multiples et pratiques. Il a tous les avan-
tages que présente toute occupation utile et prévient les
inconvénients moraux qu'enfante le désœuvrement.
4. L'enseignement professionnel est désirable et doit
même être regardé comme un besoin pour nos grands
internats.
— I6T —
5. En ce qui concerne les externats établis dans les
petites localités où les nourriciers exercent la profession
de jardiniers on de cultivateurs, il n'y a pas un besoin
pressant d'ateliers. Tout au plus peut-on les recomman-
der pour occuper certains élèves pendant l'hiver.
6. Dans les externats de grandes villes, l'enseigne-
ment des métiers peut être d'une utilité considérable.
7. Les personnnes chargées de l'enseignement des
métiers pour nos garçons sourds-muets doivent être des
maîtres habiles soutenus par une surveillance qu'exer-
ceront des professeurs de so x urds-muets familiarisés
avec les principes méthodiques de l'enseignement.
VII. par M. Knauf de Berlin
Comment Von éveille et Von fait progresser l'intérêt
des sourds-muets pour notre langage
PLAN DU MÉMOIRE
1. Nous éveillons l'intérêt en nous efforçant dès le
commencement d'acheminer l'élève vers l'intelligence
claire des perceptions, des idées et de leur représenta-
tion parle mot' et la phrase.
2. On tend principalement à ce but de l'intelligence
claire à donner quand on suit dans l'enseignement de la
langue les moyens naturels d'acquisition du langage.
3. Ces moyens naturels coïncident avec les lois qui
régissent la pensée et qui sont l'intuition, la déduction,
la logique élémentaire.
4. Nous faisons progresser l'intérêt en poursuivant
l'enseignement delà langue, au moins dans les 4 pre-
mières années d'études, sur la base de l'intuition immé-
diate et à l'exclusion de tout moyen artificiel (signes,
images etc).
5. Nous faisons progresser l'intérêt en bornant l'en-
seignement à ce qu'il y a de plus indispensable, de
manière à ne créer aucune surcharge pour les forces de
l'intelligence.
108
VIII. par M. Frielingsdorf de Bruhl
Sur futilité des images dans l'enseignement des
■sourds-muets
PLAN DU MÉMOIRE
A. Généralités
1. Les images peuvent rendre de bons services dans
l'enseignement comme permettant
de reproduire des perceptions déjà éprouvées,,
de faire naître de nouvelles idées,
de constituer des réprésentations dégroupes pour
des exposés ultérieurs
2. En présence de la réalité, l'image a de grands
inconvénients. Aussi faut-il donner une préférence
abso^e à l'objet en nature ou au fait réel toutesles fois
qu'on peut le présenter à l'élève.
3. Le modèle en relief constitue un moyen beaucoup
plus parfait de donner l'intuition que ne le fait l'image et
doit par conséquent être préféré à celle-ci.
4. Il ne faut point toutefois rejeter absolument
l'emploi des images dans l'enseignement des sourds-
muets parce que nous n'avons pas toujours à notre
disposition l'objet réel ou le modèle en relief.
Ii. Applications aux dioers degrés de renseignement.
5. (a) Au degré de l'enseignement de l'articulation'
il faut toujours associer l'acquisition dû mot à la chose
elle-même.
(b) Par suite, on doit choisir la matière de mots
qui fait l'objet du travail à ce degré des études dans
l'entourage immédiat de l'enfant et eu égard principale-
ment à ses besoins de langage!
(c; Gonséquemment les abécédaires en images sont
absolument superflus à ce degré.
(d) Dans des cas rares, les nécessités momentanées
de l'enseignement peuvent réclamer l'emploi d'une
— 169 —
image lorsqu'on ne peut se procurer sur-le-champ
l'objet en nature.
6. Au degré moyen, on peut ne point rejeter l'image
pour l'enseignement intuitif et pour celui de l'histoire
sainte. La matière de l'histoire sainte se trouve dans une
sphère d'intuition et d'expérience si éloignée de l'enfan*
que le langage dont l'élève peut disposer à ce degré
d'instruction ne saurait à lui seul permettre de faire
comprendre avec le degré suffisant de clarté les situa-
tions qui sont en jeu.
7. Il faut dire la même chose, en ce qui touche le
degré supérieur pour l'enseignement de l'histoire sainte,
de la géographie, de l'histoire naturelle et de l'histoire.
IX par M. Kœler de Schleswig
Changement de route pour la lecture au degré
de l'enseignement intuitif
PLAN DU MÉMOIRE
1. L'enseignamant intuitif est le fonds, le sol sur
lequel s'enracine l'enseignement de la lecture.
2. La matière de langage acquise dans l'enseigne-
ment intuitif se divise en 2 parties. L'enseignement de
la lecture ne contribue *en rien à préparer l'acquisition
de l'une de ces parties.
3. La partie qui écheoit en même temps à l'enseigne»
ment de. la lecture est utilisée pour formuler les mor-
ceaux de lecture qui se trouvent en opposition avec ce
que sont les livres de lecture parus jusqu'ici.
4. Les morceaux de lecture doivent exciter l'intérêt
de? élèves en transportant ceux-ci sur le terrain de leur
propre vie et de leur entourage.
5. Par la langue vivante, d'un côté, et, d'un autre
côté, par la ,connexité logique qu'ont entre elles les
diverses parties de chaque morceau de lecture, rensei-
gnement de la lecture se trouve amené à prêter un
- 170 —
secours très utile à quelques autres branches de l'en-
seignement.
6). Par leur nature même les morceaux de lecture
conduisent peu à peu à faire des livres de lecture
composés pour les enfants doués de tous leurs s'ms.
7). L'enseignement proprement dit de la lecture doit
commencer avec la mise en usage du temps imparfait
dans le verbe.
8). Il est, à proprement parler, indispensable d'asso-
cier à ces exercices un cours méthodique de formes de
langage. Cependant les morceaux de lecture peuvent
permettre de se passer de tout autre ouvrage accessoire
de grammaire.
X. par M. Bruss de Kempen
Dans quelle mesure faut-il admettre dans
, l'enseignement des sourds-muets le système de
transmission des élèves de professeur à professeur.
APPLICATION DE L'ÉLECTRICITÉ
dans l'Enseignement des Sourds-Muets
Nous avons reçu et nous insérons avec plaisir la
communication suivante très intéressante nous don-
nant la description d'un procédé très ingénieux employé
à l'institution d'Annonay pour attirer l'attention des
élèves. Ceux de nos confrères qui désireraient de plus
amples renseignements pour l'installation de cet appareil
et son prix de revient pourront s'adresser directement à
l'institution d\A nnonay.
— 171 -
Monsieur le Directeur,
Nous avons toujours été frappés de ce fait que lorsque
les sourds-muets ne fixent par leur maître, soit par
distraction, soit pour réfléchir, soit parce que leur re-
gard est arrêté sur un livre ou sur un autre objet, il
est difficile de se mettre en communication avec eux. #
Il faut se transporter vers eux, ce qui n'est pas tou-r
jours facile, ou frapper le plancher, ce qui attire inuti-
lement l'attention de tous, ou se servir d'une baguette,
ce qui peut ne pas convenir.
Depuis quelques mois nous nous demandions si l'on
ne pourrait pas obvier à cet inconvénient. Après avoir
passé en revue bien de? idées plus ou moins pratiques,
voici la combinaison très-simple à laquelle nous nous
sommes arrêtés.
Nous avons eu recours à l'électricité.
Sous les pieds de chaque enfant, nous plaçons un petit
tabouret fixé au sol, mais isolé de lui au moyen de qua-
tre petits carrés de caoutchouc.
Les tabourets sont disposés de façon à ne pas toucher
les pieds du bureau:- ils sont ainsi parfaitement isolés.
Les pieds de nos enfants reposent sur le tabouret,
lorsqu'elles sont assises, et on leur recommande de con-
tinuer d'y appuyer un de leurs pieds, lorsqu'elles sont
debout.
A l'exlrémité des bureaux nous mettons une pile élec-
trique à effet continu ce qui évite toute dépense d'entre-
tien.
Sous chaque petit tabouret est disposé un petit appa-
reil de sonnerie électrique ordinaire, dont le battant au
lieu de frapper sur un timbre métallique, exerce son
choc sur un simple morceau dé bois fixé au tabouret.
Enfin des fils électriques passant sous les bureaux
relient les appareils à la pile et à une série de boutons
placés à la portée de la maîtresse.
— 172 -
Chaque bureau a son bouton'correspondanf .
Gela posé quand la maîtresse veut appeler une enfant
l'arrêter dans sa lecture ou fixer son attention, elle
touche te bouton qui correspond à son bureau. Aussitôt
l'élèv&sent une légère vibration et lève les yeux.
Les tabourets étant isolés du sol et des.pièds du bureau
les autres enfants ne perçoivent pas la vibration.
Nous sommes très satisfaits des résultats.
Nos maîtresses trouvent en particulier cet appareil
très-commode pour la lecture. II est ainsi très-facile
en effet de ne laisser passer aucune faute, aucun vice
de prononoiation.
Peut-être quelqu'un sera-t-il tenté d'objecter le point
de vue hygiénique. Qu'on se rassure. Il n'y a aucun in-
convénient. Les enfants ne reçoivent pas une décharge
électrique, ils perçoivent une simple vibration du tabou-
ret, ce qui ne peut avoir aucune fâcheuse conséquence.
Cette, petite invention nous ayant satisfaits, nous avons
avons cru devoir vous la faire connaitre. Monsieur le
Directeur, et par vous à tous ceux qui s'occupent de
l'éducation des sourds-muets, afin que d'autres puissent
en profiter, s'ils la jugent comme nous utile et pratique.
De la part de l'école des sourdes-muettes
de 1a Providence d'Annonay (Ardêche)
Nécrologie
M. Paul Bucquet, inspecteur général honoraire des
services administratifs au ministère, de l'intérieur, an-
cien président'de l'Inspection générale des établisse-
ments de bienfaisance, Commandeur de la Légion
d'honneur, a succombé à Ris-Orangis <Seine-^et-Oise),
à une attaque d'apoplexie foudroyante.
M. Bucquet était âgé de soixante-trois ans.
(Le Figaro)
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint- «j, Parisjacques
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5P* anaft. N» S N -.rembr» 1
CAUSERIE
JOSEPH H CHEZ L'ABBÉ DE L'ÉPÉE
Joseph II, voj'ageant sons le nom de comte de
Falckenstein, vînt à Paris en 1777. Il y séjourna du 18
Avril an 31 Mai. La visite qu'il fit, k cette époque, au célè-
bre instituteur des sourds-muets est un fait connu ; si je
me propose de le rappeler, c'est uniquement dans le but
de le debarasser des détails fantaisistes dont on a eu la
maladresse de-Ie charger et qui, en dénaturent le carac-
tère simple et grave.
On comprend à quelleslégendes puériles je faisait usion:
d'après ce qu'elles rapportent, le comte de Fatckenstein
aurait fait l'office d'enfant de chœur, àî'église Saint-Roch,
pendant une messe célébrée par l'Abbé de l'Épée ; c'est
en sortant de cette église qu'il se serait rendu, en con-
servant l'incognito, à la maison des sourds-muets; il ne
se serait fait connaître qu'au moment où il quittait
l'établissement ; il y serait revenu souvent ; il y aurait
même amené plusieurs fois sasœurMarie-Àntoînette,etc.
On s'expliquerait jusqu'à un certain point ces in-
tempérances dlmagination, si les documents -faisaient
défaut pour présenter le fait. dans sa réalité. Mais nous
sommes loin d'une telle pénurie. Nous n'avons, en effet*
qu'à écouter tout d'abord le narrateur le plus autorisé,
l'abbé de l'Épée lui-même. Voici ce qu'il raconte page
221 de son livre : La Véritable manière d'instruire les
sourds et muets :
— 174 —
« Depuis qu'il, a. pi ù à la divine providence de me char-
ger de l'instruction d'an nombre considérable de sourds-
muets, la singularité de cette œuvre et. les exercices
publics de mes élèves ont attiré à mes leçons une afflu-
ence de personnes de toute condition et de tous pays...
Mais il était réservé au prince le plus auguste, qui avait
daigné en être le témoin, dene pas Souffrir que la France
restàtseuledépositaired'unsecoursdontiesautresnations
pourraient retirer de grands avantages.
« Il résolut donc d'attirer le premier et de fixer dans
ses États un enseignementdont il apercevait la nécessité
pour un nombre de ses sujets, que son amour paternel
lui faisait appeler ses semblables (lettre de Joseph II à
l'instituteur des sourds et muets de Paris); et voici quelle
en fut l'occasion:
« Cet' ami souverainement respectable de l'humanité,
ayant vu par lui-même, pendant deux heures et demie,
de quoi lès sourds et muets pouvaient devenir capables,
quand on se donnait la peine de les instruire, ne pensa
d'abord qu'à une jeune personne de la plus haute nais-
sance, sourde et muette à Vienne, à laquelle ses parents
désirarentavecardeur procurer une éducation chrétien-
ne.
«Ildemandadonccommenton pourrait s'yprendre pour
instruire cette jeune demoiselle. Je répondis qu'il y
avait deux moyens : que le premier serait de la faire
conduire à Paris où je l'instruirais très volontiers ( gra-
tuitement, bien entendu) ; mais qu'il y en avait un
second beaucoup plus simple, qui serait de m'envoyer
un sujet, intelligent de trente ans ou environ, que je
mettrais en état de réussir parfaitement dans cette
entreprise.
« L'expédientêtaitdBnatufeàètre goûté: aussile fut-il
sur le champ, d'autant plus qu'il annonçait au prince
une ressource toujours subsistante pour ceux de se s
sujets qui étaient réduits au même état d'infirmité ou qui
le seraient dans la suite.
« Cet auguste souverain ne fut donc pas plus tôt de
— 175 —
retour à Vienne,, qu'il me fit l'honneur de m'adresser
la lettre suivante. . .»
Dans cette lettre apportée parTabbé Storch,, l'empereur
exprimait le vœu que celui-ci. pût. devenir, avec ,les
leçons de l'abbé de l'Épée, un maître capable de diriger,
advienne, un établissement semblable à celui de Paris,
On sait que ce vœu a été réalisé.
Disons en passant que l'original delà lettre de Joseph II
se trouve dans les archives de l'institution nationale
de Paris.
L'abbé de l'Epée a soin, comme on I*<- vu, de nous indi-
quer exactement le temps que Joseph II a passé chez
lui: le monarque y est resté dettqGjJipures et demie.
L'abbé nous fait connaître, en termes non moins précis,
l'expédient dont il se servit pour communiquer à son
visiteur l'idée de lui envoyer une personne qui fût à
même de profiter de ses leçons. Répandre en tous lieux
- s améthode, la livrer à qui désirait en acquérir les procé-
dés telle était la pensée constante du généreux maître.
Aussi fut-il heureux d'avoir réussi à convaincre Joseph II:
c'est un résultat immense à ses yeux, il lui suffit, et
c'est tout ce qu'il veut retenir de la visite impériale.
On pourrait s'en tenir à ce récit. Cependant je ne pense
pas qu'il convienne de rejeter absolument du compte
•rendu de la visite de Joseph II certains traits anecdoti-
ques ou les détails plus circonstanciés que le principal
intéressé, exclusivement attentif à la question humani-
taire, a négligé de consigner parmi ses souvenirs.
Mais ce n'est pas à notre imagination que nous deman-
derons d'ajouter quoi que ce soit à cette sorte de procès-
verbal. Nous préférons consulter les chroniqueurs du
temps.
— 176 —
J'en trouve au moins deux qui paraissent inspirer
quelque confiance, à cause des soins tout particuliers
qu'ils ont apportés dans le relevé des incidents qui ont
marqué le voyagé de l'empereur.
C'est d'abord l'abbé Duval-Pyran, auteur de l'ouvrage:
journxjl et anecdotes intéressantes du voyage de M.
le comte de Falckenstein ; Francfort et lieipsîc, 1777.
Ce livre fut réimprimé en 1781, sous ce titre: Voyage
deS. M. I.' Joseph II dans différents pays.
Dans le Journal, le voyageur est suivi pas à pas, et ses
moindres déplacements sont notés en quelque sorte
heure par heure. En voici un extrait:
« Le 7 mal, il arriva à Paris (de Versailles) à huit
heures du matin, sortit à neuf, acheva devoir le Louvre,
fut voir beaucoup d'artistes et dina à l'hôtel de
Tréville. Vaprès-dinè„Ufut voir Cabbé de VÊpêe, abbé
qui a le talent de faire parler les muets et entendre les
sourds. Le soir, il fut à la Comédie et fit visite à Madame
la princesse chez l'ambassadeur de d'Espagne. »
. Les mots soulignés par nous prouvent déjà que Joseph
H ne se rendit pas che? l'abbé de I'Epée immédiatement
çiprès la messe.
Il est bien vrai que l'empereur assistait presque
chaque jour à une messe. On le voit successivement
aux Carmes, à Notre-Dame, au petit Calvaire, a Saint-
Sulpice, au Val-de-Grâçe, aux Théatins, etc. , etvaussi,
une seule fois, à Saint-Roch, le 11 mai, c'est-à-dire
le quatrième jour après sa visite rue des Moulins. Voici
d'ailleurs l'emploi de cette journée:
« Le 11 mai, messe à 9 heures à Saint-Roch; fut voir
M. Berthoud, horloger de la marine; rentra pour s'habil-
ler et partit à midi et demi pour Versailles ; revint à
six heures, etc. »
La légende de l'enfant de chœur improvisé est donc
bien enterrée, et, avec elle, celles qui sont relatives à des
visites réitérées et. à la présence de Marie-Antoinette.
— 177 —
La partie ariecdotrque du même livre, venant à la suite
du Journal, consacre à l'entrevue de Joseph II et de
l'abbé -de l'Épée une page qui ne fait que reproduire à
peu près textuellement un passage d'un autre ouvrage
publié avant celui de l'abbé Duval-Pyran,
Ce volume, paru au lendemain du départ du souverain,
est intitulé: Anecdotes intéressantes et historiques de
V illustre voyageur pendant son séjour à Paris, dédiées
à la Reine; Liège, Desoer, 1777. lia pour auteur le
chevalier du Coudray, ci-devant Mousquetaire du Roi,
La même année, il en parut une seconde édition,
augmentée et corrigée, à Paris chez Ruault.
C'est à ce dernier ouvrage que nous empruntous le
récit suivant:
« Voici une anecdote, bien intéressante pour les âmes
sensibles, chère et précieuse à l'humanité, peu connue
nèanmoins^et que nous nous hâtons de publier ; nous
avons été chez la personne même pour savoir la vérité
du fait.
Notre illustre voyageur ayant oui dire des choses
merveilleuses du secret admirable de M. l'abbé de l'Épée,
qui consiste à faire entendre ou plutôt comprendre aux
sourds de naissance et autres, par des signes et moyens
presque surnaturels, et même à faire parler les muets de
naissance et autres, comme l'ont annoncé tous les jour-
naux, papiers publics, gazettes françaises et étrangères.
Sur cette brillante réputation que M. l'abbé de L'Épée
a toujours soutenue, malgré l'envie, notre illustre voyal
geur, brûlant de s'instruine, fut le trouver dans sa maison
rue des Moulins, butte Saint-Roch. Il parla longtemps
avec lui, l'interrogea même sur plusieurs articles avec
connaissance, et lui demanda s'il n'avait pas quelqu'un
à qui il confierait çon secret si nécessaire, si utile pour
l'humanité; l'abbé lui répondit : « Monsieur le Comte
j'avais demandé au Gouvernement deux hommes capables
à qui je pusse communiquer mes faibles connaissances
sur cet objet: ma demande n'a point été accordée: Eh
bienl répartit notre illustre voyageur, je vais donner
— 178 —
desordrespourfairechercheràViennedeuxhommesintel-
ligents, et je vous les confierai, monsieur l'abbê, pour
que vous ayez la bonté de les instruire dans vos secrets
admirables, afin qu'ils puissent Yenir au secours de
l'humanité dans mon royaume. » M. le comte de
l'alckenstein se retira et ne voulut pas même que l'abbé
Faccompagnât, ajoutant ces paroles mémorables:* M.
l'abbé, votre temps est trop précieux pour le perdre en
vaines cérémonies, vous en devez compte à Dieu. » En
•sortant, il laissa sur un coin du bureau de l'abbé l'Épée
deux rouleaux de 25 louis, pour le soulagement des
pauvres infirmes ou valétudinaires que le bon citoyen
le vrai patriote fait élever chez lui, datts sa maison, et
dont une femme a soin.
Le lendemain, M. le Comte de Falckenstein envoya
par son ècuyer à M. l'abbé de l'Épée une tabatière d'or
avec son portrait en médaillon. »
L'abbé Duval-Pyran ne s'est pas borné a reproduire
ce récit, daas des termes à peu près identiques, il y a
ajouté un incident qui, s'il était vrai, indiquerait que
Joseph II, loin de se rendre à l'improviste chez l'abbè
de L'Épée, aurait pris soin de l'informer de sa visite au:
moins deux ou trois jours à l'avance. Je lui emprunte
cette anecdote, parce qu'elle est vraisemblable et que
l'auteur m'affirme, dans sa préface, qu'il a retranché de
son livre « celles qui ont été désavouées. » La voici:
« Les talents, les succès et le désintéressement de M.
l'abbé de l'Epée sont aujourd'hui presque aussi connus
qu'ils sont utiles. M. le comte de Falckenstein n'a pas
manqué d'allerlùi payer son tribut d'admiration. M. l'abbé
donna aux personnes de sa suite l'ouvrage où il a
développé sa méthode; il joignit. un paquet cacheté
pour l'illustre étranger, en lui demandant de .ne l'ouvrir
qu'à Vienne. « Nous sommes à Vienne, » dit M. le Comte,
et il décacheta. 11 trouva le même livre refié avec ses
armes en or. Il s'est fait une loi de ne rien accepter de
e qui s'adresse à l'Empereur, il balança s'il accepterait
— iy9 —
le livre. Après un moment de réflexion, il dit: « Ce
livre est sûrement à moi. puisqu'il porte mes armes. »
*
Les détails relatifs au souvenir que Joseph II laissa à
l'abbé de l'Epée sont confirmés par un autre chroni-
queuV contemporain, M. Thiéry, dans le Guide des
amateurs et des étrangers voyageurs à Paris... Paris,
Hardouin etGattey. 1787. Voici sa relation :
« Dans la deuxième porte eochère à gauche de la rue
des Moulins est logé M. l'abbé de l'Epée,"que la religion
et la charité ont engagé à chercher les moyens de rendre
à la société des êtres malheureux, que des infirmités
naturelles semblaient en exclure...
Ce vertueux ecclésiastique donne des leçdns chez lui
les mardis et vendredis, depuis 7 heures jusqu'à midi.
L'empereur Joseph II, pendant le séjour qu'il fit à
Paris, ayant assisté à une des leçons de cet instituteur
précieux à l'humanité, lui a fait présent d'une superbe
boite d'or renfermant une médaille de même matière où
était son portrait, pour lui témoigner la satisfaction
qu'il avait de sa méthode. »
On a répété que Joseph II, surpris de ce que Tabbè de
l'Epée n'avait pas d'abbaye, lui en offrit une dans ses
Etats, C'est l'abbé Pauchet, dans l'oraison funèbre de
Michel de l'Epée, prononcée le 23 Février 1790, qui, le
premier, fit menti Jn de cette particularité.
Je crois qu'il n'y a là que la recherche d'un effet ora-
toire. La preuve en est pour moi dans la réponse
— 180 —
trop préparée que l'abbé Fauchet place dans la bouche
de l'abbé de l'Epée. Je doute surtout que Joseph II
n*eûtpas senti que son offre aurait eu quelque chose de
blessant pour son beau-frère Louis XVI.
Le livre du Chevalier du Coudray enregistre des « "Vers
à l'occasion de ce que Joseph II a bien voulu honorer de
sa présence les exercices de» sourds-muets chez l'abbé
de l'Epée et des bienfaits dont ce prince a comblé ces
jeunes élèves. »-
Ces vers, au nombre de quarante, se distinguent par
un accent hyperbolique qui les rend peut-être curieux,
mais non meilleurs. Je vous en fais grâce.
Théophile Demis.
EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
Récompenses décernées aux Institutions Je Sourdi-Mucti
Grands-prix
Institution Nationale des sourds-muets de Paris.
Institution Nationale des sourdes-muettes de Bordeaux.
Institution Nationale des sourds-muets et des sourdes-
irruettes de Chambéry.
Médaillés d'o*
Collège national pour le» sourds-muets à Washington
(États-Unis)
— 181 —
Collège des sourds-muets de Séville (Espagne). —
(Cette Institution a obtenu en outre une médaille de
bronze dans la classe 7 organisation et matériel
d'enseignement.)
École des sourds-muets et des aveugles de Tokio
(Japon).
Institut des sourds-mnets de Frienisbei'g, canton de
Berne (Suisse)*
École des sourds-muets de Rueil (Seine et Oise).
Société pour l'instruction et la protection des sourds-
muets, à Paris.
Médailles d'Argent
École des sourds-muets de Lj on (Villeurbanne).
École pour les sourds-muets et les aveugles à Colorado
(États-Unis).
Institut des sourds-muets de Moudon (Suisse)
Institut des' sourds-muets à Anvers (Belgique)
Médailles de Bronze
École des sourds-muets de Faribault (Minnesota)
États-Unis.
École des sourds muets de Salem (Orégon) États-Unis
Dans le groupe des Beaux-Arts, classe 3 (Sculpture)
M. M. Félix-Martin et Paul Choppin ont obtenu une
médaille de bronze.
- 182 —
REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS
1° Organ der Taubstummen-Anstalten. Les pre-
mières pages des numéros 9 de l'Orgau et 17 et 18 des
Blaetter fur T iubstum<neribil<lung_ donnent les thèmes
proposés aux .discussions pour le Congiés de Cologne,
la Revue Françii&z vient d'en publier une excellente^
traduction.
Le N° 9 de l'Organ publie le compte-rendu' de la 8 itm "
Conférence des instituteurs suisses de Sourds-Muets
qui a au lieu à ÏÏochdorf-Hphenrain, Cantoride Lucerne,
les 26, 27 et 28 Mai de cette année. Les thèses
discutées ofFrent un grand intérêt pour toutes les écoles
de Sourds-Muets : la première est de Kull (Zur.ich)'- Le
temps nécassaire pour l'instruction des Sourds-Muets.
M. Kull est de l'avis et je pense que tout le monde Jui
donnera raison, qu'il faut au moins huit années scolaires
pour une instruction suffisante. Il y a malhem^eusement
encore beaucoup d'établissements de Sourds-Muets, en
Suisse et en Allemagne qui n'ont que cinq ou six année 3
scolaires, c'est trop peu pour un enfant sourd-muet-
Si les gouvernements trouvent qu'il ^faut 8 année»
pour l'instruction de l'enfant entendant, on doit donc
s'étonner qu'ils.estiment 5 ou 6 années suffisantes pour
l'enfant sourd-muet. C'est un devoir sacré pour les
maîtres de protester énergiquement contre un point de
vue pareil.
La seconde, thèse:* L'éducation des enfants sourds-
muets faiblement doués », fut traitée par Erhard (Saint-
Gallen) La conférence a décidé que les enfants trop
faibles pour pouvoir avancer avec la majorité des élèves
doivent être enseignés séparément d'après la méthode
orale dans une école à part, et non pas dans une institu-
tion pour des idiots, et d'après un programme plus
restreint. Ceux qui ne sont susceptibles d'aucune instruc-
— 183 —
tion, sont à placer dans un asile et pas au sein d'un*»
famille.
Troisième thèse: « Quelle doit être l'organisation de
l'institut ion de sourds-muet s par égard à l'éducation et au
développement intellectuel et physique de l'enfant
sourd-muet » par Ueberfax à Friuisberg, Canton de
Berne.
Quatrième thèse : « Par quels moyens l'on éveille et
l'on fait progresser chez le sourd-muet l'envie de con-
verser ; parRoos à Hohenrain (Lucerne).
K. E. Seh. publie un excellent compte-rendu du livre
de J. Heidsiek-Breslau : « Le sourd-muet et son langage»,
•livre, qui, "à son apparition, a fait beaucoup de bruit,
-mais que la critique atout à fait condamné.
.Au n° 10 de l'Organ, G. Debvis Schleswig traite un sujet >
qui mérité toute notre attention : «L'organisation métho.
dique de l'enseignement de l'histoire naturelle dans
l'école de Sourds-Muets d'après le D r Kiessling et E.
Pfaly. »
« Le même numéro publie un article sous le titre:
L'école, de Sourds-Muets comparée à l'école primaire »
Comme il n'y a que la première partie, j'en parlerai dans
le prochain numéro de la Revue.
2° Blaetter fur Taubstummenbildung. Dans le numéro
17, M. Huschens publie la suite et dans le numéro 18 la
fin d'un article sous le titre: « Des penséessur l'enseigne-
ment de l'articulation », que j'ai déjà mentionné au
numéro 6 delà Reçue. L'article contient des idées fort
justes, basâa* sir l'expérience. Hoilmann (Ratibor)
continue à publier des articles fort remarquables sur
la phonétique. A Hoffmann revient le mérite d'avoir
éveillé l'intérêt pour une branche scientifique qui est
pour le* professeurs de Sourds-Muets de la phis haute
importance. Il traite dans cet article de la prononcia.
tion du„G".
F. Topler parle dans un article de la tâche qui incombe
au second congrès des instituteurs de Sourds-Muste
— 184 —
allemands qui a eu lieu à Cologne au mois de Septem-
bre.
Dans les numéros 19 et 20 se trouvent un travail du â
la plume du D r M. Bruner, directeur de l'institution de
Sourds-Muets israélites à Vienne, intitulé: « La doctrine
psychologique de la reproduction et de la perception
parégard à l'instruction des Sourds-Muets. C'est le
premier article que M. Bruner publie, et il faut bien
dire qu'il n'aurait pas pu mieux se faiie connaître que
par ce travail dans lequel il montre une grande érudition
et prouve en même temps qu'il est un observateur fort
intelligent. — B. publie un compte-rendu du congrès de
Cologne qui se distingue par l'exactitude et la brièveté
sans avoir omis le moindre fait d'une importance quel-
conque.
C. Renz
DOCUMENTS OFFICIELS
PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT
DE L'INSTITUTION NATIONALE DES SOURDS-MUETS DE PARIS
APPROUVÉS PAR LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR
le 13 juillet 1889
(Suite;)
GÉOGRAPHIE
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
1° L'enseignement, de la géographie sera donné à
partir de la cinquième année.
2° On n'oubliera pas qu'il doit concourir à l'étude de
la langue
() Voir Revue Française. No précédent-
— 185 —
3° L'intelligence des principaux termes géographiques
sera donnée au fur et à mesure des besoins.
4° Outre les cartes ordinaires, on emploiera les cartes
et les globes en relief.
5° L'élève sera exercé au dessin des cartes principales
correspondant au programme de chaque année.
6 e On étudiera plus particulièrement : en cinquième
année, l'institution, Paris r la France, la Terre ; en
sixième année la France; en septième année, la France
et l'Europe, et les autres parties du monde; en huitième
année, la France politique et administrative.
PROGRAMME DE CINQUIEME ANNEE
L'Institution. — Topographie de la classe, du corps de
bâtiment dont elle fait partie, des cours et jardins de
l'Institution. — Situation respective des principaux
corps de bâtiment. — Vue d'ensemble de l'institution.
Orientation.
Paris. — Rues qui avoisinent l'institution. —Indica-
tion et tracé du chemin suivi pour se rendre à un endroit
déterminé et fréquenté par l'élève en promenade. —
Principales voies de Paris. — Parcours de la Seine à
travers Paris. — Ponts prinicpaux. — Situation des
grandes gares de chemin de fer.
La France. — Localités avoisinant Paris et connues
des élèves. Idée du temps nécessaire pour s'y rendre à
pied et par d'autres moyens, r— Configuration générale
de la France. — Noms des pays et des mers limitrophes.
Notions sommaires sur la géographie physique de la
France'.
La terre. — Aspect général du globe. — Sa division
en deux éléments : la terre et l'eau, -r- Montrer et
nommer les cinq parties du monde. — Principales races
qui peuplent la terre. — Moyens de communication entre
les divers points du globe. — Évaluer approximativement
le temps nécessaire pour effectuer certains trajets
— 186 -
donnés en prenant la France pour point de départ. —
Donner à l'élève une idée de l'étendue de la France par
rapport à celle des autres pays.
Programme de sixième année
Revue générale du programme de cinquième année
La France. — Situation et bornes. — Mers. — Golfes.
— Principaux caps. îles, presqu'îles. . — Chaînes de
montagnes. — Fleuves et rivières : leur source, leur
parcours, villes principales qu'ils traversent, embou-
chure, confluents. — Principaux affluents. — Princi-
paux canaux. — Ports importants. — Départements,
chefs-lieux et villes principales. — Étiide plus particu-
lière du département de chaque élève de la classe. Cette
étude comportera l'explication du nom 'du département,
des indications sur ses produits naturels ou industriels,
sur ses curiosités, sur ses personnages célèbres; les
lignes de chemin de fer qui le traversent/ de petits
voyages sur ces lignes en partant du lieu de naissance
de l'élève ou du chef-lieu. — Emploi de l'indicateur. —
Algérie et Tunisie .
PROGRAMME DE SEPTIÈME ANNÉE
Revue général de la France.
L'Europe. —Bornes.— Division politique. —Capitales
autres villes importantes. — Principales chaînes de
montagnes. — Fleuves,— Iles. — Presqu'îles.
L'Asie. — L'Afrique. — L 'Amérique. — L'Océanîe —
Situation.. — Grandes chaînes de montagnes. — Fleuves
les plus considérables. — États importants. — Mœurs.
Colonies. - Colonies françaises, et grandes colonies
étrangères; étudier les unes et les autres avec la partie
du monde où elles sont situées.
— 187 —
PROGRAMME DE HUITIÈME ANNEE
Revue générale des programmes précédents.
Notions trè? sommaires de cosmographie : mouve-
ments de laterre et de la lune, pôles, équateur, méridien
tropiques, saisons,
La France — France politique et administrative.
1° La Commune, conseil municipal, maire.
2° Le Canton, collège électoral des conseillers géné-
raux et des conseillers d'arrondissement, le chef-lieu
de canton.
2° L'Arrondissement, collège électoral des députés ;
chef-lieu d'arrondissement, siège du conseil d'arrondis-
sement.
4° Le Département, collège électoral des sénateurs '»
chef-lieu du département, siège du conseil général.
5° L'État. — Pouvoir législatif : Chambre des dépu-
tés. Sénat. — Pouvoir exécutif: Président de la Répu-
blique, ministres. — Paris siège du gouvernement :
fonctionaires et agents de chaque ministère, leur rési-
dence, en partant des services s'étendant à une région,
tels que: corpsd'armée, ressorts, académies, préfectures,
diocèses, etc., et en retournant jusqu'à la commune.
HISTOIRE DE FRANCE
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
1° L'enseignement de l'histoire de France sera donné
pendantles deux dernières années du cours d'instruction.
2° Il débutera par un aperçu des faits contemporains.
3° Il aura lieu ensuite d'après l'ordre chronologique.
4° Les leçons seront faites sous la forme expositive,
puis décomposées par le dialogue.
5° L'enseignement de l'histoire devra concourir à
l'étude de la langue et servir à fortifier le sens moral
chez les élèves.
— 188 —
6° Le maître fera chercher ou montrera sur la carte
les lieux importants mentionnés dans la leçon.
7° On emploiera des collections d'images représentant
les costumes, les armes, les productions qui caractéri-
sent chaque époque. Ce moyen d'enseignement sera
complété par des visites dans les Musées.
PROGRAMME DE SEPTIEME ANNEE
1° La Gaule indépendante. — Les Gaulois, mœurs
religion, occupations.
2° La Gaule sous les Romains. — Jules César, Ver-
cingétorix, civilisation romaine.
3° Les Mérovingiens. — Glovis.
4° Les Carlovingiens. — Charlemagne, conquête,
législation, instruction.
•5° Les Capétiens. — Hugues Capet, conquête de l'An-
gleterre par les Normands.
6° Les Croisades. — Pierre l'Ermite. Godefroy de
Bouillon, Philippe-Auguste, saint Louis.
7° La guerre de Cent ans. — Duguesclin. — Jeanne-
d'Arc. — Armes à feu.
8° Louis XI. — Les postes, l'imprimerie, les manufac-
tures, les écoles de droit et de médecine. — Découverte
de l'Amérique.
9° La Renaissance. . — François 1". — Les arts, l'in-
dustrie, le commerce, la marine.
10° Les guerres de religion. — Catherine, de Médicis
— La Saint-Barthélémy. — Importation du tabac
ll^Zes Bourbons. — Henri IV. — Sully; travaux
publics, agriculture, manufactures, colonies. — Louis
XIII. — Richelieu; l'Académie française, le Jardin des
plantes, les Enfants trouvés. — Louis XIV. — Agricul-
ture, commerce, industrie, marine. — Importation du
café. — Louis XV. — Importation de la pomme de terre.
— Invention des ballons.
— 189
PROGRAMME DE HUITIÈME ANNÉE
1° La Révolution, — Louis XVI. — L'Assemblée na-
tionale constituante. — Prise de la Bastille. — l'Assem-
blée législative. — La Convention. — Abolition de la
royauté. — Proclamation de la République. — Mort de
Louis XVI. — Le Directoire. — Bonaparte, — Premiers
bateaun à vapeur.
2° L'Empire. — Napoléon 1 er .
3° La Restauration. — Louis XVIII. — Les Cent
jours. — Waterloo. — Charles X. — Prise d'Alger. —
Révolutionne 1830.
4° La Monarchie constitutionnelle. — Louis-Phillippe
1 er . — Conquête de l'Algérie. — Les .chemins de fer, la
photographie, le télégraphe électrique. — La Révolution
de 1848.
5° La seconde République. — Suffrage universel. —
Le prince Louis Bonaparte, président de la République
6* Le second Empire. — "Napoléon III. — Guerres de
Grimée, d'Italie, du Mexique et de Chine. — Travaux
publics, inventions, expositions. — Isthme de Suez. —
Tunnel* du mont Çenis. — Guerre franco- allemande. —
Sedan.
7° La troisième République. — Le Gouvernement de
a Défense nationale. — Strasbourg et Metz. — Siège de
Paris. — L'Assemblée nationale. — Thiers, lemaréchat
de Mac Mahou, Grévy, Carnot, président, delà Républi-
bue. — Nouvelles colonies françaises. — Expositions.—
La phonographe, le téléphone.
— 190 —
DROIT USUEL
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES,
1° L35 matières du programme de droit usuel seron
enseignées dans la dernière année du cours d'instrnctiou
réglementaire.
2° L'exposé de ces matières devra concourir à l'étude
de la langue.
3° Il sera loisible d'intervertir l'ordre du programme
selon les circonstances.
4° Les leçons contiendront surtout les indications
nécessaires sur les formalités à remplir, les démarches
à faire, les pièces à produire, les agents, les fonction-
naires auxquels on devra s'adresser dans diverses cir-
constances de la vie.
PROGRAMME
1° Droits civils et devoirs civiques. — Indications som-
maires .
2° Les actes de Vétat civil, — Naissance-, mariage;
décès. Extraits d'actes. Légalisation. Formalités à rem-
plir Usages religieux.
3° La ftimille. — Devoirs réciproques des parents et
des enfants.
4" La succession. — Les héritiers.
5° Donations. - Testaments : leur forme.
6° Actes sous seing privé. — Promesses, engage-
ments, conventions, ventes, etc.
7° Contrat de mariage. — Notantes, témoins, inter-
prètes.
8° La vente. — Qui peut acheter ou vendre. Les
intermédiaires légaux: notaire, avoué, commissaire-
priseur, etc.
9° Locations. — Bail. Fermier, métayer. Location
d'une maison, d'un appartement, d'une chambre, etc.
Payement des termes. Congés. Logements meublés,
hôtels garnis.
— 191 —
10* Domestiques. — Engagement, gages, l'envoi
départ volontaire.
11° Ouoriers. — Embauchage. Travail à la journée,
âlapièïe, à façon, à forfait. Contestations.. Juges de
paix. Prud'hommes. Experts.
12° Procurations. — Pour recevoir, acheter, vendre,
etc.
13° Assurances. — Contre l'incendié, contre les ac-
cidents. Assurances sur la vie.
1 1° L'épargne. — Caisse d'épargne. Rentes sur l'État.
Actions. Obligations. Rentes viagères. Caisse de retraite
pour la vieillesse. Placements sur hypothèques. Sociétés
de secours mutuels.
15° Crimes, délits et contraventions. — Tribunaux
compétents pour juger les crimes, délits et contraven-
tions. Juge d'instruction, interprète, avocat, témoins.
— Assistance judiciaire. — Acquittement. Condamna-
tion. Casier judiciaire.
Approuvé :
Paris, le 13 juillet 1889
Le Ministre de l'Intérieur,
CONSTANS.
CONGRÈS INTERNATIONAL DES SOURDS-MUETS
En attendant que nous puissions donner un compte
rendu des discussions et des résolutions prises chns
cette assemblée noi^ sommes heureux de pouvoir offrir
à nos lecteurs les discours d'ouverture de la session.
— 192 --—
M. Chambellan, président de l'association amicale des
sourds-muets souhaita en ces termes la bienvenue à
M. Hugot, président d'honneur du Congrès :
Monsieur le Sénateur,
Malgré vos occupations graves et nombreuses, vous
avez bien voulu accepter la présidence d'honneur du
Congrès international organisé par l'Association Amicale
des Sourds-Muets de France.
Vous prouvez ainsi vos sympathies pour les sourds-
muets et votre admiration pour l'œuvre éminemment
philantropique' de l'immortel abbé de l'Épée. Ils vous
prient d'agréer l'expression de leur reconnaissance la
plus vive.
J'ai l'honneur, Monsieur le Sénateur, de vous présen-
ter M. Dusuzeau le Président élu du Congrès- élection
bien méritée par l'activité intelligente-qu'iï a déployée
en eette circonstance.
Voici le texte du discours remarquable de M. Hugot :
Mesdames, Messieurs,
Le 21 Juillet 1791, l'Assemblée nationale rendait un
excellent hommage à l'abbé de l'Épée, et inscrivait son
nom sur le-livre d'or déjà France.
Elle décrétait, sur un rapport de Prieur de la Marne,
que son nom serait placé au rang de ceux des citoyens
qui ont bien mérité de la Patrie et de l'humanité, et que
son institution serait entretenue aux frais de l'État
comme un monument digne de la nation française.
Le Rapport de Prieur quitraçait, en caractères in-
effaçables, vos lettres de grande naturalisation intel-
— 193 —
lectuelle se terminait ainsi : « A votre voix, Messieurs.
«quatre mille infortunés pourront recouvrer leurs facul-
« tés et, avec elles, l'usage de leurs droits. Ils redevïen-
« dront des hommes et des citoyens. »
En proclamant cette réhabilitation des sourds-muets
la grande Assemblée ne faisait que traduire dans un texto
législatif la noble pensée qui, durant son long apostolat,
avait passionné celui vers lequel convergent aujourd'hui
vos cœurs reconnaissants. L'abbé de l'Épée, sans parler
du caractère sacerdotal de son œuvre, avait parfaitement
compris le parti que la France pouvait tirer de tous ces
esprits paralysés par un vice de nature originel, et
s'adressant aux sourds-muets, son regard animé par la
foi dans l'avenir leur avait dit : Et vous aussi, vous serez
des hommes !
Vous serez des hommes, c'est-à-dire, vous cesserez
d'être- des organismes incomplets, pour ainsi dire,
étrangers à la Société humaine", pour devenir des intel-
ligences appelées, comme les autres à la perfectibilité.
La prédiction de celui que vous avez nommé, dans un
langage touchant, votre père spirituel, s'est réalisée au
delà de toute espérance.
Grâce à sa méthode perfectionnée par de fervents
continuateurs de son œuvre, vous avez moissonné à
pleines mains dans le champ de la science ouvert à votre
persévérant labeur, et c'est ainsi que vous avez aujour-
d'hui la satisfacttion de compter dans vos rangs, à tous
les degrés de l'échelle sociale, dans le monde littéraire,
scientifique, industriel, dans le monde du travail aussi'
des hommes qui ont été et qui sont l'ornement de la
Patrie.
Compatriotes et étrangers, je vous adresse à tous mon
salut affectueux. Oui, à l'ouverture de ce Congrès inter-
national où votre compétence va se manifester dans les
diverses questions à l'ordre du jour, je vous salue tous'
Messieurs, comme des frères régénérés, comme nos
égaux dans la famille humaine.
— 194
BIBLIOGRAPHIE INTFRNATIONALE
ALLEMAGNE
Hi 11 — Collection de gravures pour l'enseignement des sourds-
muets. 4me édition, publiée par F. Koebrich. directeur à Weis-
semfels. Leipzig , chez K, Merseburger.
Hilt est, sans coniredit, un des maîtres de Sourds-
Muets les plus distingués de notre siècle. C'est grâce
à lui qus la méthode d'articulation est arrivée à un si
haut degré de perfection. Il n'était pas seulement un
homme éminemment pratique, mais aussi un écrivain
très fertile. Ses écrits sont très-appréciés et beaucoup
d'institutions se. servent encore aujourd'hui de ses livres
d'école, qui presque tous ont vu depuis sa mort de
nouvelles éditions. Il en est de même de sa collection de
gravures dont la 4""°' édition vient de paraître.
Elle a subides transformations fort utiles des gravures
siirannées ont été remplacées par d'autres plus modernes
et mieux faites, et certaines d'une valeur douteuse ont
été exclues. La collection de gravures à l'usage des
"écoles de Sourds-Muets par llill est l'une des meilleures
qui existent -et je crois pouvoir la recommander bien
vivement à tous les établissements
C. Renz
FRANCE
Sourds-muet^ de Currière. Distribution des prix, 31 juillet
1889. Discours sur l'éducation parle T. R. D. Hilaire de Paris.
In-8, 27 p Currière, imp. de l'école des Sourds-muets, 1889
Fondée et entretenue par les R. P. Chartreux, c'éiait
aussi sous la présidence du R. P. procureur de la gran-
de Chartreuse que se tenait la fête annuelle de la distri-
bution des prix, le Sl.juillet dernier.
— 195 —
Les exercices de paroles ont particulièrement inté-
ressé l'assistance, le compte rendu nous en donne la
nomenclature : les élèves de le Année récitèrent la Sa-
lutation angélique, ceux de 3 e année donnèrent des ex-
ercices classiques et la scène du Paysan normand»
enfin ceux de cin |uiême année une comédie très amu-
•sante : Le Conseil de révision.
Attirons aussi l'attention de nos confrères snr l'excel"
lent discours du P. Hilaire qui nous donnait il y a quel-
ques années un discours sur la Parole et a traité aujour-
d'hui de l'éducation au point de vue général.
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Une fête de sourds-muets . — Très curieuse fête
avant-hier chez Dehouve, avenue de la Grande-Armée.
La société d'appui fraternel de France, exclusivement
composée de sourds-muets, offrait un banquet à son
président- fondateur, M. Gochefer, nouvellement promu
officier d'académîe.
M. Gochefer est, parait-il, le dixième sourd -muet,
décoré en France.
La société fêtait aussi l'accroissement de son capital
qui, de 10 francs à la fondation (1881) s'est élevé â 10,000
francs.
Au dessert, des discours ont été mimés par MM.
Gaillard, Coche fer, puis des toasts ont été portés au
Président de la République, à M. Ducoudray, député de
la Nièvre et président d'honneur de la Société, et à M.
Albert Pétrot, conseiller municipal.
— 196 —
Au Champagne, les dames sourdes-muettes/très jolies,
ma foi, ont présenté à M. Cochefer un magniffque bou-
quet surmonté des palmes académiques.
(Le Radical)
Le Centième anniversaire de la mort
de l'Abbé de l'Épée
Nous apprenons que le lundi 23 décembre prochain,
jour du centième annivei'saire de la mort de l'abbé de
l'Épée, l'Institution Nationale des Sourds-Muets se
rendra en corps à l'église Saint-Roch pour déposer une
couronne sur la tombe du fondateur de l'Institution.
D'autres couronnes seront également portées par les
élèves de l'Institution de Paris au nom de différentes
école? et notamment de l'Institution des Sourds-Muets
de Rio de Janeiro, conformément au désir de l'Empereur
du Brésil .
Nous prions nos lecteurs de prendre note de la
nouvelle adresse du Directeur de 1 1 Revue Française
et d'envoyer désormais toutes les communications, à
M, Ad. Bélanger, 13, rue Méchain. Paris.
* "■' .'i - ■ . ■ — -
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacquts aij, Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5"" année. N» 9 Décembre 1889.
CAUSERIE
Les Sourds-Muets en France au XVI" Siècle
Lorsqu'on cherche à déterminer l'époque des
premières éducations de sourds-muets en France, on
commence par citer un arrêt du parlement de Toulouse
du 6 août 1679, qui a validé le testament olographe
d'un sieur Guibal, sourd-muet de naissance. Ce sourd-
muet savait lire et écrire. On en a conclu qu'un maitre
spécial avait dû lui donner des leçons.
L'opinion est soutenable, je l'ai déjà dit, et je continue
à regretter que le nom du maitre ne soit pas parvenu
jusqu'à nous.
A supposer que ce nom vînt à être découvert et que
l'on fût convaincu qu'il existait au moins un instituteur
de sourds-muets en France, au milieu du 17" siècle,
serait-il Raisonnable d'en déduire qu'il a pu y avoir
chez nous d'autres maîtres avant lui ?
Ma foi/j'étais disposé, hier encore, à admettre cette
hypothèse'; je ne m'y hasarderais plus aujourd'hui.
Ce qui me la fait écarter, c'est une indication que
m'apporte un petit opuscule qui vient de me tomber sous
la main, et qui m'édifie complètement sur l'idée qu'avaient
nos ancêtres des facultés intellectuelles du sourd-muet.
Idée aussi déplorable, aussi barbare qu'elle était fausse.
— 108 —
On est effrayé à la pensée que, dans l'espace de vingt
siècles, l'humanité n'était pas arrivée à effacer les
cruelles erreurs d'Aristote.
Voici le titré de mon livre :
« Question vulgaire. Quel langage parleroit un
enfant qui n'auroit jamais ouy parler. »
Voici le nom et les qualités de l'auteur:
« Laurent Joubert, conseiller et médecin ordinaire
du Roy et du Roy de Navarre, premier Docteur régent,
Chancelier et Juge de C Université en médecine de
Montpelier. »
Ce discours, qui se trouve ordinairement à la fin d'un
volume intitulé : Erreurs populaires au faict de la
médecine et régime de la Santé, a paru pour la première
fois à Bordeaux, en 1578.
*
*
Nous ne suivrons par l'auteur dans les considérations
théologiques ou simplement philologiques qui visent
l'objet principal de sa dissertation : l'origine du langage.
Nous ne nous arrêterons qu'aux passages incidemment
relatifs aux sourds-muets.
Apre i avoir réfuté Saint-Augustin, Joubert s'exprime
ainsi:
«... La parole procède totalement d'une science
ou discipline, laquelle on comprend parle moyen de
l'ouye. Tellement qu'il est impossible qu'an sourd
de naissance, pzrséoérant en sa surdité, sache
jamais parler, combien que sa langne et les autres parties
à ce ordonnées soyent très bien composées. La parole est
discipline, non moins que la musique : l'une et l'autre
apprises par l'ouye. »
11 n'est question jusqu'ici que de l'impossibilité de
rendre la parole aux sourds-muets. Aussi n'y a-t-il pas
— 199 —
lieu de s'appesantir sur une erreur d'autant plus excusa-
ble, en ce temps là, que la majorité des Français la
partagent encore en cette fin du 19* siècle. Cependant nous
ne saurions négliger de faire remarquer que l'assertion
de Joubert se produisait, en France, au moment même
ou Pierre de Ponce enseignait l'articulation à des
sourds-muets, en Espagne, et quelques années après les
lumineuses réflexions de l'italien Jérôme Cardan.
Poursuivons notre lecture. L'auteur démontre assez
facilement, vous le pensez bien, que le sourd de naissance
est nécessairement muet ; puis, renversant la question,
il se demande naïvement « Si pareillement le muet de
nature (â raisonde quelque défaut en sa langue ou ez
autres parties requises au parler) est conséquemment
sourd. »
Il se donne alors le plaisir de démolir la réponse
affirmative de Lactanee Firmian, qui n'est à ses yeux
qu'un « grossier anatomiste » Il ne ménage pas davan-
tage Alexandre Aphrodisien qui a cependant répondu
négativement, mais, paraît-il, en employant de pitoyables
arguments.
En résumé, Joûbert conclut gravement que « Celuy
qui est muet de naissance par l'imperfection de salangu
ne sera pas sourd pour cela : non plus que si à un beau
parleur on arrachoit la langue; ainsi voit-on journée
leinent ceux auxquels on l'a coupée n'ouyr pas moins
pour cela, »,
A distance, ces raisonnements nous paraissent pnérils
et certes nous ne les aurions pas relevés, s'ils n'avaient le
mérite de nous renseigner exactement sur l'état, à cette
— 200 -
époque lointaine, de la question de la -surdi-mutité en
France.
Mais voici qui est plus grave. Joubert poursuit sa
conclusion.
« On poarrait icy répliquer que c'est autre chose être
mutilé de sa langue après la nativité et d'y avoir quelque
imperfection de nature, comme aussi nous voyons que
ceux qui sont devenus sourds par accident de maladie
ne perdent lé parler, combien que les sourds de naissance
soyent muets nécessairement. Mais il suffit pour asseurer
nostre première proposition, de la mutité suivant la
surdité naturelle, que les sourds par accident sont de là
en avant ineptes à autres langages nouveaux, si ce n'est
par le moyen "de l'écriture, à i.r quelle encore a esté
autrefois nécessaire Vouyr. Car comme ainsi soit que la
lettre escrite. est le vicaire de la parole, il est impossible
qu'on scache escrire ou entendre t'escritwe, sans
avoir jamais ouy. »
Ainsi, le texte du jugement est bien précis: le sourd-
muet de naissance est fatalement condamné à une
ignorance absolue: il ne saura jamais ni écrire, ni
lire. Quant au sourd par accident, il saura faire usage
de l'écriture, mais à la condition qu'il ait pu acquérir
ce moyen de communication dans le temps où il jouissait
delafaculté d'entendre. C'estpour lui, sous une apparence
de concession, la même sentence que pour le sourd de
naissance.
Voilà toute l'estime qu'on avait pour les sourds-muets
en l'année 1578, dans ce pays où, deux siècles plus tard,
vivait le plus glorieux de leurs instituteurs.
— ^01 —
Les appréciations qu'on vient de lire ne sont pas du
premier venu. Joubert était un médecin célèbre. Son
livre notait pas une œuvre à tomber; immédiatement
dans l'oubli : on l'imprimait à Paris en même temps
qu'à Bordeaux ; on le réimprimait à Paris en 1587, à
Rouen en 1601, à Lyon en 1608 et en 1626, etc. ... et, je
le constate avec une certaine mélancolie, on le rééditait
encore en 1686. Ce livre vivait donc depuis plus de, cent
ans, sans qu'une réfutation, basée sur des faits, ou
simplement philosophique, fût venue détruire son
odieuse doctrine ! . . . .
Mais on était au seuildu 18 e siècle. Déjà le sonrd-
muet Etienne de Fay, bien que modestement confiné
dans sa petite classe d'Amiens, protestait, par l'étendue
de ses connaissances, contre de barbares préjugés.
Rodrigue Péreire devait faire revivre, dans un cercle
malheureusement encore trop restreint, les merveilleux
procédés de l'école espagnole. Enfin allait apparaître
la grande et noble figure de Michel de l'Épée, le véritable
rédempteur, celui-là, dessourds-muetsdumondeentier...
Et voilà comment mon petit livre du médecin
ordinaire du Roy, après avoir joui d'une existence de
centenaire, n'est plus aujourd'hui qu'une curiosité
bibliographique.
Théophile Denis
— 202 --•
RAPPORT DE LÀ COMMISSION ROYALE ANGLAISE
Depuis longtemps, nous avons annoncé à nos lecteurs
que le Gouvernement anglais avait nommé une
commission chargée d'étudier la question des sourds-
muets et des aveugles. (Voir Revue Française, 2 e année
N» 3, Juin 1886 p. 70).
Cette commission qui avait pour président Lord
Egerton of Tatton et pour secrétaire M. Charles. Er I).
Black; après avoir visité les principaux établissements
spéciaux de France et d'Europe et réuni des éléments
d'information de toutes les parties du monde, vient de
publier son rapport dont nous donnons ci-dessous les
conclusions.
Conclusions du Rapport de la Commission royale
Les recommandations adoptées à l'unanimité sont les
suivantes :
Nous recommandons :
. 1° Que les lois d'instruction soient applicables aux
sourds-muets et que des mesures soient prises pour
obliger ces enfants à suivre les cours d'une école ou à
entrer dans une institution jusqu'à l'âge de 16 ans.
2° Que si le nombre des sourds-muets dépendant d'une
même autorité scolaire est insuffisant pour former une
classe, ou si l'enfant est incapable de suivre l'école
élémentaire, l'autorité scolaire ait le pouvoir et l'obli-
gation d'envoyer l'enfant dans une institution ou de
mettre ces enfants en pension sous sa surveillance, en
contribuant à leur instruction et à leur entretien par des
subventions annuelles égales au prix actuellement
t- 203 —
alloué pour les pensionnaires. Que s'il n'y a pas d'école
pouvant et voulant recevoir ces enfants, l'autorité sco-
laire puisse soit seule, soit d'accord' avec d'autres autori-
tés scolaires établir un cours ou une institution afin de
donner l'éducation à ces enfants sous sa propre surveil*
lance.
3° Indépendamment de la position des parents, une
subvention ne pouvant ni être moindre- que la moitié du
prix, de l'éducation de ces e,nfants, ni dépasser un maxi-
mum de 10 livrés sterling sera donnée pour tous comme
cela a lieu dans les écoles élémentaires ordinaires. Le
prix* de pension exigé des parents nécessiteux, n'ex-
cédera pas le prix exigé pour les enfants ordinaires •
Dans tous les cas, les parents contribueront suivant leurs
moyens.
. 4° L'âge d'entrée à l'école, sera autant que possible,
7 ans. Réglementairement, l'admission aura lieu une fois
L'an. La durée des études sera obligatoirement de 8
ans au moins, aucune limite n'étant fixée pour la distance
de l'école : l'autorité locale aura pouvoir de payer aux
entants le voyage en voiture ou en chemin de fer
lorsqu'il sera nécessaire.
5° Au moment de l'admissions la cause de la surdité
sera consignée sur le registre de l'école d'après un cer-
tificat du médecin.
6° Dans tontes les écoles et institutions la santé géné-
rale, l'audition et la vue des enfants sourdssera inspectée
périodiquement par un médecin spécial et ceux qui
possèdent un peu d'ouïe seront examinés avec soin et
fréquemment afin qu'on puisse les signaler et améliorer
chez eux l'audition, la prononciation, l'intonation, par
des moyens mécaniques, tels que cornets acousti-
ques, etc..
7° L'enseignement technique d'un métier sera consi-
déré comme faisant partie du cours d'études pour les
sourds-mue ts passé l'âge de 12 ou 13 ans, et cet appren-
tissage durera jusqu'à l'âge de 16 ans. Passé cet âge, les
institutions pourront ou terminer l'apprentissage de leurs
— 204 —
élèves ou les envoyer dans les cours techniques ou indus
triels établis pour les enfants- ordinaires.
8° Il sera publié un code spécial pour les sourds-
muets. Le dessin, la sculpture sur bois, ou le modelage
feront partie du cours régulier des études pour les deux
sexes.
9° II est à souhaiter (full opportunity) que tout en-
fant sourd soit instruit par la méthode orale pure.
Dans toutes les écoles subventionnées par l'État, quelle
que soit la méthode (orale, signes et dactylologie ou
méthode mixte) tous les enfants seront, pendant la pre-
mière année au moins, instruits par la méthode oi'ale :
et après la première année on continuera à leur ensei-
gner la parole et la lecture sur Jes lèvres, à moins qu'ils
ne soient physiquement ou mentalement disqualifiés,
auquel cas, ils pourront avec le consentement de leurs
familles, ou être retirés du quartier oral de l'institution,
ou instruits à la fois au moyen des signes et de la dacty-
lologie dans des écoles reconnues par le Ministère de
l'Instruction. Les parents auront autant que possible la
liberté à choisir l'école dans laquelle l'enfant sera
envojé.
10° Les enfants ayant un peu d'ouïe ou un reste de
parole seront dans tous les cas instruits par la méthode
orale pure. Les élèves seront dans tous les cas divisés
suivant leur capacité.
11° On comprendra que nos conclusions ne sont pas
applicables à tous les enfants actuellement en cours
d'instruction et que nos recommandations, par suite de
leur nature même ne pourront être mises en pratique
qu'autant que les circonstances le permettront.
12° Le nombre des maîtres sera dans la proportion de
1 ppur huit ou dix élèves dans les écoles où la méthode
orale est en vigueur' et de 1 pour quatorze ou quinze
élèves dans les écoles où l'enseignement est donné au
moyen des signes et de la dactylologie.
13° Le directeur ou le chef de l'enseignement devra
habiter dans l'institution.
— 205 —
14° Les inspecteurs sont choisis parle Ministère de
l'instruction, autant que possible parmi ceux qui ont déjà
l'habitude du travail de l'inspection dans les écoles élé-
mentaires et qui, en outre-;- sont plus particulièrement
désignés par leur connaissance des méthodes d'instruc-
tion pratiquées chez nous et à l'étranger. Ils certifient
également que les .maîtres sont à la hauteur de leur
mission.
15° Ils voient si les écoles sdnt convenablement, meu-
blées, si elles possèdent le mobilier scolaire nécessaire
et les arrangements intérieurs requis pour
que l'enseignement soit convenablement donné aux
élèves ,par la méthode orale .pure, dans les éc.oles. où
cette méthode est adoptée.
16° Ils font des rapports sur la connaissance de la
languez-écrite, sur la parole -et sur. lesrésultats généraux
de l'enseignement, , quel que soit le système d'instruc-
tion.
, 17° L'examen individuel fait par l'inspecteur a pour
but unique de constater les progrès de jtousles écoliers
et non de proposer des bourses individuelles. Les bourses
sont proportionnées au plus haut prix de l'éducation du
sourd pour chaque, méjtho.de.
18° Les différentes méthodes et. les divers systèmes
d'enseignement seront délivrés du contrôle de l'inspec,-
tion tant que les résultats pour le langage écrit ou parlé
seront satisfaisants.
19° Nous pensqus que les écoles normajesqui forment ac.
tuel!ementdosinstitut.eursdesourds-muetsne.remplissent
pasencore toutes les conditions que doit exiger le Ministère
de l'Instruction publique, et on ne peut espérer qu'elles
y arriveront sans I9.sec0ur4.de l'État, sans les examens
et les inspections/ et tous les avantages, dont jouissent
les école* normales ordinales et sans qu'on ajoute deux
années d'enseignement obligatoire . pour les élèves-
maîtres qui"suivent ces cours.
20' Sile Ministère de l'Instruction apprquv.e quelques
unes de ces écoles ou d'autres institutions convenable-
— 206 —
ment organisées qu'elles soient reconnues comme écoles
normales pour les instituteurs de sourds-muets, quelles
reçoivent une subvention au moins égale à celle que
reçoivent les écoles normales ordinaires ; que les exa-
mens des élèves de ces écoles normales soient passés
devant les inspecteurs spécialement choisis par le Mi-
nistère de l'Instruction pour l'inspection des écoles de
sourds, aidés d'un examinteur qualifié pour interroger
fes^ élèves sur la physiologie et les divers organes de la
parole.
21° Sauf dans les écoles où les signes et la dactylologie
sont exclusivement employés, tous les maîtres doivent
être doués de tous les sens et avoir acquis déjà une cer-
taine expérience dans l'enseignement des enfants entert*
dànts.
22 a Que les professeurs de sourds-muets reçoivent
comme en Allemagne des traitements capables d'attirer
dans cette profession des hommes ayant déjà acquis de
lavâleiir, que Ces traitements soientsupérieursâceuxque
peuvent atteindre les instituteurs des enfants ordinaires.
23° Après qu'il se sera écoulé un laps de temps suffisant
pour donner un plein effet aux recommandations pré-
cédentes, le Ministère de l'Instruction renforcera les
règlements visant les maîtres de sourds-muets munis de
certificats, comme cela a lieu pour les maîtres des écoles
élémentaires ordinaires, et les certificats délivrés par
Mes sociétés particulières ne seront plus reconnus.
24° Une feuille uniforme servira à la recherche des
sourds pour le recensement de la population du Royau-
me-Uni. Les recherches seront faites sur une plus large
base qu'autrefois, en s'en rapportant aux points choisis
et précisés, que nous avons déjà indiqués dans notre
rapport, Ces renseignements seront soigneusement
contrôlés par l'autorité sanitaire locale et un tableau
uniforme sera dressé pour toutes les parties du
Royaume-Uni.
Un tableau statistique sera dressé dans chaque école
de Sôùrds-Muets ; ces tableaux seront soumis à Tins-
— 207 —
pecleur, et copie en sera annuellement adressée an
Ministère de l'Instruction.
23° Les termes sourds-mitsts et sourds et muets,
seront strictement réservés à ceux qui sont totalement
sourds et complètement muets.
20° Les sourds etmuets seront autant que possible mis
dans des classes à part. Nous pensons que i'e mélange
des deux sexes dans une école, eu dans tous les cas
imprudent. Nous pensons également que les mariages
entre sourds de naissance doivent être rigoureusement
déconseillés aussi bien que les mariages consanguins,
surtout lorqu'il y a dans la famille une tendance héré-
ditaire au surdi-mutisme.
27°. Les enfants qui sont sourds, muets et aveugles,
doivent plutôt être instruits dans une institution 'd'aveu-
gles que dans une école de sourds-muets.
Le Rapport de la Commission Royale sera étudié par
le Gouvernement, et porté devant le Parlement dans le
cours de la prochaine session
Bien que les conclusions du rapport aient été signées
par tous les membres de la Commission quelques-uns
d'entre eux ont fait des réserves, qui figureront dans ce
rapport,
Les réserves que M, Ackera a cru devoir faire à pro-
pos de l'article 9 méritent d'être citées.
« Il est impossible, dit M. Ackers, que les enfants
sourds bénéficient pleinement des avantages de la mé-
thode orale pure s'ils sont en même temps iustruits par
un autre système ou si on emploie avec eux l'alphabet
manuel ou les signes ......
« La recommandation inscrite au premier paragraphe
ne pourra pas être suivie, s'il y a comme on le dit dans
— 208 —
le second paragraphe, des élèves instruits entièrement
par une autre méthode que l'orale pure.
* De plus, il n'y a pas d'enfants sourds physiquement
ou mentalement disqualifiés » et il n'est nullement
nécessaire d'avoir des écoles où l'on suivra une autre
méthode 'que l'orale pure, car il a été surabondamment
prouvé en Italie (où 'après avoir d'abord fait usage -des
signas et de l'alphabet manuel, puis dé laméthode mixte,
toute? les institutions se sont ralliées à laméthode orale
pir3;qu3 l'orale pure peut donner une instruction meïl-
l'énre et plus profitable que tout'autre système d'ensei-
gnement (voir la correspondance de l'abbé Tarra.)
« Ls nombre des enfants sourds incapables d'ètrë
instruits par la méthode oràlepureestlimrté à ceuxqui sont
pratiquement aveugles. Ceux-là (voir la dernière re-
commandation du" Rapport/ ne pourront être instruits
dans les écoles de sourds.
Les enfants sourds présentant une perforation de la
voûte palatine ou quelque autre lésion sérieuse des organes
vocaux sont très-rares ;et malgré ces défauts ils peuvent
être instruits par la méthode orale pure.
« Pour les motifs que nous venons d'énoncer, il ne
nouscst pas possible de nous associer à la seconde partie
du paragraphe que nous considérons comme contraire à
l'expérience et à une saine prudence. Nous demandons
qtve TÉlat exige que dans tontes les écoles sub-
ventionnées par le gouvernement les enfants sourds
soient instruits par le système qui donnent les résultats
les plus pratiques, qui fait d'eux des citoyens.uti!eset qui
-têttd à diminuer la surdité congénitale. »
II est évident; que la.Gommission Royale tout en pro-
clamant la supériorité delà méthode orale pure, a dû,
dans son projet de législation, tenir compte des nécessi-r
tés présentes et de l'organisation actuelle de l'ensei-
gnement dans un certain nombre d'écoles anglaises.
On peu.tprévoii\dès à présent qu'une révolution pédago-
gique semblable à celle qui vient de régénérer les écoles
— 209 —
françaises se prépare en Angleterre. Que les 'conseils
de la Commission soient suivis et le résultat : ne se fera
pas lomgtemps attendre. Il seraiHtéressantalorsde.relire
l'éloquente protestation de M. Ackerset aussi lesréserves
apportées en sens contraire par un autre membre de la
Commission, M. Sleight.
LE i77 me ANNIVERSAIRE
de la Naissance de l'abbè de l'Épèe
Association Amicale dés Sourds-Muets
Le banquet -de l'Association, à l'occasion du 177*
anniversaire de la naissance de l'abbé de TEpée, a. eu
Jieu.ie dimanche 24 courant, à.6 heures, dans les salons
du restaurant Notta. Boulevard Poissonnière. Z, sous
la présidence de M. Paul Choppin,- statuaire. • membre,
de l'Association.
Au dessert, M. Choppin s'est levé, et a prononcé le
discours suivant :
Messieurs et Chers Amis
Je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait
en me, désignant pour présider cette réunion.
L'empressement que vous avez misa répondre à notre
.invitation, est un nouveau gage de la reconnaissante
qui nous lie à la mémoire de notre bienfaiteur, l'abbé de,
l'Epée, celui à qui nous devons ce que nous sommes, ev
qui consacra sa vie et sa fortune, à notre bonheur.
— 210 —
Les signes, que son instinct généreaux inventa pour
nous instruire, sont et resteront toujours, quoique l'on
fasse, le vrai langage du sourd-munt. c'est par eux que
nous échangeons nos pensées, et qu'il nous a été permis,
de nous comprendre au dernier congrès, avec nos frères
étrangers,
Je bois à l'abbé de l'Épée, à vous tous, Messieurs, à
notre union qui fait notre force.
Je bois enfin, à tous ceux d'entre nous, qui par leur
zèle et leur travail, contribuent â la prospérité de notr9
société.
M. Chambellan président de l'association, s'est exprimé
en ces termes.
Messieurs,
M- Choppin, qu'il me permette de le dire, sans que
sa modestie s'en offense, est un de ceux qui font le plus
d'honneur à l'abbé de l'Épée et à l'Association, Vous
connaissezsessuccèsdanslasculpture. Primé du concours
Broca, médaillé du Salon et de l'Exposition universelle,
officier d'académie depuis hier' marchera, espérons-le,
à la conquête de nouveaux lauriers.
M. le sénateur Hugot, dans le beau discours qu'il a
prononcé à l'ouverture du congrès international des
sourds-muets, dont il avait accepté avec tant de grâce
laprésidence d'honneur, apprécie l'influence bienfaitrice
de la découverte de l'abbé de l'Épée. Il nous appelle ses
frères, ses égaux ayant, comme les autres hommes,
conscience do nos devoirs et de nos droits.
Hemercions-le une fois le plus de sa sympathie, de la
bonne opinion qu'il a de nous, et buvons à sa santé.
Adressons aussi un salut affectueux aux sourds-muets
de l'Etranger, qui sontvenus apporter ànos délibérations
e contingent de leur expérience, et aux parlants qui, en
assistant aux. séances du Congrès, nous ont témoigné
— 211 —
l'intérêt qu'ils prennent à tout ce qui peut contribuer
à l'amélioration de notre sort.
Ensuite M. Chambellan a donné lecture d'une lettre
qu'il avait reçue, la veille, du cercle des sourds-muets
de Liège r lettre dans laquelleils exprimentàl'Association
leurs vives sympathies et leur reconnaisance pou^
l'accueil qu'elle leur a fait lors de leur réoent voyage
à Paris.
Successivement MM. Olof Hanson du collège de?
sourds-muets de Washington, Dusuzeau, Navarin,
Genis, Chômât, Peck merian, Tilden, ont pris la parole
ils ont payé un tribut d'admiration à la mémoire de
l'illustre apôtre des sourds-muets.
INSTITUTION NATIONALE DE PARIS
Discours prononcé par M. Marguerie
à la Distribution des Prix
Mesdames Messieurs,
Mes enfants,
Le ministre de l'Intérieur aurait désiré venir lui même
remercier les maîtres de l'Institution nationale du dévoue-
ment avec lequel iis s'efforcent de rendre à, la vie com-
mune ies enfants qui leur sont confiés, les féliciter des
résultats qu'ils obtiennent, et qui sont dus à la puissance
de la science unie à une persévérance infatigable, et
donner aux élèves des preuves de sympathie et d'en-
couragement.
Mais, absorbé par les devoirs et les charges de ses
fonctions, il m'a fait l'honneur de me désigner pour le
remplacer au milieu de vous, et cette désignation m'a
été particulièrement agréable.
— 212
M. le professeur André vient de rappeler, avec une
bienveillance dont je le remercie; l'ancienneté de mes
relations avec l'Institution nationale, et je suis heureux
de l'occasion qui m'est offerte d'affirmer de nouveau
que l'État continue à se montrer le fidèle exécuteur
testamentaire de l'abbé de l'Épée;
Jj'ϝvre accomplie dans cette maison, elle est visible
pour tous: cent ans après la mort de son fondateur,
l'œuvre est encore bien vivante. Pour s'en convaincre^
il n'est pas nécessaire cette année de venir ici dans nos
bâtiments, nols classes, nos ateliers, d'interroger M. le
directeur ou nos professeurs, de se mettre en commu-
nication avec nos enfants : ïlsufnt de se. transporter à
l'esplanade des Invalides, de franchir l'enceinte de
l'Exposition, et de pénétrer dans cet" imposant édifice,
qui éveille l'intérêt des âmes généreuses par ces mots
inscrits à son fronton : l'Assistance, publique.
Dans cet édifice aux vastes proportions, l'Evposition
de l'Institution nationale occupe une place bien petite
si on _la mesure, d'après la superficie recouverte par
ses installations, mais bien grande, si on considère
l'impression qu'elle cause et les sentiments qu'elle
inspire.
Mais puisque jejsuis amené à vous parler dé la part prise
par l'Institution nationale à l'Exposition, universelle,
permettez-moi d'adresser publiquement les remercie-
ments 'de l'Inslitlitïôn' nationale" à l'habile artiste/ à
l'architecte des bâtiments, civils* M. Camut,- qui
a conçu le' projet de notre, exposition particulière,
qui en a' réglé les aménagements, extérieurs, qui a
su. donner- aux * œuvres de nos maîtres et de nos
élèves le. cadre qui leur convenait, et qui les
sigu'ale d'une façon toute spéciale à l'attention des
visiteurs,
Dès que l'on arrive dans cette salle; dont le buste
dé l'abbé „ de l'Épée, placé au centre., révèle la
destination, on s'y arrête, retenu tout d'abord par
les souvenirs que rappelle le nom du bon abbé.;
— 2:3 -
puis la station se prolonge, car l'on est curieux
de se rendre compte, par l'examen attentif des
objets exposés, de l'état actuel de ceite école
dé sourds-muets, qui, fondée en 1760 par l'initiative
individuelle d'un grand cœur joint à une vasie
intelligence, s'est développée sous le patronage de
l'autorité royale pour devenir ensuite une Institution
nationale en vertu de la loi des 24 et 29 juillet
1791.
La curiosité la plus exigente peut être amplement
satisfaite : la visite achevée, on connait la maison
de la rue Saint-Jacques, ses aménagements intérieurs,
le régime auquel sont soumis les enfants, les procé-
dés employés pour les instruire, les résultats obtenus
par la science et le dévouement des professeurs.
Les bâtiments de 1'Instiiution nationale sont
représentés par des photographies, auxquelles je
ne ferai qu'un reproche, c'est de donner à notre
maison un aspect de jeunesse contre lequel pro-
teste la réalité. J'espère que le service des bâtiments
civils, auxquels nous ne cessons de rappeler l'anti-
quité de notre maison pour lui demander de
venir à notre aide afin de réparer les effets
dé l'âge ne s'y trompera pas, et qu'il aura, comme
nous, le sentiment que l'artiste a cédé à l'habitude
de donner satisfaction à un désir de coquetterie,
en effaçant les rides, je veux dire les crevasses
de nos constructions.
Des tableaux ingénieusement disposés font
connaître le régime alimentaire, les mesures
adoptées dans l'intérêt de l'hygiène et de la santé
des enfants, le régime scolaire, les règles suivies
pour la répartition des élèves entre les diverses
classes et les divers ateliers. . Chacun de nos
ateliers est représenté par des objets produits par
la main de nos enfants, et venant attester à la
fois l'habileté du maître et l'utilité de son ensei-
gnement.
— 214 —
Mais notre exposition ne donné pas seulement
lidée exacte de -l'Institution nationale dans son état
actuel : elle permet d'en suivre l'histoire, et d'en
constater les progrès successifs.
Des emprunts faits à nos archives montrent avec
quelle rapidité la renommée de l'abbé de l'Epée
avait franchi les limites du territoire français ;
dans quelle haute estime il était tenu par les
personnages les plus considérables de l'époque,
aussi bien en France qu'à l'étranger, tels que des
prince? de la maison de Bourbon, l'empereur Joseph II
d'Autriche, le cardinal archevêque de Vienne, le
grand électeur Frédéric-Charles, le prince Henri
de Prusse.
Des tableaux à l'huile, des bustes, des gravui'es,
des dessins reproduisent les traits de l'abbé de
l'Épée, de ses élèves ou successeurs (l'abbé Sicard,
Massieu, Clerc, Valade-Gabel)'; des bienfaiteurs de
de l'Institution, de Gérando, le docteur Itard. Ces
œuvres d'art, dont un grand nombre sont dues au
talent d'artistes sourds-mnets inspirés par des sen-
timents de profonde gratitude, démoutrent que
l'abbé de l'Épée .avait raison de dire dès 1773 : « Il
n'est point d'art libéral que les sourds-muets ne
puissent exercer avec distinction. »
Une collection d'ouvrages très complète, due à la
plume de nos professeurs et renfermée dans une
bibliothèque exécutée par nos élèves, dans les -
ateliers de l'Institution nationale, d'après les dessins
de M. Gamut, prouve comment les méthodes, d'en-
seignement se sont successivement améliorées et
transformées avec les progrès de la science et de
l'expérience, comment la mimique a dû définitivement
céder la place à la méthode orale, à la lecture sur
les lèvres. M. le professeur André, avec la compé-
tence que lui donne l'exercice de ses fonctions, vous
entretenait, il y a un instant de cette substitution,
et se félicitait des résultats qu'elle doit entraîner.
— 215 -
Mais une question se pose : en abandonnant la
mimique, l'Institution ne s'est-elle pas montrée
infidèle à la mémoire de son fondateur? L'Institution
nationale n'a pas mérité uu tel reproche.
La nouvelle méthode, la méthode orale; elle était
connue et appréciée par l'abbé de l'Épée ; elle avait
été appliquée au siècle dernier, par un autre
bienfaiteur de l'humanité, par Jacob-Rodrigues
Pereire.
Si ces deux maîtres dans l'art d'instruire les
sourds-muets ont, à l'origine, usé de moyens
d'enseignement différents, c'est qu'ils ne s'adres-
saient pas à la même catégorie d'élèves : l'abbé de
l'Épée, mû par son grand esprit de charité, voulait
avant tout distribuer les bienfaits de son enseigne-
ment au plus grand nombre possible, et chacun
sait que la méthode orale exige que le maître ne soit
entouré que d'un nombre d'élèves très restreint.
L'abbé de l'Épée était seul, et les infortunés qu'il
entendait secourir, trop nombreux pour qu'il pût
recourir à la méthode orale ; c'est dans son
cœur, dans son intelligence, dans le besoin d'aller au
plus pressé, qu'il a trouvé les règles de la méthode
dite la mimique et qu'il en fait les heureuses
applications pour lesquelles il a bien mérité de
la patrie, ainsi que l'ont solennellement déclaré les
représentants de la nation française.
Mais l'abbé de l'Épée avait conscience que son
œuvre ne serait achevée que lorsqu'il aurait rendu
la parole aux sourds-muels ; il l'a écrit lui-même.
L'Institution nationale n'a donc fait que donner
satisfaction au vœu de son fondateur, lorsque ses
ressources, augmentées par la générosité du Parlement,
lui ont permis d'adppter la méthode dont le but
est de rendre la parole aux enfants qui lui sont
confiés.
Je viens de prononcer le nom de Jocob-Rodrigues
Pereire. Un tableau placé dans la salle de notre
— 216 —
exposition, le représente dans l'exercice deses fonctions
d'éducateur d'enfants sourds-muets. Ce tableau" a été
donné à l'Institution nationale par ses petits fil?, Emile
et Isaac Pereire, qui voulurent ainsi protester
contre certaines traditions .d'après lesquelles il aurait
existé entre l'abbé de l'Épée et Pereire, des
sentiments de rivalité indignes de leur caractère:
la nomination de M. Eugène Pereire, comme
membre de la Commission consultative, achève de
détruire la légende. S'il a existé une rivalité entre
l'abbé de TÉpée et Pereire, elle s'esi maintenue
sur le terrain de la science ^et du dévouement ; et
les rivalités de ce genre, elles peuvent s'avouer
hautement,
11 y a quelques semaines, j'entendais M. le président
de la République exprimer à M. le directeur de
l'institution nationale toutes ses félicitations pour
la belle ordonnance de notre exposition : je suis
convaincu que ceux d'entre vous qui ont déjà visité notre
exposition, sont d'avis que la haute approbatiou de
M. le président de la République était bien méritée ;
quand à ceux qui ne la connaissent pas encore, je
souhaite vivement leur avoir inspiré le désir da
vérifier par eux-mêmes si mes éloges sont justifiés.
Messieurs les Professeurs
Lu ministre de l'intérieur s'est préoccupé de votre
situation personnalle et il s'est efforcé de vous donner
par la concession de traitements plus élevés des
preuves matérielles de sa grande estima et de sa
profonde sollicitude. Vous pouvez toujours compter
sur sa juste bienveillance et sur celle de son collabo-
rateur direct. M. Monod, qui, par l'heureuse associa-
tion des connaissance? techniques du savant a
— 217 —
l'expiriéaca de l'administrateur, a su donner à cet
important service de l'Assistance publique, dont la
direction lui appartient, l'impulsion la plus 'active et
la plus féconde. Vos- mérites avaient justifié des
satisfactions encore plus complètes ; je le reconnais
volontiers, mais je sais également que, fidèles aux
traditians que vous avez recueillies dans cette
maison de l'abbé de l'Épèe, .vous êtes de ceux qui
trouvent encore leur meilleure récompense dans
la joie sublime du devoir accompli, et l'estime des
sens de cœur.
Mes -Enfants,
Mes dernières paroles s'adressent directement à
vous : je sais que la distance qui nous sépare ne
vous permet pas de les saisir immédiatement sur
mes lèvres mais elles vous s-eront répétées. Vous
allez quitter pour quelques semaines cette Institution
nationale où, pendant huit ans, les* efforts de tous
tendent à faire de vous des hommes utiles à eux mêmes
et à leur pays. Comme témoignage de reconnaissance
pour vos maîtres, je ne vous demande qu'une chose»
c'est de manifester autour de vous les sentiments qui,
assurément, vous animent et , qui vous ont été ins-
pirés par ce^te maison à l'abri de laquelle s'écoulent
vos jeunes années. Dites bien à vos parents à vos
amis que c'est ici que vous avez appris à comprendre et
a aimer la belle divise de la République: vos maîtres
en vous rendant la parole, vous replacent dans l'état
de liberté et d'égalité dont une infirmité native
tous avait injustement privés; ils vous donnent surtout
l'exemple de la fraternité qui soutient leur zèle e*
leur dévouement.
- 218 —
CAUSERIE PÉDAGOGIQUE
Notes sur la l re année d'enseignement:
l'Articulation et la lecture sur les lèvres.
I. PÉRIODE PRÉPARATOIRE (suite)(")
Préparation des éléments phonétiques. — Là ne se
termine pas pour nous la période préparatoire, chacun
des sons, chacune des articulations demande une prépa-
ration spéciale sur laquelle nous voudrions attirer
l'attention de nos confrères.
S'il nous arrive bien souvent, de nous donner beaucoup
de peine pour l'enseignement d'unson, d'une articulation
cela tient uniquement à ce que ce son ou cette articu-
lation n'ont pas été préparés.
Ainsi, pour les voyelles, n'est-il pas nécessaire
d'avoir obtenu au préalable les positions exactes des
organes dans l'émission des différents sons ? Ne serait-
il pas téméraire de cherchera obtenir un son au moment
oûjes organes ne savent pas encore prendre la place qui
leur convient pour son émission?
Lorsqu'il s'agira des. articulations, non seulement nous
obtiendrons avant tout les positions exactes des organes,
mais encore des mouvements spéciaux prépareront quel-
ques-unes d'entre elles. Ainsi pour le p, le t, le c, on
aura habitué l'élève à retenir pendant quelque temps le
souffle sur le point de s'échapper, soit avec les lèvres,
soit avec la pointe de la langue placée derrière les inci-
sives supérieures, soit avec la racine de la langue
venant s'appuyer contre la voûte palatine.
(•) Revue Française, Numéro précédent.
— 219 —
Pour le b. le cl, le g, l'élève aura été habitué à exécuter
une série d'exercices difficiles à écrire, mais qui se rap-
procheront de : bbbbb. — ddddd. — ggggg.
L'articulation £ aura été préparée longuement d'avance
par des mouvements, de la langue projetée au dehors
venant heurter en passant la lèvre supérieure et donnan
une l labiale. La lettre r, elle aussi, n'aura pas été ou-
bliée, et si elle n'est pas acquise immédiatement, les
exercices multipliés faits préalablement faciliteront la
tâche du maître, lorsque viendra le moment d'enseigner
cette articulation.
Les organes de la parole — Avant de passer à la
2" partie de notre programme de 1™ Année, signalons
encore aux professeurs un guide qu'ils feront bien de
consulter :
Les organes de la parole et leur emploi pour la formation
des sons du langage, par G. H, de Meyer, traduit de V allemand
par 0. Claveau. Paris. Félix Alean, 108, Boulevard Saint-
Germain, 1885.
Nous savons que la pratique peut suppléer dans bie n
des cas à une théorie imparfaite, mais comment pour-
rions-nous supposer un maître chargé de faire mouvoir
des organes sans les connaître, sans en avoir appro-
fondi le jeu. Nos confrères trouveront dans le savant
traité que nous leur indiquons' toutes les notions x qui leur
seront nécessaires.
(A suivre)
Ad. Bélanger
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Exposition Universelle de 1889, Récompenses
décernées aux institutions de sourds-muets. En
relevant sur la liste générale des récompenses, celles
accordées aux institutions de sourds-muets, nous avons
fait une omission. Nous nous empressons de la réparer
— 520 —
d'autant plus volontiers qu'elle s'adresse à un de nos
meilleurs collaborateurs et amis, M. W. Van-Praagh
uquel elle fait le plus grand honneur,
a
Médaille d'Or
L'association for the oral instruction of the Deaf and
Dumb Londres.
Distinctions honorifiques. Monsieur Emile Martin
1 e sympathique Directeur de l'Institution nationale des
jeunes aveugles de Paris, vient d'être nommé chevalier
de la Légion d'Honneur.
Nous lui offrons nos bien sincères félicitations.
M. Goguillot, professeur à l'institution Nationale de
Paris et M. Paul Ghoppin. le jeune artiste sourd-muet
dont nous enregistrons si souvant les succès répétés
viennent de recevoir les palmes académiques.
Institution Nationale de Paris
A la suite d'un concours présidé par M. l'InspecteiiF
Général Regnard. M. M Pautré, Danjou, Dalbiat, Vivien,
Legrand, Boudin, Çhanvin,Dupuis, Hervanx et Tournier
ont été nommés professeurs adjoints à l'Institution
Nationale de Paris.
M. M. Dufau de Germane, Rancurel et Marican
professeurs à l'institution nationale de Chambéry sont
rentrés comme professeurs adjoints à l'Institution de
Paris. M. M. Boudin, Chauvin, Dupuis et Hervaux ont
été délégués comme professeurs à l'institution Nationale
de Chambéry.
L'Imprimeur- Gérant , Eu^ BELANGER rue Saint-Jacques 2ij, Pari»
REVUE FRANÇAISE
ë de l'Éducation des Sourds-Muets
R-
5y 5">«. intime. N°* 10 et 11 Janvier-Kévrier 1890.
<S> ■
§>
5 A LA MÉMOIRE
CHARLES- MICHEL LE L'ÉPÈE
FONDATEUR DE LA PREMIÈRE ECOLE PUBLIQUE ET GRATUITE
POUR LES SOURDS-MUETS
né à Versailles le 24 Novembre 1712.
mort à Paris le 23 Décembre. 1789.
1789-1889
#
#■
Le 23 Décembre 1889
v\Jl
i
*^>
■ y
!
Est-ce bien un siècle seulement qui s'est écoulé
^' depuis la mort de l'abbé de l'Épée ? Tant d'événements %
^ se sont pressés dans cette période de l'histoire ! Tant ^
de convulsions ont agité la vieille Europe et se sont
propagées dans le Nouveau Monde, non pas toujours
pour le plus grand avantage de la civilisation ! Tant V m
î
222
de découvertes se sont succédé presque sans relâche,
chaque jour semblant devoir effacer la trace des
travailleurs de l'heure passée ! Tant de noms célèbres
ayant fatigué la renommée ! Tant d'hommes illustres
ayant suscité les sentiments les plus divers d'enthou-
siasme ou d'inimitiés discutée aujourd'hui encore si
leur mémoire est restée vivante, disparaissant pour la
plupart dans l'oubli et dans l'inconsciente ingratitude
des générations nouvelles ! Et pourtant voici qu'une
date récente ramène, comme une gloire toujours jeune,
dans le cœur et sur les lèvres des gens de bien, le nom
d'un simple prêtre, l'abbé de l'Épée. Tous l'acclament
sans qu'aucun souvenir irritant Vienne troubler cet
hommage universel, sans même que la préoccupation
de divergences d'ordre secondaire vienne jeter une note
discordante dans ce concert d'éloges. L'abbé de l'Épée
et son œuvre maîtresse sont entrés dans le patrimoine
commun de l'humanité. Son œuvre maîtresse : je veux
dire l'organisation d'ensemble de l'éducation des
sourds-muets, réclamée l'exemple aidant en faveur
de tous les malheureux de quelque condition qu'ils
soient. Pour nous, ses compatriotes, il est doux de
prêter une attention reconnaissante et l'écho de la
publicité aux voix qui nous arrivent des contrées étran-
gères et dont le témoignage impartial vaut mieux que
toute autre louange. Mais en face de ce tombeau qui
réunissait, il y a quelques jours, dans un sentiment
commun, à l'église St-Roch de Paris, les admirateurs
et les obligés de l'abbé de l'Epée, nous devons plus que
tous autres, attacher notre pensée sûr l'étendue des
devoirs qu'il nous reste k remplir pour l'amélioration du
sort des sourds-muets. Notre place doit être marquée
et bien marquée dans le mouvement généreux auquel
prennent part nos émules de toute nationalité. Si mo-.
destè. que soit la tâche individuelle confiée à chacun
de nom, plaçons très haut notre idéal et rappelons
nous, en voyant les honneurs rendus à la mémoire
de l'abbé" de' l'Épée, que ces honneurs -S'adressent
— 2-23 —
avant tout à quelque chose qui surpasse le rayonne-
ment même du génie, aux vertus qui sont le rayon-
nement du bien et qui se résument dans ce mot divin
la Charité.
O. Claveau.
CELEBRATION
DU CENTENAIRE DE LA MORT DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE
EN FRANCE
Dès 1888, à l'occasion d'un anniversaire de la nais-
sance de l'abbé de l'Épée, nous rappelions dans ce
journal, que trois ans plus tard, nous aurions à célébrer
une date mémorable ; le centenaire de la mort du
célèbre instituteur
Nous pensions que tous nos confrères seraient heu-
reux de saisir cette occasion de manifester leur admira-
tion, leur reconnaissance pour celui qui fonda notre
enseignement spécial. Admirateur passionné de l'œuvre
du grand instituteur français, nous espérions pour la
mémoire de ce grand philanthrope une somme d'hom-
mages plus considérable et surtout plus proportionnée
aux services rendus . Nous savons bien que la recon-
naissance de tous lui «st acquise et se manifeste de mille
façons; d'ailleurs il peut se consoler le bon abbé, ils sont
bien rares ceux qui cent ans après leur mort ne sont pas
— 221 —
complètement oubliés. La reconnaissance n'a pas habi-
tuellement une dui'ée aussi longue et les hommages qui
viennent d'être rendus à ce grand bienfaiteur des sourds-
muetstémoiguent de-la grandeur de son œuvre, desapros-
périté, de son immensité,
Le tombeau de l'abbé de l'Epée se trouve dans l'Église
Saint-Roch à Paris. C'e&t grâce aux patientes recherches
d'un de nos anciens collègues M. Berthier, sourd-muet,
mort il y a quelques années que la tombe du célèbre
abbé fut retrouvée dans cette église", vers 1838. Des ren-
seignements précis permirent de /aire des fouilles cou-
ronnées de succès dans la chapelle Saint-Nicolas. G'estlà
qu'il célébrait habituellement la messe, la.chapelle aurait
appartenu à sa famille.
Une commission fut formée immédiatement pour éle-
ver un monument qui l'appela la mémoire du célèbre
instituteur. Après quelques lenteurs, elle adopta un
projet de MM. Préault, statuaire et Lapsus, architecte.
Six ou sept mille francs étaient nécessaires pour couvrir
les frais d'érection du monument. Le Ministre de l'Inté-
rieur souscrivit pour 3000 francs, les souscriptions ne
purent atteindre le chiffre îixé et les artistes qui s'étaient
engagé, pour la construction du monument le livrèrent
néanmoins à la Commi-sion.
L'inauguration eut lieu en août 1811, sans aucune
so ejiuité.
Très simple d'aspect, le tombeau est adossé au mur de
l'église, il est surmonté du buste de l'abbé de l'Epée vers
lequel deux jeunes enfants placés sur le tombeau lui-
même élèvent les bras, témoignant ainsi leur reconnais-
sance pour leur bienfaiteur. Sur le tombeau est gravé
— 225
l'alphabet dactylologique ; on trouve l'inscription sui-
vante sur une plaque de marbre au-dessous du buste.
vmo
ADMODUM MIRABILI
SACERDOTI DE L'ÉPÉE
-QUI FECIT EXEMPLO SALVATORIS
MUTOS LOQUI
CIVES GALLI^E
HOC
MONUMENTUM DEDICARUNT
AN 1840
NATUS 1712
MORTUOS 17É
L 'Association amicale des sourds-muets de France, la
plus ancienne société de sourds-muets fondée dans notre
pays, atenu à être aussi lapremière pour rendre hommage
au maître vénéré. Dans une circulaire adressée aux
sourds-muets de toutes les parties du monde, « elle
invite les sourds-muets répandus à la surface de la terre
à se réunir en un congrès dans cette ville (Paris) afin de
se faire -part réciproquement des résultats obtenus
depuis un siècle par l'œuvre de Tabbè de l'Épée chez
toutes les nations de l'Univers, et de rendre un hommage
éclatant à la mémoire dé ce grand homme mort en 1789»
(Revue française, 4 e année, n° 12, p. 275).
Le programme du Congrès renfermait une visite à la
maison et à la statue de l'abbé de l'Epée à Versailles et
pour le Mercredi 17 juillet une cérémonie religieuse au
tombeau de l'abbé de TEpée (Eglise St-Roch) — Panégy-
— 226 —
rique de ce bienfaiteur de l'humanité par M. l'abbé
Goislot. aumônier des sourds-mùets.
Nous ne voulons pas apprécier la nature des travaux
du Congrès, nous attendrons le compte-rendu annoncé
par les organisateurs ; nous ne voulons retenir de cette
réunion que l'hommage rendu à la mémoire du Maître
par des élèves reconnaissants et dévoués.
C'estdonc à Versailles que nous retrouvons, le 15 juillet
au matin, les membres du Congrès. La maison paternelle
du bon abbé njexiste plus et les congressistes viennent
procéder à l'inauguration d'une plaque commémorative.
Elle rappellera aux. sourds^muets que dans cette ville
naquit leur libérateur et à tous, que Versailles eut la
gloire de donner le jour à ce grand philanthrope.
SUR CET EMPLACEMENT S ELEVAIT
LA MAISON PATERNELLE DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE
NÉ A VERSAILLES, LE 24 NOVEMBRE 17J2,
PREMIER INSTITUTEUR PUBLIC
HOMMAGE DU CONGRÈS INTERNATIONAL
DES SOURDS-MUETS
1889
Cette plaque est placée à la porte de l'hospice, rue-
ltichaud; l'inauguration eut lieu en présence du maire
de la ville qui adressa aux membres du Congrès ses plus
vifs remerciements.
La statue de l'abbé de l'Epée est-la seconde étape du
voyage de nos congressistes qui déposent au pied de la
— 227 —
statue des fleurs naturelles-et une couronne avec cette
inscription :
A {'Abbé de l'Epée, le Congrès international
des Sourds-muets.
Une autre couronne a également été envoyée :
A l'Abbé de l'Épée„ les Sourds-muets de Stohholm.
Le 17 juillet réunissait à Saint-Roch tous les sourds-
muets présents à Paris pour la cérémonie religieuse
annoncée.
*
Le 12 décembre 1889, la Ligue pour l 'Union amicale
des sourds-muets avait envoyé à ses adhérents la circu-
laire suivante, encadrée de noir :
Monsieur et Cher Frère,
Dans sa réunion du 21 novembre dernier, la Ligué a
décidé à l'unanimité :
De convoquer tous les Sourds-Muets et de.se rendre
en corps au tombeau de l'Abbé de l'Epée, pour y déposer
des- couronnes.
A moins d'un contre-ordre, ce Centenaire sera célé-
bré de la manière suivante :
Le Dimanche 22 décembre, de 1 heure à 3 heures, réu-
nion des sourds-muets aux endroits désignés pour les
rendez-vous. — A3 heures, formation des cortèges et
défilé. A trois heures 1?2, réunion des groupes rue Thé-
rèse devant la maison occupant l'emplacement de celle
oii l'abbé de l'Epée mourut. — A4 heures, dépôt des cou-
ronnes; sermon de M. l'abbé Goislot.
Tel est le programme que la Ligue a adopté. Il est
simple, nous e'spérons que par votre empressement à
répondre à notre appel, à venir grossir le nombre des
— 228 —
manifestants, vous lui-donnerez un caractère aussi im-
posant que possible.
Les Sourds-Muets, qui, pour une raison ou pour une
autre, ne pourraient ou ne voudraient faire partie de
la manifestation sont invités à se trouver à l'église Saint-
Roch vers 4 heures.
Nous n'insistons pas. Nous comptons que vous saurez
prouverla véracité de la définition de notre aîné, Massieu:
« La reconnaissance est la mémoire du cœur. »
Nous pensons que vous justifierez ces paroles d'un
professeur dé sourds-muets, M. Ad. Bélanger : « Ces
témoignages de reconnaissance envers leur Rédempteur
ont montré qu'ils étaient dignes de ses bienfaits. En
honorant leur père, Us s'honoraient eux-mêmes. »
Les Administrateurs de la Ligue : E. GraffV Cambuzat.
Scagliola, Petin, Gaillard, Bonnet, Weiss, Bailly, Odeau
Suivent les signatures des Membres de la Commission
d'Initiative, des Organisateurs Délégués; des Délégués
Départementaux.
La souscription pour l'achat des couronnes n'est pas
encore close. Adresser les envois à M. Graff, rue Saint-
Maur, 56 et à M. Moulin, trésorier, rue Saint- Placide, 20.
Les Membres de la Ligue sont tenus de se présenter
avec leurs insignes.
Très nombreux étaient le 22 décembre ceux qui avaient
répondu à son appel : Précédés d'une bannière violette
ornée d'un crêpe et portaut cette inscription : Cente-
naire de la mort de l'abbé de l'Epée.lfbérateur des sourds-
muets; les manifestants se rendent d'abord devant la
maison portant le n° 23 de la rue Thérèse, où ont été
— 229 —
placées par le soin du Comité des Inscriptions Pari-
siennes, les deux plaques suivantes :
L'abbé de l'Epée,
Instituteur des Sourds-Muets,
Ouvritson école en 1760,
Etmourut entouré deses élèves,
le 23 décembre 17S9
Dans la maison de 11 me des Houlins
Aujourd'hui démolie
Le nom de l'abbé de l'Épée,
le premier fondateur de cet établissement
sera placé au premier rang
de tons les citoyens irai ont le mienx
mérité de l'humanité et d9 la Patrie
Loi des 21 et 29 Juillet 1791
Le cortège se rend ensuite à l'église Saint-Roch, au
tombeau de l'abbé de l'Epée. De fort belles couronnes
apportées par différents groupes ou envoyées par des
sociétés départementales, viennent s'entasser dans la
chapelle : La Ligue pour l'Union amicale des Sourds-
Muets, la Société d'Appui fraternel des Sourds-Muets de
France en déposent de très grandes. Bordeaux, Lyon.
Marseille, Lille. Tours, Reims, Cette, Oloron, en ont
envoyées de fort jolies.
S'adressant aux assistants, l'abbé Goislot leur rappelle
la mort de l'a'ibéde l'Epée, la douleur de ses élèves, leur
reconnaissance pour ses bienfaits. Eux aussi ressentent
l'action bienfaisante de leur premier instituteur et leur
reconnaissance ne lui a pas manqué.
Nous ne voulons pas quitter la Ligue sans mentionner
un hommage rendu par l'un de ses membres, M. Coche-
fer, le dévoué président de U Société d'Appui fraternel.
Nous avons reçu de cet excellent dessinateur un projet
— 230 —
de monument funèbre â l'abbé de l'Epée qui fait le plus
grand honneur à l'artiste qui l'a conçu.
Par les soins de l'Association Amicale des Sourds-
Muets, un service étaft célébré le 23 décembre à 10 h.
du matin pour le repos de l'àme de l'abbé de l'Epée.
Nous savons également que dans la plupart des institu-
tions françaises, pareille cérémonie a eu lieu le jour
du Centenaire.
L'Institution Nationale de Paris au tombeau de son
fondateur. — La visite des élèves de l'Institution de
Paris à la tombe de leur bienfaiteur, devait dignement
clôturer cette journée.
Plusieurs institutions de province avaient envoyé des
couronnes pour être déposées avec celles de l'Institu-
tion. C'est ainsi que l'Institution Nationale de Bordeaux
en avait fait parvenir une du goût le plus exquis.
M. Capon, le zélé directeur de l'Ecole d'Elbeuf nous
avait envoyé celle de son institution. Les sourds-
muets de Rio-de-Janeiro avaient tenu à se joindre à
l'école de Paris et les couleurs brésiliennes figurent à
Saint-Roch à côté des couleurs françaises. M. Eugène
Péreire avait fait parvenir dans une magnifique couronne
l'hommage d'un descendant de son aïeul le célèbre
instituteur J. R. Péreire, unissant ainsi deux noms égale-
ment respectables dans les annales de notre histoire.
Enfin l'Institution Nationale venait- déposer elle-même,
vP^'~^
— 235 —
en son nom, au nom de son personnel et du corps ensei-
gnant, et en celui de ses élèves, Irois splendides c<u-
ronnes.
Avant la cérémonie, le Directeur de l'Institution na-
tionale avait reçu les dépêches suivantes dont la lecture
faite au corps enseignant rassemblé fut accueillie avec
le3 témoignages de la sympathie la plus vive :
Milan 20 Décembre 1889
A l'occasion du centenaire de Intnort de l'abbé Michel de
TÈpêe, le personnel de l'Institution Royale Nationale
des Sourds-Muets de Milan s'incline profondément sur
la tvnbe vénérée, s' associant à ses honorables Collègues
de l'Institution Nationale de Paris, pour rendre hom-
mage à réminent Bienfaiteur de la partie li plus
déshéritée de Phumanité, au véritable Apôtre et Père
des ma'heureux Sourds-fluets, à celui qui- servira
éternellement de modèle à leurs instituteurs.
Nous prions nos chers et estimés Collègues et amis,
les professeurs Dubranle et Dupont de nous représenter
MM. Ripamonti, Sac, Angelo. — P. Fornari. —
G. NlCOLUSSI. — PlETRO PlROTTA. — LuiGI MAIRANI —
MOIRAGHl ANGELO. — G.\BBA EdOARDO. — PlETRO PARISE.
— Pietro Conte. — R. Fratati. — Artifoni Annetta.
— Maria Ronzoni. — Amalta Lanfranchi. — Geltrude
SOLDATI.
23 Décembre 1889
Monsieur le Directeur de l'Institution de Paris
La Commission, la Direction et le Corps Enseignant
de l'Institution des Sourds-muets piuores de la cam-
pagne de Milan, affirment de nouveau leur solidarité
avec l'Institution Nationale de Paris en s'associant
à elle dans li Commémoration du centenaire de
(immortel abbé de l'Êpée, l'inspirateur de notre premier
maître, si regretté, VabJé Tarra.
Taverna Président de la Commission Consultative
— 236 —
Monsieur le Président de la Commission Consultative
de l'Institution de Paris
LHnstitùtionroyaleitalienne des sourds-muets de Milan
au momentoù vous célébrez à Paris le centenaire
de F Illustre abbé de VÉpée a V honneur d'exprimer à
cous Monsieur ie président et à vos eminents collègues
sa chaleureuse participation à l'hommage reconnais-
sant que vous rendez à la mémoire du grand bienfai-
teur del'huminlté ; dupbre vénéré de tous les sourds-
muets. Les Sourds-muets italiens prient leurs com-
pagnons d'infortune français d'agréer les veux fraternels
qu'ils leur envoient au nom de la patrie de Cardan
d'Assarotti, de Pendola, de Tarra,
Bianchi"*Pi ésident, Vittadini, Vice-président, Sapolini
Ronchetti, Grandi, Conseillers.
A 2 heures et demie de l'après-midi, la Commission
consultative de l'Institution représentée par M. Marguerie
Conseiller d'Etat, Président de la Commission et M. Eu-
gène Péreire, Président de la Compagnie Générale Trans-
atlantique. M. Javal, Directeur de l'Institution Natio-
nale et M. Dubranle, Censeur des Etudes, le personnel
et le corps enseignant de l'Institut de Paris, se trouvaient
réunis devant la tombe de l'Abbé de l'Epée. Des groupes
d'élèves vinrent successivement déposer les couronnes
dont nous parlions plus haut.
Nous avons fait dessiner et graver spécialement pour
la Revue Française une vue du tombeau de l'abbé de
l'Epée après le dépôt de toutes les couronnes. Puisse-t-
elle rappeler ce pieux anniversaire à nos successeurs et
leur montrer que si les méthodes changent, se modifient,
se perfectionnent; la reconnaissance est immuable et
garde toujours fidèlement le souvenir de ceux qui font le
bien, sans arrière pensée, et dans le seul but d'être utile
à leurs semblables.
Ad. Bélanger
— 237 —
LES MTTER FUR TAURSTUMME?
et le Centenaire de la mort de l'Abbè de l'Epèe
M. Ed. Walther directeur >le l'Institution impériale et
royale des sourds-muets de Berlin vient de publier un
remarquabje article consacré à l'abbé de l'Kpèe dans
la Revue dont il est l'un de* rédacteur-? en chef. Nous
détachons de ce travail les pages suivantes qui se recom 1
mandent à l'intérêt de nos lecteurs par lé sentiment
élevé dont elles s'inspirent.
longtemps ai ant l'abbé de l'Epée, dit M. Walther,
il y avait eu des hommes qui s'étaient -occupés avec
amour des sourds-muets, qui avaient étudié, et avec un
plein succès, les moyens d'instruire ces infortunés. Sous
ce rapport, son œuvre n'oflrait pas un caractère spécial
de nouveauté. Il ne faut pas laiie consister en première
ligne son mérite dans les services qu'il a rendus comme
instituteur, mais bien dans le fait d'avoir fondé un éta-
blissement dont les portes s'ouvraient à un grand nombre
de sourds-muets tant pauvres que riches, d'avoir ainsi
montré le véritable chemin à suivre pour conduire a
bonne fin l'éducation des sourds-muets. Et cet établis-
sement qui fut sa création propre et originale, marquée
si fortement au coin de son esprit, il. le soutint presque
exclusivement au moyen de ses ressources personnelles
.,„Dans l'intérêt de cette œuvre, il ne craignit pas de
s ! exposer à des embarras multipliés et de recourir à
bien des sollicitations. Nous avons à regretter qu'il
ne soit pas parvenu à voir réaliser de son vivant son
vœu le plus cher, l'érection en établissement public de
l'institution fondée par lui à Paris et dont la perpétuité
— 238 —
devait être ainsi assurée. Mais comme toute bonne
œuvre porte en elle même un germe de durée, le jour
arriva aussi (deux ans après la mort de l'abbé de l'Épée),
où une loi spéciale conféra à la fondation qu'il avait
entreprise le caractère d'établissement national.
D'un naturel doux et pacifique, porté à éviter le plu?
possible le rude combat de la vie quotidienne, à se
renfermer dans les études scientifiques, l'abbé de l'Épée
aurait pu mener une existence tranquille et commode,
ayant d'ailleurs de la fortune, mais deux jeunes filles
sourffes-muéttes, privées parla mort de leur précepteur
et ami, se trouvèrent sur son chemin. Il ne connaissait
rien encore des lamentables conséquences de la surdité
et n'en fut pas moins touché du sort de ces infortunées.
Son âme aimante se laissait volontiers aller à l'enthou-
siasme pour tout ce qui est noble, beau, sublime. Aussi
fut-il aisément ému quand il plongea son regard dans
les profondeurs de la misère humaine. Sourd-muet ? Il
lui manquait d'abord toute espèce de conception claire
sur ce point. Il lui fallut de longues méditations, de
sérieuses réflexions avant d'arriver à connaître à fond
l'éiat d'esprit des deux pauvres filles, alors qu'il se
résolut, presque immédiatement après la première
rencontre, â devenir le soutien de ces abandonnées.
Par où devait-il commencer ? Il n'avait aucune connais-
sance des écrits publiés sur l'enseignement des sourds-
muets, ouvrages qui n'étaient alors qu'en bien petit nom-
bre. Et qui pouvait lui donner un conseil? Forcé de s'en
l'apporter à lui même, il se livra à un travail infatigable
pour découvrir des procédés appropriés à l'œuvre qu'il
allait entreprendre.
Lorsque je considère quelle fut la méthode créée par
l'abbé de l'Épée et appliquée par lui à l'enseignement
(les sourds-muets, je me sens toujours pénétré d'admira-
tïon. Le langage des signes que les enfants lui appor-
taient afécole et qui formait le moyen de communication
outre le maître et les élèves constitua le point de départ
des procédés qu'il employa. Le langage propre aux
Médaillé ayant figuré à
L'Exposition Universelle de
1889
Collectif *!■ BÉLANGER
Médaille de Borrel 1850
Médaillon en Bronze
par Michaud des Monnaies
1843
Médaille de Duvivier 1801
— 243 -
sourds-muets réclamait pourtant, à mesure que l'espri*
des élevés se développait, une transformation et un
perfectionnement. Il fallait le mettre en harmonie
complète avec le langage des parlants, si on voulait lui
faire acquérir une force capable d'éveiller l'intelligence
et de la diriger avec rectitude. "Est-il possible de conce-
voir un principe pédagogique plus naturel et plus juste?
Evidemment non. A combien de réflexions n'eut-il pas à
se livx'er pour donner à cette conception méthodique une
forme claire et compréhensible ! que d'études il a dû faire
avant d'arrêter sûrement son plan!
L'instruction donnée, en signes et par le langage des
signes seulement ne pouvait toutefois lui assurer satis-
faction, car, en dehors de lui et de ses élèves, ce langage
n'était compris de personne. Ceux-là même d'entre les
sourds-muets qui pouvaient parvenir au plus haut degré
de culture d'esprit restaient donc isolés de la société des
hommes et privés de communication intellectuelle avec
les entendants. Il leur fallait encore un moyen de com-
munication usité d'une manière générale et pourtant mis
eiurapport avec leur nature. C'est ce que l'abbé de l'Epée
résolut d'obtenir. Une sorte d'illumination lui rappela
un aphorisme de son professeur de philosophie, à savoir
que les mots de notre langue n'ont qu'une relation arbi-
traire et conventionnelle avèe les idées qu'ils repré-
sentent. Si tel est le caractère du lien qui rattache le mot
parlé à l'idée, ce lien peut s'établir aussi entre le mot
écrit et l'idée. Partant de ce principe, il se convain-
quit que les sourds-muets peuvent au moyen de la vue,
acquérir la connaissance de la forme visible de notre
langue tout comm« les entendants arrivent â saisir les
sons articulés par le moyen de l'ouie.
On me dispensera sans doute d'insister davantage
sur cette conception généralement connue. Je n'ai pas
non plus à m'étendre sur la biographie du grand institu-
teur français, mais je voudrais pénétrer sa pertsée et ses
résoluiions pour bien faire comprendre son œuvre et les
césultats qu'il obtint.
— 241 —
Les relations qui nous sont parvenues de ce qu'ont
accompli les instituteurs de sourds-muets des temps
anciens paraissent souvent empreintes d'un certain
caractère d'exagération. La faute en est soit à ces insti-
tuteurs eux-mêmes qui, la plupart du temps, ne se sont
pas attachés à mettre leur œuvre en lumière en la dé-
duisant de principes clairs, soit à ceux qui ont été
témoins des succès obtenus et qui, partant de cette idée
que les sourds-muets sont de? homme.-* disgraciés sous
le rapport de l'intelligence, étaient disposés à voir
quelque chose d'extraordinaire même dans les résultais
les pus modestes. Quant on nous dit que les élèves de
l'abbé de I'Epée parvenaient à un point de culture intel-
lectuelle plù 1 * qu'ordinaire qu'ils étaient capables de
s'initier aux plus profonds secrets de la science, qu'ils
répondaient promptement et sûrement aux questions les
plus difficiles; quand on rapporte que dei'Epée dictait
en signes à cinq de ses élèves une lettre dont le con-
tenu tout abstrait était complètement ignoré d'eux aupa-
ravant, que ces élèves traduisaient en cinq langues
différentes ce qu'on leur avait dicté par signes, je me
sens toujours pris d'un léger doute sur le degré de com-
pétence des auteurs de ces relations. Bien d'autres sont
comme moi. De l'Epée n'instruisait lui-même que très peu
d'élèves dans son école. Il manquait d'aides suffisamment
préparés. Où pouvait donc se trouver la source de grands
succès? Il me semble bien que nous ne devons pas signa-
ler comme le trait essentiel de l'œuvre la création d'une
méthode; mais bien plutôt, comme je l'ai déjà dit, mettre
au premier rang la fondation d'un établissement public
pour les sourds-muets. Tant que ces infortunés ont vécu
dispersés, on ne s'est pas rendu compte de l'étendue de
leur malheur. Pouvait-on leur venir en aide? Tant qu'on
a entretenu des doutes sur leur aptitude à recevoir l'ins-
truction, qui pouvait s'intéressera eux? L'abbé dei'Epée
s'est souvent plaint del'indifférence de tant de personnes.
Souvent il eut le profond chagrin de rencontrer à cet
égard, même chez des savants de son temps,- des préju-
— 215 —
gés sans fondement. Son institution une fois ouverte, il
pouvait montrer à tout venant ces sourds si dédaigné 5
dans l'exercice de leur activité et. de leur application,
dans leurs relations, avec leur instituteur bien-aimé et
dans les résultats acquis. Pouvait-il trouver un meilleur
moyen d'exciter la bienveillance et la compassion en fa-
veur de ceux qui jusqu'alors avaient été abandonnés et
méprisés, regardés comme des faibles d'esprit? L'œuvre
du grand philanthrope ne devait-elle pas faire naître
l'émulation? En réalité, l'abbé de l'Epée était fait pour
inspirer et entretenir un intérêt chaleureux non pas seu-
lement pour les sourds-muets confiés à ses soins, mais
pour les sourds-muets en général. Il comparait les sourds-
muets non instruits à des automates. «Ils ne sont tels,
disait-il un jour, que parce qu'on ne fait pas fructifier en
eux ce précieux trésor, l'âme formée à l'image de Dieu,
l'âme qui reste enfermée dans un cachot obscur dont
on n'ouvre ni la porte ni la fenêtre, tandis qu'on devrait
lui faire prendre l'essor et la délivrer de la tyrannie de
la matière.» Puissô-je, ajoutait-il, ouvrir les yeux des
peuples sur l'avantage que leur pays recueillerait de
l'ouverture d'une institution pour les sourds-muets. Je
leur -ai oflert mes services et je les leur offre encore,
mais toujours sous la condition que je ne recevrai aucune
indemnité, de quelque nature qu'elle soit. » Sa tendresse
pour les sourds-muets ne se renfermait pas dans les
limites de son établissement ou de sa patrie; Non.il vou-
lait venir en aide à tous ces infortunés. Lorsque l'Empe-
reur Joseph II, à l'occasion d'une visite qu'il fit à l'ins-
titution de Paris, lui offrit une abbaye en Aul riche, de
l'Epée se défendit d'accepter en disant: « Si V. M. a ce
bon vouloir pour les sourds-muets, qu'Elle fasse tomber
sa libéralité non pas sur moi mais sur l'œuvre elle-
même.
Quelque utile que pût être pour exciter l'intérêt en
faveur des sourds-muets le libre accès de l'institution de
Paris ouverte à tout venant, il n'était donné qu'à un petit
nombre de personnes d'apprécier l'œuvre de l'abbé de
— 21G —
l'Epée. Pour" agir dans des limites, étendues en faveur
des sourds-muets, il fallait avant tout démontrer d'une
manière convaincante que le Créateur a accordé aux
sourds-muets les mêmes aptitudes qu'aux hommes doués
de tous leurs sens, que les sourds-muets sont par con-
séquent des hommes comme nous et n'ont à regretter
que la perte de l'ouie; qu'ils sont néanmoins capables de
recevoir l'éducation de l'esprit et du cœuiv Si malheu-
reusement beaucoup d'instituteurs de sourds-muets de
l'ancien temps firent un mystère de leur méthode, vou-
lant tirer de leur art le plus grand profit possible, l'abbé
de l'Epée, lui, fit toujours passer l'intérêt des sourds-
muets avant le sien, l'our leur être utile dans la plus
large mesure, il fit connaître dans le plus grand détail
les procédés dont il usait dans son enseignement. Il vou-
lait servir parla de guide à ceux qui auraient l'intention
de se consacrer à l'enseignement des sourds-muets.
Cela ne suffisait pas encore pour remplir la tâche si vaste
qu'il s'était proposée. Il appela des professeurs de tous
pays, les préparait donner l'instruction spéciale dont il
s'agit- et ccux-pi devinrent alors les messagers propaga-
teurs de la méthode de l'abbé de l'Epée. Dans ces condi-
tions, la renommée de l'instituteur français ne pouvait
manquer de se répandre partout, de même que la mé-
thode ne pouvait manquer d'acquérir une prédominance
de plus en plus grande. Autant nous devons, regretter le
temps <T arrêt qui en résulta pour la méthode allemande,
autant devons-nous néanmoins nous applaudir, à un autre
point de vue, de l'heureux progrès que fit la cause de
l'éducation des sourds-muets.
Il devait arriver que les succès de l'abbé de l'Epée
excitassent l'envie de divers spécialistes contemporains,
que l'oeuvre de paix de l'instituteur parisien, fut contre-
carrée d'une manière fâcheuse par des hostilités venant
de ces adversaires. Notre compatriote Heinicke joua un
rôle prépondérant dans cette lutte. Les partisans de l'en-
seignement des sourds-muets par la langue parlée ne
sauraient lui être trop reconnaissants d'avoir, pris en
— 247 —
main d'une façon virile là défense de la méthode alle-
mande comme étant la seule bonne ; mais ils ne voudront
pas couvrir de leur approbation le fondement qu'il don-
nait à ses vues, non plus que le Ion de sa polémique.
Heinicke s'élait par malheur adonné à des spéculations
stériles et à une sorte de dilettantisme scientifique (phé-
nomène dont nous a^vons vu se renouveler récemment la
manifestation en matière d'enseignement des sourds-
muets) de telle sorte qu'il n'éprouva aucun penchant ou
ne trouva aucun loisir pour édifier sa méthode, sur des
bases solides et pour découvrir les procédés de son con-
tradicteur. Aussi ne devons-nous pas "nous étonner de ce
qu'il ait eu le dessous dans la lutte.
La controverse entre de l'Epée et Heinicke eut incon-
testablement ce bon résultat de mettre en rivalité bien
Tiette la méthode allemande et la méthode française. Aussi
la plupart des instituteurs de sourds-muets qui* à cette
époque, furent employés/ou continuèrent à la fondai ion
d'établissements de sourds-muets en Allemagne (Storck,
May, Berger, d'Ëndsdorfer et autres) donnèrent-ils dans
leurs écoles une place plus ou moins large au langage
articulé, quelque fbrtè^qu'ait été sur eux l'influence de
l'abbé de l'Epée. On ne voulait pas néanmoins se rendre
aux efforts d'Heinicke. Ceux qui- appréciaient avec
un sentiment d'équitable sévérité la méthode, de
Heinicke devaient se dire vraiment que c'était là une
œuvre incompréhensible à laquelle il fallait donner
d'abord esprit et vie comme aussi une forme précise et
ils durent s'imposer comme tâche principale d'achever
l'édifice commencé de cette méthode. C'est ainsi qu'une
nouvelle vie s'introduisit dans les établissements alle-
mands de sourds-muets et que de nouveaux efforts s'y
firent .jour.
Si claire que fut en elle-même la méthode de l'abbé de
l'Epée, quelque bien appropriée qu'elle pût être à la na-
ture des sourds-muets, quelque remarquables que fussent
les succès réalisés, elle ne répondait encore que d'une
manière fort incomplète aux exigences de la vie. Si l'on
— 218 —
se plaint aujourd'hui encore de la difficulté qu'il y a à
s'entendre avec les sourds-muets au moyen de la langue
parlée, il ne viendra à l'esprit de personne d'affirmer
que les moj'ens de communication avec les sourds-muets
instruits par la méthode française soient plus commodes
et plus sûrs. Ce ne sont pas les professeurs allemands qui
ont porté le dernier coup à la méthode des signes, mais
bien les français eux-mêmes et ils devaient avoir de
bonnes raisons pour cela. Serait-ce à nous maintenant,
à revenir au langage des signes, ou bien emploierions-
nous un composé mixte de méthode allemande et de mé-
thode française comme on l'a récemment proposé, sur la
foi de théoriesémhespar quelques philosophes évoquant
cette, idée que le langage parlé n'est pas un langage na-
turel. pour les sourds-muets, ou bien parce qu'un pro-
fesseur de sourds-muets qui n'a réussi a obtenir que des
résultats modestes est contraire à la méthode orale, ou
bien encore parce que quelques écrivains sourds-muets
v:urJ raient voir la langue des signe-* ciiij>l,o.\ èe dans \o-.
institutions de préférence à la langue parlée. Non, non,
jamais. Nous avons rompu les ponts derrière nous. Nous
ne pouvons retourner en arriére et nous ne saurions le
vouloir pour nos enfanta.
Nous devons voir une intervention^ la destinée dans
ce fait que la méthode des signes a succombé, malgré
tous les avantages dont elle avait pu se, prévaloir dans
le p; ys même où elle avait reçu le jour. 11 n'y a rien là
qui portepréjutlicaà l'immortel mérite du grand homme
dont le centenaire vient d'être célébré.
Le 23 décembre, date de la mort du noble philan-
thrope, ses admirateurs se réuniront autour du monu-
ment qui a été élevé à l'abbé de l'Epée, dans l'église
Saint-Roch à Paris, afin de lui renouveler le témoignage
de leur reconnaissance. Les professeurs de sourds-
muets de l'Allemagne se joindront de tout cœur à eux.
Pour nous l'instit-uteur français sera toujours un modèle
éclatant de fidélité au devoir, de tendre dévouement aux
enfants confiés à nos soins. Nous croyons ne pouvoir
— 219 —
mieux lui témoigner notre reconnaissance qu'en entou-
rant nos élèves de tout notre amour comme il le fit lui-
même et en travaillant de plus en plus au progrés de la
méthode allemande. Ce qnél*àbbétle l'Epée a commencé,
nous l'achèverons.
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
1°. Blaetter fur Taubstummenbildung. (numéros
21 à 21). H. Stnlt<vSoest traite dans un article intéressant
rlo« ictii[H i'" \ \-r'<< ■■• ci ' ; - h à introt'.;, ; ic d'autres
noms à la place de ceux dont, on se sert maintenant
pour désigner les différents temps, mais ils ne pourraient
s'appliquer qu'à la langue allemande.
M. Walt lier, rédacteur en chef des "Blaetter" donne
une excellente traduction des propositions faites par"the
Royal commission' - à Londres sur l'organisation de
l'enseignement des Sourds-Muets en Angleterre. Cette
commission, chargée par le gouvernement anglais, a
visité en 1887 les institutions les plus renommées
d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, de France etc. pour
connaître l'état actuel de l'enseignement des Sourds-
Muets.
Le troisième article du numéro 21 parle du cinquan-
tième anniversaire de l'Instituiion des Sourds-Muets à
Stellin (Prusse), qui a eu lieu le 15 Octobre de
l'année 1889. L'auteur de cet article donne un aperçu
fort intéressant de cet établissement.
M. Cuppers, directeur de l'Ecole des Sourds-Muets à
Tièves, proteste dans le numéro 22 contre l'assertion
— 250 —
publiée par " l'Organ " au numéro 10r « S'il y avait eu
vote (au Congrès de Cologne) les thèses de M. Vatter
auraient été — il n'y a pas de doute — acceptées ».
M. Cuppers est d'un avis coirlraire.
M. Koebrich, le digne successeur du célèbre Hill à
Weissenfels, a entrepris un Iravail dont l'histoire de
de renseignement des Sourds-Muets lui sera toujours
reconnaissante pour avoir fait connaître ce que Hili
avait laissé non-imprimé après sa mort. M. Koebrich a
déjà publié plusieurs articles par Hill dans les BlaetUr
fur Taubstummenbildung de l'année 1888. Il a repris ce
travail dans le numéro 22 de l'année 1889. Tous ces arti-
cles sont très-intéressants et montrent à quel point Hill
prenait à cœur sa tâche comme maître des Sourds-
Muets.
11 dit dans son dernier article, en parlant de l'Abbé de
l'Epée : « Sa/t-on pourquoi le travail de l'Abbé de l'Epée
fut couronné de tant de succès ? C'esc parce qu'il y
consacra tout son être, tout le secret est là, » et, con-
tinue Hill, « je dois aussi dire de moi-même que les
questions concernant les Sourds Muets, m'occupent, me
pénètrent tellement qu'elles ne me quittent pas, même
en dormant. Celui qui veut devenir un maître de Sourds-
Muets capable doit diriger toute son attention sur ses
élèves, observer la moindre chose qui a rapport à leur
enseignement, eh un mot : toutes ses pensées, toute sa
forée toute son activité doivent se concentrer dans la
seule idée d'utiliser tq ut pour le bien de ses pauvres
élèves.. »
O. Wende décrit ses impressions d'un voyage qu'il a
fait, pour connaître différentes jnstilutions de Sourds-
Muets, d'après ce qu'il dit Dn peut en conclure : que
tout n'est pas comme cela devrait être.
Tietjen traite au numéro '23 une question qui occupe
déjà depuis quelque temps les maîtres de Sourds-Muets
allemands : Faut il donner, avant que le cours d'articu-
lation soit tout-à-fait terminé, une signification aux
syllabes qui en sont susceptibles ? Si, par exemple, l'en-
-*r- 251 —
faut sait prononcer les syllabes \.o, cha, lou, etc. faut-il
lui montrer un pot, un chat, un loup, etc. ? Les uns,
comme Hill, Cuppers, Rossler, Stoffers, Soder, Vatter,
etc. disent oui, le& autres, comme Schettle, Frese et
aussi M. Tietjen, disent non. Me basant sur une
longue expérience, je suis de l'avis des premiers.
M. Hacder-Breslau parle dans un article bien intéres-
sant des résultats obtenus par l'ancienne et la nouvelle
méthode pour l'enseignement de l'articulation au Sourd-
Muet, et fait ressortir d'une manière claire et nette tous
les avantages qui caractérisent la méthode actuelle.
Je voudrais aussi attirer l'attention des lecteurs sur
une information de M, Reuschert intitulée : le dévelop-
de l'instruction des Sourds-Muets en Allemagne depuis
1881. Il y avail alors dans 95 établissements 5629 élèves,
en 1889 dans 96 institutions il y a 6303 élèves.
Le Centenaire de la mort de l'Abbé de l'Epée donne
âM. le Directeur Walther à Berlin l'occasion de publier
une excellente biographie de ce remarquable bienfai-
teur des Sourds-Muets.
M. P. Fischer publie sous le titre : « Un mot sur la
lecture sur les lèvres ». un travail qui mérite toute
notre attention.
Le premier numéro de la troisième année de la revue
de M. Walther commence par un article rétrospectif du à
la plume de M. T, Tœpler ,sous le titov. : « Au renouvel-
lement de l'année » Ayant toujours tâché d'amener unei
reconciliation entre le nord et le sud, ou pour mieux dire '
entre le parti de " l'Organ " et des " Blaetter ", je
m'abstiens d'entrer dans les détails de cet article, d'au-
tant plus que mon intention fut assez mal interprétée. Le
ton hautain avec lequel M. Tœpler parle de moi, et sur-
tout de M. Koch, qui jouit d'une estime générale de h*
part de presque tous les maîtres de sourds-muets, ne
peut produire une bonne impression, même sur les amis
des " Blaetter ". Si l'article avait été écrit sur un ton
conciliant, il aurait fait une impression plus favorable et
aurait, j'en suis sûr, amené des amis aux " Blaetter "
— 252 —
M.Qdelga publie la première paitie d'un travail infé T
ressant } «Le principe de Fintérèt et son importance
dans l'école des Sourds-Muets ». L'auteur dit: « Nos
élèves dpivent. vouloir se servir de la langue parlée ;
c'est-à-dire spontanément, librement, avec plaisir, sans
y être obligé; ils devraient sentir la nécessité d'expri-
mer leurs idées de vive voix. A l'école des sourds-muets
incombe la tâche de développer chez ses élèves l'intérêt
pour la langue parlée ». L'article contient des idées
très-justes.
M- Walther, parlant du mot « sourd-muet », cherche
à prouver que la formation de cet expression ne s'ac-
corde pas avec les règles grammaticales ;il faudrait dire
d'après son avis, « miiet-sourd » mais, réflexion faite, il
trouve cependant qu'il ' faut conserver l'expression
» sourd-muet » — « Taubstumm ».
2° Organ der Taubstummen-Anstalten. M. Wagner,
instituteur à l'établissement des Sourds-Muets et des
Aveugles à Zurich (Suisse), publie dans les n os 10 et 11
de 1' " Organ " sous le titre : « L'école des Sourds-
Muets comparée â l'école primaire », un article qui —
quoique bien écrit — n'offre rien de nouveau aux
maîtres de Sourds-Muets.
La petite étude his/orique par le D r E. ]Vf. à F. ne donne
non plus rien d'intéressant à ceux qui s'occupent de l'en-
seignement des Sourds-Muets, l'article n'est pas écrit
pour les spécialistes de notre enseignement.
M. Hoffmann-Ratibor, a publié au n° 3 de " l'Organ "
concernant l'ouvrage de M. Odelga : « L'enseignement
delà langue dans l'école " ultraquistiquc" doit faire un
retour »,_ un article qui a amené une polémique assez
vive.
Le numéro 12, le dernier de la trente-cinquième
— 233 —
année, de cette revue contient un article par Vatter
sous le titre : « Quelques remarques concernant l'article
de M. Cûppers au n° 22 des " 'Blaetter fur Taubstum-
menbildung, qui cherche â réfuter les arguments de ce
dernier.
C. Renz donne une traduction de l'excellente biogra-
phie de Guilio Tarra par M. Claveau, ainsi qu'un article
sous le titre : O. Claveau et l'introduction de la mé-
thode d'articulation en France.
Très intéressants sont les articles : « Les dernières
réformes en Autriche » par Suleiman, et « L'institution
royale des Sourds-Muets d'Esslingen en Wurtemberg
transférée au château de Bonnigheim » par Streich.
L'école d'Esslingen fut ouverte en 1825, elle y a donc
été pendant 64 ans comme externat; depuis qu'elle est
à Bonnigheim, c'est un internat. M. Streich fut nomm»
inspecteur de cette institution.
A partir du l° r Janvier 1890 " l'Organ " sera imprimé
en lettres latines ce qui facilitera beaucoup aux étran-
gers la lecture de cette excellente revue.
C. Renz
NOS GRAVURES
Un artiste de beaucoup de talent, que nous trouvons
chaque année au Salon de peinture et dont notre colla-
borateur, M. Th, Denis nous a entretenu plusieurs fois,
M. René Baudeuf, a bien voulu dessiner d'après nature
une vue du tombeau de l'abbé de l'Epée. C'est ce dessin
que nous avons fait graver pour les lecteurs de la
Revue Française, nous espérons que ' ceux de nos amis
qui n'ont pu faire leur visite au tombeau du Maître
seront heureux de le voir venir vers eux avec ce numéro
du journal.
— 25t -
Nous donnons également une reproduction d'un
médaillier renfermant les médailles connues de notre
premier instituteur; nos abonnés ont pu le voira l'Expo-
sition Universelle de Paris dans la salle réservée à
notre Institution.
Nos lecteurs qui le désireront pourront en s'adressant
à l'Imprimeur-Gérant du Journal, M. Eug. Bélanger,
225, rue Saint-Jacques, obtenir des épreuves de ces gra-
vures tirée? sur papier de hollande au prix de fr. 50
l'exemplaire pour chaque gravure.
VAMOVR SILENCIEUX
Le Supplément littéraire illustré du Petit Parisien
nous donne une nouvelle charmante de Louis Ulbach
intitulé l'Amour silencieux. Nous assistons au mariage
de deux jeunes sourds-muets instruits par la parole,
répondant aux questions du maire, ce qui ne surprendra
aucun de nos lecteurs, mais ce qui ne laisse pas d'éton-
ner un peu le romancier, Il nous conduit ensuite à
l'Église pour la cérémonie religieuse puis nous ramène
quelques mois plus tard dans l'intérieur du jeune ménage
Tous deux sont dans l'attente du petit être qui doit
mettre le comble à leur bonheur.
Laissons' parler le romancier « ,.,Mais à l'ap-
proche du dénouement, la mère fut prise d'une
angoisse terrible, dont son mari fit la confidence
à mon ami.
Ils ne redoutaient guère que leur enfant fût muet,
mais il s'étaient mis tout à coup à s'imaginer que non
seulement il serait sourd-muet comme ses père et irière,
mais qu'encore il serait aveugle.
iOo
Aveugle! alors ils auraient dans leurs bras un malher-
reux être auquel ils ne pourraient rien communiquer de
cette tendresse qui s'était élargie entre eux et qui devait
déborder sur les autres ; ils n'en recevraient rien : cette
chose vivante ne vivrait pas de l'âme et ne saurait jamais
pourquoi ou l'embrasserait en pleurant, pourquoi on la
nourrirait, pourquoi on la ferait vivre !
Sa crainte était vaine,
Elle eut un tils qui voit, qui entend, qui parle. Il n'est
pas encore entendu : il n'a que tr>>is ans ! Son cher et
doux regard n'est pas encore parlant ; mais il se fei a
entendre.
Il était dans son berceau, quand je l'ai vu, frais, rose et
les yeux grands ouverts: il tenait cela de ses parents.
La mère me racontait par signes sajoîe, ne parlait
plus de sa vilaine peur; elle m'expliquait comment elle
essayait de lui faire dire: « Papa, maman ».
— Je sais bien que c'est trop tôt, m'écrivait- elle un
jour, mais je veux épier ses premiers mots, parce que
ce sera plus difficile de lui enseigner à parler distincte-
ment; ces petites bouches qui font la moue à tout propos
qui rient à tort et à travers, dérangeront notre alphabet
à nous autres; mais c'est égal? Je veux qu'il parle de bon-
ne heure, et je veux rendre des mer.es jalouses de nos
entretiens, Je m'imagine que je l'entends déjà...
Seulement, quand le jour baisse, je ne le vois plu par-
ler, et si vous saviez combien de fois, la nuit, ne pou-
vant l'interroger puisque je ne le verrais pas répondre
je frôle doucement sa bouche avec mon doigt, pour
m'assurer que je n'y sens pas le passage d'un cri on
d'un soupir ! »
Quand on est mère, on trouve facilement le moyen
d'être heureuse ! »
— £56 —
NECROLOGIE
T.e Frère Louis Directeur de l'Institution
d8S Sourds-Muets de Nantes
Nom apprauons la mort du Frère Louis. Directeur
de l'établissement de Nantes. .Nous publierons dans
le prochain numéro une notice sur notre vénérable
Collègue. Nous donnons on * attendant le récit de ses
f'u né rai lies, et le» discours .prononcés sur sa tombe par
le Maire de la ville de' Nantes et le président de la
Société d'Horticulture.
Le 1 janvier, à deux heure?, ont eu Heu les obsèques du
Frère Louis, directeur dé l'Institution des Sourds-Muets.
Plus de mille personnes avaient tenu à accompagner
le vénérable défunt jusqu'à sa dernière demeure.
Le deuil était conduit par M, le supérieur général de
l'ordre de Saint-Gabriel et le frère du défunt, en religion
frère Fidèle r raumônier de la communauté, les frères,
le neveu et le nièce du Frère Louis.
Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Guibourg
maire de Nantes; Rambaùd, conseiller de préfecture,
remplaçant M. le préfet; Martin, conseiller général de la
Loire-Inférieure; Pineau conseiller général de la Vendée,
Blanchet, président de la Société d'Horticulture, et
un frère remplaçant M. le directeur des frères de
Ploërmel, qui lui-même était venu pour assister
aux funérailles de son ami.
Les offices ont été célébrés à l'église Saint-Jacques
et l'absoute a été donnée par Mgr l'évèque de Nantes,
assisté dé Mgr du Couédic.
Ensuite, le cortège s'est dirigé vers le cimetière de
Saint-Jacques, où, à l'entrée à gauche, une tombe bien
simple, ornée d'une croix avec cette inscription : * Cher
Frère Louis, » marque le dernier asile de celui que
notre ville entière regrette.
— 257 —
M. le maire a" prononcé les paroles suivantes.
«L'institution des sourds muets ne dépend pas de la mu-
nicipalité, -c'est une œuvre départementale. Mais la vie
admirable de son Directeur, le frère Louis, a eu pour
témoin pendant près de cinquante ans la ville de Nantes
et je méconnaîtrais les sentiments unanimes de mes
concitoyens si le Maire n'apportait pas sur cette tombe
l'hommage de nos respeds ettle nos regrets
Conçoit-on un bienfait plus grand que celui de mettre
en communication "avec leurs semblables de pauvres
entants exposés à toutes les misères humaines, et qui
semblaient à jamais privés de toute consolation intellect
tuelle et morale ! Songeons un instant que nous sommes
affligés d'une pareille douleur dans l'un de nos enfants
quelle serait notre reconnaisssance pour celui qui, ou-
vrant l'intelligence et le cœur d'un être si cher, lai per-
mettrait de nous connaître et de nous aimer ! Combien"
de familles, à Nantes même, doivent au Frère Louis cette
gratitude suprême.
Il n'est pas de tâche plus belle, parce qu'il n'est pas de
bienfait plus grand ; mais y a-t-il une tacheplus difficile
souvent plus ingrate, plus pénible ? Et quand on
songe que pendant cinquante-trois ans de sa vie, dont
quarante-sept passée au milieu de nous, le cher Frère
Louis s'y est consacré tout entier, avec autant d'intelli-
gence q'ue d'abnégation, saluons avec admiration une
aussi noble vie, et faisons remonter jusqu'à Dieu l'inspi-
ration d'un dévouement aussi sublime !
Et cependant le Frère Louis trouvait n'avoir pas
encore fait assez : au moment ou la mort l'a frappé, il
étudiait depuis plusieurs mois le moyen de réaliser le
généreux projet que le Conseil général de la Loire-
Inférieure a formé, d'établir un Instituts de jeunes
aveugles. 11 était prêt à se dévouer à une œvvre qui
serait un immense bienfait I
Si nous avionsle bonheur de posséder encore le cher
Frère Louis au milieu de nous, il s'y présenterait com-
me le plus humble : tel nous l'avons vu le premier jour
— 258 —
de cette année nouvelle, qui nous réservait de si grandes
tristesses. Restituons-lui la place qui lui appartient:
Le Frère Louis a é(è grand "par le cœur, par les vertus,
parle dévouement le plus admirable pendant une vie
entière; gardons-lui dans nos cœurs une reconnaissance
ineffaçable. Dieu permettra que de Là- Haut il protège
encore son œuvre.»
M, Blanchet, président de la Société d'horticulture, a
pris ensuite la parole et prononcé un discours que nous
tenons à reproduire :
«Au nom de la Société Nantaise d'Horticulture, dont
cher Frère Louis fut undes membres les plus compétents
et les plus actifs et les plus sympathiques, je dépose sur
cette tombe l'hommage le plus sincère de nos regrets,
de notre douleur, de notre profonde affection,
Prévenu trop tard, pour donnera l'expression de nos
sentiments un développement convenable, je tiens à dire
simplement ce que nous souffrons et ce quenousperdons.
Nous perdons dans le vénérable Frère Louis non-seu'
lement le plus aimé incontestablement de tous nos col-
lègues mais l'horticulteur amateur le plus ingénieux, le
pluschercheur, le plus séfieusementtravailleur que nous
ayons jamais connu. Rien de banal dans ses expériences
dans ses essais ; tout était calculé pour atteindre un but
utile, pour-obteii.ir un progrès.
Et quelle simplicité, quelle réserve sans pareille dans
le récit de ses recherches les plus sérieuses !. . .
Cœur d'or, doublé d'un vrai savant, voilà la meilleure
définition de celui que nous pleurons.
Nous .connaissons tous ses mérites, tous les grands
services rendus par lui : d'autres, plus autorisés que
nous les raconteront en termes éloqeunts. Cependant je
veux ajouter un seul mot que j'ai eu le bonheur d'en-
tendre répéter dans le sein de nstre Société: « Il
n'était pas une poitrine plus digne que la sienne de
porter la Croix de l'honneur! » — Oui; mais sa modestie
admirable a su le faire oublier ! »
— 259 —
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Notre numéro de Janvier Février. — Nous prions
nos lecteurs d'agréer nos excuses pour le retard qui a
été apporté dans l'apparition de notre numéro de Janvier
Ils se rendront compte des motifs de ce retard en
recevant ce numéro double qui porte la date de Janvier
Février et que nous avons consacré plus particulière-
ment au fondateur de notre enseignement. Nous n'avons
pasrépondu aux réclamations qui nous ont été adressées
au sujet de ce retard, les réponses seraient parvenues en
même temps que le'journal lui même. Le N° 121e dernier
de la 5 me année paraîtra le 1 er Mars prochain. Nous
prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire
le 1 er Janvier de le renouveler afin d'éviter les ennuis
du recouvrement. Nous serions également reconnais-
sant à nos collègues étrangers qui ne nous ont pas fait
parvenir le montant de leur abonnement pour la 5 me
année de nous l'adresser ( Nous pwlons des piys sur
lesquels la poste n'opnre pas les recouvrements. )
Institution Houdin. Paris. — En dépit de l'influenza,
Madame Houdin, directrice de l'institution des sourds-
muets, 82 rue de Longchamps, a donné sa petite fête
annuelle, le 25 Décembre 1889.
Deux fillettes ont récité un long dialogue sur
l'Exposition ce qui a fait surgir une pluie de bravos.
Ensuite une comédie intitulée: La poule savante a
excité l'admiration de nombreux invités, trop heureux
d'applaudir les chers acteurs.
A leur tour, les epfants ont pu remercier leur aimable
directrice qui leur a distribué une foule de jouets ornant
un magnifique arbre de Noël : ils ont pu aussi recueillir
des compliments pour les ouvrages, tels que dessins et
travaux, â l'aiguille K qu'iIs ont offerts à leurs parents.
Un invité.
— 260 —
Anniversaire de la mort d'Augustin 'Grosselin
Un groupe de sourds-muets s'étaient donné rendez-
vous, dimanche 9 janvier, au cimetière Montparnasse
pour donner un lémoignage. de reconnaissance à
Augustin Grosselin, auteur de l'ingénieuse méthode qui
permet au sourd-muet tout jeune de s'intruire sans
quitter sa famille, à la^méme école que ses fçère et sœurs
et d'acquérir, au milieu de nombreux amis entendants,
•'instruction primaire et l'usage de la parole qui lui don-
uera la possibilité de communiquer avec tous.
Augustin Grosselin, décédé le 5 Janvier i870, a
fondé la Société pour la protection et Jinstruetion simul-
tanées dessourds muets et des entendants parla méthode
phonomimique. Gette méthodequirendrétudedelalectu-
re aussi rapide qu'attrayante pour nos jeunes enfants en-
tendants est très répandue dans les écoles primaires et
matenelles, grâce au dévouement de M. Emile Grosselin
chef du service desténographie à la Chambre des députés
Une guèrison originale
Un mineur, de Rhonoda (Angleterre.), nommé David
Davies, vientd'êtrel'objetd'unetrès curieuse expérience.
C'était <u ne des victimes de la mémorable explosion de.
Pen-y-Craig. en 1889, à la suite de laquelle il dut gar-
der le lit.pendent quatre ans. Il était parvenu, peu à
peu, à se remettre sur pied. -^îais, par suite de la
commotion qu'il avait éprouvée, il était resvé sourd et muet
Le médecin qui le soignait eut l'idée de lui faire
recevoir une secousse analogue a celle qui lui avait
valu son infirmité. Il y a quelques jours, il le plaça aussi
près que possible d'un canon avec leque) on faisait des
exercice de tir, An sixième coup, l'ouïe lui était revenue,
Il restait encore muet, mais, dimanche dernier, quel-
qu'un lui ayant adressé des paroles qui le mirent en colère,
soit volonté, soit instinct, il fit un effort et laissa échap.
p9r un jur on. La parole lui était rendue.
L'Imprimeur- Gérant, Ea*. BELANGER rue Saim-Jaciue» jif. Pari»
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
5"" aimée. N» 12 Mars 1890.
FREDERIC PEYSON
Peintre sourd-muet
. Frédéric Peyson a marqué sa place au premier rang
de ces sourds-muets instruits qui, par diverses manifes-
tations d'une supériorité intellectuelle, resteront
l'éternel honneur de la Maison fondée par l'illustre
abbé de l'Épée.
C'est dans le domaine de l'art que Peyson a laissé la
trace d'une personnalité remarquable. Mais s'il nous
arrive, comme en ce moment, d'embrasser l'ensemble de
sa vie, nous ne savons pas ce que l'on doit le plus
admirer en lui ; la valeur de l'artiste ou la valeur de
l'homme.
L'artiste avait du talent, de l'inspiration, Tardent
amour du beau et du vrai ; l'homme avait su réunir
l'élévation de l'esprit, la dignité du caractère, la géné-
rosité du cœur.
Nous ne connaissons pas de plus beau modèle à offrir
à ceux de ses jeunes frères en infortune qui seraient
entraînés, par une sérieuse vocation, vers la carrière
qu'il a parcourue avec tant de distinction.
Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir recueillir
sur son existence des détails assez précis pour le
faire aimer. Nous les devons, en partie, à l'obligeance de
la sœur et de la nièce de Peyson, (1) dignes femmes dont
il eut toute la tendresse en ce monde et qui, restées
(1) Madame Boyer-Peyson, veuve du docteur B iyer, l'éminent
professeur à la Faculté de. médecine de Montpellier et Mademoiselle
Marie Boyer.
— 262 —
fidèles à l'affection la plus dévouée, conservent le culte
de sa mémoire avec la plus touchante piété.
Frédéric Peyson est né le 21 mars 1807, à Montpellier,
d'une honorable famille de négociants. Tout semblait
lui sourire dès son berceau. Ses parents, qui devaient à
leur probité l'estime et la considération de leurs conci-
toyens, jouissaient d'une aisance .qui lui^rermettait la vie
douce et facile Venu au monde dans des conditions
normales, avec une constitution robuste, l'enfant se
développait rapidement. Il était la joie de tous les siens,
il" était l'orgueil de sa mère. Déjà il emplissait l'heureuse
maison de son charmant bavardage,
Il venait d'atteindre l'âge de deux ans et demi.
Un jour, des cris déchirants se font entendre. C'est la
' voix du petit Frédéric, dont les appels désespérés jettent
soudain la terreur par toute l'habitation. On se précipite
vers l'endroit d'où partent les gémissements plaintifs, et
l'on trouve l'enfant la tête prise et comme écrasée entre
les barreaux de fer d'une Fenêtre grillée. Vite on cherche
à l'en dégager; mais on n'y parvient qu'avec difficulté et
après de violents efforts.
On croyait en être quitte pour la peur. Hélas ! la
secousse avait été trop forte pour une tète encore si
délicate, et l'accident, en apparence si peu grave,
provoqua une fièvre cérébrale. L'enfant survécut, mais
les conséquences de cette maladiedevaient être terribles
On ne tarda pas à s'apercevoir que l'ouïe du pauvre petit
s'affaiblissait peu à peu. Bientôt la surdité fut complète
et, à son tour, la voix s'éteignit progressivement. Plus
de doute, l'enfant était sourd-muet.
Toutefois l'intelligence n'avait reçu aucune atteinte de
cette funesteépreuve. L'enfantrevenu àlasantéphysique,
— 263 —
retrouva sa gaîté, son vif esprit, et la gentillesse de ses
gestes remplaça* le charme de. sa voix. Sa mimique
naturelle parlait d'ailleurs .aux yeux avec tant de
justesse-,. qu'il se mêlait, sans en éprouver trop de* gêne,
aux jeux de ses camarades. Bientôt même .on remarqua
que, toujours muni d'un crayon, et comme pour, rendre
encore plus clairement les pensées qui traversaient
son cerveau, il .couvrait portes et murailles des
images les plus variées.
On a cru voir, avec 'raison peut-être, dans cet emploi
abondant et spontané de l'écriture figurative, une
indication d'aptitudes précoces pour l'art du dessin.
Cependant la famille, toujours soutenue par l'espoir,
épuisait tous les secours de la science, pour essayer de
rendre l'ouïe au jeune Frédéric. Mais il devenait dérai-
sonnable de conserver plus longtemps cette illusion.
L'enfant grandissait, il fallait songer à son instruction
ce puissant palliatif d'un mai incurable.
Il n'y avait pas encore, à Montpellier, d'école pour les
sourds-muets. Quoi qu'il en coûtât au cœur des parents,
ils se résignèrent à envoyer leur fils à Paris. La sépara-
tion donna lieu à une seène des plus déchirantes.
Frédéric Peyson entra donc à l'Institution des sourds-
muets de Paris le 23 Mai 1817 ; il venait d'accomplir
sa dixième année.
II passa prés de dix ans dans, cet établissement dont
il fut un des meilleurs sujets. On avaiteu soin de cultiver
particulièrement ses dispositions pour le dessin, et il
avait lait dans cette Voie des progrès qni promettaient
un bon élève a l'école des Beaux-Arts,
En sortant de l'Institution royale, il se retira chez le
célèbre instituteur Bébian, qui avait été un de ses
maîtres de langue française et qui, à la suite de dissen-
timents d'ordrepédagogique avec l'administration, avait
fondé une pension privée. Peyson, alors âgé de vingt
ans, y eut toute liberté pour se livrer presque exclusi-
vement à ses études artistiques.
Il s'y appliqua avec une ardeur extraordinaire, pas-
— 264 —
santsuccessivementpar les ateliers de nos grands artistes
de cette époque, Gros, Hersent, Cognief, Ingres, et rece-
vant de ces maîtres les plus flatteurs encouragements.
C'est ainsi qu'Hersent disait au père de Peyson, à qui il
faisait l'éloge de son intéressant disciple: — Si Frédéric*
était mon fils, je ne lui donnerais que le strict nécessaire
pour vivre, il trouverait, dans une vie. plus dure, ce
stimulant qui fait des élevés bien doués des artistes hors
de pair, et votre fils est un de ceux-là.
Cette bonne opinion qu'Hersent avait de son élève se
trouva justifiée par le succès que Peyson remporta dans
un des concours pour les Prix de-Rome; il obtint le troi-
sième rang avec ce sujet : Homère parcourant , en
chantant , les villes de la Grèce.
Mais ce fils était infirme et par cela même doublement
cher à ses parents, qui saisissaient , au contraire, toutes
les occasions pour lui prodiguer les trésors du plus vif
amour, et pour étouffer, sous les témoignages de l'affec-
tion la plus plus attentive, les révoltes qui grondaient
parfois dans le cœur du jeune homme, aux heures où il
sentait l'infériorité dans laquelle le maintenait une des-
tinée cruelle.
Il ne pouvait donc pas être question de laisser
Peyson lutter avec les embarras de la vie et de l'obliger
a conquérir la renommée au prix des arrières tribula-
tions qui attendent si souvent les débutants opiniâtres.
Notre artiste devait rester peintre amateur, ce qui ne
l'empêcha pas de se montrer laborieux, de produire
énormément et d'envoyer une partie de ses ouvrages aux
Salons annuels.
*
Nous allons d'abord suivre Peyson dans les Expo-
sitions, ce qui nous permettra d'enfermer notre rapide
— 265 —
étude dé ses œuvres dans le cadre que nous offre l'ordre
chronologique.
Son début au Salon date de 1837 : il y figura modeste-
ment avec le portrait en pied d'un capitaine de la légion
Jbélge.
En 1838, il exposa une Sainte-Marguerite, composition
empreinte du sentiment hiératique le. plus pur. La
vierge d'Antioehe est debout, la palme du martyre à la
main, écrasant d'un regard imposant. le dragon qUi se
roule' à ses pieds avec une fureur • impuissante. On
remarque surtout dans cette toile le souci de la correc-
tion du dessin et cette tière simplicité de l'arrangement
que les élèves d'Ingres rapportaient des leçons sévères
du maître.
Ce tableau, légué par Peyson, en 1S77, au musée de
Montpellier, est la première pensée de celui qui a été
placé à l'église cathédrale de Saint-Pierre, de la même
ville,
Frédéric Peyson envoya au salon de 1839 une toile qui
n'était pas seulement une belle page artistique, mais
qui avait de plus le mérite d'être un des actes les plus
touchants que puisse inspirer le noble sentiment de
la reconnaissance. Ce tableau représentait, les derniers
moments de l'abbé de CEpée. Nous n'avons pas besoin de
dire que l'artiste dépensa toute son âme dans l'interpré-
tation d'un sujet que lui avait dicté une.filiale prédilec-
tion. Cette œuvre, une des plus intéressantes qui soient
entrées dans la galerie historique de l'Institution
nationale des sourds-muets de Paris, produit l'effet,' à,
première vue, dans la synthèse *de son arrangement,
d'une des scènes de famille décrites avec tant d'émotion
par Greuze. Rappelez-vous, par exemple, dans le Fils
puni, ce vieillard étendu sur son lit de mort et entouré
de sa famille éplorée.
Cette toile ne passa point inaperçue. Le public et la
critique d'art lui firent un succès très flatteur. On en
retrouvera un écho dans cet extrait d'un article du
Moniteur universel ;
— 266 —
«... L'auteur est un jeune sourd-muet dont cette
composition, pleine de sentiment, est le premier ouvrage
important, et japense que les plus sévères connaisseurs
seront agréablement surpris d'un pareil début. Quant à
moi, je trouve que ce peintre a déjà deviné l'art d'or-
donner son sujet, de manière à ramener toutes ses
parties à Tunité d'intérêt ; que sa couleur n'est point
tourmentée, qu'elle ne manque ni de fraîcheur ni d'har-
monie, en un mot que M. Frédéric Peyson mérite, dès à
présent, plus que -des encouragements. »
Le tableau dont nous venons de parler a une petite
Odyssée. Si le public l'avait accueilli avec sympathie, si les
élogêsde la presse ne lui avaient pas manqué, les sourds-
muets l'avaiertt salué avec une joie que le sentiment de
la solidarité porta jusqu'àl'enthousiasme. Ils étaient fiers
de cette œuvre qui, leur semblait-il non sans raison, les
relevait aux yeux de la société, en ce sens qu'elle était
un éloquent témoignage des résultats auxquels le sourd-
muet pouvait atteindre, dans l'ordre intellectuel et
moral, par le travail et l'étude. Pour eux, la place de ce
tableau était tout indiquée : l'Institution de Paris devait
le posséder.
; C'était bien certainement la propre pensée de Peyson.
Mais comment réaliser Ce vœu ? Deux moyens se présen-
taient :, ou faire don de son œuvre à l'administration, ou
en proposer l'acquisition à l'État.
L'auteur réfléchit qu'il avait toujours le temps de
recourir au premier moyen. Par un sentiment de
légitime amour--propre, il attendit donc les offres du
gouvernement. Celui-ci était d'ailleurs vivement sollicité
par les dévouée camarades de Peyson.
Ces offres ne s'.étaient pas encore produites, lorsque
le 11 Décembre 1842 les sourds-muets, réunis au banquet
— 267 —
commâmoratifde la naissance de l'abbé de L'Épèe, réso-
lurent d'adresser une pétition au ministre de l'Intérieur,
quiavaitdansse? attributions la direction des Beaux-Arts
EUe fut signée séance tenante. Cette^étition a été publiée
dans la notice que Fei*dinand Berj^hier a consacrée à
l'abbé de l'Épée. Mais ce qui ne se trçuv^ pas dans c©
livre, c'est la lettre suivante qui indique le bon accueil
dont la pétition fut l'objet de la part de l'administration
supérieure. Elle émane du chef de la section dont
relevaient les institutions de sourds-muets. Ce fonction-
naire ne pouvait que recommander la. requête à son
collègue des Beaux-Arts ; il le fit dans une excellente
forme :
« Monsieur, Les sourds-muets de tous les pays, de
toutes les conditions, réunis le 11 de ce mois pour
célébrer dans un banquet l'anniversaire de la naissance
de l'abbé de L'Épée, ont tous, à cette occasion, signé la
demande ci-jointe, à l'effet d'obtenir qu'un tableau
représentant les derniers moments de Vabbé de l'Épée
soit acheté au jeune Peyson, leur camarade, qui en est
l'auteur.
« Cette demande, appuyée des recommandations
honorables de MM, de Jussieu, de Lanneau, Eugène
de Monglave, etc,, mérite tout l'intérêt et toute la
sympathie du gouvernement,
« L'Institution Royale des sourds-muets de Paris a
fait partie de la Direction des Beaux : Àrts et les élèves
de cet établissement n'ont pas perdu le souvenir de la
constante sollicitude avec laquelle vous vouliez bien
accueillir alors tout ce qui "pouvait intéresser leur posi-
tion présente et leur sort h venir. Ils espèrent donc
aujourd'hui encore que vo*us aurez la bonté de soumettre
leur demande au Ministre avec un rapport favorable.
« Agréez, etc, Durieu.»
A la suite de cette dépêche, l'artiste reçut des pro-
positions. Mais Peyson n'était pas un de ces artistes
besoigneux dont l'État, suivant une déplorable tradition,,
— 268 —
a l'indélicatesse de taxer les œuvres à des prix dérisoires
On trouva ses conditions trop élevées.
Dès ce moment, son parti était pris. Au banquet com-
mémoratif de 1814, le professeur sourd-muet Alphonse
Lenoir, artiste lui-même, annonçait que Peyson Pavait
chargé d'informer « ses frères » qu'il faisait don à
l'institutionde Paris de son tableau Derniers moments
de l'abbé de VEpée. Cette nouvelle fut reçue avec les
marques de la plus chaleureuse allégresse,
Enfin l'œuvre de Peyson prenait place dans l'établis-
sement de la rue Saint- Jacques au mois de Juin 1845.
Voici en quels termes M. de Lannèau, Directeur, Maire
du 12* arrondissement, remerciait l'artiste.
« Paris., 3 Juin 1845
Monsieur
« L'Institution royale des sourds-muets a reçu avec
reconnaissance le don que vous avez bien voulu lui faire
de votre tableau représentant les derniers moments de
son illustre fondateur l'abbé de l'Épée; elle est fière à
juste titre de posséder ce souvenir d'un de ses enfants
qui ont le mieux recueilli les précieux avantages de
l'éducation qui se donne dans son sein.
« La commission consultative partage, dans cette cir-
constance, toute la gratitude du Directeur et me charge,
Monsieur, de vous en transmettre le sincère témoignage.
« Il a été décidé que le tableau porterait une inscrip-
tion rappelant à la fois le nom du donateur et le motif de
son offrande .
« Je réitère, Monsieur, tant au nom de mes collabo-
rateurs et de mes élèves qu'au mien la vive expression
de mes sentiments de reconnaissance et d'attachement.
» Votre affectionné. de Lanneau »
— 269 —
Le récit pictural des Derniers moments de Vàbbé de
VEpèe figura avec honneur, à . l'Exposition universelle
de 1889, dans l'Exposition particulière que le Directeur
de l'institution nationale des sourds-muets organisa avec
tant de succès au milieu du Palais affecté aux établisse,
ments de bienfaisance.
(A suivre)
Théophile Denis
Société Anonyme des Sourds-Muets de l'Est
(Ancienne Institution Piroux)
ASSEMBLEE GENERALE DES ACTIONNAIRES
du 18 Janvier 1890
Rapport de M. le Président du Conseil d' A dministration
Depuis près de dix ans,ies Institutions de sourds-muets
ont adopté l'enseiguement à l'aide des méthodes orales.
Aujourd'hui, presque toutes le suivent exclusivement.
Aussi peut on déjà en estimer les résultats. Plus de la
moitié des élèves en recueillent les effets promis.
Ils peuvent, après leur temps d'études, communiquer leurs
pensées par la parole et saisir celles des personnes qui
leur parlent, en les lisant sur les lèvres.
Mais il est incontestable que dans l'enseignement des
sourds-muets, comme dans tout autre, plus peut-être
que dans toute autre, il se trouve des fruits secs. L'ato-
nie des organes de la parole, le manque d'intelligence,
— 270 —
une molesse plus qu'ordinaire empêehe bon nombre
d'enfants de trouver, dans leurs études, le remède âleur
cruelle infirmité. Pour ceux-ci, dit-on parfois, n'est-il
pas -superflu d'en appeler aux efforts longs et pénibles
qu'exigentl'articulationet la lecture labiale ; ne vaudrait-
il pas mieux s'en tenir à l'ancien mode.de langage, au
langage par signes que le sourd-muet s'assimile facile-
ment. Pourquoi passer des années à chercher à tirer
des sons du gosier d'un enfant, à lui faire péniblement
articuler des mots, à lui' apprendre un alphabet
difficile dont les let.tres sont les mouvements quasi
imperceptibles des lèvres, quand il est probable que cet
enfant ne sera pas récompensé complètement de tant
d'efforts? question du plus haut intérêt qui se résume
en celle-ci ; La méthode orale pure est-elle applicable
à tous les sourds-muets ?
Si, en employant les méthodes orales dans l'ensei-
gnement des sourds-muets mal doués, le temps et les
efforts des élèves, les soins et le travail des professeurs
se trouvaient dépensés en pure perte, on devrait évide-
meut en revenir à la méthode mimique. Mais comme
ce fait ne se produit que chez les enfants dits arriérés .
et coinme ceux-ci ne devraient pas être admis dans nos
établissements spéciaux d'instruction, etce retour sera
une faute.
Tel sourd-muet, en effet, qui, au début de ses
cours, semble se refuser à profiter de nos méthodes, voit
son intelligence s'élargir et ses aptitudes se révéler après
un ah, deux ans, souvent trois ans d'études. Aussi doit-
on attendre ce réveil et tout faire pour le provoquer.
La possibilité de donner la parole à un muet né vaut-
elle pas une série d'efforts de la part de l'élève, des
années de travail et de dévouement de la part des
profeseurs et une somme de sacrifices de la part de la
société.
Si, à la fin des cours, le gosier de ces enfants ne s'est
pas suffisamment façonné à l'exercicedelaparole.l'élève
n'en a pas moins suivi les cours d'enseignement
— 271 -
primaire et professionnel et, quelque rebelle qu'il soit à
l'usage de la parole, il arrive, à l'égal de S33 camarades
mieux doués, àlire couramment; à écrire correctement,
et à avoir des notions suffisantes d'arithmétique et
d'histoire naturelle. Puis qulerque peu de mots, quelque
peu de phrases, quelque dure que soit la voix qu'il rap-
portedesapériode d'instruction, son bagage, si petit qu'il
soit, lui, rendra toujours les communications so-
ciales plus faciles que le langage pai* signes que peu de
monde comprend.
La méthode orale pure est donc applicable à tous
les sourds-muets.
Du reste, s'il en était autrement il faudrait organiser
un double enseignement, créer d'autres cours, peut-être
d'autres Institutions. S'il est dispendieux de subven-
tionner un enseignement unique, il serait malaisé d'en
entretenîrdeux. C'est pourquoi la Malgrange persistedans
la voie qu'elle suit depuis cinq ans.
Toutes les questions, relatives à l'enseignement des
sourds-muets, sont du plus haut intérêt. Elles sont
discutées périodiquement dans des congrès dont font
partie les chefs d'institutions et des professeurs. Elles
l'ont été cette année dans un congrès réuni pendant
l'Exposition internationale auquel ont aussi assisté des
sourds muets de tous pays.
La Malgrange a eu le regret de ne pouvoir pas s'y
rendre. Elle a pensé que si des procédés nouveaux
d'enseignement, ou des modifications heureueses dans
le genre de vie des élèves y étaient apportés, la presse
-se chargerait de lés annoncer et qu'elle en serait
informée sans qu'elle ait besoin de sortir de sa vie
calme et régulière, ni de toucher à sa réserve si utile
au bien-être de ses enfants. Notre personnel a donc
suivi, de loin mais avec intérêt, les séance du congrès.
Professeurs et élèves se sont unis aux congressiste dans
la manifestation de reconnaissance que ceux-ci ont eu
la religieuse pensée de faire pour célébrer le centenaire
de la mort de l'illustre abbé de l'Épée, La reconnais-
— 272 —
sance envers leur bienfaiteur les a conduits, en grand
nombre et en grande pompe, à Versailles où ils ont fait
poser une plaque commémoratfve sur la maison où il est
né; puis à Paris, rue Thérèêe, où ils en ont fait appliquer
une autre sur la maison dans laquelle.il fonda sa pre-
mière école; enfin, à l'église St-Roc h pour déposer des
couronnes sur le monument élevé en l'honneur de leur
cher maitre.
Associons-nous tous, Messieurs, à ces sentiments de
gratitude qu'a si bien mérités le fondateur de l'ensei-
gnement des soui*ds-mùets en France et adressons les
nôtres à tous les continuateurs de son œuvre si humani-
taire et si digne de notre intérêt. Quoi de plus noble,
en effet, que de donner aux muets la parole avec le
sentiment de leurs devoirs envers Dieu et envers la
société.
La tâche des disciples de l'abbé de l'Épée est ardue.
Si les grandes lignes des méthodes sont bien traeées
que de.traits laissés à l'initiative du professeur. Aussi
doit-il être toujours au travail, sans cesse à l'écoute.
C'est ce que font ceux de la Malgrànge. Aussi l'Insti-
tution reçoit-elle des preuves de la bienveillance des
différentes administrations. Celle de la ville de Nancy
lui est fidèle. A dater de cette année, tous les enfants
sourds-muets sans ressources de h. ville, bénéficieront
d'une bourse d'interne à l'Institution. Si l'État, si les
départements suivaient cette voie libérale,, les commis-
sions de classefnent ne se verraient pas obligées de jeter
au panier dès demandes de bourses, qui datent de loin
et auxquelles elles ne peuvent plus donner droit, vu
l'âge avancé des candidats.
Priver d'instruction et par là de la parole, un enfant
sourd-muet,, n'est-ce pas un crime de lèse-humanité ?
G'est au congrès de 1889, Messieurs, que ce_ mot a été
dit. Il est rigoureusement vrai. Puisse-t-il faire son
chemin comme l'ont fait ceux qui ne le sont pas.
LaSociété, Messieurs, a été cette année, particulière-
ment éprouvée. Elle a perdu un des membres de votre
— 273 —
conseil, l'honorable et sympathique M. Vergne qui, dans
toute occasion, mettait son temps, son intelligence, son
dévouementau service de noire œuvre ; puis Madame
Piroux, la compagne de M. Piroux, le fondateur de
l'Institution de Nancy ; peu après, M. le docteur Piroux,
son fils, qui, pendant quelque temps, a bien voulu faire
partie du conseil d'administration. Aunom de laSociété,
votre conseil a prié la famille de M. Vergne et celle de
M. Piroux, d'agréer ses compliments de bien cordiale
condoléance. Une pourra oublier ses excellents rapports
avec M. Vergne et devait se rappeler que M. Piroux
fut l'abbé de l'Épée de la Lorraine et que notre Institu-
tion porte son nom.
Si l'on compare les quatre derniers bilans de la
société, on voit celui de 18P6 se solder par un excédent
de 1,054,74; celui de 1887, par un boni de 1,554, 70 ;
celui de 1888, par un reliquat de 1,395, 10; celui de 1889
enfin, par une mieux value de 1,364,-10; après avoir
satisfait aux différents amortissements de nos em-
prunts.
Cette similitude de résultats doit, Messieurs, vous
donner confiance en l'avenir, démontrer qu'en temps
normal, notre budget sera toujours équilibré et affirmer
la vitalité de la société comme celle de l'Institution.
Si, d'une part, les dépenses d'entretien mobilier et,
immobilier ont porté en 1889, les frais généraux à
17, 056 fr. qui sont supérieurs de 1, 001 fr. 82 à ceux de
1888 : de l'autre, les recettes nettes sur élèves se sont
élevées à 21, 072 fr. 12 en excédent de 806 fr, 10 et le
compte d'atelier, défalcation faite de la part revenant
aux apprentis, à 2, 681 fr. 50 en bénéfice de 82 fr. 50
sur l'année précédente. Enfin le compte d'intérêt de
nos dettes est inférieur de 127 fr. 79 par rapport à
l'exercice précédent, ce qui explique la similitude de
ces deux bilans. Les avances faites par la société nan-
céienne, avances qui constituent la dette flottante de la
Société, sont, cette année, de 8,023 fr. 60 soit de 1, 769
fr, 26 supérieures a celles de la période 1887-1888. Mais
- 274 —
elles sont couvertes dans la même proportion, par les
sommes dues par élèves.
Ces sommes ne sont pas toujours, . il est vrai, de
l'argent comptant. Les familles de la plupart des élèves
ont peu de ressources et les rentrées s _mt parfois diffi-
ciles. Mais elles peuvent être portées aujourd'hui a
l'actif, grâce à l'appoint généreux de la Société de
Patronage, appoint qui, pour 1893, s'est élevé à 1.225,
grâce aussi au compte de dons qiin Vous avez ouvert au
budget, compte qui a été alimenté cette année par MM.
Hulot et M. Victor de Metz.
Vous vous rappelez, Messieurs, qu'en 1886, quelques
personnes ayant eu la généreuse pensée de faire parti-
ciper l'Institution à leurs libéralités, l'Assemblée générale
a dû en régler l'attribution. Elle a décidé que les dons,
sans désignation spéciale, étant pour la plupart souscrits
par le seul désir de faire le bien, devaient être
attribués à nos élèves pauvres. C'est pourquoi elle a
ouvert ce compte de dons, auquel la commission peut
faire appel, pour pourvoir de fournitures diverses, de
vêtements, les élèves sans ressources et pour payer les
petites dettes qu'ils ont laissées à leur sortie de l'insti-
tution, dettes que les familles ne peuvent solder.
Ce compte est réduit aujourd'hui à 411 fi\ 05.
Votre commission voudrait le voir plus largement
pourvu. Elle aimerait à se montrer moins rigoureuse vis
à vis les élèves dépourvus de fortune.
Une institution d'instruction qui compte 100 boursiers
sur 115 élèves, a maintes fois besoin d'un fonds d'épargne
pour constituer son budget de bienfaisance. La Mal-
grange n'ayant pas cette réserve, le compte de dons
doit la lui fournir. C'est lui que votre commission se
permet de recommander à votre bienveillance et à celle
de toutes les personnes bienfaisantes et généreuses qui
doivent être certaines que ce n'est pas au budget de la
Société que leurs libéralités viendront en aide, mais à
celui de nos élèves pauvres et dignes de tout leur
intérêt.
— 275 —
Après avoir entendu le ^apport de M, le commissaire
de surveillance, l'Assemblée approuve les comptes de
r.exercice 1838-1889 ainsi que les résolutions proposées
par le conseil«d'administration.
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
1° Blaetter fur Taubtummenbildung. Au numéro 2
M. Odelga donne la suite de son article « le principe de
l'intérêt etc. dont j'ai parlé dans le dernier numéro de
la revue. — M. Kœbrich continue à publier les écrits
queTlill avait laissés à sa mort. Hill donne aux jeunes
maîtres de Sourds-Muets dans cet article d'excellents
conseils qui méritent d'être gravés dans la mémoire de
ceux quise vouent à cet enseignement.
M. H. Hoffmann parle de l'importance et du but de
l'enseignement de l'histoirp, se basant surune allocution
de l'empereur Guillaume ri faite devant une députation
de l'université de Goettingen, à laquelle il recomman-
dait vivement l'enseignement de l'histoire, surtout de
l'Allemagne depuis laRévolution Française jusqu'à notre
temps, — M. Walther publie une lettre adressée par
l'abbé Sicard âM.Eschke à Berlin, elle intéressera certai-
nement les lecteurs de la revue :
« Établissement de Bienfaisance.
Paris, le an 180
Le directeur-administrateur de l'Institution des
Sourds-Muets, Administrateur de celle des Aveugles,
Chanoine honoraire de l'Eglise de Paris, Membre de
l'Institut de France etc.,-
A l'instituteur des Sourds-Muets de Berlin.
« Monsieur et très cher Confrère.
Le voyageur qui vous remettra ma lettre et qui se
rend à Saint-Pétersbourg pour affaire de commerce est
un jeune homme fort intéressant au sort duquel je
prends leplus tendre et le plus sincère intérêt. Je vous
l'adresse, comme -vous auriez droit de m'adresser les
voyageurs de votre pais, espérant que vous voudrez
bien l'accueillir comme je recevrais vos recommandés.
Je prends sur moi tout ce que vous aurez occasion
défaire pour lui il me donnera des nouvelles de votre
établissement comme il vous en donnera du mien ; il vous
dira combien j'ai été sensible à la bonté que vous avez
eue de m'envoyer l'ouvrage que vous avez publié sur
l'organisation de votre établissement. Je serai enchanté,
monsieur, de communiquer de temps entempsavec vous,
comme avec un confrère que j'honore et que j'estime,
je termine cette lettre en vous recommandant de nou-
veau M. Sievrac que j'aime comme un enfant unique
dont j'ai surveillé l'éducation et que mon intérêt suivra
partout,
Je suis bien affectueusement, monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
l'abbé Sicard.
2° Organ der Taubstummen-Anstalten. Le l' r
numéro de la 3t5 ,e,n< - année vient de paraître pour la
première fois en caractères latins ce qui facilitera aux
étrangers la lecture de cette excellente revue.
Le 1" numéro contient un article de M Vatter (Franc-
fort) sous le titre : « Connais-toi toi même " contre
M, Knauf qui lui reproche d'empêcher par sa méthode
les progrès dans l'enseignement des sourds-muets
quoiqu'il ait obtenu dans sa propre école de bons résul-
tats. Ces résultats ne seraient dûs selon M. Knauf, qu'à
la personne de M. Vatter et non à sa méthode. Bien loin
— 277 —
ds vouloir prendre parti pour l'un ou pour l'autre je dois
cepeifdant dire que M. Vatter a prouvé par sa longue
pratique, par >es résultats de son éceje et par ses écrits
qu'il est undes hommes le? plus é*minents dans l'enseigne-
ment actueldes sourds-muets. Enseigner d'après les livres
M. Vatter cela ne veut pas encore dire enseigner d'après de
sa méthode. En entrant dans ses idées, dans ses pensées
chacun sera on état d'obtenir les mèmas résultats que
M. Vatter,
Ilestàregretterpourl'enseignement des sourds-muets
quecette polémique qui devientdejour en jour plus âpre
ne C3sse pas. A qui la faute ? Ce ïTest pas à moi de pointer
un jugement. Je n'ai que le_désir de voir les deux partis
se réconcilier et cela dans l'intérêt de nos institutions.
M. Kull-Zfirich publie la première partie d'un article
fort intéressant, intitulé: l'école primaire et l'école des
Sourd s-Mueis; c'est une comparaison pédagogique dans
laquelle il montre de grandes connaissances littéraires"
L'article tout entier se divise en deux parties ;
1° Comparaison entre I'école'dcs Sourds-Muets et
l'école primaire dans leur état actuel,
2° Les rapports à créer entre les deux écoles.
C.Renz
NECROLOGIE
M, Pustienne Receveur-Econome
de l'Institution Nationale de Bordeaux
Nons avons reçu trop tard par l'anncer dans notre
dernier numéro la nouvelle de la mort de M. Pustienne.
Receveur Econome de l'institution Nationale de Bordeaux
Nous insérons la notice que nous a fait parvenir le
— 278 —
sympathique directeur de cette instituliouM.C.avè-Esgarig
en le remerciant (Je son envoi.
L'institution Nationale des Sourdes-Muettes de Bordeaux
\ient d'éprouver une perte très sensible en la personne do
son reccveur-éeonom<\ M. Pustienne, qui est décédé dans cet
établissement, le 3 Janvier, à la suite d'une longue et doulou-
reuse maladie
Ancien répétiteur, puis professeur supplémentaire au
'^rytanîede la Flèche M. Pusticnne entra dans l'administration
centrale du Ministère de l'intérieur en 1860, saviveintelligênce
et son zèle ardent ne tardèrent pas à le faire distinguer par ses
chefs, et en 1873, sur la proposition du directeur du secrétariat
et delaeomptabilité, M. Normand, il était appelèauxfonclions
d n Receveur Econome de l'Inslitulion nationale de Bordeaux.
. Doui d'une grande facilité d'assimilation et passionné pour
l'étude, M, Puslienne ne pouvait pas se désintéresser de
l'œuvre poursuivie dans l'Etablissement auquel il venait
d'être attaché. Il consacra donc ses loisirs à écrire de " Petits
récits d'Histoire de France u ouvrage paru en 1885 et en 1886,
et q,ui dénote ch^z son auteur une connaissance approfondie
des méthodes d'eusejgnement des sourds-muets.
On sait combien les livres véritablement à la portée 4e ces
derniers sont rares et combien est encore vaste, à ce point de
vue, le champ laissé à l'initiative des professeurs. L'ouvrage
(It M. Pustienne comblait unedeces lacunes; aussi, bien
qu'il eut été spécialemeut écrit pour les élèves de l'Institution
nationale de Bordeaux, n'en fut-il pas moins adopté par la
généralité des écoles françaises de sourds-muets.
M. Pustienne n'était àgè que de 49 ans. Il avait été nommé
officier d'académie au mois de Juillet 1S85.
C'est en 1883 à la suite de la publication d'un compte-
rendu sur ses petits Récits d'Histoire de France, que nous
finies la connaissance de l'excellent M. Pustienne; nous
nous rencontrâmes ensuite au Congrès de Paris, la même
année, il en fut, on le sait un des secrétaires. Modeste,
aimable, d'un esprit vif, tel il nous apparu et tel nous
le retrouvâmes dans la correspondance que nous échan-
geâmes ensuite. La maladie qui devait l'emporter avait
depuis longtemps brisé sa plume. Nous ne l'oubliions pas
pour cela et tous ceux qui l'ont connu se rappelent
l'homme charmant, le confrère dévoué qui nous a
— 279 —
devancé dans l'autre monde. Qu'il nous- soit permis de
dire à sa famille que nous avons ressenti douloureuse-
ment cette perte et que nous nous associons bien
sincèrement à sa douleur.
Ad. Bélanger
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Un Sourd-Muet en Police Correctionnelle
pas d'Interprète !
Le mois dernier, un sourd-muet , ouvrier tailleur à Calais
était traduit devant le tribunal correctionnel de Boulogne
Quel délit avait-il commis ? Vous allez le voir. Ce mal-
heureux, manquant d'ouvrage à Calais et se voyant réduit
à la misère, alla chercher de l'occupation à Boulogne.
Il n'y fut pas plus heureux, au contraire. Là police mit
fin à ses démarches en l'arrêtant comme mendiant. Et
voici ce que je lis dans le compte rendu judiciaire où je
puise le fait ci-dessus: « Le tribunal n'ayant, pas d'interprète
à sa disposition, le président et le prévenu correspondent
laborieusement par l'intermédiaire de l'huissier. » Vous
croyez peut-être que le tribunal, si mal éclairé, s'est
empressé de rendre le pauvre garçon à la liberté ?
Erreur. Il l'a condamné à deux jours de prison. Pas
d'interprète! Est-ce que le devoir du magistrat n'était
pas d'en faire venir un d'Arrasou de Lille, où se trouvent
des institutions de sourds-muets ? Est-il bien juste, bien
humain de doter si légèrement d'un casier judiciaire un
malheureux dont on n'a pas pu comprendre la défense ?
— 280 —
Dans bien des causes, on appelle à grands frais des
témoins inutiles. On pouvait bien, dans le cas qui nous
intéresse, faire la dépense d'un interprète.
Distinctions honorifiques. — M. Eugène Péreire Pré-
sident de la Compagnie G 1 " transatlantique, membre
de la Commission Consultative de l'institution nationale
de Paris vient d'être promu au grade de comman-
deur de la légion d'honneur. M. Eugène Péreire était
officier de la Légion d'honneur depuis le 5 Mai 1884-
M, Chambellan, ancien professeur sourd-muet, àl'ins-
titution nationale de Paris vient également de recevoir
les palmes d'officier de l'Iifstruction publique.
Nos bien sincères félicitations.
AVIS IMPORTANT
Ce numéro étant le dernier de la Cinquième année, nous
prions nos lecteurs do vouloir bien nous faire parvenir le
montant de leur abonnement pour la sixième année
Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un mandat
par la poste soit à :
M. Ad. BÉLANGER, directeur de la Revue, rue Méchain 13
Paris
ou à M Ettg BÉLANGER. Imprimeur-Sérant du journal
225, rue Saint-Jacques Paris
ABONNEMENT
PoUr la France, un an 9 francs
Pour l'Etranger un an 10 —
En vente au bureau du journal
Ire année 4fr
2 » 9fr
3 » 9fr
4 » 9fr
6 9 fr
L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue S«int-Jtsqu«« l'J, Paris
TABLE ANALYTIQUE
de la
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
CINQUIÈME ANNÉE
Table alphabétique des noms (Fauteurs
Institution d'Annonay. Application, de l'électricité
dans l'enseignement des sourds-
muets. • J70
Bélanger (Ad,). Causerie Pédagogique. Du rôle
de l'articulation dans l'instruction
orale du sourd-muet. 10
— Bibliographie générale de tous les
ouvrages parus en France ou en
langue française surl'enseignement
des sourds-muëts. 22, 47, 65, 80, 121, 130
— Causerie Pédagogique. La méthode
orale et l'enseignement delà langue
Du rôle delaparole et de l'écriture. 37
— Cour d'assises du Loiret. 50
— Causerie Pédagogique. La méthode
orale pure est-elle applicable à tous
les sourds-muets.— De l'instruction
des arriérés. 90
— Les institutions 'de sourds-muets à
l'exposition universelle de 1?£9. 101
— Causerie Pédagogique. Note sur la
1" année d'enseignement : L'arti-
culation et la lecture sur les lèvres 125
— Bibliographie France 140, 194
— - Célébration du Centenaire dé la mort
de l'abbé de l'Kpée en France 223
— 282 —
Bourgeois (Lé A n). Documents officiels. Arrêté 107
Chambellan. Discours 192
— Discours 208
Choppin. Discours 209
Claveau (O.) Henri Keller. idées d'un instituteur
suisse, coutemporain de l'abbé de
l'Épée. sur l'enseignement des
sourds-muets. 14, 56, 85
— Bibliographie italierne. 41
— L'abbé Jules Tarra. 77
— Le 23 Décembre 1889 221
Denis (Théophile) Deseine, sculpteur sourd-muet
.élève de l'abbé de l'Épée. 5, 29
— Les artistes sourds-muets au salon de 1889 10, 53
— Joseph II chez l'abbé de l'Épée. 174
— Les sourds-muets en France au XVI e
siècle 197
— Frédéric Peyson. Peintre sourd-muet 261
Dusuzéau (E.) Congrès, international des sourds-
muets. 73
Hugot. Discours 192
Marguerie. Discours prononcé à la Distribution des
prix de l'Institution de Paris. 211
InstitutiondeNancy. Président du Conseil, Rapport
à l'assemblée générale. 269
RenzC.) (Revue des Journaux étrangers
Organ der Taubstummen . 1 19, 138, 182
251,276
— Blaetter fur Taubstummenbildung. 120, 139
183, 247, 275
— Bibliographie allemande. 194, 278
Segerstedt (M elle ). Les écoles de sourds-muets en
Suède. 94
Ulbach (Louis). L'amour silencieux- 254
Walther. Le centenaire de là mort de l'abbé de
l'Épée. 237
Wilen(J.A.) Les écoles de sourds-muets en Suède 61
TABLE DES MATIERES
J: li
CINQUIEME ANNÉE
Les Beaux- Arts et les sourds-muets
Deseine sculpteur sourd-muet, élève de l'abbé de
l'Épèe(27i. Denis). 5, 29
Les artistes sourds-muets au salon de 1889. (Th. Denis). 47, 33
L'enseignement du dessin dans les institutions de
sourds-muets (Bludeau). 168
Le tombeau de l'atfbé de l'Épée à l'église Saint-ftoçh,
le 23 Décembre 1883 (R.Baudeuf). 232 .et 233
Récompenses des artistes sourds-muets -à l'exposition
universelle. 181
Frôdéric Peyson. Peintre sourd-muet. (Th, Dmis). 261
Bibliographie
Bibliographie générale de tous les ouvrages parus en
France ou en langue française (Ad. Bélanger). 22, 47, 68, 80
121, 130
Bibliographie Internationale
FRANCE 140. 19
Ad. CoRaiÉ. Etude sur l'institution nationale des sourdes-
muettes de Bordeaux. 140
Institution de Currière. Distribution des Prix. 194
Société des Etudes historiques. 148
— 284 —
ALLEMAGNE 19i
IIux. Collection de gravures pour l'enseignement des
sourds-muets. 19i
ITALIE 41
G. Ferreri et G. Morbidi. Exercices gradués de lecture à
l'usage des sourds-muets italiens. 41
G. Ferreri. L'otologie et les écoles de sourds-muets. 41
G. Perini, Lo sourd de naissance et l'otoiatrie. 41
Biographies
Deseine, sculpteur sourd-muet (Th, Denis) S, 29
L'abbé Jules Tarra (0. Claveau). 77
L'abbé Louis Dassy. 123
Frédéric Peyson (Th, Denis). 261
Le Centenaire de la mort de l'abbè de l'Épée
Congrès international des sourds-muets' (Circulaire). 73 et 91
Le Centenaire de la mort de l'abbé de l'Epée. 196
Le 23 Décembre 1889 (0, Claveau). 221
Célébration du Centenaire de la mort de l'abbé de
l'Epée en France (Ad. Bèlangir). 223
Les Blaetter fiir Taubstummenbildung et le centenaire
de la mort de l'abbé de l'Epée. (Ed, Walther). 237
Chronique des institutions françaises
Institution nationale de Paris. 124, 143, 211, 220, 233
Institution nationale deChambéry. 144
Institution d'Elbeuf. 145
Institution de Lyon (Villeurbanne). 146
Institution Houdin (Paris), 259
Institution de Nancy 269
Chronique de l'Etranger
Allemagne. 27
Suéde (Les écoles de sourds-muets en.) Gl, 94
Angleterre, Rapport de la Commission royale anglaise. 202
— 285 —
Italie. Institution Royale de Milan. 235
Institution des sourds-muets pauvres de Milan. 23a
Etats-Unis, 99
Canada. j99
Congrès
2 e Congrès des professeurs de sourds-muets d'Allemagne. 27
Congrès international des sourds-muets de Paris. 73, 191
4 e Congrès des professeurs de sourds-muets du nord. 9b
Congrès de Cologne- 169
Distinctions honorifiques
D r Rattel. 95
M. Coldefy, 143
M, Huguenin. 148
M. Cochefer. 148
M. Emile Martin. 220
M. Goguiltot. 220
M. P- Choppin, 220
M. Eug, Péreire 280
M, Chambellan 280
Documents officiels
Arrête déterminant les conditions et programmes des
concours et examens pour le recrutement et l'avance-
ment du personnel enseignant des institutions
nationales des sourds-muets. 107
Programmes d'enseignement de l'Institution nationale
das sourds-muels de Paris approuvés par le ministre
de l'Intérieur le 13 Juillet 1889. 149
Enseignement Professionnel
L'enseignement des métiers pour les élèves garçons dans
nos institutions dé sourds-muets. (Flieth), 167
Exposition Universelle de 1889
Place occupée par les expositions des institutions natio-
nales. 78
— 286 —
Les institutions de sourds-muets à l'exposition univer-
selle de 1889. 101, 124
Récompenses décernées aux inslitutions do sourds-
muets. 180, 219
C ravures
Le tombeau de" l'abbé de l'Epée à Saint-Roch (Paris) le
23 Décembre 1889 {René Baudcuf) 232-2315
Médaillier appartenant à. M. Ad.. Bélanger, 240-241
Nos gravures, 253
Histoire de l'enseignement
Deseine sculpteur sourd-muet élève de l'abbé de l'Épée
(Th t Denis). 5, 29
Henri Keller idéesd'un instituteur suisse contemporain de
l'abbé de l'Épée sur l'enseignement des sourds-muets
(0. Claveau) 14, 56. 83
Joseph II chez l'abbé de l'Épée. (Th: Denis). 175
Les sourds-muets en France au XVI e siècle (Th. Denis). 197
Journaux (Revue des).
Organ der Taubstummen Anstalten. 98.119, 138, 182,252, 275
Blaetter fur Taubstummenbïkhmg 93, 120, f3^, 183,249, 276
LaEnsenanza. 98
Taubstuhimen-Courrier, 93
Tidskrîft for Dofstuiùskoian. 99
Quarlerly Rëview ôf deaf-mute" éducation. 99, 202
American Annals of Deaf. 99
Méthode
•Du rôle. de l'articulation dans l'instruction orale du sourd-
muet (Ad,Bèlanger).' 10
Henri Kelfer, idéesd'un instituteur suisse, contemporain
de l'abbé de l'Epée sur l'enseignement des sourds-
muets (O, ClaveaU). 14, 56
— 287 —
La méthode orale rt l'enseignement de la langue — Du
rôle de la parole et de l'écriture (Ad, Bélanger). 37
Exercices gradués, de lecture de M. M. G, Ferreri et
Morbidi (Ô.'jClavaau). 41
La méthode orale pure est-elle applicable à tous les
sourds-muets.— De. l'intruction des arriérés (Ad.
Béiang?r). -90
Programme d'artieulalion. 11 i
Programme d'acoustique. 110
Programme de l'histoire de l'art d'instruire les sourds-
muets. 116
Programme d'anatomie et*de Physiologie. 117
Notes sur la i rc année d'enseignement: L'articulation et
la lecture sur les lèvres. (Ad. Bélanger) 125
Programme de l re année. 149
Nomenelature"del ie année. loi
Programme de 2 e année. 152
année. ISS
année. 154
année. 135
année. 156
année. 157
•■année; 158
Le régime de l'internat applique aux 3 premières années
d'études etc. (Cuppers). 160
L'enseignement du langage dans le c"ours des trois
premières années d'éludés (Vatter). 161
L'enseignement de la parole au sourds-muCts (Heidsiek) 163
Peut-on dans l'enseignement donné aux sourds-muets
exclure absolument l°s signes. (Heinrichs), 163
Comment l'on éveille et l'on fait"progresser l'intérêt des
des sourds-muets pour notre langage (Knauf). 167
Sur l'utilité des images dans l'enseignement des sourds-
muets (Frietingsdorf). 1G8
Changement de route pour la lecture au degré de l'ensei-
gnement intuitif. (Kœler). 169
Application de l'électrioitédans l'enseignemenl des sourds-
muets (Inst. d'Annonay). 170
Programme de Géographie. 184
Programme d'Histoire de France. 187
Programme de Droit-Usuel. 190
Programme
de
3=
Programme
de
4 e
Programme
de
5°
Programme
de
6 e
Programme
de
1"
Programme
•de
8'
— 288 —
Nécrologie
L'abbé Jules Tarra, 77
PaulBucquel. 172
Le frère Louis. 236
M, Pustienne 278
Sociétés de Bienfaisance
Association amicale des sourds-muets. 73, 209, 225
Société centrale d'éducation et d'assislance. 75, 98. 121
Société d'appui fraternel. 197
Ligue pour l'union amicale des sourds-muels, 95, 22
Variétés
Cour d'assises du Loiret, affaire Malhieu-Savignat (Ad.
Bélanger). 50
Une fête de sourds-muets à Liège. 76
Un sauveteur sourd-muet. 197
Le 177 anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Epée. 209
L'amour silencieux, (L. Ulbach). 254
Une guèrison originale. 160
Un sourd-muet en police correctionnel, pas d'interprêle 279
Ouvrages reçus 28, 100
Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur
ÏÏ '
REVUE FRANÇAISE
de l'éducation
des
SOURDS-MUETS
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
A. BÉLAÏGER
Officier d'Académie
Professeur, Bibliothécaire à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société des Etudes historiques
SIXIÈME ANNÉE
PAR IS
Imprimerie Eug BÉLANGER 225, r. St-Jacques
1891
I^S"
REVUE FRANÇAISE
DE i/ÉDUCATION
ici
SOURDS-MUETS
REVUE FRANÇAISE
DE L'ÉDUCATION
des
SOURDS-MUETS
WM^wwvwwwv^^n^^^tfvv*
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE
A. BÉLANGER
Officier d'Académie
Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société des Études historiques
SIXIÈME ANNÉE
PARIS
Imprimerie Eug. BÉLANGER 225, r. St-Jacques
1890-1891
Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6«™ année. N« 1 Avril 1890.
A NOS LECTEURS
En commençant sa 6 me année d'existence, La Revue
Française est heureuse d'adresser à ses fidèles lecteurs
tous ses remerciements bien sincères pour la confiance
qulils n'ont Cessé de-lui Hémôigner; elle fera tous 'ses
efforts pour la mériter. Son seul désir est de porter bien
haut en France le drapeau de la charité et de signaler à
tous lès progrès constants.de l'enseignement des sourds-
muets dans notre pays.
Ad. H.
LA QUESTION DÉS EXTERNATS DE SOURDS - MUETS
En ALLEMAGNE
Tîne personne chargée d'une mission d'étude k"
l'Etranger, n'ayant d'ailleurs aucune délégation du
Ministère de l'Intérieur, s'est cru permis d'insérer dans
un rapport officiel livré à la publicité des critiques
aussi-malveillantes qu'injustes sur la situation des établis-
sements français de sourds-muets. Je ne me propose pas
d'insister pour le moment et à cette place sur l'incorrec-
tion d'un semblable procédé non plus que sur la singulière
méconnaissance des ïaits qui .laisse absolument dans
l'ombre la transformation complète, réalisée depuis
- 6 —
bientôt dix ans dans les institutions de France par
l'adoption et par la mise en pratique de la méthode orale
pure et les succès qui ont couronné ces efforts. Je me
bornerai à signaler aujourd'hui entre, autres méprises
étonnantes et parce que cela m'amène à traiter une
question générale, la soi-disant découverte que la
personne dont il s'agit s'imagine avoir faite dans les
pays Scandinaves du régime de l'externat appliqué aux
institutions de sourds-muetâ.— Une découverte, me
direz-vous ? Mais il y a en Allemagne et depuis long-
temps quelque chose comme 50 externats de cette espèce.
Il en est de même en Hollande pour l'institution renom-
mée fondée par M. Hirsch à Rotterdam. Votre auteur ne
paraît s'en douter?— L'auteur ne s'en doute pas, cher
lecteur. Les termes formels dont il se sert le démontrent
et si vous trouvez passablement présomptueux de sa part
de s'ériger en juge, étant si mal informé, je serai bien
forcé d'être de votre avis. Laissez-moi ajouter un
'détail qu'il serait bon aussi de ne pas ignorer: c'est que
parmi les' directeurs d'institutions allemandes, il en est
de très marquants et qui, très attachés en principe
ausystèmede l'externat, n'en proposent pas moins, avec
une parfaite bonne foi, d'y renoncer pendant les
premières années du coursd'instruction, ainsi quecelase
fait du reste en Danemark à l'institut de Fridéricia.
Le mouvement d'idées auquel je fais allusion se dessine
nettement dans une discussion approfondie à laquelle
s'est livré tout récemment le 2" congrès général des
instituteurs allemands de sourds-muets réunis à Cologne.
La question a été soulevée avec une indiscutable com-
pétence par l'honorable M. Gùppers, directeur de
l'institution provinciale de Trêves.. J'espère que les
développements qu'elle a reçusetqueje reproduis ci-des-
sous en les traduisant d'après le corripte-rendu officiel (1)
(1) Bericht ueber den zweiîen deutichen ïaubstummenlehrer —
CongroSs zu Kceln vom 24 bis 26 September 1889. (Compte-rendu du
2° Congrès des instituteurs allemands de sourds-muets tenu à Cologne
du 21 au 26 Septembre 1889.)
— 7 —
ne sont point pour fatiguer l'attention des maître
français. Le .sujet en lui-même est digne d'intérêt et
nous aurons tout au moins, à relever parmi les faits qui
ont été mis en évidence, plus d'une observation utile à
retenir. 11 n'est pas moins intéressant d'étudier"*les
modifications que la discussion- a fait subir au système
primitivement formulé par M.Ciippers pour être soumis
aux délibérations de l'assemblée. Nous ne saurions
d'ailleurs trop remarquer, enparcourant le compte-rendu
des Actes du congrès et comme un excellent exemple»
le libéralisme intelligent qui a présidé tant à la formation
du programme des questions à traiter qu'à la direction
des débats eux-mêmes.
O. Claveau
Extrait du Compte-rendu officiel des Séances
du Congrès de Cologne.
Les propositions que M. Gùppers a présentées au
congrès se résument dans les termes que voici:
I. Il y a lieu de recommander le régime de l'internat pour
les trois premières années drs cours d'études.
a) au point de vue les soins matériels â douner aux élèves
et de leur développement physique.
b) Au point de vue de l'éducation.
c)au point de vue du développement du langage.
II. L'internat doit être organisé de telle sorte qu'il soit
soumis à la surveillance du directeur de l'institution, mais
sans faire appel au concours des professeurs de celte institu.
Mon.
III. Des motifs de plusieurs, ordres doivent faire désirer,
pour atteindre le but qu'on se propose, que l'internat soit le
plus possible en connexitè immédiate avec l'établissement
d'instruction.
IV II y a lieu de recommander que l'internat seit confié
(selon les cas) à des religieuses catholiques ou à des diaconesses
protestantes.
V Le règlement intérieur de l'internat doit-être prépa-
ré et arrêté par le directeur de l'établissement de concert avec
— 8 —
les représentants de la Communauté et soumis à l'approbation des:
autorités desquelles dépand l'établissement d'instruction.
M. Cùppers a développé comme suit, dans la Séance
du 24 septembre 1839; left motifs de ces propositions:
Nous avons en Allemagne des internats et des externats.
Les premières et les plus anciennes institutions de sourds-
muets furent de petits internats. Plus tard on créa des externats
qui ont été l'objet d'une préférence particulière dans l'Allema-
gne du Nord, tandis que le Sud est resté plus fidèle à la
forme originaire de l'internat. Il n'entre pas dans mon
sujet de parler des causes' de ce phénomène. Pour le présent
il y a en nombres ronds dans l'Empire allemand, 50 externats
donnant l'instruction à plus de 1800 élèves, 30 internats avec
2.230 élèves <»t un certain nombre d'établissements nouveaux
ayant le double caractère d'internats et d'externats avec 900
élèves. Chacun des deux systèmes a sa raison. d'être, offre une
physionomie spéciale et, "comme. toute chose humaine, a ses
inconvénients. Pour ma part, sans me faire illusion sur les
désavantages que peut avoir l'externat, je n'en suis pas moins
un partisan décidé de ce système. Je ne crois pas bon que le
sourd-muet, isolé du reste des hommes par sofi infirmité* tel
il y en a encore un nombre plus ou moins grand condamnés
à demeurer dans cet isolement) soit écarté de la vie commune
pendant le temps consacré à soi éducation, années si précieuses
et si particulièrement décisives pour son a\enir. Il me semble,
que pour perfectionner sous lerapportde la pratique lelangage
du sourd-muét, pour donner à l'enfant l'usage de la vie, pour
l'habituer à diriger lui-même sa conduite morale, ce qui doit
être. le but de l'éducation, il y a dans cette période si impor-
tante de son existence, le plus grand intérêt à le mettre et
à Ie4enir d'une façon aussi intime que possible et de tous les
côtés en contact avec la vie. J'estime que cette condition se
trouve réalisée au mieux dans un externat bien organisé ef
bien gouverné.
Cette conviction qui détermine la position que je veux pren-
dre dans la question à traiter ne m'empêche pas toutefois de
reconnaître et de signalop les côtés faibles, fâcheux- que
présent'é'le'réglni'ï de l'externat. Voici ce que j'y trouve à
critiquer.
1° Le régime de l'externat ne permelpas facilement de venir
en aide dans la mesure désirable aux élèves trop nombreux
— 9 —
dont le tempérament est ultra-lymphatique et dont le dévelop-
pement physique a d'ailleurs élé entravé par le défaut de nour-
riture suffisante.
2 J Nous ne sommes pas en situation de combattre avec
l'énergie et la suite nécessaires les- défauts d'uÏÏe éducation mal
conduite ou négligée.
3' !>s personnes chez lesquelles nos sourds-muets sont
mis en pension (gardiens) ne s'attachent pas suffisamment -à
faire usage vis à vis des enfants de la langue parlée et par un
emploi trop étendu et inutile des signes, retardent, au lieu de
le fiiire avancer, le développement dulangage pendant lr s
premières années d'instr uction.
Je regarde oomm" un devoir essentiel pour un chef d'éta-
blissement d'ouvrir l'œil sur les lacunes et l»s inconvénients
qiie présente une telle organisation et do se m n ttre par suite
en état de les combler, d'y obvier avec succès. Je cois que
pour atteindre ce but, il convient d'instituer, pour les trois
premières annè3sducoursd'intrttction,li régime de l'internat
§ 1.1°. Avantages de l' internat durant les trois i remière >
années appoint de vue des soins physiques oue réclament les
enfants nouvellement admis.
La plupart des élèves se ressentent, quand ils entrent chez
noas des conséquences d'uue alimentation mauvaise et
insuffisante, tout particulièrement au point de vue du tempé-
rament ultra4'ymphatique, avec tout le cortège de maux qui
en dérivent. Tous ces enfants ont essentiellement besoin d'un
régime à la fois réparateur et simple, pas trop lourd
admettant spécialement en forte proportion la viand», les
œufs, le laitage. Ou ne doit*-au contraire*- faire entrer le§.
pommes de terre qu'en faible proportion dans l'alimentation.
11 faut habituer les enfants au changement de régime alimen-
taire avec précaution et peu à peu, en usant même de
contrainte si cela est n-cesôsaire. Mais ce serait en vain et
même contre la justice qu'on voudrait assujettir les gardiens
rivant généralement dans d n s conditions d'aisance médiocre
à fournir aiuxjeunes élèves (qu'on peut bien en principe regar-
der comme des malades) le régime dont ils ont besoin. Si
l'on prétendait élever de pareilles exigences et y tenir la
main,: on pourrait en vérité renoncer bientôt à trouver d<;s
gardiens. Dans un internat au contraire on pi;ul tenir compte
— 10 —
constamment et complètement de ces considérations dans le
règlement du régime alimentaire, sans même qu'il en résulte
une augmentation dans le prix de revient de la pension.
Lorsque par suite de la pauvreté des parents et parfois de leur
coupable négligence, les enfants sont arrivés à un état de
débilité physique, (et tel est le cas pour la grande majorité
des sourds-muets que nous admettons) il faut en outre à ceux-
ci des bains fréquents,bains ordinaires destinés àsatisfaire aux
exigences de la propreté et à exciter l'activité trop souvent
relâchée de lapeauet bains. médicamenteux. Dans un internat
il n'est pas difficile de réaliser les dispositions voulues pour
assurer lé service des bains aussi fréquents qu'il convient
; p-)ur l'ensemble d n s éRjves. de même que celui des bains médi-
camenteux nécessaires pour un certain nombre d'enfants.
Dans les familles de gardiens, ceci ne pourrait se faire qu'ex-
ceptionnellement' et non sans dérangement. Mais, si nous
parvenons à former chez nos élèves qui déjà n'ont que trop à
souffrir ,de leur infirmité, un tempérament sain, robuste
c.ipable de résistance, ce résultat .constituera à lui seul un
bienfait inappréciable. C'est en outre le seul moyen de
satisfaire à une autre condition que l'établissement doit
réaliser pour voir réussir l'éducation et à laquelle on ne
pourrait, danà bien des cas, atteindre d'une autre façon,
car le vieux proverbe " mens sana in corpore sano ' ' reste
toujours vrai.
S 1 2° AVANTAGES DU RÉGIME DE L 'INTERNAT PENDANT LES TROIS
PREMIÈRES ANNÉES AU POINT DE VUE DE I.'ÉDUCATION
Nous ne connaissons que. trop, tous tant que nous sommes,
l^s conséquences regrettables d'une éducation mal dirigée et
d'une négligence, imputable aux familles. Nous savons aussi
combien il est difficile de combattre les mauvaises habitudes
contractées par un enfant pour y substituer de bonnes
habitudes. Or, dans les familles de gardiens il se présente
bien souvent à cet égard des difficultés de tout genre. Un
enfant quelque, peu méchant se refusera par exemple, à
manger de tel ou tel mets, prèt'érant, suivant son habitude
se charger l'estomac de pommes de terre et de tartines beur-
rées. Si on veut l'astreindre séricu sèment, sévèrement à
manger ce qui lui est servi, si on ne lui accorde pas ce qu'il
récla.me voici des cris qui retentissent dans la maison et qui
— 11 —
mettent le voisinage en émoi. Combien n'ost-il pas à craindre
qu'on ne se laisse aller à céder à l'enfant, un tout petit peu
pour' commencer et plus tard tont à fuit! Quels inconvénients
pareille faiblesse n'a-t-elle pas pour toute la suite de l'éduca-
tion, quelles difficultés n'éprouvera-t-on pas pour faire plier
l'obstination de l'enfant! Je n';iipasbesoin d'Insister sur ce point
Le petit sourd-muet est-il gourmand, qur-rellcur, combien de
fois n'arrivera-t-il pas qu^l^s gardions, raisonnables d'ailleurs
et braves gens, manquent de la suite d'idées ei de la fermeté
do caractère voulues, pour lutter contre de tels défauts!
Ajoutez ,tout le cortège des choses qui font du petit sourd-
muet un être désagréable, insupportable, choses que la mère de
famille ne laisse pas s« produire ou durer chez ses enfants
doues de tous l°urs sens, mais qu'elle ne, sait ni prévenir ni
combattre chez un enfant sourd-mu n t. Beaucoup sont malpro-
pres, incapables d'indiquer d'une manière intelligible ce dont
ils ont besoin, souillent leurs lits, ne savent pas se tenir à
table, ignorent l'usage d^s mouchoirs, soufflent^ sont bruyants.
Et il faut que les pauvres gardiens arrivent à leur faire
perdre le plusjtôt et le plus complètement possible ces fâcheuses
habitudes, il le faut et pourtant combien le succès est difficile à
obtenir. A la vérité le directeur de l'établissement et les
professeurs se mettent bien aussi à la tâche dans la mesure du
possible, mais peuvent-ils toujours être présents. Leur signa-
le-t-on tous les casqui appelleraientue intervention sérieuse,
tout de suite et d'une façon opportune? mon expérience
m'autorise à dire qu'il n'en est pas ainsi, qu'on ne peut pas
même s'attendre à ce qu'il en soit ainsi ou l'exiger. Dans un
internat répondant conveuablement au but de sa création,
où l'action a de l'unité et de la suite, on peut obvier à
tout cela avec un succès beaucoup plus certain que clui
qu'on peut espérer dans un externat, m A me avec le concours
le plus dévoué de la part de l'établissement et des gardiens.
§ 1 3° AVANTAGES DE L'iNTERNAT PENDANT LES TROIS
PREMIÈRES ANNÉES AU POINT DE VUE DU DÉVELOPPEMENT DU
LANGAGE
Il faut que nos sourds-muots arrivent à se mettre, en-
possession de la langue parlée, non pas s^ulemont en vue de
l'école et du but qu'on y poursuit, mais au.ssi et dans le sens
propre du mot en vue de la vie courant'». La parole doit
— 12 —
devenir pour eux l'instrument d'échange des idées. Or person»
ne n'ignore qu'avant de commencer à apprendre la .langue
parlée, le sourd-muet a déjà acquis un certain développement
intellectuel et par conséquent éprouve le besoin d'entrer en
communication av<w; les autres personnes, que, par suite il
emploie les signes que la nature enseigne à tous les hommes
et qui s'offrent à lui comme remplaçant la parole, qu'il donne
à ces gestes une forme plus ou moins complète et un dévelop*
piment plus ou moins étendu en proportion du besoin qu'il
éprouve de communiquer ses pensées. Dans ces conditions, la
tache de l'instituteur est double : Il îuut déshabituer le sourd-
muet de ce procédé originaire de communication qui, dans
une certaine mesure, peut être appelé sa langue maternelle et
il faut le remplacer par la parole articulée; mais, pour y arri-
ver, il est absolument nécessaire d'arrêter dès le début de la
période d'instruction le développement des signes, de mettre
obstacle à leur emploi et, d'autre part, de faire commencer
sans délai l'emploi du langage parlé dans le commerce de la
vie. Je ue suis pas de ceux qui s'épouvantent quand ils voient
faire un signe. Le tout petit peu de langage que le sourd muet
a pu s'approprier pour les communications les plus nécessaires,
dont le cercle est toujours bien restreint, avant son entrée à
l'institution, est quelque chose de si chétif qu'il ne faut
vraiment faire appel à aucun Hercule pour en triompher. Un
peu de surveillance et d'esprit de suite dans la conduite suffit
pour cela, (1) car la parole progressivement développée est pour,
ies'signes un adversaire bien supérieur en force. Elle ne rend
pas -seulement ceux-ci superflus, elle étouffe dans sa croissance
leur pauvreté et leur insuffisance. 11 n'y a qu'à prendre , soin
de remplacer tout de suite et constamment l'emploi des signes
par celui de la parole, non pas seulement dans les classes mais
dans l'usage de la vie/Il est dangereux au contraire de laisser
établir des communications par signes et non parla parole en
-dehors du cours d'instruction, après comme avant, car alors
les.signestirentderenseignementmemeunalimentplusriche.il
leûrpoussedesailes avecune incroyable rapidité, Leur croissan-
(l)Ou nous permettra de nepoint partager, à cet égard, la confiance de
M, Cup,>ers. 11 ne faut rien m >ins. selon nous, que la surveillance la
plus stricte et l'esprit de suite le plus persévérant pour déraciner
chez le jeune sourd-muet l'habitude des signes et la tendance â se
servir de ce ce nnyen de communication, tout incomplet qu'il soit.
— 13 —
ces'» fait d'une manière de plus en plus complète, en union de
plus en plus intime avec le tout, dans une unité trop insépara-
ble avec la vje intellectuel de plus en plus développée et la
lutte que làparffledoit"eng.ige* contre eux devient singuliè-
rement rude, Il va de soi que les gardiens ont pour mission
d'aider sous ce rapport aux efforts qui se font dans l'école, et
la Direction de. l'établissement doit s'attacher tout .particuliê-t
rem°nt â ce que ces g°ns soient convenablement instruits du
devoir qni leur incombe et des moyens de s'en acquitter.
Malheureusement on ne peut pas se dissimuler au vu des
résultats d'expérience, que presque tous les gardiens tombent
fatalement dans la faute grave de ne pas tenir sévèrement
la main à ce que- Leurs pupilles renoncent aux signes étales
remplacent par l'emploi du langage articulé. Eux-mêmes aussi
bien que leurs propres enfants et tous les gens de la maison
communiquent avec les sourds-muets plutôt par signes que
par la parole. La raison en est qu'ils ne connaissent pas
d'une ïaçon assez précise jusqu'à quelles limites s'étend, en
fait de langage, le savoir de chaque enfant en particulier et
qu'ils trouvent les eommuuications par signes plus commodes
que tout le reste. A la vérité, nous voyons que malgré cet in-
convénient, la langue parlée peut arriver finalement à l'empor-
ter sur les signes, mais la tâche des instituteurs serait bien
facilitée si,dès qucle langage parlé commence à se développer
iln'y avait pas à compter avec les obstacles qui s'élèvent ainsi
et si l'on trouvait, au contraire, dans la maison même où
seraient gardés les pelits sourds-miTets un concours possible et
qui ne risquerait pas facilement de faire défaut. Si nous .orga-
nisons l'internat d'une manière rationnelle pour les trois
premières années du cours d'instruction, lé*s enfants ne» se
trouveront pas autant abandonnés à eux-mêmes qu'ils le sont
généralement et d'une manière inévitable ohez les. gardiens.
En outre* les personnes dont les élèves, seront entourée, seront
toujours au courant du point où ces enfants en seront arrivés sous
lerapport du langage artiulé. etelles sev.erront tout particuliè-
rement obligéesde faire elles-mêmes usage, autant que possible
de la parole à l'exclusion des signes, tout comme elles doivent
exciter les enfants à le faire. El quand, â l'expiration des trois
premières années, nous ferons passer le sourd-muet chez- lés
gardiens rattachés â l'extemat,ies signes se trouveront avoir
été déjà repoussés si loin et l'usage de la parole se sera assez
— 14 —
solidement établi pour que dorénavant les enfants en restent
à la langue parlée dans leurs relations avec les gardiens, pour
que ceux-ci n'aient aucune occasion ou nécessité de recourir
au langage des signes, le lout au grand avantage du dévelop-
pement ultérieur du langage dans, son application aux usage M
de la vie.
Tels sont les motifs pour lesquels je recommande l'adoption
du régime de l'internat pour les trois premières années, du
cours d'instruction et en' soutenant ces idées qui, sans être
absolument nouvelles, ne sont encore entrés dans "la pratique
que dans une faible mesure, j'ai la conscience de ne point me
mettre en contradiction avec moi-même. Je suis convaincu
quejteur réalisation ne compromettra point les avantages es-
sentiels de l'externat, car ce ne sont pas les trois années pen-
dant lesquelles je préconise le régime de l'internat qni ont une
importance capitale pour procurer ces avantages, mais bien le»
années d'externat qui doivent venir après.
( A suivre. )
FREDERIC PEYSON
Peintre sourd-muet
C»uite)
Reprenons l'examenducataloguedesœuvresdePeyson.
Un Offrait d'homme complétait son envoi au salon
de 1839.
En 1841, il exposait un A ceugle mendiant.
Son envoi de 1843 comprenait: 1" Ménage de Caraques,
tribu espagnole, dit le livret, vivant dansles ruines et dans
les souterrains aux environs de Montpellier, depuis un
temps immémorial; 2° un Chien de Terre-Neuve; 3° un
portrait d'homme.
— 15 —
Il exposait: en 1844, Bohémiens dans le midi de la
France; en 1815, Marguerite et Buridan dans la prison
de la Tour de Nesle.
Peyson a fait. don de ces deux tableaux, en 1846, au
Muséede Montpellier. Le catalogue de cet établissement
en donne les descriptions suivantes:
Une famille de Bohémiens. Au milieu des ruines, une
femme, la tête enveloppée d'un châle rouge, est assfse
près d'une marmite pendue à un clou. A gauche, un
homme épouillesonfilsqui, assisàterre, appuielatètesur
les genoux de son pèi*e.
Marguerite de Bourgogne. Marguerite, assise sur
une pierre, dans un cachot, écoute Buridan qui éveille
ses souvenirs par l'histoire'de ses amours : scène tirée
du drame de la Tour de Nesle, par Alex, Dumas.
A l'occasion de son acle de libéralité, Peyson reçut
du maire de Montpellier la lettre suivante :
« Montpellier, 9 Mai 1846.
w » Monsieur, Les amateurs éclairés des arts ont ap-
précié depuis longtemps le beau talent dont vous avez
fait preuve en diverses circonstances et qui vous a élevé
à une place remarquable, parmi nos grands artistes. .
» Dans l'exposition qui vient d'avoir lieu, au Musée, de
la Famille de Gitanos et de la scène de la Tour de Nesle
tout le monde a pu reconnaître combjen étaient fondés
les éloges qu'avaient faits de ces tableauxceuxque vous
appelez vos anciens maîtres (Hersent et Cogniet) et la
mention distinguée des journaux à l'occasion des expo-
sitions de 1814 et 1815.
» Personne, en effet, ne possède mieux que vous,
ainsi qu'on l'a écrit, avec un dessin correct et une couleur
harmonieuse, le profond sentiment de vérité et l'expres-
sion qui font l'artiste supérieur.
» Ces tableaux que vousnous offrez nousseraientdonc
bienprécieuxàce point devue, en venant ajouter à notre
belle collection une valeur unanimement reconnue; ils
-* 16 —
noift sont .précieux encore par votre qualité de compa-
triote, ,et c'est avec orgueil que la ville reconnaissante
trônvera, dans ce bienfait qui nous vient de vous, des
œuvres dont elle s'honore â Sî juste titre
» Agréez etc. Chaulieu. »
Huit jours après, le conseil municipal de Montpellier
acceptait « avec reconnaissance » le don de Pej^son et
décidait qu'une médaille serait offerte à l'artiste « au
nom de la ville. »
En 1850, Peyson exposait un portrait, le sien. C'était
une façon de faire ses adieux aux Salons, car il se
déchargea, par la suite, du souci d'y envoyer ses œuvres.
Ge n'es^ pas un mince souei, en-effet, que celui d'avoir
à " préparer son salon " chaque année, c'est à dire
à exécuter un ouvrage en vue d'une livraison à jour
fixe. Ceux qui sont entrés dans (fes ateliers àl'approche
de l'ouverture d'une exposition sa/ent ce qu'il coûte
souvent d'efforts et d'ennui? aux artistes pour arriver
à temps, avec des œuvres dont l'achèvement eût
demandé moins de fièvre sous le front et dans la main
qui tenait la brosse ou l'ébauchoir. D'ailleurs, noirS!
l'avons dit, Peyson, peintre amateur, ne travaillait pas
pour la vente, il produisait pour donner généreuse-
ment.
Il a légué son portrait en 1877, au Musée de Montpel-
lier; il s'est représenté assis près d'une table, dessinant
sur un album posé' sur ses genoux et qu'il retient de la
main gauche.
*
*
Bien qu'il eût renoncé à participer aux expositions,
Frédéric Peyson ne se désintéressa pas de ces solennités
officielles de l'art. 11 visitait et étudiait les salons en
— 17 —
amateur éclairé, en appréciateur compétent^ et sa cor-
respondance intime renferme des jugements marqués
au coin d'une critique impatiale et judicieuse.
11 ne se relâcha-pas davantage dans ses habitudes de
travail, car il resta jusqu'à la fin un artiste laborieux
et fécond.
Le nombre de ses ouvrages, dispersés dans les galeries
particulières, chezses parents ou ses amis, est considé-
rable. Aussi nous serait-il impossible de contîhuer à en
dresser un catalogue complet et méthodique.
II n'a pas laissé moins de trente portraits, en pied ou
en buste, de membres de sa famille, d'amis ou de divers
personnages. Dans ces derniers, il convient de citer le
-portrait de Sicard, qui lui fut commandé en 1811 par
M. de Montalivet, pour le Musée historique de Versailles.
Le portrait de l'abbé de fÉpée, gravé par Geille, et qui
orne le livre de Ferdinand Berthier, est de Peyson.
Parmi ses «tableaux religieux ou d'histoire, originaux
ou copies de maîtres, on relève: — une Descente de
de croix, — la Flagellation, — plusieurs têtes de Saint-
Pierre, dan3 le genre de Lanfrauc, — des Madeleines,
inspirées du Guide, — le Denier de César, — les Grâces,
de l'Education de Marie de Médicis, par Rubens, —
l'ange Raphaël quittant Tobie, d'après Rembrandt, —
Saint-Pierre dans- sa prison, — Saint-Roch, — des ré-
pétitions de son tableau : Derniers moments de l'abbé
de l'Épée, etc.
Dans ses toiles de genre, on rencontre : — un Curé
endormi faisant la classe, aussi spirituel qu'un Adrien
van Ostade, — une Scène américaine, — des Jeunes
filles, — des Vieilles, — des Gitanos, — .des Catalanes,
— une Châtelaine, — un Petit marquis, — un PH.it
moine, — une Liberté, — etc. , et une quantité de
belles études de tout genre.
Que d'omissions dans cette nomenclature! Pourtant,
voilà déjà le bagage d'un véritable artiste, courageux,
inépuisable et d'une activité sans défaillance.
— 18 —
Certes, laiertilité n'excluait pas la conscience. Peyson
était un peintre d'une sincérité méticuleuse. Un' seul
trait, d'ailleurs assez original, montrera à quel point il
était amoureux de lavérité,notamm«n4dans ses portraits.
Ce n'est pas lui qui eût consenti à flatter un modèle,
môme féminin.
Il faisait le portrait en pi»d de sou neveu, âgé de dix
ans". L'enfant posait dans un jardin, tenant d'une main
son cerceau, de l'autre un bouquet de fleurs. Le bambin
avait d&s souliers affreusement éculés. Sa mère devait
remplacer cette chaussure disgracieuse et aussi renou-
veler les fleurs étiolées.
On négligea ces détails. De son côté, Peyson ne s'en
inquiétait guère ; peut-être même n'était-il pas fâché
d'utilfsef les notes pittoresques que lui fournissaient
des fleurs mourantes et des souliers agonisants. Il
peignit donc consciencieuement les mauvaises bottines
et le bouquet fané ; et, malgré toutes les supplications
de sa sœur, il refusa énergiquement de redresser les
talons et de rafraîchir les fleurs. L'artiste était satisfait
de son œuvre, cela lui suffisait. Il avait raison, car le
portrait est fort beau.
J'ai déjà relevé quelque part la double erreur de
Degérando qui, reconnaissant aux artistes sourds-muets
de l'habilité dans l'exécution, .les .montre « échouant
dans la composition originale et ne pouvant" atteindre
à l'idéal de l'Art. » Les compositions de Peyson sont là
pour réfuter la première observation de l'écrivain.
En ce qui concerne l'impuissance d'atteindre à l'idéal
de l'Art, je crois bien qu'on là rencontre tout autant
chez les parlants que chez les muets.
L'idéal de l'Art ? Si ce n'est pas une formule creuse et
déclamatoire, cela veut dire sans doute la perfection ab-
solue dans l'expression plastique d'un sujet. Alors, si
cette perfection existe, où est-elle ? Pour moi, je
n'aperçois que des perfections relatives, et je n'en exige
pas d'autres d'une humanité condamnée, par l'imperfec-
tion de ses ressources, à des aspirations irréalisables.
— 19 —
C'estainsi quepensait Peyson.Il avait une compréhen-
sion si claire du pur idéal, qu'il ne le découvrait dans
aucune œuvre. Certes, il le recherchait, comme tous ses
oonfrères en Art, mais avec la sage prétention de .s'en
tenir éloigné le moins possible, et il le voyait toujoursau-
dessus de ce qu'ils parvenaient à enfanter, eux et lui. Il
n'avait donc que le commun malheur de ne pointtoucher
un but humainement inaccessible.
Unjour qu'il se trouvait dans l'atelier d'un sculpteur en
renom, qui venait de terminer une Vierge, on lui deman-
de ce qu'il pensait de cette œuvre. Il l'examina longue-
ment, mais il s'obstina à ne rien répondre. Ce n'est qu'en
sortant qu'il -fit connaître son impression :« Non, non,
mille fois non, ce n'est pas ça. . . Ah ! s'écria-t-il dans son
langage imagé, pour créer une Vierge, la Vierge idéale,
telle que je la conçois, telle que tout penseur doit la*
concevoir, il faudrait vivre si détaché de ce monde, sentir
son âme dans une atmosphère si pure ! C'est impossible.»
Et, passant en revue toutes les Vierges célèbres des éco-
les du Nord et du Midi, il répétait, après chaque évoca-
tion : « Non, ce n'est pas encore çà . . . on n'y est jamais
arrivé ... on n'y arrivera pas. »
Voilà, si je ne me trompe, un irrécusabletémoignagede
la possession, par le sourd-muet, du sentiment dé l'idéal.
Degêrando n'eût jamais émis un doute à ce sujet, S'il
lui avait été donné de s'arrêter devant les œuvres de
Peysonet devant celles de Loustâu, de Princeteau, de
Félix Martin, de Paul Choppin, de plusieurs* àutçes,
encore, qui tiennent un rang distingué dans l'Ecole
française, sans qu'il vienne à personne l'idée de recher-
cher, dans leurs toiles ou sur leurs marbres, là marque
d'une infériorité fatale.
(.4 suivre)
Théophile Denis
— 20
STATISTIQUE
Des Institutions Françaises de sourds-muets
Paris, Avril 1890
Monsieur le Directeur
"Nous avons publié, deux fois, en 1886 et en 1887, dan9
la Revue Française,, une statistique de nos institutions
françaises dans laquelle nos lecteurs ont pu trouver des
renseignements sur nos écoles: Date de la fondation,
nom du fondateur, du directeur actuel, nombre de»
élèves, garçons ou filles, des professeurs, méthode
suivie, durée des études. Depuis trois ans, des change-
ments importants ont pu se produire, nous croyons qu'il
y aurait utilité et intérêt pour tods à posséder une
nouvelle statistique de nos écoles.
Je viens donc vous prier, Monsieur le Directeur, de
me faire parvenir pour votre institution, les éléments
permettant de la dresser d'une façon exacte et de voirie
chemin parcouru depuis trois ans.
Je vous> serais reconnaissant de me faire parvenir
les renseignements suivants sur lesquels porteront plus
particulièrement nos investigations :
1° Nom de l'institution, adresse
2° — du directeur actuel
3° Nombre des professeurs
4° — des classes
5° — des élèves (1)
(1) Ne pas y comprendre ceux qui ont terminé leur instruction et
qui sont resté» soit comme ouvriers, soit dans l'ouvroir
— 21 —
6° Méthode siiioie actuellement
7° Durée des bourses accordées par chacun des dépar
tements envoyant des boursiers à l'école.
8° Nombre des boursiers
9° Obset*oations particulières
En vous priant de m'envoj'er le plus tôt possible, ces
différents renseignements-, je vous prie d'agréer,
Monsieur le Directeur, l'assurance de m 3s sentiments
bien dévoués
Ad Bélanger
UN. DOCUMENT SUR LES SOURDS-MUETS
au 17 ue Siècle
Monsieur le V" de Grouchy a eu l'amabilité de
nous communiquer le document suivant qui montre, une
fois de plus, l'état malheureux dans lequel se trouvaient
nos malheureux sourds-muets, avant l'arrivée de leur
libérateur. I^es parents de ces infortunés ne pouvaient
songer alors qu'à assurer leur situation matérielle, aussi
étaitrce leur seul : souci.
Nous remercions bien sincèrement lç chercheur
laborieux qui nous parmet d'offrir à. nos lecteurs ce
document intéressant.
— 22 —
Décembre 162 1
Testamejit de Jean d'Orléans, avocat au Parlement
et bailli des pauvres de cette ville de Paris, demeurant
rue St. Séverin, en la maison où pend pour enseigne la
Serpente.
il lègue cinq sols pour être distribués en la manière
accoutumée, . .veut son corps être enseveli en l'Église
St.Sèverin proche la chapelle Ste. Marguerite, il laisse à
Jeanne d'Orléans, sa fille la dernière de ses enfants, âgée
de 16 à 17 ans, étant née muette et qui n'a aucun usage
déraison, pour subvenir à la nourrir et entretenir durant
sa vie une rente de 300 L. : il la confie à Louis d'Orléans,
son fils aine, qui a donné à la dite Jeanne de grandes
preuves d'affection, ainsi que sa femme depuis 17 mois
qu'elle est dans la maison du testatenr. Le dit testament
passé en présence d'Antoine de Het, prêtre régent de la
Faculté de Théologie de Paris, confesseur ordinaire du
testateur,de François du Four, conseillersecrétairedu Roi,
maison couronne de France et de'ses finances, demeurant
près le collège de Bourgogne par. St, Eustache, cousin,
de Louis Lefèbure, avocat au Parlement et de Louis de
Villebois, receveur des présidiaux de Champagne, amis.
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
ALLEMAGNE
Reuschert, Taubstummen-Lehrer-Kalehder fur 1890 Lan-
gensatza, Beyer u. Sœhne (prix2 fr.).
M. Reuschert, directeur de l'institution des.sourds-
muets protestants de Strassbourg vient de publier son
almanach des instituteurs des. sourds-muets pour
l'année 1890.
L'auteur, bien connu par ses travaux statistiques,
donne dans cet agenda une foule de renseignements sur
— 23 —
tous les établissements de sourds-muets de l'Allemagne
et des pays voisin* où l'on parle l'allemant : l'année de
fondation, le nombre des élèves, les noms du directeur
et des instituteurs, leurs appointements etc,jine liste
des ouvrages parus depuis- le 1 er Octobre 1888 jusqu'à
la fin de Septembre 1889 et de toutes les revues publiées
sur l'enseignement des sourds muets parmi lesquelles
figurent la Reçue française et la Revue internationale.
Cet almanach contient également un article dé l'année
1780 par Samuel Heinicke, fondateur de l'institution
de Leipzig, sur « la façon de traiter les sourds-muets et
les mauvais traitements auxquels ils sont exposés j>ar des
cures insensées- et de mauvaises méthodes d'enseigne-
nent " l'article offre un très-grand intérêt, et .nous ne
pouvons que féliciter M. Rëuschert d'avoir eul'heureuse
idée de faire connaître un des plus anciens écrits de
Heinicke. Ce" fragment" .comme Heinicke l'intitule,
n'existe plus qu'en très peu d'exemplaires M. Rëuschert
dit dans son introduction à cet article que l'année 1893
(30 Avril) est le centenaire de la mort de Heinicke.
Au lieu de la carte des chemins de fer .de l'Allemagne
qui est jointe à l'almanach, j'aurais préféré que M.
Rëuschert nous ait donné une carte de toutes les insti-
tutions des sourds-muets de l'Europe.
L'agenda de M. Rëuschert méritesoustousles rapports
d'être recommandé aux professeurs de sourds-muets.
Hill ses livres a l'usage des Sourds-Muets. Leipzig, chez Charles
M erseburger
J'ai parlé dans l'un de? derniers numéros de la Revue
de la collection des gravures par Hill; aujourd'hui je
voudrais faire connaître ses livres à l'usage des sourds-
muets. Hill a publié.
1° Un syllabaire; 2° Premier livre de mots; 3° livre
de lecture en trois volumes ; 4" Ihistoire-sainte et 5° de
petits contes pour les enfants. Un coup d'œil dans ces
livres nous montre à quel point Hill était un homme
— '4i —
pratique connaissant parfaitement l'état du sourd-muet.
Tous les progrès faits dans l'enseignement des sourds-
muets en Allemagne pendant les dernières années, se
basent sur la méthode de Hill et ses ouvrages sont
encore en usage dans beaucoup d'écoles. Les livres de
Hill sont aussi traduits en hollandais par le célèbre di-
recteur de l'école dés sourds-muets à Rotterdam, M.
Hirsch et ses instituteurs. — M. Koebrîch le digne
successeur de Hill à Weissenfels, a publié, dans l'esprit
de l'auteur, quelques nouvelles éditions. — M. Koebrich
lui-même a publié chez Merseburger à Leipzig deux
petits livres : un livre de religion pour les sourds-muets
d'esprit faible et l'enseignement religieux d'après le
catéchisme de Luther.
C. Renz
ITALIE
Costantino Mattioli d. Se. Pie, Guida per l'insegnamento
délia paiola articolata di sordo-mutl (Guide pour l'enseignement
de laparôlearticuléeaux sourds-muets par le P. Constantin Mattioli
dei Ecoles Pies
Sienne 1839. un vol, in-12, 126, p. en italien
C'est une véritable bonne fortune pour tous ceux qui
s'occupent de l'enseignement des sourds-muets que de
trouver condensés dans l'élégant volume que nous an-
nonçons, les traditions de la grande École de Sienne sur
l'enseignement de la parole articulée. Le livre de rémi-
nent professeur Constantin Mattioli est bien de ceux
dont on à le droit de dire qu'il faudrait tout citer. Aussi
notre vœu serait-il qu'on pût offrir au public français
une traduction qui reproduirait l'œuvre en son entier,
sauf, bien entendu, quelques particulai'ités, spéciales à
la langue italienne. (1)
O. Clavesu
(1) Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que grâce a
l'amabilité de M. l'Inspecteur Général Claveau nous commencerons
dans uu prochain nnméro de la Revue Française une tradnetion du
traité d'articulation du P, Constantin Mattioli due a notreéminent
collaborateur
— 25 —
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution d'Avignon. Nous avons déjà donné une
notice sur l'école d'Avignon dirigée par l'abbé Gr-imaud,
nous pensons néanmoins ê^re utile à nos lecteurs en
reproduisant la lettre publiée suivante par le Directeur
de cet établissement :
Établissement de m . l'abbé grimaud a Avignon (vaucluse)
POUR l'éducation des sourds-muets, des bègues, et
PRINCIPALEMENT DES ENFANTS ARRIÉRÉS" DES DEUX SEXES
FONDÉE EN 1863.
Monsieur le Docteur.
Depuis vingt-cinq ans je m'occupe de l'éducation des
enfants anormaux et j'ai acquis nécessairement dans
l'exercice de cette pénible tâche une expérience qui
peut être utile à 'l'humanité.
Je manquerais de sincérité si je disais que tous ceux
à qui j'ai donné mes soins sont devenus des sujets
brillants et des hommes complets: ce sont des miracles
que je ne fais malheureusement pas,. Je puis dire
néanmoins que tous ceux dont je me suis occupé se
sont améliorés considérablement et ont pu rentrer
dans leurs familles dociles et soumis, sans passer par
les maisons de santé d'où ils neseraientprobabloment
jamais sortis.
J'ai donc créé, presque à, mon insu, un. établisse-
ment qui tient le milieu entre les maisons d'éducation
ordinaires où ces enfants ne peuvent être admis, et
les maisons de santé où ils ne sont envoyés que le
plus tard possible, et lorsqu'ils sont devenus pour ceux
qui les entourent un intolérable fardeau .
Je n'ai rien fait jusqu'à présent pour faire connaître
26 —
mon établissement, parce que je pensais qn'il existait
en France des maisons de ce genre. Les élèves qui
m'ont été présentés dans ces derniers temps, et dont
les parents avaient' inutilement visité Paris, Lyon, et
Marseille, sambleraient indiquer que ces maisons n'e-
xistent pas ou qu'elles sont peu connues.
Quand les parents ont la douleur de s'apercevoir
qu'un de leurs enfants n'est pas dans des conditions
normales, ils s'adressent d'abord à un médecin, et sou-
vent à plusieurs. En présence d'un sujet qui ne souflre
pas, les médecins sont embarrassés et conseillent d'at-
tendre. Les parents attendent, les années s'écoulent,
l'enfant grandit, et le temps le plus souvent aggrave
son état au lieu'de l'améliorer.
Les derniers élèves que j'ai reçus m'ont été adressés
par des médecins, même par des médecins aliénistes.
, J'ai rédigé cette lettre, que je prends la liberté de vous
adresser, avec l'espoir de venir en aide aux médecins
et aux familles, et je vous prie de la considérer comme
une simple communication, non comme une réclame.
Le prix de la pension est de 1200 fr. par an pour les
enfants qui peuvent se suffire, et pour ceux qui ont des
besoins spéciaux, il est à déterminer avec les parents.
Les vacances sont facultatives et subordonnées à l'état
du sujet.
Daignez agréer, Monsieur le Docteur, l'expression
de mes meilleurs sentiments.
Grimaud, Prêtre
Directeur-Fondateur d« l'Institut d» D<mutis»tion.
L'abbé de l'Épèe de Boully au théâtre de l'Odéon —
Le Directeur du théâtre de l'Odéon, M. Porrel nous don-
nerai lundi de Pâques 7 avril une reprise de la pièce de
Bouilly. Nous reviendrons dans notre prochain numéro
»ur cette représentation intéressante pour nos lecteurs.
Ad. B
— 27 —
Nomination du Directeur d9 l'École départementale
des sourds-muets de Nantes.
On lit dans l'Espérance du Peuple de Nantes :
. « Nou-s apprenons avec satisfaction que M. le
Préfet, par un arrêté en date du 18 courant vient
d'agréer, comme Directeur de l'Éco'e départemen-
tale des sourds- muets, en remplacement du très regretté
Frère Louis, M. Constantin Antoine, en religion Frère
Privât.
« Le nouveau Directeur a débuté comme professeur en
1872 sous le' vénéré Frère Louis ; il remplissait, en der-
nier lieu, les fonctions de sous-directeur a l'institut des
sourds-muets de Poitiers.
« Nous savons que son intention est de s'inspirer des
principes administratifs de son digne prédécesseur. 11
peut compter sur le bienveillant appui de tous, car l'œu-
vre si éminemment humanitaire dont il aura la sollicitude
a toutes les sympathies de la population nantaise.»
NÉCROLOGIE Monseigneur de Haërne.
Nous avons eu le regret d'apprendre la mort de Monsei-
gneur de Haërne. Prélat domestique de Sa Sainteté, Cha-
noine honoraire 1j la Cathédrale de Bruges, Ancien
membre du Congrès National, Membre de la Chambre des
représentants, Président de la Société Centralede la Croix
de fer,Fondateur des Instituts de Sourds-muets de Boston-
Spa( Angleterre) et de Bombay (Indes), Grand-Cordon de
l'Ordre de Léopold, Dâcoré de la Croix da fer Comman-
deur de l'ordre de Charles III d'Espagne, Commandeur
de l'Ordre du Christ du Portugal, Chevalier de la
Légion d'Honneur, etc., etc. . né à Ypres le 4 juillet 1804 et
décédé à Saint Josse-ten-Noode (Belgique) le 22 Mars 1890
Nous publierons dans notre prochain numéro une notice
biographique sur l'ancien président du Congrès interna-
tional de Bruxelles qui depuis longtemps se dévouait à
l'œuvre de l'éducation des sourds-muets.
— 28 — •
Institution de Gênes (Italie). — Les journaux de
Gênes nous annoncent que les élèves de l'Institut Royal
des sourds-muets de cette ville ont représenté' le 5
février avec un plein succès une comédie intitulée
f envieux démasqué, une comédie en 3 actes, s'il yous
plaît et sur un vrai théâtre, le petit théâtre de l'Orpheli.
nat mis gracieusement à la disposition des jeunes
auteurs par l'administration de cette œuvre. M. le
Commandeur Thomas Ruzza faisait les honneurs de
cette soirée intéressante à laquelle assistaient beau-
coup de personnes notables de la ville, entre autres le
préfet M. Mnnichi. Compliments bien sincères au V.
Directeur de cette institution le R. Silvio Monaci.
L'Abondance des matières nous oblige à remettre
au prochain numéro diverses notices bibliographiques
notamment celle qui concerne M. Hogeheijde
AVIS IMPORTANT
Ce numéro étant le premier de la Sixième année, nous
prions nos lecteurs do vouloir bien nous faire parvenir le
montant de leur abonnement pour la sixième année
Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un mandat
par la poste soit à :
M. Ad. BÉLANGER, directeur de la Revue, rue Mèchain 13
Paris
ou à M, Eug, BÉLANGER Imprimeur-Gérant du journal
225. rue Saint-Jacques Paris
Pour la France un an
9 francs
Pour l'Étranger un- an
10 —
En vente au bureau du journal
Ire année
4fr
2 »
9fr
3 »,
9fr
4 »
9fr
5 »
9fr
L'imprimeur-Gérant, Eug, BELANGER fae saint-Jacquet n;, Pari.
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6™» année. N» 2 Mai 1890.
FRÉDÉRIC PEYSON
peintre Sourd-muet
[fin)
Nous connaissons l'artiste, voyons l'homme,
Au physique, Peyson n'avait qu'àse louer de la nature;
il était robuste, solidement bâti, d'une belle santé.
Agile et vigoureux dans les exercices du corps, il était
d'une force peu ordinaire; il en donna un jour une
(Singulière preuve. Une voiture arrivait à fond de train
derrière lui; riea ne l'avertissait du danger qui le mena-
çait : il ne pouvait entendre ni le bruit des roues ni les
avertissements du cocher. . . Tout à coup le cheval le
touche à la nuque; il se retourne précipitamment et,
n'obéissant qu'à l'instinct de conservation, il assène un
maître coup de poing sur la tête de l'animal, qui s'abat
à ses pieds.
. Les traits du visage avaient une virilité qu'accentuaient
encore d'épaisses moustaches. Le front était large, sefc
yeux, de grands yeux bleus fort beaux, atténuaient, par
la douceur et la bonté du regard, la rudesse du masque ;
ils avaient une limpide éloquence. Toute sa physionomie,
d'ailleurs, parlait clairement, et telle était la justesse
d'expression de ses moindres gestes, qu'on s'entretenait
avec lui sur tout sujet saris difficulté.
Malgré cette abondance et cette intelligibilité de son
langage mimique, Peyson sentait tout le prix du langage
oral, Devait-il cette perception aux vagues ressouve-
— 30 —
nances d'une fâcultê'qu'il avait possédée dans son bas
âgé?.. Toujours est-il qu'il ne pouvait se défendre de
manifester, â l'occasion, son chagrin d'en être privé.
«Parler I. oh! parler!. . .», s'écriait-il souvent en gestes
énergiques et-désespérés. Et montrant à sa nièce, sa
compagne habituelle dans ses promenades autour de
Montpellier, de malheureux ouvriers accablés du poids
des plustlurs labeurs: «Je donneraistout, disait-il, pour-
être à leur place. »
Il désirait d'autant plus avidement la parole, qu'il se
plaisait infiniment dans» la société -des parlants. Il
suivait leurs conversations avec une facilité prodigieuse,
et telle était l'intensité de son observation, qu'il saisis-
sait non seulement l'expression de la pensée, mais la pen-
sée elle-même avant qj'elle eût revêtu la forme verbale.
« Sa perspicacité était parfois effrayante, nous dit sa
nièce, et je ne réussissais pas à m'y l soustraire,inênîe en
baissant les yeux. »
Dans les moments où son infirmité provoquait ses
dàcourageme4ts, on lui rappelait celle de l'aveugle, et
l'apaisement se faisait dans esprit. Pour lui, — un peintre,
un être vivant par la vue, — la cécité était une infortune
incommensurable avec celle qui résultait de la surdi-
mutité.
Sa mère, qu'il perdit en 1$47, ne 'se consola jamais
d'avoir un enfant sourd-muet. Quand son 'Frédéric
revenait de Paris et se jetait dans ses bras, qu'elle lui
parlait et que les lèvres de ce fils restaient closes inexora-
blement, elle éclatai! ensanglots. C'était une scène déchi-
rante, qui arrachait des larmes à tous ceux qui en étaient
témoins.
*
En dehors des heures attristées qui traversaient Sa
vie, et lorsqu'il se retrouvait au milieu d'amis, privés
— 31 —
comme lui, des moyens ordinaires de communication
avec la société, Peyson se montrait naturellement gai et
d'un commerce très agréable. Sabellehumeur lui dictaitdes
réparties pleines d'esprit et d'à-propos, et il savait, au
besoin, laTetreraper dans les souvenirs toujours vivaces
des joyeuses années de l'atelier. Son crayon" laissait
même parfois les lignes sévères de J'esquisse histoçique
pour les audacieuses fantaisies de la caricature.
« Le brave cœur et l'aimable camarade ! » disent
encore ceux qui. ont connu Peyson. S'il était bon et
affable, il eût été imprudent de chercher à le tromper.
Loyal et franc, il aimait les caractères droits. Indépen-
dant, il ne reconnaissait que la domination des»supério'-
rités. 11 savait réfléchir avant d'arrêter une décision.;
mais quand son parti était pris, il y persévérait avec
une inébranlable volonté.
*
Peyson avait parmi les sourds-muets, des amis de
choix; tels que Berthier, Gouin, Omnès, Braquehais,
Lenoir, Ad. Combes» etc.
Celui qu'il affectionna le plus, §t cette préférence fait
Télôge de' son sage esprit et de son jugement éclairé,
existe encore c'est le savant et vénérable instituteur M.
Claudius Forestier, qui dirige dep'uis cinquante ans,
une école à Lyon, Peyson allait le voir fréquemment. Sa
famille se rappelle la « salutaire influence » qu'exerçait
sur lui le rapprochement des deux amis!
Ils firent ensemble un voyage en Italie. Se trouvant
à Rojne, ils obtinrent, de Pie DÉ une audience parti-
culière dont Peyson a laissé un récit intéressant que
nous avons lu dans ses notes de touriste. Le Pape, qui
les accueillît avec une extrême bienveillance, les entre-
tint de divers sujets, notamment des causes de ki
surdi-mutité. Venant à examiner la question des
— 32 —
mariages entre parents: « Je connais les inconvénients
qui en résultent, leur dit-il, et cependant 1-Eglise est
obligée d'accorder les dispenses; car, en France, vous
avez le mariage civil, et l'on s'en contenterait, si je
refusais les dispenses. . .»
L'entrevue fut bientôt égayée par les bons mots du Pape
et» lorsque vint le moment de -se séparer, il demanda à
ses visiteurs charmés s'il leur plairait de se rencontrer
avec lui dans l'élablissement des sourds-muets de Rome.
Ils s'empressèrent d'accepter cette proposition et
rendez-vous fut pris pour le lendemain. Pie IX et nos
deux voyageui's passèrent donc en revue l'institut
romain, mais cette inspection fut une véritable fête
pour le personnel enseignant et les élèves; la conversa-
tion enjouée du Pape n'avait rien qui ressemblât aux
froides interrogations d'un pédagogue.
*
*
On voit que Peyson ne craignait pas de s'aventurer
dans de longs voyages. Il les recherchait pour étendre
encoreles connaissainces variées qu'il savait acquérirpar
de sérieuses et continuelles lectures.
Bien qu'il eût sa résidence principale à Paris, il ne
passait guère d'année sans reprendre le chemin du
midi. Même après le décès de son père et de sa mère, il
conserva un appartement et un atelier dans l'habitation
de sa famille, à Montpellier. Les séjours qu'il faisait dans
sa ville natale étaient parfois très longs; il y passait
jusqu'à huit mois dans une année.
Il s'éloignait toujours de son pays avec regret, et
cependant c'était avec une grande joie qu'il revoyait
Paris. C'est à Paris qu'au point de vue de son art il
trouvait des ressources et des avantages que ne pouvait
lui offrir laprovince; ily sentait moins l'isolement auquel
— 33 —
le condamnait sa situation, car il pouvait s'y mouvoir
dans la nombreuse société de ses frères, anciens profes-
seurs où anciens condisciples de l'Institution où il avait
été élevé.
-C'est dans ce Paris, dans cette Institution, qu'il était
né à la vie intellectuelle. C'est là qu'il avait acquis son
talent, qu'il avait obtenu ses succès, qu'il avait reçu les
sympathiques encouragements de la presse, de ses
maîtres et des connaisseurs.
Il aimait le mouvement de la grande ville ; aussi, s'il
changea plusieurs fois de logement, il ne s'éloigna
jamais des boulevards. C'est dans la rue Louis-le^Grand,
avec fenêtre sur le boulevard des Italiens, qu'il demeura
le plus longtemps. Son dernier appartement était rue
Grétry.
11 aimait tant Paris, qu'il voulut y rester pendant le
siège, malgré les instantes prières de sa famille ; et, bien
qu'il eut ày souffrir, il repoussa toutes les occasions qui
se présentèrent pour l'en faire sortir. Sa vie y fut même
en péril dans de singulières circonstances.
Il fut^pris un jour, en pleine rue, pour un espion
prussien, on en voyait partout ! On voulut l'entraîner
devant un conseil de guerre. 11 avait beau protester, ses
gestes et son mutisme ne faisaient que donner du poids
à l'accusation dont il était l'objet. Plus il se défendait,
plus on restreignait et on le maltraitait. Un hasard le
sailva: quelques uns de ses amis le reconnurentau milieu
de la bagari'è et leurs explications parvinrentà convain-
cre de leur erreur ceux qui l'avaient arrêté.
Toutefois Peyson garda de cet incident un souvenir
si pénible, que sa santé en fut ébranlée. Un prussien !
un espion ! lui qui, dans ses angoisses d'ardent patriote,,
laissait tomber de son cœur troublé, dans une lettre du
2 Août 1870, ces pressentiments qui devaient être une
cruelle réalité : « Si la France était vaincue, elle
pleurerait du sang, car la Prusse nous enlèverait
l'Alsace et la Lorraine »
Les souffrances physiques et morales endurées pendant
— 34 —
le siège, jointes aux douloureuses émotions que lui
causèrent nos désastres, jetèrent dans son âme une
ti'istesse qui ne devait jamais s'effacer,
Dès cette époque, « sa gaîté naturelle, écrit sa sœur.,
l'abandonna complètement, sa forte constitution s'affaiblit
graduellement, il "aevint sérieux, morne, on pourrait
presque dire ennuyé de la vie. Bientôt il fît son testa-
ment, bien que rien encore ne pût taire présager sa fin
prochaine. »
Frédéric Peyson mourut le 13 Janvier 1877, à Mont-
pellier, où il s'était retire depuis plusieurs mois.
Il conserva jusqu'au dernier moment la lucidité de
son esprit. Il resta «_ doux et courageux devant la mort,
rapporte un témoin dusuprême adieu, sa fin fut celle-d'uiv
fervent chrétien. . .. Nous voyant en. prières près de lui,
il leva encore sa main défaillante pour faire le signe de
la croix. . .. Elle retomba de la hauteur du front. ... Il
n'était plus ! »
L'amour de l'Art et l'amour du bien, telles sont les
deux noblespassions qui dominent dans la vie de Frédéric
Pej r son. Elles l'ont suivi jusque dans la tombe. On les
retrouve, en effet, dans ses dispositions.testameniaires.
L'artiste a légué au Musèe-Fabre, en outre des tableaux
dont nous avons parlé, une somme de dix mille francs
destinée à enrichir la collection de peinture dé sa ville
natale. Il a créé une rente de cent cinquante francs
pour être donnée en récompense à l'élève qui obtiendrait
le premier prix de tête peinte à l'Ecole des Beaux-Arts
de Montpellier. Geprixporte lenom Aeprix Peyson. Lenom
de Frédéric Peyson a, en outre, été donné à une rue, de
la ville. — C'est encore Ja pensée de l'artiste qui appa-
raît dans le legs fait au musée de Cluny d'un meuble
— 3a —
précieux dul7 e siècle ayant appartenu àMariedeMédicis.
Ce meuble est désigné au catalogue sous le n° 1451.
LTïômme de bien a compris dans ses libéralité*s divers
établissements charitables de Montpellier. I) a notam-
ment légué quatre mille francs à l'institution des
sourds-muets. L'école de sourds-muetsd'une autre ville,
dont le directeur était son ami, a reçu dix 'mille francs.
Il a assuré à M.'Combes, actuellement professeur à
l'Institution des sourds-muets de Namur, une rente
viagère de six cents francs. Ce même professeur, digne
sous tous les rapports, de cet affectueux souvenir,
écrivait encore dernièrement que Peyson, dans son
inépuisable générosité, lui avait offert quarante mille
francs pour fonder une institution. « Je n'acceptai pas,
dit-il, de crainte qu'une question d'argent ne vînt em-
poisonner notre amitié. »
Mais combien- n'eurent pas lés mêmes Scrupules: et
nous savons, entre autres faits, que Peyson lit abandon
d'une assez lourde somme avancée à un camarade, pour
Te soutenir dans une entreprise coriïmerciale.
Trois jours avant sa mort, se souvenant que, par suite
de pertes récentes, M. de N .sourd-muet, se trouvait
dans une situation précaire, il pria sa sœur de _lui
envoyer dix mille francs. Madame Boyer Peyson fit
• parvenir cette somme à l'ami malheureux de son frère
par l'entremise du colonel de M , parent du destina-
taire.
D'autres legs individuels, faits au profit de sourds-
muets et représentant un chiffre d'une certaine impor-
tance, achèvent de donner la plus haute idée de cette
âme~bïenfaisante. . .
A quelle source avait-il puisé ces sentiments élevés,
ce désintéressement, cet évangélique amour du prochain?
Dans sa famille d'abord, nous le "savons et, dussions-
nous bfesser la modestie de ses chères survivantes r , nous
voulons le dire bien haut ;majs aussi dans l'admiration
que lui avait inspirée la vie sublime de l'abbé de L'Épée.
Frédéric Peyson" avait une telle vénération pour la
- 36 —
mémoire de ■ l'illustre père des sourds-muets, qu'il a
Voulu, par delà lamort, se montrer un de ses plus dignes
etdeses plus. glorieux enfants.
Théophile Denis
LÀ QUESTION DES EXTERNATS DE SOORDS-MUÏÏS
en ALLEMAGNE
(suite)
Voir laRetfue française dn mois d'Avril ÏS90
Après avoir etfposè les avantages du régime de l'inter-
nat substitué au régime d« l'externat pendant les pre-
mières années du cours d'instruction, l'honorable M.
Cûppers a développé comme suit ses idées sur le plan
d'organisation à adopter ;
§ 2. L'iNTËRtfAT DOIT ÊTRE ORGANISÉ DE TELLE FAÇOtf
QU'ÉTANT SOUMIS A LA DIRECTION DE L'INSTITUTION, IL N'AIT
NULLEMENT A FAIRE APPEL AUX PROFESSEURS DE CET
ÉTABLISSEMENT,
Il va sans le dire que l'internat, tout en conservant une
certaine autonomie, ne Saurait être placé dans une situation
d'indépendance absolue vis à vis de l'institution de sourds-
muets, qu'il faut écartfir tonte idée d'opposition entre l'un et
l'autre établissement, que par suite toute l'organisation de
l'internat, tout ce qui s'y crée, tout changement à l'ordre
établi doit être l'objet d'une entente avec le directeur de
l'institution. Celui-ci doit avoir le droit, comme il en a In
devoir, de veiller à ce que ce qui a été réglé soit exécuté. Mais
dans l'internat tel qu'il m3 paraît' devoir être organisé, Tinter-
-37 —
vention des professeurs de l'institution ne me paraît nulle-
ment nécessaire. En effet, et en premier lieu, je n'entends
pas que l'enseignement doive se prolonger dans l'internat.
Les enfants ont assez et bien assez des heures d'études qui
leur sont assignées pour chaque journée passée dans l'insti-
tution. Le reste du "temps, ils doivent être affranchis de la
juridiction de l'enseignement et de l'école. Il ne faut pas qu'il
y ait toujours et partout quelqu'un derrière -eux cherchant,
pour peu que l'ocoasion s'en prése»te à enrichir leur vocabu-
laire, à leur enseigner des phrases de conversation, à contrôler
l'emploi des formes de mots et de phrases qu'ils ont apprises .
Cette servitude qui paraît tout à fait appropriée pour tuer toute
gaîté de jeunesse, de jeu, de commerce de la vie, je voudrais
lajenir bien. loin des enfants. Aussitôt que les heures de classe
sont éconlées, ils doivent,"selon moi, être laissés à la joie de
vivre comme enfants, et par .conséquent êtee avant tout
délivrés de toute contrainte tendant à régler comme en
classe leurs actions et leur , conduit^. En second lieu, je ne
veux point de surveillance exercée par les professeurs. Il ne
faut pas, sans doute que dans l'internat les enfants soient
laissés libres de fainéanter à leur fantaisie et d'organiser toutes
sortes de cachotteries. Il faut au contraire qu'ils restent
constamment sous les yeux de grandes personnes, en
telle manière toutefois qu'ils ne se sentent pas sur
veillés," mais qu'ils voient dans ces relations quelque chose
d'amical, d'aimable, d'excitant soit pendant le jeu, soit
pendant le travail, soit au cours de toute espèce d'occupation.
Je* crois que nous sommes tous unanimes à penser que c'est
purement et simplement dans ce sens qu'il convient de com-
prendre et d'exercer la surveillance ; mais, pour cela, je ne
voudrais pas voir employer les professeurs qui, après avoir
accompli leur tâche journalière d'enseignement, sont fatigués
et ont besoin de se remettre, et ceci dans l'intérêt des enfants
comme dans celui des maîtres. Il nous faut un personnel dont
l'intelligence soit reposée, qui, après les divers travaux de
ménage, trouve gaîté et repos dans les relations avec les petits
sour.is-muels.S'il arrive que, par mesure d'équité, l'on dispense
du service de surveillance les professeurs les plus âgés, qui
ont chez eux femme et enfants et qu'on n<î veut pas enlever
àleurfamille, le fardeau et la responsabilité tombent sur des
jeunes gensqui.àtouspoints de vue, sontaussi peupropresque
possible àce service, Je ne m'arrêterai pas àretracerdavantage
— 38 —
le tableau de la surveillance des professeurs dans l'internat.
Il me suffira dédire que, dans les classes où des internes et
des exiefnes se trouvent confondus, ja reconnais les premiers
à. ce qu'ils ont généralement peu de goût pour la parole-?
manquent de gaîtè, onl l'esprit moins vif et je n'ensuis pas
étonné.
En troisième lieu, je ne voudrais pas même voir les protes-
s<mrs appelés . a surveiller une étude. Ola' ne pourrait
être un repos pour eux. Je recommande précisément que les
psrsonnes qui sont chargées d'un tel service, spécialement
dans un internat, soient tout autour des enfants pendant que
ceux-ci font leurs devoirs de classe, apprennent par cœur ou
répètent leurs leçons. Je tiens ceci pour suffisant et en même
temps pour impertant au point de vue des communications
par la parole dans l'internat. En effet les personnes dont-il
s'agit eu faisant, acte de présence pendant les études, se
trouvent entretenir des relations renouvelées chaque jour
avec l'enseignement ; elles se mettent sans peine au courant
du savoir que les entants possèdent en fait de connaissances
positives et de langage, des formes de phrase qu'ils ont à leur
disposition et de leurs progrés quotidiens. Elles se rendent
aptes de cette façon à entrer en communication fructueuses,
par la parole avec les élèves des classes et à les faire avancer.
En quatrième lieu, je ne voudrais pas voir employer les
professeurs à contrôler la marche de. l'internat ; les personnes
auxquelles et internat est confié doivent posséder notre con-
fiance à un degré éminent et ont besoin, ont droit de réclamer
de nous cette confiance. Pour exercer utilement leur activité
auprès des enfants, elles ont besoin d'avoir cette confiance à
un bien plus haut degré que les gardiens isolés, auxquels-nous
pouvons remettre aujourd'hui les enfants sauf à les retirer
demain.Vis-à-vis de ces personnes.ilsunïra que le directeur de
l'institution surveille et sache comment les choses se passent
dans l'internat. Que pourrait-on gagner à ce que les professeurs
reçussent pareille, mission ? Si le^ , personnes qui dirigent
l'internat ne sont pas ce qu'il faut, cette surveillance et ce con-
trôleréclainésdesprofesseursne sauraient suffire pour remédie
à fond à quoi que ce soit b Dans le cas contraire, il n'y a pas
besoin d'un tel contrôle qui a même quelque chose de blessant
et risque de troubler la bonne harmonie.
Donc, en résumé, je suis d'avis d'écarter absolument de l'in-
ternat les professeurs de l'institution.
— 39 —
Mais où trouverons-nous donc les personnes qu'il nous faut
vraiment pour notre irilernat î Partons avant tout de ce prin-
cipe que les enfants qu<> nous- envoyons à I'inlernat ne doivent
pas perdre pour cela quoi que. ce soit des avantages d'une vie
de famille bien réglée, mais, au contraire, y participer, s'il se
peut, à un p)us haut degré. Ces enfants doivent se sentir
enrôlés dans une association bien organisée sous touY les
rapports oii l'on se dit avec satisfaction : « Il est bon d'être
ici » ,où les relations réciproques ont un caractère amical et
joyeux, où 1 chacun .doit'ètre à son rang, trouver les moyens
d'exercer son activité selon son pouvoir comme sous le patro-
nage d'une mère, rencontrer une sollicitude maternelle pour
ous les besoins de la vie, des soins maternels en cas de mala-
dies, une direction, une éducation maternelles et par-dessus
tout l'amour ardent et sincère d'une mère se manffestant/à
chaque élève en particulier. Une tâche si importante et
entraînant une responsabilité si étendue ne peut-être confiée
qu'à des personnes ayant pour cela une véritable vocation,
c'est à dire à des personnes suffisamment et incontestable-
mentcapables d'abord de bien tenir une grande maison, de
donner et de perfectionner sur c^tte base et dans ce cadre,
pour un nombre d'enfants important, une bonne éducation
physique, morale et religieuse, même avec la complication des
conditions défavorables que présentent à tous égards les
enfants nouvellement admis, par suite de leur infirmité et de
leur provenance de familles si différentes. Ces personnes
doivent encore exercer dans toute son étendue la surveillance
que l'élablissement d'instruction est en droit de réclamer sous
]e rapport de l'aideà donner et de l'élan progressif à seconder
pour arriver au but.
Si l'on considère la difficulté, l'étendue de ces devoirs à
remplir, qui, certes, ne sont pas dans les aptitudes de tous
le mond<v on pourrait à juste titre s'étonner de voir des
internats mis pour tout ou partie aux mains de personnes
sans instructiou, prises dans lés rangs de ia domesticité. Si
notre internat doit réellement offrir l'image d'une bonne vie
de famille en larges proportions, il faut qu'il y ait au centre
de tout une personne qui remplisse le rôle de maîtresse de
maison. Elle gouverne le ménage, de tout l'externat, y conduit
et ordonne la vie, dispose et agit à son gré avec les auxiliaires
qui l'entourent sans que les enfants puissent s'apercevoir le
moins du monde qu'elle dépend d'une autorité étrangére.en
— 40 —
en reçoit des instructions, est soumise à une surveillance et
à un contrôle. Or, il faut qu'il en soit ainsi, mais comme nous
ne pouvons évidemment employer de la sorte l'ancien person-
nel de domestiques ou des personnes du même ordre, je
réponds à la question ci-dessus posée :
§ 3. Ilconvtentde confier l'internat a des religieuses
catholiques ou a des diaconesses protestantes.
Ces dames nous donnentpar la préparation qui résulte de
leur vocation les meilleures garanties que l'on puisse désirer
pour le bon accomplissement de la tâche que nous mettons
entre leurs mains. Chercher a le démontrer ici me paraîtrait
une perte de temps et, j'oserais le dire, presque" une ofiense
pour les Communautés dont il s'agit et qui, ayant fait leurs
preuves, jouissent par cette raison de la confiance générale
de leurs co-religionnaires.
Ce qui les recommande d'ailleurs particulièrement, c'est
qu'elles sont en situation de choisir le personnel le mieux
préparé à remplir ia tâche, de mettre toujours un nombre
suffisant de leurs nTembres*a la disposition des" "institutions,
d'assurer leur recrutement et par suite do remplacer en temps
utile \& personnel épuisé, par le travail. 11 est évident "que
tout eela est d'une importance inappréciable pour perpétuer
l'existence de tout internat et pour garantir la bonne marche
du service- Autrement, et eût-on réussi à voir ces conditions
remplies, on se demande nécessairement : Combien de temps
cela durera-1-il et qu'est-ce qu'il arrivera ensuite ? Avec le
personnel dont je parle, ce souci disparaît.
§ 4. IL EST AVANTAGEUX PAR DIVERS MOTIFSXÎUEL'INTERN AT
SOIT, AU POINT DE VUE DE L'EMPLACEMENT, DANS LES
RAPPORTS LES PLUS IMMÉDIATS QU'IL SOIT POSSIBLE D'AVOIR
AVEC L'INSTITUTION,
On ne peut pas strictement exiger et comme une condition
sine quâ non que l'internat se trouve dar\s le voisinage im-
médiat de 1'institutîoh, mais, en tous cas, je tiens cela pour
désirable. La proximité des deux établissements simplifie les
relations du directeur de l'institution avec l'internat, et donne
par là* satisfaction aux intérêts des deux parties. En outre les
services économiques de l'internat, si celui-ci est voisin d e
l'institution offrent d'une manière commode, pour l'instruc-
— 41 —
tion à donner dans les classas inférieures et moyennes, un
-mat riel d'ens"ignement intuitif qu'on trouveraildiffîcilement
sans cela, plus complet et plus au gré de ses désirs.
Quant à l'idée d'établir, pour tout ou partie, l'internat dans
les locaux de la classe, .je la repousse absolument. Si l'on
mettait à usage de réfectoire, de salle de travail pour le
ménage les ptjbces dans lesquelles les enfants reçoivent
l'instruction, on nuirait au respect que les élèves doivent
avoir pou.r ia classe. J'estime en outre que cette pratique est
préjudiciable à la santé. A quel moment pourra-t-on balayer,
laver, "aérer les salles de classe ? Il s'y mettra inévitablement
avec le tempseelteodeurbien connue de caserne, qu'il devient
alors impossible de chasser.
§ 5. Le règlement intérieur et le règlement jour-
nalier DE L'INTFRNAT SONT PRÉPARÉS ET ARRÊTÉS DE
CONCERT AVEC LA COMMUNAUTÉ PAR LE DIRECTEUR DE
L'INSTITUTION. 1.E RÈGLEMENT INTÉRIEUR DOIT-ÈTRE EN
OUTRE SOUMIS AUX AUTORITÉS DESQUELLES DÉPEND L'Éta-
BLISSEMENT D'INSTRUCTION.
Je pense que ce point ne réclame ni justification ni démons-
tration et je m<* borne à en dire deux mots. Jl va de, soi que
le règlement intérieur et le règlement-journalier .doivent
s'accorder tout autant qu'il est nécessaire avec les réglés de
la Communauté et cela pourra se réaliser sans préjudices
pour le but auquel doit répondre l'internat. Le règlement
intérieur a le caractère d'un statut pour l'administration de
la maison. C'est à bon droitqu'ildoitêtresoumisàl'approbation
du directeur de district ou des autorités desquelles dépend
l'établissement d'instruction. Le règlement journalier, au
contraire, est une chose variable suivant les saisons et
suivant d'aulres circonstancees et les règles générales- ayant
été posées dans le règlement intérieur, il" suffira de s'en
remettre, pour le règlement journalier, à l'appréciation de la
direction de l'établissement,
-Je termine. J'ai misîîemon mieux en lumière les avantages
du régime de l'internat appliqué aux trois premières années
et je suis entré dans les détails qui m'ont paru nécessaires
au sujetdeson organisation. Mais je n'ai pas eu l'intention de
faire, en traitantlesujet, ce qu'on appelle une thèse de doctorat.
Il s'agit d'une chose qui me tient à cœur, à la réalisation de.
— 42 -
laquelle je voudrais contribuer, Puisse mon espoir n'être pas
trompé! Puisse le régimsque jo recommande: internat a la bas»\
externat au somm n t; internat pour les trois premières années
d'instruction, externat pour les annô35 suivantes, régime qui
remîdie aux inconvénients de l'un et de l'antre système jet en
réunit les avantages, être le régime deTinstitulionde sounls-
îûuet de l'avenir. Dieu veuille en disposer ainsi !
Tfadiiit de l'allemand pai'
O. Claveau
{A suivre)
LE FRÈRE LOUIS
Directeur de l'Institution départementale
des sourds-muets, de Nantes
Louis Augustin Caillaud, en religion //'ère Louis
naquit à. Bel-Air, Commune de Treize-vents (Vendée) le
7 Janvier 1823.
Dès 1839, à l'âge de 16 ans, nous trouvons déjà le
frère Louis instruisant les sourds-muets à l'institut de
Saint-Médard les Soiss-oris ou le P. Deshayes fondateur
de l'prdre de Frères de Saint -Gabriel venait de le con-
duire, il y fait son apprentissage et deux ans après le
jeune professeur était envoyé à l'Institution' d'Orléans
dont noire vénéré confrère et ami, leR.P. Bouchet était
alors aumônier ( 1841 ).
• Il n'y resta que peu d'années et passa en 1844" à l'école
départementale de Nantes qui venait d'être transférée
(1813) de la Chartreuse d'Auray (1). Il y avait alors 25 ou 30
élèves occupant un des vieux bâtiments de l'hospice
Saint-Jacques.
(1> Consulter; 1{. R Bouchet. Notice sur l'instiiution delaChirtreus*
flAur.-ty ( Revue Française 3" année. N» 8 p. 175.)
— 43 —
Notre jeune professeur en devint bientôt le Directeur.
Dès lors, il se consacre corps et âme à son institution, ce
n'est plus seuîement le jeune et brillant professeur, c'est
l'administrateur consommé.
Il n"est pas chez lui, il est à l'étreit ; grâce à ses,
démarches persévérantes, favorisées parle Préfet. M.
Henri Chevreau et, l'évèque Mgr. Jacquemet, le Dépar-
tement achète la propriété de la Persagotière et en 1856
les sourds-rmuets viennent l'habiter. Nousle voyons alors
organiser sa maison, ses élèves deviennent ses auxiliai-
res, ses ouvriers, les uns sont jardiniers, d'autres
menuisiers, cordonniers, tailleurs, tous, lorsqu'ils sor-
tiront seront capable de gagner leur vie.
En 1870-71, son école devient une ambulance, enfin
en une année (1873) il bâtit une chapelle et trouve un
aumônier volontaire (gratuit).
Depuis 30 années le frère Louis était à Nantes, ses
supérieurs l'envoient à Orléans ; mais les démarches
pressantes de l'évèque Mgr. Fournier et du Conseil-
Général obtiennent le retour à Nantes du zélé directeur,
il se remet à son oeuvre avec courage et obtient du
Conseil Général le vote des fonds nécessaires pour la
construction d'un nouveau bâtiment, il pourra ainsi
augmenter son effectif et recevoir 70 élèves.
Une révolution se préparait en France dans l'euse;-
gnement des sourds muets le Congrès de Milan qui devait
sanctionner les efforts tentés en France par l'adminis-
tration du Ministère de l'Intérieur allait se tenir (1880).
Le frère Louis envoie 5 de ses professeurs : je suis trop
vieux pour m'y rendre, disait-il.
Sans hésiter, se conformant aux vœux exprimés, il
introduit la méthode orale dans son institution et
grâce à de nouvelles subventions du Conseil Général,
il transforme sa maison afin de se plier aux exigences
de la méthode (1887).
Depuis 51 années, frère Louis avait voué sa vie au service
des sourds-muets, s'efforçant de leur prodiguer l'éduca-
tion et l'instruction, d'en faire des hommes utiles. Il
_ 44 —
voulait â côté de son œuvre, de l'institution de Nantes,
fonder une école pour les aveugles et le Conseil Général
avait accueilli favorablement sa demande'. Mais Dieu
avait trouvé la mesure suffisamment pleine, et le 11
Janvier dernier, H rappelait à lui le vénérable Directeur
Là ville de Nantes lui a fait des funérailles dignes de luf
et ses anciens élèves, n'oublieront jamais ce qu'ils doivent
au savant modeste qui vient de disparaître.
Ad. Bélanger.
L'ABBÊ DE L'ÉPÉE AU THÉÂTRE
« L'ABBÉ DE L'ÉPÉE » de Bouilly
Comédie historique en 5 actes
M. Porrel, le sympathique Directeur de l'Odêon, a
donné le Dimanche 6 Avril une reprise de l'abbé de
l'Épée, comédie historique, de Bouilly, Cette. pièc e
représentée pour la l r * fois au Théâtre Français, le 14
Décembre 1799 repose, on le sait sur une donnée histo-
rique : L'abbé de l'Épée, le célèbre instituteur, recueille
un jeune sourd-muet en "haillons, l'instruit, croit,
d'après les renseignements de l'enfant reconnaître le fils
spolié d'une grande famille ; après mille recherches
retrouve le spoliateur et obtient un Arrêt du Parlement
de Paris rétablissant le jeune Comte de Solar dans ses
titres, lui restituant aussi la fortune de ses pères (8 Juin
1781) Il convient cependant d'ajouter que cette sentence'
fut infirmée peu de temps après la mort de l'abbé de
l'Épée (1792)
La scène se passe à Toulouse. Au 1 er acte, l'abbé de
l'Epée arrive dans cette ville avec son jeune élève qui
— 45 —
reconnaît la place sur laquelle se trouve l'hôtel de se3
ancêtres, puis la maison paternelle.
Nous retrouvons de l'Épée au 2 e Acte chez Franval
un avocat célèbre de la ville et venant lui demander le
conseil de ses lumières. Il lui explique sa cause.
C'est toujours chez l'avocat Franval que se passe le 3'
acte. L'abbé de l'Ëpée lui présente Théodore son jeune
élève qui reconnaît Marianne la femme de l'ancien portier
de l'Hôtel d'Harancourt.
 l'acte suivant, nous sommes chez Darlemont, le spo-
liateur du jeune Comte. Son vieux domestique, Dupr.é,
son complice avec lequel il conduisit le jeune sourd-
muet à Paris, poussé par le. remords, rapporte l'argent
qu'il reçoit pour prix de son crime.
Nous oubliions de dire que Sâint-Alme le fils de
Darlemont est amoureux de la sœur de l'avocat Franval
et que Darlemont et Madame Frauval s'opposent chacun
de leur côté à l'union projetée.
L'avoeat Franval et de l'Épée se rendent chez Darle-
mont pour obtenir de celui-ci la restitution du titre
et de la fortune du Comte dHarancourt. Refus de
Darlemont. Le jeune sourd-muet introduit, reconnaît
son tuteur et son cousin auquel il sauva la vie autrefois.
Enfin au 5 e acte, après la reconnaissance du vieux
domestique Dupré qui avoue sa complicité, Saint- Al me
parvient à obtenir de son père une reconnaissance de
Jules d'Harancourt et Théodore donne à son cousjn Saint-
Aime la moitié de ses biens.
Le rôie de Théodore, le jeune sourd-muet qui fat
créé à l'origine par Madame Talma était rempli cette
fois avec beaucoup de talent par M eUo Sanlaville ; celui
de l'abbé de l'Épée joué autrefois par Talien était tenn
non moins consciencieusement par Jahan.
Bien sourd-Muet. M ,IU Sanlaville, c'est le meilleur
compliment que Ton puisse faire "à la gracieuse artiste,
très pathétique aussi la scène de reconnaissance de
l'Hôtel d'Harancourt.
Au 3 e acte, l'abbé de l'Épée montre à la famille Franval
— 46 —
de quelle façon il correspond avec ses élèves, comment
celui-ci interprète ses signes et peut répondre aux
questions qu'on lui adresse,
QueK est le plus grand homme vivant ? demande
Clémence la sœur de Fra rival. Les signes de l'Épée
traduisent la question de Clémence. La réponse du
sourd-muet ne se fait pas attendre. — 'C'est l'abbé de
l'Épée, c'est son maître*
Pendant cette scène, on aurait entendu une mouche
voler dans la salle, l'auditoire était absolument devenu
sourd-muet, les yeux des spectateurs cherchant àne pas
^perdre un signe decette scène. Très expi^essifé, très bien
rendus les signes de l'abbé. L'excellent acteur Jahan
s'était incarné dans le rôle de l'abbé et l'a rendu avec
une grande perfection. Rien de plus palpitant que le- 4*
acte dans lequel M. Duparc (Darlemont) a montré de
très grandes qualités,. Pour ne rien omettre, signalons la
simplicité toute naturelle de M 6 " 8 Duhamel (Clémence)
et le jeu clair et précis de M. M. Dupont et Maury
(Pranval et-Saint-Alme M? 1 " Grosnier et M. Duard ont
également été très appréciés du public.
Comme elle avait bien l'air d'un sourd^muetentendions-
n_pus dire à chaque instant dans lepublic; ce compliment
qui s'adressait à l'artiste me semblait peu fait pour
dissiper dans le publip les vieilles erreurs répandues
sur ces malheureux et ne le disposeront peut-être pas à
croire qu'aujourd hui le sourd-rrruet parle et que les
signes, comme la pièce de Bouilly n'ont plus qu'un intérêt
historique.
Ad Bélanger.
4?
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
BELGIQUE
Rekenboekje voor Doofstommen'Scholen — Petit livre de cal.
Cul pour les écoles de sourds-muets^ partie. Nombres au dessus de
l'JDO par J. Hogerheijde professeur principal à l'institution des sourds,
tnuets d'Anvers. Anvers, 1889. 1 Vol. in-12. 108 pp. (en flamand)
M. Hogerheijde offre aujourd'hui au public la 4™"
partie de sou excellent petit manuel de calcul imité
librement de Hilger.
11 s'agit cette fois de faire aborder aux élèves sourds-
muets l'étude des nombres supérieurs à 1000 et la prati-
que des opérations à effectuer sur ces nombres.
L'auteur marque très sagement les limites dans les-
quelles il convient de renfermer cet enseignement, « La
plupart de nos élèves, dit-il en s'appropriant les termes
dont s'est servi Hilger lui-même, sont d'une condition
peu aisée et destinés à rester dans cet état après l'achè-
vement de leurs études. Quand on les aura rendus capa-
bles de distinguer le million d'avec les mille et de cal-
culer avec sûreté dans ces limites de grandeur, on aura
assez fait pour ce que 'réclament les besoins journaliers
de la vie.»
Les unités dé millions forment donc le maximum des
nombres à proposer comme données ou a faire trouver
comme résultat.
De nombreux exercices préparatoires, sur lanécessité
desquelles M. Hogerheijde insiste fortememt, sont con-
sacrés à la numération tant parlée qu'écrite : en premier
lieu pour la série des nombres compris entre 1000 et
10 000, en second lieu pour lesjiQnibres compris entre
10 000 et 100000 et enfin pour les nombres snpérieursk
— 48 —
103 009. L'aridité de ces leçons est un peu tempérée~par
quelques questions comme celles-ci : Quel est le nombre
qui vient après 4 0i8 ? avant 2 112? Après quel nombre
vient 4.530 ? Avant quel nombre vient 2.719?Quel est le
nombre qui sfe place entre 1.498 et 1.500 ? Entre quels
nombres se place 3 670?
Il est d'ailleurs très recommandé, et le bon sens l'indi-
que, de continuer, tout en faisant étudier la 4 me partie
de l'ouvrage, les exercices sur les nombres de 1 à 1 000.
Les élèves ne sont donc pas emprisonnés dans un
travail monotone, de numération.
Les 4 sections qui se placent à la suite des exercices
préparatoires sont respectivement consacrées à chacune
des 4 opérations fondamentales de l'arithmétique Le
plan en est conçu sur un type uniforme, rigoureuse-
ment méthodique et présentant un ordre progressif heu-
reusemnt gradué. On y trouve d'abord une série d'exer-
cices pour le calcul de tête, puis une série d'exercices
plus compliqués pour le calcul écrit. Chaque section se
termine par des exercices avec nombres concrets, suivis
d'une collection variée de petits problêmes empruntés à
la pratique de la vie usuelle.
11 est à remarquer qu'au début de chaque série d'exer-
cices, M. Hogerheijde se fait une loi de ne proposer
aux élèves que les nombres ronds de mille, de centaines.
Dans les calculs à faire de tête, les additions ne portent
jamais que sur deux nombres; les multiplications ne se
présentent qu'avec l'un des facteurs inférieur à 10 ou
formant un nombre rond de dizaines inférieur à 100 et,
dans ce dernier cas, l'autre facteur n'a pas plus de deux
chiffres. Les divisions à effectuer ne comportent jamais
qu'un diviseur inférieur à 20 ou formant un nombre
rond de dizaines. Dans les exercices de calcul écrit, les
diviseurs proposés n'ont jamais plus de trois chiffres.
Je ne dois pas omettre de signaler, bien que je l'aie
déjà fait, je crois, dans un, précédent compte-rendu, le
soin pris par M. Hogerheijde de familiariser les élèves
avec toutes les formes de langage sous lesquelles l'énoncé
- 49 —
d'un même problème peut être présenté. Ce , point m'a
toujours paru d'une importance capitale, surtout vis à
vis des jeunes sourds-muets.
En somme, œuvre très utile et dont il suffirait de tra-
duire quelques pages, spécialement des titres de chapi-
tre et la partie relative aux problêmes, pour mettre le
livre à usage des instituteurs de toute nationalité, les.
chiffres parlant d'eux-mêmes pour le reste.
O. Claveau
CORRECTION DES VICES M PRONONCIATION
dans les institutions de sourds-muets
Nous trouuons dans le journal de VAin l'infor-
mation suivante relative à l'Institution des sourds-
muets de Bourg et nous sommes heureux de signaler
cette innovation à tous les directeurs d'école.
Ce n'est certes pas la première, fois qu'un professeur
de sourds-muet s'occupe du redressement des vices de
la prononciation chez les entendants. Nous savons que
des résultats très sérieux ont été obtenus dans cette
vole par plusieurs de nos confrères et nous pensons que
nul mieux qu'un professeur de sourds-muets ne peut
y réussir, N'a-t-il pas l'habitude de donner le parole à
ses élèves, de corriger leurs défauts de prononciation et
Dieu sait s'il s'en présente.
C'est avec plaisir que nous enregistrons la tentative
faite par l'école de Bourg et nous souhaitons bien
vivement, qu'à son exemple, chaque école française
- 50 —
Ouvre des cours spéciaux appelés à render de réels
services.
Ad. B.
«Qansles écoles comme dans les familles, on rencontre
fréquemment certains enfants, même intelligents, qui
parlent très mal : ils zézaient, blèsent, chuintent, bë~
ffaient même.
Difficilement ces défauts seront corrigés à Técole pri-
maire ; il faut, pour cela, des procédés et des exeixices
spéciaux.
Les parent*, désireux d'améliorer laparoledéfectneuse
de leurs enfants, apprendront avec plaisir que les Frères
des Ecoles chrétiennes viennentd'annexeràleurétablis-
sement des sourds-muets de Bourg, une division spéciale
pour la correction des défauts mentionnés plus hauts.
Le 'succès est toujours certain, si l'élève est docile,
laborieux et persévérant à suivre les exercices auxquels
on le soumettra.
Ces exercices n'ont rien en eux-mêmes de fatiguant ni
de dangereux : ils consistent simplement en une gj'm-
nastiqne respiratoire et phonétique très propre même
à fortilier la poitrine en améliorant le jeu desorganesde
la respiration.
Aucun appareil n'est employé : tout est naturel, phy-
siologique et uniquement basé sur une pédagogie spéciale.
Il est une autre infirmité qui trouvera aussi à l'Institu-
tion de Bourg son soulagement assuré, sinon sa gnérison ;
c'est l'état malheureux des jeunes gens devenus sourds
à un certain âge. Ils, ont perdu l'ouïe tout en conservant
la parole ; ils parlent encore, mais ils se mettent diffici-
lement en rapport avec leur interlocuteur.
A rétablissement, ces pauvres enfants apprendront à
lire la parole sur la bouche ou mieux sur lesHfèvres de
quiconque leur parlera. Ils n'entendront pas la parole,
mais ils verront parler : ils compendront et pourront
répondre.
- Dl —
Cette dernière infirmité est cependant plus longue que
le? autres à guérir ou à corriger complètement ; elle
demande une série d'exercices particuliers.
Les cours commenceront le 15 Avril 1S99 ; et se con-
t : uueront pour chaque catégprie jusqu'à parfaite gué-
rison.
L'enseignement est simultané ; au moins -pour les
exercices préparatoires ; ce procédé donne de l'entrain,
de l'émulation et favorise les progrès.
L'âge -n'est pas un obstacle invincible à la guérison :
chez l'enfant, les organes sont plus souples, mais l'adulte
a plus d'énergie et plus de persévérance dans la volonté-
Le prix du traitement est dépendant de la gravité du
mal et des soins particuliers que peut réclamer l'élève.
Un premier examen du sujet servirait avantageu-
sement à fix^r les chances de succès et la durée probable,
du traitement.
-Adresser les demandes au directeur de l'Institution
des sourds-muets de Bourg (Ain). Indiquer ; 1° l'âge;
2° la nature de l'infirmité ; défauts de prononciations,
bégaiement, surdité. »
NÉCROLOGIE
Monsieur Fernand CLAVEAU
Monsieur 0. Chiveau,. Inspecteur Général honoraire
des Établissements de Bienfaisance vient d'avoir la
douleur de perdre son fils, M. Fernand Claveau, notaire
à Paris, décédé â Arcachon le 12 Avril dernier dans sa,
3t e année. Nous nous associons bien sincèrement .à sa
douleur. Si la . sympathie affectueuse qui entoure en
France le nom du propagateur de la méthode orale dans
notre pays, peut adoucir sa peine ; il peut être certain
— m —
qu'en cette triste circonstance surtout, elle ne lui fait
pas défaut.
Ad. B
Monsieur Paul RIVIÈRE
L'institution Nationale de Paris vient de faire une
perte bien sensible en la personne de M. Paul Rivière
Professeur de Jardinage depuis plus de vingt années,
décédé le 1" Mai dernier. Pendant la longue carrière
qu'il a fournie, M. Rî'/ière avait su se concilier les
sympathies les plus vives parmi tous ses collègues de
l'Institution et tous les Directeurs qui se sont succédés
le tenaient en tx*ès grande estime. Consciencieux avant
tout, il fit son devoir jusqu'au bout et les souffrances
d'une maladie longue et douloureuse ne l'empêchèrent
pas de diriger ses élèves jusqu'au moment même de sa
mort.. Savant modeste autant que zélé, il avait su
acquérir les connaissances les plus étendues en horti-
culture et en arboriculture; il était de ceux bien rares
certainement qui a une pratique consommée savent
joindre la théorie la plus sure et la plus précise. Tous
nos confrères n'ont pas oublié le manuel de jardinage
qu'il publiait récemment (*) et beaucoup d'entre eux l'ont
certainement entre lesmains. Eu récompense de seî
nombreux services M. le Ministre de l'Intérieur l'avait
proposé pour la croix du Mérite Agricole qui lui avait
été décernée par M. le Ministre de l'Agriculture.
Ses élèves avaient pour lui l'affection la plus grande
et de longtemps n'oublieront pas le maître dévoué qui
a consacré sa vie à plusieurs générations. La douleur
de tous était sincère et l'émotion bien vive de M. le
Directeur Javal adressant à M. Paul Rivière le suprême
adieu était évidemment ressentie par tous au moment
de la séparation.
Ad. B.
(•) Manuel de jardinage et d'agriculture k l'usage des institution»
de sourds-muets et des écoles primaire!», Paris. 1888.
L'imprinieur-Gérant, Eug. BELANGER rue sai»t-J jcques 115, Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des ^Sourds-Muets
6™e anii^e. N° 3 Juin 1890.
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, avec l'autorisation de l'auteur,
par O. Claveau
INTRODUCTION
Le jeune enfant qui a le malheur d'être, né sourd ou
devenu tel dans le cours de ses premières années se
trouve, par cela même qu'il n'entend aucun mot, dans
l'impossibilité de reproduire ces mots et d'apprendre la
parole. S'il ne parle pas, ce n'est poift qu'il n'ait rien
à dire ou, en d'autres termes, qu'il n'ait point d'idées.
C'est seulement par ce qu'il ne peut employer le
moyen destiné à exprimer sa pensée, — moyen qu'il
possède pourtant comme les entendants parlants, mais
dont il ne saurait tirer parti à moins qu'un art chari-
table ne vienne a son secours en lui enseignant la
manière de faire passer en acte la puissance ou aptitude
à parler qu'il a naturellement, c'est à dire en lui montrant
à se servir de l'instrument de lu parole.
L'organe qui sert à parler est sain et entier chez le
sourd-muet comme chez l'entendant ; ses parties sont
coordonnées entre elles et disposées pour émettre le
son au moindre signe de la volonté, tout comme cela se
— 51 —
passe en nous. Ea effet le pauvre petit muet pleure,
hurle, crie comme touv les autres enfants. Si, dans
Quelques cas et chez certains sourds-mdets, l'organe
vocal se trouve imparfait, ces cas sont très rares. Ou
en rencontre de pareils chez les entendants. Mais il' ne
faut pas croire que si l'enfant sourd-muet pleure et
crie, il pourrait, aussi parler, car les pleurs et les cris
dépendent entièrement de la nature et de l'instinct,
tandis qu'il faut, pour donner naissance à la parole, tout
à la fois l'intelligence et la mémoire et la volonté. Le
petit enfant voit les autres personnes remuer les lèvres
et converser entre elles ; il voudrait les imiter, mais il
ne peut y arriver qu'autant qu'une main charitable
l'amène à acquérir par le tact et pa&la vue ce qu'il n'est
point capahle d'apprendre par le sens de l'ouïe dont il est
privé, qu'autant qu'on luienseigne à se servir par artifice
de ses organes vocaux, ne pouvant le faire naturellement.
La surdité est la cause unique et plus que suffisante de
la mutité.
11 est vrai que- parfois l'on^ rencontre des enfants
entendants qui ne parlent pas. Ceux-ciforment une Classe
à part. On dit . qu'il sont atteints d'aphasie qu'il y a un
manque \de relation entre les centres nerveux de
l'organe de l'ouïe et celui de la parole. On ne doit pas
les confondre avec les. sourds-muets proprement dits,
encore bien qifonpuisse donner la parole par les mêmes
procédés aux uns comme aux autres.
De nos jours", grâce à Dieu, il ne reste presque plus
trace des absurdes et inj listes prèvent ion s que le paganisme
la barbarie et l'ignorance avaient accumulées sur cette
classe d'infortunés ; mais il ne faudrait pas s'imaginer
q le les sourds-muets en soient arrivés à recouvrer
tous leurs droits et que la société «actuelle fasse pour
eux tout ce qu'elle aurait à faire en vertu du devoir
naturel, des liens de fraternité, des obligations que
créent la Religion et la Charité. Les sourds-muets ne
réclament pas seulement de nous le pain de la vie
matérielle, ma,is encore le pain de l'intelligence si
- 55 — ■
nécessaire et indispensable pour eux. Si nous ne pouvons
leur rendre l'ouïe, cherchons à alléger le peids.de leur
infortune en les dotant du flon précieux de la parole
pour arriver par ce moyen à leur donner la nourriture
de l'esprit et à les relevei\da leur déchéance.
Les sourds-muets, par rapport au degré de leur
infirmité, peuvent se diviser eu trois grandes catégories.
On doit ranger dans la première catégorie les sourds-
muets de naissance et encore ceux qui ont perdu l'ouïe
dans le premier âge avant d'avoir commencé" à parler.
Ceux-là sont iotalementsourds et n'ont aucune idée ni du
son nide rien de ce qui concerne le langage articulé. Ce-sont
des sourds-muets dans toute la force du terme, ceux
que quelques personnes voudraient continuer à consi-
dérer comme incapables de recevoir l'instruction par la
parole vivante. Mais il n'y a I3 qu'un préjugé dépourvu
de fondement, les sourds-muets dont-il s'agit n'ayant
rien qui les distingue sous de rapport ou qui les place
plus bas que leurs frèresd'infortune devenus absolument
sourds et muets après avoir joui pendant quelque
temps de l'usage de la .parole. Il n'est pas rare au
contraire de trouver, dans cette catégorie -des sourds-
muets de naissance, des enfants plus éveillés, plus
intelligents, plus aptes à l'étude et à la parole que ceux
qui appartiennent à d'autres catégories. On attribue
d'ordinaire la surdité congénitale aux. mariages consan-
guins, à l'atavisme, à des impressions fortes et pénibles
r3ssenties durant la gestation, à d'autres causes encore
assez mal définies ; mais -tout cela ne se fonde guère
que sur des suppositions el jusqu'ici l'onn'arien constaté
de certain.
La deuxième classe comprend ceux qui, ayant perdu
l'ouïe entre l'âge de 4 ans et celui de 7 ans ou même
plus tard, ont profité pendant un temps plus ou moins
loug dubienfaitde la parole. Bienqu'entièrementsourds,
— 56 —
ils se trouvent généralement dans des conditions plus
favorables que ceux de la catégorie précédente, à raison
du plus grand développemenl intellectuel et d'un certain
bagage de mots qu'ils peuvent avoir conservés. Ce
bagage est plus ou moins restreint et. en rapport avec
l'époque de la vie à partir de laquelle la surdi-mutité s'est
déclarée, en rapport aussi avec la nature du milieu
dans lequel les enfants ont vécu. En tous cas, cependant,
ceux-là même qui n'ont perdu l'ouïe qu'à l'âge de sept
ou huit ans oublient peu à peu le langage qu'ils ont
appiis et ne tardent pas à devenir de véritables muets,
à moins qu'ils n'aient su lire et écrire auparavant et qu'ils
n'appartiennent à des familles prenant d'eux un soin
particulier. Tout au plus conservent-ils la mémoire et
l'usage du petit nombre de mots qu'ils sont obligés de
répéter fréquemment. Lorsqu'un enfant devient sourd à
l'âge de cinq ou six ans et qu'il est négligé comme cela
arrive presque toujours parmi les gens pauvres, il ne
s'écoule guère plus d'u,n an avant que la surdité ne soit
complète et que l'enfant ne finisse par en être réduit à
l'état de ceux qui n'ont jamais parlé.
A la troisième catégorie appartiennent tous ceux qui
conservent un certain degré plus ou moins élevé
d'audition. Ce peu d'ouïe, à peine suffisant d'abord pour
faire entendi e des bruit très forts et des sifflements
aigus, peut s'affiner par l'exercice jusqu'à faire distinguer
les sons qu'articule une personne parlant à haute
voix, mais il demeure impuissant à faire saisir nettement
la parole, si ce n'est à très courte distance. Les sourds
de cette catégorie, la plus nombreuse de toutes, sont
placés, sous le rapport de l'articulation, dans une
situation plus avantageuse que celle des sourds-muets
totalement privés d'ouïe et généralement leur voix se
montre, en proportion du degré d'audition, plus harmo-
nieuse, avec un diapason plus élevé. Mais, en ce qui
touche la lecture sur les lèvres, la connaissance à
acquérir des formes et de l'usage du langage parlé, ils
sont au même niveau que tous les autres et même, le
— 37- —
plus souvent, c'est parmi euxque l'on trouve les enfants
les moins intelligents, les plus. dépourvus de mémoire.
Les crétins ou idiots forment une classe à part. Il ne
faut pas les confondre avec les sourds-muets doués de
toutes les facultés intellectuelles, les seuls dont nous
ayons dessein de parler ici.
Que l'on puisse apprendre à parler à, tous les sourds-
muets dont la vue et les organes vocaux ne présentent
pas d'imperfections graves et qui sont en possession des
facultés de l'intelligence, c'est ce que personne n'ose
plus mettre en doute aujoud'hui, à l'exception de ceux
qui parlent des sourds-muets sans les connaître ou qui
ont intérêt à nier le fait. Celui qui en douterait encore
et qui voudrait loyalement s'assurerde la vérité n'aurait
qu'à se rendre dans une des institutions où la méthode
orale est appliquée sérieusement et non pas seulement-
de nom. Et si la voix des pauvres sourds-muets n'est
pas toujours très claire ni très agréable, il ne faut pas
en rejeter toute la faute sur l'imperfection de la natu-
re. C'est souvent et pour une bonne partie l'insuffisance
de l'art qu'on doit en accuser. Le bien fondé de .jïotre
assertion est bien, démontré journellement par cela
même que les institutions où les sourds-muets parlentle
mieux sont celles où l'on met en pratique les meilleurs
procédés, où l'on trouve les maîtres les plus habiles, les
- plus expérimentés, les plus zélés. C'est là un fait qui,
par lui seul, prouve àqui veut comprendre que non seu-
lement les sourds-muets peuvent parler, mais qu'ils
peuvent 6/e/i parlerjiourvu qu'ils aient la bonne fortune
de rencontrer des cœurs généreux, des esprits éclairés
qui veuillent se consacrer à leur éducation, avec les
connaissances nécessaires. La raison confirme d'ailleurs
ce que nous apprend l'expérience directe.
A quelque catégorie qu'un sourd-muet appartienne,
sesorganes, vocaux se trouvent .comme nous l'avons déjà
— 5r—
fait remarquer, dans los -conditions exactement sembla-
bles à celles qui se rencontrent chez l'eniendantparlant
Les cordes vocales, sous une simple impulsion de la vo-
lonté, sont aptesà se contractrer, à entrer en vibration età
émettre une onde sonore tout comme les cordés vocale 9
des personnes non affligées. de surdi-mutité. Le petit
sourd-mûe.t ne pouvant s'aider de l'orgauè de l'ouïe pour
la perception et la reproduction des sons, doit réclamer
le concoursdutactpourse rendre compte sur la personne*
de son maître des vibrations qui engendrent cessons et
pour les reproduire en lui-même et, quand il est bien
guidé, il y parvient avec Une précision surprenante.
En outre et indépendamment du sens externe ou dé
relation , le sourd-muet a le sentiment des vibrations
internes qui viënnentà se produire dans son organe vocal
sentiment au moyen duquel il se rend compte des mou-
vements àfairepour réaliser les mêmesphériomènes toutes
es fois que cela est' nécessaire. Le retour fréquent de ces
Sensations internes et intimes finitparcréer une mémoire
musculaire qui sertau sourd-muet à exécuter avec une
merveilleuse promptitude les mouvements d'où résultent
jes sons et la parole et qui-finit,sousï*influénce d'exerci-
ces répétés, par devenir une fonction instinctive ou
mécanique.
Quanta la parole proférée par un interlocuteur le
sourd-muet parvient a la saisir parla.vue, ou, en d'autres
termes, à la lire sur les lèvres d'autrui. Le tact et la vue
suppléent donc en, grande-partie au manque de l'ouïe, de
telle sorte que le pauvre infirme en arrive, lui aussi, à
parler.
( A suiore )
— 59 —
L'abbé Louis -Toussaint DASSY
1808-1888
Nous avons déjà annoncé dans la Revue Française (')
qu'un comité s'était formé à Marseille pour élever sur
l'une des p'aces publiques de cette ville un monument
à la mémoire du venen-.be abbèDassy, ancienDirecteur
de l'Institution des sourds-muets de Marseille et fonda-
teur de l'Institution des aveugles de.cette ville.
Ce comité composé de notables sous la présidence de
MonsieurEmile Arnaud président du tribunal de comme r-
ce de Marseilles'estconstituéve'slafinde l'année dernière
Le monument a été confié à Uartiste Falguière, Voici
le plan: sur un piédestal de granit se dresse la statue, en
beau marbre blanc do Carrare, de l'abbé Dassy. Assise,
à ses pieds, une jeune aveugle lit, avec ses doigts, c(ans
un livre écrit eu caractères Braille ;' tandis que, de
l'autre côté un jeune sourd-muet, en tenue de collégien
l'œil fixé sur l'abbé Dassy, qui lui parle, saisit la parole
sur les lèvres.-
Nul ne mérita mieux honneur qui lui est 1 fait. Né le'l"
Novembre 1838, d'une famille honorable de Marseille
Louis-Toussaint Dassy fit son éducation dans cette
ville au pensionnat Cauvière, il s'agréa à la Congrégation
des Oblats; envoyé ensuite àFribourg,.ilen. revint prêtre
à 22 ans. Dès lors, il appliqua toute son activité à l'œuvre
des missions
Les recherches historiques qu'il entreprit au cours de
ses voyages, les travaux qu'il publia sur cette matière,
lui ouvrirent en 1858 les portes de l'Académiede Marseille
dont il devint ensuite le Secrétaire-Perpétuel. Nommé
(*) Revue Française 5 me "aun^e. N" 5 p. 123
— 60 -
correspondant du Ministère de l'Instruction Publique*
nous avions le plaisir d'enregistrer dans la Revue
Française sa nomination de Chevalier de la Légion
d'Honneur le 1" Janvier 1880.
Nos lecteurs connaissent l'œuvre de l'abbé Dassy et
comment il prit en 1866 la succession de l'école de M-
Gués à Marseille (*) Peu de temps avant sa mort le véné-
rable abbé nous avait envoyé une notice sur la maison
qu'il dirigeait dans la vieille cité Phocéenne. Mais les
sourds-muets n'étaient pas les seuls malheureux que
secourait la charité de notre vénéré confrère. Depuis
1858 les aveugles de cette région avaient trouvé leur
bienfaiteur qui fondait à cette époque l'Institut des
aveugles de Marseille.
Jusqu'à la fin, l'abbé Dassy consacra tous ses
moments de sa vie â ses deux écoles : sourds-muets et
aveugles, s'eftorçant d'améliorer les méthodes et le bien-
être de ses enfants, il y fut aidé par un collaborateur
distingué, mort aussi, et dont nous ne saurions oublier le
nom, M. l'abbé Guéri», que les congressistes français de
Milan se râpe lient tous, et dont la perte prématurée fut
si sensible.
A la fin d'Août 1888, l'abbé Dassy succombait presque
subitement a Caûterets, âgé de près de 80 ans. Ses com-
patriotes n'ont pas oublié, on l'a vu, les services qu'il a
rendu à leur cité etperpétuent sa mémoire en conservant
les traits de cet homme de bien. Noblesse oblige, sa suc-
cession a été reprise par son neveu, M. l'abbé Léopold
Dassy, qui continue à Marseille les traditions de son
oncle vénéré.
Ad. Bélanger
(")< llevue Française, 4 me année. N° 4 p. 87
- 61 —
LA QUESTION DES EXTERNATS DE SOURDS-MUETS
EN ALLEMAGNE
(suite)
Voir la Revue française d'Avril et Mai 1890
Dans la discussion à laquelle a donné Lieu au Congrès de
Cologne la proposition de M. Cuppers, le directeur de l'insti*
tution de Neuwied, M. Barth a pris le premier la parole.
La question de savoir si c'est l'internat ou l'externat
qui constitue pour nos élèves le meilleur régime à
adopter a été soulevée, il y a 70 ans déjà et dit-il a été
vivement discutée en connexité avec cette autre question :
Quel est le moyen principal d'étouffer- les signes et de favori-
ser le développement du langage articulé, même en dehors
du temps des classes ? On s'attendait alors à ce que l'externat
produirait à ce point de vue quelque chose de tout à fait ex-
traordinaire ; c'est pour cela qu'on donna la préférence à
cette organisation, mats les faits n'ont pas répondu à l'attente.
Nous sommes assez dégrisés aujourd'hui pour pouvoir ca-
ractériser plus fermement qu'autrefois les désavantages de
l'externat. Tous les inconvénients que M. le directeur Cuppers
a signalés pour les trois premières années du cours d'instruc-
tion peuvent être relevés à la charge du régime de l'externat
en général. Je demande qui est-ce qui prend nos enfants en
pension. Ge ne sont pas, à coup sûr, nos bourgeois aisés. Le
dernier appel que j'ai adressé à cette fin aux bourgeois de
Neuwied est demeuré sans résultat. Aucun ouvrier ne s'est
présenté. Ailleurs aussi les mêmes conditions se retrouvent.
Dis lors pour recruter les gardiens, il faut descendis jusque
dans les plus basses classes du peuple. Ces personnes-là sont-
elles aptes à élever 1p,s sourds-muets ? non, pas même à em-
pêcher nos élèves de faire des signes. Il n'y a pas de langage
qui soit si vite, adopté que le langage des signes et il y a mê-
me des gens qui prennent plaisir à en faire usage. Toutes les
— 02 -
circonstances dont on s'ost prévalu en ce qui concerne les
trois prejnières années, je les relève pour toule la durée de
l'externat, quand même il se pourrait faire que l'on trouvât
des bourgeois disposés ù recevoir les enfants. A propos des
éclaircissements que nous adonné, notre collègue Cùpperssur
les soins physiques spôciaux]que réclameutlesenfantsinnïnies,"
je voudrais que l'on me dise à quelle époque ces infirmités
disparaissent. Est-ce la troisième année d'études qui déter-
mine cette limite ? Je me félicite de pouvoir annoncer ici que,
dans noire institution deNeuwied, on a établi récemment un
internat pour 20 jeunes filles, dirigé par des diaconesses. Eu
égard aux conditions dans lesquelles nous nous trouvons à
Xeuwied, je suis bien d'avis qu'une organisation pareille soit
dite aussi pour les garçons.
Cuppers (de Trèo-is). Il ms semble que notre collègue a u n
peu déplacé la question. En ce qui concerne le recrutement
des gardiens, les conditions sont sans doute très fâcheuses
à Neuwied. En général, par exemple à Bruni, à Trêves,
on a toujours trouvé à choisir parmi un nombre suffisant de.
gardiens offrant des garanties convenables pour l'éducation
et les soins matériels à donner aux enfants. Sans doute, les
conditions que l'on rencontre ne répondent pas toujours à
tout ce qu'on pourrait demander,mais il me serait impossible
de renoncer aux autres raisons que j'ai développées en faveur
de. l'internat pour les élèves des classes supérieures, quelque
désir que j'aie de voir établir le régime de l'internat pour les
élèves d<*s classes inférieures.
Le Président. Je ne puis que confirmer en ce qui concerne
Cologne ce qu'a dit de Briihl et de Trêves notre collègue
Ciippers. Ici nous pouvons dire que, nos gardiens nous donnent
pleine et entière satisfaction.
Bergmann (de B.-eslau). Nous avons expérimenté avec le
plus heureux succès l'association de l'internat avec l'externat.
Xous conservons les enfants pendant une ou deux années
dans l'établissement avant do les remettre aux mains des
gardiens et nous avons trouvé que cette organisation remplis-
sait -complètement son but. Nous avons cherché à ce que les
élèves trouvent chez les gardiens des conditions analogues à
celles du milieu d'où ils viennent mais généralement d'un
niveau un peu plus élevé. Cette combinaison nous a donné
précisément les meilleurs résultats. Nous nous sommes trouvés
en outre dans la situation favorable de pouvoir conserver dans
~ 63 -
l'établissement 1rs enfants souffrants. Nous avons assujetti
à une discipline spéciale les enfants difficiles à éduquer, les
personnes étrangères comme nous le sommes à la famille
même des enfants ne. pouvant faire us:ige de punitions bien
sévères. Nous avons eu toujours a notre disposition un choix
suffisant de gardiens.
L'organisation est encore de date rèconte et ce n'est que
depuis sept ans qu'il s'est formé une population de gardiens
qui nous est fidèle. Je ne puis qu'appuyer en tout les vues de
l'auteur de la proposition. Quant à confier à des religieuses le
service de l'internat, c'esl pour nous un projet qui reste en
l'air, attendu que nos établissements sont ouverts aux enfants
de toute confession religieuse. Il faudrait changer cette orga-
nisation, ce qui rendrait évidemment l'administration difficile.
Graf(de Vienne. — Obsr Bobling). Il n'y a eu jusqu'ici en
Autriche qu'un essai isolé de c n genre, il faudrait encore
èelaircir la question de savoir si l'on confie à une famille
de gardiens un ou plusieurs enfants. Dans ce dernier cas
l'externat devient une sorte de petit internat. Je sollicite
une explication à ce sujet.
dïppers (de Trêves). L'usage qui prédomine chez nous est
d'isoler le moins possible les sourds-muets et de les placer
dans les familles deux par deux, trois par trois, quelquefois
en plus grand nombre.
Le Président. On demande que les propositions soient
discutées isolément l'une après l'autre. Je prie l'assemblée de*
se conformer à cette demande.
Bi'icss {ds Lingenho>*st) demande que l'on ajoute a la
première proposition les mots: et aussi après les trois premières
années du cours d'instruction pour tous les élèves .qui ont
besoin d'une surveillance spéciale au point de vue des soins
■physiques, de l'éducation et du langage.
Holleniceger {de Marienburg). On a omis de faire
connaître 1<* raison pour laquelle on juge bon de fixer
la limite de. 3 ans. A mon sens il suffirait d'établir le régime
de l'internat pour les deux premières années. Je propose de
dire: en règle générale, pour les deux premières années du
cours d'instruction.
Firth {d-j Brfiht). Les motifs qui font désirer que l'on con-
serve les enfants dans l'internat pendant les trois premières
années subsistent pendant la quatrième année. Je repousse le
3 e paragraphe de la I e proposition, car ce point s'appliquera
- 61 —
à toute la durée du cours d'instruction et je propose de
mettre : les élèves qui ont besoin de soins spéciaux sous le
rapport physique et sous le rapport d'éducation sont conservée
plui longtemps dans V internât .
Willareth (de Gerlachsheim). Il convient de préciser quoi
doit être le nombre des élèves dans un internat. Je voudrais
voir émettre le vœu qu'on n'établisse pas d'internats et d'exter-
nats aussi nombreux qu'on le fait et que l'on détermine un
nombre modéré d'élèves dans les limites duquel il est possible
de s'opposer au développement "du langage des signes.
Kœbrich (di Weissenfels) . Je dois considérer comme la
meilleure organisation à adopter celle qu'a indiquée Cuppers,
seulement je ne voudrais pas voir exclure en principe de
l'internat les élèves des classes supérieures. Je désirerais que
les élèves sortant des deux dernières classes fussent envoyés à
l'internat pour venir en aide aux personnes qui sont chargées
de la direction de cet internat. On peut très bien concevoir
que les élèves les plus agis concourent à la surveillance, ce
qui sera un excitant pour les jeunes enfants. Je voudrais
donc qu'on fît entrer à l'internat, en nombre limité, les élèves
les plus âgés, non pas seulement ceux qui auraient besoin
d'amélioration.
Le Président fait remarquer qu'on a exprimé le vcôiide "voir
préciser le nombre d'élèves que l'on devra admettre dans un
internat.
Engelke(de Sehleswig). Les- internats qu'on établira doivent
être d'une importance aussi réduite que possible. Chez nous,
on a compté aussi sur deux ans. Cela n'est pas arbitraire. A
ceci se rattache immédiatement la question de savoir quel
est le nombre d'élèves qui fréquentent l'institution. Si un
établissement adm^t annuellement 10 élèves, la population
de l'internat se composerait de 30 élèves. Dans les conditions
où sa trouve mon institution, j'aurais à établir un internat
de 40 élèves. Je désire mettre bien en évidence les avantages
de l'internat, mais je ne voudrais pas non plusfermer les yeux
sur les grands inconvénients qu'il peut avoir. Mon plan
était de faire passer 'à l'internat au bout de deux ans même
les élèves faibles ; mais pour ceux-ci on a trouvé moins aisé-
ment des gardiens que pour les autres. Je tiens à faire
remarquer que, dans une semblable organisation, il faut
penser aux suites et ne pas établir un internat à proportions
trop petites.
— 65 —
Hemmes {di Bensheim). Je désirerais vivement voir Ajouter
les mots: " en règle générale ". Tout chef d'internat est
exposé ,â bien des difficultés dé la part de parents anxieux
qui viennent dire : " nous avons pleine confiance en vous,
mais nous ne savons pas ce que sont les gens chez lesquels
notre enfant va être mis en pension. " D'autres, spécialement
les gens distigués, s'effraient de l'idée d'un internat par ce
qu'ils ne veulent pas que leurs enfants soient traités sons tous les
rapports comme les enfants pauvres. Lorsque les parents son 1
en état et en disposition de payer un prix de pension élevé,
on trouve toujours des gardions. Pour laisser aux enfants de
celte catégorie la possibilité de faire» leur éducation sous le
régime de l'internat, l'addition que je propose est nécessaire.
Henning, Conseiller provincial de l'instruction publique. La
considération dudéveloppementâ assurera laparoleestdécisive
en faveur de l'internat pour les trois premiêresannées.L'addition
des mots: "en régis générale "veut dire : on pourra conserver
les élèves dans l'internat pendant les années qui suivront les
trois premières, de même qu'on pourra laisser des enfants ( au
régime de l'externat pendant ce? trois premières années.
A la suite de cette discussion, la majorité adopte la rédaction
suivante* Il y a lieu de recommander en règle générale
le rêgima de l'internat pour les trois premières
années, du cours d'instruction
Le Congrès écarte la proposition de fixer le nombre d'élèves
que devra admettre l'internat,
(.4 suiore)
Traduit de l'allemand par
O. Claveau
— 66 —
SOCIÉTÉ CENTRALE D'ÉDUCATION. & D'ASSISTANCE
Pour les Sourds-Muets en France
COMPTE RENDU DE LA. SITUATION
CLOTURE DE L'EXERCICE 1883-
14, Mai 1890
MESSIEURS
Dans notre dernière réunion, j'ai pris rengagement de
tous faire un rapport sur la situation générale de notre
société.
Il est utile, en effet, de jeter de temps en temps un re-
gard enarrière pour récapituler ce qui a été fait, etmieux
se rendre compte de la direction dans laquelle nous de-
vons porter nos efforts. Une société qui ne cherche pas à
mieux faire, et qui se complaît dans son œuvre quotidien-
ne périclite et finit par périr d'inertie. Elle ne captive
pluslintérêtetnetrouveplusdenouveauxadhé -entspour
combler ses vides. J'ai souvent redouté ce danger pour
notre société et plus d'une fois nous avons cherché en-
semble les moyens d'y remédier. Sinousn'âvonspas tou-
jours réussi, c'est que le succès ne dépendait pas de nos
seuls efforts.
Nous avons pu jusqu'à présent soulagerles besoins les
plus .urgents, consacrer des sommes relativement impor-
tantes à l'éducation des jeunes sourdes-muettes, et, en
capitalisant les dons qui nous étaient faits réaliser une
petite fortune qui dépasse 75,000 fr.
M. le Trésorier a fait ] e relevé des recettes et des dépen-
sesdesdixdernièresannéesetnous constatons que depuis
1879 notre Société a reçu 108,543 fr. 83 c. Sur ce chiffre
91,594 fr. 20 cent, ont été distribués en secours sous les
formes les plus diverses,, et 16,158 francs qui prove-
naient de dons ont è{ê capitalisés et ont été placés en
— 67 —
obligations de chemius de fer ou du Crédit foncier. Ce
chiflre sera encore augmenté d'une somme de 1,000
francs quand nous aurons touché le legs Berthier.
Le tableau des recettes et des dépenses ci-après vous
donne le mouvement de notre caisse pendant les dix
dernières années.
Années
Recettes
Dépenses
1879
5,639 f.
30
6,014 f. 35
1880
19,276
65
12,933 87
1881
13,257
40
16,014 80
1882
10,569
85
12,514 J22
1883
8,864
05
9,795 30
1884
7,177
58
7,265 32
1885
9,015
40
11,261 70
1886
8,516
85
7,140 »
1887
8,249
20
10,415 59
1888
9,676
65
6,957 15
1889
8,290
90
7,339" 90
108,643 f.
83
107,652 f. 20
La nature des recettes et des dépenses étant à peu près
la même chaque année, je me bornerai à vous rendre
compte de notre budget de 1889.
Les recettes proviennent :
1° Du produit de la loterie
2° De la subvention du dépar* de la Seine.
3° De la subvention de la ville de Paris .
4° Du produit des souscriptions . . .
5° D'un don de
6° D'une restitution d'un anonyme. . ..
7° De l'intérêt de nos rentes ou obligations
8° Contribution des parents aux pensions .
1,630 f
»
2,000
»
700
»
485
»
50
»
100
»
2,590
99
744
»
Total.
8,290 90
— 68 -
Nous avons dépensé en 1889 savoir :
1° Pour secours de nourriture
2° Pour secours de loyer .
Pour frais d'instruction .
Pour frais de bureau. .
Pour frais de médicaments
6° Pour secours en outils .
1" Pour secours en argent.
Total
3°
4°
5°
919 f.
15.
764
>
5,064
50
403
45
24
80
5
»
129
»
7,339 f. 90
M leTrésoriervousafait connaître que nous avions encais-
seàlaclôturederexeroicel888unreliquatde 6,628 f. 95
Les recettes de 1889 ayant été de . - 8,270 90
Cela faisait un total de.
Il a été dépensé en 1889.
Nous avons donc tin reliquat ou réserve
disponible de.
14,919 f. 86
7,339 90
7 579 f. 95
Je vous ai déjà indiqué que la petite fortune de notre
Société s'élevait à 75.536 fr. 75 cent,
Les fonctions de trésorier d'une œuvre de bienfaisance
sont toujours laborieuses et ingrates. Elles exigent l'en-
registrement minutieux de recettes et de dépenses
toujours minimes qui entraîne un travail de chaque
jour. Elles sont ingrates parce que plus qu'un autre le
trésorier est appelé à constater combien les recettes
sont disproportionnées aux besoins et aux misères qui
font appel à notre charité.
M. Coldefy a rempli ses fonctions avec un dévoue-
ment auquel je me plais à rendre justice, et pour
leqUel je vous demande de chaleureux remerciements.
Lorsqu'il a été éloigné de l'Institution par sa mise à
la retraite, so*n séjour prolongé à, la campagne ne
lui a pas permis de s'occuper chaque jour de nos
affaires ; M. Bocquin, que vous lui avez donné
comme adjoint, l'a suppléé avec une exactitude don*
— 6î> -
nous lui devons être reconnaissants. L'administration de
notre caisse et de notre fonds social ne laisse donc
rien à désirer.
Je n'oserais pas en dire autant de l'administration
générale de notre œuvre qui incombe plus particuliè-
rement à votre secrétaire général.
Elle doit avoir pour but de développer incessam-
ment les ressources de notre œuvre.
Donner à notre association de nouveaux adhérents
n'est pas, vous le savez, chose facile. Certainement,
l'élan charitable avec lequel on cherche à soulager
toutes les misères sera l'honneur de notre pays et
de notre époque, mais c'est précisément parce que
les œuvres se sont multipliées à l'infini, que chacun
est absorbé par celle qui a eu le privilège de
l'intéresser plus particulièrement.
Cette tâche qui ne peut être celle d"un seul d'entre
nous devient plus facile avec le concours de tous les
membres du conseil : je fais appel à leur dévouement.
Nos statuts admettent â faire partie de notre œuvre des
souscriptions aussi minimes qu'on voudra. Si vous vouliez
faire appel aux bourses les plus modestes en ieurdeman-
dant la plus petite obole avec l'engagement de
trouver à leur, tour une souscription semblable, nous
réaliserions notre boule de neige ; nous aurions
l'orgueil de publier de longues listes de souscrip-
teurs; notre caisse se remplirait de menue monnaie,
mais notre œuvre serait prospère et la fortune
s'ourit toujours aux heureux.
Nous organisons tous les deux ans une loterie,
mais nous manquons de la clientèle à laquelle nous
puissions dire : « Votre œuvre fait appel à votre
concours, prenez un billet. »
Les fêtes de charité (concert ou bals) ne nous sont
plus possibles comme autrefois, parce que les frais
d'organisation sont trop considérables et les billets
trop chers.
Si nous avions le concours d'un plus grand nom
— 70 —
bre de dames, peut être pourriops nous organiser
une vente de laquelle seraient exclus les verres de
Champagne et les bouquets de fleurs, l'effroi des
invités, mais dans laquelle ne figureraient que des
objets usuels, pratiques et d'un usage journalier.
La publicité est aujourd'hui plus nécessaire que
jamais à- toutes les entreprises, même celles de la
charité. Autrefois alors que les sourds-muets capti-
vaient davantage la. curiosité publique, le compte
rendu de quelques séances solennelles, suivi de la
liste des membres de l'œuvré, formait une brochure
qui était imprimée chaque année et tirée à un
grand nombre d'exemplaires. Nous avons continué
pendant longtemps ces traditions, mais l'augmentation
toujours croissante de nos archives vous ayant
prouvé que ces dépenses n'étaient plus fructueuses
vous avez dû y renoncer.
Peut-être' serait il- utile de revenir à une
publicité plus restreinte, celle d'une simple feuille?
Je pose encore cette question -au Conseil en lui
demandant d'en délibérer et d'y répondre.
L'administration du budget des dépenses n'est pas
moins difficile "que celle de nos recettes.
Donner le nécessaire à- celui qui- en est dépourvu,
trouver du travail à l'ouvrier, être généreux pour
les bons et parcimonieux pour les paresseux, se-
courir tous les enfants que les parents sont* im-
puissants à faire élever, tel est le programme que
vous vous êtes tracé mais dont l'exécution est pleine
de difficultés.
I^e nombre des sourds-muets auxquels nous donnons-
des secours est toujours considérable, il n'est pas
moindre de 70 ménages à chaque distribution.
Nos patronnés viennent taus affirmer leur chômage
et leur misère, mais le contrôle est difficile. Pour
procurer le travail, il faut connaître les besoins
des ateliers. Les quelques lettres que j'écris chaque
mois pour recommander des ouvriers sans travail
- 71 —
sont portées le plus sovent a des chefs d'ateliers
dont le personnel est' au complet.
Nous ne pouvons que recommander nos vieillards aux
bureaux de bienfaisance et à l'assistance publique, et la
modicité de nos ressources nous oblige à ajourner l'admis -
sion à Bourg-la-Reine déjeunes sourdes-muettesjusqu'à
ce que le départ d'une de nos patronnées nous permette
de placer sur une autre tête les sommes devenues dispo-
nibles.
Nous continuons à payer à Larnay la pension de notre
patronnée sourde-muette aveugle Marthe Obrecht .Elle
est de 500 francs. Cette jeutfe fille mérite toujours votre
plus bienveillant intérêt.
Nous avons en ce moment, au couvent d« Bourg-la.
Reine, 22 jeunes filles ou adultes occupées à l'ouvroir
pour lesquelles nous dépensons au moins 4.500 francs
Comme vous Je voyez, les frais . d'éducation absorbent
chaque année les deux tier3de nos ressources. Nous, ne
devons pas le regretter. Le couvent des religieuses du
Calvaire, à Bourg-la-Roine, ne mérite que dos éloges
les enfants sont l'Objet des soins les-plus attentifs; aussi le
résultatsobtenus pourle développement du langage, l'é-
tude de lalanguefi'ançaiseetl'instructiohprofessiohnelle
sont-ils très remarquables, et aussi satisfaisants qn'on
puisse.les obtenir dansles établissements les mieux dotés.
Votre sollicitude pourvospatronné's s'est toujours effor
cée de rendrov.os secours efficaces ; c'est en m'inspirans
de vos généreuses intentions que j'ai demandé l'année
dernière, au Conseil municipal de Paris, la création d'un
bureau de charité^our les sourds-muets. Institution nou-
velle qui aurait été à la fois un bureau de placement, tin
bureau pour les secours médicaux et alimentaires, et
enfin un asile momentané pour ceux qui seraient
privés de toute ressource.
Le projet que j'ai soumis au Conseil municipal a
été accueilli avec bienveillance, mais le vote des
fonds nécessaires ayant été ajourné, il y aura lieu
— 72 —
de recommencer les démarches que nous avons laite
et peut-être serons-nous plus heureux.
Je crois, Messieurs, vous avoir fait connaître aussi
rapidement que possible la situation de notre Société,
et les desiderata qu'elle présente ; je serai heureux
de trouver dans vos inspirations de nouvelles occa-
sions de faire du bien à tant de malheureux auxquels
je consacrerai toujours ce qui me restera de force
et de dévouement.
D r Ladreit de Lacharrière,
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
1 . Organ der Taubstummen- Antalten. Dans les N°*
2 et 3 M. Kull (Zurich) donne la suite de son excellent
article sur " l'école primaire et l'école de sourds-muets
que j'ai déjà mentionné au N° 12 de la Revue.
, Au numéro du mois de Décembre sous le pseudonyme
de Suleimann, il ayait été publié un articlesous le titre:
,;les réformes les plus récentes de l'Autriche, " article
qui nous fournit des détails intéressants sur la nouvelle
organisation de l'enseignement des Sourds-Muets dans
ce pays, organisation qui ne répond guère au vrai
besoin de ce* institutions selon Suleimann. M. le
directeur Fi nk, Wîen (Vienne) réplique à cet article
au N° 2 de l'Organ sous le titre : 4t Aux réformes les plus
récentes de Suleimann. " Il proteste énergiquement
contre l'assertion de ce^dernier que l'Autriche forme
théoriquement et pratiquement en FO heures ses maîtres
de sourds-muets et que les spécialistes autrichiens n'ont
pas le courage de dire ouvertement qu'un pareil
procédé resterait infructueux. Le directeur Fink dit,
qu'il est vrai qu'aucun maître des sourds-muets autri-
- -73 —
chien n'a eu le courage de dire au ministre dans une
forme aussi peu convenable que celle citée par Sulei-
mann : „ Excellence, cela ne vaut rien, " mais que tous
avaient dit sans se gêner, ce qui est nécessaire pour le
bien de leurs élèves.
C. Renz publie dans le même numéro un compfe-rendu
de la Revue Française et internationale.
Le numéro 3 contient le commencement d'un travail
par M. Kerner : „ le nombre et le premier enseignement
du calcul au point de vue physio-psychologique démon-
tré théoriquement etpratiquementparégardaux sourds-
muets. L'auteur a déjà publié la partie théorique dans
l'Organ de l'année 1886 et 1887. Par cet article il com-
mence la publication de la partie pratique
M. Heidsiek, bien connu par son ouvrage : le Sourd-
Muet, et son langage ( Der Taubstumme ùnd Seine- Spra-
che ), qui a produit une si grande émotion -parmi les
maîtres des sourds-muets en Allemagne, ouvre sous le
titre : " A mon cher et vieil ami Tobie ", une polémique
fort vive contre un article publié par- M. Walthei* dans
leNM des Blaetter.
Blaetter fur Taubstummenb/ildung. M. Nordmann
Bronberg publie dans les N t,8 .3 et 4 un article intéressant
sur la langue écrite et la langue parlée, qui mérite bien
d'être étudié. 11 met en lumière! la différence entre les
deux et conclut que la langue parlée ou Ja langue de
conversation doit être celle du sourd-muet.
M. Walther polémique contre M. Heidsiek dans un,
article intitulé : la guerre fraticide ( DerBruderkrieg )
à propos d'un article publié par la *' schlesische Schul-
zeituug ", qui prend parti pour M. Heidsiek. Quoique
l'Organ soit du même avis que les Blaetter concernant le
point de vue de M. Heidsiek, M. Vatter, le rédacteur en
chef de l'Organ, a cru Caire acte de justice en mettant la
publicité de son journal au sei'vice de M. Heidsiek qui
— 74 —
répond à M. Walther par l'article déjà cité : " A mon
cher et vieil ami Tobie '"
M, Werner traite aux N 0s 5 et 6 une question impor-
tante sous le titre : programme général pour l'enseigne,
ment des sourds-muets (Allgemeine Bestimmungen fur
das Taubstummen-Bildungs-wersen.)
M. Marguardt ( Hildesheim ) publie la biographie d'un
maître de sourds-muets de grand mérite, du '• père
Krack " ancien professeur à l'institution de Hiklèsffëim
Le père Krack f né le 26 Octobre 1811 etmortle25 Janvier
de cette année, était le vrai modèle du maître maître de
sourds-muets, aimé de tout le monde à cause de soii
savoir pratique, de sa modestie et de sa sincérité.
M. Fr. Hilger, connu par ses petits livres d'arithméti-
que pour les sourds-muets, traite dans les numéros 5 et
6 sous le tître «i " de la pratique pour la pratique ", les
nombres de 1 à 20 C'est une leçon bien pratique qu'il
donne,
Au N° T*M. Heinrichs ( Brùlh ) commence un traité
sur les travaux manuels. Il fait ressortir d'une manière
claire et nette la grande importance (Je cette branche,
d'enseignement pour les institutions des sourds-muetg
citant le dire des RoTbert Seidel, des Jules Ferry, des
Schenkendorff-Gœrlitz etd'autreshommes remarquables.
M. Franke publie une intéressante statisque sur les
infirmas dans le royaume de Prusse." Le nombre des
sourds-muets y était en 1880 de 27,791.
C. Renz-Stuttgart.
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Société pour l'instruction et la protection dee sourds-
muets. — La Société pour l'enseignemenj; simultané des
Sourds-muets et des Entendants parlants a tenu le 11
Mai, sous la présidence de M. le sénateur Journault, sa
— 75 —
22 e assemblée générale publique, d, ans un des grand
amphithéâtres de la Sorbonne. Le compte-rendu fait par
l'un des vices-présidents. M. Emile Gitfsselin, a princi-
palement porté sur l'organisation, à l'Exposition univer-
selle de i889 d'une classe destinéeàmontrerlesprocédés
et les résultats de la méthode phonomimique d'Augustin
Grosselin appliquée aux sourds-muets élèves des écoles
enfantines ou primaires II a rappelé que les exercices
faits en présence des visiteurs avaient été oraux et écrit
et avaient montré à quel point cette" instruction donnée
au* sourds-muets au milieu des entendants développe
chez eux la parole et la lecture labiale.
Des exercices d'application ont été faits par divers
élèves sourds-muets, d'écoles de Paris et la séance s'est
terminée par la distribution de récompenses honorifi-
ques. Mentions honorables, médailles de vermeil d'argent
et dé bronze aux instituteurs et aux institutrices qui
concourent à l'œuvre de la Société.
NECROLOGIE. — Madame V e Léon Boyer, née
Peyson. — « Nous avons le regret d'apprendre la mort
de Madame V ïe Léon Boyer, née Peyson, décédée a
Montpellier le il Mai à l'âge de 75 ans. Il y a quelques se-
maines, Madame Boyeradressaitencore à M. ïh.Denisdes
notes intéressantes pour la notice biographique consa-
crée à son frère Frédéric Peyson. »
M. Paul Rivière. Nous lisons dans le républicain
Orléanais :
Boiscommun . — Mort de M. Paul Rioière. — Un de
nos compatriotes, aussi méritant que modeste, M. Paul
Riviérs, professeur de jardinage à l'institution natio-
nale des sourds-muets, vient de mourir, à Paris à peine.
Agé de 48 ans.
Ses obsèques -ont été célébrées à la chapelle de
l'institution, en présence des élèves du personnel et dô
M. le Directeur Javal. qui en termes empreints d'une
émotion partagée par l'aasistance, a fait l'éloge du
regretté maître.
L'inhumation a eu lieu à Bolscomrnun, dont la munici-
palité et les hahitants se sont fait un devoir d'accompa-
gner leur compatriote au champ de repos.
Né le 24 Janvier 1842 àMontbarrois. près Boiscommuu
Paul Rivière entra le 2 août 1870commesimplejardinier,
à l'institution nationale des sourds-muets de Paris, et
là, malgré de très sommaires études, arriva, à force de
travail et d'éuevgique volonté, à conquérir le poste
envié de professeur de jardinage, où il fitpreuve de solides
qualités et de connaissances consommées en horticulture
et arboriculture, qui le firent admettre au rang des
membres de la Société d'horticulture de France et le
signalèrent à l'attention de M. le ministre de l'agriculture
qui lui décerna la eroix de Chevalier de l'ordre du
mérite agrioole.
En 1888, il publia un remarquable manuel de jardinage
et d'agriculture, à l'usage des écoles primaires et plus
spécialement des institutions de sourds-muets, donnant
ainsi la démonstration que la pratique ne lui était pas
Se ula familière et qu'il savait encore la professer excel-
lemment en théorie.
Très aimé de ses élèves et sympathique à tous ses
collègues, son distingué directeur le tenait en particu-
lière estime, et l'on peut dire que sa mort cause à
'institution des regrets unanimes et est pour elle une
perte sensible
Son frère, Gérasime Rivière, tombait à 20 ans, à
Champignyv décoré de la médaille militaire sur le champ
de bataille.
Tous deux, ils ont honoré leurpatrie et leur pays re-
connaissant honore leurmémoire et gardera d'eux un
pieux souvenir. »
. «mfnmeweéMBt, Eug, BELANGER rue saint-Jacquei nj/ P»"»
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6">« année. N« 4 Juillet 1890.
ALLOCUTION
Adressée à Mgr. BEGEL Évêque de Vannes
Nos confrères qui assistaient au dernier congrès de
Paris (1*35), n'ont pas oublié M. l'abbé Bouchet dont l'ac-
tivité si grande encore contrastait singulièrement avec
l'âge de notre excellent confrère. Toujours sur la
brèche, le vaillant aumônier de la Chartreuse , d'Auray,
le doyen certainement de nos professeurs de sourds-muets
français, nous adresse la dernière allocution qu'il vient
de prononcer dans une cérémonie religieuse de son ins-
titution. Nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos
lecteurs ce petit discours pédagogique intéressant à
plus d'un titre.
Ad. B.
Après souhaité la bienvenue à Vévêque M. l'abbé
Bouchet s'est exprimé ainsi :
Monseigneur, je voudrais, comme les années précé-
dentes, vous exposer une thèse plus ou moins technique
sur notre enseignement spécial. Hélas! je ne le puis;
actuellement ma force n'est que faiblesse, ce n'est qu'une
ardeur qui s'éteint.
Toutefois, recueillant mes souvenirs de plus de 50
ans, j'espère vous intéresser encore, en signalant les
phases principales par lesquelles a passé notre ensei-
gnement spécial.
La première phase c'est l'enseignement par la méthode
des signes et de l'écriture, signes et écriture, furent les
deux leviers qui étaient entre nos mains pour soulever
— 78 —
cette lourde masse que la surdi-mutité oppose à nos
efforts.
La seconde phase. — Phase de transition. — Consis-
tait à surajouter aux signes et a l'écriture la parole
artificielle à laquelle on n'attachait qu'un intérêt secon-
daire ; tous les élèves n'étaient pas admis au cours
d'articulation. J'ajoute : en général les progrès n'étaient
pas merveilleux.
La troisième phase, qui, celle-là est radicale, consis-
te à substituer la parole aux signes tout en gardant l'é-
criture comme signes graphiques de la parole, et ne
venant qu'après la parole. Dans cette méthode on a
toujours soin de rejeter impitoyablement tout espèce
de signes conventionnels, et même on n'Use que sobre-
ment et avec une très grande réserve des signes natu-
rels. Nous nous bornons à la parole pure et simple,
aussi, cette troisième méthode d'enseignement est-elle
ustement appelée : Méthode orale pure
J'ai ici la matière de trois gros volumes.
Mais ne craignez rien, Monseigneur, je saurai me
restreindre tout en visant à è!re clair, malgré ma
grande concision.
Je serai sobre de dates, ce n'est pas une histoire,
c'est un court aperçu qne je veux vous donner.
J'entre dans la première phase.
Un peu après 1833, je quittai ma paroisse, j'entrai,
avec la permission de mon évoque, bien entendu, dans
l'école des sourds-muets, fondée par le P. Laveau,
homme d'une rare valeur, principalement pour la ques-
tion des sourds-muets.
Or, notre système d'enseignement avait pour base
les signes et l'écriture.
Quant au choix, des signes on était loin de s'entendre.
Une ardente polémique s'éleva entre les directeurs
des divers ses institutions. Quelques uns, en assez grand
nombre, rejetaient systématiquement ce que nous
appelons signes méthodiques, ils abhorraient le système
qui consiste à avoir un signe pour chaque mot, qu'un
— 79 —
et toujours le même pour le même mot. Autant de mots
autant de signes, si ce n'est lorsqu'un même mot ex-
prime des sens tellement différents qu'ils sont opposés.
Dans ces cas, il faut Bien avoir plusieurs signes pour
un mot sous peine de faire d'horribles contresens.
Mais ce ne sont là que des exceptions assez rares.
La langue des signes était alors une vraie Babel ;
( J'ai été à même de le constater de visu et de auditu
à Lille, Paris, Lyon, Orléans et ailleurs,) Voyant cette
déplorab e confusion, et désirant établir une certaine
uniformité, au moins dans les établissements dirigés
par nos religieuses, je fus saisi d'un beau zèle et me
mis résolument à poursuivre, un travail commencé il y
a plus de 25 ans.
J'eus recours à la science pratique des sœurs de notre
école. Je les réunissais souvent. Elles et moi nous avons
conduit à heureuse fin la composition d'un travail
énorme, un dictionnaire complet.
Il ne contient pas moins de 11, 120 mots dont j'ai
théorisé les signes.
Dans mon dictionnaire des mots et de leurs signes
les mots sont rangés par ordre de famille, ce qui per-
met d'en faire jusqu'à un certain point un livre de lecture
courante.
Pardon d'avoir parlé d'un travail que j'ai dû mettre
de côté ; Et pour lequel, au congrès dé-Milan en 1880. j'ai
réelamé un enterrement de troisième classe.
Si misérable que fut le langage des signes joint à
l'écriture, il a pourtant produit des merveilles. Je me bor-
ne à quelques noms, ainsi : Alphonse Lenoir, Pélissier.
N'était la crainte d'être trop long, je signalerais beau-
d'artistes sourds-muets dessinateurs, peintres, statuaires.
Dans la Revue française de l'éducation des sourds-muets
un littérateur distingué, M. Théophile Denis, nous don-
ne souvent des Causeries étrncelantes d'esprit et pleines
de cœur pour nous faire admirer les œuvres de nombreux
artistes sourds-muets, œuvres qui sont exposées aux
salons des beaux-arts.
— 80 —
Au rang des hommes remarquables parmi, les célébri-
tés sorties des écoles où les signes étaient en honneur
figure avec distinction le sourd-muet Forestier, Direc-
teur d'une des deux écoles de sourds-muets à Lyon.
Il est auteur de plusieurs ouvrages classrques à l'usage
des sourds-muets.
Une autre célébrité parmi les sourds-muets c'est
Ferdinand Berthier. Il a publié divers ouvrages, sur le
droit civil usuel, sur la langue des signes, et un autre
plus considérableencoresaw'e del'abbëdeïÉpëe; pour qui
ainsi que tous les sourds-muets reconnaissants, il profes"
sait un culte tout particulier.
Il était tellement dévoué à la cause des signes mimi-
ques qu'on l'a surnommé Pontife de la mimique.
Is, Bouchet
[A suivre)
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à, l'institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, aoecV autorisation de fauteur,
par O. Claveau (1)
PREMIERE PARTIE
MÉCANISME DE L'ORGANE DE LA VOIX
La première condition pour l'émission du son et sans
laquelle ce résultat ne peut être obtenu est l'existence
d'un courant d'air venant des poumons, traversant le
larynx et mettant en vibration les cordes vocales.
(1) Voir la Revue Française du mois de Juin 1890
— 8i —
C'est de la modification du son ainsi produit que résul"
tent ensuite les divers éléments constitutifs de la partie
pnonique ou physique du langage articulé . D'où la con-
venance, pour ne pas dir.e la nécessité, de se rendre un
compte exact de la manière dont l'air s'introduit dans
les poumons, dont il en sort, pour pouvoir apprécier en
connaissance de cause si ce phénomène se produit régu-
lièrement chez nos petits sourds-muets, toutes les fois
que nous commençons l'éducation d'un de ces enfants.
L'air extérieur prenant le chemin des fosses nasales
passe par le pharynx ou arrière-bouche. De là il s'intro
dùit dans le larynx, traverse laglotte et se trouve ensui-
te amené dans les poumons. Quand ceux-ci le rejettent
il reprend la même route eu sens inverse. Deux courants
opposés l'un à l'autre s'établissent ainsi, mais, fonction-
nant alternativement, ne se rencontrent jamais. Il faux
observer que l'air peut pénétrer dans le pharynx soi
par les fosses nasales, soit par la bouche, ainsi qu'il arri-
ve spécialement quand nous parlons soit par ces deux
voies eu même temps.
La conformation des poumons, l'espace que cet organe
occupe dans la cavité thoracique, les mouvements qui
s'y peuvent afïectuer permettent d'introduire dans la
partie que les poumons ouvrent à l'air une quantité de
Ce fluide soumise à une certaine force et de dilater le
volume des poumons eux mêmes au point, de déterminer
une certaine contre-pression. Sous l'influence de la
pression et eu supposant même que toutes les autres
parties qui circonscriventla capacité thoracique resten
fixes comme étant composées principalement d'éléments
résistants, le diaphragme s'abaisse en pressant et refou-
lant les intestins. On appelle, ,tout le monde le sait,
diaphragme cette espèce de voile musculaire qui oc-
cupe tout l'espace inférieur de la cavité thoracique et
la sépare complètement de l'abdomen. Les intestins, à
leur tour, réagissent sur le diaphragme qui, forcé de
se relever, restreint le volume des poumons et l'espace
que ceux-ci occupent et détermine l'expulsion de l'air
- 82 —
qui s'y était introduit. Quand ensuit© le diaphragme
s'abaisse de nouveau un autre courant d'air pénétre
dans les poumons et c'est ainsi que s'établit et se main-
tient cette entrée et cette sortie alternative d'air qui
constitue la partie tangible du phénomène de la respi-^
ration.
Pour peu qu'on y réfléchisse, il est aisé de remarquer
que l'introduction de l'air dans les poumons implique
un certain effort' musculaire tandis qu'il ne faut aucun
effort pour expulser l'air sortant. Il est facile aussi de
reconnaître que le courant d'air sortant est mieux ap-
proprié à la formation du son que fce le serait le courant
d'air entrant.
Dans la respiration ordinaire, les poumons sont loin
de se remplir ou de se vider complètement, mais dans
l'émission du son et spécialement lorsqu'on a de, très
longues phrases à prononcer, il arrive, que les poumons
ont à sortir de leur état normal et à expulser une plus
grande quantité d'air. En pareil cas, la quantité introduite
par suite des alternances ordinaires de contraction du
diaphragme ne suffit'pas pour produire le phénomène
voulu et il faut recourir à des moyens plus énergiques
pour augmenter le volume d'air.
Ces moyens consistent dans le soulèvement d'ensemble
des côtes qui ferment par devant la cavité thoracique,
dans le même temps que le diaphragme s'abaisse en
se contractant. On augmente ainsi l'espace à occuper
par les poumons pour rendre ceux-ci capables de conte-
nir un plus grand volume d'air.
L'augmentation ou renforcement de l'expiration
s'obtient par une action exercée en sens inverse, c'est-
à-dire en abaissant la paroi externe du thorax et en
dimiuuant par conséquent la capacité de cette cavité.
. Cette gymnastique est absolument nécessaire pour les
petits sourds-muets tant avant que pendant l'enseigne-
ment de la parole mécanique ; mais, comme ces pauvres
enfants ne se sont servis de leurs poumons que pour la
respiration ordinaire, cet organe se trouve inert e
— 83 —
manque de l'élasticité voulue et de développement suf-
fisant. Pour développer les poumons, pour leur donner
de la force, les rendre agiles et aptes à l'exercice de la
parole, il faut habituer les élèves à inspirer de fortes
quantités d'air et à laisser ensuite cet air s'échapper,
soit d'un mouvement lent et avec énergie uniforme, soit
d'une manière brusque et instantanée, comme nous le
faisons suivant que nous parlons ou que nous poussons
des cris. L'enfant doit apprendre, dans certaines limites
et guidé par son maître, à régler sous l'influence de la
volonté le volume d'air à employer aussi bien que la
force et la durée avec lesquelles ce fluide est introduit,
mis en liberté ou expulsé des poumons, de manière à
s'en servir selon les besoins avec règle et mesure.
La trachée avec ses ramifications constitue le canal
qui met le larynx en communication avec les poumons
et forme avec ceux-ci comme le soufflet ou agent
moteur du merveilleux instrument de la parole.
Le larynx qui s'unit à la partie supérieure de la trachée
est traversé par le courant d'air qui s'échappe des
poumons pour outrer ensuite dans le pharynx. C'est de
beaucoup la partie principale, la plus importante de
l'organe de la voix, attendu qu'il contient ou renferme
l'organe générateur du son; cet instrument merveilleux
est ce qu'on appelle les cordes vocales et consiste en
une espèce d'anche formée par les bords supérieurs de
deux lames résistantes et élastiques qui, placées vis à
vis l'une de l'autre, laissent entre elles une fente étroite
portant le nom de glotte. L'air qui %ient des poumons
peut, en passant à travers le larynx et sous l'impulsion
de la volonté, mettre en mouvement, faire vibrer les
bords de la glotte et produire le phénomène qu'on
appelle le son.
Le pharynx est une cavité qui se trouve immédiate-
ment au dessus du larynx et qui peut être considérée
comme le tuyau d'embouchure de cet instrument. Le
pharynx est limité en bas par le larynx comme nous
venons de le dire, plus en arrière, par l'œsophage, en
— Si —
haut par la cavité nasale et par une voûte très allon-
gée qui s'étend jusqu'à la base du crâne, en avant par
l'isthme du gosier, le voile du palais avec ses piliers et
l'épiglotte. L'importance du pbaryttx par rapport à la
formation de la parole résulte non seulement de son union
avec le larynx, la cavité buccale et les fosses nasales,
mais tout spécialement aussi de ce que le pharynx sert
comme de tube d'embouchure à la cavité supérieure
du larynx, tube qui peut se raccourcir ou s'allonger
par le mouvement d'élévation ou d'abaissement du
larynx lui-même et qui, par suite, est en état d'exéreër
une grande influence sur la qualité du son.
On peut considérer la cavité nasale comme l'entrée,
le premier tronçon de la 1 oute par laquelle l'air pénètre
ordinairement pour se rendre dans les poumons et par
où il s'en retourne quand les poumons l'expulsent. La
cavité nasale commence aux narines et se termine à
la partie supérieure du pharynx. Elle a aussi une
influence qui n'est point médiocre sur la formation de
la voix, comme nous aurons occasion de le constater
plus tard.
Le chemin des fosses nasales qui suffit ordinairement
pour l'entrée et pour la sortie de l'air nécessaire à la
respiration simple devient insuffisant quand la masse
d'air est plus grande, ainsi qu'il arrive dans l'émission
du son et dans la formation de la parole. En pareil |ca 3
une grande quantité d'air passe par l'isthme du gosier.
En outre, comme la bouche, en rai-son de son mécanisme
et de sa structure spéciale, peut prendre des formes très
diverses et modifier en mille manières sa cavité, elle se
trouve être l'instrumentlemieuxappropriéàmodifieraus-
si le courant d'air sonore qui, sortant du larynx, passe
par la cavité buccale pour se rendre au dehors. De là
l'importance très grande de cette cavité pour la forma-
tion de la parole, puisque c'est d'elle que dépendent les
éléments constitutifs du langage articulé que l'on nomme
articulations.
La cavité de la bouche est limitée : latéralement par
— 85 —
le» joues, en haut par la voûte du palais, en bas par la
langue et le plancher sur lequel repose cet organe, en
avant par les dents et les lèvres, en arrière par l'isthme
du gosier, le voile du palais avec ses piliers. Pour
donner le plus exactement possible l'idée des divers
changements que peut subir cette cavité, nous passerons
rapidement en revue les mécanismes qui déterminent
les modifications dont il s'agit.
Occupons-nous d'abord du mouvement de la mâchoire
inférieure, pelle-ci, pouvant s'écarter plus ou moins
de la voûte du palais et reprendre ensuite une position
moins éloignée, permet d'agrandir et de restreindre dans
une infinité de degrés la cavité delà bouche. Elle joue dès
lors un rôle très important dans la modification du son
et dans la formation des mots. Les pauvres sourds-muets
qui ne se sont servis de cet appareil que pour la masti-
cation des aliments ne sont pas en état de l'utiliser con-
venablement d'eux-mêmes pour l'articulation des sons.
Aussi faut-il que le maître sache bien leur enseigner
à faire de tels mouvements, surtout au début du cours
d'instruction. Ce mécanisme est simple et il ne sera
pas malaisé de le faire bien fonctionner, si nous
savons le faire mouvoir au degré justement requis; mais
il deviendra compliqué et difficile si nous le laissons
sortir de la juste position à prendre.
Les mouvements des lèvres et leurs diverses positions
ont aussi une part importante dans la formation des
sons. Les lèvres se resserrent et s'étendent, font varier
la grandeur de l'ouverture qu'elles laissent entre elles,
se ferment ou s'ouvrent en diverses manières. Là
encore le maître doit faire attention à ce que tout se
passe naturellement et à ce qu'il ne se produise ni
effort ni exagération.
Un autre mécanisme important est celui qui fonction-
ne à l'intérieur de la bouche et qui concerne le mouve-
ment du voile du palais. C'est du voile du palais que
dépend le degréde séparation des fosses nasales d'avec le
pharynx et d'avec la cavité buccale. C'est sous l'influen-
— 86 —
ce des diverses positions qu'il peut prendre que l'air
sortant du larynx est conduit soit par les fosses nasales
soit par la bouche, ce qui engendre des résonances
diverses. Les sourds-muets n'ont que peu ou point
l'habitude de cet exercice. Aussi est-il nécessaire que
le maître sache leur faire comprendre comment, en bien
des occasions, il convient de contracter, relever le voile
du palais pour empêcher le passage de l'air par les
fosses nasales, peur-laisser au courant d'air un certain
accès qui peut, comme nous le verrons, prendre des
proportions plus ou moins larges.
Eufin le mécanisme le plus important et en même
temps le plus compliqué est celui qui préside au mou-
vement de la langue, organe qui malgré sa simplicité
(apparente) a le pouvoir de prendre position en tant de
façons diverses et de modifier de mille manières le vide
intérieur de la bouche, d'augmenter, de restreindre, de
diviser, d'arrêter le courant d'air sonore et par suite
d'exercer la plus grande influence sur la formation des
sons articulés. Là aussi et plus encore que partout
ailleurs, il convient que le maître sache bien habituer
ses élèves à réaliser avec exactitude et naturellement
les mouvements requis, à prendre avec précision les posi-
tions sans lesquelles il est impossible d'obtenir des sons
clairs et francs pour la formation de la parole:
Les Premier pas.
Ce que le professeur d'articulation doit s'attachera
obtenir avant tout des jeunes sourds-muets, c'est la
bonne tenue et l'attention sans lesquelles il serait impos-
sible d'accomplir la tâche ardente et laborieuse qu'on
se propose. Le maître doit donc d'abord chercher à bien
fixer les regards de ses élèves et leur esprit bien mobile
d'ordinaire sur des objets et des actions susceptibles de
de les intéresser, de façon à les amener ensuite peu à
peu à observer, à considérer attentivemen, à imiter les
— 87 —
mouvements même les plus petits et les plus difficiles à
reconnaître. Les premiers exercices pourront consister
dans l'exécution d'actions simples et faciles, puremoiit
imitatives et de mouvements de gymnastique élémentai-
re, par exemple : marcher au pas, se lever, s'asseoir
porter les bras en haut, en bas, en avant, en arrière,
tourner à droite, à gauche ; tourner la tête dans un
sens ou dans l'autre; frapperlesmainsl'une contre l'autre
un certain nombre de fois; fermer le poing et l'ouvrir ;
ouvrir et fermer la bouche, tirer la langue et la retirer
en arrière ; fixer le regard sur un point donné.
Dans les exercices de ce -genre, le maître doit, procé-
der constamment du plus simple au moins facile, de
mouvements de tout le corps à ceux des jambes, des bras
de la bouche, des yeux. Il est des personnes qui conseil
lent de faire exécuter sons les mouvements de la langue
correspondant aux divers tous articulés, mais je trouve
préférable et plus naturel de ne faire passer l'élève à
ces exercices de gymnastique spéciale qu'au fur et à
mesure que l'on enseigne les diverses combinaisons de
la phonation. On aura soin alors de faire toujours
joindre au mouvement musculaire l'élément sonore, de
façon à se bien assurer de l'exactitude des mouvements
exécutés et à ne point, courir le risque de faire contrac-
ter de mauvaises habitudes.
Il faut aussi, dès le commencement, cultiver le sens
du tact par tous les moyens que l'on juge bons ou, pour
mieux dire, qui sont reconnus bons pour développer ce
sens, le rendre fin et délicat, en telle sorte qu'on puisse
ensuite réclamer de lui tout le concours très nécessaire
qu'il sera appelé à fournir pendant toutedurée la du
cours d'articulation.
En même temps que l'on s'attache à obtenir la bonne
tenue et l'attention, à faire l'éducation des sens de la
vue et de tact, il y aurait <ieu de faire aussi l'éducation
du sens de l'ouïe chez les enfants qui ont conservé un
certain degré d'audition. Mais, par dessus toutes choses,
il faut se préoccuper du développement et de l'exercice
— 88 —
à donner aux poumons au moyen d'exercices de respi-
ration naturels, progressifs et bien compris;
f A suivre }
LA QUESTION DES EXTERNATS DE SOURDS-Mtffi
EN ALLEMAGNE
(Fin)
Voir Revue Française d'Avril, Mai et Jnin
On se souvient sans doute que le projet de M.Cûppers
(proposition n° 2) écarte de la surveillance de l'Internat
les professeurs de l'établissement d'instruction
Bemmes (fie Bensheim) demande que l'on modifie le texte de
cette proposition en rédigeant comme suit : " Il y a lieu
d'organiser l'internat de façon à ce que cet établissement soit
soumis à la direction du chef de l'institution et à ce que tes
professeurs soient appelés à concourir à la même tâche.
Vatter {de Francfort sur le M.) Cette proposition se lie
étroitement à la suivante. J'ai tout espoir que les religieuses
et les diaconn^sies dont il est question dans les propositions
remplissent pleinement l»ur devoir et justifieront la confiance
que nous leur accordons, mais je .désire que les professeurs
de l'institution soient appelés à exercer une surveillance, et
ceci dans l'intérêt même de ces jeunes maîlres. Ces Jèùhes
Messieurs et ces jeunes Daines ne peuvent que gâgriër
à apprendre â connaître les élèves dans le cours de leurs jeux
et autres exercices. On dit que le service des classes est assez
assujélissantetque, par suite, il faut décharger les professeurs
du soin de la surveillance, mais on peut trouver une organi-
sation dans laquelle la tâche du personnel de surveillance
serait allégée. Dans mon institution la dame professeur qui
exerce la surveillance dans l'aprés midi n'a plus, en général, à
s'ocouperdo la classe à partir de 10 heures du matin. Pour
réaliser ce qu'on demande d'un surveillant il faut être mêlé
h l'enseignement du langage dans l'institution. Je demande
donc a ce qu'on n'écarte pas en principe de la surveillance de
l'internat les professeurs de l'établissement.
— 89 —
Henning. {Conseiller provincial de Vinstruction publique
La proposition de M. Cuppers m'a étonné. Je comprends bien
les raisons qu'il a données, mais pourquoi le directeur de
l'institution a-t-il des professeurs à côté de lui? Le directeur
ne forme-t-il pas un collège avec eux? Et les professeurs se-
ront-ils bien aises de se voir écarter d'une tâche qui incombe
à tous? c'est là le point de vue principal qui doit engager à
ne pas exclure les professeurs. Chacun doit prendre part sui-
vant ses forces et suivant les facultés dont il est doué au travail
qu'il y a à faire pour l'établissement. (Vive approbation)
C&ppersde (Trêves) M. le Conseiller provincial me permet-
tra de rester très attaché â mon sentiment. L'internat
doit être une extension de la vie de famille et pour cela, je
dois l'avouer, l'intervenlion des professeurs me gène, carils
n'ont rien à voir dans cette vie de famille. Je me suis mis en
relations àTréves avec iaSupérieur* générale de la Congrégation
de Saint-Charles Borromée pour me faire une idée générale de
la manière dont on pourrait présenter l'affaire pratiquement.
On pourrait, sans voir s'élever les conditions du prix d'entré-
tien, telles qu'elles sont fixées actuellement, obtenir pour les
enfants le régime qu'il est indispensable de leur donner. Les
sœurs désigneraient une supérieure de l'internat à laquelle on
adjoindrait deux autres sœurs et une servante. Les sœurs
joueront ainsi le rôle de méresde familles, ilpetit ne poirilleur
plaire d'être soumises à une surveillance continuelle qui
amoindrirait leur influence. Dans mon institution, les profes-
seurs ont £8 heures de classe à faire pat* semaine, quelques
uns même davantage. OU peut se demander s'il convient de
leur imposer uii far^âu plus pnsartt. Si les heures de sur-
veillance doivent être distribuées de telle sorte que les pro-
fesseurs ne fassent plus que cela, il vaut mieux les laisser
dehors. Je ne puis pas m'absenter de cette idée que l'on gênera
ainsi la vie de famille telle que je la conçois.
Un enfant qui se trouvait dans sa deUxiè:ne année de cours
à Trêves tomba malade. On le mit dans la maison-mère des
sœurs. Non seulement son séjour dans cette établissement
tte lui a pas fait perdre le peu de parole qu'il possédait mais
encore l'a développé beaucoup sous ce rapport, spécialement
pour la lecture sur les lèvres, de telle sorte qu'étant rentré
dans la classe au bout de neuf mois, il a pu continuer à en
suivre tous les exercices.
Vatter{ de Francfort ) C'est une très bonne chose que de
— 90 -
Vouloir constituer en vie de famille la vie dans l'internat. J'ai
été témoin dans le nord de l'Allemagne des premiers essais
du régime de l'internat pour les trois classes inférieures. Je
ne puis dire que j'aie trouvé les résultats satisfaisants. Lrs
enfants n'onl d'attaches nulle part. Si vous voulez organiser
convenablement un internat, confiez-le à un chef d'institution
et à sa femme. {Approbation ) On a raison de dire qu'on peut
avoir toute confiance en des personnes comme les religieuses,
mais, dans la pratique, les choses tournent autrement. Trop
souvent les dames, comme éducatrices,ontla vue trop courte.
Quand, par exemple, un élève tombe dans une faute qui est
de son âge, la dame croit bien souvent que l'enfant a eu le
dessein de la vexer. Il faut qu'il y ait un homme par derrière
(vifs applaudissements ).
Cûppers (de Trêves ) Vatter a certainement beaucoup d'ex-
périence, mais ne comprends pas l'internat tel que je me le
représente.
Willareth ( de Gerlachsheim ) Je voudrais faire remarquer à
mes collègues que les autorités scolaires de notre pays de
Bade attacheront une grande importance aux décisions du
Congrès. Je désire que les professeurs continuent à exercer la
surveillance comme ils l'ont fait jusqu'à ce jour. On a dit que
nous devrions faire appel au concours de sœurs de charité et
de diaconesses, mais alors comment nous y prendrons-nous
dans le sud avec nos établissements mixtes ?
Walther (de Berlin). J'émets le vœu que les professeurs
attachés à l'établissement ne soient pas écartés de la surveil-
lance de l'internat et concourent à l'éducation des enfants
internés. Je demande en conséquence que l'on fonde en une
seule les propositions 2, 3, et suivantes, avec la rédaction que
voici : " L'internat est placé sous la direction du chef de f ins-
titution aidé du concours de ses professeurs. Selon les cas, on
appellera à la surveillance des diaconesses pour les établisse-
ments protestants, des religieuses pour les établissements catho-
liques "
Hemmes (de Benshein). Je ne partage pas du tout cette
opinion. Appeler les religieuses à exercer* seulement une
surveillance ne serait peut-être pas suffisant. Je voudrais
dire: "L'internat est confié aux religieuses ou aux diaconesses
mais dirigé et surveillé par le chef de Vinstilution avec le
concours de ses professeurs.
— 91 —
Le Conseiller de district Klauserer. La question se pose de
savoir dans quelle forme les professeurs seront appelés à exer-
cer la surveillance. Cette question devra se résoudra d'après
les conditions locales ou confessionnelles ou personnelles,
dans lesquelles on se trouve, je propose de rédiger comme suit
la 2". proposition: " L'internat est placé sous, la surveillance
supérieure du directeur de F institut ion auquel on s'en rapor-
tera pour user dans la mesure nécessaire du concours de ses
professeurs en vue de l'exercice de la surveillance. "
" Le Président propose d'insérer ce membre de phrase :
" en telle sorte qu'on n' exclue pas le concours des professeur
de l'institution pour la surveillance, sans toutafois imposer
à ceux-ci une surcharge de travail. 4 ,
Le Conseiller provincial de l'instruction publique, Henning.
Mon impression est que l'internat doit, représenter une sorte
d'organisation à part, à côté de l'institution de Sourds-muets,
mais je ne puis pas me figurer que le directeur de cetteinstitu-
tion ne soit pas chargé de la conduite de l'internat qui est en
connexité organique avec l'établissement. Si l'internat est
constitué en établissement absolument autonome, il ne me,
paraît pas répondre au but de sa création et, nous ne trouvons
cela nulle part dans l'organisatiou de l'internat pour les
autres établissements. Le directeur est le chef de tout. Dans
la proposition n°2 ,il ne s'agit que de déterminer si le directeur
doit ex^rcr la surveillance seul, ou bien avec le concours
A"- ses professeurs.
La motion est faite d'ajouter au texte de la proposition
Klausenir les mots : toutefois on devra éviter d'imposer une
surcharge do travail aux professeurs ,,
La majorité se prononce contre.
Vatter (de Francfort). On a dit que le directeur aurait à
exercer une haute surveillance. Sur quoi est l'Internat' est
encore dans les nuages, je propose de dire ? " L'internat
devra être organisé de façon à se rattacher à la famille du
directeur. Les professeurs de rétablissement doivent être
appelés à prendre- part à la surveillance.
Le Président renouvelle la propositiou qu'il a déjà faite
Le Conseiller de justice de district, Grosman. Je ne suis pas
un homme de la spécialité. Nmi-i nous sommes écartés de l'é-
tude de l'organisation de l'int<vnat pour passer à la question
de la surveillance. Mais il faut tout d'abord bien arrêter l'idée
qu'on se fait de. l'internat et lu manière dont il doit être orga-
— 92 —
nisé. M. Vatter a organisé l'internat à Francfort de manière
à le rattacher à sa propre famille.
On demande, d'un côté de l'assemblée, à réunir les proposi-
tions 2 et 3 dans la rédaction suivante : " Il y a lieu d'orga-
niser Vinttmat, en le soumettant à la conduite d'un directeur,
mais d'un directeur marie. "
Ansckûefs {de Urumwicli). Un des professeurs <|e l'institu-
tion de Brunswick a entrepris de fonder un internat. Il y a
là un frottemen t perpétuel entre les professeurs et le chef de l'éta-
blissement et jusquàprésent il n'a pas été possible de réaliser }es
conditionsd'unebpnne éducation, lorsqu'on exapjneavec calme
les principes fondamentaux qui ont été exposés et qu'on entre
dans les idées de Cuppers, on ne peut que s fi ranger en tout
à son sentiment. D'après la proposition du CpnsejJler de
district Klauserer, la conduite de î 'internat ne doit pas être
remise au directeur. Cepi rentre encore complètement dans les
limites des propositions, Cuppers a bien raison de penser
qu'une telle surveillance et ingérence ne peut être utile â
l'internat.
Heinrick {de Bruchî). Il ne s'agit chez nous qqe de savoir
ce qui, dans l'organisation de l'internat doit répondre au but
qu'on se propose pour l'enseignement. C'est à quoi tend avec
raison la proposition Klausener. Lacrèation et pour l'éducation
et l'organisation ne sont pas notre affaire, mais bien cejle des
autorités.
Gris: Mais la motion est retirée.
Koch (d'Augbourg). Je ne puis concevoir l'internat qu e
comme réalisant complètement la vie de famille. Les sœurs
qui sont entrées au couvent ont renoncé à la vie de famille
Lors même qu'on les écarterait de la préparation pédagogique
et que, par suite, elles n'auraient rien à démêler avec l'ensei-
gnement, je ne puis admettre qu'elles soient en situation de
donner aux élèves la meilleure éducation possible. Il faut pour
cela plus que de la bonne volonté. Dans ces questions impor-
tantes, nous devons confesser publiquement ce qui se révèle
à notre institution. Déjà pendant le congrès des instituteurs
bavarois de sourds-muets qui s'est tenu à Augsbourg et â
l'occasion d'un cas particulier, j'ai déclaré qu'il n'était
ni bon ni à propos de confier à une congrégation de sœurs
des sourds-muets des deux sexes simplement pour en avoir-
soin après les heures de classe. Il faut mettre à la tête d'un
— 93 —
internat renfermant garçons et filles un homme delaspécialité,
un professeur de sourds-muets.
Ciippers (d: Trêves). Je me félicite de me rencontrer avec
Vatter et Koch sur un même terrain. Tous l^s trois, nous
voulons créer la vie de famille. Il est absolument inexact de
prétendre que des dames célibataires ne peuventjorganiser
cette vie de famille. Je puis l'assurer d'après l'expérience qua
j'en ai acquise à Trêves. Je suis en mesure de contester
formellement l'assertion que les sœurs catholiques seraient
incapables de cette tâche à cause de leurprofession religieuse.
Touthommequiaural'occasion devoirdeprès de petits internats
dirigés par des sœurs aura remarqué qu'une viede famille très
heureuse peut s'y établir sans intervention d'un chef
masculin. Ma 2" proposition et la 3 e ne sauraient être séparées
l'une de l'autre. Je demande que l'on vote d'abord sur la 2 e
proposition en adoptant la rédaction de Klauserér et en y
ajoutant ce qu'a proposé Vatter.
Le Conseiller provincial de l'instruction publique Henning.
Il ne me semble pas qu'il y ait lieu de discourir iavanta e
au sujet de la 4" proposition. Avec tout cela nous n'avançons
pas. Je demande qu'on mette tout à fait de côté cette propo-
sition et qu'on laisse â chacun de ceux qui ont un internat
la liberté de recourir à d n s religieuses ou de rattacher
l'internat â une famille.
En ce qui concerne la 2 e proposition, disons : qu'en organi-
sant un internat, on doit le soumettre à la direction et à la
haute surveillance du chef di l'institution et appeler les
professeurs à prendre part à celle surveillance.
Cette motion est adoptée à une forte majorité. Les autres
sont retirées.
La 5* proposition. est adoptée avec la rédaction suivante
Le règlement intérieur et le règlement journalier de l'interna
sont èdictèspar ledirecteur et soumis à l'agrément des autorités
La 4 e proposition est supprimée. La 3 e est adoplée sans
modifications.
M. le président félicite M. le Directeur Ciippers, au nom
do l'assemblée, de la manière intéressante dont-il a traité
son sujet.
Traduit dé l'Allemand d'après le
Compte rendu olficiçl du Congrès de Cologne par
O. Claveau
— 94 —
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
ALLEMAGNE
Einfûhrung in die Phonetik und Ortboepie der deutschen
Sprache. Von H. Hoffmann. Marburg, librairie Elwert. 1888.
Introduction à la phonétique et à l'orthoèpie de la langue
allemande par M. H Hoffmann-Ratibor,
Une brochure destinée aux maîtres d'écoles et aux
jeunes professeurs de sourds-muets, ainsi qu'à tous
les amis de la phonétique, elle m'a été inconnue jusqu'à
présent, je l'avoue franchement.
Elle ne contient que 65 page-?, mais des pages fort
intéressantes. M. Hoffmann, s'occupantdepuis longtemps
d'une branche d'enseignement, dont la grande impor-
tance n'est pas encore assez comprise parles professeurs
de sourds-muets, il a su rendre facile à comprendre une
matière difficile.
Quoique cette excellente brochure soit spécialement
destinée à la langue allemande, no.s confrères français
y trouveront aussi des choses utiles pour leur propre
langue. M. Hofïmann vient de publier une autre brochure,
destinée spécialement aux maîtres de sourds-muets,
sous le titre : " Dar erste Sprech = und Sprach = Un-
terrichtin der Taubstummenschule. Marburg, librairie
Elwert. 1833. ( Lepremiorenseignementdela prononcia.
tion et de la langue à l'école des Sourds-Muets. )
C'est une brochure de 03 pages, divisée en 5 parties :
1° D'où vient que le résultat de l'enseignement de
lj. prononciation à l'école des sourds-muets soit encore
si peu satisfaisant ?
2° L'emploi de récriture phonétique. dans le premier-
enseignement de la prononciation.
3° L'ordre au point de vue pratique et phonétique dans
lequel les sons doivent être enseignés.
4° Méthode pour enseigner les sons.
— 95 —
L'auteur indique trois ordres dans lesquels les sons
peuvent être enseignés.
1, les voyelles, etlorsqu'ellessons suffisamment acqui-
ses, les consonnes ;
2, d'abord les consonnes etensuite les voyelles,
3, comme on peut sansordre, pêle-mêle.
Après avoir cité et examiné les méthodes des proies*
seurs de sourds-mnets les plus distingués, comme
Amman, Reich, Hill et d'autres, l'auteur donne les sons
avec l'ordre dans lequel il les enseigne. — Il nous mène-
rait trop loin, si nous voulions le suivre pas à pas.
Passant à la méthode du développement des sons nous
voyons d'abord les exercices qui doivent préparer l'éco-
lier :
a, à s'habituer à la vie dans l'établissement.
6, à penser.
c, à bien prononcer.
Vient ensuite l'enseignement des sons en particulier
Cette partie est sans contredit la plus intéressante et la
plus utile pour le maître des sourds-muets. Pourchaque
son il y a à observer :
l fl la manière de le prononcer,
2° les fautes de prononciation et leur correction,
3° les exercices avec les sons.
Ces deux brochures méritent toute notre attention et
je ne peux assez les recommander à mes confrères fran-
çais, surtout la plus récente ( Der erste Sprech = und
prach = Unterricht in der Taubstummenschuel), qui
rendra de grands services à ceux qui s'occupent de l'en-
seignement des sourds-muets. Je ne connais pas de livre
pliis pratique et plus approfondit, que celui de M.
Hoffmann- Je forme des vœux pour qu'il se trouve un
spécialiste qui se charge de la traduction avec les mo-
difications que la langue française exige.
C. Renz-Stuttgart
- 96 —
LES SOURDS-MUETS ET LE C DB CIVIL
« Un notaire peut-Ml recevoir des actes pour les
sourds-muets ? »
Telle est la .question que se pose M. Van Bastelaer,
notaire à Charleroy, elle est traitée dans une brochure
très intéressante que nous venons de recevoir et dont
voici le titre :
De l'état légal du sourd-muet dans la Société mo-
derne. In-8, 14 p.
Avant d'entrer dans le vif de la question, M. Van
Satelaer est amené à faire quelques recherches rétros-
pectives sur l'état du sourd-muet depuis les temps anciens
Dans un. 1 er Chapitre il examine: l'éiat social du
sourd-muet dans l'antiquité, résultant des préjuges
sur son intelligence. Aristote les exclue de toute con-
naissance, Saint-Augustin les déclare incapable d'arriver
a^ix connaissances de la foi. Jusqu'au XVI" siècle ce sont
toujours des parias, la société se préoccupe peu de ces
malheureux, enfin quelques savants, quelques hommes
charitables tentent de les instruire et bientôt arrive
l'émancipateur de toute cette classe d'infortunés, l'abbé
de l'Épée.
Jlans le 2"" chapitre, l'auteur examine : la législation
(b'-rioant de l'état social des sourds-muets.
1° Législation, ancienne. Après avoir cité l'opinion
d'intitutetirs célèbres sur le sourd-muet sans instruction
M. Bastelaer en arrive à cette conclusion :
o« Dans cet état de choses, que pouvait être la juris-
prudence à leur égard ? »
:« Êtres purement physiques, dénués de toutes con-
naissances intellectuelles, incapables de morale, Ils ne
pouvaient être responsables d'aucun de leurs actes.
«Surdus et mu tus plane indisciplanabilis » était leur loi-
Ci) n'est pas à notre avis la jurisprudence qui doit
prévaloir pour le sourd-muet non instruit. Cependant
si ce n'est pas l'irresponsabilité absolue des actes, ce
- 97 —
doit être néanmoins une responsabilité très lin, Une.
2" Législation sous les Romains. Les sourds et les
muets sont doués d'uneintelligencesufflsante quiles rend
responsables de leurs actes, mais les sourds-murts sont
encore considères comme incapables de tout acte intel-
lectuel.
3° Législation de Justinien . Le sourd-muet de
naissance est pour lui incapable de recevoir l'instruction
tandis que le sourd-muet accidentel a le droit de stipuler
par écrit.
4° Temps féodaux. Les sourds-muets étaient exclus
des fiefs et des privilèges féodaux.
Cependant, au XII" siècle, une décrétais d'Innocent
III permet le mariage d'un sourd-muet même ignare,
s'il peut maniiester sa volonté d'une manière certaine.
5° Distinction entre le muet, le sourd, le sourd-muet
et le sourd et muet et entre l'infirmité, naturelle et
l'infirmité accidentelle ou congéniale. Reprenant les
théories de Justinien l'auteur se demande s'il n'y a pas
à établir de distinction entre ces différentes sortes d'in-
firmité, et naturellement il repousse toute distinction.
6° Législature moderne. C'est Napoléon, alors premier
Consul qui plaide la canse des sourds-muets (26 Fructidor
an IX). Aussi maintenant la législation française ne fait
plus de différence entre ces malheureux etlesentendants,
«Tout sourd-muet capable de donner un consentement
valable peut contracterdans toute laplénitudedes droits
civils. »
Cependant le Code Napoléon a cru devoir restreindre
les droits du sourd-muet en ce qui est relatif aux dona-
tions et testaments.
En général, le sourd-muet jouit de la capacité qui
appartient à tous les autres citoyens.
Il peut se marier, faire une donation entre-vifs, accep-
ter une donation, tester même.
II exprime sa volonté par écrit ou par interprète, s'il
he sait pas écrire. ( Rutgeerts )
1" Jurisprudence qui s'ensuit. Par des exemples de
- 98 —
toute nature M. Van Bastelaer, nous montre la loi appli-
quée dans le sens le plus large et la reconnaissance
par les tribunaux de la capacité légale du sourd-muet
même illettré, s'il donne des preuves d'intelligence.
8° Dérogation au droit commun. Pourquoi alors des
mesures restrictives se demande le notaire de Charleroy î
Ainsi l'article 936 du code civil dit : « Le sourd-muet
qui saura écrire pourra accepter lui-même ou par un
'onde de pouvoir. S'il ne sait pas écrire, l'acceptation
doit être faite par un curateurnommé à cet effet, suivant
les règles établies au titie De la minorité, de la tutelle
et de l'émancipation. » Première dérogation au droit
commun.
L'article 970 du Code civil dit : « Le testament ologra-
phe ne sera point valable s'il n'est en entier, daté et
signé de la main du testateur ». Ici le sourd-muet se
trouve sur la même ligne. que l'entendant parlant; s'il
accomplit les conditions énoncées, il fait œuvre valable.
L'article 972 du Code civil dit : « Si le testament
(public) est reçu par deux notaires, il leur est dicté par
le testateur, et il doit être écrit par un de ces notaires
tel qu'il est dicté. S'il n'y a qu'un notaire, il doit égale-
ment être dicté par le testateur et écrit par ce notaire.
» Dans l'un et l'autre cas, il doit en être donné lecture
au testateur, en présence des témoins....!.. »
S'étayant sur l'obligation imposée au testateur, de
dicter le testament et d'en entendre la lecture, on
déclare le sourd-muet n'être pas apte à remplir ces
conditions; on le répute incapable de tester dans cette
forme.
L'article 976 du code civil dit : « Lorsque le testateur
voudra faire un testament mystique, il sera tenu de
signer ses dépositions..,.,. Sera le papier qui contiendra
ses dispositions, ou le papier" qui servira d'enveloppe,
s'il y en a une. clos et scellé. Le testateur le présentera
ainsi clos et scellé au notaire, et à six témoins au moins,
ou il le fora clore et sceller en leur présence ; et il
déclarera que le contenu en ce papier est son testament
— 99 —
écrit et signé de lui. Le notaire en dressera l'acte de
suscriptlon : cet acte sera signé tant par le tes-
tateur que par le notaire, ensemble par les témoins ;
et en cas que le testateur, par un empêchement survenu
depuis la signature du testament, ne puisse signer l'acte
de suscription, il sera fait mention de la déclaration
qu'il en aura faite. »
« Ici encore, ne pouvant déclarer que le contenu en ce
papier est son testament on conteste au sourd-muet
la capacité de tester mystiquement. »
9° État futur du sourd-muet. Législation qui doit
s'en suiore. Conclusion. C'est pour l'auteur une injustice
de restreindre la capacité du sourd-muet en se fondant sur
la faculté de la parole absente, pour lui l'article 936du
Codecivil doit disparaître et les autres articlesdoivent être
interprétés dans un sens très large, l'écriture et la mi-
mique pouvant remplacer la parole.
M. Van Bastelaer conclut ainsi :
« Notre siècle, si fécond en œuvres de civilisation, doit
faire disparaître cette anomalie, en rétablissant, sur des
bases plus rationnelles, plus équitables, les droits et les
devoirs des sourds-muets dans la société.
Puisse le dix-neuvième siècle rendre à ces déshérités
la place qui leur appartient dans la société moderne. »
Nous sommes de ceux qui pensent que c'est au sourd,
muet à aller vers la société, à rentrer dans son sein et.
non pas à la société à se rapprocher de lui, à s'abaisser
avec commisération vers cet infortuné.
L'éducation actuelle, la méthode orale pure tend à
replacer le sourd dans cette société qui le rejetait, elle
lui read la parole autrefois inconnue pour lui et dont
l'absence était la cause de toutes ces lois d'exceptions.
Le sourd parlant pourra désormais relever la tête et,
regarder le Code, face a face. Il n'aura plus que faire
de l'interprétation des articles : je parle, je vous corn-
prends, dira-t-il au Notaire, je suis devenu l'égal de tous.
Et c'est ainsi que le Dix-Neuvième siècle aura complète-
ment réintégré à leur place ces déshérités en leur ren-
— 100 —
dant avec lapai oie les droits qu'elle leur confère.
Nous ne pouvons que féliciter M. Vàn-Bastelaer du tra-
vail qu'il vient de no u-î envoyer, regrettant qu'il n'ait
pas envisagé la situation nouvelle faite aux sourds-par-
lant par l'acquisition du moyen de communication com-
mun à tous.
Ad Bélanger
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution Nationale de Chambèry. — Nous lisons
dans le Républicain de la Saooie :
Les sourds-parlants de Cognin. — Les examens du
C3i'tificat d'études qui ont lieu, le samedi lt Juin, dans
le canton de la Motte-Servolex, ont offert une particu-
larité piquante et d'un grand intérêt. •,
Parmi les jaunes candidats se trouvaient trois sourds-
muets, élèves de l'institution nationale de Cognin, qui
ont pris part à toutes les épreuves. Au grand étonne-
ment de leurs nouveaux camarades, ils suivaient des yeux
sur les lèvres du maître, le texte de la dictée et l'énonce
des problêmes, qu'ils transcrivaieut ensuite sans hésita»
tion. Ils ont lu de même sur les lèvres de l'examinateur
les questions d'nistoireet de géographie et y ont répondu à
haute voix. Enfin, ils ont récité tour à tour une fable ou
un morceau de poëùe.-do façon à émerveiller la foule
d'enfants et d'iiititutenrs qui se pressaient autour d'eux.
C'est pour la première fois 1 que l'Institution nationale
des sourds-muets de Chambèry présente des élèves au
certificat d'études. Le fait est, du reste, exoessivement
rare dans les écoles de sourds-muets.
Nous félicitons donc chaleureusement les trois
champions de l'institution de Cognin, qui vienneni de
le subir avec un si grand succès. Ils ont été admis, en
effet, avec les numéros 1, 2 et 7, sur 42 élèves présentés.
Ce magnifique résultat est dû certainement au talent
de professeurs et à l'habile direction de M. Baudard,
dont nous n'avons plus à faire l'éloge, mais aussi à la
méthode orale, ce merveilloux instrument d'éducation
des sourds-muets. (*)
() Depnis quelques année*, c'est l'Ii.stitntion Nationale de Pari»
devenue Ecole Normale p-iur les professeurs de sourds-mueti des
Institutions Natiouales, qui fournit à l'Institution de Chambèry son
personn el enseignant.
L'imprimeur-Girant, Eug. BELANGER ruTYaint-Juc^oei «5, Pari»
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6"»e année. N« 5 Août 1890.
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoi.es Pies
Professeur à. l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, avec V autorisation de l'auteur,
par O. Claveau
{suité){i)
Exercices de Respiration
En général, pour ne pas dire toujours, on ne rencon-
tre chez les petits sourds-muets admis au cours que des
poumons peu développés à raison du peu d'usage que
ces enfants en ont fait et qu'une respiration faible,
irrégulière. La première chose que doive faire le maître
après qu'il a réussi à fixer l'attention de ses élèves est
de prendre les moyens de remédier à ce grave incon-
vénient, l'un des obtacles les plus redoutables qui se
présentent dans l'enseignement de la parole articulée.
On peut recourir a un grand nombre de procédés divers,
Je me bornerai à en indiquer quelques uns consacrés par
l'expérience et reconnus comme les mieux appropriés
au but que l'on poursuit. Le plus simple dé tous consiste
à faire venir l'enfant devant soi, à lui faire porter une
de ses mains devant la bouche du professeur et à émettre
ensuite le souffle légèrement, avec une force uniforme, en
invitant l'élève â en faire autant,
Il ne faut pas manquer de lui faire comprendre la
manière de reprendre haleine et de remplir d'air les
(1) Voir la Revue Française du mois de Juin et <lu mois de JuilUllWQ
— 102 —
poumons p.ir do profondes et rapides inspirations. Après
quelques leçons, l'élève sera en état d'exécuter lui-même
ce double exercice sans que le maître ait à le faire pa-
rallèlement.
On arrivera au même résultat et peut être mieux
encore en faisant venir deux élèves au lieu d'un ou
mieux un plus grand nombre et en leur mettant dan$
les mains ce joujou qu'on appelle vulgairement mou-
linet. C'est un instrument de métal ou de carton fait en
forme de roue sans cercle extérieur avec les rayons
terminés par des espèces de petites palettes et suspendu s
à un petit axe sur lequel il peut se mouvoir avec faci-
lité. On invitera les élèves à faire tourner la roue en
soufflant contre les palettes et on fera en sorte qu'il
s'établisse une manière d'émulation à qui fera tourner
la roue le plus longtemps d'une seule émission de souffle.
D'ores et déjà le maître doit avoir toujours présente à
l'esprit cette pensée que les résultats qu'il pourra obtenir
avec ses élèves seront d'autant meilleurs qu'il saura
mieux tenir les enfants attentifs et les intéresser aux
exercices qu'il fera faire successivement et qui, par eux-
mêmes, sont presque toujours ennuyeux.
On peut, après avoir allumé une bougie on plusieurs
bougies («u autant de bougies qu'il y a d'élèves, faire
diriger le souffle sur la flamme, de façon à-tenir celle-ci
constamment et uniformément inclinée, sans l'éteindre,
pendant le plus longtemps possible. C'est la un exercice
très utile pour habituer les poumons à débiter r'êguliè~
roment et sans dépense inutile l'air a faire passer par le
larynx, comme la nécessité s'en fera sentir par la suite
pour l'émission du son et de la parole. En faisant gonfler
de petits ballons en baudruche ou autre substance, on
aidera beaucoup aussi au développement des poumons
et l'on favorisera la prolongation de la respiration, ce
qui est la condition la plus essentielle pour le fonction-
nement de la parole. Le père Marchio^, ce maître dont
on ne déplorera jamais assez la perte, avait bien mesuré,
avec la force de son intelligence et avec lapénétrationde
— 103 —
son esprit, toute l'importance du développement respi-
ratoire chez le sourd muet. Il le recommande par dessus
toutes choses et, pour arriver à en apprécier le degré
il avait inventé un spiromètre spécial. L'enfant, en eflet,
ne pourra jamais arriver à bien parler si sa respiration
est défectueuse. Et qu'on ne craigne pas que les exercices
que je viens de conseiller puissent nuire à la santé de
nos chers élèves. Au contraire, s'ils sont bien dirigés,
avec habileté, règle et mesure, ils seront très utiles au
point de vue hygiénique comme le sont les exercices
gymnastiques. Il n'est pas besoin de dire qu'ils pour-
raient être rendus nuisibles par l'exagération et l'impè-
ritie, ainsi qu'il en arrive pour toutes les choses, même
les plus utiles et les plus nécessaires.
Quelque profitables et dignes d'intérêts que soient ces
exercices, je ne vois pas que nous ayons à nous y attar-
der longuement avant d'en commencerd'autres, attendu
que nous pouvons et devons les continuer sous d'autres
formes pendant toute la durée du cours d'articulation .
11 suffit, ce me semble, de s'y arrêter pendant quelques
jours et quand on verra que les enfants les exécuteront
avec une précision suffisante, on pourra, sans plus at-
tendre, en venir â l'émission de la voix.
De l'émission de la voix
Bien qu'à première vue, l'émission de la voix semble
être de médiocre importance, c'est pourtant en réalité
le point le plus délicat et le plus intéressant, la base et
le pivot sur lesquels doit se fonder et rouler tout le
mécanisme difficile et compliqué de la parole artificielle
que nous nous proposons de donner aux sourds-muets.
C'est là ce qui doit fournir l'impulsion à tout cet
ensemble de mouvements qui a pour résultat la pro-
duction du son en général et plus particulièrement celle
des sons diversifiés dont se compose cette admirable et
providentielle harmonie appelée langage humain.
— 104 -
Faire commencer au sourd-muet l'émission de la voix
c'est lui enseigner par industrie à se servir de son orga.
ne vocal. Malheur au pauvre enfant s'il ne parvient
pas à en saisir bien l'embouchure. On ne pourra plus en
tirer rien de bon. Sa voix sortira tardive, ingrate, avec
peine et plus propre exciter la compassion que l'admi-
ration des auditeurs. Aussi faut-il ^ue le maître
l'étudié bien lui-même et qu'il fasse en sorte que son
élève l'imite.
Tout le monde sait que deux éléments concourent
à l'émission du son : une certaine tension des cordes
vocale, et un courant- d'air qui, sortant des poumons
avec un peu y d'énergie, met ces cordes vocales en
vibration. C'est le premier pas que le sourd-muet doive
apprendre à faire pour devenir parlant et qui aura
ensuite tant d'importance durant le cours tout entier
de l'enseignement de la parole et dans l'usage qu'on en
lera. Voyons quelle est la route à suivre.
On examinera attentivement le petit sourd-muet afin
de savoir si, pour avoir eu quelque temps l'usage de la
parole ou pour autres raisons, il est en état de prononcer
quelques mots, d'émettre un son quelconque. S'il en est
ainsi, l'on s'empareracomme d'un trésor des éléments dont
l'élève se trouvera en possession. Le maître s'en servira
pour développer, corriger la voix, pour la rendre plus
agréable. Si l'entent appartient au contraire àla catégo-
rie de ceux qui sont absolument muets, il faut trouver
le moyen de lui faire émettre de la voix en l'acheminant
à prononcer une voyelle, une S3 r llabe, un mot quelcon-
que. Si une occasion favorable permet, comme il arrive
quelquefois, d'obtenir ce résultat d'une manière spon-
tanée, ou fortuitement, ce sera pour le mieux ; mais
quand même de telles circonstances ne se présenteraient
pas, il n'y aura pas encore trop de difficulté à faire
émettre par industrie la voyelle a, la syllâble pa, va, fa
ou telle autre qu'on pourrait mieux obtenir. Pour
amener le sourd-muet à placer les parties de l'or-
gane vocal dans la position requise, nous aurons
— 105 —
à recourir à la vue en faisant d'abord observer à l'élève
sur nous mêmes comment il doit se comporter. Pour
lui faire apprécier la vibration ou la résonance de telle
articulation donnée, nous appellerons à notre aide le
sens du toucher, en faisant porterlamaindel'élèvesurle
point déterminé où l'on peut le mieux sentir et discerner
la vibration. Les points où lavibration des sons articulés
se manifeste le plus clairement sont là poitrine, la
gorge, le dessous du menton, les lèvres et la bouche.
On devra apporter le plus grand soin à ce que la voix
sorte le plus possible sans effort et naturellement. Il n'y
aura nullement lieu de se préoccuper en commençant
de la force du son. L'on pourra ultérieurement pourvoir
à ce dernier point. Il faut aussi faire attention à ce que
l'air prenne le chemin de la bouche et non celui du nez
comme il pourrait bien arriver par suite de l'habitude
que le sourd-muet aura contractée en respirant. L'on
prendra garde enfin a ce que la voix des élèves com-
mençants soit normale, c'est-à-dire soit une voix de
poitrine et non une voix de tête ou de gorge.
Timbres défectueux de la voix
La voix n'est pas autre chose que la résonance que
détermine entre les parois de l'organe vocal l'air mis
en mouvement par la vibration des cordes vocales.
Suivant les parties où cette résonance se produit prin-
cipalement, suivant les degrés de tension, le mode de
vibration de ces cordes, la voix prend des aspect divers,
des tons qu'on appelle timbres. Le timbre de la voix
normale ou de poitrine est précisément celui qui est
requis pour l'émission de la parole chez tout individu
et par conséquent aussi chez le sourd-muet. Il se distin-
gue par un son plein, volumineux, facile et naturel,
qualités que l'oreille sait très bien apprécier, mais qu'il
n'est pas aisé de définir. Je n'entrerai pas à cet égard
— 106 —
dans des considérations scientifiques qui m'entraîne-
raient au delà des bornes de mon sujet et je n*ai dessein
de parler ici que des timbres ou sons défectueux que
prend d'ordinaire la voix du sourd-muet pour en arriver
aux moyens de corriger ces défauts.
En premier lieu, la voix émise par le sourd-muetpeut
sortir aigre, ingrate, brutale, cassante. Cela vient du
trop d'énergie que l'élève met en jeu. On s'en aperçoit
rien qu'en le regardant. Les muscles du cou se gonflent,
les muscles du larynx se tendent, le visage et la bouche
prennentunaspectexagéréqui dénote l'effort. C'est là le
défaut qu'on rencontre leplus communément chez les com-
mençants. Ces pauvres enfants s'imaginent avoir à faire
quelque chose d'extraordinaire et croient que tout le
succès dépend de la force qu'ils déploieront tandis que
c'est tout l'opposé. 11 faut en pareil cas leur faire com-
prendre qu'il n'y a pas lieu de se donner tant de peine
pour si peu de chose et les amener par le moyen de la
vue et du toucher à émettre la voix d'une façon douce
et légère, sans ombre d'effort.
D'autres fois encore, la défectuosité de la voix peut
résulter du manque de tension, du trop grand relâche-
ment des cordes vocales faute d'énergie suffisante dans
les muscles tant internes qu'externes du larynx ou dans
les poumons. Pourvu que ce défaut ne se rattache pas à
une atonie musculaire ou à quelque autre imperfection
organique, il n'est pas de nature à susciter de sérieux
inconvénients et l'on peut arriver facilement à le
corriger. Il suffira de faire remarquer àl'ôlève l'absence
de tension et de vibration dans le larynx et de raviver
un peu l'activité des poumons. L'exercice atténuera
graduellement ce défaut et finira par le faire disparaître.
On se tromperait gravement si l'on poussait les enfants
à crier et à émettre beaucoup de voix. Il vaut mieux, au
début, que la voix soit basse plustôt que trop haute. Il
suffit à ce moment qu'elle soit naturelle et que l'intona-
tion soit bonne. Le reste viendra par la suite.
— 107 —
Le défaut opposé, c'est-à-dire un excès de tension des
cordes vocales se rencontre plus souvent. Il n'est pas
rare d'avoir à constater au début et même plus tard,
y ue le sourd-muet ferme trop la glotte' par suite d'une
exagération d'énergie des muscles laryngiens et que la
contraction des muscles pharyngiens porte le larynx
en haut. En pareil cas, la langue en arrive naturelle-
ment â se porter en arrière et vient rétrécir le tube de
renforcement. Il en résulte quo la résonance se pro-
page presque exclusivement au dessus du larynx et que
la voix prend le timbre ou ton de fausset ou, comme
on dit, de tôle. Un tel défaut, si l'on n'y remédie pas en
tempsutile, s'accentuera de plus en plus et fera prendre
au sourd-muet cette espèce de voix éléphautine si déplai-
sante et qui devient avec le cours du temps presque in-
distincte. Pour corriger ce vice, on appellera l'attention
sur l'effort qui se marque à la partie externe du larynx,
sur le manque presque absolu de vibrations au thorax et
l'on ramènera la langue en avant en abaissant la base
de cet orgaee.
Le son guttural dépend, comme le nom lui-même
l'indique, d'une disposition, d'une structure particu-
lière ou du rétrécissement de l'arrière- bouche. On
reconnaît à ce défaut trois causes différentes : un vice
organique, le gonflement exagéré dos amygdales, enfin
(les mouvements faux, erronés de l'organe oral, spé-
cialement- de la langue. Quand la voix de gorge vient
d'un vice congénital, il est bien difficile d'arriver à le
corriger. Cependant on peut, ce semble, y parvenir
jusqu'à un certain point au moyend'exercices journaliers
d'émission de voix exclusivement orale; je veux dire
obtonue enne faisantprononcer que les voyelles, notam-
ment la voyelle È, sans concours apparent des muscles
de la gorge.
Dans le second cas,. le son de la voix présente un
caractère tout spécial qui le distingue du précédent. Le
gonflement des amygdales entrave la contraction du
voile du palais et empêche cet organe do remplir une
— 108 —
de ses fonctions les plus importantes qui consiste à
fermer la route des fosses nasales. C'est pourquoi le
son prond, dans ces conditions un caractère qui parti-
cipe à la fois du guttural et du nasal. Il faut attendre
alors quo l'inflammation disparaisse ou bien détermine*'
la cessation de cet état par l'emploi de remèdes appro-
priés.
Enfin, sila voix gutturale provient de faux mouvements
de quelques parties de l'organe vocal, on peut en
corrigeant ceux-ci modifier entièrement le résultat, En
général c'est la langue qui, se retirant trop en arrière,
resserre tout à la fois l'isthme du gosier, l'arrière
bouche et le pharynx. On devra donc ramener la laugue
en avant en abaissant sa base, de manière à ce que le
voile du palais puisse fonctionner librement et à ce que
le souffle puisse sortir par la bouche sans difficulté
aucune.
Un autre défaut fréquent chez les sourds-muets est
celui de la voix nasale. Il provient du relèvement
exagéré de la base de la langue qui va s'appuyer contre
le voile du palais, l'empêche de se relever, de donner
libre sortie à l'air par la bouche et force le souffle à
prendre la route des fosses nasales. Dès lors, il suffira,
pour iaire disparaître le défaut en question, de ramener
la langue plus en avant en abaissant sa base, on même
temps qu'on s'eflorcera d'apprendre à l'élève à contracter
à élever le voile du palais, à respirer par la bouche et
par le nez. Je n'approuve pas le procédé qui consisterait
à fermer les narines au moyen des doigts ou de quelque
autre façon, attendu, que c'est remédier à l'efiet sans
supprimer 1 la cause. Quelquefois la voix nasale dépend
d'imperfections organiques et alors ilseraimpossiblede
la corriger,
Il n'est pas rare que la voix de nos pauvres sourds-
muet sorte rauque, voilée. Ce défaut paraît tenir spécia-
lement à la présence d'un excès d'humiditésur les lames
vocales, déterminé et entretenu par une irritation chro-
nique de la muqueuse laryngienne, trachéale ou bron-
— 109 —
chique. Le timbre rauquo peut provenir aussi de cris
exagérés ou d'irritations passagères. Un tel défaut ne
peut disparaître que par suite de la cessation des causes
qui l'entretiennent.
Tels sont les vices de timbre que présente le plus or-
dinairement la voix du sourd-muet. On ne les trouvera
pas tous réunis àunmême moment et dans un seul sujet ;
mais on pourra avoir, à lutter tantôt contre l'un, tantôt
contre l'autre, souvent contre plusieurs à la fois, en
telle sorte qu'on ait à les combattre tous. Aussi faut-il bieu
les connaître afin de pouvoir faire face à tous avec
énergie chaque fois qu'on les rencontre et qu'il est
possible d'en triompher.
Quand nous aurons obtenu de nos élèves un timbredevoix
normal, nous chercherons à le renforcer, à le rendre
agréable, à l'améliorer le plus possible au moyen
d'exercices appropriés, courts et fréquents et, avant de
passer à autre chose, nous habituerons aussi peuàpeules
enfants à dégonfler naturellement les poumons en faisant
répéter plusieurs fois de suite et d'une même émission
desoufHe un son donné. Nous les exercerons à mettre
enmouvementtoutes les partiesdumécauismequidoivent
ensuite concourir à la formation de tous les sons dont se
compose la parole articulée.
Défauts de la nature et défauts de l'art
Le timbre des sons que rendent les divers instruments
de musique dépend, comme chacun sait, de la disposition
des parties de ces instruments et de la subtance dont
ils sont formés. Il en est de même de la voix humaine
tirant, elle aussi, ses qualités do la conformation et de
la nature de l'organe vocal. En se bornant à considérer
sous ce double rapport l'appareil oral on n'aperçoit
peut-être pas tout d'abord que la voix du sourd doive,
au point de vue de ses qualités, différer en rien de celle
— 110 —
de l'entendant; mais il faut remarquer que l'inertie dans
laquelle est resté l'organe du sourd-muet et d'autres
causes qu'il n'y a pas lieu'dhenumérer ici peuvent l'avoir
sensiblement détérioré, troublé rendu peu propre à
émettre un son harmonieux par défaut d'élasticité dans
les mouvements, d'intensité dans les vibrations, do
résonance dans les diverses parties. Aussi est-il tout
naturel que la voix du sourd, sp-écialement quand il
s'agit de sourds de naissance ou de sujets affligés depuis
longtemps de cette infirmité, se trouve souvent grêle,
voilée, rauque, caverneuse, très peu harmonieuse et
très inférieure à celle de l'entendant parlant. Le maître
pourra sans doute, a la suite d'exercices bien dirigés,
patients, prolongés, rendre les mouvements de l'organe
plus prompts et plus alertes, améliorer et relever un
peu le son de la voix, mais il n'arriverajamais à triom-
pher entièrement de tels défauts. Dès lors, si par ces
causes organiques et d'autres encore, la voix de nos
sourds-muets rendus parlants doit toujours laisser
beaucoup à désirer, il faudra bien s'y résigner, puisqu'il
s'agit de vices dérivant de la nature et qu'il n'est pas en
notre pouvoir de faire. disparaître.
Mais si, déplus, la paro.le de nos sourds dèmutisês est
émise avec effort, scandée, "saccadée ; si les poumons
manœuvrent mal, à la façon d'un piston qui fournirait
l'air irrégulièrement ; si nos élèves n'arrivent qu'avec
peine à unir les syllabes en mpts et les mots en proposi-
tions, en phrases ; si la parole est indistincte, confuse
difficile à saisir pour l'auditeur, ce ne sera plus un défaut
de la nature, mais un défaut de l'art resté impuissant à
remplir toute' sa charge. De même il faudra s'en prendre
à l'insuffisance de l'art, si les sourds démutisés man-
quent de certaines articulations, (sauf les cas d'impossi-
bilité physique ) et s'il se produit dans leur organe vocal
des mouvements exagérés et mal réglés.
On peut donc, comme conclusion, dire que le 'timhre
de la voix des Sourds-muets, de même que celui de la
voix de Tentenda'nt, dépend de l'état et de la nature de
— 111 —
l'organe vocal, mais que l'exactitude des mouvements,
la régularité de la respiration, l'émission naturelle du
son et de la parole dépendent entièrement de l'habileté
du professeur. Ce critérium nous permettra de déter-
miner avec précision ce que l'on doit concéder à la
nature et ce que l'on peut exiger de l'art, avant de com-
mencer l'enseignement des diverses articulations,
Des lettres de l'alphabet
Supposons-nous arrivés au point où le jeune élève
"sait émettre la voix naturellement, avec facilité et se
trouve en état de satisfaire aux principales exigences
delaphonation, tant pour avoir amélioré les conditions
dans lesquelles s'effectue l'acte de la respiration que
pour avoir assujetti à sa volonté les organes destinés à
exercer sur le son une très grande influence modifica-
trice. C'est alors qu'on pourra commencer l'enseigne-
ment des diverses articulations qui constituent les
voyelles, les consonnes et les combinaisons réalisées
avec ces éléments. Mais, avant de traiter ce sujet, il est
bon d'indiquer la nature de ces éléments, leur nombre,
leur classification et l'ordre successif qu'il convient
d'observer pour les enseigner (1)
Les voyelles constituant la base de tout le système
phonétique et la formation des consonnes ne pouvant
être obtenue sans qu'on ne prenne un point d'appui sur
(1) Nous croyons devoir supprimer ici quelques considérations qui, se
rapportant exclusivement à Pai.phabet italien, n'ontquepeud'intérét,
pour le lecteur français. On voudra bien se rappeler à cette occasion
que le petit traité du P. Mattioli a été écrit en vue de l'enseignement
dans les Institutions d'Italie et que, par conséquent, l'on ne doit pas
y chercher de détails sur le mécanisme des sons et articulalions dont
la langue italienne ne fait pas usage, par-exemple les voyelles fran-
çaises u, eu, la consonne j de notre langue, (noie du traducteur).
— 112 —
les voyelles, la raison cou me la nécessiié exige qu'en
enseigne d'abord les voyelles, puis les consonnes (2)'
La question pourrait s'élever de savoir si les voyelles
dont l'étude doit venir en premier rang doivent être en-
seignées seules ou bien unies à quelques consonnes. Il ne
sera pas mal d'adopter, tout à fait au début, ce dernier
procédé comme se prêtant à une perception plus facile,
mais quand on en sera arrivé au point où nous sommes,
au point de commencer l'étude de l'articulation propre-
ment dite, il sera bon d'enseigner les voyelles à part,
sans faire pourtant de ceci une loi étroite et d'y joindre
ensuite une à une toutes les consonnes. "A. tout prendre,
h importe peu qu'on adopte un système ou l'autre,
pourvu que les sonssoientémis avec netteté et précision,
avec un caractère bien distinct, sans effort, et tout à
fait naturellement, de manière en un mot à être claire-
ment discernés par un auditeur.
(^1 suivre)
(2) Cette règle, on le sait, ne peut être absolue et beaucoup de
professeurs d'un trèsgrand mérite eslinieutqu'il y a lieu de commencer
par des souffles, soit continus comme k, soit explosifs comme p et i, l'en-
seignement de l'articulation. Beaucoup de maîtres recommanden t en ou-
tre, etàjuste raison suivant nous, de faire réahseraussitôt que possible
les combinaisons les plus faciles de voyelles et de consonnes et d'en-
tremêler, par ordre de difficultés, l'enseignement des voyelles avec
celui des consonnes. Au reste la conclusion formulée par no'reauteur
dans les dernières lignes du présent chapitre ouvre une voie à la conci-
liation des opinions, (note du traducteur).
113 —
REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS
REVUES ITALIENNES
De 18T2 à 1833 le journal de Sienne, « Veducaxione dei Sor-
do;nuti» se chargea de faire connaître au monde les doctrines
et les travaux de l'école italienne. Cette Revue de Sienne,
fondée par le regretté père Pendola était comme une tribune
où les meilleurs m litres de l'Italie venaient tour à tour
prendre la parole. Mais où sont maintenant les Tarra, les
Mirchio, les Pellicioni ? La mort a arraché la plume de leurs
m lins défaillantes. Des rivalités s'élevèrent parmi les repré
sentants des diverses institutions. — Le journal avait vécu.
«A quoi bon écrire, me disait l'abbé Tarra, d'illustre mémoire,
si mes articles doivent provoquer des polémiques, si on ne me
lit que pour me critiquer. — J'aime mieux faire des livres
pour mes sourds-muets. — Eux du moins me comprennent, ils
savent combien je les aime ; ils m'écoutent avec leur cœur. »
Et voilà comment pendant 7 ans les instituteurs italiens en
furent réduits à travailler pour les revues étrangères. Le
besoin d'un organe de publicité se faisait sentir partout, à
Sienne comme à Milan, à Milan comme à Turin.
Le printemps de 1890 a fait pousser les nouvelles feuilles :
Nous avons maintenant trois revues pour une :
Les années d'abondance succèdent aux années de famine. —
Abondance de biens ne nuit par !
1. Il M?ssaggiere italiano del insegnamento orale per l'edu-
cazione del sordo-muto.
(Le messager italien de l'enseignement oral pour l'éducation
du sourd-muet).
2. Il Sordo-Muto. Le sourd-muet, revue mensuelle pour
Yèdueation et le traitement des sourds-muets.
3. L'educasutne d?i sordo-muti. (l'éducation des sourds-
muets.
Le premier de ces journaux a paru au mois de Mai, le second
au mois de Juin, le troisième au mois de Juillet. Nous commen-
— 114 —
corons notre compte rendu par le dernier venn, qui parait
devoir être le plus important. A tout seigneur, tout honneur!
L'Éducazione dei sordo-muti. Comme le phénix «l'éducation
des sourds~muéts» renait de ses cendres. Parmi les rédacteurs,
on lit avec plaisir les noms depuis longtemps connus de
Pasquale Fornari, Carlo Perini, Cappelli. Ferreri. Puissent
les nouveaux-venus se montrer dignes de leurs devanciers,
puisse le nouveau journal de Sienne ne point faire regretter
l'ancien. —
Sous la signature dé Vittorio Banchi nous trouvons une
préfaee-qui sert à la fois de programme et d'avis au lecteur.
Nous y voyons qu'un otologiste do talent Vittorio Grazzi a
promis son concours au journal, et on nous promet « de
suivre le mouvement littéraire et scientifique qui, en ce qui
louche notre art, s'effectue hors de l'Italie;, et principalement
dans la laborieuse Allemagne.» Enfin le journal publiera une
revue des principales publications de- l'étranger. Cette revue
des journaux, est à -notre avis une«des parties les plus
importantes, et il faut bien le dire, les plus négligées
des publications spéciales à notre enseignement.
L'éminent professeur P. Fornari, commence une savant*?
étude sur l'alphabet. M. P. Fornari pense qu'il reste encore
beaucoup a faire pour améliorer la parole des sourds-mue ts
.il remonte à l'origine de l'alphabet, il rappelle que les carac-
tères écrits ne correspondent pas toujours aux sons articulés,
il insiste sur l'importance des voyelles ; il montre qu'il y en, a
au moins 7 dans la langue italienne, c'est-à-dire 2 de plus
qu'or _ _ : i écrit; il proteste, en s'appuyant sur l'autorité do P.
Bonct, contre la pratique qui consisteàme ttresesdoigtsdans
la bouche des élèves. Les études si savantes et si originales du
Professeur Fornari, sont de celles qui valent la-peine d'être
traduites avec tout leur sel.
L'article sur « l'otologie- dans les institutions de sourds-
muets est signé V. Grazzi, déjà nommé.
M. Périni propose que des instituteurs de sourds-muets
soient adjoints au jury chargé de délivrer les diplômes d'ins-
tituteurs. Sa réclamation est trop juste pour qu'il n'y soit pas
fait droit. — Les considérations sur les écoles maternelles pour
les sourds-muets présentées par GiusoppeCapperuccis ont àlire
également, '
L'auteur manque d'enthousiasme pour les «asiles infanti-
— 115 —
1rs » il refuse de prendre au sérieux les résultats que l'on
prétend obtenir dans nés asiles, il aimerait mieux voir pro-
longer la durée des études dans les divers établissements de
sourds-muets. A l'heure qu'il est, dit-il, si 50 sourds-muets
briguent une place dans l'école nous avons la douleur d'en
exclure 40 â tout jamais.
Au lieu de créer des asiles infantiles pour quelques privi-
légiés mieux vaudrait donc créer des écoles où tous les sourd s
muets recevraient l'iustruction à laquelle ils ont droit.
Gf. Ferreri commence un compte rendu subtantiel du
congrès des instituteurs de sourds-muets allemands. Nos
lecteurs sont renseignés là-dessus. Suivent des articles
bibliographiques consciencieusement faits.
Il Sordo-Muto. — L© Sourd-Muet s'imprime à Milan. Les
deux premiers numéros ont déjà paru.— Le directeur est le
professeur Giovanni Longhi, professeur d'otologie à l'univcr-'
site de Pavie, spécialiste pour les maladies de l'oreille à l'Hô-
pital-Majeur de Milan, et directeur de l'InstitntOtotliérapique
de la même ville. C'est avant tout un journal médical.
La partie didactique est confiée aux professeurs de' l'Ecole
de sourds-miiets pauvres fie Milan sous, la- direction de
L, Molfino.
La direction générale du journal regarde M. Melchierre
Rininio, inspecteur et secrétaire de l'Institut Otothéi'apique.
Le premier numéro contient le compte-rendu de l'Institut
Olothérapique (Décembre 89).
D'après la statistique qui nous est présentée, parmi 10?
enfants des deux sexes, au-dessous de neuf ans, qui ont été
soignés à l'Institut pour diverses maladies des oreilles, on a
constaté 3i cas de guérison. une grande amélioration dans 29
cas — une amélioration sensible dans 10 cas. — 27 sujets seu-
lement sont restés dans le même état (stationnaires).
Nous glissons sur les remerciements à la presse, surledis«-
eours de M. Rinino à la première assemblée des promoteurs de
l'Institut, et sur les renseignements concernant le- fonction ne.
mentde cet établissement pour arriver à l'article deM. Molfino
en l'honneurde l'abbé Tarra. Après avoir évoqué avec émotion^
le souvenir de son ancien maître, le professeur milanais rap-
pelle que Tarra nourrissait quelque défiance â l'égard de l'oto r
jogie et desotologistes, et explique comment il a été amené
lui, disciple de Tarra, à prôner l'otohogie à la suite de Ja
— 116 —
guônson d'un de ses élèves, Giovanni Fossati, guérison qui
sera l'objet d'une communication postérieure. Nous souhai-
tons de tout cœur, mais sans grand espoir, que cette cure
cesse d'être une exception, et que le pi ofesseur Molfino voie
réaliser ses espérances au sujet du traitement de la surdi-
mutité chez ses autres élèves,
Chacun lira avec intérêt le compte-rendu de l'inauguration
du monument élevé à Tarra dans son école des Pauvres. Les
discours de MM. Casanova et de H. Molfino mériteraient d'être
cités.
Le second numéro du „ Sourd Muet „ conçu dans le même
esprit que le premier, contient une partie médicale et une
partie pédagogique.
La partie médicale traite des bruits subjectifs de l'oreille
dans l'otite interne ( Gradenigoj et de la surdité et du surdi-
mutisme ( G. Longhi ).
Dans la partie pédagogique nous lisons le commencement
de deux articles intéressants sur la mèlhod* iorale pure et sur
les écoles maternelles et les Instituts Otothërapiques. Nous re
parlerons de ces études lorsqu'elles seront finies. Pour le mo.
ment contentons-nous d'analyser l'article de M. H. Molfino
sur la mimique. C'est une réponse à un journaliste italien,
lequel, après avoir constaté que les élèves des classes inférieures
parlent mieux que ceux des classes supérieures, demande qu'i.
soit fait une largeplaceà la mimique rationnelle dans la métho-
de orale. Le remède est pour le moins original et il n'y avait
qu'un journaliste pour le trouver.
M. Molfino rétorque ensuite le fameux article du dictionnaire
Larousse qui a déjà fait le tour du monde et dont les hérésies
pédagogigues menacent de devenir légendaires. Parlantdu con
grès des sourds muets tenu à Paris en 1890, l'auteur demande
depuis quand on consulte les malades sur les- remèdes qui leur
conviennent. A ceux qui prétendent que la mimique est natu
relie aux sourds-muets, il répond : « Oui comme il est naturel
aux ivrognes de boire du vin, mais il ne tient qu'à eux de se
corriger. »
il messaggiere itauano. Le Messager est publié par le P
Lino Lazzeri, directeur de l'Institution de Turin. Ancien pro.1
fesseur de Sienne, le Père Lazzeri a été à bonneécole: il a reçu
les leçons dePendola, et de Marchio ; et il a prouvé maintes fois
qu'il en avait profité. Le Messager en est déjà à son 3* numéro
— 117 —
et on ne saurait lui contester le mérite d'être arrivé bon pre-
mier. Le Père Lazzeri nous apprend qu'il a fondé à Turin un
asile infantile pour les sourds-mnets. Cet asile infantile rap-
pelle par plus d'un côté Vècole maternelle que les sœurs de
Nevers ont créée à Bordeaux. On trouvera dans les premiers
numéros du Messager des renseignements intéressants et très
complets sur ce nouvel établissement.
Dans son dernier numéro le Père Lazzeri adresse a Tarra un
souvenir ému à l'occasion de l'inauguration du monument de
l'École des Pauvres de Milan.
Dans les numéros 2 et 3 M. V. Bianchi s'occupe des moyens
d'améliorer la prononciation des sourds-muets, soulignant
les voyelles pour les faire mieux prononcer, en faisant lire
en mesure, etc, Encore un article qui mériterait les honneurs
de la traduction.
Le Messager reproduit le résumé de la discussion qui a eu lieu
au Congrès de Cologne sur l'internat et l'externat, discussion
que nos lecteurs connaissent déjà.
A signaler également un article signé Y sur les moyens de
diagnostiquer l'infirmité auditive lisez de reconnaître la sur-
dité chez les enfants en bas âge.
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les revues italiennes
pour seoonvaincre que les otologistes sont rentrés en grâce
auprès des instituteurs.
Le vent est au traitement de la surdi-mutité. Puisse-t-il
soufller longtemps et surtout amener des résultats. Nous sui-
vrons avec un curieux intérêt les efforts réunis des médecins
et des instituteurs consacrés au soulagement de la même infor-
tune.
Mutas
Organ der Taubstummen-Anstalten.
Les numéros 4 et 6 contiennent la suite de l'excellent travail
de M. Kull (Zurich) " l'école primaire et l'école de sourds-
muets " et de l'article de M. Kerner : " le nombre et le pre-
mier enseignement du calcul au point de vue physio-psycho-
— 118 —
logique démontré théoriquement et pratiquement par égard
dux sourds-muets, mentionnédans le numéro 3 de la revue.
Au numéro 4 se trouve aussi la fin de l'article de M.
Heidsiek : "A mon cher et vieil ami Tobie. "
Le numéro 5 donne un article par M. Erhardt (Saint-Galle)
directeur de l'institution cantonale des sourds-muets, homme
fort pratique ; son école est une des meilleures dans les pays
de langue allemande, L'article porte le titre : " Quelques
propositions sur l'éducation des sourds-muets d'intelligence
faible, mérite toute notre attention. M, Heinrich (Wiesbaden
publiedans le même numéro la. première partied 'un travail sur
le bégaiement, qui contient des conseils fort- utiles.
Le numéro 6 porte en tête une touchante poésie par M.
Erbrich (Metz) en souvenir du centenaire de la mort de S.
Heinicke. -•- Hoffmann (Francfort) traite de l'organisation
d'une école pour l'enseignement primaire des enfants faible- '
ment doués qui est ouverte depuis peu de temps à Francfort
s-M. C'esl une création toute nouvelle qui mérite d'être prise
en considération.
Reuschert (Strasbourg) parle avec une grande connaissance
de cause des gravures, destinées à l'enseignement par les
yeux.
Les premières pages du numéro 7 contiennent le program-
me du 2" Congrès national des instituteurs bavarois des sourds-
muets qui aura lieu du 3 au G Août cette année.
Le dimanche 3 Août, il y aura séance préparatoire. Lundi
4 Août à 8 heures du matin réception à l'institut des sourds
muets, exercices pratiques dans les classes, visite à la clinique
pour l'otoiatrie et à l'institut physiologique de l'université,
démonstration sur diverses parties de l'oreille par le docteur
Kirchner, conférence par le docteur Fick sur la formation
des sons ( phonétique ) suivie de démonstrations. Kirchner
et Fick sont professeurs à l'université.
Le Mardi S Août, conférence par le docteur Schœnlein de
l'institut physiologique sur un sujet qui n'est pas encore dé-
signé, des conférences par différents, maîtres de sourds-muets
etc. Mercredi 8 Août, visite à l'établissement des sourds-
muets de Gerlachsheim (Bade).
Ont proposé des conférences : I Hahn-Nurnberh sur l'en-
seignement obligatoiredes sourds-muets. 2 Kling-Frankeiithal
sur la lecture sur les lèvres. 3 Krois-Wurzburg sur la con-
centration de l'enseignement.
— 119 —
M. Kull (Zurich) et M, I. K<u*ner donnent la suite de leurs
intimas 5 int> articles, le p.'dmier su." „ l'école prim lire et l'école
di sourds-muets „ et b s-îconl sur „ le nombre et le premier
ca33ig;ieonnt d.i cxlcul au point de vuephysio-psychologique
etc. „Ce sont des travaux remarquables qui méritent toute
notre attention.
Blaetter fur Taubstummenbildung
M, Heinrichs Brùhl publie dans les numéros 8 et 9 la suite
et la fin de son article sur les travaux manuels, mentionné
dans la revue de Juin.
M. Tietjen (Wildeshauscn) traite au numéro 8 l'historique
de nos organes vocaux c'est une étude qui prouve que M.
Tieljen a une connaissance littéraire fort étendue,
Sous le titre : de la pratique pour la pratique M. Reichwein
montre dans le même numéro comment il enseigne le calcul
avec les nombres de 1 à 20. M. Kopka traite le même sujet
dans les numéros 10 et 11.
M. Tôpler, l'un des rédacteurs des Blaetter, publie en sou-
venir du centenaire de la mort de Samuel Heinicke une
esquisse historique dans laquelle il fait ressortir d'une
manière claire et nette l'importance de Heinicke pour l'école
des sourds-muets et l'école primaire ; l'article est 1res bien
écrit Le même éloge mérite M Prussing (Schneidemiïhl) pour son
article aux numéros 10, 11 et 12 "le nouveau prophète" dans
lequel il traite du livre de M. Heidsiek, dont il avait déjà été
question à plusieurs reprises. L'article ne laisse rien à désirer
quant à la fiancliise«avec laquelle l'auteur traite son sujet. M.
Prussing montre à M. Heidsiek avec un grand savoir tous l'os
côtés faibles de son ouvrage.
Nous trouvons dans les numéros 13, 14 et 15 la suite des
articles de M. Prussing et Kopka, déjà mentionnés, et puis le
commencement d'un traité sur la méthode de l'enseignement de
l'iiistoire sainte par H. Stolte.
C .Renz— Stuttgart.
— 120 —
ALLOCUTION
ADRESSÉE
A Monseigneur BÉCEL Evêque de Vannes
(Suite)
Sans transition je passe à la seconde phase de notre
enseignement.
Cette seconde phase, n'étant qu'une transition, offre
moins d'intérêt que la première et encore moins
que la troisième. Je serai donc bref, je me bornerai à
quelques mots de nature à vous intéresser.
Dans notre enseignement j'ai rencontré un homme
remarquable, M. Valade-Gabel, instituteur et écrivain
qui a joué un rôle pédagogique assez considérable. Il a
laissé après lui des ouvrages sur notre enseignement
qui ont une valeur réelle, ils font autorité.
Un jour je reçus dans ma classe la visite d'un de mes
amis, habile démutisateur, lui. En sa présence, j'interro-
geai tous mes élèves un à un. Puis, après les avoir ran-
gés sur une seule ligne, je leur fis énoncer à tous, et à
tous ensemble, diverses articulations. Pour prolonger
le son plus ou moins longtemps je tirais une ligne hori-
zontale en disant par exemple : A
TA
PA_
Pour élever la voix je tirais "une ligne verticale
Pour baisser le ton c'était une ligne | perpendicu-
laire.
— -121 —
Pour saccader les sons je faisais avec la main, de
petits mouvements brusques | | | III
ta. ta. ta. fa. fa. fa.
Ce qui me flatta singulièrement, c'est que mon visi-*-
teur, homme rompu au métier, me -dit : Je vais
adopter .quelques uns de vos . procédés ; or, il était
inventeur d'une méthode ingénieuse qu'on a désigné
par un mot, grec d'origine, Phbnodactylologïe.
Il rangeait autour de la tête,- divers signes dàni
lesquels entraient des lettres de l'alphabet des sourds-
muets, et môme des groupes de lettres; signes de rappel
pour les mots. De sorte que les élèves lisaient ces signes
des mots et aussi les signes labiaux sur les lèvres, signes
des paroles.
Arrivés au point de pouvoir lire, sans tout cet écha-
faudage, ses sourds-muets parvenaient à lire couram-
ment, les paroles sur le3 lèvres de leurs interlocuteurs ',
et à parler eux-mêmes très distinctement.
On s'est moqué de ce mécanisme quelque peu com-
pliqué. Las mailleures choses trouvent toujours des con
tradicteurs surtout parmi les sots, dont le nombre est
nfini nous dit l'Ecriture sainte.
Heureusement mon F. Bernard de Poitiers était têtu
comme un breton, comme un homme supérieur qui va
droit au but.
Il a réussi à former à la parole un certain nombre de
sourds-muets. De ce nombre le jeune Oherprenet qui
maintenant dirige un atelier de statuaire à Limoges. Et
c'est lui, m'assure-t-on, qui sculpterala statue de marbre
du F. Bernard et cette statue sera placée avec honneur
dans l'école que dirige cemodeste savant L'artiste de Limo-
ges ne manquerapas de réussir.pour peu que la reconnais-
sanceledirigeadansson travail, ce dont je ne doute pas. Ce
jeune homme, habile dans son art et qui parle avec le
premier venu, lit couramment sur 1" s lèvres de ses
interlocuteurs les paroles qu'on lui adresse et articule
très distinctement. Je puis le certifier, mainte et mainte
fois j'ai causé avec lui.
_ 122
Le (fève Bernard de Poitiers, et le frère Louis de
Nantes où il dirigea avec succès l'école des Sourds-muets,
vont avoir l'un et l'autre leurs statues élevées par la
reconnaissance. Je me rejouis de grand cœur de cette
pérennité de bon aloi. Que de gens de nos jours ont été
gratifiés d'une statue et qui certes sont loin de l'avoir
aussi bien méritée.
Honneur aux Frères de Sai-ntrrGabriel, honneur à
ces modestes savants !
Ayant vu ces deux gloires de deux de mes amis, je
mourrai content et j'irai dormir en paix mon long
sommeil, qui cessera au premier coup de clairon que
les anges de la résurrection générale feront retentir
aux quatre coins du monde.
Alors debout, j'irai, j'en ai la douce espérance, rejoin-
dre mes chers confrères de la muetterie et j'aurai le
bonheur de me retrouver avec eux parmi les sourds-
muets et les sourdes-muettes que j'ai éduqués et nous
répéterons ensemble le glorieux Ephpheta,
Pour être dans le vrai, je dois dire que l'exemple du
jeune Cherprenet est une merveilleuse exception. Et
cette exception, nous pouvons le croire et l'espérer
finira par devenir la règle presque universelle. Grâce à
la Méthode oralepure.
(4 suivre)
Is. Bouchet
— 123 -
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution nationale de Paris, —La distribution des
prix aux élèves de l'Institution Nationale de Paris aura
lieu le Samedi 9 Août 1890 à 3 h. de l'après midi sous la
présidence de M. Jules Simon, sénateur; membre de
l'Académie française.
*
* *
L'asile infantile de Turin.— L'asile pour petits en-
fants sourds-muets des deux sexes qui doit s'ouvrir très
prochainement â Turin, comme annexe à l'Institut Royal
recevra des internes et des externes âgés de 5 à 9 ans^
L'âge de sortie est fixé à 10 ans. 24 élèves sont déjà ins-
crits. Le but de la fondation est défini comme suit :
1° Donner aux petits enfants sourds-muets des habi-
tudes d'ordre et d'obéissance de docilité, de réflexion.
Les habituer en même temps â s'occuper, au moyen
d'ouvrages en papier* en bois, etc. à la portée de leur
âge et les préparer à l'éducation morale, religieuse et
civique.
2° Les préparer aux cours réguliers d'étude du langage
qui devront se faire par la méthode orale. On soutiendra
exclusivement pour cela aux exercices qui réclament
nécessairement l'articulation naturelle des syllabes, des
mots, et les communications par la parole.
3° Fortifier en tant que de besoin la constitution
physique. Améliorer la faculté auditive toutes les fois
qu'on en aura la possibilité. Les moyens ordinaires à
employer dans ce but seront : un régime sain, des occu-
pations en rapport avec l'âge des enfants, la propreté,
la gymnastique, l'exercice ou autre régime hygiénique
qui sera prescrit par le médecin spécialiste chargé de
ce soin.
— 124 —
Examens de fin d'année. C'est M. l'Inspecteur géné-
ral Regnard, assisté de M.. Colmet d'Aage. - membrede la
Commission consultative qui a présidé cette année la
Commission d'examen des élèves de l'Institution de
Paris.
Les examens des maîtres de l'institution pour l'obten-
tion d'un grade supérieur ont eu lieu du 16 au 22 Juillet
sous la présidence de M. le Docteur Regnard.
Ont été déclarés admissibles :
Pour le grade de professeur-adjoint : MM. Boyer,
Thollon, Liot, Rolland, Giboulet, Dejean, Binon, Bricq
Richard et Roger.
Pour le grade de répétiteur de 1 er classe: MM. Duvignau,
Valhaire, Robbe, Pouillot, Drouot, Cornevin, Grandvillers
Glavel.
Pour le grade de répétiteur de 2 me classe: M. Lesieux.
Distinctions honorifiques. — Nous sommes heureu x
d'enregistrer les distinctions snivantes accordées à plu-
sieurs de nos confrères à l'occasion du 14 Juillet et nous
envoyons à tous nos plus cordiales félicitations.
Officiers d'instruction publique. — M. A. Dubranle,
censeur des études à l'Institution Nationale de Paris
(une coïncidence heureuse à signaler, le môme jour le
frère de notre excellent ami M. le commandant Dubranle
officier d'ordonnance du ministre de la guerre était
également nommé officier de la Légion d'Honneur) M.
Alard professeur archiviste à l'Insiltution Nationale
de Paris, doyen du corps enseignant
Officiers d'Académie. M 1U Drouilleau. D ee de l'Institu-
tion des Sourdes-Muettes dé Rillé-Fougères, M 611 " Pau-
line Larrouy sourde-muette, Directrice de l'institution
oron Sainte-Marie.
; i ■ i ■ i i ■ n hm i
L'imprimeur-Gérant, Eug. BELANGER rue saint-Jacques «5, Paris..
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
i
6 m « année. N» 6 Septembre 1890.
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, aoec l'autorisation de l'auteur,
par O. Claveau
{suite){i)
Des Voyelles
Le sujet dont nous abordons l'étude estle plus intéres-
sant de tous coux dont nous ayons à nous occuper dos
à présent et plus tard. En effet les voyelles forment la
base de tout le système de la parole. C'est de la bonne
ou de la mauvaise position prise pour les émettre que
dépend pour la plus grande partie le caractère bon ou
mauvais de la prononciation, Aussi nous attacherons-
nous à traiter ce point avec le plus de clarté possible.
Notre organe vocal se compose de trois parties prin-
cipales : d'un corps vibrant, d'un agent moteur, d'un
tube de renforcement. Toutes les fois qu'au moyen de
l'agent moteur nous mettons en mouvement le corps
vibrant, c'est-à-dire les cordes vocales, nous produi-
sons un son qui passe de la glotte au tube de renforce-
ment et s'y modifie, suivant les diverses dispositions
données à ce tube, de façon à produire les divers
timbres constitutifs des voyelles.
(1) Voir la Revue Française du moisdeJuin 18 ( J0 et mois suivants.
— 126 —
De la Voyelle A
Le timbre ou son lé plus'propre à servir de po nt de
départ, de centre phonétique est celui qui constitue la
voyelle A, car la position la plus simple et la plus com-
mode que puisse prendre l'organe vocal est tout juste-
ment celle qui correspond à l'émission de ce son. Il
suffit d'ouvrir un peu la bouche et de laisser toutes les
autres parties placées comme elles le sont normalement
dans l'acte de la respiration naturelle. Durant l'émission
du son A, de très légères variations se produisent dans
le tube de renforcement. La base de la langue occupe
une position moyenne, les piliers du voile du palais se
rapprochent l'un de l'autre, le voile s'élève un peu. Ces
positions prises déterminent la formation d'une ouver-
ture que l'onde sonore traverse, après être sortie de la
glotte, en prenant le timbre caractéristique de la
voyelle A.
Ce point étant bien déterminé, il sera très facile,
comme nous le verrons, de se rendre compte exacte-
ment de la formation des quatre autres voyelles. Celles-
ci se divisent, d'après leur nature, eu deux groupes
d'une part YO et Y OU, d'autre part 1' i?et 17. Leur for-
mation dépend de deux mouvements très simples,
opposés l'un à l'autre. Dans YO et YOU, la langue -"se
retire en arrière ; dans YÈ et 17, elle se projette en
avant. Et voici comment.
Des Voyelles O et OU.
Si au moment où nous prononçons ou sommes sur le
point do prononcer la voyelle A, nous portons un peu
en arrière et par suite relevons la base de la langue, le
timbre de Y A se change immédiatement en celui de YO-
Ceci se produit parce que la langue se rapprochant du
voile du palais resserre l'isthme du gosier et que le son
se répercute davantage dans le pharynx.
— 127 —
Si l'on, porte encore plus en arrière et en haut la baso
de la langue, l'isthme du gosier se resserre encore
davantage, la répercussion du son dans le pharynx
augmente le son émis et prend le caractère qui constitue
'a voyelle OU.
Il convient de remarquer aussi que, dans l'émission
des deux sons et OU, les lèvres se portent en avant
pendant que la langue est ramenée en arrière et que la
mâchoire inférieure se rapproche un peu de la supérieure.
Si le son de VO se rapproche de celui de VA, ce sera
la marque que la langue ne s'est pas portée assez en
arrière, que sa base n'est pas aussi élevée qu'il le fVut et
que la bouche est trop ouverte. Pour corriger ce défaut»
il suffira de refouler un peu la langue et de diminuer
l'ouverture de la bouche. Si, au contraire, le son de 10
se rapprochait de celui de VOU, cela signifierait que la
langue est ramenée trop en arrière, que sa base est trop
relevée ou que les lèvres auraient été projetées en avant
plus qu'il ne convient.
Si le son de Y OU ne se distingue pas assez de celui de
l'O, c'est que la base de la langue n'est pas suffisamment
soulevée, ou que la bouche est trop ouverte, ou que les
lèvres ne sont pas avancées autant qu'il le faudrait-
Toutes ces corrections sont aisées à exécuter.
Des Voyelles È et I.
En ce qui touche le second groupe de voyelles, nous
rappellerons ce qui vient d'être dit, à savoir que le mou-
vement de la langue se réalise en sens inverse de celui
qui convient à l'émission de VO et do VOU. Le point de
départ est le même, c'est VA. Pour passer de ce son à
celui de 17? (ouvert), il no laut qu'avancer un peu la
langue en abaissant légèrement sa base, En outre, la
partie moyenne de la langue se soulève vers le palais,
tandis que son extrémité projetée en avant vient
toucher légèrement les dents. Ce mouvement diminue la
— 128 —
hauteur du pharynx, élargit l'ouverture de l'isthme du
gosier et la voix, au lieu de se répercuter seulement
dans le canal pharyngieu, résonne également partout en
prenant le timbre caractéristique de VÊ.
L9 passage de YÈ à 17 est des plus simples : Il suffit
d'avancer encore un peu plus la langue, de la soulever
davantage vers le palais et de mettre son extrémité en
contact ferme avec les dents. La diminution progressive
et marquée de l'espace laissé entre les dents contribue
pour une forte part à la production des deux sons dont
il est question, spécialement du son /.
Si VÊ tend à se confondre avec A, si le son émis se
place entre ces deux voyelles, c'est la marque que la
base de la langue s'est portée trop peu en avant ou que
lo dos de la langue ne s'est pas relevé suffisamment ou
qu'il reste trop d'espace entre celte face dorsale de. la
langue et le palais. Pour arriver à reconnaître et à cor-
riger plus sûrement ce défaut, il convient de remarquer
que, dans l';l le dessus de la langue a une position hori-
zontale et reste au niveau des dents, remplissant toute
la partie inférieure de la -bouche. Au contraire dans VÊ
la langue prend une forme assez sensiblement arquée et
se soulève par moitié, au dessus du niveau des dents.
Si l'on veut passer du son de VÊ (ouvert) à celui de YÉ
(fermé), il suffira de soulever un peu plus vers le palais
le dos de la langue, d'en appuyer la pointe avec plus de
force contre les incisives inférieures et de diminuer
l'ouverture do la bouche, Il faut aussi observer que,
dans l'émission de YË (fermé) la langue reste presque
toute entière au dessus du niveau des dents inférieures.
Si, lorsqu'on fait prononcer I, lo son se confond avec
celui de VÊ, cela veut dire que l'espace entre le dos de
la langue et le palais reste trop grand. Si le son est in-
décis, accompagné d'un sittlemont plus ou moins aigu,
c'est la marque que la langue se rapproche trop du
palais, fermant ainsi le passage à l'air. On corrigera ce
défaut en faisant augmenter légérenumt lo vide laissé
— 129 —
contre la voûte palatine et la langue ou ouvrir un peu
la bouche dans la mesure convenable.
Les mouvements de notre organe vocal dont on vient
de donner la brève indication ont, nous ne saurions
trop le répéter, une importance capitale et de leur pré-
cision plus ou moins grande dépend le plus ou le moins
de clarté et de correction des voyelles et conséquemmeut
de la prononciation.
La théorie que je viens d'exposer sur la formation
des voyelles me paraît bien simple et de nature à être
comprise par tout le monde; mais on me dira qu'il n'est
pas aussi facile de l'appliquer à l'enseignement. J'en de-
meurepleiuementd'accord. lien est ainsi de toutes choses
la pratique présentant toujours plus de difficultés que
la théorie. Pourtant l'on arrivera à triompher, au moins
engrande partie, de ces difficultés, sil'onsemetàrœuvre
avec beaucoup d'application, avec une volonté ferme et
constante. L'exercice attentif, en pareille matière, vaut
certainement beaucoup plus que la théorie, mais celle-
ci pourra néanmofns fournir de grandes lumières et de
grands avantagrs, sùggôrer les moyeus et expédients à
mettre en usage pour réussir dans cette entreprise
malaisée.
Exercices
a
ou è
i
ou
è i
a
ou
è
i a
è
i
a o
on
i
a
o ou
è
De la lecture des voyelles sur les lèvres
Je ne crois ni hors de propos ni sans utilité de recom-
mander qu'au fur et à mesure que l'élève apprend à
— 130 —
prononcer une voyelle, le maître apporte le plus grand
soin à lui apprendre aussi à lire cette voyelle sur les
lèvres d'autrui. Comme je me propose de parler ci-après
dans un chapitre spécial, de ce sujet très important de
la lecture sur les lèvres, je me bornerai pour le moment
à dire quelles sont les caractéristiques externes dos
voyelles. Et ceci, je le fais expressément pour donner
lieu de remarquer dès maintenant qu'il n'est nul besoin,
quand on enseigne l'articulation et la lecture sur les lè-
vres aux sourds-muets, de recourir à l'exagération, sous
prétexte que l'on ne serait pas compris autrement.
Sous le rapport des mouvements externes, les voyelles
se divisent en deux groupes et le point de départ est
toujours la voyelle A, Lorsqu'on émet ce dernier son,
'es lèvres prennent une position aisée, s'ouvrant entiè-
rement mais sans aucune tension et restent dans une
situation tout à fait naturelle. La bouche peut être plus
ou moins ouverte. La langue n'est que très peu visible,
presque point visible dans beaucoup de cas. Les dents
inférieures se voient presque toujours.
Quand on prononce 0, les commissures des lèvres se
trouvent un peu avancées, la lèvre inférieure s'écartant
un peu des dents par un mouvement en avant de bas
ou haut; les diamètres des lèvres diminuent par consi-
quent et les dents ne se voient plus.
Quand on prononce ensuite OU, les commissures des
lèvres se trouvent encore plus projetées en avant et s'a-
baissent beaucoup plus. Les lèvres qui participent toutes
les deux à ce mouvement prennent une position très
tendue et détachée et leur milieu s'écarte beaucoup plus
des dents. Leur diamètre diminue et la distance des mâ-
choires se modifie un peu.
Les positions propres à chacune de ces trois voyelles
sont si bien marquées et distinctes l'une de l'autre que,
si on les prononce naturellement et sans aucun effort,
la lecture sur les lèvres en sera très facile.
La formation de l'is 1 entraîne une position de l'organe
vocal qui diffère nettement de la position requise pour
— 131 —
l'émission de VA au point de vue du mouvement à exé-
cuter par les lèvres et qui est opposée à celle que re-
quiert l'émission de l'O etdeVOU. Tandis quepourl\A les
commissures des lèvres restent dans la position ordinai.
re do la respiration ou s'abaissent un peu pour se main-
tenir en avant, elles s'élèvent et se retirent en arrière
pour la voyelle E, ce qui l'ait que lèvres s'appliquent da-
vantage sur les dents. Mais c'est la langue qui fait le
mieux discerner cette voyelle. En se portant en avant,
elle fait voir son extrémité s'appuyant sur les dents in-
cisives inférieures et, en se soulevant un peu elle se
montre un niveau à colui des dents elles-mêmes.
Quand on prononce/, la partie inférieure de la bouche
en se portant vers la partie supérieure, rétrécit l'inter-
valle que les dents laissent entre elles et la langue, en
se soulevant davantage par ses bords latéraux dans,
le voisinage do sa pointe, arrive à s'appuyer contre les
dents canines supérieures,. pendant que la pointe elle-
même reste toujours appuyée contre les incisives infé-
rieures. Quoique projetée en avant avec plus de force-
elle est peu visible et ceci par suite du moindre écarte-
ment des dents et de^ lèvres. Ces dernières prennent
alors une forme allongée et se rapprochent l'une de
l'autre presque également sur tous les points. Pour c'ette
voyelle aussi, leurs commissures sont rentrantes.
Quand on fait prononcer VÈ et 1 /, il faut apporter la
plu3 grande attention à ce que les commençants ne
prennent la mauvaiso et lâcheuse habitude de contracter
les lèvres avec ellc-rt, de projeter la langue trop en
avant et, ce qui est pire encore, do serrer les dents. Ce
que nous avons dit établit suffisamment que les mouve-
ments extérieurs correspondant aux diverses voyelles
sont bien caractérisés et distincts les uns des autres; que,
par suite, nous pouvons, dès le début, habituer les en-
fants à lire sur les lèvres les voyelles prononcées d'une
manière tout à fait naturelle.
— 132 —
Des Consonnes
L'enfant étant arrivé à prononcer clairement et dis-
tinctement les cinq voyelles et à les lire vivement sur
les lèvres du maître, nous pourrons dire que nous avons
accompli une bonne partie de notre tâche, la plus essen-
tielle et la plus ardue de l'articulation artificielle. Si, pour
les consonnes, nous avons aussi à lutter contre des diffi-
cultés nombreuses et graves, il sera plus aisé de les sur-
monter en s'adressant à un élève déjà formé â l'observa-
tion habitué à gouverner dans une certaine mesure
les mouvements de son organe vocal, ce qui n'est pas
une aide médiocre.
En outre, l'expérience prouve que quand les enfants
émettent correctement les voyelles, il est fort rare qu'on
n'obtienne pas d'eux une prononciation claire, distincte
intelligible, car les voyelles forment la base de cette
prononciation, tandis que les consonnes n'en sont que
de simples modifications. De plus, les consonnes ont
toujours, en comparaison des voyelles, quelque chose
de plus matériel, do plus visible, de plus facile à saisir
notamment pai\ le tact.
Tandis que, dans la formation des sons voyelles, il
convient que les parties qui concourent à ce résultat
restent dans une position ferme pendant la durée de
l'émission, il faut, au contraire, que. pour articuler les
consonnes, ces parties entrent et se maintiennent en
mouvement. D'où il suit que les consonnes ne sont pas
autre chose que les diverses manières d'intercepter le
courant d'air venant de la glotte, sur les divers points
du tube de renforcement et à l'aide des diverses parties
qui constituent ce tube, soit avant que l'on ne prononce
un son voyelle, soit au moment ou l'on cesse de l'émet-
tre. Aussi le professeur d'articulation doit-il porter
toute son attention sur ce.s diverses manières d'inter-
cepter le courant d'air, sur les parties qui concourent
à ce résultat et sur le mode de fonctionnement qu'elles
prennent pour cela. C'est ainsi qu'on arrivera à décou-
— 133 —
vrir la nature spéciale ou caractéristique de chaque
consonne et les points de contact qu'elles ont entre elles.
Cette étude faite, il deviendra beaucoup plus facile de
faire remarquer aux élèves où et comment se produit
tel ou tel mouvement engendrant telle ou telle consonne
Le maître abrégera ainsi le chemin, diminuera la peine,
tant pour lui que pour ses élèves et arrivera à écarter
beaucoup de difficultés qui se présentent comme insur-
montables au professeur marchant à l'aventure ou com-
me on dit à tâtons.
Quant à l'ordre à suivre dans l'enseignement des con-
sonnes, je crois qu'il est très avantageux de diviser cel-
les-ci en groupes d'après le plus grand degré d'affinité
de commencer par les plus faciles, se faisant de celles-
ci comme une échelle pour arriver graduellement et
naturellement aux plus difficiles en ayant toujours soin
que, ce qui a déjà été appris ouvre la route pour ce qui
nous reste à apprendre. Je crois qu'il faut aussi laisser
de côté certaines articulations qui présentent ordinaire-
ment des difficultés spéciales, celles qui supposent
(comme les articulations doubles, par exemple PR, FL,
etc) uneconnaissancepréalable de leurs éléments constitu-
tifs et attendre que ces éléments soient bien connus des
enfants, que l'habileté des élèves et leur aptitude soient
devenues plus grandes, Il faut, bien entendu, excepter
le cas où, par suite de circonstances spéciales ou for-
tuites, des enfants posséderaient ces articulations ou
feraient preuve d'une facilité exceptionnelle aies pronon-
cer. Lesconsonneslesplusfacilessont les labiales, attendu
que les mouvements qu'elles requièrent sont tout exté-
rieurs et se perçoivent sans aucune difficulté, Nous
commençons donc par là, Notons auparavant que pour
les apprécier exactement et pour les enseigner avec
sûreté, il faut les considérer sous un double aspect: sous
le rapport de leur nature spéciale ou caractéristique et
sous le rapport des moyens pratiques à adopter pour en
enseigner la prononciation aux sourds-muets.
— 134 —
Des consonnes P, B, M,
Occupons-nous du premier groupe des labiales consti-
tuépar le P,\eB, et VM. Pour articuler le P, il faut fermer
les lèvres, pousser le souffle en avant et s'appliquer a ou-
vrir les lèvres par un mouvement brusque et instantané'
Lorsque ces conditions se trouvent remplies, il sort de la
bouche un jet d'air qui engendre le son ou bruit consti-
tutif de la consonne eh question. Si, pendant que ce
phénomène s'accomplit, l'on tient la main devant la bou-
che, on percevra facilement le choc de l'air qui, après
avoir été comprimé, sort avec force et vient frapper la
main. En même temps on peut percevoir par le tact la
vibration qui se produit dans la gorge.
Quand au moyen pratique à employer pour faire pro-
non cerle P, voici, suivant moi, commentondoit procéder
On fera venir l'enfant devant soi en lui recommandant,
l'attention. On prononcera plusieurs fois de suite pa....,
pa....,pa pas trop vîte et d'une façon naturelle. En
même temps, l'on fera porter l'une des mains de l'enfant
sur la poitrine ou mieux sur la gorge du maître, afin
que l'élève puisse se rendre compte des vibrations qui
s'y produisent et comprendre que l'action'réalisée doit
s'accompagner d'une émission de son. L'autre main de
l'élève sera placée devant la bouche du professeur-
de laçon à faire sentir les explosions du souffle qua
détermine l'ouverture de la bouche. Après avoir répété
cet exercice un certain nombre de fois et après s'être
assuré que l'enfant se rend compte du mouvement cor-
respondant au double phénomène qui s'accomplit, on
invitera l'élève à imiter le maître et il ne faudra pas un
grand nombre d'essais pour qu'il y réussisse. On devra,
dès ce moment, faire grande attention à ce que Tenfant
n'y mette pas trop de force, comme il arrive trop sou-
vent, dans l'émission du souffle et à ce qu'il n'exagère
pas les mouvements de la bouche et des lèvres. Pour lui
faire comprendre que les dents inférieures doivent rester
un peu écartées des supérieures avant et pendant l'ar-
— 135 —
ticulation de la consonne P, on pourra lui faire mettre
e doigt entre les deux, rangées de dents du maître pen-
dant que celui-ci se livre à la répétition de cette articu-
ation. On doit faire intervenir un son de voyelle, sans
quoi la consonne n'aurait aucun son. La voyelle qu'on a
l'habitude d'employer la première dans ce but est la
voyelle A, comme étant la plus facile. Lorsque l'enfant
saura joindre le P à VA et sera en état de répéter natu-
rellement PA, plusieurs fois de suite, d'une même émis-
sion de voix, l'on s'ingéniera à ce que, toujours par voie
d'imitation pure et simple, il en fasse de même avec les
autres voyelles, supposé qu'il les connaisse déjà, ce qui
est désirable. S'il-en est quelques unes qu'il ne sache pas
prononcer, il faut laisser momentanément de côté la com-
binaison correspondante et se borner à faire joindre la
consonne aux voyelles connues de l'élève. On insistera
amplement sur les combinaisons pa, po, pou, pè, pi> mais
en évitant de fatiguer l'enfant. On les lui fera dire toutes
et même plusieurs fois de suite s'il en est capable, d'una
seule émission de voix, d'un mouvement tantôt lent et
antôtaccéléré,enlui faisant commencer tantôt par l'u ne,
tantôtpar l'autre, de façon à former d'ores et déjàl'organe
vocal à se mouvoir avec agilité et avec élasticité, dema-
nière aussi à habituer l'œil à discerner promptement les
changements rapides qui se dessinent sur la bouche du
maître.
Exercices
pa po pou pè pi
po pou pè pi pa
pou pè pi pa po
pè pi pa po pou
pi pa po pou pè
— 130 —
Nous ferons lire ce petit tableau dans tous les sens de
droite à gauche de gauche, à droite, de haut en bas et de
bas en haut pour habituer les enfants à a^ir avec promp-
titude, à lire sur les lèvres et à prononcer mécaniquement
toute espèce de combinaison de sons, en quelque manière
qu'elle se présente, sans qu'il soit besoin de réflexion.
Quand les enfants seront en état de lire sans hésitation
tant sur les lèvres que sur le tableau les combinaisons
ci-dessus et qu'ils les prononceront promptement et
facilement, il conviendra de passer aux inverses : ap,
op, oup, èp, ip, ce qui est d'une exécution fort aisé.
Il faudra répéter ces exercices avec toutes les consonnes
au fur et à mesure que les enfants apprendront à les
articuler. Je ne reviendrai pas sur cette observation
par ce que, pour changer c'est toujours la même chose
(A suivre)-
INSTITUTION DE BOURG (Ain)
Discours prononcé à la Distribution des prix
par le Directeur de l'Établissement
C'est le 1 er janvier 1856, que, sous le patronage de M.
le Préfet, lecomtedeCoetlogon, l'Institution des sourds-
muets a été fondée par Mgr. Chalandon, évêque de
Belley
Placée d'abord prés de Brou, eHe fut transférée en
1861, sur le coteau de Bel-Air, remarquable par ses ma-
gnifiques points de vue et son air très pur.
Sous l'administration de son premier directeur,! 'abbé
Félix Bonnet, aujourd'hui capucin à Versailles, puis de
son adjoint et successeur, la respectable abbé Morier,
aujourd'hui curé de Ceyzériat, l'Institution pritbie,n vite
de l'importance. Après eux, un instituteur spécial émi-
— 137 —
nent, le regretté abbé Goyaton y Introduisit l'enseigne-
ment de la parole; innovation hardie qui paraissait alors
une témérité, pour ne pas dire une utopie. Malheureu-
sement les forces de l'abbé Goyaton trahirent son cou-
rage, il succomba glorieusement au milieu de ses tra-
vaux, laissant à son école les fruits de son zèle et le
souvenir de ses vertus
Dapuis, bien des choses ont été renouvelées encore
et, espérons-le, améliorées dans l'Institution. Eafin, en
1839, Mgr. Luçon, évêque de Belley, en confia la direc-
tion à l'Institut des Frères des écoles chrétiennes, avec
l'agrément de TA-dministration préfectorale.
Aussitôt installés, les nouveaux maîtres ont fait béné-
ficier l'Institution des méthodes et des procédés en usa-
ge dans leur3 établissements similaires de Saint-Etienne
et de Besançon
Hàtons-nous de le dire, nous n'avons par eu grand
p eine à prendre cette nouvelle direction : la bonne vo-
lonté de nos prédécesseurs, le bon esprit des enfants
d'abord et la belle disposition de l'établissement, tout
a contribué à nous faciliter la succession de ce petit
gouvernement
Une chose remarquable, c'est l'isolement dans lequel
les sourds-muets sont restés jusqu'au XVIII e siècle.
A peine l'histoire des temps passés mentionne-t-elle
quelques rares personnages qui s'en soient occupés. Le
premier est un saint archevêque d'York, au VIII e siècle,
il faut ensuite venir au XVI e siècle, ou quelques grands
esprits s'occupent de guérir leur mutisme.
Je ne veux point vous fatiguer de noms et de dates j
mais je ne puis passer sous silence le célèbre Pierre
Ponce, religieux espagnol qui apparaît le premier com
me instituteur des sourds-muets.
Avec lui, l'éveil est donné, chaquo nation viendra à
son tour fournir un bienfaiteur.
L'Espagne, donne encore Paul Bonnet ; l'Angleterre
le savant Wallis ; la Suisse, le docteur Conrad
Amman. Je ne nomme pas les autres, afin d'arriver,
— 138 —
plus vite à la France d'où partira la révolution pacifiqu e
dont j'ai à vous entretenir.
C'est ver3 le milieu du dix-huitième siècle, qu'appa-s
raissent les trois plus grands bienfaiteurs, et amis des
sourds-muets : Samuel Heinicke, qui ouvrit à Leipzig la
première école fondée par un gouvernement.
Vers la même époque, Un israëlite portugais, Rodrigue"
Péreire vint en France et y obtint de grands succès danï
l'éducation privée de quelques, élèves Péreire devint fa-
meux un instant; malheuresement il n'eut pas de succes-
seur et sa méthode resta dans le mystère de l'oubli.
En môme temps parut l'abbé de l'Epôe, le Vincent de
Paul das sourds-muets. Cet homme admirable, originai-
re de Versailles fut amené par la charité, à la sublime
vocation, qui devait l'immortaliser parmi nous.
La vue de- deux pauvres petites sourdes-muettes res-
tées seules, depuis la mort de leur premier instituteur
le Père Vanin, lui fit une telle mipression qu'il résolut
de les garder à sa charge.
L'abbé de l'Epée vit peu à peu grandir sa famille adop-
tive.
Il se consacra à elle tout entier. Les trente dernières
années de sa vie se passent au milieu de ses chers enfants
dont il deveint l'apôtre.
Il prêche partout l'éducation des sourds-muets sa
parole persuasive fait écho dans le monde entier, à sa
voix les écoles surgissent. De tous côtés on vient àParis
voir ces pauvres déshérités qu'il a trouvé moyen d'ins«
truire, Princes et rois se donnent rendez-vous dans sa
modeste école.
Comme ses contemporains et émules, l'abbé de l'Epée
aurait voulut léguer à ses chers enfants, le don pré-
cieux de la parole. — il ne lui fut pas donné de réaliser
ce vœu. — C'est à ses successeurs d'aujoud'hui^ qu'était
réservé ce dernier bienfait.
Mais par quelle voie, nous est arrivé cette heureuse
transformation consacrée aujourd'hui par l'expérience ?
Il serait trop long de l'expliquer, car longtemps le lan-
— 139 —
gage des signes prédomina; il était jugé seule pratiqua
En 1878, un premier Congrès international réunit à
Paris quelques professeurs de diverses contrées. On y
discuta la méthode orale; de hardis novateurs prouvé
rent par des expériences qu'elle n'était non pas facile à
réaliser, mais possible.
Ce premier pas amena deux ans après, l'importante
réunion de Milan où plus de deux cents professeurs
(parmilesquels l'abbé Goyaton, représentaient la France,
l'Italie, l'AUemage, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche,
l'Espagne et les deux Amériques.
Las membres de cette impossante assemblée se sépa-
rèrent après huit jours de sérieuses études : au cri
de : Vive la parole:
Quelle parole, Messieurs? La parole des sourds-muets
C'étaient les sourds-muets qu'il s'agissait de faire parler.
— Et la résolution prise a été tenue.
Notre siècle si riche en inventions de tous genres, ne
se terminera pas sans en voir une t plus merveilleuse
encore . Les muets parlant.
Le résultat est beau, mais Dieu seul connaît ce qu'il
faut de patience, de tact et de persévérance, pour les
amener às'exprimer convenablement et àliresurles lèvre s
ou sur la bouche, de leurs interlocuteurs, puisque leur
ouïe continue à leur retuser tout service.
Comment parvient-on à dégager la langue de ces
enfants, à leur faire produire des sons, dire des mots et
des phrases sans le secours de l'oreille? Je vais essayer
de vous l'exposer sommairement.
Nous voici en présence de petits sourds-muets. Après
les avoir intéressés préalablement, par quelques exerci-
ces ouanouvements de mains, de pieds, de tête, de regard,
nous commençons par leur apprendre à respirer, c'est-
à-dire, pour parler simplement, à prendre de l'air, et à
le rejeter régulièrement soit par la bouche, sait par le
nez. Nous employons môme à cet effet la mesure musi-
cale afinde mieux réglerlesmouvementsd'wspira/tonet
ci 'expiration.
— 140 —
La bonne respiration acquise, on cherche la voix qui,
chez le sourd-muet, est comme dans un état latent: On
lui fait sentir par le toucher les vibrations ou ébranle-
ment qui se manifestent au larynx ou au nez, lors de
l'émission d'un son.
Quand l'enfant a reconnu ces effets, non sur lui, mais
surleprofesseur, ce qui, vous le comprendrez, est pour ce
lui-ci un rudeexercice,onl'exciteâproduireenluimème
cesébranlements. Presque aux premiers essais il réussit,
à moins que ces organes vocaux ne soient gravement
lésés ce qui est rare.
On recommence jusqu'à ce que l'élève donne la voix.
Je vous étonnerai en disant que c'est par le nez
qu'elle se manifeste le plus tôt et mieux.
La voix, ou autrement, la vibration des cordes vocales
étant perçue et reproduite par le sourd-muet c'est assez,
il ouvre la bouche dans les conditions voulues pou.i
chaque voyelle, et il donne immédiatement a, o, é, i.
etc. , car Messieurs, les sons voyelles de la parole
dépendent de la disposition des organes.
Le sourd-muet peut donc produire tous les sons sans
le secours de l'oreille, il lui suffit de placer ses organes
vocaux dans les conditions favorables à l'émission de la
voyelle et de la consonne. La tâche du professeur est
toutelàvis-à-vis de l'élève pourleguèrirde son mutisme;
mais ce n'est pas la partie la plus difficile, quoiqu'elle
s emble la plus merveilleuse.
Notre élève est}démntisé, il parle, il lit. mais san s
comprendre. Il faut arriver à son intelligence fermée,
malgré l'implacable surdité qui est là comme une bar-
rière infranchissable, barrière que la 'science humaine,
avec tous ses efforts, n'a encore pu détruire absolument.
Eh bien, Messieurs, ne pouvant aller à cette intelligen-
ce par la porte des oreilles, nous sommes entrés par les
fenêtres des yeux.
En d'autres termes, au lieu de lui faire entendre la pa-
role, nous la lui faisons voir.
Voici comment nous obtenons cette seconde merveil-
— 141 —
le, bien plus laborieuse que la première.
A rao3ure que les élèves parviennent â articuler un
son, nous leur apprenons à le reconnaître sur le visage,
aux mouvements extérieurs des organes vocaux.
Comme los son3 différent entre eux,, les mouvements
des organes différent aussi, et nos élèves sont exercés
à saisir ces différences. Par ce moyen, quoiqu'ils n'en-
tendent pas les sons, ils le3 reconnaissent, les voient en
quelque sorte, et finalement les reproduisent.
Nous appelons cela lecture sur les lèvres ou audition
par les yeux.
Vous croyez peut-être que maintenant tout est fini,
puisque notre élève est démutisé et sait un peu lire sur
lèvres ? Oh ! non, il faut l'instruire, lui apprendre le sens
des sons qu'il voit et qu'il produit, lui apprendre à les
lire sur un livre et à les écrire, le familiariser avec la
parole d'autrui et surveiller la sienne.
Cette surveillance de la parole d'un sourd-muet est
peut-être ce qu'il y a de plus difficile, de plus fastidieux
pour le professeur; et cependant c'est la plus importante
des conditions, pour assurer l'avenir social de nos chers
enfants.
Pour favoriser cet enseignement, nous avons à notre
usage, d'abord la bonne volonté et une grande, je vous
assure ensuite divers intruments propes à notre établis-
sementTout à l'heure on vous en donnera l'explication
en faisant travailler les élèves.
La parole du sourd-muet, quoiqu'on fasse, ne sera
jamais si belle, si claire que celle des entendants, (nous
ne faisons pas de miracle.) Mais malgré ses défauts cette
parole luisera un don bien précieux qui le rendra à sa
famille et à la société.
Tout à l'heure vous, entendrez parler ces chers en-
fants dontles voix sont très variées: les unes vous paraî-
tront sourdes et criardes, les autres nasillardes et gut-
turales, trop fortes ou trop ou faibles. Rien d'étonnant,
elles sont encore neuves. Avec le temps elles se perfec-
— 142 —
tiennent, et la bonne volonté aidant, on les com-
prendra.
Quoi qu'il en soit de la parole du sourd-muet et mal-
gré ses défauts, elle vaudra toujours mieux pour lui quo
le morne mutisme.
Dans la famille, dans l'atelier il sera compris et ne
sera plus regardé comme un être à part.
Et puis, est-ce. que tous les entendants ont une voix
mélodieuse ? Est-ce que les nombreux étrangers qui sont
au milieu de nous parlent tous également bien notre
langue? Cependant tout ce monde est écouté.
Oui> un sourd-muet qui parle, même mal, est un mira-
cle vivant, il faut l'admirer et non le critiquer.
Quant à nous, comme ceux qui travaillent au soula-
gement de l'infortune., nous comptons sur la parole du
divin maître, qui ne laissera rien sans récompense, pas
même le verre d'eau froide donné en son nom...
F, . . . Roger
ALLOCUTION
ADRESSÉE
A Monseigneur BÉCEL Evêque de Vannes
[Fin)
Me voilà à la troisième et dernière phase de l'ensei-
gnement donné aux sourds-muets, la plus importante.
Je suis arrivé au plus intéressant de ma thèse histo-
rique. Rendre la parole aux muets.
L'abbé de L'Épèe, ne méconnut pas la possibilité de
faire parler les sourds-muets, puisqu'il déclare textuel-
lement que l'unique moyen de rendre les sowds-muets
à la Société est de leur apprendre à lire des yeux la
parole qu'ils ne peuvententendree^à s'exprimer de vive
voix (Institution des sourds et muets 2* édition) et il dit
— 143 —
ailleurs, avec regret, qu'il n*eut pas le loisir de se
livrer à ce travail de démutisation.
La grande renommée de l'abbé de L'Épée empêcha
l'attention du public de se porter sur un modeste et
savant instituteur, son contemporain, qui pratiqua à
Orléans la méthode orale, cet instituteur est l'abbé
Deschamps
Sous l'inspiration de Bébian puis dé Valade Gabel une
heureuse réforme fut faite en faveur de laparole enseignée
aux sourds-muets de l'Institution de Paris. Mais ce ne
fut qu'en 1832, sous l'intelligente direction de M. Ordi-
naire, que l'on tenta sérieusement d'enseigner aux
élèves de la grande institution de Paris le langage
parlé.
Dix ans plus tard, grâce à la libéralité du docteur Itard
un cours d'instruction complémentaire fut ouvert, et
par une condition expresse du donateur, il devait être
fait au moj'en de l'articulation et de l'écriture, à
l'exclusion de tout autre système. Ce cours fut confié
à M. Vaïsse qui devint un des champions de la nouvelle
méthode, et qui, choisi comme Directeur do l'École de
Paris en 1860, fit une place plus importante à la parole.
Vint en 1880 le Congrès de Milan, dont j'ai eu l'heu-
reuse chance de faire partie. Ce Congrès porta le
dernier coup aux traditions qui accordaient à la
mimique et à récriture une place que la parole
seule a le droit de revendiquer dans notre en-
seignement actuel.
L'abbé Tarra zélé propagateur delà méthode orale pure
en Italie, présida avec une grande distinction ce Congrès
dont les membres se séparèrent au cri de Vivalaparola\
Vive la parole ! après avoir iormulé ce vœu caractéris-
tique: «Considérant que l'usage simultané delà «parole
et des signes a l'inconvénient de « nuire à la parole, à
la lecture sur les lèvres « et à la précision des idées,
déclare que la « Méthode Orale pure doit être préfé-
rée. »
Le Congrès National de Bordeaux en 1882, auquel j'ai
— 144 —
assisté, et le Congrès international de Bruxelles en 1883
ont confirmé les décisions de celui de Milan.
L'abbé Balestra, avec qui j'ai fait connaissance à
Milan, et qui est mort dernièrement en Amérique où il
était allé propager la Méthode Orale pure, a contribué
puissamment a l'implanter en France. Il avait une foi
robuste et très légitime en cette méthode, L'extraordi-
naire énergie qu'il déploya à la répandre inspirait une
confiance, que, par malheur, sa pratique défectueuse
tendait à ébranler: cette observation critique, je la tiens
de plusieurs professeurs qui l'ont vu à l'œuvre.
L'utilité de notre méthode actuelle a été soutenue
éloquemment par M. Franck, dans son beau et solide
Rapport adressé après le Congrès de Milan à M. le
Ministre de l'intérieur.
Comme conséquence pratique, j'écrivis de Milan à
la Chartreuse :« J'espère que nous finirons par avoir
« autant d'esprit que les italiens, et que nous répéterons
« en France le3 merveilles dont j'ai été témoin auriculaire
«en Italie.»
De retour à la Chartreuse, je donnai mes instructions
ànos professeurs. Et plus tard des Professeurs de Saint-
Brieuc, de Fougères, d'Angers etc. vinrent passer quel-
ques semaines, chez nous pour s'initier à notre nouvelle
méthode. Plusieurs de ces professeurs ont pu, ont dû de r
venir plus habiles que nous.
Ce ne fut pas sans peine que nous avons réussi plus
ou moins, et il vous serait difficile do soupçonner les
difficultés que nous avons eues à surmonter.
La presque totalité des écoles en France pratiquons
actuellement la méthode orale pure.
Je m'arrête en répétant la réflexion de M. Morio,
curé de votre Cathédrale, Monseigneur. Il disait il n'y a
que quelques jours à nos enfants :
« Vous parlez, mes enfants, non seulement avec vos
« maîtresses, mais encore entre vous, avec vos parents
« et avec les autres personnes, et aussi surtout avec
— 145 —
« Dieu comme font tous les chrétiens: vous pouvez prier
« Dieu verbalement. »
Mon Dieu, écoutez et exaucez les prières qui sortent
du cœur et de la bouche de nos enfants. Ainsi soit-il.
Is. Bouchet
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
Organ der Taubstummen-Anstalten.
Cette Revue porte à la tête du numéro 8 l'invitation à la
22 e conférence des instituteurs de sourds-muets badois et
wurtembergeois qui aura lieu le 16 et 17 Septembre à
Niirtingen, petite ville du Wurtemberg.
Voici l'ordre du jour de cette conférence :
Lundi 15 Septembre: 1° Réception des membres de la confé-
rence. 2° A 8 heures du soir conférence préparatoire. Mardi
16: 1° Réunion des membres à l'école normale. 2> Leçonsprati-
ques données par les intituteurs de l'établissement de sourds
muets de Nurtingen et critique de ces leçons, qui occupent
une place importante dans ces conférences. Chaque membre a
le droit de dire son opinion sur la manière d'enseigner. La
situation des instituteurs est parfois très-difficile, car ils sont
exposés à une critique très-sévère, mais ils apprennent à con-
naître par là les défauts de leur enseignement.
3° Gymnastique des élèves filles et garçons.
4° Le soir à 8 heures réunion des membres.
Mercredi 17. Conférences suivies de discussion. Ces confé-
rences seront faites par : M. Willareth, directeur à Gerlach-
heim (Bade) sur la surveillance des élèves dans de grandes
institutions ; M. l'inspecteur Streich-Bônnigheim (Wurtemberg)
l'enseignement du dessin dans les écoles de sourds-muets ;
M. Beck-Gmûnd (Wurtemberg), la gymnastique dans les éco-
les de sourds-muets; M. Hâfter-Mersbourg (Bade), choix de
métier pour les sourds-muets, M. Stein-Gerlachshein, quel-
— 146 —
ques idées sur les exercices de conversation, et M. Held-Nur-
tingen (Wurttemberg), l'importance du sentiment linguistique
chez le sonrd-muet et son développement.
M. Kull (Zurich) termine dan» ce numéro son long article :
l'école primaire et l'école de sourds-muets. C'est un travail qui
fait honneur à son auteur et qui prouve un savoir très-étendu
s'ir l'enseignement en général. — M. J. Kerner continue son
intéressant travail sur le nombre.
Blaetter fur Taubstummenbildung.
M. Prussing-Schneidemuhl publie dans le numéro 16 la
suite de son excellent article sur le livre de M. Heidsiek
(Breslau) " le sourd-muet et son langage ", livre qui a fait
tant de bruit à son apparition. L'article intitulé " le nouveau
prophète " et mentionné déjà à plusieurs reprises est le meil-
leur qui a été publié jusqu'à présent sur ce sujet et qui devrait
être traduit en français pour démontrer aux ennemis de la
méthode orale qui ont salué l'apparition de l'ouvrage de M.
Heidsiek avec tant d'enthousi&me à quel point ce travail est
illogique. M. Priissing mérite la gratitude de tous ceux qui
désirent le bonheur de nos pauvres sourds-muets. — Ce nu-
méro contient également la suite de l'article de M, Stolle
méthode pour l'enseignement de l'Histoire-sainte
C. Renz-Stuttgart
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution Nationale de Paris. — La distribution
des prix à l'Institution Nationale de Paris, offrait cette
année, un attrait tout particulier, elle devait être pré-
sidée nos lecteurs le savent par M. Jules Simon, rémi-
nent académicien, membre du Sénat. Aussi llassistance
était-elle plus nombreuse que de coutume et débordait-
elle de l'immense préau couvert artistement décoré pour
la circonstance.
Nous remarquons sur l'estuado aux côtés de M. Jules
Simon: M. M. Monod, Directeur de l'Assistance Publique
— 147 —
au Ministère de l'Intérieur, Marguerie, Président de la
Commission Consultative de l'Institution Nationale, le
Docteur Regnard, Inspecteur Général du Ministère de
l'Intérieur, de Saint-Sauveur, Chef de Bureau, Jacques
Diputè de la Seine, Deltour, Inspecteur Général de
l'Université, Martin, Directeur de y-Institution des Jeunes
aveugles et Delabarre, receveur de l'Institution natio-
nale, M. le Maire du cinquième arrondissement de Paris
Enile Grosselin, chef du service sténographique à
la Chambre des, Députés Félix Hément, Docteur Ladreit
lie Licharrière, Médecin en chef de l'Établissement
Chimpmas Profasseur honoraire: Le Directeur et le
Censeur entourés du personnel enseignant de l'Insti-
tution.
Dans le discours d'usage, M. Poinsot professeur traite
de la nécessité de fonder une ferme-asile agricole pour
l'enseignement des sourds-muets d'intelligence faible.
Des exercices sont ensuite exécutés par le3 élèves de
I e , 2 e , 3°, 5% 7 e , 8», année. Puis l'éminent académicien |tint
l'assistance sous le charme de sa parole. Nous reprodui-
sons cette allocution charmante qui a été prise par la
sténographie mais ce que nous ne pourons donner
c'est le geste de l'orateur, sa diction parfaite ses inton-
nations qui donnaient un charme spécial et tout parti-
culier à la causerie du spirituel écrivain.
La lecture du Palmarès parM. le Censeur termina cette
séance intéressante.
La rentrée des classes est fixée au Lundi 6 Octobre.
Institution Nationale de Chambéry. Filles. — Le
4 Août à 4 heures de l'après-midi a eu lieu dans la mai-
son du Sacré-Cœur la distribution des Prix des élèves
filles de l'Inslitution Nationale des sourds-muets de
Chambéry présidée par M. Baudard Directeur de l'Insti-
tution.
Les élèvesont exécuté un jeu géographique. La France
— 148 —
a paru la première; après s'être nommée, avoir fait l'é-
loge de sa situation physique, elle a salué l'Océan
Atlantique sa limite occidentale. La Méditerranée et la
Manche se sont présentées successivement de la même
manière, chacune occupant en scène sa véritable posi-
tion. La chaîne des Pyrénées d'abord, puis celle des
Alpes se sont avancées. Le dialogue entre la France e l
les Alpes a roulé sur la Savoie, surtout sur l'Institution
Nationale des sourds-muets de Chambéry acclamée par
la chaîne Alpestre.
La France ayant fini de saluer ses principales limites
a vu accourir à elle la Seine. Celle-ci a indiqué sa source
son embouchure, les départements qu'elle traverse. A
mesure que la Seine nommait ses affluents de petites
sourdes-parlantes venaient se placer à droite et à gau-
che du fleuve ; l'appel achevé fleuve et affluents out pris
leur course et se sont précipités dans la Manche.
La Loire, la Garonne et le Rhône ont dialogué à leur
tour avec la France et exécuté les mêmes évolutions
que la Seine. Alors la France a remercié ses mers, ses
monts et ses fleuves de leurs nombreux bienfaits. Tous
ensemble se sont écriés : Vive la France, vive la Savoie,
Après la proclamation des prix une jeune sourde-
muette a remercié M. le Directeur et toute l'Assistance.
M. le Directeur a répondu qu'il était heureux de pro-
fiter de cette occasion pour exprimer sa reconnaissance
et celle de M. le Ministre et des familles. Il a félicité les
maîtresses dévouées de ces jeunes enfants des résultats
obtenus.
L.impiimeur-Gérant. Eug. BELANGER Rue St-jacqus» 125, Pans
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6 m e année. N« 7 Octobre 1890.
EPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France
OCTOBRE
1. 1879. A la suite d'une mission accomplie à l'étran-
ger par M M. Claveau, inspecteur général*
des établissements de bienfaisance et Th.
Denis, sous-chef à l'administration centrale,
le Ministre de l'intérieur décide que la mé-
thode orale pure, dont le Congrès de Milan
de 1880devaitproclamer solennellement l'ex-
cellence, serait exclusivement appliquée
dans les institutions nationales de foiucls-
muets. Cette décision reçoit son exécution
dans l'institution Nation 1 " des sourdes-muettes
de Bordeaux à partir de l'année scolaire
1879, date véritable de l'importante réforme
introduite officiellement dans l'enseignement
des sourds-muets en France.
i 1831 . Par son testament en date de ce jour, le L r
Itard lègue a l'Institution des sourds-muets
de Paris, 8000 francs de rente perpétuelle,
pour y fonder une classe d'instruction com-
plémentaire et six bourses triennales pour
des élèves qui ont atteint le terme ordinaire
des études.
G. 1855. J. J. Valade Gabcl est rcnmé processeur à
l'Institution des sourds-muets de Paris.
14. 1831. M.Eugène Boulyj administrateur de l'hos-
pice de Cambrai, fait entrer à l'institution
des sourds-muets de Paris le jeune Guille-
mont dit Benjamin, sourd-muet abandonné
— 150 —
dont il avait commencé l'instruction avec
beaucoup de succès. Benjamin devint un
professeur particulièrement apprécié de M.
Claudius Forestier dont il est resté le fidèle
collaborateur à l'Institution de Lyon.
16. 1861. Décret confirmant à l'établissement des
sourds-muets de Chambèry le titre d'insti-
tution Impériale.
22. 1827. Fondation sous la direction de l'abbé Borel,
de la Conférence des professeurs de l'Insti-
tution des sourds-muets de Paris.
23. 1826. L'Académie Royale des Scienes adopte les
conclusions d'un rapport qui lui est présenté
sur un Mémoire du Docteur Deleau intitulé
« Notice sur des sourds-muets qui ont re-
couvré 1'oiiie, et quelques considérations sur
les moyens d'être utile à ces infortunés.» Le
rapporteur demandait qu'on appliquât aux
expériences de M. Deleau une partie des fonds
du legs Montyon
25. 17i5. J. R. Péreire qui, se trouvant a la Rochelle
y avait commencé l'instruction d'un jeune
sourd-muet nommé Aaron Beaumarin, fait
constater daus une séance publique les pre-
miers résultats obtenus par sa méthode.
(Lettre de M. Dupaty, membre de l'Acadé-
mie de La Rochelle.)
26. 1 750. Le duc de Chaulnes confie à J. R. Péreire
l'éducation de son filleul Sabourenx de
Fontenay, sourd-muet âgé de 13 ans.
31. 1779. Premier entretien de J. R. Péreire avec
Pierre Desloges qui, dans ses «Observations
d'un sourd-et-muet sur un cours élémentaire
d'éducation des sourds.et-muets», avait vive-
ment défendu la méthode de l'Abbé de l'Èpée
contre l'abbé Deschamps,
(d suivre)
- 151 —
DISCOURS
PRONONCÉ PAR M. JULES SIMON
à la Distribution des prix de l'Institution Nationale
de Paris
Mesdames et Messieurs,
A présent que M. Javal vous a présenté ses élèves, il
vous présente un peu son Président.
Je viens d'apprendre ici tout ce que je sais sur l'Ecole
des Soards-Muets et j'ai bien peur, en vous en parlant
à mon tour, de commettre quelques solécismes : je pense
que M. Javal me remettra dans la bonne voie si j<i me
trompe.
A l'époque où mon attention a été appelée pour la
première fois sur les sourds-muets, — c'est déjà bien
lointain et, s'il n'y a pas un demi-siècle, il ne s'en faut
guère. Votre Directeur était alors M. Delanneau, qui a
été maire du V e arrondissement et directeur du Collège
Sainte-Barbe, — à cette époque, dis-je, il n'était pas
question de faire parler lessourds^-muets: on remplaçait
la pai'ole par des signes. J'ai assisté une fois à une dis-
tribution des prix, on fit venir devant nous des élèves
qui, à l'aide de signes, pouvaient communiquer entre
eux et avec leurs maîtres. On nous dit à la fin des exer-
cices, qu'on allait nous faire voir une curiosité: Nous
avons réussi, à force de peine, à faire prononcer par
quelques-uns de nos enfants les mots d'une fable, et vous
allez entendre l'un d'eux réciter Le Corbeau et le Renard.
Nous entendîmes, en effet, un sourd-muet réciter cette
fable de Lafontaine, » Je demandai à mon voisin si cet
enfant savait ce qu'il disait, il me répondit : « Pas du
tout. C'est un art singulier d'avoir réussi à le faire ainsi
parler de manière à ce que les autres puissent le com-
— '152 —
prendre ; quant à lui, il ne sait pas de quoi il est
question. »
Je traitai assez durement cet exercice, parce jen'aim«
£11 aucune matière ce qu'on appelle les tours de force
Mais, entre umtour de force et ce que nous venons de
voir aujourd'hui, il y a un abîme ! LTenfant que l'on
nous avait présenté ne savait ce qu'il disait, tandis que
vous venez de nous montrer des sourds-muets qui
comprennent leurs maîtres et des muets qui nous
parlent.
C'est une transformation complète delà méthode et on
peut affirmer que si l'abbé de l'Epée avait pu assister
à -ces exercices, lui qui une première fois a sauyé les
sonrds-muets, il proclamerait bien haut, que ses succes-
seurs les ont sauvés une seconde fois.
La méthode que vous employez — c'est ici que j'ai
peur de me tromper — a beau être un trait de génie,
elle est d'une telle simplicité qu'on s'étonne qu'on n'ait
pas commencé par là. Mais pourquoi s'en étonnerait on?
Jamais on ne commence par ce qui est simple :
c'est toujours par des complications que l'on
débute et 'ce n'est "qu'à force de tâtonnements qu'on
arrive à trouver ce qu'on avait, dès les premiers essais
sous la main.
Je me rappelle ce que. m'a raconté un jour mon ami
M. Schœlcher. Quand il a été obligé de s'installer en
Angleterre, il ne savait pas l'anglais. Or, un homme
qui ignore la langue du pays qu'il habite est un peu
dan? la situation d'un sourd-muet. Que fit-il ?
Je parie bien que si vous aviez été à sa place, vous
auriez appelé tout simplement un professeur d'anglais,
acheté une grammaire et probablement un guide de la
conversation ; vous vous seriez enfermé trois heures
par jour avec votre guide, votre grammaire et votre
professeur et, au bout de six mois, vous auriez pu vous
exprimer assez couramment pour faire dire à un cocher
à qui vous auriez donné votre adresse : « Tiens ! voilà
un Français ! »
— 153 —
Ce n'est pa3 ainsi que procéda Schœlcher,
Il alla demeurer dans une famille anglaise qui habitait
la campagne et où personne ne parlait français; comme,
il fallait qu'il comprit ce qu'on lui disait et que les
autres le comprissent à leur tour, il a lu sur les lèvres
comma l'ont fait tout-à-1'heure vos enfants, et, à force
d'essayer , il a trouvé très rapidement le mécanisme de
la langue et a pu se moquer de ceux qui n'avaient suivi
que les cours des universités et le3 leçons d'un profes-
seur, Ceux-là le battaient par la théorie; mais que faire
de la théorie d'une langue qu'on ne sait ni parler, ni
comprendre ? La méthode de Schœlcher, Messieurs,
c'est tout simplement la vôire.
Vous mettez vos muets au milieu des gens qui parlent
et vos sourds au milieu des gens qui entendent. Vos
professeurs ne sont pas les vrais maîtres 4e ces infor-
tunés, c'est la nature qui leur enseigne à parler et qui
répare ainsi sa première faute, — avec votre concours
cependant, — Je ne sais pas si, toute seule, elle s'en
tirerait bien
Jusqu'au moment où on a commencé à s'occuper de
l'éducation des sourds-muets, je ne crois pas qu'il y eût
sur terre des créatures plus déshérités.
Si le sourd-muet était pauvre que pouvait faire ce
malheureux hors d'état d'entendre et de parler? 11 était
fatalement condamné à la mendicité
Etait-il riche au contraire? Vous allez me dire qu'il était
heureux d'être riche. Oui. si vous voulez : il était plus,
heureux que l'autre, mais il n'en était pas moins condam-
né à un des plus grands supplices que les plus cruels en-
nemis de la liberté et de l'humanité aient jamais inven-
tés, il était condamné à l'inaction perpétuelle. Si vous
voulez vous représenter cet être qui ne pensait pas. qui
n'agissait pas, dans l'esprit duquel ne passaient même
pas des fantô:nes, vous avez devant vous Tidéal de la mi-
sère humaine.
11 faut quelquefois penser a celâmes enfants et vous
maîtres, pensez-y aussi; enfants pour vous féliciter d'à-
— 151 —
voir de tels maîtres: maîtres pour . vous féliciter
de la carrière que vous avez prise. Vous avez
réellement tiré une seconde fois de l'abîme ces in-
fortuné?, comme je le disais tout à l'heure, si l'Abbé de
l'Epée les en a tirés une première fois; c'estàvous qu'ils
devront de pouvoir entrer complètement dans la com-
munion humaine.
Je vois que vous apprenez aux enfants, si j'oubliais
quelque chose, vous me le pardonnerez, je vois, dis-je,
que vous leur apprenez à lire, à travailler et à parler.
La lecture, nécessairement prend une très-grande
place dans votre enseignement. Comme vous l'avez si
bien indiqué, il faut distinguer deux choses : le méca-
nisme de la lecture et la lecture proprement dite. Quand
un sourd-mnet a appris le mécanisme de la lecture, et
qu'on met entre ses mains un livre, il n'est pas en pré-
sence de ce livre, dans la même situation que les autres
enfants de son âge.
Sans doute à un enfant de dix ans, je suppose, on lui
donne unlivreen rapport avec son âge et on se garde bien
de lui faire lire un traité de philosophie ou une disser-
tation sur les ennemis de Racine. (Monsieur Jules Simon
se tourne en souriant vers M,Deltour, inspecteur- gé-
néral, qui a fait un excellent ouvrage sur les «.Enne-
mis de Racine)Noi\, vous lui choisissez un sujet qui soit
à la portée de son intelligence. Mais, Messieurs et vous
surtout, mesdames, vous savez quel immense travail
accomplit un enfant dans les premières années de sa
vie ! Qnand on est arrivé, comme quelques-uns d'entre
nous à l'extrémité de la vieillesse, on a un grand amas
de connaissance que l'on a acquises au prix d'un péni-
ble labeur; mais si on regarde tout cela, en se plaçant
au point de vue philosophique, on reconnaît que dansla
période qui va d'un jour à dix ans, on a appris infini-
ment plus de choses, fait infiniment plus de choses, fait
infiniment plus de progrès, déployé infiniment plus de
talent et d'énergie que dans les âges suivants. Interro-
gez un enfant de dix ans sur ce qu'il sait déjà et vous
- 155 —
verrez à quel point cela est considérable comme quan-
tité et admirable comme énergie et comme bon sens. Et
qui a fait ce miracle? La mère et la nature.
Pendantcesdix années, la nature donne à l'enfant unp
facilité immense et une crédulité extrême sans laquelle
il resterait toujours un enfant.
Quand au sourd-muet arrivé à l'âge de dix ans, il ne
sait rien encore, tout ce travail intellectuel, il ne l'a
pas fait. La nature lui a fait défaut et par conséquent
l'éducation maternelle. Si on lui présente un livre, il ne
ne sait pas ce qu'on lui veut. La plupart des mots repré-
sentent des idées qui ne sont jamais entrées dans son es-
prit. Ilfautqu'âcetàge, ilcommencele même travail qu'il
aurait dû faire depuis sa naissance ; il a donc une lacune
formidable à combler. Aussi j'admire vraiment qu'au
bout de trois ou quatre années vous puissiez déjà tirer
d'eux des explications qui dénotent un ensemble d'idées
et de connaissanoes dues évidemment à votre précieux
concours. Avant qu'ils soient capables de comprendre un
livre avec la même facilité que leurs camarades du
même, il dtfit s'écouler beaucoup d'années, mais je suis
convaincu que le moment doit venir où le sourd-muet
que vous aurez instruit sera en état de comprendre le
livre et de profiter de la leçon des siècles. Outre la lec-
ture, vous avez aussi l'enseignement professionnel. Je suis
très au courant de cette question, parce que j'ai parcou-
ru les programmes de l'année dernière et de l'année
précédente. Je serais d'ailleurs très tranquille sur la
bonne organisation de cet enseignement, en me souve-
nant que c'est mon vieux camarade Corbon qui y a pré-
sidé. Je suis bien fâché de ne pas le voir ici, j'aurais été
três-heureux de féliciter publiquement ce vétéran du
bien qui, depuis 50 ans que je le connais, s'est occupé
un peu de politique, — je le reconnais; mais laissons la
politique de côté — et énormément, et constamment
d'humanité.
Vous avez donc établi avec lui un certain nombre
— 150 —
cTateliers. J'en ai parcouru la nomenclature et j'y ai
va d'abord la lithographie.
Vous savez probablement que la lithographie est en
ce moment en décadenee, qu'elle est en défaveur, ce
qui afflige particulièrement deux de mes amis, ,Jean
Gigoux, l'auteur de La mort du Titien que vous avez
admirée dans le salon d'honneur de l'Exposition univer-
selle, et Français, qui vient d'être nommé membre de
l'Institut. Ils sont venus me dire : « La lithographie, cet
art si charmant et si français, s'en va, aidez-nous à le
sauver. » Sur mes instances, l'Administration des Beaux-
Arts a bien voulu les autoriser a faire dans la salle
Melpomène une exposition de lithographie qui s'ouvrira
probablement en janvier prochain. J'espère bien que
l'Institution des Sourds-Muets y p-endra part. Si je
connaissais votre professeur de lithographie, je le sup-
plierais de préparer ses élèves en vue de cette exposi-
tion qui vous rapportera honneur et profit.
Je n'ai rien à dire de la Typographie sur laquelle il
fauirque je pas?e. Je trouve que vos élèves qui oat des
idées justes sur beaucoup de points, en ont d'erronée?
en ce qui concerne cet art. Ils ont bien pu dire ce que
c'est qu'un écrivain, mais quand vous leur avez demandé
de nommer un grand écrivain, ils ont, permettez-moi
de le dire, battu la breloque.
Vous avez fait une place au jardinage. Je vois l'école
d'horticulture vis-à-vis de nous, elle est admirable,
Elle ramène ma pensée à mon collègue M. Poinsot, qui
nous a fait tout à l'heure un si excellent discours. Il
vous a parlé des arriérés » Pourquoi dit-il, les laisser
avec les autres ? ils attardent les élèves plus intelli-
gente, et ils souffrent eux-mêmes en se comparant,»
M. Poinsot voudrait les élever à pai^t et leur donner des
occupations plus conformes à l'état de leur esprit, il
demande pour eux une ferme. En attendant qu'on nous
la donne: je me contenterais du jardin. Sans doute un
jardin n'est pas la même chose qu'une ferme: il y a
entre eux la même différence qu'entre un ourlet et une
— 157 —
broderie. L'un est un travail nécessaire, tandis que
l'autre n'est qu'un ouvrage de luxe, mais que ce soit
un ourlet ou une broderie, c'est toujours le même outil
que l'on a au bout des doigts. De même, soyez jardinier-
fleuriste ou simple garçon de charrue. C'est toujours la
bêche, la herse ou le râteau, C'est le service de la terre
ici dans sa richesse, et là dans son élégance. Cette idée
de séparer les arriérés des autres enfants est heureuse,
cela voudrait mieux pour leur amour-propre et pour
leur éducation; tâchons d'obtenir cette sélection entre
les élèves capables et ceux qui ne le sont qu'à moitié.
Ce n'est pas seulement pour des arriérés, c'est pour
tous les hommes que la culture de la terre est quelque
chose de séduisant et de puissant. Je ne sais si vous avez
l'habitude quand vous allez à la campagne, de causer
avec les paysans. A.h ! il y en a qui ne valent pas grand
chose au point de vue intellectuel; mais si vous rencon-
trez un vieux paysan très-honnête et très sensé, qui ait
passé sa vie dans les champs, vous aurez beau être des
philosophes et des lettrés, il vous donnera des leçons
que vous n'oublierez plus.
C'est une bonne école, en effet, que l'école de la, terre:
c'est l'école du soleil, c'est l'école de Dieu !
Aux champs, en présence de la nature, la civilisation
n'apparaît qu'à sa place, c'est-à-dire comme un modeste
et simple auxiliaire. Faites-donc une large part au jar-
dinage dans l'école, et ayez si vous le pouvez, une ferme
au dehors, pour les arriérés. Qui sait, si après avoir vécu
avec la bonne nature et dans l'intimité de leurs bêtes,
ils ne vous donneront pas la joie de constater que leur
esprit s'est ouvert? Cette école-là, Messieurs, est l'école
des simples ; ils la comprennent, ils l'aiment et ils en
profitent.
Un mot maintenant de la parole, qui est votre prin-
cipal enseignement.
Je crois réellement que vos élèves ne sont entrés en
communion complète avec nous que depuis que vous
leur avez appris à s'exprimer au moyen de la voix.
— 158 —
Il n'est pas toujours possible de trouver quelqu'un qui
sache la mimique et on ne peut toujours écrire pour
rendre sa pensée. M. Deltotir, votre professeur de philo-
sophie, doit vous avoir appris que la mimique et l'écri-
ture sont des procédés analytiques. Mais nous ne pou-
vons pas sans cesse analyser; la vie se compose de
quelques idées et d'infiniment de passions. Vous arri-
verez bien à exprimer les idées par des signes écrits,
mais vous ne pourrez jamais rendre la passion par ce
procédé, c'est dans notre cœur que se trouve le foyer
delapassion : c'est de là qu'elle sort, spontanée et puis-
sante, avec grâce ou avec éclat, suivant que la nature
la pousse.
Eh bien, depuis que vous faites parler les muets,
grâce à vos nouvelles méthodes, nous pouvons «répéter
ce que disait M. Léon Bourgeois, il y a trois ans : Les
sourds entendent, les muets parlent, le crime de la
nature qui les a abandonnés au moment de leur nais-
sauce, est réparé par le cœur et l'intelligence des
hommes.
Grâce à vous. Messieurs, nous sommes tous assis à la
même table.
Vous savez, mes enfanis, que nous sommes ici pour
vous distribuer des récompenses ; je suis persuadé que
si on laissait votre volonté s'exprimer, vous diriez
comme moi que c'est surtout à vos maîtres qu'elles sont
dues.
Mais soit que ces récompenses viennent d'eux pour
vous, soit qu'elles viennent de vous pour eux, elles sont
reçues de part et d'autre avec le même plaisir et la
même reconnaissance.
— 159 —
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, avec l 'autorisation de l'auteur,
par O. Claveau (suite) (1)
Des consonnes P. B. M. {suite)
Pour prononcer le B, il faut fermer les lèvres com-
me pour le P, mais avec moins de force. Ce léger relâ-
chement laisse pénétrer entre les parois internes des
lèvres et les dents une petite quantité de l'air qui se
trouve renfermé dans la bouche venant des poumons.
Le voile du palais moins tendu permet aussi à une mi-
nime quantité d'air de passer par le nez. De ces deux
circonstances résulte l'espèce de murmure qui précède
et accompagne l'ouverture de la bouche et constitue la
nature ou caractéristique de la consonne B. Si l'on por-
te la main devant la bouche, on constate facilement que
l'intensité de l'explosion est moins forte que dans l'arti-
culation de la consonne P et, si l'on approche la main
des lèvres, on perçoit une certaine vibration qui ne se
produit pas pour la consonne P.
Quand on enseigne au sourd-muet à prononcer le B,
on pourra se servir à peu près du même procédé que
nous avons indiqué pour le P, en prenant cette derniè-
re consonne pour point de départ et on s'appliquant à
faire sentir à l'élève la différence qui existe entre les
deux articulations. C'est au tact et à la vue qu'on aura
recourt. Approchons de nos lèvres la main de l'enfant
pendant que nous répéterons alternativement et sans
(I) Voir laHevue Française du moisdeJuiu I8y0 et mois suivants.
— 160 —
nous presser^, ba, pa,ba. L'élève ne tardera pas à
s'apercevoir que pendant que nous prononçons ba, il se
produit une vibration légère, mais facilement percepti-
ble ce qui n'arrive pas pour le P.Nom tâcheron* d'obtet-
nir qu'il reproduise lui-même le phénomène qu'il aura
remarqué. L'œil s'aidera du petit mouvement que les
lèvres exécutent en se portant en avant et de la manière
moins brusque dont elles s'ouvrent. Là encore, après
avoir obtenu de l'élève l'articulation ba, nous lui ferons
joindre successivement le nouvel élément consonne à
toutes les autres voyellesnaturellement et avec précision
Nous veillerons à ce qu'il ne contracte point le défaut de
la voix nasale, ni celui de gonfler les joues comme pour
sonner de la trompette et nous nous garderons bien d'al-
ler plus avant tant que l'on n'aura pas obtenu une
articulation franche et aisée des syllabes composées
avec le B.
Pour articuler l'A/" il faut aussi fermer les lèvres mais
avec moins d'énergie que pour les consonnes P et B
Aussi quand elles s'ouvrent n'en résulte-t-il aucune es-
pèce d'explosion. Le manque de tension et d'explosion
des lèvres qui ne s'écartent point des dents quand on pro-
nonce ï'm, toutes choses qui proviennent de la légèreté
d'impulsion de l'air en avant, permettent au souffle de
sortir par la route des fosses nasales en y produisant ce
murmure qu'on entend se répercuter dans le pharynx
avant que le lèvres ne s'ouvrent. Si nous portons la mai»
aux lèvres, aux narines ou à la gorge, nous percevons
un léger tremblement, effet de la cause que nous avons
indiquée.
On ne trouvera pas de grands obstacles pour passer
de B à l'A/. Ledétai) le plus caractéristique à faire saisir
par l'élève est cette espèce de vibration que l'on peut
apprécier, avons-nous dit, aux narines, sur les lèvres,
(sur la lèvre inférieure notamment) et à la gorge. Le
maître fera porter la main de l'élève sur ces points et,
après un certain nombre d'essais conduits avec soin, on
arrivera à faire percevoir et apprécier ce phénomène
— 161 —
pir l'enfant, à le lui faire imiter. On lui fera remarquer
aussi le manque d'explosion, la tension très légère des
lèvres quand elles se ferment ou quand elles s'ouvrent.
Dès que l'enfant se sera rendu compte de tout ceci e1
saura articuler avec facilité et naturel ce nouvel élé-
mant, il faudra l'habituer, suivant la règle générale, à
le joindre à toutes les autres voyelles en veillant à ce
qu'il prononce en voix de poitrine toutes les syllabes
qui résultent de ces combinaisons, à ce que la résonan-
ce des fosses nasales ne s'exagère pas, inconvénient qui,
faute d'une attention toute spéciale, pourrait se produi.
re avec la dernière facilité. Des combinaisons ma, mo
mou, etc. On passera aux inverses am, om, oum, etc t
Sans négliger de soumettre l'élève à des exercices
courts mais très fréquemment répétés, portant sur
toutes les combinaisons apprises jusqu'ici. C'est le mo-
yen de rendre l'articulation plus sûre, plus correcte,
plus ferme et, en même temps, de développer de plus en
pluslespoumons.de donner plus d'agilité aux parties de
l'organe vocal, d'affiner constamment l'éducation de l'œil
appelé à reconnaître sur les lèvres du professeur et àdistin-
guer les unes des iiutres les diverses combinaisons.
Quand on se sera bien assuré quelesenfantsprononcent
ce groupe de combinaisons à voix claire et distincte et
qi'ils arrivent à les réaliser avec promptitude et sans
hésitation, en quelque manière et sous quelque forme
qu'elles se présentent, on pourra sans aucune appré-
haasion et avec légitimo espoir de réussite, passer à
l'enseignement d'un autre groupe.
Des consoanes F et V
Le groupe le plus aisé à enseigner tout de suite après
les trois premières labiales p, b, m, me paraît être celui
que constituent VF et le V. Ces consonnes diffèrent bien
peu des précédentes. Dans l'articulation des premières,
— 162 —
la sortie de l'air s'échappant de le bouche est, comme
nous l'avons vu, entièrement réglée par les lèvres. Dans
l'articulation des secondes, elle est réglée tout à la fois
par les lèvres et par les dents. C'est pourquoi l'on nom-
me ces consonnes labio-dcntales. 11 n'est pas inutile de
faire remarquer que l'on désigne VF sous le nom de
labiale soufflante, le F sous la dénominatiou de murmu-
rante orale, ces appellations servant à faire mieux res-
sortir leur nature et la différence qui les distingue.
On articule VF en appuyant légèrement la lèvre infé-
rieure contre les dents incisives supérieures, mais en
disposant ces parties de l'organe vocal de telle sorte
qu'une petite portion de l'air s*échappant des poumons
par la bouche s'ouvre un chemin entre la lèvre et les
dents supérieures sans pouvoir toutefois pénétrer entre
la lèvre et les dents inférieures. Au moment où la bou-
che s'ouvre pour déterminer la formation de ce son,
l'air sort brusquement et, en portant la main devant la
bouche on en percevra très aisément l'impression.
On arrive très facilement à enseigner cette consonne.
Pour obtenir que l'élève nous imite, il suffit d'ordinaire
de faire observer à quelques reprises sur nous-mêmes
la position que prennent les lèvres en faisant tenir une
des mains de l'enfant devant notre bouche, de manière
à ce qu'il sente le choc de l'air qui sort pendant que
nous répétons plusieurs fois l'articulation; Aussitôt que
l'enfant aura saisi le mécanisme très simple qui forme
cette consonne, nous la lui ferons joindre comme d'ha-
bitude à toutes les voyelles.
L'articulation du F se forme à très peu de chose près
comme celle de VF. Toute la différence qui existe entre
ces deux consonnes consiste dans la position de la lèvre
inférieure par rapport aux dents. Tandis que pour VF
la lèvre tend à se porter en avant, en laissant, comme
nous l'avons dit, un petit passage à l'air, elle se replie
en dedans pour le V comme pour fermer toute issue au
souffle. L'adhérence plus grande contre les den<s fait
que le courant d'air de la respiration se brise plus for-
— 163 —
tement qu'il ne le fait dans l'articulation de 1'^ et produit
entre les lèvres et les dents un fort bourdonnement que
l'on perçoit aisément par le tact et qui est précisément
le caractéristique du V.
Pour amener l'élève à passer de VF au V, il suffira
d-e lui faire remarquer la différence dans la dis-
position à donner aux. lèvres relativement aux dents
et de lui faire contracter par le moyen du tact le bour-
donnement, la vibration qui se produit entre la lèvre
inférieure et les dents aussi bien avant l'articulation
que pendant l'articulation. On veillera à ce que l'enfant
s'habitue à fermer entièrement le passage à l'air en ap-
prochant bien la lèvre inférieure des dents supérieures
sans pourtant la trop replier comme s'il voulait la mor-
dre ; car, si la lèvre se trouvait, soit trop relâchée, soit
portée en dedans d'une manière exagérée, le timbre de
la consonne s'altérerait peu à peu, arriverait à prendre
une résonance nasale etdeviendrait tout-à-fait indistinct.
De la consonne T
Quand la prononciation des labiales et dès labio-den-
tales sera bien assurée et réalisée promptement par
l'élève, on pourra passera l'enseignement d'autres arti-
culations en se servaut toujours de ce qui a été appris
comme de trait d'union pour passer à ce qu'on doit ap-
prendre. Si nous portons maintenant quelque attention
sur le groupe des linguo-palatales dont l'articulation est
la plus rapprochée des labiales, à savoir : T, D, N, L, F,
L, G, nous remarquerons bien vite l'étroite analogie qui
existe entre les consonnes P et T. Ces consonnes sont tou-
tes deux des explosives et la différence qui existe entre
elles consiste en ce que, pour la consonne P, l'explosion
est déterminée par les lèvres tandis que pour le T, elle
est produitepar la langue qui se détache brusquement
du palais.
— 164 —
Lorsqu'on arrivera à enseigner cette dernière con-
sonne, on fera remarquer à l'élève le phénomène que
nous venons d'indiquer en lui faisant tenir la main de-
vant la bouche du maître pendant que l'on articule. Il
faudra aussi lui faire comprendre comment l'air qui,
pour la consonne P, est arrêté par les lèvres, se trouve
ici intercepté par la langue qui va s'engager contre le
palais juste à la ligne d'intersection de la' rangée des
dents et de la voûte du palais. L'introduction du doigt
de l'enfant entre l'extrémité inférieure de la langue et
le palais pendant que le maître articule servira aussi
pour rendre l'élève adroit à imiter convenablement. On
pourra encore obtenir le T en faisant mettre la langue
et l'organe vocal de l'élève dens la position voulue et en
l'invitant à prononcer PA, sans lui laisser f( rmer les
lèvres.
De la consonne D
On pourra après le T enseigner tout de suite le D con-
sonne semi explosive qui ne diffère de la précédeate que
par le mode et le lieu d'explosion, Dans l'articulation du
T le phénomène se produit comme on l'a fait remarquer
déjà entre la pointe de la langue et la ligne d'intersec-
tion de la rangée des dents avec la voûte du palais et
de plus avec beaucoup d'énergie. Dans l'articulation du
D au contraire l'explosion se produit entre 1»- dos de
l'extrémité de la langue et la partie antérieure de la voû.
te du palais, d'une manière plus légère et moins brus-
que, elle s'accompague en outre d'un certain bruit ou
murmure engendré par la répercussion de l'air qui est
repoussé du palais vers le pharynx. Cette dernière cir-
constance établit aussi un certain rapport entre le D et
le B, l'articulation des deux consonnes présentant ce mê-
me phénomène qui dérive de l'abaissement du voile du
palais d'où résulte la sortie d'une petite quantité d'air
— 165 -
par les fosses nasales dans l'acte qui précède et accom-
pagne la formation des deux sons.
Pour enseigner le Z>, il suffit de faire apprécier par
l'enfant en quoi cette consonne diffère du T et le phéno-
mène qui la rapproche du B. A cette fin, nous lui ferons
remarquer, outre les différences ci-dessus exposées
conmontla langue qui, dan? le T exécute un certain
mouvement de poussée en avant, ne fait pas ce
mouvemant pour le D et se détache du palais de haut
en bas d'une façon douce et très légère.
Pour la résonance et le murmure de cette articula-
tion, nous nous aiderons du B et, pour le mouvement,
nous nous aiderons du T sous le bénéfice des différences
déjà indiquées.
De la consonne N
La lingno-palatale N est dite murmurante-nasale par-
ce que le murmure qui la précède provient des fosses
nasales.
Ce murmure, cette résonauce se fait sentir plus éner-
giquemant dans l'articulation de l'JV que dans celle do
toute autre consonne et provient de ce que la partie an-
térieure de la langue, s'appliquant avec force contre la
voûte du palais empêche l'air de se propager dans la
partie antérieure de la bouche, d'en sortir et l'oblige à
retournsr en arrière pour prendre le chemin des fosses
nasales. Lo brait qui se produit alors dans cette cavité
est semblable à celui qu'on a remarqué pour Y M, sauf
qu'il est plus intense. La position que prend la langue
est la nêirie que pour le D, à savoir que la face dorsale
de la langue se rapproche, dans sa partie antérieure et
non à la pointe de la voûte du palais et empêche entiè-
rement la sortie de l'air par la bouché. II y a, pour l'ar-
ticulation de l'JV, obligation absolue d'appuyer contre le
palais la face dorsale de la langue et non la pointe. Au-
trement l'on ne réussirait pas à obtenir la résonance
nasale qui est nécessaire ; ce serait prendre une fausse
- 166 —
route; l'articulation s'abaisserait très vite et se perdrait
même tout à fait. La formation de TjV ne comporte au-
cune explosion.
Arrivant à la pratique, il faudra faire comprendre à
l'enfant qu'il doit placer la langue comme pour le D et
nous nous servirons pour cela de la vue et du tact. Pour
la résonance nasale qui est requise nous mettrons à
profit l'articulation de Y M en recourant au tact pour fai-
re percevoir cette résonance. On fera remarquer aussi
le manque absolu d'explosion, la manière dont la langue
se détache du palais et la position molle que prennent
les lèvres, Dàsque le maître s'apercevra que l'élève s'est
rendu compte jusqu'à un certain point delà marche à
suivre, il devra se proposer comme modèle à l'eufant et
ne point s'impatienter si celui-ci ne réussit pas du pre-
mier coup, si l'on est obligé de recommencer souvent
l'essai. Du moment où l'on verra que l'élève obtient
quelque petit succès, on l'encouragera et peu à peu on
l'amènera à prononcer la consonne avec grâce et natu-
rel. Comme d'habitude, on lui fera joindre cette conson-
ne à toutes les voyelles, en mettant la voyelle tantôt
après, tantôt avant. Quand on aura obtenu aiusi les syl-
labes na, no, non, ne, ni, et an, on, oun, en, in, (1)
on exercera convenablement l'élève tant à les pronon-
cer qu'à les lire vivement sur les lèvres d'un interlocu-
teur. Toutes les fois que le professeur aura obtenu une
nouvelle articulation ou sera occupé à l'enseigner, on
n'omettra point de retourner en arrière pour amélio-
rer ce qui a déjà été appris et pour empêcher que l'é-
lève ne l'oublie.
Du C (K qu) et du G (dur;
Le second groupe des linguo-palatales est formé par
le C et le G durs. Nous ferons remarquer avant tout
(1) Il va sans le dire que, dans ces dernières combinaisons, I'n
venant après la voyelle n'est pas un siçne pratique de nasalisation,
mais quo ces syllabes devront reproduire le son que l'on trouve dans
les mots français ane, cabane, AUNE, BONNE, laine, chêne, fine,
(Note du traducteur)
— 167 —
qu'on désigne ces consonnes sous le nom de linguo-pa-
latales postérieures pour indiquer qu'elles se forment
dans la partie postérieure de la bouche et précisément
dans la partie voisine de la base de la langue, Pour l'ar-
ticulation des consonnes du groupe précédent, c'est
comme nous l'avons vu, la pointe et la face dorsale de
la langue dans sa partie antérieure, qui s'appuient con-
tre le palais. Dans le cas présent au contraire, c'est
la base de la langue ou la partie qui en est voisine qui
remplit ce rôle.
Le C (A) ressemble beaucoup au T au point de vue de
la poussée en avant donnée à l'air et jusqu'à un certain
degré au point de vue de la position à laire prendre^ à
la langue. La partie postérieure de cet organe se rap-
proche d'abord avec une grande énergie de la voûte du
palais, puis, au moment de la phonation, sV.n écarte
brusquement déterminant ainsi une véritable explosion
comme pour les consonues P et T, avec cette seule dif-
férence que dans la première (P) ce phénomène est
déterminé par les lèvres, dans le T par l'extrémité de
la langue se détachant du palais, tandis que, dans le C
(K), l'explosion se fait entre le palais et la partie posté-
rieure de la langue.
Pour faire comprendre au commençant le mouvement
propre à l'articulation du K, nous nous servirons du
tact en portant l'une des mains de l'enfant sous notre
menton. Il ne tardera pas à s'apercevoir des mouve-
msnts successifs d'élévation et d'abaissement de la par-
tie comprise entre le menton et le gosier pendant le
temps que nous mettons â prononcer cette consonne.
Nous nous servirons aussi de la vue en invitant l'enfant
â regarder dans l'intérieur de notre bouche pendant
que nous exécutons le mouvement, â voir quelle position
prend la langue afin de parvenir à faire de même à son
tour. On pourra lui donner aussi une aide très utile en
lui faisant mettre un doigt entre la langue et le palais
du professeur. Si l'emploi de ces moyens n'amène pas
encore le succès, on invitera l'élève à prononcer le T,
— 168 —
et. en même temps, avec le doigt ou autrement on abais-
sera et on refoulera nu peu en arrière la pointe de la
langue. En usant de cet expédient, on obliendra quatre-
vingt dix neuf fois sur cent l'articulation demandée.
Lorsqu'on sera arrivé à ce but, il ne faudra pas manquer
d'assurer convenablement le résultat acquis avant de
passer à l'articulation d'autres consonnes.
Le mécanisme qui convient à la formation du G dur
est à peu près le même que celui du K, seulement la
résonance, le mouvement propre au G, ont lieu pour
cette consonne un peu plus en arriére et avec une éner-
gie plus grande. Eu outre, la base de la langue, dans le
mouvement qu'elle exécute pour se détacher' du palais
en articulant le G, tend à s'élargir au lieu de se porter
légéremeut en avant comme pour le K. Enfin l'articula-
tion du G est précédée et accompagnée d'un léger mur-
mure qui se produit dans la cavité laryngienne au
point de déterminer une certaine vibration perceptible
par le tact à l'extérieur.
Pour faire remarquer à l'élève les petites difïérences
qui distinguent l'articulation du K 1e celle du G. On
pourra essayer de divers moyens, si le maître introduit
dans sa bouche le doigt da l'enfant en le faisant péné-
trer jusqu'au milieu du palais et s'il commence alors à
prononcer, alternativement les deux sons, l'élève ne
tariera pas à s'apercevoir que, dans l'articulation du K
le point où la face dorsale de la langue se rapproche du
palais est situé plus en avant que pour l'articulation du
G et que, ponr cette dernière, l'arc for mé par la base
de la langue est plus prononcé. Le professeur fera por-
ter ensuite à sa gorge la main de l'élève et appellera
l'attention de l'enfant sur la vibration qui se produit
pour le G et non point pour le K. Si, pendant qu'il se
prépare à articuler le D, nous lui faisons abaisser la
langue en la repoussant un peu en arrière soit au
moyen du doigt, soit au moyen d'une spatule, il y a des
chances pour qu'on obtienne le G. Le bruit qui se
produit dans le pharynx à la suite de ces deux mouve-
- 169 —
ments est le même dans les deux cas et toute la différen-
ce résulte des positions diverses que prend le pharynx.
Lorsqu'à l'aide de ces expédients et d'autres que pour-
ront suggérer l'observation, l'adresse, la pratique, on
sera arrivé au point que l'élève commence à comprendre
et à exécuter les mouvements requis, on l'encouragera
et on l'amènera tout doucement à articuler d'une ma-
nière naturelle et claire cette consonne fort difficile. On
procédera en ceci toujours par voie de simple imitation
et jamais par voie d'efforts dont l'effet pourrait être fâ-
cheux. On fera alterner dans les exercices ga, go, gou,
gué, gui, avec ca, co, cou, que, gui pour habituer l'en-
fant à apprécier promptement la petite différence qui,
soit dans l'articulation, soit dans lalecturesur les lèvres
distingue ces syllabes les unes des autres.
Lorsque nous serons parvenus à ce degré il conviendra
de faire une courte pause de revenir en arriére et de
récapituler ce qui aura été appris précédemment au
moyen d'exercices courts mais fréquemment répétés et
variés. C es exercices qu'on pourra faire exécuter d'ensem-
ble parles élèves delaclasseaurontpour but de fortifier
et d'améliorer constamment la voix, de favoriser le déve-
loppement de la respiration de corriger les défauts qui
auront persisté ou qui seront survenus de rendre les
élèves de plus en plus assurés et alertes dans la manœu-
vre de cet iustrumentsi difficile si varié, si compliqué de
l'organe vocal dans l'appréciation par la vue des mou-
vements non moins variés et fugitifs que le jeu de cet
organe fait apparaître à l'extérieur.
( A suiore)
Errata. — p.li7. ligne 3 et 4 au lieu de: la répercussion
du son dans le pharynx augmente le son émis et prend le
caractère etc . . il faut lire:
La répercussion du son dans le pharynx augmente et
le son émis prend le caractère etc. ,
p. 131. ligne 12. au lieu de: Elle se montre un niveau
à celui des dents elles mêmes, il faut lire :
Elle se montre prenant un niveau supérieur à celui
des dents elles mêmes,
170
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
BELGIQUE
M. Snyckers. — Petit cours méthodique et intuitif de langue
française à l'usage des écyles de sourds-muets. Livre dé lec-
ture D. Petit in-12 91 p. 1890,
Avec le livre D. M. Snyckers termine son petit cours
méthodique et intuitif de langue française. En-tête du
livre un programme pour les classes de 5 e année. Nous
avons eu occasion de signaler les premiers travaux de
notre honorable confrère. Celui qui nous occupe est
divisé en trois parties : Arts et Métiers, Les trois règnes
delà nature. Sujets divers et historiettes. Sur chaque
sujet traité se trouvent des applications : Réponses à
des questions indiquées, conjugaisons de verbes em-
ployées dans la leçon, phrases à faire sur un sujet
donné, etc.
M. Snyckers nous annonce comme devant paraître
prochainement : Notions élémentaires de grammaire
française et de style à l'usage des écoles de sourds-
muets.
L'âbbé Ed. Rieffel. Petites lectures de piété à l'usage des
sourds-muets, Premier livre in-12, VI et 143 p.
Ce petit livre est le premier d'une série que se propo-
se de publier M. l'abbé Rieffel de Salzinne (Namur) bien
connu en Francepoursonzèleen faveur des sourds-muets
Aux préceptes de la Religion notre dévoué confrèrejoijit
— 171 —
des historiettes intéressantes et servant d'exemples.
Le livre est écrit pour les sourds-muets instruits très
instruits même. Combien s'en trouvera-t-il en état de
le lire et de comprendre ?
Ad. B.
FRANCE
Docteur Ladreit de Lacharrlére. — Compte-rendn do la
situation de la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les
sourds-muets en France, ln-8, 12 p, Paris 1890.
Le compte-rendu de cette société a paru dans la
Revue Française. Cette société se recommande tout par-
ticulièrement par le bien qu'elle fait, pour toute deman-
de de renseignements ou de secours, s'adresser à M, le
Docteur Ladreit de Lacharrière, Secrétaire-Général,
1, Rue Bonaparte, à Paris,
Is. Bouchet — Allocution adressée à Mgr Bécel évêque de
Vannes le 28 Mai 1890 jour de la l rc communion et de la
confirmation des sourdes parlantes de la Chartreuse d'Auray
In-8, 13 p. Paris Eug. Bélanger 1890
Brochure extraite de la Revue Française
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Statistique des Institutions Françaises. — Dans
notre numéro d'Avril dernier nous avons publié une
circulaire demandant a chaque directeur d'école française
des renseignements nous permettant d'établir une statis
— 172 —
tique de nos institutions spéciales II nous est revenu une
vingtaine de feuilles dé renseignement nous n'avons donc
pu à notre grand regret publier la sratistique qui depuis
nous a été demandée plusieurs fois. Nous prions M. M.
les Directeurs, d'institutions qui no nous ont pas encore
envoyés ces renseignements de nous les faire parvenir
au plus tôt. (Ci-inclus une nouvelle feuille)
Mgr. de Haerne. — Le Conseil communal delà ville
de Courtrai a pris l'initiative d'une souscription popu-
laire en vue d'ériger une statue en l'honneur de Mgr.
de Haerne.
Nos. artistes: MM. Colas et Cauchois. — Dans son
discours à l'école de Paris, M. Jules Simon recomman-
dait aux élèves de l'atelier de lithographie de se prépa-
à une expositien de cet art qui doit s'ouvrir dans quel-
ques mois. Il est bon dé l'appeler à cette occasion
qu'au dernier Salon des Champs-Elysées, deux artistes
sourds-muets : M. Colas et un de ses élèves M. Cauchois
se trouvaient parmi les exposants. M. Colas, ancien
élève de l'Institution de Paris donnait le « Combat de
coqs » d'après le tableau de M. Remy Cooghe, et M.
Cauchois le « Vainqueur de la Bastille » de P, Choppin
Depuis quelques années, nous trouvons^ au Salon an-
nuel M. Colas dont les œuvres sont particulièrement re-
marquables et remarqués. Nous sommes persuadés que
le prochain Jury du Salon rendra justice au talent si
consciencieux de M. Colas en lui décernant une récom-
pense bien méritée.
Ad. B.
Ljimprirpetir-Gérant. Eug. BELANGER R\ie St-jacque» «25, Pari»
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6™« année. N° 8 Novembre 131)0.
HPHÈMER1DES
de la Surdi-mutité en France
NOVEMBRE
1. 1817 — Une ordonnance Recale donne à la nie
des Deu.r-É0lises, à Paris, le nom de l À abbé
de l'Êpée.
5. 1778 — Autorisation est donnée à l'abbé
Deschamns, chapelain de l'Eglise d'Orléans
de faire imprimer un manuscrit intitulé :
Cours élémentaire d'éducation des sourds
et muets. L'ouvrage parut en 1779.
6. 1770 — Second entretien de J, R, Péreire avec
Pierre Desloges, l'ardent défenseur de 'la
méthode de l'abbé de L'Epée,
10. 18 12 — Mort de M. Degérando, ancien adminis-
trateur de l'Institution des sourds-muets de
Paris, auteur du Traité sur l'éducation des
sourds-muets de naissance. M. Degérando
avait 72 ans.
'^)K)w»««ltM-J*nMmérp 1 4Xtola : IW^Ç,J*i*eyue. Françuise,
— 174 -
15. 1834 — Un Comité formé de professeurs et d'ar-
tistes sourds-muets décide que l'anniver-
saire de la naissance "de l'abbé de L'Épée
sera célébré chaque année par un banquet.
19. 1814 — M. Guilhe est nommé instituteur en chef
de l'institution des sourds-muets de Bor-
deaux en remplacement de M. Saint-Sernin,
décédé.
20. 1790 — Un jeune hommeseprésenteâl'Assemblée
Nationale et indique du geste qu'il veut re-
mettre une lettre à M. le Présidents On ap-
prend, dit la Gazette nationale, que c'est
un élève de l'abbé Sicard. Il remet sa lettre
au Président et l'Assemblée décide que son
comité des rapports lui en rendra compte
à l'ouverture de la prochaine séance,
21. 1778 — Arrêt du conseil du Roi plaçant sous la
protection de l'État, l'Institution de l'abbé
de l'Épée et ordonnant qu'une partie des
monastères des Célestins supprimés soi
attribuée à cet établissement.
22. 1746 — Le P. André prononce à l'Académie d
Caen, son Discours ou dévination sur lama
nière dont on peut apprendre à parler au
muets. Il y mentionne le « savant mue
d'Amiens », (Etienne de Fay), premier ini
tituteur du jeune Azy d'Etavigny, qui de
vint ensuite le premier élève distingué d
J. R. Péreire
24. 1712 — Naissance de Pabbè de L'Épée, à Versai
les,
24, 1814 — Visite de la Duchesse d'Angoulême à l'in
tîtution des sourds-muets de Paris.
— 175 —
28. 1844 — L'académie Royale des Sciences, Belles-
Lettres et Arts de Bordeaux, qui avait mis
au concours cette question : « Rechercher
l'ensemble des mesures à provoquer pour
étendre à tous lessourds-muetsde laFrance
les bienfaits de l'éducation ». décerne le
prix à M. Remy Valade, attaché à l'Institu-
tion des sourds-muets de Bordeaux.
Nous recevons de notre excellent collaborateur M.
O. Claveau la. lettre suivante que nous nous faisons un
plaisir d'insérer.
A M. le Directeur de la Revue Française de Péduca-
tion des sourds-muets.
Cher Monsieur
Dans les éphémérides placés en tète du dernier nu-
méro de la Revue, vous avez très justement rappelé la
date véritable à laquelle l'Administration française a
commencé à introduire dans nos institutions nationales
la pratique complète de la méthode orale pure. (Octobre
1879.) Permettez-moi de remplir un devoir de stricte
justice en rappelant à mon tour la part capitale qui re-
vient àMidam e la Supérieure de l'Institution nationale
des sourdes-muettes de Bordeaux et â ses compagnes
dans l'œuvre première de transformation. Les études
personnelles de ces dames, la ferme adhésion donnée par
elles aux conclusions que M.Théophile Denis et moi nous
avions soumises au Ministre de l'Intérieur ont fourni
dès le début â l'Administration centrale la plus, solide
des garanties, de même que les succès aussi rapides
qu'éclatantes dûs à leurs efforts et déjà signalés par moi
au Congrès de Milan ont fourni bientôt la plus précieuse
justification de la réforme entreprise.
Agréez &,
O . Claveau
— 176 —
GUIDE POUR L'EOTLGNTONTDE LA PAROLE
AUX 30URDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, aoec V 'autorisation de fauteur,
par O. Claveau (suite) (1)
Des consonnes L et R
Les consonnes L et R forment le dernier groupe des
1 ingu o-palatales. On les considère comme étant celles dont
la prononciation correcte et naturelle s'obtient le plus
difficilomentdessourds-muets, l'Luno fois obtenue pou-
vant même se gâter avec le cours du temps si le maître
n'est pas extrêmement attentif et avisé.
Pour l'articulation de VL la langue prend une position
très analogue â celle qui convient pour l'articulation de
TJV.Senlement pour cette dernière les bords latéraux de
la langue restent .appliqués contre le palais comme la
pointe elle-même de l'organe, en sorte que le murmure
produit par l'air poussé en avant se renforce, se propage
et, ne trouvant aucunoissue, passe par les fosses nasales.
Pour VL, au contraire, les muscles qui élèvent la lan-
gue vers le palais se relâchant un peu, les.bords latéraux
de la partie intérieure s'abaissent de manière â laisser
deux petites fentes par lesquelles s'échappe l'air pous-
sé en avant, donnant alors naissance au murmure qui
caractérise ladite consonne.
Pour enseigner au petit sourd-muet l'articulation de
VL, nous pourrons prendre callo do l'JV comme point de
départ. Si, pendant que l'enfant dit N, nous pouvons
obtenir, en nous aidant des sens de la vue et du toucher
(I) Voir IaKevue Française du uioisdeJuin lsy> et mois suivants.
— 177 —
que la résonance des fosses nasales cesse et qu'elle
vienne à se produire dans la bouche par, l'abaissement
des bords antérieurs latéraux de la langue, nous aurons
satisfaction. Il ne me semble pas^ vraiment qu'avec, du
soin et de l'attention, il soit très difficile de faire discer-
ner à l'élève les changement* d'où résulte. le passage de
1W a VL. On lui fera remarquer comment, dans l'articu-
lation de l'L, la langue s'applique contre le palais a^rec
beaucoup moins d'énergie, qu'elle s'en détache avec un
mouvement très marqué en avant, que ni avant ni pendant
l'articulation on ne perçoit do résonance ou vibratipn
aux narines et que, par contre, la vibration se fait sentir
beaucoup plus sous le menton et ftja gorge. 11. pourra
être aussi fort avantageux de faire mettre à l'enfant le pou-
ce et l'index d'unemain, entre les dentsdumavtre, précisé-
ment au point où les deux rangèesdedents se réunissent,
d'émettre alors le souffle et de prononcer la consonne
ou, ce qui vaudra mieux, de la murmurer d'une manière
continue avec beaucoup d'énergie:. Ce sera un moyen de
lui faire sentir la forte vibration d'air qui s'établit et.de
l'amener à articuler la consonne aussi simplement, aussi
naturellement qu'il le faut. Pour ne pas s'exposer à ce
que l'articulation soit dès le com-nençement défectueuse
ou le devienne plus tard, on veillera à ce que l'enfant
ne forma pu avec la langue une espéoe d'arc en. ..appu-
yant la pointe au palais, à ce qu'il ne porte pas la pointe
de la langue en avant en la faisant glisser sur le palais
et en la laissant sortir du cercle limité par les dents.
Lorsqu'on articule l'A, jo dois le rappeler encore une
fois, ce n'est pas la pointe de la langue qui s'appuie
eontro le palais, mais bien la face dorsale do son extré-
mité. Cette extrémité prend une forme arrondie et ne
s'allonge pas on pointe. Le professeur devra en outre
apporter le plus grand soin a donner à ses élèves l'ha-
bitude d'appliquer réellement la langue contre le palais
avec tout lo degré de tension requis, sur le point conve-
nable et en la manière voulue. Autrement il arrivera
que lo mouvement d'articulation se relâchera peu à peu
— 178 —
La face dorsale de l'extrémité de la langue ne touchant
plus le palais, le courant d'air ne sera plus intercepté
que dans une mesure insuffisante, la résonance néces-
saire se perdra et le timbre, de la consonne ne s'enten-
dra plus que languissant, déformé, tout à fait indistinct
ce qui arrive souvent.
De même que l'articulation A sert de point de départ
pour YL, de moine YL sert de base, de point d'appui
pour l'articulation de YR. Cette dernière appartient
aussi, comme nous l'avons dit, aux linguo-palatales. Au
moment où on l'articule, la langue, au lieu de rester
abaissée, se soulève et va s'appliquer contre le palais,
prenant par rapport à la voûte palatine la même position
qu'elle prend pour YL avec cette différence qu'elle se
retire un peu en arrière et affecte une forme plus re-
pliée, la pointe étant tournée vers le palais. On doit re-
marquer dès à présent que le mouvement vibratoire
exécuté par la langue pour l'articulation de YR ne se
limite pas à l'extrémité de cet organe, mais se propage
dans les parties latérales et médianes où il prend un ca-
ractère d'énergie encore plus grande.
Ce phénomène dépend entièrement delamanièredont
la langue se comporte. Celle-ci, au moment de la vibra-
tion, semeten contactavecla voûte du palaisetintercep-
te à. très courts intervalles le courant d'air venant des
poumons. L'air, de son côté, s.e condense pour s'échap-
per ensuite avec plus de force dans les intervalles de
temps où la langue on mouvemeent s'écarte, du palais,
en telle sorte que le consonne R se trouve formée par la
succession d'un très grand nombre de petites explosions
très rapprochées les unes des autres.
Après s'être rendu compte exactement de tout ce
mécanisme et du rôle essentiel qu'y joue l'impulsion
donnée au courant d'air de la respiration, le professeur
fera venir l'élève devant lui, placera la langue et les au-
tres parties de l'organe vocal dans la position voulue et
cherchera à obtenir de l'enfant la plus grande attention-
]l lui fera mettre la main devant sa bouche (la bouche
— 179 -
du professeur) et commencera à articuler l'R. L'élève ne
tardera pas à remarquer le fort courant d'air tremblo-
tant qui, venant de haut en bas, frappe sa main. Après
quoi, le maître se fera presque fermer la bouche par la
main do son élève et recommencera à articuler 17? très
fortement, à temps pas trop brefs. L'enfant percevra bien
vite le tremblement énergique qui se fait sentir à cette
place. On lui fera ensuite porter la main à la gorge de
son professeur pour lui faire constater la vibration très
marquée qui se manifeste aussi sur ce point, principa-
lement au dessous des amygdales. Enfin, avant de l'enga-
ger à reproduire à sou tour l'articulation, on tâchera de
l'amener à se rendre bien compte de fout ceci, en outre
de ce qui concerne la disposition de la langue. Il faudra
aussi lui faire bien observer le mode brusque d'impul-
sion donnée au courant d'air de la respiration.
Tous ces détails ayant été bien compris, il ne sera pas
malaisé, quand on passera à l'essai et qu'on aura fait un
certain nombre de tentatives, d'obtenir un heureux suc-
cès. Au lieu de qualifier de difficile l'articulation de 17?,
conformément au dire habituel et à la croyance com-
mune, il serait peut être plus exact de l'appelersinguliè-
ro, parce que beaucoup d'individus detoute catégorie ar-
rivent à l'émettre correcte , belle et sonore dès les pre-
mières tentatives. D'autres, en petit nombre il est vrai,
n'y parviennent qu'avec une peine énorme et avec la
plus grande difficulté. Il y a des personnes qui disent
que le seul moyen de l'enseigner au sourd-muet est d'at-
tendre que celui-ci la prononce fortuitement. Quoi qu'il en
soit, il est de fait que souvent les sourds-muets articulent
l'.R d'une façon toute naturelle et sans y penser et que
lorsque nous nous appliquons à enseigner cette con-
sonne par principes nous ne réussissons qu!à force de
tentatives. L7? a ceci d'avantageux que la prononciation
de cette consonne, une fois obtenue, ne s'oublie plus.
Quand on l'obtient par des moyens simples et naturels
et sans qu'il soit besoin de recourir à des expédients in-
directs, elle est d'ordinaire la plus sonore, laplus vibran-
— 180 —
ta dé foutOs les consonnes et sert merveilleusement à
renforcer le sou de la voix. Quelquefois, comme uous l'a-
vons dit, il so trouve des sourds-muets absolument ré-
fractaires à cette articulation ot alors le maître vaincu
par l'impatience cherche à arriver par un moyen quel-
conque. Cette marche n'est pas logique et la plupart du
temps nuit plus qu'elle ne sort, car ou l'on n'en obtient
rien ou, si l'on obtient quelquechose, c'est un son faux et
qui porte toujours par la suite un prtyudice grave à la
prononciation. -Eu pareil cas, lo mieux est de surseoir.
Je no veux point dire pour cela qu'on ne puisse recou-
rir à certainsexpédients quitout au contraire seront sou-
vent nécessairoset même indispensables, mais il faut que
ces expédients ne soient pas dénature à faire sortir du
bon chemin età compromettre laréussite. Il est des pro-
fesseurs quifontprononcerl'/tjointeau T; trrr. . .en con-
tinuant à faire èmottre le souffle juspu à ce qu'il ne re-
te que Vit toute seule. Csci pjut réussir parfois, mais il
peut aussi arriver que le T reste comme attaché à VR ce
ce qui nese corrigera qu'avec difficulté. 11 vaudra mieux
chercher â obtenir cette articulation en la faisant join-
dre à des labiales, par exemple :frrr vrrr ....
prrr ..... et mieux encore : boum boum ....
puis broum broum et ainsi de suite. Mais
l'expédient le plus sûr consiste à inviter l'élève à souf-
fler avec une énergie modérée et ensuite à lui fai re sou-
lever la langue et ouvrirjjun peu les lèvres sans inter-
rompre le courant d'air. Par ce moyen nous arriverons
après quelques essais à ce que la langue entre en mou-
vement et à ce qu'il se produise un R sourd, ce qui est
le point le plus difficile. Pour avoir, ensuite une articu-
lation belle et bien formée il suffira de rendre la vibra-
tion sonore, ce à quoi l'on parviendra aisément en com-
mandant à l'enfant d'émettre de la voix.
- 181 —
D8S Consonnes S et Z (1)
Loâ consonnes S et Z forment le dernier groupe dos
liuguo-palatales. On appelle aussi VS linguo-palalale
sifflante, p*ar ce qu'elle est engendrée par le choc de
l'air expiré contre les dents tant inférieures que supé-
rieures. Pour VS, la langue se dispose de façon â lor-
mor une espèce de petit canal ou conduit et se rappro-
chant du palais, le touchant même par ses bords laté-
raux, elle porte le courant d'air tout resserré et rassem-
blé sur les dents où le choc a lieu et forme cette sorte de
sifflement qui caractérise la consonne en question.
L'S ayant quelque affinité avec VF, tout en se distin-
guant de cette dernière consonne par la position de la
langue et des lèvres, c'est de VF que nous partirons
pour l'eusôigner. Pour articuler VS, il faut placer la-
langue comme si on voulait prononcer la voyelle È. Les
lèvres, au lieu de se porter en avant, s'arrondissent, se
retirent un peu en arrière, s'écartent un peu l'une de
l'autre et laissent voir les dents incisives tant inférieu-
res que supérieures. Après avoir fait comprendre à
l'élève cette position à donner à la langue et aux lèvres,
on lui fera aussi remarquer, ce qui est fort aisé, le cou-
rant d'air qui se produit dans l'articulation de VS. Le
professeur n'aura qu'à porter devant' sa bouche la
main de l'enfant et à articuler alternativement VF et
VS. La vue servira pour la disposition de la langue et la
position des lèvres. Si l'on rencontre quelques difficul-
tés dans cette voie, le professeur devra se mettre en
position de prononcer 1 È (ouvert) et prononcera effecti-
vement cette voyelle en même temps que son élève,
(1) La lettre z désigne dans le texte du F. Mattioli l'articulation
double de la langue italienne qui s'exprimerait en français par les
combinaisons de lettres is ou dz suivant les cas. Cette articulation
double n'a pas d'intérêt pour renseignement de la prononciation Iran-
çaise et nous croyons devoir supprimer les détails qui !a concernent.
Nous maintiendrons toutefois dans son intégrité le titre du présent
chapitre, attendu que l'articulation de noire z s'y trjuve enseignée
tous la dénomination d's bjuceou bourdonnants
De là il passera kl' S en faisant percevoir à l'enfant par
le moyen du tact le courant d'air qui se développe. On
invitera ensuite l'élève à imiter le maître et il ne s'écou-
lera pas longtemps avant que l'on n'arrive au but,
Moins on mettra d'efforts, tout en s'appliquuut le plus
possible aux détails de l'exécution, plus la prononcia-
tion seraJacile et naturelle.
Le maître devra s'attacher à ce que l'élève ne prenne
pas l'habitude de serrer les dents ou de projeter le
menton en avant.
Pour enseigner le Z (S douce ou bourdonnante, dans
le mot rose par exemple) après avoir obtenu l'S dure
(l'S du mot Soleil par exemple) il suffira de faire remar-
quer à l'èléve comment la langue se retire un peu en
arrière, comment les dents se restèrent un peu plus et
comment il se manifeste sous le menton et au gosier un
fort bourdonnement,
Observations sur les consonnes
Avant de passer outre, il me paraît à propos de faire
remarquer que. pour enseigner la prononciation des
consonnes, le maître n'est pas obligé de suivre précisé-
ment l'ordre et la marche que j'ai employés dans mon
exposition. En théorie et lorsqu'on écrit, l'on ne peut
faire autrement que de considérer les choses sous un
point de vue conventionnel, tandis que lorsqu'on arrive
â la pratique, on trouve que telle chose, nonne pour quel-
ques uns, ne convient pas pour d'autres. Les dispositions
les aptitudes, l'intelligence sont si diverses chez les
sourds-muets qu'il y a lieu d'employer vis à vis' de cer-
tains d'entre eux la marche opposée à celle qu'on aura
suivie pour d'autres. Telle chose aisée avec celui-ci se
trouve être très difficile avec celui-là. Aussi est-il impos-
sible de s'y prendre de la même manière avec tous. Dans
- 183 —
l'enseignement de l'articulation au sourd-muet, l'on ne
peut dire à pr iori: ceci est aisé, cela est difficile; on
doit enseigner ceci d'abord et cela ensuite. L'R et YL.
par exemple, sont regardées comme les articulations les
plus difficiles et le sont en effet pour quelques enfants,
mais il n'est pas rare de voir que d'autres élèves y réus-
sissent du paemier coup et sans efforts. Parfois, pendant
que nous enseignons une articulation, l'enfant en pro-
nonce une à laquelle nous ne songions nullement. En
pareil cas, il serait insensé de no pas mettre à
profit cette occasion favorable, de ne pas .s'emparer
et s'assurer de ce qui se présente. Souvent il arriva que
l'on aie à instruire des sourds-muets qui, pendant un
temps plus ou moins long, ont joui des avantages de la
parole et qui ont conservé quelques sons. Il est tout
indiqué que, vis à vis de ceux-là, on doit commencer
l'enseignement par les articulations qu'ils possèdent
encore et s'en servir comme d'un acheminement
pour passer aux autres, sans s'arrêter à examiner si
telle ou telle consonne doit être enseignée avant ou
après. Il faut dire la même chose de ce que nous avons
à faire vis à vis des enfants qui ont conservé un certain
degré d'audition et qui, à l'aide de ce moyen, arrivent à
percevoir quelques articulations. Il n'est par rare de
voir qu'après s'être mis à enseigner une articulation,
l'on n'arrive à rien malgré bien du temps passé et bien
de la peine. Il convient alors de surseoir, de laisser de
côté l'articulation dont il s'agit, ne fût-ce que pour ne
pas fatiguer et décourager l'élève, d'enseigner quelque
autre articulation et de revenir plus tard en temps op-
portun sur ce qui serait demeuré inachevé.
Pour cette raison et pour bien d'autres encore que
l'on pourrait donner, ce serait, on le voit, une très grave
erreur que de vouloir enseigner les consonnes en sui-
vant pour tous les élèves le même ordre, le même sys-
tème. Ce que nous devons faire, c'est de prendre tou-
jours pour point de départ ce qui est relativement le
plus facile pour les enfants que nous avons à instruire
— 184 -
successivement (1). Toute articulation peut former le
point de départ ou centre de phonation pour l'enseigne-
ment des autres. On peut adopter pour les consonnes
un groupement différent de colui auquel nous nous som-
me* attachés. En effet, pour peu qu'on y réfléchisse, on
voit que le P, le T, et le K, sont tous les trois des
consonnes explosives qui, tout en se formant sur trois
points différents de l'organe vocal, ont entre elles une
relation très étroite ; qu'on peut de la première passer
à la deuxième, de celle-ci à la troisième et inversement
et que l'une quelconque d'entre elles sert à rendre les
les autres plus faciles .
On peut dire la même chose du B, du D, du Gdur. Ces
consonnes, elles aussi, bien que formées en trois posi-
tions diverses diverses, ont un élément commun qui les
assimile les uns aux autres. C'estrélément sonoreoumur
mure qui, pour toutes les trois, se produit dans le
pharynx.
De même Y M et YN, bien que la première de ces con-
sonnes soit une labiale et l'autre une linguo-palatale,
ont entre elles une très étroite relation à cause de leur
caractère de nasal ité. Il pourrait y avoir lieu de réser-
ver pour la fin l'enseignement de ces consonnes pour
lis enfants qui ont une tendance marquée à parler du
nez.
Pareillement il y a des points d'affinité entre le F et
le Z (S bourdonnante), entre l\Eetl\S dure, entre 17 et
l'JVdonton peut former des groupes séparés.
( A suivre )
Errata. — p. 159 2' ligne en remontant, au lieu de
recourt lisez: recours p. 163, ligne 8, au lieu de contra-
cter lisez : constater
(1> Notre auteur ne purleëvidemment ici qu'en thèse générale et n'a
point en vue les cours collectifs à organiser dans les institutions de
sourds-muets. Il faut bien adopter pour ces cours, sans préjudice des
soins individuels que peut réclamer chaque enfant, un ordre commun
d'enseignement calculé d'après ce qui parait convenir le mieux à la
plupart des élèves (x-vtbdu traducteur).
— 185 —
Ibid 7* ligne en remontant, au lieu de L Usez : K
p. 166. ligne l re , au lieu de l'articulation 3'abaisscrait
lisez : s'altérerait
Ibid (note)azt lieu de dans ces dernières combinaisons,
l' N . . . . n'est pas un signe pratique de nasalisatiion
lisez: dans la transcription de ces dernières combinaisons
YN .... n*est pas un signe orthographique de nasalisa-
tion.
p. 1C7 ligne 16, au lieu de la phonation, lisez : l'arti-
culation
p. 169 ligne 2, au lieu de le pharynx, lisez :1a langue.
NÉCROLOGIE
Monsieur Ludovic Goguillot
L'Institution Nationale de Paris, vient d'être éprou-
vée de nouveau et de faire une perte des plus sensibles
en la personne de M.Lud. Goguillot.officier d'Académie
un des professeurs les plus distingués du corps ensei-
gnant.
Entré à l'Institution Nationale en 1879, M. Goguillot
était nommé agrégé en 1883 après avoir soutenu avec
succès une thèse ayant pour sujél: De la période prépa-
ratoire à l'enseignement des éléments de l'articulation
et de la lecture sur les lèores dans l'instruction de s
sourds- muets par la méthode orale pure.
Nommé professeur en 1885 il faisait partie de la phalan-
ge déjeunes maîtres chargés d'appliquer à l'Institution
île Paris la méthode orale pure qu'un récent arrêté mi-
nistériel venait d'y introduire.
— 180 —
Séduit par les avantages de cetle méthode pour- nos
malheureux élèves, il s'y'consacra de tout cœur; sa plu-
me était toujours prête à la défendre ou à la propager
Il fut un des fondateurs de la Revue internationale et
nous avons de lui les ouvrages suivants:
La Révolution et les Sourds-Muets, Paris 1888.
Syllabaire à l'usage des Ecoles de Sourds-Muets.
(P. Camailfiac) précédé d 'une préface par L. Goguillot,
Paris 1889.
Comment on fait parler les sourds-muets, Paris 1880.
Conférence sur l'enseignement de la parole aux
sourds-muets. Paris, 1880.
De là surdité chez l'enfant et l'adulte au point de nue
médical pédagogique légal et tutélaire.
(En collaboration avec M M AcD" Coiiétoux et Thomas)
Nous ne savons quel avenir Dieu réserve à ceux qui
aujourd'hui servent la cause de la parole chez les sourds-
muets. Nous ne pouvons cependant nous empêcher
de constater avec peine que le chemin que nous
suivons est parsemé de combattants. Comme une
aveugle la mort frappe, elle frappe toujours. Qui peut être
certain de remplir jusqu'au bout le devoir qu'il s'était
tracé?
C'est parmi les jeunes qu'elle frappeaujourd'hui M, Go-
guillot n'avait que 33 ans. Le coup n'en est que plus ru-
de, mais n'affaiblira pas le courage de ceux qui mettent
toute leur ambition à faire le bonheur d'une classe d'in-
fortunés,
Ad. Bélanger
M. le D r Calmettes. — Nous avons également a
enregistrer la mort de M. le !)• Calmettes nommé depuis
— 187 —
peu médecin adjoint de l'Institution Nationale de
Paris. Par ses travaux et sa compétence spécialeM.le
D Calmettes avait acquis une réputation méritée et sa
perte est vivement ressentie par le monde médical
et l'Institution de Paris qui avait pu apprécier sa science
et son dévouement
Ad. B.
LES QUARTIERS PAUVRES DE PARIS.
Nous extrayons du Journal des Débats les lignes sui-
vantes d'un article publié sur les Quartiers pauvres de
P aris.
« Une mère vit avec son fils dans une petite chambre
du rez-de-chaussée donnant sur une cour. Elle peut
bien avoir soixante ans et lui en a quarante. Mais il est
à soigner plus qu'un enfant : ayant eu une affection de
la vue autrefois, il s'était adressé à un occuliste mala-
droit qui, en l'opérant sans soin, lui avait crevé les
deux yeux ; devenu aveugle, il continuait à iaire de la
musique (il était organiste de son église de faubourg)
mais l'extrême fatigue de ses nerfs auditifs amena une
paralysie; il devint sourd, puis muet, complètement
muet. Le voilà donc sur la terre, ne voyant plus, n'en-
tendant plus, ne parlant plus, simple- masse de chair
sensible au seul frôlement immédiat de corps hostiles.
Il a l'air beauconp plus vieux que son âge ; sa large
barbe la proéminence de son front avec le creux de ses
orbites mortes le font ressembler à un buste de pierre
de Socrate. Gomme rieirne lui arrive du monde extérieur
il ne sait pas s'il habite une ville ou la rase campagne*.
Qu'est-ce qui pourrait l'en avertir ? - Le bruit des pas-
sauts et le roulement des voitures ? - 11 ne les entend
— 188 —
pas. - La hauteur des maisons et l'étroit esse du ciel
au-dessus de sa tête?- Il ne le voit pas. La seule infor-
mation que ses sens puissent lui fournir est le degré de
fraîcheur de l'air qui fouette ou caresse son visage, Il se
promène du matin au soir dans la cour affreuse; - à quoi
bon une promenade plus belle ? • Il fume sa pipe en son-
geant . Il rentre à l'heure de manger s'asseoit et mange
sans uu mot puis se lève et ressort dans la cour pour
s'y promener jusqu'au moment de manger encore ou de
dormir. Ses mains qui tâtonnent et palpent toujours sont
très délicates; jamais ilne casse rien,parexemple il tres-
saille et frémit au léger contact. Quand on le fait aller
ou venir comme il ne comprend pas pourquoi c'est, il
s'alarme sa tête travaille intérieurement il passe en re-
vue toutes les circonstances qui peuvent avoir été cau-
se de ce changement. J'ai pensé quelquefois qu'un arbie
aveugle et sourd devait avoir les mêmes angoisses obs-
cures en sentant ses racines arrachées de terre. D'ail-
leurs la mère de ce malheureux et lui se comprennent,
je ne sais comment par des touchers finement gradués
des paumes de leurs mains. Le toucher reste en effet , il
faut s'en servir. Lorsque le père était mort pour faire
comprendre au fils cette idée abstraite de mort il avait
fallu paraît-il que sa mère prit sa main et la posât sur le,
front glacé du cadavre. Alors lamorts'étant faite tansi-
ble le malheureux eut uu geste d'intelligence et d'effroi
il comprit. Mais ce qui rend ses communications avec le
dehors plus difficiles encore c'est que sa mère intermé-
diaire nécessaire entre lui et le monde est elle-même
absolument sourde, on est obligé de tout lui écrire sur
une ardoise, C'est une petite falote à la voix tout à fait
cassée comme un souflet d'orgue troué qui n'émettrait
plusque des soupirs aphones. Elle estassisetout le jour
à ourler des torchons à quatre sousladouzainecequifait
desjournées de huit sous (2 douzaines) en ne perdant pas
une minute, Elle est très débile, mais «Je n'ai pas de ma-
ladie dit elle.on ne peut pas me guérir. « Le médecin du
bureau (je dirai un jour ce que je sais de ces médecins
— 189 —
de l'assistance publique) m'a dit qu'il n'y avait rien a
faire que j'étais seulement épuisée que j'ttiis finie . »
et elle répète d'un air tranquille et de sa petite voix cas-
sée tout en tirant l'aiguillé : « . . . , Que. j'étais finie . , »
Eh bien ? des personnes obligeantes ont placé récem-
ment la mère et, le fils dans une sorte d'hospice rustique
où la fraîcheur de l'air sur les joues de l'aveugle l'aver-
tit qu'il est en plein bois, Il a trouvé là des enfants avec
lesquels il s ; amuse. Comme il est très dévot, il a la joie
d'avoir une église à proximité. Et sa mère écrit «il fau-
dra maintenant que vous vous occupiez des gens plus mal-
heureux que nou-s dans notre connaissance. Mon garçon
s'habitue bien tous les matins il rsul grave à Dieude
son bonheur.» Et c'est la vérité j'ai su en effet que main-
tenant cet aveugle sourd-muet est aussi disposé que
M. Renan a «remercier la cause de tout bien de la char-
mante promenade qu'il lui a été donné d'accomplir à
travers la réalité» .
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
Organ der Taubstummen Anstalten.
Cette revun donne au numéro 91ps 12 thèses d"la conféren-
ce de M. IMd, Niirtingen sur l 'importance du sentiment, lin.
guistique chez lo sourd-muet et son développement.
M. Wagner, Niirtingen publie aux numéros et 10 un arti-
cle sous le titre;-" la méthode du premier enseignement
biblique dans la classe moyenne, et M. Kerner donne la suit"
de sou traité sur le nombre et le premier enseignement du
calcul.
M, W. Erhardt, Homberg traite sous le titre: de la lecture
sur les lèvres un sujet fort intéressant.
Sous la rubrique " informations " se trouve une descrip-
tion assez détaillée du 50"'* anniversaire de l'institution des
- 19Ô -
sourds-muets catholiques à Bensheim (Hesse). Plus de 300
sourds-muets étaient réunis à cette fête qui a parfaitement
bien réussi grâce au gouvernement et aux habitants de la
ville. Lo directeur île l'institution, M. Hemmes, homme fort
capable et ayant rjndu de très grands services à cet établis-
sement et qui est depuis 30 ans professeur et Directeur, a
reçu la croix de chevalier 2'"" classe do l'Ordre de Philippp.
Lo journal de Mayence trouve que M. Hemmes n'a pas <5té
récompensé selon sas mérites.
C. Renz publie au n° 9 un compte-rrndu des ftnurs
françaises et internationales de l'enseignement des sourds-
muets,
Le numéro -l'Ô porte en tête un arlicle très-important do
Dnego en souvenir du célèbre pédagogue Diesterweg. Le 29
Octobre de cette année il y avait 100 ans que Diesterweg,
naquit à Siegenen (Prusse) il esl mort le 7 Juillet 1866. Il a de
très-grauds mérites ooncernant l'école primaire en Allemagne
Blaetter fur Taubstummenbildung
Los numéros 17, 18 et 19 publient la suite et la fin de l'ex-
cellent article de M. Prussing-Schneidmuhl : " Le nouveau
Prophète. C'est une critique admirable sous tous les rapports
loin de toute attaque personnelle, qui prouve à M. Heidsiek à
q-iel point il a fait faussa route avec son livre: " le sourd
muet et son langage ", Ce livre n'aurait pas pu trouver un
meilleur critiqué que M. Prussing.
Les n*> 17, 18, 19, 2) et 21 donnant la suite et la fin del'ar
ticle de M. Stolte sur la méthode de l'enseignement de l'his-
toire sainte, articiequi mérite toute l'attention du lecteur.
Le n» 20 contient aussi un article par M. Krause-Wriezen
sur le célèbre Diesterueg Dans les numéros 12, 16, 19, des
Blaetter fur Taubstummenbildung et dans les numéros 7. 9
et 10 de l'organ se trouve une polémique très viveentreM.Wal-
ther et moi M, Walther me fuit le reproche d'avoir pris par-
ti pour l'Organ contre les Blaetter dans la Revue française
Leslecteurs de cette Revue jugeront eux ménfes si le reproche
de M. Walther est justifié. Je crois avoir parlé du contenu
des Blaetter sur lo même ton que celui de l'Organ
Renz, Stuttgart
— .191
Quarterly Rewiew (Octobre 1890
Sir R. Elliot dans un article intitulé « Standards of instruc-
tion » s'efforce de démontrer l'utilité d'établirdes programmes
d'instruction bien définis ot de les adopter universellement.
Alors que maintenant nous ne voyons partout que des diver-
gences, un critérium de comparaison nous serait offert.
En se basant sur ce principe, Sir R. Elliot établit dans les
programmes qu'il préconise, 8 grandes divisions qui corres-
pondent approximativement à nos 8 années d'enseignement.
Pour l'histoire par exemple il commence par « La famille
Royale » et les événements qui se sont produits dans les 50
dernières années ; puis viendra l'étude des Romains, des
Saxons et des Normands, et enfin l'histoire générale de l'An-
gleterre. Sir Elliot attache une importance considérable à la
lecture ainsi qu'à l'enseignement des principes religieux.
L'Abstraction n'est enseignée que dans la dernière division
du programme.
La Quarterly Review coi tinue à publier des notes historiques
sur les Institutions d'Angleterre.
Nous y trouvons aujourd'hui la fin d'un long article sur
l'Institution de Doncaster.
La question des sourds-muets est d'ailleurs à l'ordre du
jour en Angleterre :
Lu Bill soumis à la chambre des Lords par le marquis de
Lothian et concernant les aveugles et les sourds-muets d'Ecosse
a reçu la sanction Royale et est devenu loi.
Le Bill du Gouvernement pour améliorer l'éducation des
aveugles et des sourds-muets et Angleterre et dans le pays de
Galles a été présenté à la chambre des Lords par le Lord Prési-
dent, Vicomte Crambrook.
Ce bill proclame Pobligaiion de l'enseignement, les dépen-
ses étant couvertes par l'aide supplémentaire de l'Etat.
La durée do l'enseignement est prolongée et la question re-
ligieuse a été l'objet d'un règlement particulier.
Sir Thomas Arnold traite une question intéressante au plus
haut point : De la perte de l'ouïe et des moyens d'y remédier.
Supposons, dit-il, qu'nn enfant perde l'ouïe vers l'âge de S
à G ans et qu'à cette époque il parle comme un enfant d'intel-
ligence moyenne. Si aucun préservatif n'est employé l'enfant
— 192 —
oubliera f'atalememt d'abord quelques-uns des sons de la lan-
gue ; bientôt même cet oubli deviendra complet et l'enfant ne
pourra plus être compris île ses parents.
La mémoire des mots et des phrases l'a quitté parccqu'il
n'a entendu aucune répétition de ces mots et de ces phrases et
que l'alphabet idéal n'est plus son guide.
La faculté de penser par le langage des fous est de beaucoup
la plus efllcac*, car h son est si subtil et si dépourvu de forme
comme la lumière du soleil qu'il semble plutôt être la pensée
elle-même que sa représentation.
Il importe donc que. l'enfant conserve la p;irolo qu'il a ac-
quise, les parents devraient bien se pénétrer de celte vérité.
M. Arnold recommando de surveiller particulièrement les
exercices journaliers tendant & maintenir une articulation
correcte et à développer la mémoire.
Il arrive parfois que lors de la disparition de l'ouïe, l'enfant
sait déjà écrire et lire.
L'écriture serait alors, pour notre vénérable confrère d'un
certain secours, car les lettres en tant (pie signes des son?,
sont si secrètement associées a ces sons dans la pensée, que
voir c^s lellres c'est penser aux sons qu'elles représentent.
La lecture fera aussi persister le souvenir de l'alphabet
mental.
Mais, il y a, dit-il un moyen plus efficace pour préserver la
parole d'un enfant sourd, c'est la lecture sur les lèvres.
Chaque son du langage a son signe facial particulier: et
notre but doit être non seulement ie faire reconnaître fut
les lèvres ces sons parles lentement et séparément mais sur
tout de les faire reconnatre. quand ils sont combinés entre
eux dans des phrases quelconques.
La facilité avec laquelle, dés le début, l'enfant lit quelques
courtes phrases prouve que 1 œil de l'enfant a saisi les sons
es plus marqués et que sa mémoire a fourni les sons i nter-
imédiaires dans leur association avec les premiers.
L'enfant instruit par ces procédés pensera comme, s'il en-
ten lait les sons.
L" but principal à atteindre serait donc d'après le R. Arnold
— 193 —
de fortifier et de comfïrm.cr la mémoire de la.parole, de .sorte
que le son serait la forme permanente de la pensée et de
l'expression.
R. Duvignau
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
BELGIQUE
Un Centenaire. In-8 77 p. Bruxelles G. Mayolez
C'est de Belgique que nous vient aujourd'hui un
nouvel hommage rendu à la mémoire du fondateur de
l'enseignement des sourds-muets,
Si la salutaire influencé du vénérable abbé de l'Epée
s'estfaitsentir dans laplupart des pays du moude entier la
reconnaissance n'en est pas moins universelle et le temps
qui efface tout ne fait qu'accroitre la gloire du fon-
dateur de l'école de Paris.
Les méthodes se sont modifiées, se sont transformées
je ne sais si le bon abbé, venant nous rendre visite a
son tour, pourrait s'y reconnaître un peu, Mais à coup
sur, sa modestie serait légèrement froissée en consta-
tant la place qu'il occupe dans nos institutions et dans
le cœ ur de ses successeurs et de leurs élèves.
Noti'3 excellent confrère <4 ami M. Grégoire, profes-
seur à l'Institut de Berchem Ste-Agathe vient d'en
donner une nouvelle preuve en publiant une belle et
bonne brochure à l'occasion du Centenaire de la mort
du maître vénéré.
Nous ne ct'oyons mieux faire que d'en donner le
sommaire ; Comment l'abbé de l'Epée trouva sa voie
ses recherches, son système, l'éducation du sourd-
muet avant de l'Epée, l'œuvre de l'abbé de l'Epée,
— 194 —
l'éducation de la voix chez le sourd-muet, de l'Epée
professeur et publiciste, l'infatigable abbé, portée
de son œuvre, l'école de Paris, un Centenaire
Cinq gravures ornent le livre : Portrait de l'abbé
de l'Epée, Statue élevée à l'Institution de Paris. Monu-
ment de St-Roch, Médailles et Médaillon du célèbre
instituteur. Comme M. Grégoire nous souhaitons que
le souvenir du grand bienfaiteur des sourds-muets
avvive le zélé de tous. Nous ne pouvons que féliciter
notre excellent confrère d'avoir rappelé une fois de
plus au souvenir de chacun ce modèle d'abnégation et
de charité
Ad.B
INFOBMATIONS & AVIS DIVEBS
Ligue pour l'union amicale des sourds-muets de
France. — Nous recevons de cette association la circu-
laire suivante :
Paris le i er Novembre 1890
Monsieur et cher Confrère,
Le 178™' Anniversaire de la naissance de l'Abbé de
l'Epée sera célébré le Dimanche 23 Novembre, à 6 heures
et demie du soir, en un Banquet qui se tiendra au res-
taurant Tavernier aine, 43 et 45, rue de Valois (Palais-
Royal), sous la présidence de M. Henri-Victor Colas, de
Clamccy.
— iOo —
M. Henri Gaillard y lira et y développera une pétition
demandant au Conseil municipal de Paris de faire une
innovation qui rendra un immense service, le plus utile
de tous, au Monde sourd-muet.
Nous pensons que tous ceux qui, sans distinction de
groupe, nous ont aidé à rendre éclatante la manifesta-
tion en l'honneur du Centenaire de la mort de notre
libérateur (23 Décembre 1889) viendront en accomplis
saut un devoir de reconnaissance filiale, nous prouver
qu'ils sont avec nous contre lé stationnement dans la
routine, avec nous aussi pour la marche en avant vers
le progrès.
« suivent les signatures »
Adresser les adéssions à M. Gaillard, secrétaire géné-
Tal de la ligue, 4, rue des Pyramides ou au Commisaire
principal : M. Froissard, 22. rue des Boulangers.
Le prix de la cotisation est fixé à 5 fr. 75, 4 fr. 50
pour les dames ; les membres de la ligue sont priés de
se présenter avec leurs insignes.
Nota, —Une visite au Tombeau de l'Abbé de l'Épée,
aura lieu le matin, vers 9 heures, à l'Église Saint-Roch
où une Conférence sera faite à l'ai le de la Mimique, par
l'abbé Goislot.
Pour les sourds-muets de la Banlieue : rendez-vous au
café de la Rotonde, 33, rue Croix-des- Petits-Champs, à
partir de 2 heures de l'après-midi.
L'Association Amicale des Sourds-Muets (Ancienne
société Universelle) Fondée en 1838 nous fait parvenir
la circulaire suivante :
— 196 —
Paris lali Njvoti'ji-j 1890
Monsieur
Nous avons l'honneur de vous informer que le Banquet
pour célébrer le 178 e anniversaire de l'Abbé de l'Épée
aura lieu le 23 courant à (3 heures du soir dans les salons
- du Restaurant Notta, Boulevard Poissonnière, 2 11 sera
présidé par M. Louis Eymard, un objet d'art sera offert
à M r Chambellan notre président en souvenir
du zèle et du dévouement qu'il nous a témoigné.
Cette solennité la cinquante sixième depuis la fonda-
tion de ,1a première société des sourds-muets sera pré-
cédé d'une messe en action de grâce dite à 9 heures à
église S'Roch où se trouve le tombeau de l'Abbéde l'Épée .
Persuadés que vous vous joindrez ànous pour hono-
rer la mémoire de ce bienfaiteur de l'humanité dont la
France est justement fiere nous vous prions, Monsieur
d'agréer l'assurance de nos meilleures sentiments.
Le comité d'organisation. — Henri Cauchois boule-
vard St : Michel 147, René Desperriers, avenue Wagram-
108, Hennequin fils rue Guersaut, 20, Ferdinand Gabriel
rue des Feuillantines, II.
N. B. Le prix de la souscription est de G fr. 75. Adres-
ser les adhésions à l'un des commissaires, avant le 23
courant ,
Pour les sourds-muets de la Banlieue, rendez-vous à
partir de 2 heures à la Brasserie Mûller au 1" éta^e 37
boulevard Bonne Nouvelle.
Nomination d'un médecin adjoint à l'Institution
Nationale de Paris. — Un arrêté de M. le Ministre de
l'Intérieur vient de nommer premier médecin adjoint à
l'Institution Nationale de Paris M. le Docteur Ménière
en remplacement de M. le D- Calmettes décédé M. le h r
Mènière est le fils de M. le D r Ménière ancien médecin
en chef de l'institution de Paris
L imprimeur-gérant E Bélanger 225, rue St-Jacques
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
€'"• année. N° 9 Décembre 1890.
EPHÊMÉRIDES
de la Surdi-mutité en France
1. 1861 — Traité passé entre l'Institution des sourds-
muets de Chambéry et lu Congrégation du
Sacré-Cœur pour le maintien des jeunes
sourdes-muettes de l'établissement du Sacré-
Cœur de Chambéry.
3. 1884 — Numéro spécimen du journal: La défense
des sourds-muets, remplacé, en 1887, par
le Courrier français des sourds-muets.
A. 1808 — L'impératrice de Russie Théodorowna
adresse une lettre à l'abbé Sicard, dans la-
quelle elle fait appel aux conseils et aux
lumières du célèbre instituteur pour la
Direction de l'institution de sourds-muets
qu'elle a fondée dans sa campagne de Pan-
lovik.
5. 1817 — Arrêté mini>tériel (Duchâtel) fixant le
rang des fonctionnaires et employés de
l'Institution royale des sourds-muets de
Paris.
6. 1761 — J. R. Péreire est admis a présenter à la
reine Marie Leczinska deux de ses élèves,
le jeune Solier et la petite Marois.
9. 1822 — L'Académie des Sciences approuve un
rapport favorable présenté par un de ses
membres sur un Mémoire intitulé : « L'art
de sonder la trompe d'Eustache simplifié,
— i98 —
avec l'exposé du développement de l'ouïe et
de la parole chez une jeune sourde-muette
par le docteur Deleau.
11. I8i8 — L'Assemblée nationale renvoie au Minis-
tre de la Justice une pétition de Ferdinand
Berthier, demandant des modifications à la
législation , civile et criminelle en faveur
des sourds-muets.
14. 1799 — Première représentation au Théâtre-
français, de L'Abbé de L'Epée comédie his-
torique en cinq actes par Bouilly,
14. 1842 — Les sourds-muets présents à un banquet
commémoratif de la naissance de l'abbé de
l'Epée adressent au Ministre de l'Intérieur
une pétition par laquelle ils lui demandent
l'acquisition par l'Etat d'un tableau de
Frédéric Peyson, représentant les Derniers
moments de CAbbé deVÉpée.
17. 1819 — Visite de la duchesse de Berry à l'institu-
tion des sourds-muets de Paris.
23. 1789 — Mort de l'abbé de l'Epée.
26. 1764 — Saboureux de Fontenay, élève très distin-
gué de J. R, Péreire, écrit à M Ue ***, qui lui
avait demandé « Comment il avait pu ap-
prendre à lire, à écrire, à parler, à s'expli-
quer. » La lettre de Saboureux de Fontenay
est, suivant l'expression de Degérando une
sorte de monument pour l'histoire de l'art
d'instruh'e les sourds-muets.
30. 1845 — L'Académie royale de Lyon, qui avait mis
au concours l'éloge de Degérando, décerne
un prix à M 11 * Octavie Morel, dame profes-
seur à. l'Institution des sourds-muets de
Paris.
31. 1800 — Le docteur Itard est nommé médecin de
l'Institution des sourds-muets de Paris, dont
il devient un des plus généreux bienfaiteurs
— 1W —
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, avec l'autorisation de L'auteur,
par O. Claveau (suite) (1)
De l'L mouillée et de l'N mouillée (2)
Pour faire articuler l'L mouillée par le sourd-muet on
prendra pour point de départ le son LI qui lui est bien
connu et, pour le convertir en L mouillée {çli dans l'or-
thographe italienne), on fera remarquer à l'êléve l'espè-
ce de gargouillement que détermine la prononciation de
cette consonne et qui tient à ce que la langue se rappro-
chant davantage du palais, l'air expiré rencontre une
résistance plus grande pour s'échapper au dehors. D'or-
dinaire on réussira à faire reproduire ce phénomène
lorsqu'ayant porté la main de l'enfant entre le menton
et la gorge du professeur, on lui aura fait percevoir la
(l)Voir la Revue Française du moisde Juin 1890 et mais mivanu.
(2) Ce chapitre intitulé dans le texte original : Combinaisons
SPÉCIALES débute par des détails que nous n'avonspasà reproduire ici sur
les articulations tch et dj figurées dans l'orthographe italienne par c
et g derant e eti et qui neie rencontrent pas dans la prononciation de
notre langue. Nous pensons devoir nous abstenir également de repro-
duire l'exposition du procédé adopté par l'auteur pour l'enseignémen
de l'articulation ch (orthographe française) qu'il fait dériver de l'en-
seignement du tch, procédé qu'il ne sauraitêtre question d'appliquer
dans nos institutions françaises. ^Note du traducteur)
— 200 —
vibration spéciale qu'un toi son engendre sur ce point
0;i ne manquera pas de lui faire observer comment, en
pareil cas, la langue s'appuie contre la voûte palatine
par son extrémité et par sa partie médiane. On pourra
aus^i employer avec fruit le procédé qui consiste à faire
prononcer les mots bâillon tailleur ëtc . , comme s'ils
étaient écrits bâillon tailleur etc. .,en observant les rè
gles que nous donnons ci-après pour la prononciation
des consonnes redoublées.
L'articulation <?iV demande également sinon une étude
spéciale au moins une industrie particulière pour que le
sourd-muet puisse être amené à la prononcer correcte-
ment et clairement. L'expérience montre qu'en partant
du son nia on arrive bien vite et avec beaucoup de faci-
lité à faire prononcer la syllable gna et" autres congénè-
res. En d'autres termes on peut considérer les mots cam-
pagnard, signal comme étantécrits campaniard^ïnial^)
Quand on est arrivé au but par cette voie, il ne faut pas
manquer d'y venir par voie directe en faisant en sorte
que la langue presse partout son bord antérieur contre
les dents supérieures et arrête par ses bords latéraux l'é-
coulement de l'air sur les côtés, que de plus elle s'ap-
(1) Nous avons sollicité et sollicitons de l'auteur la permission de
faire nos réserves personnelles au sujet de l'expédient qui
consiste à Taire dériver l'articulation de Tl et de I'n mouillées des
syllabes u et ni prononcées avec rapidité. Les défectuosités de ce pro-
cédésontpeut-êlra un peu amoindries d^ns la prononciation des mois
italiens lorsque la voyelle que précède ou suit I'l et I'n mouillée
porte l'accent tonique. On peut prétendre que l'effort nécessaire pour
marquer l'accent et en même temps que l'on redouble la consonne
que l'affaiblissement d'une syllabe finale atténuentjusqu'à un certian
point l'imperfection de l'articulation; Mais cette circonstance atténuan-
te ne se présente jamais en français. Nous estimons que dans nos
institutions tout au moins, il n'y a pas d'autre procédé à employer
que le procédé qui existe et qui réussit bien, sous peine de donner aux
élèves une prononciation traînante et des plus désagréable. Nous ne
croyons même pas qu'on spit jamais en droit de laiiser prendre aux
enfants, ue fût-ce que pour commencer, une habitude vicieuse, sauf
à chercher plus ou moins vite par la suite à déraciner cette habitude.
'Note du Traducteur)
— 201 —
puie contre la voûte du palais par la face dorsale de sa
partie extérieure. Dans ce cas la langue ne se meut pas
seulement de haut en bas mais se porte d'arrière en avant
comme en se traînant contre le palais.
Le maitre fera remarquer tout cela sur sa personne
en mettant en jeu le sens delà vue et du toucher de son
élève
Des diphtongues
À la suite de tous les exercices- quej'ai indiqués et qui
forment pour ainsi dire la base du cours d'articulation,
il me paraît important d'arrêter un peu les élèves sur
les assemblages de voyelles qui constituent les diphton-
gues. Cet exercice permettra aussi de préparer l'enfant à
apprécier la panse plus ou moins forte que fait la voix
tantôt sur une voyelle et tantôt sur une autre suivant que
ces voyelles doivent se prononcer longues ou brèves.
Pour arriver à ce but le maître fera poser sur le dos de
sa langue le doigt de son élève et commencera à pronon
cer deux voyelles ( ou, a par exemple) tantôt en les joi-
gnant l'une à l'autre, tantôt en les détachant.
L'eufanl ne tardera pas à s'apercevoir que, dans le
premier cas, les mouvements se succèdent plus rapide-
ment et que l'activité de l'organe est plus forte dans
l'émission de la seconde voyelle que dans celle de la
première; que, dans le second cas, au contraire, c'est-
à-dire quand les voyelles sont détachées l'une de l'autre
c'est tout l'opposé qui arrive. Ce mouvement bien sim-
ple de l'organe vocal ayant été compris, le professeur
exercera l'élève à le répéter d'une seule émission de
souffle autant de fois qu'il sera possible de le faire sans
trop de fatigue. Le maître pourra s'il est nécessaire,
écrire les exercices sur le tableau et, pour les rendre
— 202 —
encore plus faciles, marquer d'un accent la voyelle sur
laquelle doit »e porter l'effort de la voix.
la seconde voyelle plus
marquée, la première
brève,
ou a
ou a
ou a
ou a
ou è
ou è
ou è
ou è
ou i
ou i
ou i
on i
puis
ou a
ou a
ou
ou a
ou è
ou è
ou è
ou è
ou i
ou i
ou i
ou i
la première voyelle plus
marquée.
On fera faire beaucoup d'exercices analogues, variés
à volonté pour délier le plus possible, rendre faciles,
dociles et prompts les mouvements du mécanisme de
l'organe vocal.
Des combinaisons de deux voyelles on 'passera aux
combinaisons de trois voyelles en ayant soin de choisir
celles qui se rencontrent le plus souvent et l'on habi-
tuera l'élève à faire porter la voix tantôt sur la dernière
voyelle, tautôt sur la deuxième, tantôt sur la première
Exemples :
m'a ai& ai&
aia aia aia...,.
&ia aia &la,....
aio aio aio.,...
aio aio aio
aio aio aio
aie aie aie
aie aie aie
aie aie aie..,..
Il ne fandra pas s'étonner si l'on introduit dans le
cour de ces exercices des combinaisons de voyelles qui
— 203 —
se. rencontrent rarement dans un même mot. Il arrive
souvent qu'elles se présentent dans la rencontre de deux
mots successifs dont le premier est terminé par une
voyelle, tandis que l'autre commence par une voyelle
et qui, par leur liaison dans le discours, sont prononcés
comme s'ils ne faisaient qu'un seul mot.
Da la rencontre de plusieurs voyelles semblables.
On pourra fairo exécuter a la suite des exercices qui
viennent d'être indiqués, d'autres exercices dont l'im-
portance n'est pas moins grande et que l'on a à tout
instant l'occasion d'appliquer. Il arrive fréquemment
en italien (beaucoup plus rarement, il est vrai, en
français ) d'avoir à prononcer dans le discours, en les
joignant ensemble, deux mots dont le second commence
par la voyelle qui termine le premier, par ex : II t'amena
à Paris, le trou ouvert &. Dans ces cas et d'autres
semblables, il est facile de remarquer, pour peu d'atten-
tion qu'ony mette, que lesentendants-parlants emploient
pour redoubler la voyelle un moyen des plus simples
qui consista â ouvrir un peu plus la bouche à la seconde
fois. Et, s'ils recourent à cet expédient, c'est pour n'avoir
pas â s'arrêter après avoir prononcé une première fois
la voyelle et reprendre leur soufle pour en arriver à la
Seconde émission de voix , se qui ce produirait si les
parties restaient dans la même position. Il faut faire cela
encore pour qu'il ne se produise pas un à-coup, une inter-
ruption de voix et pour former cette liaison harmonieuse
en vertu de laquelle les deux sons s'unissent et se fon-
dent presque en un seul. Donnons cet exemple à imiter
à nos petits sourds-muets si nous voulons que leur parole
devienne le plus possible semblable à celle des enten-
— Î04 —
dants, et habituons-les à exécuter le mouvement tout à
fait mécanique dont il s'agit en leur proposant des
exercices comme ceux-ci
aa', ah...,
ao, ao.,.,.
ou ou, ou ou..
èè èè
ïi, ïi..,..
On fera de ces exercices autant que l'on jugera néces.
saire d'en faire pour habituer l'organe de l'élève à la
gymnastique qu'ils requièrent, en cherchant à oblenir
que l'enfant prolonge le plus possible l'émission de la
voix sans s'interrompre. Puis on joindra une consonne
à la voyelle, par exemple :
papa, pipa, papa,
bobo, bobo, bobo,
toutou, toutou, toutou
même, même, même
nini, nini, nini
Et tous autres exercices qu'il conviendra au maître
d'instituer,
Du redoublement des consonnes
La langue italienne lait un très fréquent usage de
mots qui présentent un redoublement d'une ou
plusieurs consonnes, redoublement qu'il est nécessaire
- 205 —
de faire sentir d'une façon distincte en parlant (1). Du
moment où le jeune sourd-muet saura pronoucer an
(comme en français Anne ) et ~na il n'en coûtera pas
beaucoup pour lui faire dire.4nrca.Pourqu'ilnetombepas
dans le défaut de dire parexemple en italien ara (autel)
au lieu de arra (gage) ou en français il eut au lieu de
il lut, le maître doit, dés le début, lui faire comprendre
comment on articule la première consonne en portant
la langue ou les lèvres dans la position exigée par cette
consonne pour déterminer le son voyelle qui la précède
et que la seconde consonne est formée par le mouvement
des mêmes organes accommodés ou disposés pour l'émis-
sion du son qui suit. D'où il résulte conséquemment que
le redoublementd'une consonne quelconque s'obtient en
faisant en sorte que la langue ou les lèvres ou ces deux
organes â la fois se maintiennent un instant de plus
dans la position qu'ils prennent pour l'articulation de la
consonne simple . Tout cela n'est pas bien difficile à taire
saisir à l'élève, parce qu'il n'y a là rien de nouveau,
parce qu'il ne s'agit que d'harmoniser entre eux des
mouvements et des sons connus. Ici encore il suffira de
faire appel aux sens de la vue et du toucher pour faire
remarquer la position à prendre par la langue et par
les lèvres, aussi bien que pour faire apprécier la pause,
l'appui plus grands que réclame le redoublement du son.
Les exercices à exécuter pourront être du genre des
suivants :
(1) La prononciation française ne fait sentir le redoublement det con-
sonnes dans le corp'? de* mots que dans des cas tout à fait exception-
nels (Allocution, illusion, imminent, immoler, annihiler, annoter, hor-
reur, terreur), mais il n'est pas rare de trouver des consonnes re
doublées dans la liaison des mots (Exemples: il l'a dit,il l'eùtfait, cou*
rir rapidement, avec calme), bien qu'on doive chercher dans l'intérêt
de l'euphonie à éviter autant que possible ces rencontres d'articula-
ti one sembla bis.
Note du traducteur
— 206 -
alla, alto, allé alli....
olla, ollo, ollé, olli
atta,
atto
atté,
atti —
appa,
appo,
appè
appi.. .
ossa,
osso,
ossé,
ossi. . . .
Puis ensuite
colla, collo, collé, colli,
dalla, dallo, dallé, dalli,
gatta, gatto, gatté, gatti,
ratta, ratto. ratté, ratti,
En dehors de ce qui concerne le redoublement d'une
même consonne, nous aurons aussi à porter notre atten
tion sur lamanière de réunir deux consonnes différentes
qui, se trouvant dans le même mot, ne font point partie de
la même syllabe. Dans les mots vofte-fa.ce, corde par
exemple et beaucoup d'autres les consonnes l de volte e
r de corde doivent se prononcer avec l'ouverture de
bouche nécessaire pour vo et pour co a,t il faut, avant de
déplacer la langue commencer l'articulation de la syllabe
qui vient après, à savoir te, de. Si la langue se déplaçait
ne fût-ce qu'un peu l'on entendrait vole-te core-de
Il faudra faire prononcer ensuite par les élèves un
grand nombre de combinatsons -variées en ayant soin de
fonder toujoars ces exercices sur ce qui a été enseigné
par exemple :
tatoua tatouo tatoué tatoui
tattoua tattouo tattouè tattoui
papoua papouo papoue papoul
pappoua pappouo pappouè pappoui
laloua lalouo lalouê laloui
l alloua lallouo lallouê lollout
capoua capouo capouè capoui
cappoua cappouo cappoué cappoui.
— 207 —
Dès que le maître verra ses élèves familiarisés avec
la prononciation franche et prompte de combinaisons de.
ce genre, il pourra, après avoir jeté un rapide coup-
d'œil sur ce qui a été fait et s'être assuré que tout mar-
che régulièrement, passer à l'enseignement des com-
binaisons qu'il reste à faire connaître.
Des syllabes composées ou complexes
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que des sons
voyelles et des syllabes simples. Il est temps d'aborder
l'articulation des syllabes composées pour terminer
l'étude des combinaisons qui concourent à la formation
des mots. On appelle syllabes composées celles dans les
quelles la voyelle se trouve précédée de deux ou trois
consonnes. Eu égard au mode et au nombre dans lequel
elles s'assemblent ou s'unissent, on les divise en deux
grandes catégories bien distinctes. La première catégo-
rie comprend toutes les articulations où la voyelle est
précédée de deux consonnes et la seconde articulation
où la voyelle est précédée de trois consonnes.
Les principaux groupes de consonnes que l'on ren
contre dans la première de ces catégories sont .
Bl, br, cl, cr, dr, fl, fr, gl, gr, pi, pr, tr, se, (sft), sp, su
Sb, sd, sf, $g, si, sm, sn, s?\ s«.(l)
Les nombreuses combinaisons qu'on peut réaliser en
joignant chacune des voyelles à ces divers groupes de
consonnes s'articulent d'après la môme loi et il suffira de
formuler pour cela un petit nombres de règles générales
Pour réussir à prononcer les combinaisons dont i*
s'agit, il faut faire en sorte que le passage de la pre-
mière à la- seconde s'exécute par degrés, sans à-coup
(1) Les articulations qui figurent dans cette ligne ne seprésenten'
pas dans la langue française comme tormaut une senle et m4me syl,
labearec une voyelle qui suit
Note du traducteur
— 208. —
ni interruption de . mouvement et avec une certaine
promptitude et que le son voyelle qui doit leur servir
d'appui ne se fasse sentir qu'après la seeonde consonne f
A cet effet, il faut, en prononçant la première des deux
consonnnes, employer moins d'énergie qu'on n'en met-
trait si l'on devait l'articuler toute seule et, en outre»
veillera ce que pendant l'articulation de cette consonne
la langue ou les lèvres viennent prendre la position re-
quise pour la seconde consonne sans qu'il se fasse aucune
modification dans le degré d'ouverture des rangées de
dents. Si l'une ou t'autre de ces combinaisons n'était
par remplir, la syllabe ou l'articulation en arriverait,
pour ainsi dire à se démembrer et un son voyelle s'inter-
calerait entre les deux consonnes. Si par exemple, en
prononçant Ma, dra, cla, on mettait à articuler les con-
sonnes b, d, c, la même énergie que pour les
suivantes, ou si l'on ne donnait pas à temps à la langue
la position voulue pour l'£ ou pour YR, c'est à dire pour
la seconde consonne, on entendrait au lieu de Ma, dra
cla, b>ila, dara, cala.
Pour parvenir à faire sentir et apprécier par l'élèv 6
le mouvement délicat et très simple à l'aide duquel s'exé
ente le passage d'une consonne à une autre en la manière
requise le maître pourra, comme d'habitude, mettre à
contribution les sens de la vue et du toucher et, s'il sai
bien s'en servir, il ne rencontrera que très peu de diffi-
cultés. On fera venir l'enfant devant soi au moment où
l'on voudra se disposer â émettre l'une des articulations
ci-dessus et commençant par les plus faciles, on mon-
trera à l'enfant la position que va prendre la bouche, en
lui faisant en même temps porter une main sur la partie
de l'organe vocal où se font le mieux sentir les. conson-
nes à prononcer. On articulera d'abord d'une manière
très marquée et facile apercevoir et, dès que l'on verra
que l'enfant s'est rendu compte dans une certaine
mesure de la nouvelle façon d'agir, on l'engagera à la
reproduire, résultat qui sera certainement atteint après
quelques tentatives. Au fur et à mesure que l'élève ac-
-, 209 —
querra de l'assurance et de la facilité, le. maître l'exer-
cera beaucoup à prononcer et à lire sur les lèvres toutes
les combinaisons que l'on peut former arec les groupes
de consonne ci-dessus indiqués, en suivant à peu pfès
l'ordre que voici :
bla, 6/0, blow, ble, bli,
bra, bro, brou, brê, bri,
cla, clo, clou, clé, cli,
cra, cro, crou, cré, cri,
dra, dro, drou, ' Are, dri,
fia, flo, flou flé fli
fra. fro, frou, fré, fri
Il faut prendre soin de" faire prononcer à l'élève le
plus grand nombre possible de syllabes d!une même
émission de souffle, sans pourtant lui imposer un trop
grand effort et sans trop le fatiguer. On cherche-
ra en même temps à lui faire apporter dans l'éxecution
une certaine agilité pour développer et mettre davan-
tage en action les poumons, pour délier et rendre de
plus en plus prompts les mouvements de l'organe
La seconde série des syllabes composéescelle des syl.
labes formées avec une voyelle précédée de trois con-
sonnes est constituée par les groupes ou assemblages
suivants, qui d'ailleurs ne se rencontrent que très rare-
ment ou même jamais pour la plupart dans la pronon-
ciation du français, comme faisant partie de la même
syllabe.
Sbl, sbr, sel, scr, sdr, sfl, sfr, sgl, sgr. spl. spr, str.
Il est facile de voir que ces nouveaux groupes ne sont
qu'une partie des précédents auxquels s'adjoint une S.
Aussi,pour arriver aies bien prononcer, pourrons-nous
bornerl'effortde notre attention à étudier le mode d'ar-
ticulation de Vs et la manière dont on doit unir conson-
ne aux suivantes.La première condition à réaliser et que
la langue ait pris sa véritable position et reste un
peu en arriére pour laisser un espace suffisant à la for-
— 218 —
maflôn déi' autres consonnes, spécialement s'il s'agit^
tfedèhtâlels; il faut que l'extrémité de la langue sQit.oour-
tfée' enbas et qu'en prononçant VS on ne laisse point
s'arrêter le sifflement de cette consonne jusqu'à ce que
la langue et ies lèvres aient pris la position voulue pour
ia consonne suivante. Ainsi, pour enseigner à l'enfant
la syllabe stra on lui fera mettre la langue dans la po-
sition voulue pour prononcer l'5,on l'invitera à articu-
ler légèrement cette consonne et avant que le sifflement
ne soit arrêté on*fera en sorte que l'élève porte la lan-
gue au point et dans la position que requiert l'articula-
tion du t puis celle de 1' r à la suite de laquelle se trou-
ve la voyelle a voyelle sur laquelle ces trois mouvements
vont s'appuyer pour engendrer une seule articulation ou
Son commun.il est évident que ces passages doiventêtre
rapides et, pour ainsi dire instantanés, afin qu'il ne se
produise pas entre eux d'interruption et qu'ils soient
en même temps doux et naturels.
Fin de la première partie
( A suivre )
SI
STATISTIQUE
Des Institutions Françaises de sourds-muets
Notre dernier avis, au sujet de la statistique, des
institutions françaises, nous a bien amené le renvoi de
quelques nouvelles feuilles de statistique, ce qui ne nous
permet pas cependant de dresser une liste complète^ de
nos institutions.
N'ayant pas de renseignements sur toutes nos écoles
et ceux que nous avons reçus ne nous donnant par des
chiffres à la même époque nous n'avons pas cru pouvoir
donner une statistique • exacte. Nous venons prier â
nouveau chacun des directeurs de nos institutions de
vouloir bien remplir la feuille qu'ils trouveront ci-inclus
dans ce numéro.
Nous leur serions reconnaissants de nous donner la
situation de leur école au ï eT Décembre 1890 et de vou-
loir bien nous renvoyer cette feuillele plus tôt possible.
Il voudront bien remplir le tableau suivant :
'institution de __.
Directeur^ _ „ .
professeurs — , élèves — classes
Méthode -
-Boursiers ; Durée de la Bourse.
— 212 —
Exemple :
Institution de Clermont-Ferrand (Puy de Dôme)
Directeur : Frère Jovlnien des frères de St-Gdbriel
4 professeurs — 4 classes — 30 élèves
Méthode orale pure
17 Boursiers. Durée des bourses : Puy de Dôme 6 ans,
Corrèze 8 ans
UNE FÊTE DE SOURDS-MUETS
Nous lisons dans un journal de Montpellier :
«Dès le samedi 29 et dans la matinée de dimanche 30 no-
vembre arrivaient à Montpellier les sourds-muets des
départementsdel'Aude.duGard, deVaucluse,de la Lozè-
re, des Bouches-du-Rhône. qui venaient se joindre à ceux
de l'Hérault pour célébrer le 178' anniversaire de la
naissance de leur maître et vénéré bienfaiteur l'abbé
de l'Epée.
Les arrivants étaient conduits dans une salle du café
du Peyrou, cercle des Sourds-Muets, ou les présenta-
tions eurent lieu.
A midi, messe à la cathédrale, puis visite au musée où
les Sourds-muets ont recherché avec empressement les
peintures de Frédéric Pej>son de Montpellier, un de
leurs frères en mutisme, qui s'est fait une grande répu-
tation comme artiste peintre.
Ils se sont arrêtés, surtout devant le tableau repi'ésen-
tant les derniers moments de l'Abbé de l'Épée, du à ce
peintre célèbre.
— 213 —
Dans la cpur intérieure du musée, un photographe a
fait poser les Sourds-muets devant son objectif et les a
photographiés en groupe.
Après avoir admiré les monuments de la ville, les
Sourds-Muets se sont réunis à six heures et demie du
soir à l'hôtel où les attendait le banquet traditionnel.
M. Gigounier-Nachor, qui avait été élu président à
l'unanimité, a pris place à la table d'honneur, ainsi que
M. 1). Bras nommé président d'honneur, ayant à leur
côté le doyen des Sourds-Muets de Montpellier et de la
région, M. Antoine Pages, âgé de quatre-vingts ans. Les
deux vices-présidents: MM. Pongy et Auran, de Nimes
avec le commissaire, M. Hours, étaient également à la
table d'honneur.
Le Président a ouvert la série des toasts en mimant un
discours dans lequel il souhaite la bienvenue à ses con-
frères les sourds-muets et les remercie de l'avoir nom-
mé président de la fête, honneur auquel il est très sen-
sible.
Il a parlé de l'abbé de l'Epée et du célèbre tableau de
Peyson représentant les derniers moments de leur bien-
faiteur tableau qui se trouve à Pariset dont le musée de
Montpellier possède l'esquisse original
Après le président M. Pongy de Nimes a par des sigues
rendu hommage àl'abbé de l'Épêe etaraconté son histoh'e
il a parlé des différentes écoles des sourds-muets d'Eu-
rope et d'Amérique et a terminé en disant que le nom
de l'abbé de l'Epée ne s'oublira jamais.
M. Auran de Nimes dit par geste que avant l'abbé de
l'Epée les sourds-muets étaient exclus de la société. Un
père de famille qui avait un enfant atteint de cette infir-
mité le déshéritait au profit d'un autre parent. Les
sourds-muets n'avaient pas le droitde prendre le titre de
citoyen. Il a terminé son discours en disant: Honneur à
l'abbé de l'Epée.
Tous lessourds-muets.se ,sont.leyés,et„pnt répondu: Vi-
ve l'abbé de l'Epée notre libérateur.
— 2i4 —
Après le banquet, dans une salle du café du Peyron
M, Auran Pongy Hours et Rabbia ont récité par signesdes
fables, des histoires. Ils se sont parfaitemeut fait com-
prendre même parles mas sieursetles dames invités à
cettepartiede la tête.
M. Giriat, de Cette, qui a étudié toutes leslois concer-
nant les sourds-muots a fait savoir par signes très expres-
sifs que, esclaves avant la Révolution la Révolution les
a rendus citoyens et les a fait entrer dans la société.
Tous les orateurs ont danseurs discours remercié et
félicité l'organisateur de la fête, ainsi que M. Bras qui
l'avait aidé dans cette difficile tâche,
Tous les sourds-muets snt voté des remercïments aux
généreux bienfaiteurs et bienfaitrices pui avaient bien
voulu contribuer par leurs dons à l'éclat de cette fête
et ils se sont séparés en se disant: au revoir â l'année
prochaine nous reveiendrons plus nombreux. »
Nous pouvons ajouter que c'est au zèle intelligent et
au dévouement de M. Ginouvier que cette fête à dû sa re-
marquable organisation M. Ginouvier est un artiste pein-
tre qui s'iuspire des nobles sentiments de son célèbre
compatriote Frédéric Pej son et qui est en quelque sorte
l'âme des sourds-muets du Midi il n'a pas été seulement
proclamé président de la fête dont on vient de lire le
récit par ses frères reconnaissants nous avons appris
qu'à la fin du banquet M. Bras président de l'Académie
poétique du Midi lui a annoncé au nom de cette acadé.
mie sa nomination en qualité de membre d'Honneur et
lui a remis aux applaudissements de toute l'assistance
les insignes et le diplôme Qu'il en reçoive les félicitations
de ses frères de Paris.
Th.D
— 115 —
CONGRÈS INTERNATIONAL
DES SOURDS MUETS DE 1889
— Nous avons promis à nos lecteurs lie leur donner un
compte-rendu du Congrès international des sourds-
muets qui s'est tenu l'année dernière â Paris, nous ve-
nons de recevoir le volume et nous nous empres-
sons de tenir parole.
La mode est aux Congrès, nous en avons vu de toutes
sortes, et depuis longtemps déjà, les professeurs de
sourds-muets ont eu les-leurs; Congrès internationaux
Congrès nationaux, Conférences, etc. , ils semblent se
se reposer un peu, aujourd'hui, et nous ne voyons guère
& l'horizon que celui qui doit se tenir eu France en 1893 ,
une période de 8 années le séparant du dernier.
Les sourds-muets ont voulu, eux aussi, avoir le leur, .
international pour leur début, hâtons-nous de dire,
qu'il a fort bien réussi et que les organisateurs n'ont .
eu qu'à se flatter de leur idée.
N'était-ce pas d'ailleurs une idée originale que de
réunir à Paris au moment ou s'ouvrait une exposition
universelle et 100 ans après la mort du fondateur de
notre enseignement, des sourds.-muets veuant des dif-
férentes parties du monde affirmer leur reconnaissance
pour celui qui les avait sauvés et témoigner des résultats
obtenus après un siècle d'efforts par les successeurs du
Majtre vénéré.
Nous avons donné ici la circulaire adressée par
l'Association amicale dss sonrds-muets qui avait pris
linitiative de cette Assemblée. (1)
(1) Voir Revue française 5 e année
— 216 —
Près de 200 personnes prenaient part au Congrès qui
s'ouvrait à Paris, Mairie du VI m * Arrondissement le 10
Juillet 1889 à 8 h. ]/2 du soir.
M. Hugot, sénateur voulut bien accepter la présiden-
ce d'honneur, et le président effectif fut M. Dusuzeau
ancien professeur à l'Institution Nationale de Paris.
Nous avons déjà donné ici les deux discours d'ouver-
ture de M. Chambellan et de M. le Sénateur Hugot. (2)
La première question qui devait être traitée avait
pour titre : Le sourd-muet dans la société sa situation
morale et matérielle dans les diverses parties du monde
Les orateurs qui traitent cette question s'attachent tous
â démontrer la nécessité du langage des signes pour
le sourd-mnet, ce serait aux entendants parlants à ap-
prendre le langage des signes. M. Benj. Dubois fait re-
marquer qu'on est sorti de la question pour s'occuper
de la méthode à suivre; si nous en croyons le compte-
r3ndu, nous pensons qu'elle n'a même pas été effleurée
Deuxième question : Le sourd-muetau travail, profes-
sions exercées. Après avoir constaté la nécessité d'un
easeignement professionnel qui mette le sourd-muet en
état de gagner sa vie, on a fait remarquer les difficul-
tés qu'il rencontre dans les ateliers par suite de son in-
firmité, on énumère les principales professions qu'il
peut exercer, professions manuelles et artistiques, M.
Chambellan constate l'éloignement du sourd-muet de
toute le„ administrations de l'Etat. On demande pour finir
la fondation d'écoles professionnelles pour les sourds-
muets.
Vient ensuite une question fort intéressante : Le
sourd-muet en famille. — Mariages. — Enfants. Nos
confrères se rappellent le mémoire de Graham Bell, à
propos de la formation d'une race humaine privée de
l'ouïe et de la parole, ils n'ont pas oublié que cet auteur
(1) Voir Bévue française 5 e année
— 2-17 —
voulaifdéfendre par une loi en Amérique les mariages
entre sourds-muets, Il était fort curieux de voir des
sourds-muets traiter eux-mêmes cette question, sept
orateurs ont pris part â la discussion, ce sujet a été
traitée d'une façon très élevée par notre ancien collè-
gue M. Dusuzeau. Certainement les mariages entre
sourds.muets peuvent produire des enfants sourds'
mais d'après M. Fox, un américain, les statistiques sur
lesquelles s'appuient le professeur Graham Bell ne
prouveraient pas la vérité de ses suppositions; le cas
d'enfants sourds ne serait aussi qu'une exception et
n~n une loi. Les orateurs le prouvent par des fait6.
Tous d'ailleurs montrent les inconvénients réels des
mariages mixtes et si les ménages de sourds ne sont
pas toujours heureux, il y a. à leur avis dans ces unious
de plus grandes chances de bonheur.
Remarquons cependant d'après les statistiques officiel-
les (voir l'étude si intéressante de M. Corniè sur l'Ins-
titution Nationale de Bordeaux ) que les sourdes-muet-
tes se marient fort peu et qu'alors ?
Les sourds-muets ont constaté avec plaisir en traitant
la question suivante: Le sourd-muet et les lois de son
pays, que grâce à l'Abbé de l'Épée et à ses successeurs,
il était devenu dans tous les pays l'égal de chaque
citoyen devant la loi. On a bien protesté un peu contre
l'nsage des interprètes; mais les deux orateurs qui trai-
taient cette question ne doivent pas oublier qu'il existe
des sourds-muets peu intelligents, peu instruits et que
la justice a le devoir de s'entourerde toutes les lumières
possible afin de rendre aussi à ces malheureux la loi
égale pour tous.
Nous ne parlerans pas de la dernière question traitée:
Les Bienfaiteurs des sourds-muets, la liste en serait trop
longue.
Comme conclusion, le Congrès a adopté les déclarations
suivantes :
— 218 —
Considérant que du fait de l'instruction qu'ils ont reçue,
les sourds-muets ici présents ont l'esprit suffisamment
éclairépour avoir le droit imprescriptible de donner leur
avis dans les choses qui les concernent;
Considérant que tout système qu'on à essayé de subs-
tituer à celui de l'abbé de l'Epée a produit des résultats
inférieurs;
Le Congrès proclame l'infaillibilité de la méthode de
l'abbè de l'Epée qui, sans exclure l'emploi de la parole
admet que la langue mimique est l'instrument le plus
propre à développer l'intelligence du sourd-muet,
Le Congrès pense qu'il y a lieu de classer les élèves en
deux catégories : 1° ceux qui sont devenu complètement
sourds-muets par acoident ou qui ont conservé un reste
d'audition ; 2° las sourds-muèts de naissance.
L'enseignemeut de la parole sera donné suivant les
aptitudes individuelles, mais en aucun cas le langage
des signes ne sera mis à l'écart
En outre, le Congrès émet le vœu :
1° Que des écoles professionnel soient créées pour les
sourds-muets, ou qu'ils achèvent leur apprentissage hors
des institutions: qu'aucunapprenti n'en sorte sans connaî-
tre suffisamment son état pour soutenir la concurrence:
(faire autrement ce serait les vouer à la misère)
2° Que les pouvoirs publics, dont la sollicitude doit s'e
tendra également à tous les citoyens, confient aux
sourds-muets les emplois qu'ils sont capables de remplir
dansles institutions ou dans les admiaistrntions,et cela au
nom de la justice égale pour tous , Comme les
autres hommet, les sourds-muets ont droit à l'existence.
Le congrès est convaincu que lesmariages entre sourds-
muets présentent plus de chances de bonheur que les ma-
riages mixtes, c'est-à-dire que lesmariages entre sourds-
muets et parlantes ou entre parlants et sourdes-muettes
Si de ces unions naissent quelquefois des enfants sourds
— 219 —
muets, on ne peut affirmer que telle en est la véritable
cause, d'autant pi us qu'il esL impossible de dire pourquoi
lés mêmes accidents surviennent dans lei mariages
entre parlants
Le Congrès clôt ses séances aux cris de Vive la France
Vive l'abbé de l'Epée? vive l'émancipation des sourds-
Muets.
Nous ne savons si l'avenir nous ï*éserve de sitôt un
deuxième Congrès de sourds-muets, nous sommes loin
de contester à nos frères sourds le droit de s'occuper de
leur avenir, de leurs intérêts, et de leur bonheur,
Nous pensons cependant qu'ils s'écartaient de leur
route en cherchans à donner leur avis sur la meilleure
méthode à suivre en vue de l'instruction de leurs frères
Il s'agissait d'unCongi'ès de sourds instruits parla métho-
de des signes,si dans la suite nous avions un Congrès de
sourds instruits par la méthode orale pure,peut-être arri-
verions nous âdes conclusions différentes. D'ailleurs les
uns pas plus que les autres n'ont le droit d'entraver le
progrès, je ne sache pas que l'abbé de l'Épée ait été
inventé par un sourd et si dans l'avenir ou trouvait un
moyen de rendre l'ouïe aux sourds, ceux-ci auraient-ils
le droit de refuser ?
Pour nous, dans cette réunion, nous n'avons voulu
voir que les accents de la reconnaissance s'élevant
vers celui qui a rendu' le sourd-muet à lui-même. Est-
il rien de plus touchant que de voir ces hommes de na-
tionalités si différentes, s'unissant pour redire à la face du
monde que l'abbé de l'Épée a été leur sauveur, que la
reconnaisance de ses enfants sera éternelle et que sa
mémoire vivra à jamais dans leur cœur.
Ad, Bélanger
— 220
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Le Dictionnaire Larousse dans une nouvelle édition
(1890)la82', donne entête du volume, page 11, l'alphabet
des sourds-muets et page 10 celui des aveugles. Il est re.
grettable que cette innovation arrive précisément au
moment ou cet alphabet devient inutile par suite de l'ap-
plication de la méthode orale pure dans nos institu-
tions françaises.
Signalons parmi les 500 portraits qui ornent la deuxiè-
me partie du dictionnaire celui de l'âbbé de l'Épée. (Avis
aux collectionneurs).
Nous prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement
se termine au mois de Décembre de vouloir bien le
renouveler au plus tôt.
Le mode le plus simple est l'envoi d'un mandat poste.
Abonnement pour la France i an prix 9 fr.
— — l'Etranger 1 an — 10 fr.
En vente au bureau de là Revue, chez M. Eug.
BÉLANGER imprimeur Gérant, la collection de la
Revue française.
Cette collection comprend :
Première année . Prix 4 fr.
Deuxième — — 9 fr.
Troisième — — 9 fr.
Quatrième — — 9 fr.
Cinquième — — 9 fr.
L "imprimeur-gérant E. Bélanger 225, rue St-Jacques
REVUE FRANÇAISE r
de. l'Éducation des Sourds-Muets
6 m « annéei N°'K) Janvier 1891.
HPÊLEMÉÉÏBES
de «la' Surdi-mutité en France
JANVIER
1. 1874: — Création du Rulletin de la Société cen-
trale d'éducation et d'assistance pour les
sourds-muets en France. Cette Revue tri-
mestrielle a paru pendant trois années.
5, 1795. — Loi de la Convention qui maintient et
conserve les deux institutions de sourds-
muets de Paris et de Bordeaux. Ceite loi
annule un décret du '28 juin 1794 par lequel
la Convention avait décidé, sur le l'apport
de Roger-Ducos, qu'il serait établi six éco-
les de sourds-muets sur divers points de la
République. Elle met également à néant le
rapport et le projet de décret, présentés
parMaignet, sur l'organisation de ces six
établissements etsur celle d'une école cen-
trale pourl'instructinndes professeurs.
6, 1S4.7. — M. Wilhorgne soumet aux professeurs
de l'Institution des sourds\muets de Paris
un nouveau système d'écriture manuelle,
qu'il nomme Dactylographie et qui, suivant
lui, aurait remplacé avantageusement la
Dactylogie.
7. 1750. — J. R. Péreire est admis à présenter au
roi Louis XV, son élève d'Azy d'Etavigny.
— 222 —
12. 1845. — Mort de l'abbé Jamet, ancien recteur de
l'Académie de Caen, supérieur général de
la Congrégation du Bon-Sauveur, fondateur
et directeur de l'institution des sourds-
muets de Caen.
13. 1751. — J. R. Péreire présente à l'Académie
loyale des Sciences, son élève Saboureux
de ^Fontenay, dont l'éducation avait été
ébauchée, dès 1746, par un entrepreneur
de bâtiments à Ganges, nommé Lucas.
14. 1800. — L'abbé Sicard, bénéficiant du rappel
d'un certain nombre de personnages pros-
crits par nu arrêté du Directoire du 5 sep-
tembre 17D7, annonce à Bouilly, auteur
dramatique, qu'il vient de sortir de sa
retraite du faubourg Saint-Marceau, pour
reprendre ses fonctions à l'institution des
, sourds-muets. La grâce de Sicard était due,
en grande partie, à l'impression que Bona-
parte avait emportée d'une représentation
de l'abbé de VÉpée, de Jiouilly.
18. 1874:. — Monseigneur Freppel, évêque d'Angers,
prononce, dans l'église Sainte-Clotilde, un
discours en faveur de la Société centrale
d'éducation et d'assistance pour les sourds-
muets.
20. 1751. Diderot envoie à l'impression le manus-
crit de sa « Lettre sur les sourds-muets à ■
l'usage de ceux qui entendent et qui parlent.
22. 1761. — Ernaud, rival de J. R. Péreire, présente
à l'Académie des Sciences, un mémoire sur
les sourds-muets et sur l'application de sa
méthode pour les iustruiro. Il avait pré-
senté à cette Compagnie, en 1757, son élève
le jeune Franck, neveu du chevalier d'Arcy.
A la fin de 1762, Péreire remit àl'Académie
une réponse au mémoire d'Ernaud,
— 223 —
25. 1800. — L'abbé Sicard, qui venait de rentrera
l'Institution des sourds-muets, donne sa
première séance et revoit ses élèves dont il
avait été éloigné depuis-2S mois.
27. 1721, — Buffon,Forrein et Mairan présentent à
l'Académie des Sciences un rapport sur les
progrés qu'ils ont été appelés à constater
chez le sourd-muet Saboureux de Fontenay,
élève dej. R. Pèreire. Les mêmes rappor-
teurs avaient été chargés, en juillet 1749,
d'examiner un autre élève, le jeune d'Azy
d'Ètavigny.
30. 1844. — Arrîtde la Cour de Cassation déclarant
valable une* donation entre-vifs faite par un
sourd-muet illettré, dont les' intentions ont
été clairement manifestées à l'aide du lan-
gage des gestes.
31. 1875. — Représentation, au théâtre de la Porte
Saint-Martin, avee Conférence de M, Ad.
Franck, de l'Abbé de l'Epée, drame histori-
que par.Bouilly.
(A suivre)
-r*224 —
GUIDEE POUR rENSMGiWTOT'DEVLr PAttTOl
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola* de Sienne
traduit de V.italien, aoec l'autorisation •■• de Cauteur,
par O. Claveau ($utte)
SECONDE PARTIE (1)
De la réunion des syllabes en mots et des mots en
propositions* phrases et porioa.es.
De même que nous avons eu à enseigner un à un au
petit sourd-muet les sons élémentaires de la parole,
ainsi est-il nécessaire de l'habituer par industrie et peu
àpeu à lier ensemble ces éléments pour former les mots
et par suite les propositions et les phrases. Si l'on négli-
geait cet exercice dans renseignement, on s'exposerait
à subir de graves et amers mécomptes et à perdre le
meilleur fruit de ses peines. Plus d'une fois je me suis
entendu dire et répéter, même par les personnes les plus
considérables sous tous les rapports, que la voix de bien
des sourds-mnets perd graduellementde son intensité et
de son naturel à mesure que l'on passe des syllabes aux
mots, des mots aux propositions et qu'elle dégénéra
bien plus encore quand on arrive à la formation des
périodes. Comme ce phénomène ne se produit pas chez
les entendants, on ne devrait pas, ce semble, le rencon-
trer davantage chez les sourds-muets, puisque les orga-
nes de ceux-ci ne sont pas faits autrement.
Et, comme il n'y a pas d'effet sans cause, il y a une
(1) Le pra:nier chipitre de cette seconde partie est consacré dans
le texte original à l'accent tonique et ne saurait avoir qu'an iutérèt
secondaire pour les maîtres français. On a cru devoir l'omettre ici pour
cette raison. (Note du Traducteur)
— S25 —
«asuse à cela.-' taie cause: que nous àVôtis le devoir de
rechercherons à' pas et par-tous les moyens posSrfrTes .
H est des personnes qui veulent la trouver 1 dans la mue d e
la voix ; mais cette raison ne saurait nous satisfaire, car
si telb était l'origine du défaut dont il s'agit, ce défaut ne
devrait pas se révéler dans" le passage des syllabes aux.
mots, mais seulem3nt à l'époque -de la puberté et non
pas à mesure qu'on avance* dans le cours d'enseigne-
ment. Je soupçonne que le malheur provient en grande
partie de ce qu'on n'a pas suffisamment insisté, comme il
arrive bien souvent, sur l'étude de la liaison des mots.
En réfléchissant bien, nous voyons que ce n'est pas la
même chose de prononce; 1 d'abord ba, puis teau ou de
prononcer bateuu d'un seul jet. Il en est de même de la
liaison des mots entre eux ; dire : Pierre — se — rend —
à — l'école n'est pas la même chose que de dire Pierre
sereni à l'école, que de prononcer la phrase d'une
haleine ou d'un seul coup, au lieu de s'y reprendre à
quatre fois.
Pour prononcer un mot de deux, trois, quatre sylla-
bes d'une seule émission de souffle, il faut au sourd-
muet une force de respiration deux, trois, quatre fois
plus grande (1). Il en faut dire autant lorsqu'il s'agit
pour lui de prononcer plusieurs mots. Les dire l'un après
l'autre sans s'arrêter ni reprendre haleine lui sera plus
difficile que de les prononcer un à un. Si l'élève ayant à
prononcer le mot commandement, par exemple, a la
liberté d'articuler syllabe à syllabe, il pourra prendre
haleine, c'est-à-dire inspirer quatre fois, s'il ld veut, tan-
dis qu'il faut prononcer le mot tout entier d'une haleine
pour lier et pour fondre ensemble les quatre sons. Si le
'1} L'auteur pirle évidemment ici, comme la suite le lira voir, du
sourd d.ïu'JTISB mais qui est encore loin du terme de son cours d'éludés
u dont l'instruction est restée incomplète et qui n'a pas été suffi-
samment exercé à lier les syllabes et les mots. Tout le souffle de
chaque expiration se dépense sur un petit nombre de syllabes. De là
une déperdition de forces tout à fait désastreuse pour la personne
qui parle en même temps qu'une fatigue réelle pour l'auditeur,
' (Note fltf Traducteur
— 226 —
sourd-muet doit 'énoncer les mots suivants : Le pre-
mier des commandements,- il trouvera heaucoup»
plus aisé de se reposer cinq, six, huit fois au lieu d'une.
Cependant, pour que l'on puisse dire que ces, mots
ont été prononcés d'une manière humaine, convenable,
il faut qu'ils soient dits d'une seule émission de voix, de
souffle. Cest ce que le sourd-muet ne fera jamais s'il n'y
a pas été préparé graduellement et habitué au moyen
d'exercices bien choisis. Aussi tous les professeurs de
sourds-muets et spécialement ceux qui sont chargés
d'enseigner l'articulation doivent-ils faire grande atten-
tion à ce que leurs élèves, quand ils ont à prononcer des
mots et des phrases, ouvrent .bien leurs poumons à l'air
et cela de la manière la plus naturelle, la plus conforme
à ce qui se passe pour chacun de nous. Il ne faut jamais
permettre que les sourds-muets emploient en parlant
cette façonhachée, sautillante, procédant par a-coupsqui
produitsur l'audition une impression si désagréable et si
pénible. 11 faut dès le début habituer les élèves àpronon-
cerles mots et les phrases àvoix égale, simple et naturelle
et, si on lus achemine vers ce but par degrés, au furet
à mesure qu'ils avancent dans l'étude de la parole arti-
ficielle aussi bien que dans le cours de l'instruction
générale, toujours à l'aide d'exercices bien appropriés,
jamais en les lorçant, on ne rencontrera pas de difficul-
tés. Le succès s'obtiendra même aisément, les élèves
s'habituant àse servir convenablement de leurs poumons,
à débiter avec règle et mesure la quantité d'air néces-
saire pour la production de chaque son, â ne pas la
dépenser toute entière sur les premières syllabes. Au-
trement, ils seront exposés à rester court quand il s'agira
de continuer, obligés qu'ils seront de reprendre haleine,
d'où résulte ce parler pénible, ingrat, qui, les besoins et
les difficultés s'accroissant, finit par devenir inintelli-
gible.
La gymnastique des poumons, l'extension ou la durée
de l'expiration sont, nous ne saurions trop le répéter,
la chose la plus essentielle pour la prononciation et, ai
— 227 —
la prononciation est incomplète ou viciée, nous ne
pourrons conce/oir- l'espérance de conduire l'éducation
à bonne fin. A mesure rpie l'instruction avance, que le
langage se développe, les besoins augmentent, les difu'-
cultés auss.i et les embarras, et si la prononciation ne
repose pas sur des bases bien établies, se prêtant à un
développement large et naturel, la parole des jeunes
gens, au lieu de prendre de la force, du moelleux et de
la souplesse, dépérira de plus eu plus, selon l'observa-
tion qui en a été faite, comme nous l'avons dit, par
beaucoup de personnes. On n'insistera donc jamais assez
sur la nécessité do la gymnastique pulmonaire, sur la liai-
son graduelle et naturelle des sons, spécialement dans
le cours préparatoire ou cours d'articulation. Si, dans
cette période, nous ne pouvons faire prononcer de lon-
gues propositions ou de longues phrases, nous supplée-
rons à cet exercice en faisant répéter plusieurs fois,
tout dune haleine, un seul et même mot. Dans l'instruc-
tion du sourd-muet tout est effet de l'art et, de même
que c'est par artifice que, nous lui enseignons à faire le
premier pas, à savoir l'articulation de la syllabe, nous
devons par le mémo moyen lui enseignera faire le
second pas, le troisième, le quatrième, nous aidant de
l'art pour acheminer constamment l'élève vers l'imita-
tion de la nature, avec la persévérance et la patience
qui sont les seuls et nécessaires éléments à mettre en
jeu pour obtenir de bons fruits.
A quel moment l'on doit commencer
l'enseignement dn langage.
Supposons nos petits sourds-muets arrivés au point
de savoir bien prononcer toutes les combinaisons sim-
ples ou composées ; supposons que leurs poumons
fonctionnent régulièrement et fournissent aux besoins
d'une-respiration large et prolongée; que les élèves
soientenétat de lî?r ensemble toutes sortes de syllabes
et de mots et de les lire sur les lèvres. On est bien en
— 228 —
droi^ce me semble, de demander quand il y aura lieu
de commencer l'enseignement du langage, enseigne-
ment qui est .précisément le but que nous nous propo-
sons d'atteindre , eu donnant, au sourd-muet la parole
articulée. Cette question qui, à première vue, semble
n'en être pas une et peut paraitre superflue à quel-
ques uns, présente, si nous y réfléchissons bien, la plus
grande importance et de la solution qu'on y donne
dépend souvent le bon ou le mauvais succès de nos
travaux. Afin, de pouvoir en mieux juger, cherchons à
nous rendre compte brièvement des résultats qui décou-
lent des diverses soJutions possibles.
Il y a de3 professeurs qui. du moment où le sourd-
muet est arrivé à ébaucher deux articulations dont la
réunion présente le sens d'une chose quelconque, font
faire la liaison de ces éléments à l'enfant, lui montrent
l'objet correspondant au mot et commencent tout de
suite l'enseignement du langage; qui continuent à suivre
cette marche à mesure que l'élève parvient à prononcer
do nouveaux sons, en s'attachant plus à lui faire ap-
prendre des noms qu'à lui enseigner les éléments essen-
tiels et indispensables pour la formation de ces noms.
Us semblent croire qu'ils donnent à juger de la capacité
et de l'habileté de leurs élèves plutôt d'après le nombre
des mots que ces enfants sont mis en état de prononcer
Dieu sait comme, que d'après la correction, la fermeté,
la précision, le naturel des positions de l'organe vocal.
Par ce système, ils arrivent en peu de temps — au
moins, c'est ce qu'ils disent et prétendent — à parcourir
toutle chemin difficile, ardu de l'articulation et à«met-
tre dans la tète de leurs élèves la moitié du vocabulaire.
Comme si le malheur d'être sourds, au lieu de rendre les
pauvres petits, qu'ils instruisent, inférieurs aux autres
onfants, leur donnait, tout au contraire, une grande
supériorité ! Mais tout cela n'est qu'une vaine illusion,
une erreur tout à fait fatale. Le rêve ne tardera pas à
s'évanouir et en même temps que le rêve on voit dispa-
raître les fruits recueillis avec si peu de peine. Les
mouvements de l'organe vocal qni n'ont pas eu le temps
de se délier convenablement et de bien se fixer dans
las positions voulues ne tardent pas à se déranger, s'exé-
cutent mal et au hazard ; les sons se confondent et se
perdent et le malheureux édifice, bâti sur le sable, aux
assises mal cimentées, se disloque entièrement, tombe
eu ruines. Le succès est compromis pour toujours. Tou-
tefois, à dire vrai, il n'y a qu'un petit nombre de tels
maîtres et ceux-ci ne se rencontrent que parmi les gens
tout à fait inexpérimentés.
Il en est d'autres qui enseignent à articuler avec vn
certaindegrê de naturel et de précision, mais qui sont
poussés, eux aussi, par l'envie l'ôlle de hâter l'enseigne-
ment du langage; qui. pour avoir la satisfaction d'en-
tendre leurs élèves prononcer des noms et quelques
propositions simples, ne consacrent pas tous les soins et
tout le temps nécessaire», à bien fixer et assurer en eux
les mouvements mécaniques et le développement nor-
mal de la respiration. C'est là -encore une mélhode
défectueuse et qui tombe en discrédit. On doit être
dorénavant bien persuadé que, pour retirer do bons,
réels et stables résultats de renseignement de la langue
articulée aux sourds-muets, il faut faire précéder ce,
enseignement d'exercices relativement prolongés et
bien compris d'articulation mécanique pure et simple,
exercices nécessaires pour développer- la respiration,
pour donner aux organes employés au service délicat de
la parole, élasticité, agilité et sûreté.
L'expérience a démontré que le meilleur système
consiste à e:iî3ig!V3r d'abord toutes les articulât ionst
sans se laisser entraîner par le désir immodéré d'avan-
cer, mais en prenant soin, au contraire, de s'arrêter
incessamment sur ce qu'on a déjà fait pour mieux pré-
ciser et affermir les positions acquises, pour donner la
fixité et la force de l'habitude aux mouvements mécani-
ques de la phonation, à l'aide d'exercices continuels et
prolongés, sans s'occuper aucunement de l'enseigne-
ment de la langue. Je ne veux pas dire pourtant qu'on
— 230 —
ne puisse faire prononcer aux commençants, durant le
premier cours d'articulation, des mots entiers' et même
de petites phrases: Cet exercice pourra au contraire
servir beaucoup pour la liaison des sons et pour donner
du moelleux à la voix, mais ceci à la condition qu'on le
fasse seulement à titre d'exercice purement mécani-
ueq d'articulation et qu'on ne s'occupe nullement du
sens des mots. (1) . D'ordinaire l'enseignement de la
langue pendant la première année de classe prépara-
toire est nuisible, à cause du danger qu'il entraîne d'é-
parpiller l'attention du maître et de l'élève et de faire
négliger la partie essentielle, c'est-à-dire l'articulation,
chose qui peut arriver malgré nous et à notre insu.
Tout le monde conviendra que la tentation ne saurait
être plus forte ni plus propre à nous séduire: d'une
part, la curiosité naturelle aux jeunes enfants qui,
après avoir appris quelques noms, deviennent très
désireux d'en apprendre de ncuveaux,piennent en aver-
sion la simple et aride articulation qui ne leur offre
aucun attrait et se mettent à tourmenter le pr ofesseur
pour savoir comment s'appelle ceci et comment s'appelle
cela; d'un autre côté, le professeur flatté dans son
amour propre quand il voit ses élèves répéter avec faci-
lité des noms et de petites phrases se laissera facile-
ment entraîner par leur insistance. Il se mettra à ensei-
gner la langue et, comme conséquence, pour avoir vou-
lu cueillir les fruits avant la maturité, il laissera la
plante s'étioler, se dessécher, en négligeant l'exercice
nécessaire de la formation complète des éléments de la
parole. Certes, c'est une chose dure et bien ennuyeuse
que d'avoir, pendant des mois et des mois, à travailler
sur des sons détachés, monotones, souvent avec de
(1) N'est-ce pas ici le lieu de se rappeler le tempérament si sage
qu'un autre maître éminent, l'abbè Jules ïarra, formulait en ces
termes ; Donner le sens d'un certain nombre de mots bien choisis a
titre de récompense de l'articulation correcte et bien assurée obtenue
pour ces mot» » (Note du Traducteur!
— 231 —
grandes difficultés, mais on ne laissera pas que d'être
soutenu par la pensée des grands avantages que notre
travail habile et patient procurera à nos chers petits
muets si, en tenant cette conduite, nous parvenons à
fonder sur des bases très solides et sûres l'édifice que
nous nous proposas d'élever. Du reste c'est une néces_
site. 11 faut la subir. Si nous voulons que les sourds,
muets parlent, il ne s'agit pas de regarder aux sacrifices
mais de donner l'enseignement comme il doit être donné.
Tous ceux qui ont quelque peu la pratique de l'ensei-
gnement delà langue donné au sourd-muet par la mé-
thode orale savent combien il est pénible et difficile de
marcher,et môme de marcher très mal, avec des enfants
mal campés sur les principes, ou qui n'ont pas toutes les
articulations, ou qui ne savent pas lire sur les lévrés. Il
y a là de quoi épouvanter les plus courageux et il vous
vient une sueur froide rien que d'y penser. A chaque pas
l'on est contraint de s'arrêter, soit pour rectifier une
position fausse, soit pour enseigner une articulation nou-
velle et indispensable, soit par ce qu'on ne peift réussir
à se faire comprendre. En pareil cas et presque fatale-
ment le pauvre professeur en arrive, au bout du compte,
à se déclarer vaincu, recourt à quelque autre moyen pour
faire quelque chose et en finir. L'enseignement dépérit.
Les pauvres sourds-muets prennent en aversion la
parole aussi bien que celui qui l'enseigne et, au terme
de leurs études, s'en vont muets commeils étaient venus.
Mais comme la scène change quand nous nous met-
tons â enseigner la langue à des élèvos bien préparés,
chez lesquels l'articulation est claire et distincte, dont
la respiration est bien développée et naturelle et qui
sont bien acheminés dans la voie de la lecture snr les
lèvres ? Il n'est rien qui donne plus de satisfaction et
qui, en même temps, coûte moins de sacrifices et de
fatigues. En un jour, on fait plus avec ces enfants qu'on
ne pourrait faire avec d'autres pendant une semaine et
même un mois. Les élèves deviennentvifs, gais, contents,
L33 heures de classe s'écoulent avec rapidité et le béné-
— 23â —
flce qu'on réalise, si je puis me servir de celte expres-
sion, devient surprenant, pour ne pas dire absolument
merveilleux.
(Â suivre)
ERRATA : P. 200, 8 e ligne de la note. Au lieu de pour
marquer l'accent et en mèmetemps... lire pourmarquer
l'accent en même temps que l'on redouble la consonne
et.,.
P. 200. 13 e li^rne de la note. Au lieu de le procédé qui
existe lire le procédé direct qui existe...
P. ^03, ligue 11. A u lieu (te combinaisons lire condi-
tions. Le membre de phrase auquel appartient le mot
sera par conséquent; Si l'une ou l'autre de ces condi-
tions n'était pas remplie.
STATISTIQUE
D33 Institutions Françaises de sourds-muats
Nous commençons dans ce numéro la publication de
la statistique de nos écoles françaises. Nous remercions
MM. les Directeurs qui nous renvoyé avec empresse-
ment leur feuille de renseignement.
Nous prions à nouveau ceux auquels nous envoyons
aujourd'hui pour la 3 me fois une feuille de vouloir bien
nous la renvoyer au plus tôt. Nous désirons terminer
cette statisque dans le prochaiu numéro et il y a intérêt
pour tous à ce qu'elle soit aussi complète que possible.
* ns titution d'Angoulème
Directeur: M. Elien Lagrange,
2 professeurs. — 20 élèves. — 2 classes
Méthode orale pure.
14 boursiers ; Durée de la bourse : 8 ans.
L'Institution d'Angoulème est reconnue d'utilité publique par
décret ministériel du 13 Novembre 1874
— 233 —
Institution du Bon-Sauveur (Albi)
Directrice; Madame Massut supérieure du Bon-
Sauveur
11 professeurs — 66 élèves — 10 classes (36 garçons,
30 filles
Méthode orale pure
Faible subvention départementale
Le Boa Sauveur s'est chargé de prendre totu les sourds-muets du
Tara et les garde au delà même d'une période de 9 ans
Institution de la Providence d'Annonay, (Ardèche).
Directrice : Sœur Marie Archange.
3 professeurs — 19 élèves — 3 classes.
Méthode orale pure.
11 n'y a ni bourses ni boursiers l'institution est entiè-
rement gratuite.
Institution de Bourg.
Directeur : Frère Roger, de? Ecoles chrétiennes
3 professeurs — 24 élèves — 3 classes.
Méthode Orale pure.
12 boursiers; Durée de la Bourse, Ain, S ans. Çote-
d'Or, 6 ans.
InstitutionNationale des sourdes-muettes de Bordeaux
Directeur : M. Cavé-Esgaris.
34 professeurs — 223 élèves — 23 classes.
Méthode orale pure.
201 Boursières. Dures de la bourse : 8 ans.
Institution de Besançon-Saint-Claude (Douts).
Directeur : Frère Komule-M. des Ecoles chrétiennes.
7 professeurs — 4,0 è'èvos — 3 classes.
Méthode orale pure.
25 boursiers ; Durée de la bourse : 8 ans.
— 234 —
Institution de Notre-Dame du Calvaire, Bourg-la-
Reine (Seine).
Dirigée par les Religieuses de Notre-Dame du Cal-
vaire.
6 professeurs. — 36 élèves. — 4 classes.
Méthode orale pure.
1 Boursier; Durée delà Bourse: 8 ans.
institution de Besançon à Pélousey. (Doubs).
Directrice : Sœur Céleste de la Croix.
5 professeurs — 50 élèves — 5 classes.
Méthode orale pure.
39 boursiers ; Durée de la bourse : 5 ans. Haute-
Saône; 7 ans, Jura.; 8 ans, Doubs.
Institution de la Chartreuse d'Auray (Morbihan)
Directeur l'abbé Bouchet
7 professeurs, — 80 élèves — 7 classes
Méthode orale pure
Bouriers; Durée de la Bourse Morbihan 10 ans;
Loire-Inférieure 8 ans ; Vendée 6 ans.
Institution de Chaumont (Pny-de-Chaumont)
Directeur F. Macaire, Institut des frères du Sacré-
Cœur
3 professeurs — 14 élèves — 3 classes
Méthode orale pure.
14 Boursiers; Durée de la Bourse 6 ans.
Institution de Charaulières, Clermont-Ferrand.
Directeur : Frère Jovinien, des Frères de St-Gabriel
4 professeurs — 30 élèves — 4 classes.
Méthode orale pure.
17 boursiers ; Durée de la Bourse, Puy-de-Dôme .'
6 ans Corréze ; 8 ans.
— 235 —
Institution de Currières, par Saint Laurent du Pont
(Isère) .
Directeur : Bertho Odilon. frère Paul des Frères de
Saint-Gabriel.
6 professeurs — 50 élèves — 5 classes.
Méthode orale pure.
Institution gratuite entretenue par les RR. Pères
Chartreux.
Les cours sont de 7 ans.
Institution Nationale de Chambéry.
Directeur : F. M. Baudard.
71 élèves-garçons — 28 élèves-filles.
Les garçons sont répartis en 7 classes (2 sections de
1" année et les filles en 3 classes.
Méthode orale pure.
Durée de la Bourse : 7 ans à partir du l rc octobre 1890
Institution d'Elbeuf (Seine-Inférieure).
Directeur : Louis Capon.
3 professeurs — 16 élèves — 3 classes.
Méthode orale pure (depuis 1871, date de la fondation
de l'Ecole).
10 boursiers : Durée de la Bourse : Seine-Inférieure.
8 ans.
(A suivre)
— 236
DU SECTIONNEMENT RATIONNEL
des élèves dans les éco'es de Sourds-Muets
Si, en thèse générale, il est démontré que tous les
sourds-muets peuvent bénéficier des bienfaits de l'ins-
truclion, il s'en faut que ce soit au même degré; ce qui
explique surabondamment les différences qui existent
dans leurs moyens respectifs d'assimilation.
Quelques-uns, en effet, sont intelligents au sens absolu
du mot; d'autres le sont beaucoup moins, toutenconser-
vantune certaine clarté d'esprit, lesderniers enfin qu'on
a appelés las arriérés n'arrivent jamais qu'à des résul-
tats relatifs, quels que soient les moj eus employés dans
leur instruction.
On pourrait, d'ailleurs, rapprocher ces trois catégo-
ries do sourds-muets, de nos élèves des Lycées qui com-
prennent de même une élite appelée à aborder un jour
les écoles Normale et Polytechnique, une moyenne se
tenant dans une honnête médiocrité, et enfin l'inévita-
ble queue composée de ce qu'on a si aimablemeni nom-
mé les cancres.
Cette constatation établie, il importe de -reconnaître
que l'unité d'enseignement et l'homogénéité d'une classe
sont des conditions indispensables pour la réalisation
de progrès constants.
Nous avons pu remarquer, au cours de nos observa-
tions, combien est pénible la tache d'un professeur
chargé d'uno classe contenant des éléments essentielle-
ment divers.
Et il n'est pas impossible que nous assistions un jour à
ce spectacle singulier d'un professeur ayant deux ou
— 237 —
trois sections distinctes dan? sa classe et faisant à
chacune d'elles un cours spécial.
On voit immédiatement les conséquences fâcheuses
de cet état de choses: une perte de temps considérable
et l'activité individuelle insuffisamment surveillée.
Il est de toute nécessité que nous puissions nous
adresser à tous nos élèves en même temps, et qu'à
partir de la 2 me année, l'enseignement individuel ait
presque complètement disparu. Nous pourrons ainsi
donner à la parole la place d'honneur qui lui convient
et laisser à l'écriture un rôle effacé.
Pour atteindre ce but, il est nécessaire de former des
classes aussi homogènes que possible, il importe
qu'après une période d'observation qui, selon nous,
doit durer de 2 à 3 ans, on réunisse non point des intel-
ligences égales tce qui n'est pas possible) mais toutes
celles qui auront entre elles un certain nombre de
points communs.
Nous aurons ainsi formé une première section incom-
parable dont tous les élèves saisiront immédiatement
les explications données et dont l'instruction sortira du
terre à terre habituel pour atteindre un niveau plus
élevé.
Nous estimons qu'un professeur expérimenté, â la
tète de cette classe, pourrait développer rapidement
l'enseignement de la langue; et, tout en donnant une
importance capitale aux formules usuelles, arriver en
5° année à une connaissance très satisfaisante du français
Il pourrait alors aborder les connaissances générales,
agrandir considérablement l'horizon de ses élèves et
compléter leur instruction par des lectures choisies qui
seraient, à.n'en point douter, parfaitement comprises.
11 est même présumable que le professeur pourrait
dépasser les limites de nos programmes actuels en s'é-
tendant d'une façon plus complète sur les questions
d'une importance capitale et en abordant certaines
questions d'ordre secondaire mais capables d'orner
l'esprit de nos élèves de connaissances utiles,
— 238 —
Dan3 une 2 me section nous grouperions les élèves d'in-
telligence moyenne, et nous pourrions avec eux, tout
en suivant pas à pas les programmes d'enseignement,
arriver à des résultats appréciables. Nous mons natu-
rellement moins vite qu'avee les élèves de la V section
nous procéderions, d'ailleurs comme on le fait actuel-
lement dans toutes nos classes, puisque le professeur
est obligé de se tenir dans une juste moyenne pour être
compris. Avec les élèves de cette section, le professeur
pourrait aborder l'enseignement de toutes les questions
que comportent nos programmes.
Nous passons à la 3 a section, à la section des arriérés,
Ici l'enseignement deviendra plus pénible et l'écritnre
pourra nous être d'une certaine utilité.
Nous aurons à surveiller particulièrement les exerci-
ces journaliers tendant au maintien d'une articulation
correcte. Nous procéderons avec beaucoup de prudence
et de lenteur dans l'enseignement de la langue et nous
ferons des récapitulations fréquentes.
Nous arriverons ainsi à dégager le cerveau de ces
élèves des fantômes qui le hantent et à faire briller un
peu de lumière et de vérité dans leur esprit.
Pour nous résumer, nous estimons que l'enseignement
a fort à gagner â lasélection que nous préconisons; dan s
chaque section^ en effet, l'émulation existera chez tous
les élèves puisque chacun d'eux pourra un jour espérer
conquérir le premier rangée qui est toujours une satis-
faction quoiqu'on en dise.
Le professeur pourra lui-même mieux saisir son
rôle et donner exactement à ses élèves la culture intel-
lectuelle qui leur convient.
Il va de soi que la sélection que nous proposons nu
peut trouver son application que dans les grandi? établis
sements oùchaque année les rentrées d'élèves atteignent
un chiffre suffisant.
Dans les institutions où la population scolaire est
moins nombreuse, on agira pour le mieux en t»nant
- 239 —
compte dans la mesure du possible des considérations
précédentes.
Pour terminer cet exposé sommaire d'une idée qui
nous a semblé bonne et pratique, nous devons indiquer
un argument qu'on nous a opposé : On nous a dit :
« A qui donnerez vous les arriérés? — Il n'est guère
intéressant de diriger une classe composée de pareils
éléments. — Nous répondrons à cela que quelle que soit
la classe qui nous soit confiée, il. y aura autant de dé-
vouement à exercer et autant d'honneur à récolter pour
les uns et pour les autres et que d'ailleurs les préféren-
ces personnelles disparaissent devant la grandeur de la
tâche que nous avons entreprise,
S. Duvignau
REVUE DES JOUNAUX ETRANGERS
Organ der Taubstummen Anstalten
Aux numéros 11 et 12 se trouve le Compte-rendu du
Congrès bavarois qui a eu lieu les 3, 4, 5 et 6 Août 1830, à
Wurzbourg et dont j'ai déjà communiqué le programme dans
le numéro 5 de la Revue. Il y avait 55 membres présents
principalement des instituteurs bavarois.
Le premier jour a été consacré aux exercices pratiques corn
me c'est l'habitude à ces congrès nationaux.
M. Wolf, directeur de l'institution était chargé de traiter
avec les enfants de sa classe, qui fréquentent l'école depuis 1
an et demie, de leur entouiuge eu égard au développement
des sons.
M. Schuster, le nestor des professeurs de sourds-muets do
Wurzbourg, a fait avec «es élèves une description du chien.
M. Breu fut chargé de faire faire une comparaison entre la
ache et le veau
— 240 —
M. Kroiss avait la tâche d'expliquer à ses élèves l'histoire
sainte : " La visite des anges chez Abraham. "
Chaque exercice pratique a été suivi d'une discussion in-
téressante,
M. le D. Schœnlein de l'institut physiologique de l'universilé
de Wurzbourg a fait une intéressante conférence sur " les
fonctions des nerfs auditifs et faciaux, et sur l'enseignement
de la langue par la lecture sur les lèvres " conférence qui
fut trës-applaudie par l'auditoire.
M. Halin parla de l'enseignement obligatoire des sourds-
muets ; son exposa mérite toute l'attention. Il est très à dé-
sirer que cet enseignement, qui est déjà obligatoire dans
quelques états, le soit bientôt dans toute l'Allemagne.
M. Kerner donne au n° 11 la fm de son intéressant article :
" Le nombre et le premier enseignement de calcul au point
de vue plrysio-psyehologique '' Il est à espérer que l'articl e
paraîtra bientôt, en brochure séparée.
C. Renz publie une note sur les ouvrages de Panduro et de
Bonet et Consacre quelques mot à feu Goguillot.
Blaetter fur Taubstummenbildung
L°s numéros 21, 22 et 23, contiennent un article qui offre
un intérêt généralpour les maîtres de sourds-muets il est
intitulé: Le rhy'tme dans la prononciation de nos élèves "
L'article est, selon mon avis, bien écrit à tous les points de
vue.
Non moins intéressant est l'article deRiemann : Sur l'ensei-
gnement des choses réelles ". M. Walther y ajoute quelques
indications fort utiles concernant un guide sur cet enseigne-
ment.
Au numéro 23 se trouve la nouvelle loi sur l'éducation dés
sourds-muets en Prusse.
M. Sîhott parle dans un article du cœur (Gemut) et de soiv
éducation chez l'enfant sourd-muet
M. Knauf traite avec des élèves d'une classe supérieure sous
le titre: " de la pratique " une fable ; " Le roitelet et l'ours "
J'avoue que la manière dont il traite son sujet me plait bcau-
oup : les exprsssions, les phrases sont oolles des ^entendants
— 241 -
et non pas ce langage qu'on désigne volontiers par l'expres-
sion " un langage de sourds-muets " qu'on entend dans la
plupart des institutions. M. Knauf, partant du principe, que
le sourd-muet doit être préparé pour la vie, se sert par con-
séquent du langage des entendants — un langage nature
simple et clair. —
C. Renz-Stuttgart
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
Méthode pour enseigner pir la parole la langue maternelle
aux sourds-muets, par Charles Perini, professeur à l'Institution
des sourds-muets pauvres delà province de Milan. — Traduite de
l'italien par une Religieuse « également versée dans la connaissance
de l'italien et du français » — Partie du Maître. — Currière, Im-
primerie de l'école des sourds-muets, 1890.
Nous avons signalé au moment de son apparition la
Méthode orale italienne publiée par M. C. Perini, c'est
une traduction de cet ouvrage qui nous est annoncée
aujourd'hui.
En attendant que nous ayons reçu le volume pour le
présenter à nos lecteurs, nous ne croyons mieux faire
que de leur donner la préface de l'ouvrage écrite par
notre é.minent collaborateur, M. 0, Claveau.
PKÉFACE
M. Charles Perini, professeur à l'Institution des
sourds-muets pauvres de la province de Milan, a fait
paraître en 1883 la « Méthode pour enseigner aux
sourds-muets la langue maternelle, » dont on offre
aujourd'hui la traduction au public français. On ne sau-
rait, je pense, recommander plus sûrement ce livre
qu'en disant de l'auteur qu'il a été. durant de longues
années, associé d'une manière intime aux travaux de
— 242 —
M. l'abbé Tarra, formé avec des soins particuliers par cet
homme éminent à la théorie et à la pratique de son art
et qu'il a dignement répondu â ces soins. Je ne dimi-
nuerai même " en rien les mérites personnels de
M. Perini en réclamant pour son ouvrage ce titre d'hon-
neur de refléter fidèlement les traditions du maître si
malheureusement et si prématurément enlevé par la
mort depuis l'impression du livre de son élève. Ces
traditions doivent nous être doublement chères, car
l'abbé Tarra a maintes fois déclaré que l'ouï rage clas-
sique de notre illustre compatriote J,-J. Valade-Gabel
était, par le fond de la méthode, le meilleur guide quo
l'on piit suivre. — Hommage que nous devons retenir
pieusement, venant d'une autorité si compétente et si
haute.
Mais, tout en suivant le plan général trace par l'an-
cien directeur de l'Institution nationale de Bordeaux,
chaque maitre trouve encore un champ assez vaste
pour développer, avec son originalité propre, les pro-
cédés qui font pénétrer dans les jeunes intelligences
les idées et leurs formes linguistiques.
Une religieuse vouée à la même carrière d'enseigne-
ment, d'une expérience consommée, également versée
dans la connaissance de l'Italien, et du français, s'est
chargée de traduire le livre de M. Perini. La tâche était
plus ardue qu'on ne le croirait peut-être au premier
abord et appelait tout au moins dps précautions très
délicates. En effet, malgré l'analogie habituelledesdeux
langues, bien des différences syntaxiques viennent
troubler le parallélisme de locutions puisées à une
même source et, dans plus d'un cas, des nuances de
sens qui ne sont pas sans importance séparent des mots
qui présenteraient aux yeux d'un observateur superfi-
ciel un aspect presque identique.
A part les modifications de détail qui s'imposaient â
ce titre, à part l'abandon qu'on a dû faire d'une termi-
nologie grammaticale qui eut déconcerté nos habitudes
et dont les élèves n'ont aucunement à se préoccuper, la
— 243 —
traduction a suivi avec une exactitude complète le
texte italien.
Les RR, PP. de la Grande-Chartreuse ont bien voulu
se charger de devenir, avec l'agrément de l'auteur, les
éditeurs désintéressés de la Méthode de Perini tra-
duite en notre langue, donnant ainsi une preuve
nouvelle de leur inépuisable dévouement à toutes les
œuvres généreuses.
L'éducation des sourds-muets devait avoir d'ailleurs
un attrait particulier pour une communauté qui entre-
tient à ses frais la belle institution de Currière, près
Saint-Laurent-du-Pont, où cinquante jeunes sourds-
muets reçoivent dans des conditions de gratuité absolue
l'instruction donnée par des instituteurs d'élite.
Ce serait une véritable ingratitude que d'omettre ici
le nom de M. l'abbé Hiboux, aumônier de l'Institution
de Currière, qui a bien voulu prendre sous son patro-
nage la publication du volume que nous présentons au
lecteur et en surveiller l'impression.
O. Claveau
Inspecteur général honoraire
des établissements dî bienfaisance
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
UN ARBRE DE NOËL
L'institution de la rue de Longchamps, que Madame
Auguste Houdin, continue a diriger avec un succès
digne des excellents souvenirs laissés par le regretté
fondateur de cet établissement, offrait, le 25 décembre,
safcte traditionnelle à ses élèves et à leurs familles. Le
programme comprenait nu dialogue et une comédie en
deux actes, daus lesquels se sont fait entendre une dou-
zaine d'élèves dont les jeunes filles de tout âge formaient
la majorité. Ces exercices ont permis de constater que
Madame Houdin et ses habiles collaboratrices savent
tirer, tout le parti possible des ressources vocales que
la nature a distribuées avec plus ou moins de générosité
aux enfants qui leur sont confiés.
— 244 —
Les élèves les plus âgés, et qui paraissent à la veille
de faire leur entrée dans la société ont été particulière-
ment remarquables par la pureté de leur diction. Nous
n'avons pas besoin d'insister sur les douces émotions
que ces résultats éveillaient dans les cœurs des parents.
Leur joie redoubla,, lorsqu'ils entendirent éclater des
exclamations admiratives de leurs chers petits devant
l'apparition, d'un arbre de Noël étincelant et luxueuse :
ment paré.
Mais, je l'avoue, la plus délicieuse impression qu'il
me fut donné d'emporter de cette réunion m'est venue
d'un autre spectacle : dans un coin de salon, de grandes
demoiselles, élégantes et rieuses, tenaient une conver-
sation animée que couvrait à peine le bruit de la fête.
Que de choses amusantes l'on se disait et avec quel en-
train remuaient les petites-langues! Je ne me lassais
pas d'écouter. Qu'on me pardonne cette indiscrétion :
ce n'était pas le sujet de la causerie qui m'intéressait,
j'étais surtout ravi de constater une fois de plus que la
méthode orale pure adu bon; car mes gentilles bavar-
des avaient été des sourdes-muettes, élèves de la veille,
heureuses de revoir leurs amies de la grande classe.
Nécrologie. — M. Tournier. — L'Institution nauonale
de Paris si éprouvée pendant l'année 1890, après avoir
perdu, son zélé professeur de jardinage, M. Rivière,
son médecin adjoint, M. le docteur Calmettes et un de
nos meilleurs Collègues M. Goguillot, vient encore de
faire une perte sensible en la personne de M. Tournier,
professeur adjoint, décédé à Aubervilliers, le 14 décem-
bre 1890, après une longue maladie à l'âge de 31 ans.
M. Emile Lacroix. — Nous apprenons également la
mort de M. E. Lacroix, ancien élève de l'Institution de
Paris., Très instruit, très distingué, M. Lacroix faisait
honneur a l'Institution qui l'avait instruit et était devenu
nn dessinateur st un graveur de beaucoup de talent.
M. Lacroix est mort le 23 décembre 1890, à l'âge de 32
ans. Sa perte est vivement ressentie par l'Association
amicale des sourds-muets dont il fut le Secrétaire
général. .
L'imprimeur-Géi»nt Eug. BÉLANGER, «15, ru. St-J»cquei Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6 m ° année. N° 11 Février 1891.
HPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France
FÉVRIER
1. 1828. — M. Piroux, qui était venu étudier la
méthode à l'Institution de Paris, fonde
une école de sourds-muets à Nancy.
2. 1818. — Le'Docteur Blanchet est attaché à l'Ins-
titution des sourds-muets de Paris, en
qualité de chirurgien spécialement chargé
du traitement de la surdi-mutité.
3. 1831. — Madame Veuve Vignette lègue des im-
meubles à l'Institution des sourds-muets
de Paris, sous la condition que, à perpé-
tuité, huit enfants sourds-muets, pauvres,
seront admis gratuitement dans cette ins-
titution.
5. 1888. — Mort de M. Pourcade. ancien instituteur
de sourds-muets, qui donna des leçons
d'articulation, en 1862 dans l'Institution
de Paris, en 1805 dans l'institution de
Bordeaux.
6. 1783 — Décision des membres de l'Académie de
Zurich, que l'abbé de l'Épée avait pris
pour arbitres à la suite de sa controverse
avec l'instituteur Heinicke.
10. 1810. — Visite du duc de Glocesteràl'institution
des sourds-muets de Paris.
13. 1794. — L'Institution dos sourds-muets de Paris
est autorisée, par une délibération de la
Convention, à s'établir dans les bâtiments
du séminaire de Saint-Magloire.
— 246 —
16. 1792. — Règlements pour l'établissement des
sourds-muets et des aveugles-nés, approu-
vés par les administrateurs du Directoire
du département de Paris
19. 1862, — Le Docteur Blanchet, chirurgien de
l'institution des sourds-muets de Paris, est
chargé du service médical de cet établis-
sement, en remplacement du docteur
Ménière, décédé.
20. 1786. — Il est ouvert, à Bordeaux, une institu-
tion de sourds-muets, patronnée par Mgr.
de Cicé, archevêque, et dirigée par l'abbé
Sicai*d, aidé, pour l'enseignement, par
l'instituteur Saint-Sernin qui, en raison de
ses sacrifices et de son admirable dévoue-
ment devrait être considéré comme le vé-
ritable fondateur de l'école de Bordeaux •
21. 1761. — Clairaut et Bezout, désignés par l'Aca-
démie des Sciences, présentent â cette
Compagnie un rapport élogieux sur le
mémoire envoyé par Ernaud le 22 Jan-
vier précédent.
23. 1790. — L'abbé Fauchet prononce l'oraison fu-
nèbre de l'abbè de l'Epëe dans l'église de
Saint-Etienne du Mont.
24. 1839,. — Mort de Bêbian, ancien censeur des
études à l'institution des sourds-muets de
Paris, instituteur de grand mérite et ha-
bile réformateur de la méthode mimique.
25. 1805. — Visite du pape Pie VU à l'institution
des sourds-muets de Paris»
27. 1S4 i — L'Académie des Sciences Belles- Lettres et
Arts de Lyon met au concours l'éloge de
M. Degérando (Marie-Joseph), né à Lyon
le 29 Février 1772.
247 —
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'Italien, aoec l'autorisation de l'auteur,
par O'. Claveau {suite)
De la lecture sur les lèvres
Du moment où les jeunes sourds-muets sauront pro-
noncer clairement et lire avec promptitude sur les lè-
vres, ils se trouverout presque daus les conditions où
sont placés les enfants doués de tous leurs sens, avec
cette différence que ceux-ci entendent la parole, tandis
que les sourds-muets ne font que la voir — différence
toujours trè3 grande bien qu'étant la moindre que
l'on puisse obtenir. Jusqu'ici nous ne noiis sommes
occupés que de l'articulation ; il est temps que nous en
arrivions à traiter de la lecture sur les lèvres qui n'a
pas une moindre importance.
Pour apprendre aux sourds-muets à lire sur les lè-
vres, il faut les habituer dès le commencement à fixer
leur attention sur les mouvements des lèvres, de la bou-
che, de la langue et des autres parties de l'organe
vocal qui concourent à la formation des sons, comme
aussi sur les contractions du visage et sur les expres-
sions de physionomie, afin de saisir les syllabes les mots
et la signification que leur donne l'interlocuteur. C'est
— 248 —
là une chose qu'on ne doit point se flatter d'obtenir en
u n jour et qui réclame, comme l'articulation, de la
constance et de la peine. Mais, bien qu'à première vue (
un tel résultat paraisse tenir, pour ainsi dire, de l'im-
possibilité et du mystère, il est constant qne tous les
sonrds-muets bien dirigés arrivent, et sans grands
efforts, à lire couramment sur les lèvres. Il n'est pas
rare même d'en trouver qui parviennent à soutenir
toute une conversation avec quelque personne que ce
sOit et presque aussi couramment que s'ils étaient doués
du sens de Toute.
Tout le système de la lecture sur les lèvres repose sur
ce fait que chaque son détermine un mouvement spécial
d'nne on deplusisurs parties de l'organe vocal. Deux ou
plusieurs mouvements égaux ne donneraient jamais
qu'un même son. Il convient donc avant tout do faire
l'éducation de l'œil des élèves, de leur apprendre à
reconnaître et à distinguer Tes tj r pes ou caractères fon-
damentaux sur lesquels devra s'appuj^er tout l'édifice
que nous construisons peu à peu. Il est vrai que quelques
uns de cas types se montrent au premier aspect avec
un tel caractère de rapidité, de ressemblance ou si peu
perceptibles qu'il semble impossible de les faire saisir et
distinguer; mais en réalité, on les trouve par la suite
sensibles, clairs, distincts, comme nous le ferons voir.
Il faut aller trô 3 doucamsnt au début et faire en sorte
que les enfants se m3ttent bien en mémoire et arrivent
à discerner les uns des autres les mouvements caracté-
ristiques des sons qu'on est occupé à leur enseigner
successivement.
Les exercices de lecture sur les lèvres doivent com-
mencer tput en même temps que les exercices d'articu-
lation et marcher du même pas que ceux-ci. Aussitôt
que le petit sourd-muet est parvenu à articuler une
syllabe, une parole, il doit apprendre à la lire sur les
lèvres de son professeur ou de ses camarades. Dès ce
moment, le maître doit se rappeler que tout ainsi qu'il
est nécessaire aux parlants d'articuler distinctement
— 249 —
pour qu'il n'y ait pas de confusion, do mémo la manière
dont il emploiera vis-à-vis do ses élèves la parole vi-
vante doit être claire, égale, simple et naturelle. Il doit
réfléchir que les mouvements de la bouche sont pour les
yeuxde ses petits sourds-muets ce que les son? se trou-
vent être pour l'oreille de l'entendant. Si donc il met
dans son articulation quoi que ce soit d'artificiel, de
forcé, d'exagéré, de conventionnel, il enseignera aux
pauvres enfants un type faussé, qu'ils ne rencontreront
surles lèvres d'aucune autre personne. Aussi ifiniront-
11s par s'embrouiller, par s'égarer ot par ne savoir lire
aucun mot que sur les lèvres de leur professeur. Les
mouvements de leur bouche et même de tout leur or-
gane vocal seront empreints d'exagération , s'il y a
exagération dans ceux que lemaitre offre à leur imita-
tion. Il n'en résultera pas seulement cette mauvaise
grâce dont le spectacle est si pénible, mais l'articulation
de l'élève en souffrira, devant fatalement être émise
d'une manière forcée.
Onpeut admettre qu'au début, pour (aire saisir une
certaine articulation ou la différence légère qui existe
entre deux ou plusieurs sons, il convienne d'employer
une position un peu plus marquée que la position natu-
relle. Ooci n'aura' pas d'inconvénient pourvu que, tout
aussitôt que la chose aura été saisie on rentre complè-
tement dans la vérité en prononçant naturellement le
son dont il s'agit. A force d'exercice, on habituera
l'œil d.e l'élève â distinguer et à lire rapidement ce son
sur les lèvres. 11 importe beaucoup, pour cet objet, que
le professeur étudie spécialement la nature, les traits
de ressemblance et d'affinité des mouvements qui ten-
dent le plus fréquemment â se confondre les uns avec
les autres ; qu'il établisse entre eux une classifi-
cation d'après le caractère qui leur donne le plus d'ana-
logie et dont ses élèves ont lo plus de peine à distinguer
les nuances dans la pratique. Après avoir fait ce classe-
ment, il faut étudier sur soi-même ou sur les autres
quelle est là caractéristique externe spéciale pour
— 250 —
chacun de ces mouvoment-». Puis, sur soi-même
aussi, on fora reconnaître â la vue parles élèves les dif-
férences qui existent, si petites qu'elles soient. Au
commencement, pour que l'enfant puisse mieux appré-
cier ces différences, et par raison de nécessité, on pro-
noncera, comme nous venons de le dire, d'une façon un
peu marquée ; puis on fera petit à petit retour à la
prononciation naturelle de laquelle il ne faudra plus
s'écarter. Quand on aura obtenu que quelques articula-
tions difficiles soient lues avec sûreté du premier coup
d'œil, on les émettra alternativement deux à deux ou
trois à trois, en prononçant en premier lieu tantôt
l'une, tantôt l'autre. On réussira par ce moyen à dresser
l'œil des élèves à une gymnastique très avantageuse et
qui, dans la suite, leur sera d'une immense utilité. Il
faut faire beaucoup de ces exercices, mais toujours de
très courte durée pour ne pas ennuyer les petits élèves,
pour ne pas fatiguer l'œil et pour ne pas laisser l'atten-
tion se perdre. Appliquons-nous maintenant à réunir
en groupes les articulations qui nous semblent avoir
le plus d'affinité entre elles et qui d'ordinaire sont le
plus sujettes à être confondues. Signalons du mieux
qu'il nous sera possible leur nature et leurs diflérences.
J'estime que nous pouvons faire un premier groupe
avec les consonnes P, B,M. Leur affinité est très étroite,
laplus grande peut-être qu'on puisse rencontrer parmi
toutes les autres articulations. Pour réaliser l'une ou
l'autre d'entre elles, on ferme les lèvres de la même
façon et il n'y a de différence que dans le degré de la
pression, très forte pour la consonne P, un peu moindre
pour le B, lente on relâchée pour VM. Ce qui se passe
pour la' fermeture des lèvres se passe également pour
leur ouverture et daus le même sens au moment où l'on
articule. Quand on prononce la consonne p, les lèvres
s'ouvrent instantanément, brusquement, la lèvre infé-
rieure se portant en avant. Quand c'est le B qu'on pro-
nonce, les lèvres s'ouvrent également avec force, mais
d'une façon bien moins vibrante ; les deux lèvres s'al-
— 251 —
longent uu peu en avant et il se produit en même temps
à leurs commissures une légère secousse dans les jouos-
Quand on articule VM. les lèvres s'ouvrent aussi instan-
tanément, mais sans aucun mouvemeut brusque, la lèvre
inférieure se détachant, au contraire, légèrement de la
supérieure sans allongement ni tremblement d'aucune
sorte. La différence entre ces divers mouvements est
faible saus doute, mais facile néanmoins à apprécier
par un œil bien exercé et sous l'empire de la nécessité.
Et quand même l'enfant n'arriverait pas à saisir cer-
tains petits mouvements, il n'en résulterait pas que
nous dussions nous tenir immédiatement pour vaincus et
recourir à l'écriture sur le tableau ou, ce qui serait
bien pis, à la mimique, ou encore faire intervenir l'exa-
gération et la convention dans la manière d'articuler.
Nous pouvons faire un second groupe avec le Tet le
D. Quoique la différence entre ces consonnes ne soit pas
bien grande, elle me parait plus facile à saisir que
celles qui distinguent entre elles les consonnes du
groupe précédent. Pour lé T et le D, il y a parité dans
l'ouverture des lèvres et dans la dispostiion donnée à la
langue à l'instant qui précède l'articulation. Dans un
cas comme dans l'autre, la langue s'appuie contre l'ex-
trémité antérieure du palais, précisément sur la ligue
où l'arcade dentaire délimite le palais. Toute la diffé-
rence consiste dans la manière dont la langue se meut
au moment de l'articulation. Quand on prononce \e t,
la langue se serre avec force contre les dents canines et,
se portant en avant, se détache brusquement du palais,
s'abaisse en laissant au-dessus d'elle nu petit vide très
visible et, en même temps, il se produit dans l'ouverture
des lèvres un léger élargissement du diamètre. Si c'est le
D qu'on prononce, la langue se porte bien aussi contre
les incisives supérieures, misis avec beaucoup moins de
force et non pas si en avant que pour le t. Elle se déta.
che du palais avec un mouvement léger de haut en bas
sans laisser aucun vide au dessus d'elle et sans élargis-
sement notable de la bouche elle-même.
— 252 —
Nous placerons dans le troisième gronpe le Ket le G
dw. Ces consonnes ont aussi entre elles une étroite
affinité et les mouvements qu'elles déterminent dans la
partie externe de l'organe vocal, les seuls appréciables
â la vue, se confondraient facilement les uns avec les
autres, si l'œil n'est pas exercé au suprême degré et
très attentif. Voyons pourtant, s'il n'y a pas moyen de
faire nne différence et, pour cela, dirigeons nos obser-
vations sur deux points de l'organe vocal : la gorge et
la langue. Quand à la gorge, on s'aperçoit aisément
qu'au-dessous du menton, à la partie qui se trouve le
plus en avant, il se produit, tant pour le K que pour le
G. deux mouvements, l'un de bas cnhautdéterminantun
petit creux et l'autre de haut en bas accempagné d'un
gonflement très prononcé. Ce gonflement est plus brus-
que et de moindre étendue lorsqu'on articule le K. La
même chose se remarque à la gorge proprement dite,
mais, lorsqu'on articule le G , on observe au bas de la
pomme d'Adam un certain tremblement qui ne se pro*
duit pas pour le A'. Toutefois, il n'est pas toujours donné
de pouvoir observer cette partie de l'organe vocal-
Aussi faut-il reporter toute notre attention sur la dispor-
sition delà langue. A la vérité, il semble à première
vue que les choses se passent exactement de la même
façon pour l'une et pour l'autre articulation. Mais un
examen attentif fait reconnaître entre elles une réelle
différence : quand on prononce le A', la langue se tien
très en avant et, se soulève uu peu en formant un arc
très accentué. Si l'on prononce le G, au contraire, elle
se retire plus en arrière ; la partie de la langue qui se
trouve le plus en avant s'abaisse. La raison en est que
cette partie ne concourt pas à former l'arc que dessine
la partie postérieure de la langue. De plus, les mouve-
ments propres au K sont beaucoup plus brusques que les
mouvements propres au G.
L'L, l'iVet VU ont entre elles une étroite ressemblance,
ces consonnes étant toutes les trois des linguo-palatales
et les mouvements d'articulation, très analogues, s'ef-
— 253 —
fectuant presque entièrement â l'intérieur de la bouche
A raison de ces deux circonstances, ce sont ordinaire-
ment les consonnes dont on a le tort d'exagérer le plus
l'articulation, VL particulièrement et néanmoins les
mouvements sont encore assez visibles et assez distincts
pour qu'on puisse les apprécier en eux-mêmes et se
rendre compte de leurs différences, même lorsqu'on
prononce ces consonnes de la façon la plus naturelle du
monde. Si nous commençons par VL, la plus visible des
trois, si aisée à reconnaître et pourtant si malmenée
d'habitude, nous voyons que, dans cette articulation, la
bouche reste très ouverte, que la langue s'élève, se porte
en avant et s'appuie en s'arrondissant contre la voûte du
palais; qu'au moment de l'articulation, elle se détache
et retombe légèrement dans la partie inférieure de la
bouche. Au cours de ces mouvements, le dessous de la
langue est visihle et l'on n'y observe rien de brusque.
Dans VN, la bouche s'ouvre beaucoup moins, consé-
quence de l'articulation qui se fait plus en arrière ; la
langue exécutant le même mouvement général que
pour VL, ne s'allonge pas et ne se porte aucunement en
avant. Au lieu d'appuyer sa pointe au palais, c'est la
partie antérieure de la face dorsale qu'elle applique
contre la voûte palatine. Le dessous de la langue n'est
presque point visible. Les mouvements requis pour pro-
noncer cette consonne sont, plus que tous les autres,
effectués à l'intérieur de la bouche et cachés à la vue.
Le trait le plus caractéristique qui la distingue de VL
est le mouvement de la mâchoire inférieure. Dans l'ar-
ticnlation de VL, la mâchoire inférieure ne se dérange
pas ; pour VN, elle se meut de bas en haut jusqu'à
paraître rencontrer la mâchoire supérieure de laquelle
elle s'éloigne ensuile d'un mouvement rapide à l'instant
de l'articulation. Ainsi donc cette consonne, la plus dif-
ficile à lire sur les lèvres et qu'on pourrait appeler la
consonne ténébreuse, présente des traits qui permet-
tent de la reconnaître et de la discerner d'avec ses con.
— 254 —
génères, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'exa-
gération ou à quelque chose de conventionnel.
Le mouvement que la langue doit exécuter pour l'ar-
ticulation de VR a une certaine analogie avec celui que
requiert 'a prononciation de VL et de l'A, mais il s'en
distingue nettement par sou caractère brusque et vi-
brant. De plus la gorga et la lèvre inférieure prennent
une part visible à l'articulation. On voit la gorge rentrer
sur elle-même, la lèvre inférieure s'abaisser et prendre
en se contractant une attitude de tension, d'où résulte
un petit peu d'élargissement dans le diamètre de la
bouche.
VF et le V ne sont pas difficiles à lire sur les lèvres
et il est aisé de constater la diflérence qui existe entre
ces deux articulations, toutes deux labiales soufflantes
et qui s'articulent à peu près de la même façon. Quand
on prononce VF, les lèvres s'allongent, comme on sait,
en avant; leur ouverture se resserre et prend une
forme arrondie. Si c'est le V qu'on prononce, la lèvre
supérieure reste presque immobile et. l'inférieure se
porte en avant presque comme pour VF. Elle se meut de bas
en haut, se replie légèrement en son milieu vers les
dents supérieures et, se contractant un peu, fait pren-
dre à l'ouverture des lèvres une forme allongée.
II reste encore VS et le Z (1) dont les mouvements
extérieurs ont aussi bien de la ressemblance. Quand on
prononce VS, les deux rangées de dents sont presque en
contact l'une avec l'autre, les lèvres, légèrement et na-
turellement ouvertes. Au moment de l'articulation, la
(1) L'auteur met ici en opposition avec l's non pas notre z français,
mais l'articulation italienne qu'il faudrait rendre avec notre orthogra-
phe tantôt par TS ettantôt par dz suivant les cas etdont les caractéris-
tiques n'ont p.isd'intirét pour lesélèvss de nos institutions. Pour cette
raison et de peur d'amaneruneconfusion, nous croyons devoir suppri-
mer les détails qui concernent l'articulation double dont il s'agit. I 1
faudra se reporter ponrle z français à ce qui a été dit sommairement-
page 182 ci-dessus, su sujet de l's douce ou b jurdjnnante des italiens.
(N >te du Traducteur).
mâchoire inférieure s'abaisse, sans Laisser vojr dajng son
mouvement rien de subit ni de brusque.
De tout ce que nous sommes parvenus à remarquer
il me paraît résulter clairement que la lecture sur les
lèvres, tout comme l'articulation, est possible pour le»
sourds-muets à la condition d'être bien dirigée, cultivée
diligemment et pourvu qu'on ait soin de ne pas la défi-
gurer ou la corrompre par des mouvements exagérés de
l'organe vocal, Comme nous l'avons vu, les types des
son-5 fondamentaux sont, les uns plus; les autres moins,
reconnaissables et discernables .les uns des autres. Et
lors môme que quelques, uns d'entre eux nous semble-
raient ou seraient réellement très difficiles à lire sur les
lèvres, on nedevraitpas s'en alarmer ni s'en épouvanter-
Il faut réfléchir et savoir que les sourds-muets, à mesu,
re qu'ils avancent dans la connaissance de la làilgue,
liseutsur les lèvres, plutôt que les éléments des mots
les mots eux-mêmes et la phrase et que lé bon sens leur
fera reconstituer, commo l'expérience le prouve, les
articulations qui auront été prononcées devant eux.
A suiore
STATISTIQUE
Des Institutions Françaises de sourds-muets
Nousdonnons aujourd'hui, la suite de la Statistique des
Institutions françaises de sourds-muets commencée dans
notre dernier numéro. Quelques feuilles né nous sont
pas encore parvenues; aussi demandons-nous à ceux de
MM. les Directeurs qui n'ont pas encore trouvé de
renseignements publiés sur leur école dans les deux
derniers numéros, de les faire parvenir au plus vite
ils nous sont absolument nécessaire pour donner les
résultats généraux de cette statistisque. -
Ad. B.
— 256 —
Institution dé la Pfovideheë à Alençôn.
Directeur Sœurs de la Providence.
7 professeurs ; 40 élèves, 21 filles 16 garçons 7 divisions
Méthode orale pure
32 Boursiers et demi boursiers ; Durée de* la bourse
6 à. 7 ans .
Institution d'Arras.
Directrice Madame Marie Duviviers
12 professeurs — 100 élèves — 12 classes
Méthode orale pure,
32 boursiers et demi boursiers ; Durée de la bourse
8 ans.
Institution d'Avignon
Directeur l'abbé Grimaud
3 professeurs — 30 élèves — 3 classes
Méthode orale pure.
12,boursiers ; Durée de la bourse 7 ans Sourds-muets,
bègues, enfants anormaux.
Institution des sourdes-muettes du Bon-Sauveur de
Caen ( Calvados ).
Directrice: Madame la Supérieure du Bon-Sauveur
5 professeurs — 30 élèves — 5 classes
Méthode orale pure>
3 boursières ; Durée de la bourse (n'est pas fixée).
Institution des sourdes-muettes de Saint-Joseph du Bon-
Pasteur (Olermont-Ferrand).
Directrice : Sœur Augustine .
4 professeurs — 36 élèves — 4 classes,
Méthode orale pure.
20 Boursières; Durée de la Bourse, 6 anp.
— 257 —
Institution de Gap (Hautes^-Alpes)
Directrice Soeur Marie Saint-Fîdète religieuse de la
Providence,
3 professeurs — 30 élèves — 3 classes
Méthode orale pure.
22 boursiers ; Durée de la bourse 8 ans, 8 garçons, 82
filles.
Institution de Notre-Dame de Laon (Aisne)
Directeur Chanoine Bourse
7 professeurs — 52 élèves — 6 classés
Méthode orale pure
Durée de la bourse 7 ans Aisne et Oise 6 ans Marne
Seine et Marne, Somme
Institution des sourdes-muettes et des jeunes aveugles
de Notre-Dame de Larnay, près .Poitiers (Vienne)^
Fondée en i833).
Directrice : Soeur Saint-Hilaire, fille de la Sagesse.
8 professeurs — 8 classes — 64 élèves.
Méthode orale pure.
46 boursières: durée de la bourse, 7 ans.
Institution de Laval
Directrice Soeur Augustine Louis
7 professeurs —47 élèves — 2 classes S. M. et S e, ."M e
Méthode orale pure
45 boursiers ; Durée de la bourse 8 ans.
» t m
Institution des sourdes-muettes de Lille (Nord).
Directrice : Sœur Saint-Pierre, fille de la Sagesse.
6 professeurs — 53 élèves — 6 classes.
Méthode orale pure,
49 boursières ; durée de la bourse, 7 ans.
- 2Î.8 —
Institution des sourds-muets de Ronchin-Lille. ( Nord )
Directeur '. Rrère Médéric. des frères de St-Gabriel
8 professeurs — 80 élèves -r- 8 classes.
Méthode orale pure.
Durée de la bourse ; 7 ans.
Institution de Villeurbanne, Lyon.
Directeur : M. Hugentobler.
6 professeurs — 6 classes — 64 élèves (48 garçons et
16 filles).
Méthode orale pure.
47 boursier*: durée de la bourse, 8 années.
Obs. Une. division spéciale pour les jeunes aveugles
est créée à l'Institution sur la demande de l'Administra-
tion.
Institution de Lyon, Vaise, Montée deBalmont.
Directeur: M. Claudius Forestier.
6 professeurs — 6 classes — 34 élèves.
Méthode de M. Bébian.
bourses de 7 â 8 années.
Institution de Marseille, Colline Puget.
Directeur '. l'abbé Léopold Dassy.
8 professeurs — 6 classes — 55 élèves.
Méthode orale pure.
50 boursiers: durée de la bourse, 8 ans.
Institution des sourds muets de l'Est, près Nancy.
Directeur: Société auonyme. (L*iustructionest donnée
sous la direction des Sœurs de Saint-Charles).
15 professeurs — 113 élèves internes — 11 classes.
Méthode orale pure.
101 boursiers ; durée de la bourse, 7 ans
— 259 —
Institution de Nantes (Loire-Inférieure).
Directeur : Frère Privât des Frères de Saint-Gabriel.
7 professeurs — 61 élèves — 7 classes:
Méthode orale pure.
58 boursiers ; durée de la bourse, Loire-Inférieure,
7 ans, Vendée, 6 ans, Morbihan. 7 ans.
Institution de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir).
Directeur :M. le Chanoine Percebois.
6 professeurs — 30 élèves — 6 classes.
Méthode orale pure.
20 boursiers : Durée de la bourse 8 ans
L'établissement comprend garçons et filles
Institution des sourds-muets d'Oloron
Directrice : Mademoiselle Pauline Larrouy.
1 professeur — 20 élèves — 3 classes
Méthode orale pour les élèves qui ont de l'aptitude
pour la parole
8 boursiers ; Durée de la bourse 9 ans tant pour les
garçons que pour les filles
Institution des sourdes-muettes d'Orléans
Directrice : Sœur. St-Andrée
4 professeurs — 48 élèves — 4 classes
Méthode orale pure
29 boursières ; Durée de' la bourse 8 ans
Institution des sourds-muets d'Orléans
Directeur: Boulestreau (Joachim) Fi-ére de Saint-
Gabriel.
4 professeurs et 1 maître d'études — 4 classes —
40 élèves (garçons)
Méthode orale pure.
28 boursiers. Loiret et Nièvre. 8 années. Loir-et-
Cher, 7 années.
— 260 —
Institution de Poitiers.
Directeur : Frère Benoît .
7 professeurs — 65 élèves— 7 classes.
Méthode orale pure.
Durée de la bourse, 7 ans.
Institution des sourds-muets du Puy.
Directeur : Frère Marie-Pierre des Frères du Sacré-
Cœur.
3 professeurs — 25 élèves — 3 classes.
Durée de la bourse, 8 années pour les boursiers de ia
Haute-Loire, 6 années pour la Lozère, l'Ardèche et
le Cantal .
Section asile-ouvroir, 30 élèves:
Ateliers de tailleurs, cordonniers, menuisiers, agri-
culture, horticulture, floriculture.
Institution des sourdes-muettes du Puy (Haute-Loire).
Directrice : Sœur Marie-Noélie, religieuse de la Pré-
sentation de Marie.
2 professeurs — 34 élèves — 2 classes.
Méthode orale pure et méthode mimique pour les
anciennes.
11 boursiers ; Durée de la bourse, 5 ans .
3 bourses — 4 1/2 bourses — 4 3/ 1 — soit 11 boursières
Institution de Rillé-Fougères (Ille-et-Vilaine)
Directrice : Sœur Marie-Angèle, officier d'académie.
8 professeurs, 52 élèves, 5 classes.
Méthode orale pure.
36 boursiers ; Durée de la Bourse: 7 ans.
— 261 —
Institution Départementale de Rodez (Aveyron).
Directeur : M. l'Abbé Fabregou.
6 professeurs, 6 classes, 38 élèves garçons et filles.
Méthode orale pure.
26 boursiers. Durée de la bourse : 6 ans. Les autres
élèves sont demi-boursiers.
Institution de Rouen, Rampe St-Gervais, 104.
Directrice : Mlle Lefebvre.
7 professeurs, 6 classes, 60 élèves.
Méthode orale pure.
58 boursiers de la Seine-Inférieure. Durée de la
bourse, 8 années.
Institution de Saint-Brieuc.
Directeur: M. l'abbé Bertho.
10 professeurs — 10 classes — 90 élèves (56 garçons,
34 filles).
Méthode orale pure.
83 boursiers, Durée de la bourse, 7 années.
Institution de Saint-Etienne.
Directeur: Frère Plaudien des Ecoles chrétiennes.
7 professeurs — 5-élèves --5 classes.
Méthode orale pure.
30 ou fractions de boursiers ; durée de la bourse, 6 e
8 ans.
Institntion de St-Hippolyte-du-Fort (Gard) pour les
sourds-muets protestants de France.
Directeur : H. Verdeilhan.
6 professeurs — 56 élèves — 2 classes , une de gar-
çons et une de filles (l'institution est mixte).
Méthode orale pure.
6 boursiers à bourse entière, durée de la bourse,
8 ans. quelques autres élèves jouissent de fractions
de bourse.
— 262 —
Institution de Saint-Laurent en Royans (Drôme).
Directeur: S. Saint-Jean des Franciscaines de Calais.
4 professeurs — 65 élèves — 4 classes.
Méthode mixte.
23 boursiers; durée de la bourse, 6 ans.
Institution de Tarbes (Hautes-Pyrénées).
Supérieure : Sœur Marie Célina.
6 professeurs — 21 élèves — 4 classes.
Méthode orale pure.
14 boursiers ; dur.ée de la bourse, 8 années.
Institution des sourds-muets de Toulouse.
Directeur : Frère Jacques, des frères de Saint-Gabriel.
7 professeurs — 7 classes — 69 élèves (garçons).
Méthode orale pure.
59 boursiers; durée de la bourse, 7 ans.
Institution des sourdes-muettes de Toulouse.
Directrice : Sœur Marie Antoine, fille de la sagesse.
4 professeurs — 38 élèves — 4 classes.
Méthode orale pure.
31 boursières ; durée de la bourse. 7 ans.
Institution dessourdes-muettes de Veyre (Puy-de-Dôme
Directrice: Sœur du Saint-Cœur de Marie, franciscaine
4 professeurs — 43 élèves — 4 classes.
Méthode orale pure.
13 boursières : durée de la bourse, G ans, Puy-de-
Dôme et Allier.
{A suivre)
— 2C3 —
REVUE DES JOURNAUX- ÉTRANGERS
Organ der Taubstummen Anstalten
Avecle premier numéro de l'année 1891, cette revue, fondée
par le docteur Matthias, est entrée dans sa 37 lne ann«'e d'exis-
tence. Depuis 1881 elle est rédigée par M. Vatter, rédacteur en
chef, Berndt-Bei'lin,' Hirzel-Gmiind. Les articles que l'Organ a
publié pendant l'année qui vient de s'écouler prouvent que
la rédaction a été à la hauteur de sa tâche et s'efforce de pro-
gresser autant que ses moyens le lui permettent. Sur l'initia-
tive de M. Finckh à Schleswig, Renz-Stuttgart publie dans
un supplément de 1' " Organ " sous le titre: "Collectaneen"
des articles d'une grande valeur par Hèinicke, Eschke, Reicli,
Sensé, Graser, Jaeger,. Hill, Kruse,Schôttle, Rôssler, Vatter;
ont paru jusqu'à présent plusieurs articles de Hill.
Le premier numéro de cette année contient un article par
Stein-Gerlachsheim, intitulé: " Quelques idées sur la culture
de la langue de conversation hors de la classe " Oet article est
une conférence faite à Niïrtingen en Septembre l'année pas-
sée lors du Congrès national ; elle l'ut très applaudie par les
membres du Congrès.
Le même numéro contient la fin du " protocole" du 2 ,ne Con-
grès bavarois à Wurzbourg.
Blaëtter fur Taubstummenbildung
Cette revue rédigée par vValther et Toepler est entrée dans
sa 4 mo année d'existence.
Au 1" numéro Wallher-Berlin publie sous le titre : " Coup
d'oeil rétrospectif" un article sur les efforts que le gouverne-
ment de Prusse fait pour améliorer l'enseignement des sourds-
muets dans ses états. L'article est très-bien -écrit et contient
des idées et des faits qui méritent toute l'attention du lecteur.
M, Stolte traîto aux numéros 1 et 2 de la méthode de l'ensei-
— 264 —
gnement des sourds-muets et cherche à mettre en lumière
ce qu'il faudrait faire pour obtenir des résultats plus satisfai-
sants par la méthode d'articulation. M; Stolte prouve par cet
article qu'il est un homme pratique connaissant très-bien les
besoins de nos élèves,
Mùller-Homberg répond àla question .• " Qu'est-ce que la
vie exige de l'enseignement des sourds-muets?" Comme ce
numéro ne contient que la première partie de l'article, j'y
reviendrai.
C. Rene-Stuttgart
Quarterly Review (Janvier. 1891)
Le numéro de la Quarterly Rewiew qui vient de nous par-
venir mentionne la mort de Sir William Aldam, président du
comité de l'Institution de Doncaster.
Cet homme éminent auquel Sir J. Howard consacre un ar-
ticle fort élogieux s'était intéressé à l'enseignement des
sourds-muets vers la fin de sa vie; par testament, il a légué
à l'Institution de Doncaster la somme de 200 livres sterling.
La Revue anglaise, continuant ses études historiques, s'oc-
cupe aujourd'hui de "Institution de Belfast nous reviendrons
sur cet article lorsqu'il sera terminer. Elle nous annonce la
fondation d'une école pour le Nord et l'Est du Lancashire.
Jusqu'à l'heure, en effet, les enfants sourds de cette contrée
étaient instruits dans les écoles de Manchester, de Liverpool,
de Boston, et dans des villes plus éloignée? encore.
Grâce à la générosité de Miss Cross, de Myerscough, qui a
donné 1000 livres puis 3000 autres livres, on a pu construire
à Preston une école réunissant toutes les conditions voulues
de confortable et d'hygiène.
Nous devons regretter que la méthode or<*le pure ne soit
pas en honneur dans cette jeune Institution,
Ses fondateurs, après avoir réédité les critiques suranées
contre l'emploi exclusif de la parole déclarent adopter non
pas le « système combiné » mais uyi «système combiné» que
lbiir est spécial. Nous ne voyons pas bien l'importance de
cette subtilité et nous avons le droit d'espérer que bientôt la
lumière éclatera aux yeux de nos confrères de Prestou et
— 265 —
qu'ils abandonneront définitivement une méthode qni se
condamne d'elle-même.
La Quarterly Rewiew annonce que la traduction Anglaise
du livre de Bouet, œuvre de MM. Dixon et Farrar vient de
paraître. On peut se procure* cet ouvrage en s'adressant à
M. Farrar. Son prix est de 4 fi*, 33 franc do port.
Le même numéro cpnsacre quelques mots à notre regretté
collègue L. Goguillot. Elle ajoute qu'un vent de malheur
semble souffler sur les pionniers de la méthode orale pure
chez les voisins du Royaume Uni. Dans l'espace de 2 ans, en
effet. l'Italie a perdu Balestra et Tarra; la Erance, Fourcade
Goguillot.
R. Duvignau
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
Institution de St-Hippolyte du Fort (Gard) pour les sourds
muets protestants de France. Vingtième rapport 1887-88. In-8
108 p., Le Vigan 1888,
Ouvert aux sourds-muets protestants de France des
deux sexes, cette institution reçoit les enfants de 7 à
12 ans, le prix de la pension est de 500 francs par an, la
durée des études de 8 années. Nos lecteurs le savent,
c'est depuis longtemps la méthode orale qui est en
honneur dans cette école ; pendant les deux dernières
années, les élèves y font l'apprentissage- d'un métier.,
Le directeur actuel, M. Verdeilhan par son activité a su
faire prospérer son établissement, qui comptait en
1888, 56 élèves. Les dépenses de l'exercice 87-88 s'éle-
vaient à la somme de 31 176 fr. 45. Le rapport que nous
venons de recevoir mentionne une longue suite de dons
•recueillis parmi la communauté protestante française,
ils s'élevaient à la somme de23,233 fr< pour cet exercice.
— 260 —
Société d'assistance et de patronage pour les sourds-muets
et les aveugles du département du Rhône et des départements
voisins. 7 8 Compte-rendu. Exercice 1889-99. Lyffli Lavaissière, 1891
In-8, 24 p.
Nous avons eu déjà occasion de signaler plusieurs
fois, i'œuvre si intéressante de notre zélé confrère,
M. J. Hugentobler. Désormais, l'action bienfaisante de
la Société s'étendra sur les aveugle^ de la région lyon-
naise, une section spéciale pour l'instruction de ces
malheureux est ouverte dans l'institution de Villeur-
banne. 210 membres font partie de cette Société, les
recettes ont été de 1,966 fr. et les dépenses de 2,275 fr.
Le fonds de réserve de la Société est de 6,757 fr. D'un
autre côté, les ressources officielles de l'institution,
— subvention du Ministre de l'Intérieur (2,000 fr.), du
Conseil Général du Rhône, du Conseil Municipal de Lyon
et bourses de toute nature — s'élèvent à la somme de
27,330 fr.
Le compte-rrendu de la Distribution des Prix de
l'école de Lyon termine la brochure ; nous y trouvons
un discours très intéressant de M. Oohendy, professeur
a l'école de Droit, sur la marche de l'Institution lyon-
naise. Le savant professeur nous signale un projet que
le ministère élabore, « il s'agirait de créer en province,
dans les villes.ou le besoin s'en ferait sentir, des institu-
tions régionales ou inter-départementales de Sourds-
muets; et il est certain, ajoute-t-il, que si ce projet
aboutit, l'Institution Hugentobler sera une des. pre-
mières à en bénificier.
Les exercices faits par les élèves ont montré à nou-
veau toute l'expérience et le talent du Directeur de
l'école de Lyon.
ALLEMAGNE
Reuschert, Taubstummen-Lehrer-Kalender fur 1891 Laugeji-
salza Beyei - , U Soehne (prix 2 francs), Almanachpourles Maîtres Ue s
Souris-Muets.
11 y a cinq ans M, Reuschert, directeur de l'institu-
tion des Sourds-Muets protestants de Strasbourg, a eu
— 567 —
l'heureuse idée de publier un almanach pour les institu-
teurs de Sourds-Muets. L'auteur, homme pratique et
statisticien par excellence, a su donner à cet almanach
une valeur fortpratique ; c"est grâce à cela que son ca-
lendrier est parvenu à sa cinquième année, et j'espère
qu'il trouvers parmi tous ceux, qui s'intéressent à l'en-
seignement de nos pauvres sourds-muets, toujours beau-
coup d'amis ; M. Reuschert cherchant d'année en
année à perfectionner son almanach, qui est destiné au
corps enseiguanc des institutions de sourds-mùets où
l'enseignement se fait en langue allemande : l'Allema-
gne, l'Autriche, le Luxembourg, les provinces Baltiques
russes et la Suisse. Nos confrères français y trouveront
'une statistique très intéressante sur toutes les Institu-
tions des pays cités plus hant : l'année de fondation, le
nombre des élèves, les noms du directeur et des maîtres
leurs appointements, etc, la liste des ouvrages parus
depuis le 1 er octobre 1889 jusqu'à la fin de septembre
1890. celle de toutes les revues publiées sur l'enseigne-
ment des sourds-muets, soit pour les maitres, soit pour les
élèves, dans tous les pays. L'almanach contient aussi un
article fort intéressant sous ce titre: Des lois concer-
nant l'enseignement obligatoire des Sourds-Muets.
Renz-Stuttgart.
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution de Tarbes
L'Institution de sourdes-muettes fondée â Ponsan-
Soubiran (Gers ) par M. le Marquis et Madame la Mar-
quise de Moleville vient d'être transférée à Tarbes.
Grâce à la libéralité de deux dames bienfaisantes et au
zèle éclairé du R. P. Forgue, aumônier de l'œuvre, un
établissement répondant à tous les besoins de l'enseigne
— ^68 —
ment a été récemment aménagé et l'inauguration en a
été faite le 13 Novembre dernier. Mgr Billière, évoque
deTarbes, avait bien voulu se rendre â cette occasion
dansla nouvelle institutionpourenbénirsolennellement
les bâtiments. Une série d'exercices scolaires exécutés
après la cérémonie religieuse, en présence de S.G. et des
personnes qui l'accompagnaient, a mis en évidence les
remarquables résultats obtenus par les maîtresses habi-
les et dévouées qui sont chargées de l'instruction des
sourdes-muettes et qui appartiennent à la Communauté
de Saint-Joseph de Tarbes.
Un nouveau Journal. — Nous venons de recevoir le
premier numéro et nous sommes heureux de souhaiter
la bienvenue à une nouvelle publication dont les direc-
teurs sont : MM. Albert Gutzmann, premier profess-eur
à l'institution municipale des sourds-muets de Berlin
et Hermann Gutzmann, médecin à Berlin. Elle a pour
titre : Revue mensuelle nièdico pédagogique de Vart de
remédier à tous les vices de la parole.
NÉCROLOGIE
M. A. Dubranle, Censeur des Études à l'Institution na-
tionale de Paris, vient d'avoir la douleur de perdre sa
sœur, Mademoiselle Dubranle. Nous nous associons
bien vivement au deuil qui vient de frapper notre excel-
lent collègue et ami et nous le prions d'agréer l'ex-
pression de notre bien vive sympathie.
Nous apprenons la mort de M. Louis-Joseph Capon ,
père de M. L. Capon. le sympathique directeur de
l'Institution d'Elbeuf. Nous envoyons à notre dévoué
confrère, l'expression de nos plus sincères compliments
de condoléance.
L'imprimeur-Gérant Eug. BELANGER aij Rue Saint-Jacques Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
6">« année.' N» '12 Mars 1891.
BPHEMERIDES
de la Surdi-mutité <en France
MARS
1. 1818. —r M. Garay de .Montglave est nommé
Directeur de l'Institution de Paris, en
remplacement de M. deLanneau.admisàla
retraite.
5. 1848. — L'arrêté du 1 er Mars, nommant M.
Garay 'de 'Montglave Directeur de l'institu-
tion des sourds-muets de iParis, est rap-
porté, et M. de Lanneau est rétabli dans
ses anciennes fonctions.
8. 1784 — Le garde des Sceaux approuve l'impres-
sion du manuscrit de l'abbé de l'Epée,
intitulé: La Véritable manière d'instruire
les sourds-muets, confirmé par une lon-
gue expérience.
13. 1848 — Mademoiselle Baudry du Hamel demande
avec l'appui du docteur Blànchet, une pla-
ce de maîtresse de piano a. l'intitution des
sourds-muets de Paris, la commission
consultative jugea qu'il n'y avait pas lieu
de donner suite à cette demande.
15. 1777. — J. R. Pêreire est présenté au roi de
Suède, Gustave III, ainsi que trois de ses
élèves : De la Voulte, Mesdemoiselles Le
Rat et Marois.
16. 1870 — La Société centrale d'éducation et d'as-
sistance pour les sourds-muets en France
et reconnue d'utilité publique.
— 270 —
17. 18i6 — La Chambre des Pairs renvoie au Minis-
tre de la Justice une pétition de Ferdinand
Berthier, demandant certaines modifica-
tions à la législation civile et criminelle à
l'égard des sourds-muets.
18. 1793. — Saint-Sernin dont l'Ecole, à Bordeaux,
était menacé de fermeture, se présente à
la barre delà Convention avec deux de ses
élèves; ceux-ci sont interrogés devant
l'Assemblée, qui place l'Institution de
Bordeaux sous la protection de la France.
19. 1861. — Décision ministérielle portant reconsti-
tution sur place des bâtiments de l'Institu-
tion des sonrdes-muettes de Bordeaux.
23. 1736. — Nominationde Charles Michel de l'Épèe
à la Cure de Feuges (Aube),
25. 1785. — Arrêt du Conseil du Roi portant que
rétablissement des sourds-muets sc.ra in-
cessamment placé dans les bâtiments des
Célestins et qu'une somme de 3.400 livres
sei'a employée à l'entretien des élèves
pauvres,
28. 1 738. — Nomination de Michel de PÊpèe au ca-
nonicat de Pougy.
31. 1741. — Naissance à Saint-Jean de Marsacq
(Landes), de Saint-Sernin, fondateur avec
l'abbé Sicard, de l'Institution de Bordeaux.
{A suivre)
— 271 —
GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE
AUX SOURDS-MUETS
par le R.P. Constantin MATTIOLI
des Ecoles Pies
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne
traduit de l'italien, avec l'autorisation de l'auteur,
par O. Claveau (suite et fin)
De l'écriture et de la lecture
Le maître peut faire marcher l'enseignement de l'é-
criture et de la lecture parallèlement à l'enseignement
de l'articulation et de la lecture sur les lèvres. Je dis
peut parce qu'au commencement il n'est pas absolument
nécessaire d'employer l'écriture. Il y a même des profes-
seurs au gré desquels il vaudrait mieux retarder cela
j'.nqu'à ce que le sourd-muet ait appris à prononcercor-
rectement et à lire promptement sur les lèvres toute,
espèce de mots. Gesystème, à leur dire, aurait de grands
avantages pour la lecture sur les lèvres, pour la pronon-
ciation et pour donner plus de spontanéité â la parole
vivante. Je ne puis ni ne veux entrer ici dans la discus-
sion de cette question ni rechercher quel est celui des
deux systèmes qui doit donner les meilleurs résultats.
Je me bornerai à faire observer que le dernier des deux
procédés présenterait peut-être quelques avantages au
point de vue de la lecture sur les lèvres mais que pour
le reste il n'en offrirait que peu ou point; j'excepte le cas
où il ne s'agirait pas de différer jusquà une époque où
— 272 —
l'enseignement de la langue serait déjà bien avancé
attendu que dans le cours des premières années, les
sourds-muets, qu'ils sachent ou non écrire, ne peuvent
employer que dans une bien faible mesure ies mots de
la langue, n'ayantpas encore eu le temps de les appren-
dre.
Ainsi donc, tout aussitôt que le petit sourd-muet saura
prononcer un son et le lire sur les lèvres de son maître,
on lui enseignera aussi à l'écrire et aie lire quand il est
écrit; maison prendra garde que l'écriture ne doit venir
qu'à la suite delà prononciation et de la leeture sur les
lèvres. Lorsque l'écriture est employée dans une sage
mesure et sans qu'on la laisse jamais se substituer à la
lecture sur les le vr es, non seulement elle. ne peut pas
nuire, mais elle présente de très grands avantages sous
tous les rapports dès le début de l'enseignement oral.
Assurément, il faut savoir s'en servir et n'en point abu-
ser. De même quand on arrive aux, assemblages de sons
les plus faciles, les mieux visibles, et que le sourd-muet
sait les prononcer et les lire sur les lèvres, la repré-
sentation en'signes graphiques lui enseigne à les recon-
naître avec une plus grande précision. Et bien loin, que
là- nouvelle forme d'équivalence qui lui est proposée
fatigue son esprit, il y trouve un repos et sa mémoire y
trouve une force pour retenir plus facilement 1 ces
assemblages de sons. 11 y a des professeurs qui craignent
que ce nouveau signe n'engendre un dualisme d'images-
dans l'esprit de l'enfant et- qu'ajant par la suite à se
rappeler ces mots quels qu'ils soient pour les pronon-
cer, il n'arrive à se servir de l'élément graphique au
lieu de l'élément parlé ou sonore. Cette question ne
manque pas d'importance. Il n'est pas très commode de
la résoudre ou d'en apprécier toutes les conséquences,
Le peu que j'ai cru pouvoir observer à cet égard me
semblerait' démontrer que le sourd-muet démutisé.
cherchant àrertrouver lé mot dont il veut se servir, ai
recours, oomme le fait l'entendant, à l'image de l'objet;
â la représentation du fait avant de faire appel â l'élé-
— 273 —
ment graphique, ou sonore ou -parlé. Et sous ce rapport
je ci'ois quo les deux systèmes se valent.
A mesure que renseignement avance etque les exeiv-
cices phonétiques prennent un plus grand développe-
ment, l'aide qu'on peut tirer de l'écriture acquiert une
importance de plus en plus grande. I\ n'est pas d'un
médiocre secours de pouvoir mettre sous les yeux des
élèves, comme en autant de petits bilans de savoir
acquis ou de tableaux synoptiques toutes les combinai-
sous qui ont entre elles des rapports étroits. Par ce
moyen l'esprit encore faible des enfants se trouve avoir
le temps d'y réfléchir, de les considérer et de les* recon-
naître. Et quand ensuite on prisse de l'enseignement'
pur et simple de l'articulation à celui de la langue,
l'utilité, pour ne pas dire la nécessité, de l'écriture se
fait sentir de plus en plus.
Sans l'aide de l'écriture, je crois que nous aurions
beaucoup plus de peine à prendre et cela pour arriver
àdes résultats beaucoup moindres, non pas seulement
au point de vue du développement des idées, mais en-
core au point de vue de l'enseignement et même de l'u-
sage de laparole. A lavérité, les petits entendants appren-
nent à parler couramment avant de savoir lire et écrire
mais ceux-ci se trouvent dans des conditions excep-
tionnellement favorables par comparaison avec les
sourds-muets. Pour l'entendant, toute personne qui
l'approche devient un professeur et lui apprend la lan-
gue. Il n'est pas de mot, d'expression, de phrase, qu'il
n'entende répétersaus cesse par mille bouches différentes
et, à son insu, il finit par avoir bientôt tout cela impri-
mé dans l'esprit et par savoir s'en servir â propos. Les
petits sourds-muets sont bien, eux aussi et comme les
entendants, témoins des faits et des scènes qui se dérou-
lent sous leurs yeux mais pour eux tout se passe dans le
silence et ne laisse dans la mémoire que des images
muettes sans aucune forme déterminée. Quand ils en vien-
nent à étudier laparole, ils ne peuventcompter que sur
es rares moments que le maître leur consacre directe*-
— 274 —
ment pendant les heures de classe rapidement écoulées,
puis, durant tout le cours do la longue journée, ils se
retrouvent dans la solitude et dans l'abandon. Dans ces
tristes conditions, qu;> pourront faire les petitssourds-
muels pour ne pas oublier le peu qu'on leur enseigne en
ch\s.se, s'il leur faut se fier entièrement à leur mémoire
débile et faillible' Ils n'oublient que trop facilement
et souvent à un degré décourageant, lois mémo qu'ils
ont le secours de l'écriture, mais, si ce secours venait à
leur manquer, la situation serait mille fois plus fâcheuse
encore:
Sous le rapport pratique, l'enseignement de l'écriture
( aux sourds-muets n'offre aucune difficulté et lorsqu'on
m à faire à des enfants suffisamment intelligents, pas
trop jeunes, ils arrivent au bout d'un an de cours à
écrire sous la dictée assez couramment toutes les sylla-
bes et tous les mots qu'ils savent prononcer et dont ils
connaissent le sens (1).
Quant à la lecture proprement dite, il me semble que
tout le monde trouvera naturel et avantageux de lui
faire suivre la même marche d'en développer l'enseigne-
ment parallèlement à celui de l'articulation et de
l'écriture et de faire avancer la lecture du même pas
que celle--:». Le petit sourd-muet ne pourra jamais lire
pas même une voyelle, au moins à haute voix si tout
d'abord il n'a appris à la prononcer ; mais aussitôt
qu'il sera arrivé à émettre un son, une syllabe, un mot
et qu'il saura les lire sur les lèvres du maître, il pourra
apprendre aussi à les lire, soit en caractères écrits, soit
en imprim-és, ce dont il retirera grand profit.
Pour enseigner à lire au petit sourd-muet, nous ne
pouvons adopter le système qu'on emploie avec les
entendants. A ceux-ci, l'on enseigne d'abord les lettres
(t) L'auteur, écrivant pour ses compvtriotes italiens, ne pouvait
avoir àse préoccuperde mettre en ligne Je compte les difficultés or-
thographiques dont sa langu? miternelle est si heureusement affran -
chiece qui explique notamment pour d'autres langues le travail de
transcription à demander aux élèves. (Notb du Traducteur).
— 275 —
puis les syllabes et, en dernier lieu, nous leur faisons
lire les mots. Vis à vis du sourd-muet, au contraire, il
faut, avant d'enseigner à lire les syllabes et les mots,
apprendre à l'élève â les prononcer. Nous n'avons à
nous occuper que tout, en dernier lieu du nom des let-
tres, quand l'enfant saura déjà lire et nons pourrons
même nous passer de ce'a. D'où il suit qu'au début et
t int que l'élève n'est pas arrivé à prononcer tous les élé-
ments essentiels de la parole, il ne serait que peu ou point
utile de lui donner à feuilleter un livre ou un sylla-
baire. L'unique syllabaire qu'il soit possible et avantageux
d'employer pour le petit sourd-muet durant le cours
préparatoire ou cours d'articulation est celui qui se
forme sous ses yeux, jour par jour et dans l'ordre pro-
gressif que suit l'enseignement de l'articulation, delà
lecture par conséquent et ce sera une très bonne chose
que de faire réuuir et conserver par l'élève sur un car-
net à ce destiné toutes les combinaisons qui contri-
buent graduellement â former le syllabaire. Il est très
utile et, pour ainsi dire nécessaire d'avoir dans la
classe les syllabaires ou tableaux par ce qu'ils servent
beaucoup à exercer les enfants tant individuellement
que collectivement à la lecture des formes qui arrivent
par degrés à leur connaissance. On développera peu à
p3u ces exercices qui seront limités, pour commencer»
à un petit nombre de combinaisons. Leur ensemble
finira par former un tout complet à l'usage de tous les
élèves quand ceux-ci seront parvenus a la connaissance
de toutes les combinaisons tant simples que composées
qui entrent dans la construction des mots.
Quand on sera arrivé à ce point, il conviendra de
mettre eutre les mains des élèves un petit manuel ou
livre de lecture au moyen duquel, en partant des pre-
miers éléments, on s'élèvera, par transitions faciles,
graduées, des syllabes aux mots, des mots aux proposi-
tions etdes propositions aux phrases. Il faudraqu'on aille
progressivement du facile au moins facile et non pas seu-
lement sous le rapport de la correction, de la pronon-
— 276 —
eiation, mais bien aussi-sousle rapport du sens à saisir
En efïet, si l'on excepte les exercices de phonation pure
et simple, ce seraifcune chose détestable que de mettre
sous les yeux des élèves des expressions dont ils ne
connaissent pas ou dont il ne serait pas aisé de leur
donner la signification. Les exercices gradués des PP.
Ferreri et Morbidi, mes très chers et excellents collè-
gues, sont on ne peut mieux adaptés à ce but. En se
laissant guider par eux, le maître pourra sans beaucoup
de peine amener les élèves à lire d'une façon naturelle
et à apprendre en même temps aisément et avec un em
pressement relatif toutes les formes du langage, même
les plus difficiles. Mais je ne dois pas insister sur ce
sujet, car ce serait sortir du cadre de l'articulation dans
lequel je me suis proposé de me renfermer rigoureu-
sement.
Quant à l'éducation de l'œil, à la sûreté que doit
acquérir cet organe pour lire les mots écrits ou impri-
més, le sourd-muet y arrive et très facilement, mais on
ne saurait en dire autant des pauses (des inflexions et
modulations à faire prendre à la voix, ce qui n'est pas
une petite difficulté. L'impossibilité de saisir par l'ouïe
les corrections du maître et par suite la nécessité de
lever à chaque instant les yeux de dessus le livre décon-
certent beaucoup l'élève et il est bien difficile que le
petit sourd-muet réussisse à donner à la leeture ce ton
dégagé, franc, varié qui la rend claire, agréable, intel-
ligible pour tout le monde. Joignez à cela un autre
obstacle, et très grave, venant du mode de respirer défec-
lueux que l'on rencontre ordinairement chez les sourds-
muets et qui les oblige à s'arrêter à chaque iustant, à
diviser non pas seulement les parties du discours qui
sont étroitement unies par le sens et ont entre elles un
rapport obligé, mais à hacher les mots eux-mêmes
C'est ainsi que la lecture du sourd-muet prend ce ton
décousu, monotone, manquant de l'accent nécessaire,
des temps d'arrêt voulus et devient inintelligible. Pour
obvier â ces inconvénients graves, il faut s'en préoccu-
— 277 —
per dès les premiers pas et, aussitôt que l'élève sait pro-
noncer une ou plusieurs voyelles, une ou plusieurs
syllabes, les lui faire lire sur le tableau avec le ton do
voix convenable, On doit en dire autant des mots, des
propositions, des phrases et des périodes en enseignant
à l'élève à faire les pauses quand il faut et en ne lui per-
mettant jamais de s'arrêter à contre-temps.
Il est facile de comprendre d'après ce qui précède
quel peut-être, tant pour la bonne prononciation que
pour la lecture le danger d'autoriser le sourd-muet
suivant une coutume tèe^d'une grave erreur, à appren-
dre par cœur ou à lire à haute voix autrement que sous
la surveillance immédfate d'un professeur.'
Fin
FAUT-IL SECTIONNER ?
Dans un article publié ici même, sous la signature de
M. Duvignau 4a Revue Française de Janvier a entrete-
nu ses lecteurs du Sectionnement rationnel des élèves
dans les écoles de sourds-muets. Aborder des connais-
sances générales, agrandir considérablement le cercle
des connaissances des élèves, compléter leur instruction
par des lectures habilement choisies, aborder l'ensei-
gnement de toutes les questions que comportent nos
programmes ; tels sont succinctement résumés les
avantages qu'il nous fait habilement entrevoir comme
la conséquence de ce sectionnement. (1) A. l'appui de la
thèse soutenue, M. Duvignau nous a donné les Lycées
(l) Voir l'article de M, Duvignau n° de Janvier 1891, pages 236,
237, 238
— 278 —
comme exemple et il a exposé ceci : « Ces écoles com-
prennent une élite appelée à aborder un jour les écoles
normales et polytechnique, une moyenne se tenant dans
une honnête médiocrité et enfin l'inévitable queue com-
posée de ce qu'on a si aimablement nommée les can-
cres. » et aussitôt d'établir un rapprochement entre ces
intelligences et celles dont nous avons à diriger révolu-
tion et le développement. Cette comparaison présentée,
M. Duvignau tire pour conclusion la nécessité d'un sec-
tionnement. Et c'est, sur cette conséquence, qui me parait
n'être pas des plus rigoureuses, des plus justes, mais
tant soit peu exagérée, que je voudrais appeler la bien-
veillante attention des lecteurs de cette Revue.
Monsieur Duvignau au commeucement de son article,
établit un exact rapprochement entre nos élèves et ceux
des Lycées, mais quelles raisons l'empêchent de le
pousser jusqu'au bout? Il nous laisse dans l'ignorance
des raisons qui le déterminent â garder ce silence
voulu. Penser que dans les lycées on affecte des classes
spéciales à chaque degré d'intelligence serait là une
grave erreur, En effet, nul n'ignore que le professeur
travaille, durant sa classe, pour la moyenne des élèves,
quant ,à ceux connus sous le nom de cannes, ils se
traînent à la queue — pour ainsi parler — comme ils
peuvent et si nous consultions quelques-professeurs de
Rhétorique il 3^ a dix à parier contre un que leur réponse
serait celle-ci : « Tels et tels élèves sont en rhétorique,
mais en vérité, ils sont incapables de faire une version
do sixième, cependant nous les gardons quand même. »
Peut-être que ces sélections se font dans un enseigne-
ment plus voisin, plus frère du nôtre : Je veux parler de
Y Enseignement primaire. Voyons, quel est â Paris le
quartier, l'arrondissement même ayant une ècole.com-
munale possédant une classe spéciale d'arriérés, élèves
de la troisième catégorie. Là, comme au lycée la sélec-
tion préconisée n'existe pas. Et puis une réforme qui
n'es! applicable qu'à deux établissements sur soixante-
dix, existant eu France, est-elle réellement une
— 279 —
réforme? Non sans doute, pour qu'elle soit une réforme
véritablement sérieuse, il faudrait qu'elle fut applicable
partout tendant ainsi â l'amélioration de l'Institution,
autrement elle n'est qu'un méchant bouleversement.
Cette observation est également juste pour les méthodes
Prenez le nombre d'arriérés qu'elles forment, si vouw
voulez juger de la meilleure, et celle qui en aura le
moins à son actif sera la méthode qui doit être appli-
quée parce qu'elle tend le plus à la perfection. C'est
cette universalité qui est la pierre de touche â l'aide de
laquelle nous déclarons vraie ou fausse, bonne ou mau-
vaise telle ou telle réforme introduite dans nos établis-
sements spéciaux.
Le nombre ^arriérés, dans nos Institutions de
sourds-muets, composées à Paris et à Bordeaux de huit
ou neuf élèves par classe, est tout au plus de deux ou
trois) et sur ces trois élèves un au moins peut profiter
en partie de ce que font les premiers élèves, car chacun
sait que ceux-ci enfants intelligents nous sont souvent
d'un réel secours à l'effet d'inculquer aux derniers, la
science qui regimbe à notre volonté, à nos efforts.
A Chambéry, la plupart de nos classes sont composées
de douze ou treize élèves, la section de deuxième année
pour 1891-1892 sera de quinze; certes, il y aura bien
sur cette quantité d'enfants ti*ois ou quatre arriérés,
mais nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire de sec-
tionner. Nonobstant cela, tout le monde connaît les
résultats obtenus aux derniers examens du Certificat
d'études primaires par cet établissement, et ces succès
parlent éloquemment contre la nécessité du sectionne-
ment.
Le maître d^it garder les élèves qu'il commence et ne
les laisser à un autre qu'au moment où ils possèdent leur
langue maternelle. Rien n'est plus dangereux, n'est plus
compromettant pourries résultats, que de réunir
ainsi deux sections en une seule car le professeur
doit se mettre au courant de ce que savent les nou-
veaux-venus, peut être sont-ils supérieurs aux siens?
— 280 —
Il l'ignore, alors il essaie, tâtonne, recommence jus-
qu'au moment où grâce à ses observations, il s'est par-
faitement rendu compte de l'éducation intellectuelle,
des élèves confiés ; et la méthode du second maître sera
t-elle assez semblable à celle du premier pour ne pas
arrêter les progrès des jeunes sourds? Autant de choses
qui concourent à faire des arriérés de quelques muets
qui, en restant avec leurs anciens maîtres, eussent pu
acquérir une instruction moyenne. Non, ne sélection-
nons pas, suivons ceux dont nous avons commencé l'é-
ducation jusqu'au jour où nous pourrons leur enseigner
la langue grammaticale, époque où la tâche du maître
de l'art d'instruire des sourds-muets, se transforme en
celle d'instruire des sourds-parlants et de plus nous
serons conséquents avec nous-mêmes puisque nous
nous conformerons à la réglementation acceptée dan s
les écoles d'entendants proposées comme modèle.
Mais par impossible admettons que les souhaits de
M. Duvignau se réalisent à qui devra-t-on confier cette
dernière section d'arriérés*. C'est, il nous semble
répondre un peu vite que de s'écrier: « Quelle que soit
la classe qui vous soit confiée, il y aura autant de
dévouement à exercer et autant d'honneur à récolter
pour les uns et pour les autres, et que d'ailleurs les pré-
férences personnelles disparaissent devant la grandeur
de la tâche que nous avons entreprise. » Ainsi que le
fait M. Duvignau. Certes, dous ne doutons pas du zèle
ardent et passionné des maîtres de notre art, mais les
forces humaines n'ont-elles pas de limites? La charité
profonde ne se ferme-t-elle pas quelquefois au malheu-
reux qui tend la main? Sera-ce à un jeune maître? Eh,
prenez garde ? que faites-vous de la noble et louable
ambition de ce dernier d'avoir une classe brillante, de
remporter des succès; est-ce qu'il ne se découragera pas
devant ces difficultés à vaincre, ces obstacles à surmon-
ter, et souvent le découragement s'emparant de lui ne
lui fera-t-il point jeter un regard louche et envieux sur
la classe de l'heureux professeur qui siégera à côté de
— 281 —
lui, triomphant facilement de futiles et vaines difficultés
Oui, nous le savons, lejdévouèment des maîtres, qui
vont bientôt quitter la carrière si brillamment parcou-
rue, leur fera briguer en nombre cet honneur de con-
sacrer leur expérience et leurs talents à cette classe
d'arriérés, triste résultat de la sélection. Mais, hélas !
nos maitres dans la plupart de nos écoles, sont encore
bien jeunes pour délaisser le succès brillant, encoura-
geant et tomber sitôt dans l'obscurité et dans l'oubli
car après tout il faut bien nous souvenir que pour être
maîtres de sourds-muets, nous n'en sommes pas moins
hommes.
G. Bertoux
Professeur à l'Institution nationale
des Sourds-muets de Chambéry
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Ligue pour l'union amicale dès Sourds-muets, fon-
dée en 1!
Nous avons reçu de cette Société la Circulaire sui-
vante :
Monsieur et cher frère
Dans sa réunion du 19 octobre, la Ligue décida, sur
la proposition de M. Cochefer, et à la suite d'un débat
entre M. Graff, président, et MM. Victor Thierry et
Munich, de nommer une commision d'enquête chargée
de vérifier les comptes relatifs au centenaire de la mort
de de l'Epée,
— 282 -
Cette Commission, nommée par M, Graff, était compo-
sée de MM. Victor Thierry, Agnus, Munich, Frossard,
Gaillard et Varenne.
Elle écrivit une lettre au Président pour lui deman-
der d'apporter les pièces justificatives. Au lieu de cela,
M, Graff ne lui fit parvenir, par l'entremise de M. Gail-
lard, que le relevé des sommes reçues lors du Cente-
naire et quelques factures.
La Commission aurait préféré des papiers plus sé-
rieux. Elle les déclara sans valeur.
Elle prit acte du refus de M. Graff de comparaître
devant elle, et décida, par 4 voix contre 2, de convoquer
une réunion de la Ligue pour lui soumettre le différend
pendant entre elle et son Président.
M . Graff, prié par lettre recommandée de s',y présen-
ter, renvoya la lettre sans l'ouvrir. Il ne vint pas.
L'assemblée, sur la proposition «de MM. Gaillard et
V. Thierry, nomma M. Federphil président intérimaire.
Elle révoqua M. Graff pour les motifs suivants :
« 1° Retard dans la publication du compte rendu et
des comptes du Centenaire .
« 2° Refus de livrer en même temps toutes les pièces
nécessaires ;
« Refus d'expliquer ses raisons à la Ligue et d'abor-
der une discussion publique, qui, peut-être eut tournée
à son avantage.
M. Gaillard, secrétaire-général de la Ligue, avec
l'autorisation de M. Federphil, convoqua une réunion
de la Ligue, le dimanche 1 er février dernier.
Dans l'intervalle, on apprit que les partisans de
M, Graff tenaient une réunion boulevard Voltaire.
Vingt membres de la Ligue, ayant à leur tète
MM. Gaillard, V. Thierry, J. Chazal, Munich. Bailly etc.
s'y présentèrent a tin de s'expliquer et de protester con-
tre la réunion, avant de se rendre â la leur.
M. Graff donna l'ordre. à trois gardiens de la paix de
les expulser brutalement.
— 283 -
M. Graff craignait donc la liberté do parole dans sa
réunion.
Avec l'aide de quelques amis et l'appui de la police, il
s'est luit nommer Président de la Ligue CONTIiE l'U-
nion amicale des sourds-muets.
Mais les vrais ligueurs, ceux, qui ont de tout temps
voulu l'union, étaient en majorité, boulevard de Sébas-
topol.
Ils ont composé le.bureau de la Ligue de la façon sui-
vante : Président : M, Gaillard; vice-présidents: MM. V.
Thierry et Cambuzat; secrétaires; MM. Legros. et
Weber; trésorier'. M. Munich ; receveur; M. Schlick;
contrôleurs; MM. Teerlinck, Blot, Lembert, Berthet.
Nous vous convoquons à une nouvelle réunion pour
le dimanche 15 mars, à 8 heures 1/2 du soir, au Café
Saint-Aignan, boulevard de Sébastopol, 68.
Ordre du jour : 1° Lecture du procès-verbal • 2 e Révi-
sion des statuts ; 3° de l'organisation de l'union ; 4° Cen-
tenaire des lois de 1791. Salut et fraternité. Le Prési-
dent, II. Gaillard ; les secrétaires, Legros, Weber.
N.-B. — Par décision du bureau, les réunions auront
lieu le troisième dimanche.de chaque mois,à 8 h. 1/2 du
soir, au Café Saint-Aignan.
Un Sourd-muet devant le Tribunal correctionnel
de Dinan. Un malheureux sourd-muet, âgé de 24 ans,
Jean-Louis Lombart, sculpteur en bâtiments, natif de
Rennes, se présentalemardi27 Fvrieré chezM. Hervy. dé-
bitant, rue Haute-Voie, il s'y fit servir des saucisses, quatre
bols de cidre, trois verres de cognac, une absinthe; puis
après avoir.absorbé le tout il déclara ne pouvoir payer, no
possédant un sou vaillant. Il fut arrêté par la police.
Le pauvre artiste donne par écrit des explications au
tribunal.
— 284 —
— J'arrivais de Montfort à pied, dit-il: depuis le lundi
midi jusqu'au mardi soir je n'avais rien mangé. J'allais
pour me faire embaucher chez M. Guyomard, à Saint-
Servan, et je comptais rembourser plus tard le prix de
mon repas.
Le délit de filouterie est établi, Lombard est condam-
né à 24 heures de prison.
*
* *
Société centrale d'Education et d'Assistance pour
les sourds-muets en France. Le Conseil supérieur de
la Société s'est réuni le 18 Février dernier sous la pré-
sidence de M. Grosselin. M. le Trésorier donne le compte-
rendu financier de l'exercice 1890, les recettes ont été
de 6427 fr. 80 y compris les intérêts des fonds placés ;
(2697 f. 80) et les diverses subventions. Les dépenses pour
lemême exercice se sont élevées àla somme de 7249f.80
dont 5211 fr. 40 consacrés à l'instruction de jeunes
sourdes-muettes. Le zélé Secrétaire général de la socié-
té^, le Docteur Ladreit de Lacharrière annonce l'entrée
en possession prochaine du legs Berthier : 1000 francs
moins les frais.
Cette année la Société centrale organise une loterie
de 5000 billets à 1 franc, chaque série de 10 billets don-
ne droit à un lot et participe en outre au tirage des 5
gros lots. Nous recommandons tout spécialement cette
loterie à nos lecteurs qui pourront se procurer des
billets en s'adressant à M. le D r Ladreit de Lacharrière
Secrétaire général de l'œuvre, 1 rue Bonaparte, Paris
où à M. Ad. Bélanger membre du Conseil de la Société
10, rue Méchain, Paris.
— 285 —
Nôsrologie. — M. Claudius Forestier, Le 13 Février
dernier est mort à Lyon dans sa 81 e année, M. Claudius
Forestier, Directeur de l'institution de Lyon Chevalier de
St-Sylvestre et du St-Sépulcre, officier d'Académie. Nous
publierons dans notre prochain numéro une notice sur
cet homme de bien dont la vie toute entière fut consacrée
à l'instruction de ses frères d'infortune. Nous envoyons
à tous ses collaborateurs l'expression de notre bien
vive sympathie, à l'occasion du deuil qui les frappe
aujourd'hui,
M. Corbon. Nous avons également le regret d'enre-
gistrer la mort de M- Corbon, Sénateur, Président du
Conseil de perfectionnement de l'enseignement profes-
sionnel de l'institution Nationale de Paris, décédé le 27
Février dernier à l'âge 81 ans. M. Corbon présidait il y
a 4 ans en 1887 la distribution des Prix de l'école de
Paris et donnait à tous, avec sa compétence habituelle!
d'excellents conseils au sujet de l'enseignement profes-
sionnel.
AVIS
Avec ce numéro se termine la Q me année de la Revue
Française de l'éducation des sourds-muets. Nous prions
nos lecteurs de vouloir bien nous faire parvenir le
montant de leur abonnement pour le 7 m0 année.
Envoyer un mandat poste à M. Ad. Bélanger Direc-
teur de la Revue, 10, rue Méchain, Paris ; ou à M. Eug.
Bélanger Imprimeur-Gérant, 225, rue Saint-Jacques.
Pour la France un an 9 fr.
Pour l'Etranger un an 10 fr.
— 286 —
LIVRES DE LECTURE POUR NOS ÉLÈVES
Nous pensons être utile a nos confrères en leur
signalant chaque mois quelques livres qui pourront :
soit être mis entre les mains de nos élèves, soie Tendre
quelque service dans notre enseignement. Ils arriveront
ainsi à former une petite collection qui les aidera à
donner à nos jeunes sourds-muets le goût de la lecture
tout en leur inculquant des notions utiles et des connais-
sances indis ensables.
F, Reusse et J. Scalbert — Le Petit Paul. Exercices d'invention
et d'observation illustrés d'un grand nombre de gravures et de des-
sins d'objets usuels. Pans. Ch. Delagrave. Prix 1 fr, 20
Cent pages de texte, 100 nages de gravures, d'excellents
dessins faits par un artiste distingué/ M. Scalbert, un peintre
de beaucoup de talent Pour le texte, un livre à mettre entre
les mains de nos élèves, vers la fin de leurs études, mais pour
les gravures pouvant être placé dans les classes de 2 e etde 3 e
année. Les professeurs y trouveront des sujets de leçons de
toute nature A4- B
*
E, Dupuis. — Premières leçons de choses usuelles, premières lec-
tures courantes pourles enfants de sept à neuf ans. Ouvrage orné de
115 fig. 142 p. Paris, Ch, Delagrave, 15, rueSoufflot. Prix, fr. 80
Un excellent petit livre, pouvant être mis entre les mains
de nos élèves vers la 5 e ou la 6 e année d'étude. Chaque lecture
est suivie d'un questionnaire approprié à la leçon Ad, B
*
E.Toussaint — Petit livre de lectures graduées à l'usage des
écoles maternelles et des classes enfantines, illustré de nombreuses
gravures, 108 pages. Paris, Ch. Delagrave, Prix O fr, 70
> Le meilleur éloge que nous puissions faire de ce petit livre
cest de dire qu'il pourra être donné à des élevés de 3 e et 4 e
année,»qu'il sera à leur portée, qu'ils le comprendront. C'est
dire que le style employé est simple, clair, les phrases
courtes; un petit inconvénient à notre avis, c'est la séparation
des mots en syllabes au début de l'ouvrage; mais il disparait
vers le milieu. Nous ne saurions trop le recommander â nos
confrères, c'est une rareté. Ad. B
A suivre
TABLE ANALYTIQUE
de la
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des sourds-muets
SIXIEME ANNEE
Table Alphabétique des noms d'auteurs
Bélanger (Ad). A nos lecteurs.
— Statistique des institutions fran-
çaises de sourds-muets. 20, 171,211, 232.
— Le Frère Louis. 42
— L'abbé de l'Epée au théâtre. 44
— L'abbé Louis-Toussaint Dassy. 59
— Les sourds-muets et le Gode civil. 96
— Bibliographie Belge 170, 193
— Bibliographie française. 171, 241
— Lud. Groguillot. 185
— Congrès international de sourds-
muets de 1889. 215
— Livre de lecture pour nos élèves 286
Bertoux (G.) Faut-il sectionner 287
Bouchet ^Is.). Allocution adressée à Monseigneur
Bécel. évéque de Vannés. 77, 120, 142
Claveau (O). La question des externats dé sourds-
muets en Allemagne. 5, 36, 61, 88.
— Bibliographie italienne. 24
— Bibliographie belge. 47
— Traduction du guide pour l'ensei-
gnement de la parole par le R. P.
Constantin Mattioli.
53, 80, 101, 125, 159, 176, 199, 224
— Lettre au Directeur de la Revue. 175
— Préface de la traduction de la mé-
— thode italienne de M. Perini . 241
— 288 —
Denis (Théophile). Frédéric Peyson, peintre
sourd-muet. 14, 29
— Une fête de sourds-muets. 214
Duvignau (R.J. Revue des journaux étrangers
Quarterly Review. 191
— Du sectionnement rationnel des élè-
ves dans les écoles de sourds-muets 236
Grimaud ,(L'abbè). L'institution d'Avignon. 25
Grouchy (Vioomta de). Un document sur les
sourds-muets au 17 e siècle. 21
Ladreit de Lacharrière (D r ). Compte-rendu delà
situation de la société centrale
d'éducation et d'assistance pour
les sourds-muets en France. 1889 66
Mutus. Revue des journaux étrangers. Revues
italiennes. 113
R. P. Constantin Mattioli. Guide pour l'ensei-
gnement de la parole aux sourds-
muets. 53, 80, 101, 125, 159, 176, 199, 224
Renz (C). Bibliographie allemande. 22, 94
Revue des journaux étrangers.
Organ der Taubstummen.
72, 117, 145, 189, 239
Blaetter fur Taubstummenbildung
73,119,146, 190,240
Roger (F). Discours prononcé à la distribution
des prix de l'Institution de Bourg 136
Simon (Jules). Discours prononcé à la distribu-
tion des prix de l'Institution natio-
nale de Paris. 151
TABLE DES MATIERES
de la
SIXIEME ANNEE
Les Beaux- Arts et les sourds-muets
Frédéric Peyson, peintre sourd-muet, (Th. Denis) 14, 29
Nos artistes : MM. Colas at Cauchois 172
Bibliographie Internationale
FRANCE
D r Ladreit de Lacharrière. Compte-rendu de la situa-
tion de la Société centrale d'éducation et d'assis-
tance pour les sourds-muets en France 171
Is. Bouchet, Allocution adressée à Monseigneur B^cel
évêque de Vannes. 171
Chambellan. Compte-rendu du Congrès international des
sourds-muets de 1889 21b
Méthode pour enseigner par la parole la langue mater-
nelle aux sourds-muets. (Perini). 2il
Institution de Saint-Hippolyte du Fort (Gard) 20 e rapport
annuel. 265
Société d'assistance et de patronage pour les sourds-
muets et les aveugles du département du Rhône,
etc 268
ALLEMAGNE
Reuschert. Taubstummen - Lehrer- Kalender fur 1890. 22
Hill. Ses livres à l'usage des sourds-muels, 23
Hoffmann. Introduction à la phonétique, etc. 91
Reuschert. Taubstummen - Lehier - Kalender fur 1891 265
— 290 —
BELGIQUE
Hogerhsijde. Petit livre de calcul pour les écoles de
sourds-muets. 47
Van Bastelaer. De l'état légal du sourd-muet dans la
société moderne. 96
M. S^rcKEas. Petit cours m^thodiqu^ et intuilif de
langue française à l'uaage des écoles de sourds-
muets. 170
L'abbé Ed Rieffel, Petite lecture de pîèté à l'usage des
écoles de sourds-muets 170
E. Grégoire. Un centenaire. 193
ITALIE
R. P. Constantin Mattioi-i. Guide pour l'enseignement
de la parole aux sourds-muets. 24
Biographies
Frédéric Peyson (7%. Denis) 14, 29
Le Frère Louis (Ad. Bélanger) 42
L'abbé Lt)uis Toussaint Dassy. S9
Lud Goguillot 185
Chronique des Institutions Françaises
Institution d'Avignon 2o
Institution de, Nantes 27
Institution de Bourg 49, 136
Institution Nationale de Chambèry 100. Ii7
Institution Nationale de Paris 123. 124, 146. 131, 196
Institution de Tarbes 267
Chronique de l'Etranger
r nstitution de Gênes (Italie) 28
L'asile Infantile de Turin 123
— 291 —
Congrès
Extrait du Compto-rendu officiel des séances du Congrès
de Cologne 7,36,61,88
Le Congrès international des sourds-muets de 18P9 215
Distinctions honorifiques
M. A. Dubranle 124
M. Alard 121
Mademoiselle Drouilleau 124
Mademoiselle Pauline Larrouy 121
Histoire de l'enseignement
Un document sur Jes sourds-muets au 17 e siècle 21
Allocution adressée à Monseigneur Bécel 77, 120, 142
Ephémérides de la surdi-mutité en France
Octobre 149
Novembre 173
Décembre 197
Janvier 221
Février 24^
Mars 269
Discours prononcé à la distribution des prix de l'Insti-
tution de Bourg 136
R9vue das Journaux
Organ der Taubstummen Anstalten 72, 117, 145, 189, 239, 263
Blaëtter fur Taubstumm»nbildung 73, 119, 146, 190, 240, 203
Il Messaggiere italiano del insegnamente orale etc. 113
Il sordo-muto 113
1/èducazione dni sordo-muti 113
Quarterly Review 191, 234
Revue mensuelle médico-pédagogique de l'art de
remédier à tous les vices de la parole 2G8
Méthode
La rjuestion di! exWnils d? sourds-muets en Allemagne
(0. Claveau) 5,36,61,83
L'enseignement du Calcul 47
— 292 —
Correction des vices de prononciation dans les institu-
tions de sourds-muets 49
Guide pour l'enseignement de la parole aux sourds-
muets par le R. P, Constantin Mattioli, traduction
de 0. Claveau 33, 80, iôl, 125. 159 176, 199, 224, 247, 271.
Du[sectionnement rationnel des élèves dans_Ies institutions
de sourds-muets 216
Fautril sectionner 277
Livres de lectures pour nos élèves 286
Nécrologie
Monseigneur de Haerne 27, 172
Monsieur Eernand Claveau 51
Monsieur Paul Rivière 52, 75
Madame Veuve Léon Boyer 75
Monsieur Ludovic Goguillot 185
Monsieur le Docteur Calmettes 186
Monsieur Tournier 244
Monsieur Em. Lacroix 244
Mademoiselle Dubranle 268
Monsieur L. J. Capon 268
Monsieur Claudius Eorestier 285
Monsieur Corbon 285
Sociétés de Bienfaisance
Société centrale d'éducation et d'assistance pour les
sourds-muets en France. Compte-rendu del'annèe 1889 66
Société pour l'instruction et la protection des sourds-muets 74
Ligue pour l'union amicale des sourds-muets 194, 281
Association amicale des sourds-muets 195
Statistique
Statistique des institutions françaises 20, 171, 211, 232, 235
Variétés
L'Abbé de l'Epée au Théâtre 26, 44
Les sourds-muets et le Code civil 96
Les quartiers pauvres de Paris 187
Une fête de sourds-muets 212
Le dictionnaire Larousse 220
Un arbre de Noël 243
REVUE FRANÇAISE
1(4 au \ (
DE L EDUCATION
des
SOURDS-MUETS
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
1. BÉLAI&ER
Professeur, Bibliothécaire à l'Iristitution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société des Etudes historiques
Septième année. — N° 1 — Avril 1891
SOMMAIRE. — Ephèmérides de la surdi-mutité en France. Avril
— Une lettre de l'abbè Ch. Michel de l'Epèe — Le Frère
Bernard et la plionodaci.vloiogie Ad- B. — Bibliographie Générale
des ouvrages pai'jts en France ou en langue française sur l'enseigne-
ment des sourds-muets, premier snpplèment. Ad, Bélanger. —
Bibliographie Internationale. Kmnce Ad. B. — Informations et avis
divers : l'Institut, des sourds-muets de Uruyèfe, X. — Livres de
Lecture pour nos élèves Ad. B.
PARIS
Imprimerie Eug BÉLANGER 22S, r. St-Jacques
1891
Abonnements ( pour la France un an 9 fr,
pour l'Etranger un an 10 fr.
REVUE FRANÇAISE
DE L'ÉDUCATION
SOURDS-MUETS
REVUE FRANÇAISE
DE LEDUCATION
des
SOURDS-MUETS
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
A. BÉLAMER
Officier d'Académie
Professeur, Bibliothécaire à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris
Membre de la Société 'des Etudes historiques
SEPTIÈME ANNÉE
PARIS
Imprimerie Eug. BÉLANGER 225, r. St-Jaeques
1891-1892
Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7""> année. N» 1 Avril 1891.
EPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France(l)
AVRIL
1. 1790 — L'abbé Sicard succède à l'abbé de l'Epée
à l'institution des sourds-muets de Paris.
4. 1790 — Le aourd-muet Massieu, qui d'abord
instruit par Saint-Sernin à l'Institution de
Bordeaux, devint le disciple favori de
l'abbé Sicard, est nommé premier répéti-
ieur à l'Institution de Paris.
5. 1738 — Promotion de Ch. Michel de l'Épèe à la
prêtrise.
7. 1847 — Mort de M. Désiré Ordinaire, ancien
recteur de l'Académie de Strasbourg,
Directeur de l'institution des sourds-muots
de Paris de 1831 à 1838.
9. 1815' — La Chambre des Députés renvoie au
Ministre de la Justice une pétition de P.
Berthier. demandant des modific?tions à
la législation civile et criminelle, dans
l'intérêt des sourds-muets.
10. 18&2 — Pose de la première pierre du bâtimsnt
reconstruit de l'institution des sourds-
muets de Bordeaux et achevé en 1870.
1) Voir la Revue Française depuis le mois d'Octobre 1890
_ 6 —
11. 1715 — Naissance à Berlanga (Espagne), de
Jacob Rodrigue Péreire, célèbre institu-
teur de sourds-muets.
17. 181 7 — Laurent Clerc, sourd-muet, élève de
l'abbé Sicard et professeur à Institution
des sourds-muets de Paris, ouvre à Hart-
ford la première école de sourds-muets
établie en Amérique; il la dirigea avec
succès pendant plus de 10 ans.
1,8. 1845 — La pétition adressée à la Chambre des
Pairs par F. Berthier, demandant des mo-
difications à la législation civile et crimi-
nelle en laveur des sourds-muets, est
écartée par l'ordre du jour.
20. 1791 — Arrêté du Directoire du Département de
Paris attribuant à l'intitution des sourds-
muets l'ancien monastère des Célestins.
24. 1774 — Naissance de Jean Marc Itard, qui
devint le médecin et l'un des grands bien-
faiteurs de l'institution de Paris.
27. 1840 — M. Amédée Durand, neveu du statuaire
sourd-muet Deseine, remet au Conseil
d'administration de l'institution royale dos
sourds-muets de Paris un buste de l'abbe
de l'Épêe, exécuté par son oncle et qu'il a
offert à l'institution.
30. 1819 — Bébian est nomme Censeur des études à
l'institution des sourds-muets de Paris.
{A suivre)
UNE LETTRE
DE L'ABBÉ CH. MICHEL DE L'ÊPÈE
Dans une étude que nous avons publié en 1886 sur
l'abbé de l'Epée, nous écrivions les lignes suivantes au
sujet de la publication anonyme de l'ouvrage du célè-
bre abbé : Institution des sourds et muets par la voie
des signes méthodiques.
« Peu s'en fallut d'ailleurs que cette méthode ne vit pas
le jour. Dans une lettre au D* Saillant, il annonce que
l'impression de sa méthode n'aura pas lieu si M. le
Censeur veut' (au commencement ) supprimer une
phrase qu'il n'y a mise qu'avec réflexion, « Il est bien le
maître de la passer ou de la supprimer, c'est son droit ;
mais je suis pareillement le maître de faire paraître ou
de supprimer mon ouvrage. » Quelle était cette phrase?
Qui a cédé ? Il sera peut-être difficile de le savoir ; j'ap-
prendrai d'ailleurs un jour que c'est le bon abbé, que
je n'en-serais nullement surpris. (1)
La lettre que nous venons de retrouver et que nous
publions aujourd'hui jette un jour nouveau sur cette
question (2)
(1) Etude Bibliographique et Iconographique sur l'Abbé de
l'Épée. p. 12
(2) Cette lettre vient d'être acquise par les archives de l'Ins-
titution Nationale de Paris très riches en documents de toute
nature sur l'histoire de notre enseignement spécial
A Monsieur
Monsieur Saillant Docteur Régent
de la faculté de Médecine de Paris. Rue
de Bièvre, près la Place Maubert,
A Paris
Monsieur
Ma dernière à Monsieur Nyon'(l) étoit partie, lorsque
j'ai reçu l'honneur de la vôtre. J'ai écritparlemême ordi-
naire à Monsieur le Censeur (2) et presque dans les même s
termes. Vous vôtrez dans cette lettre qu'il ne. m'est pas
possible d'adopter le changement qu'il acru devoir faire,
mais j (3 lui propose un moïen de conciliation : 9'«1 l'adop-
te, tout est dit : s'il s'en tient à sa phrase, je ne m'y ren-
drai pas pour toute chose au monde.
Je crois, Monsieur, qu'il est très possible qu'il y ait
maintenant plus de sourds et muets qu'il n'y en avoit
dans les temps qui nous ont précédés, et que ce»soit une
suite des jugemens de Dieu, dont je vous ai parlé dans
ma dernière. Cependant, je n'oserois assurer la pre-
mière de ces deux propositions (quant au fait) et bien
moins encore la dernière. Je me suis donc contenté,
quanta la première, d'annoncer la possibilité du fait, et
je n'ai pas dit un seul mot de la dernière. J'ai même
(1) Nyon l'aîné, libraire éditeur des ouvrages de l'Abbé de
l'Epée. (Rue Saint-Jean de Beauvais, vis à vis le Collège
de France (Paris. )
(2) De Horne.
— 9 —
proposé des vraisemblances contre le fait que je crois
possible, c'est tout ce que je pouvois faire de j)lus doux.
Le changement que je propose à M. le Censeur ne
fera point disparoître la possibilité que j'ai en vue d'an-
noncer, et le terme de châtiment qui lui déplaît se
trouvera supprimé. J'attends sa réponse, et si elle est
favorable, il ne me restera plus qu'à le remercier des
termes trop oUigeans pour moi, qu'il a mis dans son
approbation.
Vous ne me dites point, Monsieur, si ce sont Mes-
sieurs les libraires qui se chargent eux-mêmes de la
correction des premières épreuves, et si vous voulez
bien le faire, en cas que cela ne les regarde point. Sous
deux ou trois jours nous serons plus sçavans sur l'im-
pression ou la suppre.ssien de l'ouvrage, c'est ce qui
me tait vous prier de vouloir bien vous expliquer sur
cet article .
J'ai appris avec bien de la satisfaction que ce serait
M. Morin (3), à qui l'impression seroit confiée. 11 m'a-
voit paru vraiment mortifié de ce qu'on s'adressoit à un
autre.
Aussitôt que j'aurai des nouvelles du censeur,
j'en ferai part à Monsieur Nyon. s'il en avoit avant moi,
il me feraîrplaisir de me les envoier.
J'ai l'honneur d'être Monsieur, avec bien de l'estime
et de la considération.
Ce 31 Août Votre très humble
et très obéissant serviteur
De l'Epée
(3) B. Morin, Imprimeur, rue Saint-Jacques, à la Vérité fut
en effet l'imprimeur du premier ouvrage de l'abbé de l'Epée.
- 10 -
ïl s'agit dans cette lettre, nous l'avons déjàilit du pre-
miero-uvrage de l'abbé de l'Épée dont le libraire Nyon fut
l'éditeur et qui fut imprimé chez Morin. 11 nous est
également très facile de fixer la date exacte de la lettre
de l'illustre instituteur qui ne porte que cette mention :
Ce 31 Août. En effet, l'abbé de l'Epèe date son ouvrage
de Juillet 1775 ( v. page VIII et 228). L'approbation -du
Censeur est du 25 Août 1775, l'impression du livre de
1776. Il y a donc lieu'de supposer que la lettre du bon abbé
est du 31 Août 1775.
Les phrases qui servaient de matière à discussion
entre notre instituteur et le Censeur royal se trouvent
à la page 2 de l'onvrage dans le chapitre premier inti-
tulé: Pourquoi ooit-on aujourd'hui plus de Sourds et
Muets qu'il n'en avait parus jusqu'à présent ?
Voici d'ailleurs le texte même du livre sur lequel et
Censeur et auteur se sont mis d'accord :
«Depuis trente ans ou environ, vient-il au monde plus
« d'enfans sourds & muets, qu'il n'ennaissoit auparavant?
« La ville de Paris en renferme un grand nombre. On
«nous en annonce de toutes parts dans les Provinces, ■&
«nous apprenons qu'il s'en trouve aussi beaucoup dans les
«Royaumes qui nous environnent. Sans vouloir pénétrer
«les décrets de la Providence, ni décider si c'est un châ-
«timent de la justice divine, qui nous étoitparticulière-
« ment réservé ; je crois que cette infirmité s'esttoujours
« trouvée dans une proportion à peu près égale à tous
« nos maux : s'il paroît néanmoins plus de Sourds &
« Muets que dans les temps qui nous ont précédés ; c'est
« que jusqu'à nosjoursontenoitéloignés de la société les
« enfans qui naissoieut privés des facultés d'entendre &
«de parler, parce que leur instruction avoit toujours été
«regardée comme très-difficile, et en quelque sorte im-
« possible. »
11 est difficile de s'expliquer à la distance qui nous
sépare la susceptibité du Censeur et relisant l'appro -
bation, insérée à la fin de l'ouvrage, je me demande
vraiment s'il s'était donné la peine de le lire en entier.
— 11 —
« Cet ouvrage, dit-il, qui contient le projet d'une lan-
« gue universelle, par l'entremise des signes naturels
« assujettis à une méthode, déjà couronnée des plus
« grands succès, est l'exposition raisonnêe des moyens
« pour faire parler les Sourds et Muets de naissance.
Peut-être jugeait-il de la méthode par les résultats
obtenus et connaissait-il mieux les élèves du célèbre
instituteur que la méthode dont-il .avait eu à faire
l'examen.
Ad. B
LE FRÈRE BERNARD ET LÀ PHONODACTYLOLOGIE
L'abbé A. Blain. — Un petit mot de souvenir à la mémoire
et à l'œuvre du Frère Bernard, premier directeur de l'institution
de Poitiers et auteur de l'ingénieuse méthode de phonodactylolo#ie.
Iu-8. 10 pages, Poitiers, imp. Oudin & C ie , 1890,
Ces quelques mots ont été prouoncés à l'occasion de
l'inauguration d'un buste du F.Bernard à l'Institution
de Poitiers, buste sculpté par un de ses anciens et bril-
lant élève, M. Cherprenet sourd-muet de naissance, et
ofïert par les anciens élèves de l'école.
Le Frère Bernard, successivement professeur, direc-
teur de l'institution de Poitiers et de celle de
Toulouse ( 1850-1884 ) fut un des précurseurs de la mé-
thode orale. Auteur d'un système ingénieux qu'il appli-
quait dès 1832 et dont il publia les principes gènéraux(l),
il fut une des gloires de l'institut de Saint-Gabriel, nous
avons pu dans une visite que nous faisions à son institu-
(1) Consulter: Bibliographie Uenérale de tous les ouvrages publiés
en France ou en langue française sur l'enseignement des sourde
muets Paris 1889 ( p. 11 )
— 12 —
tion quelques mois avant sa mort, apprécier toute l'ama-
bilité, toute la modestie et en môme temps toute la
science de notre regretté confrère.
C'est l'apologie de la Phonodactylologie que nous
fait aujourd'hui le savant aumônier de l'institution de
Poitiers, il va nous dire lui-même ce que c'était:
« Ce mot suppose étymologiquement le rôle de la
parole associée au langage de la main -.phono-dactylo-
logie, langage par les lèvres et langage par les doigts.
«Dans la pensée du Cher Frère, la phonodactylologie
était un système mettant en jeu la parole articulée et
quelques signes manuels pour donner une traduction
vocale et ala fois orthographique de tous les mots de
la langue française.
« L'enfant instruit par cette méthode était démutisè
comme il l'est actuellement; il possédait le son et la
parole ; — de plus, il lisait sur les lèvres du professeur
les éléments-voyelles, à savoir : les treize sons a, e, é.è,
i, o, u ou, 01, an, in, on, un, pendant que les éléments-
consonnes, simples comme b, t, f, m, ou composés
comme fl, dr, str, étaient figurés par les doigts de la main
pouvant occuper douze positions diverses autour du vi-
sage ;... près du visage, remarquez-le bien, afin de pou-
voir lire d'un même coup d'œil sur les doigts la conson-
ne, et simultanément sur les lèvres les consonnes et les
voyelles, c'est-à-dire les syllabes complètes. Les doigts
avaient pour mission d'aider la perception des éléments
que le sourd-muet distrait confond facilement dans la
lecture de la parole articulée.
«C'est ainsi que le Frère Bernard avait espéré résoudre
le problème si complexe de l'enseignement des sourds-
muets.»
M. l'abbé Blaln redoute pour le professeur, la fatigue
excessive de l'enseignement de l'articulation et se de-
mande en terminant si laphonodactylologiene pourrait
pas aider le maître en atténuant la latigue, en sauvegar-
dant sa santé et en lui permettant d'obtenir un ensei-
gnement plus rapide. Ad. B.
— 13 —
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
des ouvrages parus en France ou en langue Française
SUR l'enseignement des
SOURDS-MUETS
PREMIER SUPPLEMENT
Nous avons commencé en 1888 la publication de la
Bibliographie générale des ouvrages publiés en France
ou en langifé française sur l'enseignement des sourds-
muets, travail que nous terminions en 1889. Nous don-
nons aujourd'hui le premier supplément ayant pour but
de tenir cet ouvrage au courant des publications nou-
velles et de réparer les omissions qui se sont produites
dans le premier volume.
En annonçaut notre publication, les American Annals
of Vie Deaf nous signalaient 9 ouvrages possédés parla
Bibliothèque du Collège de Washington nous remer-
cions bien sincèrement notre excellent confrère et nous
serons toujours reconnaissant à ceux qui voudront
bien nous signaler quelque ouvrage ayant été oublié.
Le premier supplément contient donc la liste des
ouvrages parus depuis 1889, et ceux que nous avons
retrouvés depuis l'impression du premier volume. Afin
de faciliter les recherches, nous avons rappelé ici les
noms propres d'auteur cités dans le tome I, avec renvoi
à la page de l'ouvrage, le même ordre général à été
suivi d'ailleurs.
Pour les travaux parus dans ces dernières années
nous avons indiqué l'adresse du libraire chez lequel nos
confrères peuvent se procurer l'ouvrages'ilsle désirent.
— 14 —
Nous prions à nouveau nos lecteurs de vouloir bien
nous signaler les omissions et les erreurs qui pourraient
se glisser dans notre travail.
Un exemplaire du tirage à part sera adressé â tous
les abonnés de la Revue Française.
Ad. B.
Académie Royale des Inscriptions et Belles-lettres.
Funérailles de M. le baron Degérando. Discours de M.
le Comte Beugnot prononcé aux funérailles de M. le
Baron De Gérando le 14 Novembre 1842. Discours de
M. Passy. Discours de M. Cousin. Discours de M.
Bernat-Saint-Prix, in-4 18 pages Firmin Didot Frères,
Paris. Discours de M. d'Artois in-4, 4 pages Paris.
Firmin Didot frères.
Adam de Boisgontier (M me ) Tome 1, p. 5
Alard (Jean). Tome I, p. 5. .
Aléa (J-M. D'). Tome I, p. 5
Alhoy. Tome I, p. 6
Alings (D, A. W.) Tome I, p. 6
Aile. Tome I, p. 6
Allibert (Eug,) Tome I, p. 6
Amelot, Tome 1, p. 6
Amman ( D r J-C ) Tome I, p. 6
André et Raymond, Cours de langue française àl'usage
des écoles de sourds-muets. 2 mt Année, in-8, 198 p.
Paris. Librairie G. Carré. 58, rue Saint-André-des-Arts
1888.
Consulter également : Tome I, p. 6
André (P) Tome I, p. 6
Angers (Inst.) Tome I, p. 6
Anot de Maizières, Tome I, p. 7
Anvers ( Inst, cT ) Tome I p, 7
Association amicale des sourds-muets Tome I, p. 7
Astros (Mgr d') Tome I, p. 7
Aubert (F) Tome I, p. 7
Barbier, tome I, p, 7 et 8
Bart (Victor), tome I, p. 8
— 15 —
Bayle Mouillard. tome 1, p. 8
Bazot. tome I, p. 8
Beaumasset. ( Ch. de ) tome I, p. 8
Beaumont. ( Elie de ) tome I, p. 8
Beaussire (Em.) tome I, p. 8
Beauvais de Préau, toma I, p. 8
Bébian (A) tome I, p. 8 et 9
Bélanger (Ad.) Bibliographie générale de tous les ouvra-
ges parus en France ou en langue française sur l'ensei-
gnement des sourds-muets. In-8, IIIet88p. Paris, Imp.
Eug. Bélanger, 225 rue Saint-Jacques, 1889.
Bélanger (Ad.) Rvsvue Française de l'éducation des
sourds-muets (V. Revue Française)
Consulter également : tome I, p. 9 et 10
Bélanger ( L'abbé Alf. ) tome I, p. 10
Belprey tome 1, p. 10
Benjamin tome 1, p. 10
Benoit tome 1, p. 10
'Bsrchem Sainte-Agathe ( Inst. de) tome 1 p, 11.
Berjaud. (D r ) tome 1, p. 11
Bernard (frère) tome p. 11
Berthier (Ferdinand.) Les sourds-muets. (Paris-Guide)
par les principaux écrivains et artistes de la France
2 me partie, la vie, p. 1988 à 1976. in-12, Paris. Librairie
internationale. 1867.
Consulter t-galcment : tome 1, p. 11 et 12.
Besançon ( Inst. d:) tom.3 1, p. 12
Bigot de Préaméneu tome 1. p. 12
Blain (L'abbè A. ) Promenade d'un touriste au pays de
la science, 2 me éd. in-8, 56 p. Poitiers, imp. Oudin,
1887, (p. 29 à 41, au pays des sourds-muets).
Blain (L'abbè A.) Un mot de souvenir à la mémoire et
à l'œuvre du frère Bernard premier directeur de l'ins-
titution des sourds-muets, de Poitiers et auteur de
l'ingénieuse méthode de phonodaetylologie. In-8, 10
p. Paris. Imp. Oudin/ 1891,
Consulter encore : tome l,"p. 13
— 16 —
Blanchet ( D r A. ) tome 1, p. 13
Bonnafont, Du degré de responsabilité légale des sourds-
muets. Iu-8. 12 p. Paris 1887.
Consulter encore : tome 1, p. 13
Bordiaux (Inst. de) tome 1, p. 14, lb, 16
Borie. tome 1. p. 16
Boseli ( C. A. ) tome 1, p. 16
Bouchet (R, P. Is,) Allocution adressée à Mgr. Becel,
évêque de Vannes le 15 Juin 1888 pour la confirmation
et la première communion des sourdes-parlantes de
l'Institution de la Chartreuse d'Auray. In-8, 13 p.
Currière, imp. de l'école de sourds-muets, 1888.
Bouchet (R. P. Is.) Allocution adressée à Mgr Becel,
évêque de Vannes le 28 Mai 1890, jour de la première
communion et de la confirmation desjsourdes parlan-
tes de l'école de la Chartreuse d'Auray. ln-8, 13 p.
Paris, Imp. Eug. Bélanger. 225, rue St-Jacques, 1890.
Consulter également : tome 1, p. 16
Bouilly ( J. N. ) L'abbè de l'Epée. Comédie historique
en cinq actes, représentée pour la première fois, à
Paris, au théâtre français le 14 Décembre 1789.- In-4,
19 p. une gravure Calmann Lévy. 3 rue Auber, Paris
1890.
Edition faite lors de la reprise de cette pièce au théâtre
national de l'Odéon, Avril 1890.
Consulter également : tome. 1 , p. 16 et 17
Bourse ( Ch e ) tome 1, p. 17.
Bouvier. De la surdi-mutité discours prononcés à l'a-
cadémie impériale de médecine. in-t8, 130 p. Paris,
W. Remguet & C u 1854.
Consulter également: tome 1, p. 17
Breteuil (Baron de ) tome 1, p. 17
Breton (J. B. J.) tome 1, p. 17
Brouland ( Joséphine ) tome 1 , p . 17
Bruges ( Inst, de ) tome 1, p. 17
Brugmans (J. ( G.) Méthode d'articulation, etc. Y.
Charbonnier
Bruhier d'Ablaincourt, tome 1, p. 17
Bucquet ( Paul )tome 1, p. 17
— 17 —
Buffon. tome 1, p. 17
Bulletin de l'Académie de Médecine tome 1, p. 18
Camiilhxo (F) Syllabaire à l'usage des écoles de sourds-
muets. Précédé d'une préface par L. GoguUlot. In-8.
70 p. Paris, G. Carré, 58, rue St-André des Arts. 1889
Cambrai (S. Em. Mgr le Cardinal archevêque de), Dis-
cours prononcé dans l'Eglise paroissiale Saint-Etienne
à Lille, le jeudi 3 Mai 1849, en faveur de l'institution
des sourds-muets et jeunes aveugles de Fives. In-8
20 p. -Lille L. Lefort, 1849
Camp. (Maxime du) tome 1, p. 18
Capelle ( A.) tome 1, p, 18
Carette (L.) tome 1, p. 18
Carton (l'abbè C.) Lettre à Mgr. Dupanloup sur l'emplo-
d'un langage grammatical et syntaxique de signes
dans l'enseignement des sourds-muets, In-8, 35 p.i
Bruges, Vandecasteele-Werbrouck, 1863.
Consultter encore: tome 1 p. 18 et 19
Castellan (L'abbè). L'abbé Louis Toussaint Dassy, fonda
teur de l'institut des jeunes aveugles de Marseille
Directeur de l'institut des sourds-muets etc. ln-8, 8
p. Marseille, Imp. Marseillaise, 1888.
Cauchy. Rapport sur les méthodes qui ont -servi au
développement des facultés intellectuelles d'un jeune
soûrd-muet, et sur les moyens par lesquels il est par-
venu, non seulement à un degré d'instruction élevé
mais encore à une connaissance très étendue des
sciences physiques et mathématiques... Institut de
France. Académie des sciences. In-4, 5 p. 1813.
Centenaire de 1789 (Le) Une fête républicaine silencieuse
30 Juin 18S9, Petit In-8, 23 p. Paris, Imp. B. Mayon.
1889.
Chaillet. tome 1, p. 19
Chambellan (V. G.) Congrès international des sourds-
muets de 1839. Compte-rendu, In-8, 95 p. Paris. 1890.
Consulter également : tome 1. p. 19 et 20
— 18 -
Charbonnier (N.) et J. G. Brugmans. Méthode d'articu.
lation, de lecture et de langue à l'usage des sourds-
muets. Première année d'études. Petit in-8, 86 pages.
Bruxelles. P. Weissenbruch, 45, rue du Ponçon 1889.
Consulter également: lom'î 1, p. 20
Chambiry (Inst. Nationale de) tome 1, p. 20
Charles (R. P.) tome 1, p. 20
Chazottes (L'abbé) lome 1, p. 20
Charvin aine tome 1, p. 20
Clamaron. tome 1, p. 21
Claveau (0.) tome 1, p. 21 et 22
Clerc, tome I, p. 22
Coldefy. (Victor) tome I, p. 22.
Colombat (E.) tome 1. p. 22
Comte (H.) tome 1, p. 22
Concert conférence au théâtre des nations à Paiis le 29
Juin 1879. Enseignement des sourds-muets par la pa-
role. Genève. Taponnier et Studer, 1879.
Condillac Principes généraux de grammaire pour toutes
langues. Nouvelle édition, les an. VI p. 12 à 15.
Consulter tome 1. p, 23
Congrès, Congrès international des sourds-muets de
1889. Compte-rendu par V. G, Gàambellan, In-8, 95
pages, Paris, 1890.
Voir encore, tome 1, p. 23, 24 et 25
Convert(H) Catéchisme dogmatique et moral ou eaposé
de la doctrine chrétienne à l'usage des enfants sourds-
muets ln-12, 182 p. 2 m8 édition. Bourg. 1885
Cornié (Adrien) Etude sur l'institution nationale des
sourdes-muettes de Bordeaux 1786-1889. In-8, 110 p,
une vue de l'Inst. Nationale des sourdes-muettes. Imp.
R. Coussau et F. Coustalat. 1889.
Coste d'Arnobattome 1, p. 23
Coudray.(Du) Anecdoctes intéressantes et historiques
de l'illustre voyageur, pendant son séjour à Paris. S"""
édition page 43 à 45. Visite de Joseph II à l'abbé de
l'Epée, Paris, Librairie Ruault, 1777.
- 19 -
Couêtoux (D r ) De la surdité chez l'enfant et chez l'adulte
etc. (voir L. Goguillot).
Cousin (H) tome 1. p. 26
Currière (Inst de) tome 1, p. 25
Cuvier tome I, p. 23
Cyrille (frèrej tome 1, p. 26
D, D. F. de Saint-Gabriel, tome 1, p. 23
Dactylologie à l'usage de ceux qui désirent parler avec
les mains et entendre par les yeux. In-8, 16 p. Paris
1851 (petite reproduction de la statue d* Versailles).
Daras (L'abbé) tome p. 23~
Darwin (Ch.) tome 1, p, 26
Degérando . De la Bienfaisance publique. Iu-8, 4 vol.
Paris Jules Renouard ètC re , 1839. tome 2', des sourds-
muets, p. 511 à 525.
Voir encore : tome 1, p. 27
Delaplacs (L'abbé) tome 1, p. 27
Deleau D r J"*. Examen chirurgical des sourds-muets du
département d'Eure el Loir et remarques sur l'ouïe et
de la parole chez une jeune fille de 1 1 an?. Rapport
à M. le Préfet et à MM. les membres du Conseil géné-
ral de ce département. In-8, 1! p, Paris 1813
Consulter encore : tome 1, p. 27 et 28
Deleau (D r ) Recherches sur le traitement et sur l'édu-
cation auriculaire et orale des sourds-muets ; compte-
rendu à l'Académie des sciences. 34 p. 1837.
Denis (Théophile,) Frédéric Peyson. Peintre sourd-
muet. In-8. Paris Imp. Eug, Bélanger 285 rue Saint-
Jacpues. 1890.
Consulter encore : tome 1. p. 28
Deschamps (L'abbé) tome 1, p. 28
Desloges (Pierre) tome 1, p. 29
Diderot tome , p. 9
— 20 —
Documents-officiels — Lois — Ordonnances, décrets sur
l'enseignement des sourds-muets en France.
1888' 23 Juillet Ai'rêté {déterminant les conditions et
programmes des concours et examens pour le recru-
temetn et l'avancement du peasonnel enseignant des
institutions nationales des sourds-muets,
Voir encore: tome 1, p. 29
Dublar (L-J) tome 1, p. 36
Dubois (B) tome 1, p. 35.
Dubranle (A) tome 1, p. 36
Dabic L'arithmétique des sourds et muets ou les nom-
bres représentés au moyen des doigts. Petit In-8, 16
p. Maçon, D. Bellenand. 1837.
Dudesert (P. D.) Mémoire sur l'éducation des sourds-
muets. 16 p, Paris 1834.
(A suivre)
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
Périni (Charles) Méthode pour enseigner par la parole la
langue maternelle aux sourds-muets par Ch. Périni, Professeur
à l'iustitulioii des sourds-muets pauvres de la province de Milan. Tra-
duite de l'italien par une religieuse «également versée dans laconnais-
sançe de l'Italien et du Français » Partie du maître. In-8, XIV et 403
p. Carrière. Iinpr. de l'école des sonrds-raueîs 1890. Prix 3. fr.
C'est en 1884, que M. Charles Périni publiait en
Italie, la méthode dont nous annonçons aujourd'hui la
traduction française ; son illustre maître l'abté Tarra
— 21 —
dirigeait encore l'institution de Milan et nul ne pou-
vait supposer alors-que nous aurions à déplorer quel-
ques années plus tard la perte de notre éminent confrère.
Nous avons reproduit la préface de M, l'Inspecteur
Général lion, Claveau, et en 1885 un de nos collègues et
amis, M. Dupont présentait dans ce même recueil le
volume italien de M. Perini. La méthode dont nous vou-
lons aujourd'hui entretenir nos lecteurs quelques ins-
tants, ne leur est donc pas inconnue. Cependant il nous
semble que l'œuvre est assez importante pour qu'elle
doive retenir encore quelque peu leur attention. N'est-
ce pas d'ailleurs une méthode bien française d'origine,
n'est-ce pas celle de notre illustre maître Valade-Gabel.
Comme notre confrère M. Dupont nous le disait en 1885
nous regrettons qu'on n'ait pas publié en France une
adaptation de la méthode de Valade-Gabel à la méthode
orale, faute de mieux et jusqu'à nouvel ordre, nous au-
rons une adaptation de la m éthode italienne devenue fran-
çais grâce àlascience, au zèle et au désintéressement et
du traducteur et des éditeurs de l'ouvrage qui nous
occupe.
C'est à une religieuse dont nous devons respec-
ter l'anonymat que s'adressent toutes nos félicitations
pour le travail qu'elle a su entreprendre et mener à
bonne fin; toute sa satisfaction, nous en sommes per-
suadé, résidera dans la certitude qu'elle a d'avoir été
utile à nos maîtres français.
L'auteur nous l'a dit: c'est la méthode de Valade Gabel
qu'il a modifiée et adaptée aux exigences delà méthode
orale, c'est donc bien la méthode française, celle pour
laquelle M. Ad. Franck réclamait au Congrès de Milan
avec tant d'a-propos et d'énergie la paternité en faveur
du pays qu'il représentait si dignement.
Il est difficile d'analyser une méthode, surtout une
méthode complète, d'ailleurs la marche générale en est
connue de tous ; elle se divise en trois cours et chaque
cours se subdivise lui-même en plusieurs degrés.
Le premier cours comprend l'enseignement corres-
— 22 —
pondant aux trois ou quatre premières années d'études
il se compose de six degrés. C'est naturellement l'impé-
ratif qui ouvre la marche, l'enfant comprend et obéi,
puis il rend compte de qu'il a fait avec l'emploi des irois
temps principaux de l'indicatif: le passé indéfini f
le présent et le futur, il transmet sa pensée, il com-
mence à questionner.
Le second cours correspond à la quatrième et à la
cinquième année d'enseignement. Tous les temps de
l'indicatif sont alors passés en revue, l'élève aborde
l'abstraction, il commence à réfléchir, à juger à compa-
rer, ce cours est divisé en 4 degrés.
Avec le troisième conrs, nous conduisons l'élève à. fin
d'étude, c'est d'abord l'enseignement du mode subjonc-
tif, puis celui du conditionnel qui fait l'objet du 1" et du
2 me degré, le 3 me et le 4 m0 degré sont consacrés à l'étude
de locutions difficiles, le dernier degré s'occupe spécia-
lement de l'étude de la lettre. Pour ce dernier cours
l'emploi du mode impératif a disparu, et c'est la forme
expositive etinterrogative qui sont venues le remplacer.
Les explications, les conseils, de toute nature abon-
dent dans l'ouvrage et nous aimons à croire qu'il se
trouvera bientôt entre les mains de tous les professeurs
français. Il est du nombre de ceux qui s'imposent à tout
instituteur conciencieux. Nous connaissons bon nombre
da nos confrères qui seraient heureux de posséder l'ou-
vrage si remarquable de Valade Gabel, aujourd'hui
absolument introuvable. Qu'ils se procurent le travail
de M. Périni et ils retrouveront là le reflet delà métho-
de du grand instituteur français, dont le nom illustre
entre tous passera à la postérité entouré du respect et
de la reconnaissance de chacun
Ad, Bélanger
— 23 —
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institut des Sourds-Muets à Gruyères (Canton
de Fribourg. Suisse. La Siusse française vient d'être
dotée d'une école catholique pour les sourds-muets. Nous
sommes heureux d'annoncer cette nouvelle aux lecteurs
de votre excellente Revue. Celte institution à été saluée
avec beaucoup de joie, les journaux de quelque opinion
politique et religieuse qu'ils soient l'ont fortement louée
et recommandée, son Eminence le Cardinal Mermillod
l'a bénie plusieurs fois, le gouvernement du canton de
Fribourg lui a témoignéses sympathies et l'a encouragée
par un subside de 2000 fr. et par la gratuité du matériel.
Le nouvel Institut a été fondé à Gruyères, canton de
Fribourg, charmante petite ville du moyen âge ou rési-
daient les seigneurs de ce nom. Cette localité par son
agréable position et son climat bienfaisant convenait
tout particulièrement à un établissement de ce genre.
Il est l'œuvre de la Congrégation des Révérendes Sœurs
de la Sainte-Croix d'Ingoubohl, canton de Schwitz. L'é-
cole a été installée dans le château, dit de Saint-Ger-
main, appartenant jadis à l'illustre famille de ce nom.
Le bâtiment ayant été reconnu trop petit, on a commen-
cé une nouvelle construction qui sera terminée au prin-
temps prochain et alors on pourra facilement recevoir
une cinquantaine d'élèves.
L'Institut ouvert an mois de Mai 1890 compte actuel-
lement 22 élèves 9 garçons et 13 filles. La direction de
l'établissement à été oonfié à la Révérende sœur Bernal-
deOaggy de Varoue, canton du Valais; Elle a étudié la
— 24 —
méthode d'enseignement dans la maison des Dames du
Sacré-Cœur chargées de l'instruction des jeunes filles de
l'institution nationale de Chambéry. Les autres maîtres-
ses sont les. Révérendes Sœurs Bathilde Metzinger de
Buhl, Grand Duché de Bade et Louise Hcurad de Zurich.
L'aumônier de l'Institut est le Révérend Chanoine
Jonnoret de Châtel Saint-Denis, conton de Fribourg.
En vous faisant connaître le nouvel Institut suisse, nous
espérons que des relations intimes s'établiront entre les
établissements de France et de l'étranger et le nôtre.
Nous serons heureux de profiter des lumières et de l'ex-
périence de nos devanciers et ainsi nons travaillerons
plus efficacement à l'œuvre humanitaire au premier
chef: rendre la parole aux muets.
X.
*
Nécrologie. M me Veuve Delaplace. — Nous appre
nons la mort de Madame Veuve Delaplace, mère de M
l'abbé Delaplace. décédée à Saint-Médard les Soissons
le 16 Février dernier dans sa 91 me année. Nous offrons à
notre dévoué confrère l'expression de nos plus sincères
sentiments de condoléance.
Ligue pour l'union amicale des sourds-muets en
France. Nous avons publié dans notre dernier numéro
une circulaire de cette société, nous venons de recevoir
la suivante que notre impartialité nous fait un devoir
de publier. Constatons que l'union n'existe guère, en ce
moment du moins.
— 25 —
« Procès verbal de la scéance du 1 er Février 1891
Bien que le temps ne fut pas favorable dans la soirée
du 1 er Février, un grand nombre de membres de la Ligue
se sont rendus à son appel. La Réunion était présidée
par M. Eugène Graff.
Dè-5 l'ouverture de la séance, une quinzaine de per-
turbateurs à la tête desquels se distinguaient entre autres
M. Gaillard (Henri), l'ancien secrétaire chassé de la
Ligue, l'intéressant Bailly( A uguste), l'honnête Thierry
( Victor), etc. ,*etc. , faisaient irruption dans la salle et
essayaient de troubler la séance. Les contrôleurs étant
impuissants pour les mettre à la raison, M. Grafl dût
demander l'intervention des gardiens de la Paix. A la
vue de l'uniforme, ce fut un sauve qui peut général,
chacun cherchant à s'enfuir comme les souris à l'appro-
che du chat. M. Gaillard, le chef des tapageurs, essaie
de pourparler avec les gardiens de la paix ; mais ce fuj
peine perdue, le? agents rétablirent l'ordre en jetant
impitoyablement Gaillard et consorts à la porte.
« Enfin, débarrassés de ces idiots, les ligueurs accla-
mèrent M. V. Colas, doyen d'âge, pour présider au re-
nouvellement du Bureau. Voici le résultat de l'élection
M. Graft, ayant M^. Frossard pour concurrent, est réélu
à 28 voix de majorité.
« MM. Frossard, Noblet, Murât, vice-présidents ; M.
Weiss, ancien secrétaire-adjoint avant la révocation de
M. Gaillard, est nommé secrétaire général à l'unanimité;
M. Moulin, trésorier ; M. Bru, receveur ; MM. Demey et
Leclaire, vérificateurs ; MM' François, Barré, Graffette
Gamain, Mazelier, contrôleurs des séances,
« l'annonce de ce résultat a été accueilli par des
applaudissements prolongés.
« M. Weiss rappelle à l'assemblée que M. Bailly le
trésorier révoqué, refuse de restituur la somme de 11 fr.
60 appartenant à la Ligue et conseille aux vérificateurs
de la lui réclamer [oui! oui' réclamez-la, répond
VAssemUée.
« Enfin M.. Frossard, ancien membi-e de la Commission
— 26 —
d'enquête fait l'éloge de M. Graff dont la probité est-
dit-il, inattaquable, on essaie de le dénigrer; les Gail-
lard, les Bailly, lès Thierry, etc. , etc. , parlent de frau-
de et ne peuvent jusqu'à présent prouver le lait, bien
que M. Graff offre 500 francs à quiconque le prouverait
( On rit ).
« M. Graff se lève et montre à l.Assêmblée le fameux
ruban qui manquait à la grande couronne lors du cen-
tenaire de la mort de l'abbé de l'Épée ( 041 sait que c'est
à cause de ce ruban que Gaillard parte de la préten-
due fraude), l'honnête Thierry ( Victor ), dit-il, affirma
l'avoir acheté rue Rambuteau avec l'argent que je lui
avais remis, or, le marchand m'a déclaré hier ne pas le
reconnaître ! {Ri r e général).
« M. Graff continue : Thierry m'a trompé, il a voulu
me dépister pour ne pas me dire la valeur réelle de ce
ruban : C'est vrai! c'est cela ! ce n'est &is étonnant, il a
subi une condamnation pour escroquerie, répond Van-
ditoire.
Un membre sur son banc : Ji ne comprends pas qu'un
homme de cette réputation se permette de contrôler
notre Président.' c'est du toupet! n'est-ce-pas? Rires.
« Plusieurs discours intéressants ont été ensuite pro-
noncés par MM. Amet, Noblet, Brun, eic.
« Au moment de se séparer l'Assemblée met le Bureau
en demeure de faire imprimer le procès-verbal de la
séance et d'envoyer la liste des noms de la compagnie
Gaillard à la Préfecture de Police,- la plupart de ses
amis étant munis de revolvers.
Le Secrétaire général V. "WEISS, Vu le'président réélu
pour la 4 me fois Eugène GRAFF.
Avis important, Nous prions nos lecteurs de vouloir
bien nous faire parvenir le montant de leur abonnement
pour la 7 œe année dont le premier numéro parait au-
jourd'hui.
— 27
LIVRES DE LECTURE POUR NOS ÉLÈVES
Jean Aicard, — Le Livre des petits Illustré ds 59 comp. de
Jean Geoffroy. Paris. Ch. Delagrave. 176 pages. Prix 1 fp. 26
Un livre de poésie pour nos élèves ! C'est peut-être le pre-
mier et le dsrnicr que nous aurons à signaler à nos confrères.
S3 mettre dans cette langue à la portée des petits, se faire
comprendre d'eux, les intéresser, les captiver, voila le but de
l'auteur, il y est arrivé. Pour convaincre nos lecteurs, nous
ne pouvons résister au désir de leur donner le premier mor-
ceau :
Ma Mère
Ma mère, que j'aime beaucoup,
M'a donné tout.
J'aimerai cette bonne mère
Ma vie entière.
Elle m'a soigné tout petit,
On me l'a dit.
Elle a balancé ma couchette
Blanche et proprette ;
M'apprit à marcher, pas a pas
Tenant mon bras :
A dire un mot, puis atout dire,
Même à sourire.
Quand elle est là, je ne crains rien.
Je l'aime bien !
Si je pleure, elle me console
D'une parole ;
Et, vite, son baiser chantant
Me rend content !
Je veux rendre heureuse ma mère,
Ma vie entière,
Travailler, et l'aimer bien fort
jusqu'à la mort !
— 28 —
Tous n'atteignent pas la même simplicité, prenons au
hasard cependant voici le début du numéro XIV : Le chien,
« J'aime beaucoup mon chien fidèle
« Parce qu'il -vient quand je l'appelle, etc.
Au nnmèro LUI. Le boulanger, débute de cette façon
« — Que fais-tu là, boulanger ?
« — Je fais du pain, pour manger, elc.
Si nous ne nous arrêtions, nous donnerions le livre en
entier.
Los gracieuses compositions de Geoffroy en font un livre
séduisant pour l'œil. Pour nos petits élèves ce sera un album
de gravures et les maîtres y trouveront des sujets de leçons
à la portée de tous. Ad. B
Adrien Linden — Les historiettes de grand papa Gilbert.
Leçons de choses. Paris, Ch, Delagrave, 1\ rue Soufïïot. 323 pages
Brix 1 fr, 50
Dos explications simples données par un grand père à ses
potiis enfants sur les choses usuelles; beaucoup d'illustrations
dans le texte aident à sa compréhension, mais ne le rendent
pas encore assez clair pour nos élèves. Ce livre ne pourra
leur rendre quelques services que vers la fin de leurs études.
Ad. B.
*
B. Subercaze. Premier livre de lecture à l'usage des Cours
élémentaires desécoles primaires, avec 80 vignettes, Paris Delalain
frcre.%56 rue des Ecoles. 120 pages prix fr. 80
Los 30 premières pages de cet ouvrage renferment dans 3G
lectures différentes une nomenclature présentée d'une façon
intelligente, nos élèves des quatre premières années y trou-
veront quantité de renseignements utiles, intéressants. La
deuxième partie ne pourra malheureusement leur servir qu'à
la fin de leur études Ad. B
"L'imprimeur-Gérant Eug. BELANGER 315 Rue S»int-Jacquc s Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7 m « année. N° 2 Mai 1891.
HPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France(l)
MAI
1. 1830. — Un comité de dames ouvre, impasse
des Feuillantines, une maison de refuge
pour les sourdes-muettes indigentes.
7. 1777. — Dans l'après-midi, l'empereur Joseph II
voyageant sous le nom de comte de
Falckenstein, se rend chez l'abbé l'Epée
qui tenait école de sourds-muets dans sa
maison de la rue des Moulins.
8. 1777 — Nouvelle présentation de J. R. Péreire
et de son élève M Ue Marois à Joseph II
au moment où ce monarque visitait le
cabinet des tableaux du Luxembourg,
la veille, dans la matinée, le comte
d'Argivillier, qui avait aperçu J. R.
Péreire dans la cour du Louvre, l'avait
présenté à Joseph II, pendant que l'impé-
iial voyageur se trouvait dans l'atelier du
statuaire Pajou.
9. 1816. — Mort de Saint-Sernin, successeur de
l'abbé Sicard à l'institution de Bordeaux
10. 1822. — Mort de l'abbé Sicard, successeur- de
l'abbé de l'Epée. L'inhumation a lieu au
Père Lachaise
(1) Voir la Revu» Française depuis le mois d'Octobre 1890
— 30 —
11. 18iO. — Réception officielle et cérémonie d'inau-
guration du buste de l'abbé de l'Epée,
exécuté en 1786par le sourd-muet Deseine
élève de Pàjou, et offert à l'institution
des soui'ds-muetsdeParis,parM.Amédée
Durand, neveu du statuaire
12. 1793. — Décret de la Convention nationale
plaçant l'école des sourds-muets de
Bordeaux « sous la puntection spéciale de
la Nation, comme celle de Paris » et la
maintenant dans les bâtiments nationaux
des ci-devant Minimes, où elle avait été
établie provisoirement par le départe-
ment de le Gironde.
13. 1815. — L'abbé Sicard se rend à Londres avec
trois de ses élèves, Massieu, Clerc et
Godard ; il y donne quelques exercices
publics et rentre à Paris, â la chute de
l'empire.
14. 1879. — Inauguration solennelle de la superbe
statue de Pabbé de l'Epée, exécutée par
Félix Marlin, statuaire sourd muet, offerte
par lui à l'Etat, et érigée dans la cour
d'honneur de l'institution nationale de
Paris. — Par décret en date du même
jour, Félix Martin est nommé chevalier
de la légion d'honneur.
24. 1845. — M. Dufau lit à l'Académie des sciences
morales un mémoire sur Téducaxion
d'une jeune fille sourde-muete, aveugle
et sans odorat, Laura Brigman née en
{A suivre)
— 31 —
LA LECTURE SUR LES LÈVRES
mise â la Portée des Personnes devenues Sourdes
Depuis une douzaine d'années les sourds-muets sont
instruits en France à l'aide de la parole et de la lecture
sur les lèvres, ils s'expriment de vive voix, ils font con-
naître leurs besoins, leurs désirs, leur sentiments avec
la langue de tous ; ils font mieux, ils comprennent la
parole prononcée devant eux, ils saisissent ces impres-
sions fugitives, ils s'approprient la pensée d'autrui. En
un mot, ils ont reconquis leur place dans la société -
Pour nous professeurs, les muets parlent, les souids
entendent, c'est un fait; mais pour le public, voire-môme
le public intelligent, pour laplupart de nos compatriotes
le sourd-muet est toujours un moulin à vent, gesticu-
lant des bras et des mains, être curieux qui attire l'at-
tention, la pitié quelquefois et c'est tout. Il est bien
loin le jour ou cette erreur aura complètement disparue
et encore se trouvera-t-il toujours quelqu'incrédule qui
en présence du fait lui-même, ne voudra point voir, se
bouchera les oreilles et refusera de se laisser convain-
cre. C'est un type plus commun qu'on ne le pense, nous
l'avons rencontré bien souvent.
Ce n'est pourtant pas pour les convaincre, ces incré-
dules, que nous écrivons aujourd'hui; il est une classe d e
personnes malheureuses, plus encore que les sourds-
muets classe plus nombreuse, nous voulons parler de celles
qui ayant parlé, comme nous, deviennent sourdes à la suite
d'une maladie, d'un accident quelconque, ou qui vers le
déclin de la vie perdent cette sensibilité auditive indis-
pensable pour saisir la parole et entretenir ce commerce
d'idées qui fait le charme de notre existence.
— 32-
La parole demeure bien encore, mais, souvent elle
s'altère, déviant plus ou moins incompréhensible, en
même temps que le caractère change, s'aigrit, s'as-
sombrit.
C'est à la science médicale que s'adresse le malade,
science malheureusement trop souvent impuissante et
lorsqu'il a acquis la certitude que l'infirmité est irrémé-
diable, le sourd s'abandonne à lui-même, se contentant
de gémir sur son malheureux sort.ignorant que le péda-
gogie peut venir à son secours et lui apporter un aide
précieux.
Le sourd-muet lit sur les lèvres, pourquoi le sourd
n'arriverait-il pas au même résultat, pourquoi l'œil aidé
de l'intelligence ne remplirait-il pas la même fonction
et ne suppléerait-il pas à l'ouie ?
L'expérience a prouvé depuis longtemps déjà que la
lecture sur les lèvres était possible chez le sourd, tout
aussi bien et même mieux que chez le sourd-muet.
Des observations de toute nature sont venues
confirmer ces faits, malheureusement le temps est loin
encore ou tout le monde sera persuadé de la véracité de
ces faits.
Notre intention n'est pas aujourd'hui de faire la
preuve de ce que nous avançons ; nous ne pouvons que
renvoyer pour ce sujet au travail si complet de notre
excellent collègue et ami M. Dubranle, censeur des
études à l'institution de Paris: Suppléance de l'ouie chez
les sourds-muets par la lecture sur les lèvres. Paris.
Masson.
Nous voudrions par quelqnes indications pratiques,
prêter notre concours à ceux qui sont atteints de cette
malheureuse infirmité, nous désirerions faciliter leur
tâche, leur donner quelques points de repaire dans
l'étude qu'ils vont entreprendre ou dans celle qu'il vien-
nent de faire. Puisse notre travail tomber sous les
yeux de quelques uns et leur donner en même temps
que l'espérance, le désir d'acquérir cette faculté qui
remplacera dans une certaine mesure le sens disparu.
— 33 —
Avec son imagination un romancier contemporain
vient de résoudre le problème. Non seulement il a mis
la lecture sur les lèvres à la portée du sourd, mais encore
l'entendant en a fait son profit.
Par nécessité l'héroïne de son roman s'est appliquée
à acquérir cette faculté précieuse et voici la marche
qu'elle aurait suivie.
« Pendant six mois, elle eut; la patience de s'entourer
presque exclusivement de sourds-muets et de s'interdire,
huit heures par jour, d'une façon absolue, l'usage de la
parole et de l'ouïe. Les sourds-muets intelligents, per-
sonne n'ignore cette particularité, lisent très bien sur les
lèvres des personnes qui leur parlent. Or en se con-
damnant au mutisme et surtout à la surdité, en s'im-
preignantdes sentiments éprouvés par les sourds-muels
grâce à leur compagnie presque constante. Olga Dariia
était devenue aussi experte qu'eux, d'abord en faisant
parler devant elle des gens qui articulaient bien, puis
à la longue, en faisant parler n'importe qui. »
Nous ne recommandons pas le même moyen à ceux
auxquels cette nécessité s'impose, ils courraient grand
risque de ne pas arriver au même résultat.
On cite, cependant des personnes sourdes arrivées à
l'aide d'attention, d'observation, de volonté, de persévé-
rance à comprendre la parole sur les lèvres d'autrui.
Que de peine, que de tâtonnements, elles se fussent
évités en prenant conseil, en s'adressant à l'expé-
rience d'un maître. Combien en est-il qui après
quelques essais personne, et en présence du peu de
résultat acquis se sont rebutées ?
Le rôle du professeur en pareil matière n'est pas seu-
lement de leur indiquer la marche à suivre, mais encore
de les guider, de régler les leçons en s'appuyant sur les
résultats acquis, de savoir approprier les exercices aux
aptitudes spéciales de l'élève, de modérer son désir na-
turel d'arriver au but, d'y arriver trop vite en compro-
mettant le résultat final.
Il ne s'agit pas d'enseigner la parole à notre sourd,
- 34 -
mais nous ne devons pas oublier qu'il l'a acquise â l'ai-
de de l'oreille et que le régulateur venant â manquer,
il se produira bien souvent des déformations auxquelles
il nous faudra remédier.
Obligé de reconnaître par la suite les différents sons
de notre langue, d'analyser la parole, le sourd aura
besoin de connaître le mécanisme de ses organes, de se
rendre compte de leur fonctionnement, il nous faudra
donc attirer son attention de ce côté ; il faut qu'il sache
qu'à chaque son correspond des positions, des mouve-
ments, que l'œil peut distinguer et différencier ces
mouvements, qu'avec l'exercice et l'habitude, il arrivera
non pas à deviner mais à lire réellement sur les lèvres.
Evidemment toutes les positions des organes et tous
leurs mouvements ne sont pas visibles pour l'œil, mais
cet organe en distinguera suffisamment pour reconnaî-
tre le son et ne pas le confondre avec un autre,
Les sons de notre langue qui sont au nombre de 31
peuvent se diviser en 2 groupes; les voyelles et les
articulations. ( les consonnes ) les premières exigent
des positions des organes, les secondes exigent non
seulement les positions mais encore des mouvements
spéciaux.
Dans les voyelles l'œil n'aura à remarquer que les po-
sitions prises par les organes, c'est le travail le plus sim-
ple que nous puissions exiger de lui, aussi notre ensei-
gnement débutera-il pas l'étude de quelques unes d'entre
elles.
Nous avons dit quelques-unes, car il nous parait bon
de ne pas atteridre que toutes les voyelles soient distin-
guées entre elles pour passer âl'étudedes articulations,
il est bon que nous arrivions le plus tôt possible à l'é-
tude de la syllabe et c'est dans ce but que nous mélan-
geons d'une façon rationnelle l'enseignement des sons
alin de rendre moins monotone ce travail si aride.
Nous ne suivrons pas ici cet ordre sur lequel nous
reviendrons, mais nous passerons d'abord en revuetoutes
les voyelles, indiquant pour chacune d'elles, non pas
le mécanisme de la prononciation mais l'aspect qu'elle
présente pour l'œil et ses caractères distinctifs.
Nous avons dit et nous n'hésitons pas à le répéter que
pour ces différents sons, il n'y a aucun mouvement des
organes et que l'œil doit distinguer le son à la vue seule
des positions prises.
Nons allons indiquer pour chacune des voyelles l'as-
pect des organes et nous ferons ressortir ensuite en les
comparant les caractères spéciaux de chacune.
l r groupe : A È É
A. Bouche ouverte naturellement, la langue par suite
de sa position n'est pas visible.
È. Bouche ouverte naturellement, la langue dont la
pointe vient s'arc-bouter derrière les dents incisives
inférieures et dont la face dorsale se relève est visible.
É. Bouche ouverte naturellement, moins que pour A et
pour Ê, la langue est visible, sa position est la même
que pour la lettre È un peu plus bombée cependant.
Pour ce premier groupe de voyelles (a, è, é) la bouche
s'ouvre naturellement, plus ou moins, ce sera le carac-
tère distinctif de ces trois sons avec les groupes suivants
C'est la langue visible dans Ê et É qui différencie ces
deux sons de la voyelle A dans laquelle elle ne l'est pas.
La bouche plus ou moins ouverte, la langue plus ou
moins visible, telles sont les différences que l'on peut
remarquer entre È et É. D'ailleurs il n'est pas absolu-
ment indispensable de distinguer ces deux sons au point
de vue de la lecture sur les lèvres, nombre de personnes
prononcent constamment J^pour^ ou réciproquement et
l'intelligence du mot suppléera facilement par la suite
pour différencier ces deux sons.
2 mc groupe : 0. E. OU. EU
0. Les lèvres se projettent un peu en avant, elles
s'arrondissent et semblent prendre la forme graphi-
-36 -
que de la lettre elle-même, la langue n'estpar visible.
E. Les lèvres prennent les mêmes positions que pour la
lettre 0, la langue dont l'extrémité vient se placer
derrière les dents inférieures est visible dans sa partie
dorsale.
OU. Les lèvres s'allongent en avant, formant toujours
un petit cercle caractéristique beaucoup plus petit
que pour et pour E, langue non visible.
EU. Mêmes positions des lèvres que pour le son précé-
dent OU, pointe de la langue placée derrière les dents
inférieures comme pour E, langue visible.
Ce deuxième groupe de voyelles (o, e, ou, eu.) se dis-
tingue du précédent et du suivant par la forme spéciale
que prennent les lèvres: arrondissement et projection
en avant.
C'est la langue visible dans E et dans EU qui consti-
tuera la différence capitale entre ces deux sons et O. et
OU dans lesquels elle est invisible.
L'avancement plus accentué des lèvres, le rétrécisse-
ment du canal dans OU, feront très suffisamment distin-
guer ce son du similaire O.
Il en sera de même pour la différence à faire entre E
et EU, d'ailleurs quelques auteurs ne lont de ces deux
sons qu'uue seule et même voyelle.
3 m0 groupe ; I, U,
I. La bouche est entr'ouverte, très légèrement, les
dents semblent se toucher, les commissures des lèvres
se sont reculées, élargissaut la bouche qui devient
plus grande que dans son état normal.
U. La bouche est peu ouverte, les extrémités des lèvres
se touchent, les lèvres sont plaquées contre les dents
le bord seul sejirojette très légèrement en avant.
Les caractères particuliers de la voyelle / que nous
indiquons plus hautne devraient pas permettre la confu-
sion avec une autre voyelle, celle qui s'en rapproche le
— 37 —
plus est la voyelle É, il faut remarquer que la
dilférence capitale consiste dans l'ouverture de
la bouche et des dents assez appréciable dans
É, et presque nulle dans /, ouverture qui se pro-
duit verticalement pour la lettre Ê, tandis que pour le
son / il 3 r a un allongement appréciable des lèvres dans
les sens horizontal.
Le son U pourrait être confondu avec OU, il est
bon de remarquer que si l'ouverture de la bouche est
à peu près la même dans ces deux sons, la forme des lèvres
diffère sensiblement, elles se projettent en avant
pour U, tandis qu'elles restent plaquées contre les dents
pour U, la langue qui pourrait nous aider à. différencier
ces deux sons n'est visible ni dans l'un, ni dans l'autre
par suite de la fermeture presque absolue des lèvres.
(.4 suivre)
Ad. Bélanger
UNE TRADUCTION FRANÇAISE
de l'ouvrage de Juan - Pablo Bonet
Juan Pablo Bonet. — Réduction des lettres à leurs éléments
piimitifs et art d'eneeigner à parler aux sourds-muets, traduit
de l'Espagnol par E Bassouls et A.Boyer. In-8, XXIV et 162 p. .Paris
chez les traducteur?, 22, rue Rerthollet. 1S91
Deux de nos Collègues MM. Bassouls et Boyer ont eu
l'heureuse idée de traduire l'important ouvrage de
l'espagnol Bonet; nous reviendrons dans un prochain
numéro sur ce volume si célèbre et si rare. Pour
Prix franco 3 fr. 2o
— 38 —
aujourd'hui nous donnerons à nos lecteurs la préface de
la traduction dans laquelle notre excellent ami M,
Dubranle, Censeur des études de l'école de Paris présen-
te- ce travail à nos confrères. Nous joignons bien sincè-
rement nos félicitations aux siennes. L'ouvrage de Bonet
est un de ceux qu'on ne peut manquer d'avoir dans sa
bibliothèque. A défaut d'original, introuvable et si cher
estimons-nous heureux de pouvoir y placer la traduction
française de MM. Bassouls et Boyer et donnons-lui bien
vite une des meilleures places.
Ad.B
Préface
On a dit depuis longtemps que l'instruction des sourds-
muets est à la portée de tous ceux qui osent l'entre-
prendre et que la science qu'elle demande n'est que la
patience et le dévouement.
Je n'y contredirai pas. Toutefois, il me paraît que
cette affirmation est, sinon un peu exagérée, tout au
moins incomplète.
J'estime, en effet, que ceux, maîtres ou parents, qui
veulent développer facilement et sûrement l'intelligence
d'un sourd-muet, ont besoin, de faire preuve dé patience
et de dévouement ; mais je crois en même temps que,
pour avoir quelque chance de mènera bien leur entre-
prise, ils doivent s'y préparer par des études spéciales
ou,, tout au moins, se munir d'un traité, d'un guide, dont
le but est d'abréger leurs efforts, de leur épargner mille
tâtonnements et d'assurer, autant que faire se peut, le
résultat de leur enseignement.
Le livre dont voici la traduction est un de ces guides
précieux. Quoique bien ancien, puisqu'il est le premier
qui ait été composé sur cette matière, il n'en est pas
— 30 -
moins l'un des plus intéressants et des plus utiles à
consulter.
C'est le livre de Jean Paul Bonet sur l'art d'instruire
les sourds-muets.
Il a pour titre: Réduction de las letras y arte pira
ensenar a habiarlos ?nudos. Madrid, 1620.
Dans l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets
l'Espagne occupe, à la fin du XVI in0 et au commence-
ment du XVII ,ae siècle, une place des plus brillantes avec
Pierre Ponce et Jean Paul Bonet.
Pierre Ponce, moine de Saint-Benoît, enseignait aussi
aux sourds-muets de naissance à parler et trois de ses
contemporains. François Vallès, Ambroise Morales et
Castanlza, prédicateur de la Cour et auteur d'une vie
de Saint-Benoît parue en 1583, nous ont transmis sur
son compte des indications qui ne nous laissent aucun
doute sur ses succès.
Ponce mourut au mois d'août 1584 sans laisser aucune
trace écrite des moyens qu'ils employait. « Distingué
«par d'éminentes vertus, il excella principalement dans
«l'art d'enseigner aux sourds-muets à parler et obtint
« dans tout l'univers une juste célébrité. » dit le registre
des décès du Monastère des Bénédictins de San'Salvador
d'Ona.
Trente-six ans après la mort de Pierre Ponce, un
autre Espagnol, Jean Paul Bonet, publia un volume de
308 pages sur l'art d'apprendre à parler aux sourds-
muets.
D'après ce qu'il raconte lui-même daus le prologue de
l'ouvrage, il fut conduit à s'occuper de l'éducation des
sourds-muets par l'affection qu'il portait au connétable
de Castille, dont il était le secrétaire et par le désir de
donner des soins au frère de ce connétable, qui était
sourd-muet depuis l'âge de deux ans. Il n'annonce nulle
part qu'il ait eu connaissance des essais de Pierre Ponce
il se présente même comme l'inventeur des procédés
qu'il décrit.
Je ne discuterai point ici la question de savoir si
— 40 —
Bonet a été réellement inventeur, ou s'il n'a fait que
recueillir, appliquer et perfectionner la découverte de
Ponce.
Peu importe que Bonet ait eu ou n'ait pas eu connais-
sance de la méthode de son prédesseur. Ce qui est bien
certain, c'est que son ouvrage est d'une importance et
d'un intérêt historique considérables.
Il renferme trois parties :
Dans la première, il est question des lettres de l'alpha-
bet, de leur invention et des positions prises par la
bouche pour les articuler.
La seconde partie traite des causes dû mntisme, ex-
plique l'alphabet manuel, la formation des sons et leur
enchaînement,
La troisième partie contient des explications sur le
dialogue et sur la lecture et l'exposé de deux méthodes
ayant pour but : l'une, d'enseigner les chiffres ; l'autre
d'indiquer le moyen pour apprendre seul et en huit
jours à lire le grec comme l'espagnol.
Je me garderai de faire une analyse complète du livre
Ce serait le déflorer et enlever au lecteur le plaisir qu'il
trouvera à y découvrir plus d'un aperçu ingénieux sur
« la science qui ouvre la bouche des muets ». Je me con-
tenterai de dire qu'il renferme sur l'enseignement des
sourds-muets des vues d'une justesse surprenante et la
description de principes, et de procédés qui permettent
de le recommander encore aujourd'hui aux méditations
de tous les instituteurs de sourds-muets.
Il y a quelqnes années, dans une de mes conférences
sur l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets, je
signalais la rareté du livre de Bonet. Seules, en effet ,
quelques institutions privilégiées ont la bonne fortune
d'en posséder un exemplaire qu'elles gardent avec un
soin jaloux et qu'elles ne laissent avec raison jamais
sortir de leur bibliothèque. Parmi elles, je citais l'Ins-
titution impériale des sourds-muets de Vienne, l'Insti-
tution de Groningue, l'Institution nationale des sourds-
muets de Paris et enfin la Bibliothèque nationale, Un
— 41 —
américain qui a acheté l'ouvrage de Bonet, il y a une
dizaine d'années, l'a payé, m'a-t-on dit, 500 francs. En
Espagne même, où le livre a vu le jour, on en trouverait
difficilement deux exemplaires.
Et je terminais en disant que ce serait répondre à un
vœu général et faire œuvre utile que de traduire en
français l'ouvrage original de Bonet.
Deux professeurs distingués de l'Institution nationale
de Paris, MM. Bassouls et Boyer, ont entendu mes
souhaits.
Ils se sont mis à l'œuvre et grâce à, la connaissance
approfondie qu'ils ont l'un et l'autre de la langue espa-
gnole, ils ont pu donner l'excellente traduction que j'ai
le plaisir de présenter au public et qui, sous tous les
rapports, leur fait le plus grand honneur.
Ou ne saurait trop les remercier; on ne saurait trop
reconnaître qu'ils ont fait preuve de beaucoup de talent
et aussi d'un grand désintéressement, car chacun sait
que les livres de sourds-muets coûtent malheureuse-
ment plus qu'ils ne rapportent.
Pour ma part, je leur exprime ici toutes mes félicita-
tions et je suis d'autant plus heureux de leur adresser
mes remerciements qu'ils m'ont procuré le plaisir de
lire et de relire un ouvrage que je ne connaissais
qu'imparfaitement par des analyses incomplètes et des
citations tronquées.
Il est juste de dire que c'est au mois de mars 1889 que
la Revue Internationale de l'enseignement des sourds-
muets a commencé la publication de la traduction de
MM. Bassouls et Boyer. Depuis, leur idée" a fait sonchemin
ot leur exemple a eu des imitateurs.. Quelques mois
plus tard, on effet, M. Renz, de Stuttgart, leur deman-
dait l'autorisation de traduire en allemand leur excel-
lente tradncti on dulivre deBonet. Aumois d'avrildernier
la Quarterly Review, journal de Londres, nous appre-
nait qu'une traduction anglaise de ce même ouvrage
allait se faire et, presque a la même époque on nou$
— 42 —
annonçait également que les Espagnols alla'eat rééditer
le livre de leur compatriote.
Quand, à près de trois cents ans de distance, un livre
est reproduit ainsi en quatre langues, on peut sans
crainte de se tromper, affirmer que ce livre à une réelle
valeur. Demain, il sera connu du monde entier; demain
il sera entre les mains «le tous ceux qui s'intéressent à
l'éducation de l'enfance, de tous ceux dont la tâche est
de tirer le sourd-muet de son silence et de le rendre à
ja grande famille humaine.
A. Dubranle
Censeur des études à l'Institution Nationale
des sourds-muets de Paris
REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS
Quarterly-Review. Avril 1891
Nous avions [annoncé dans l'avant-dernier numéro de la
Revue Française la fondation' d'une école de Sourds-Muets à
Preston. Nous avions en même temps, mais d'une façon fort
succincte, commenté l'article de M. Shaw paru dans la Quar-
terly Review de Janvier.
Nous prévoyons bien que ces considérations de M. Shaw et
surtout le principe du système combiné adopté dans la Nou-
velle Institution ne manqueraient pas de provoquer dos ob-
servations de la part de nos collègues d'outrc-Manche qui
pour la plupart, ont accepté avec enthousiasme l'introduction
en Angleterre de la parole comme but et moyen' d'enseigne-
ment.
L'éminent Directeur d'une école de Londres, M. William Van
Praagb. et M. Black Secrétaire de la Commission Royale se sont
— 43 —
chargés de réfuter l'argumentation de M. Shaw. Dans un long
article publié par la Quarterly Review d'Avril M. Van Praagh
démontre que non seulement les principes émis par le Comi-
té de la nouvelle Institution sont en contradiction flagran-
te avec la méthode orale pure, mais encore qu'ils ne concor-
dent pas absolument avec les décisions de la Commission
Royale.
M. Shaw dit en effet: Que chaque enfant sera l'objet de l'ex-
périence d'une année dans la Section orale de l'école, comme
il est recommandé par la Commission Royale.
Qu'au bout de 12 mois, il conviendra de faire passer dans la
section des signes et de l'alphabet manuel tous les élèves qui
d'après le Directeur pourraient gagner à être instruits par
ces procédés;
Or, tel n'est pas exactement l'esprit des résolutions publiées
par la Commission Royale.
Voici en effet, ce qu'elle dit à ce sujet :
Chaque enfant aura l'entière liberté d'être instruit par
la méthode orale pure même dans les écoles où les signes et
le système combiné sont encore en vigueur, la parole devra
être enseignée au moins pendant la première année et alors
seulement des exceptions ne seront faites qu'en ce qui concer"
ne les enfants dont l'intelligence est notoirement insuffisante
ou dont les organes phonateurs sont lésés.
Comme on le voit, l'opinion lu Directeur de l'Institution n'est
pas mentionnée dans le rapport de là Commission Royale, mais
le consentement des parents est absolument nécessaire.
M. Van Praagh estime que la Commission Royale n'a pas eu
un instant la pensée que des écoles nouvelles pourraient se
fonder en adoptant un système combiné; mais que ces réso-
utions ont été prises dans le but de faire passer les insti-
tutions existantes par une période transitoire obligée.
M. Shaw ne voit aucun inconvénient à ce que les élèves de
la section o.-ale et ceux de la section des signes prennent leurs
jeux en commun.
Qu'il nous soit permis de dire que c'est là une erreur d e
principe extrêmement dangereuse. Pour peu que l'on soit
nitié à l'enseignement des sourds-muets on a acquis l'ab-
solue certitude que le signe est l'ennemi héréditaire qu'il
aut combattre avec la plus grande énergie, et il n'est pas té-
méraire d'ajouter que la méthode orale pure n'aura donné sa
— 44 —
vraie mesure que le jour où le langage des signes sera défini-
tivement ignoré de tous nos élèves.
M, Van Prâagh invoque, d'ailleurs, son expérience person-
nelle: tous ses élèves sourds-muets qui n'ont élé mis en con-
tact qu'avec des entendants sont arrivés à parler d'une façon
très naturelle et à lire parfaitement sur los lèvres; tandis que
ceux qui sont issus de parents sourds-muets ou qui déjà ont
reçu une certaine instruction parle langage des signes n'ar-
rivent jamais qu'à des résultats moins satisfaisants.
D'un autre côté M. Shaw convient que l'enseignement de la
parole doit absorber la vie scolaire tout entière d'un enfant
et que les connaissances générales doivent être enseignées
simultanément.
Comment les connaissances générales peuvent-elles trou-
ver une place à côté d'un enseignement qui absorbe toute la
vie scolaire d'un enfant ? la vérité est que le développement
de l'esprit et l'enseignement de la parole et de la lecture sur les
lèvres marchent la main dans la main. Tous les sujets sont en-
seignés parle langage parlé: l'articulation et la lecturesur les
lèvres se développent donc et se perfectionnent d'une façon
continue. M. Shaw. semble donner une importance exagérée
aux cornets»acoustiques qui à notre avis ne doiventpas servir
de moyen de communication ni remplacer la lecture sur les
lèvres qui doit toujours être en jeu.
En terminant, M. Van Praagh souhaite, dans l'intérêt des
é.léves de la future école de Presto n que M. Shaw et ses col-
laborateurs se pénètrent d'une façon complète de l'excellence
de la méthode orale pure et qu'ils bannissent bientôt et pour
toujours le langage des signes artificiels.
Dans un numéro précédent nous avions formulé les mêmes
vœux; nous les renouvelons avec la conviction que M. Shaw
ne résistera Das longtemps aux sollicitations de ceux qui en
Angleterre lui montrent la vérité dans la voie féconde du
progrès et du travail.
R, Duvignau
— 43 —
INSTITUT NATIONAL DES SOURDS-MUETS DE
BUENOS -AYRES
Nous avons reçu de M. Emilio Coni, Président de Ja
Commission administrative de l'institut de Buenos- Ayres
la lettre suivante :
Buenos-Ayres le 24 Février 1891
Monsieur Ad. Bélanger
La Commission qui dirige l'Institut National des sourds-
muets de la Capitale de la République Argentine dont
j'ai l'honneur d'être le Président a résolu dans sa der-
nière séance de réorganiser cet établissement en mettant
à la tête un directeur o a une directrice, dont la com-
pétence et Ja longue expérience soient une garantie de
la marche future de l'Institut,
C'est pour ce motif que je m'adresse à vous, Monsieur
en vous priant de vouloir bien communiquer aux per-
sonnes qui ambitionneraient cet emploi que les condi-
tions sont les suivantes:Le directeur ou la Directrice sera
engagée pour une durée de cinq ou six ans : il jouira
d'un appointement mensuel de 500 t'.or et sera logé nour-
ri et éclairé aux frais de rétablissement.
Les propositions, copies de diplômes, certificats et
— 46 —
autres documents devront être adressés à mon domicile
Docteur Emilio R. Coni, Calle Bolivar. N° 653, Buenos-
Ayres.
Inutile d'ajouter que le directeur ou la directrice
devra ôtre au courant des derniers progrès concernant
l'enseignement de sourds-muets, c'est-à-dire, de la
méthode de la parole, et qu'il devrant en outre produire
de pièces importantes justifiants de sa compétence.
En vous priant, Monsieur, au nom de la commission
que je dirige de vouloir bien lui prêter votre bienveil-
lant concours, le plutôt qu'il vous sera possible, j'ai
l'honneur de vous adresser mes remerciements et
l'hommage de mes civilités les plus ditinguées
Emilio R. CONI
P. S. — Le candidat doit parler une des trois
langues suivantes ; espagnol, français, ou italien
Une fois qu'il sera accepté, la Commission fera signer
l'engagement respectif par la Légation de la République
Argentine,
Le prix du passage en première classe sera payé
par la Commission. 11 sera aussi alloué une indemnité
pour les frais du voyage
— 47 —
QALERIE HISTORIQUE et ARTISTIQUE
da l'la3titution Nationale de Paris
Notre excellent collaborateur et ami M. Théophile
Denis nommé conser\raceur de la Galerie historique et
artistique de l'institution Nationale de Paris procède en
ce moment à sa réorganisation. Nul mieux que lui ne
pouvait mènera bonne fin^une œuvre aussi intéressante
le goût artistique que nous lui connaissons tous, ses
relations si cordiales avec les instituteurs, et nos ar-
tistes sourds-muets, lui facilitaient singulièrement sa
tâche. D'ici peu Paris comptera un musée de plus qui
ne manquera pas d'intéresser les visiteurs si nombreux
de l'Institution Nationale de Paris.
Voici la circulaire qu'il a adressée à tous ceux qui
sont intéressés à la réorganisation de cette galerie, nous
devrions dire à tous les amis des sourds-muets; nous
le recommandons particulièrement à l'attention de tous.
Galerie historique et artistique ( En réorganisation )
Les objets composant la Galerie Historique, sont divisés
en quatre clases :
I. Bâtirmnts, Vues et plans des bâtiments anciens et
modernes de l'Institution Nationale de Paris. Vues des
bâtiments des principales institutions de sourds-muets
de la France et de l'Etranger.
2. Portraits, Portraits de tous genres de l'abbède l'Epée
Portraits de tous genres, de l'abbé Sicard. Portraits
d'instituteurs de sourds-muets, français et étrangers.
Portraits de tous autres personnages se rattachant à
l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets: Fonda,
eutrs et Directeurs d'institutions. Administrateurs,
— 48 —
Bienfaiteurs, Ecrivains, Hommes d'Etat, Hommes politi-
ques.
3. Musée des Artistes sourds-muets. Œuvres exécutées
par des artistes soarJs-ma9ts, de tous temps et
de tous pays; Peintres, Sculpteurs, Graveurs, Dessina-
teurs, Lithographes, Architectes. Reproductions par la
Gravure, la Lithographie, etc., d'oeuvres d'artistes
sourds-muets: (peinture, sculpture, architecture ).
Portraits d'artistes sourds-muets.
4. Objets Divers. Médailles, autographes, pièces rares
etc. , se rapportant aux sourds-muets.
Toute les œuvres et tous les objets provenant des dons
porteront le nom du donateur. Tous les cadres ou objets
recevront un numéro d'ordre et seront catalogués ; il
sera publié un guide à l'usage des visiteurs, avec notices
explicatives et répétant les noms des donateurs. Un
registre d'inscription sera mis à la disposition des visi-
teurs.
Nota. La galerie, après sa réorganisation, sera ouverte
au public, à des jours et heures qui seront ultérieure-
ment fixés. Néanmoins, les personnes disposées à faire
des dons à nos collections, ou qui, à un titre quelconque
sont portées à s'intéresser au succès de l'œuvre, sont
admises, dès maintenant, à visiter la galerie, il leur
suffira d'adresser une demande au Conservateur, qui
s'empressera de leur indiquer le jour et l'heure où il
aura l'honneur de les recevoir. On est prié d'adresser
au Conservateur, 251, Rue Saint-Jacques, toutes com-
munications relatives à la Galerie Historique de l'Insti-
tution Nationale.
Le Conservateur de la Galerie Historique Théophile Denis
Vu; le Directeur de l'Institution Natiouale
L. E. Javal
— 49 —
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
des ouvrages parus en France ou en langue Française
SUR l'enseignement des
SOURDS-MUETS
PREMIER SUPPLÉMENT
{Suite) (1)
Dudèsert, Mémoires sur l'éducation de3 sourds-muets
In-8, Caen 1827.
Dufau (P- A.) tome 1, p. 37
Dussouchet ( J.) sourds-muets ( La Nouvelle Revue, 15
Janvier 1891)
Dupont (M.) tome 1, p. 37
Duport (F.) tome 1, p. 37
Dutens. DuchilLou entreprend d'enseigner une jeune
demoiselle sourde et muette à lire, à écrire, et à par-
ler. Ex «Mémoires d'un voyageur qui se repose par
Dutens. Paris, tome I, page 94 à 113 Bossange, Masson
et Besson. 1806.
Egron, Vies de l'abbé de l'Epée, de Sicard et d'IIauy
Paris, Pion
Epée (L'abbé de 1') tome 1, p. 37 et 38
Egger. tome 1, p. 38
Esquiros (Alph,) tome I, p. 38
Eude (J. F.) tome 1, p. 38
Etcheverry (Martin) tome 1, p. 33
Fabre d'Olivet. tome 1, p. 39
Fauchet (L'abbé) tome 1, p- 39
Ferment (Mlle E.) tome 1, p. 39
Ferrus (D), tome 1, p. 39
(1) Consulter la Revue française depuis le u° 1 de la 7 m ° année
— 50 —
Figuier (Louis) Les nouvelles conquêtes de la science.
Visite à l'institution nationale des sourds-muets de
Paris.
Consulter encore tome 1, p. 39
Forchhammer (C) tome 1, p. 39
Forestier (Cl.) tome 1, p. 39 et 40
Fournie (D. Ed.) tome 1, p. 40
Fournier des Ormes tome 1, p. 40.
Franck (Ad.) tome 1, p. 40 et 41
François de Sales (St) Vie de, d'après les manuscrits et
les auteurs comtemporains par M. le Curé de St-Sul-
pice. In-8, 2 vol. J. Lecoffre et C ie 1S58.
Tome 1, p. $32. Charité de François de Sales pour un sourd-
muet: Martin, (1603). Tome 11, p, 420 à 422, Instruction de
sourd-muet.
Garnier (L'abbé) tome 1, p. 41
Garsignies (Mgr. de) tome 1, p. 41
Goguillot (L.) Enseignement de la parole aux sourds-
muets. Gonlérence faite à Limoges, à l'occasion de la
création dans cette ville, d'un externat municipal pour
l'instruction des sourds-muets par la parole le 3 Octo-
bre 1885. In-8, 20 p. Paris G, Carré, 58. rue St-André
des Arts 1889.
Goguillot (L,) Comment on fait parler les sourds-muets
Gr. in-8, Paris, G. Masson, 1889,
Goguillot (L) Syllabaire à l'usage des écoles de sourds-
muets (Camailhac) précédé d'une préface par L,
Goguillot.
Consulter encore: tome 1, p. 41
Gosse (l'abbé) tome 1, p. 41
Goux ( près Dôle Jura) Inst de, tome 1, p. 41
Grégoire (E.) Un Centenaire In-8, 77 p. Cinq estampes
dans le texte. Bruxelles, Libr. G. Marjolez, 3 et 4 place
de l'université 1890.
Consulter encore tome 1, p. 42
— 51 —
Grosselin (A) Première éducation des sourds-muets
mise' à la portée de tout le monde ( Ex. Moniteur
universel, Lundi 23 Juiu 1862. ln-8, 10 p.
Grosselin (Aug,) Langage manuel et sténographié. Paris
A. Grosselin et G*
Consulter encore tome 1, p. 42
Gueury (F) tome i, p. 42
Guilhe (H. C.) tome 1, p. 42 et 43
Guyot (C) tome 1, p. 43
Guyot (R. T.) tomr I, p. 43
Guyot (L) tome I, p. 43
Haerne (Ch n « de) tome 1, p. 43
Halévy (Léon) tome I, p. 43
Hartmann (D. A.) tome I, p. 44
Hément (F.) tome I, p. 44
Hervas y Panduro tome I, p. 44
Heymans (P. J.) tome I, p. 44
Hilaire (T. R. P.) Discours sur l'éducation. Iu-8, 27 p .
Currière Imp. de l'école des sourds-muets 1889.
Consulter également : tome 1, p. 25
Hirsch (D.) tome I, p. 4b.
Hoffbauer (D. L. C.) tome 1, p. 45
Houdin (Aug.) tome I, p. 45 et 46
Hugentobler (J.) tome 1, p. 47, et 43
Itard tome 1, p, 48
(A suivre)
Avis important — Nous prions nos lecteurs qui ne
nous ont pas encore fait parvenir le renouvellement de
leur abonnement pour la 7 m6 année de le faire au plus
tôt. Nous leur rappelons que le mode le plus simple est
l'envoi d'un mandat poste au directeur de la Revue M.
Ad. Bélanger, 8, Rue Méchain. Paris.
— 52 —
NÉCROLOGIE
Jean Arnold — Le 26 Avril est mort à St-Pétersbourg
le fondateur de l'école des sourds-muets de Moscou,
Jean Garlovitch Arnold. Le défunt, sourd-muet lui-
même, étaitnéaMoscouenl805et il fut chez nous l'initia-
teur de la méthode qui enseigne la parole aux sourds-
muets. Pendant toute sa longue existence, il s'est con-
sacré avec und énergie que rien ne rebutait à l'œuvre
féconde à laquelle son nom restera attaché, car l'école
des sourds-muets de Moscou porte son nom, par une
décision de la municipalité de cette capitale.
(Extrait du Journal de St-Pêtersbourg)
*
M. Melville. Le Western Mail, du Dimanche 4
Mai nous apporte la nouvelle de lamortde M. Alexandre
Melville, fondateur de l'école Llandaf.
M. Melville préconisait la méthode mixte de Vaîsse
il a publié plusieurs Rapports sur l'institution de Llandaf
et en 1886 un ouvrage qui a pour titre The Deaf and
Dumb « Le Sourd-Muet » Uue souscription s'organise
pour élever un buste à cet homme de bien dans l'Insti-
tution même qu'il avait fondée.
R. D,
LIVRES DE LECTURE POUR NOS ÉLÈVES
Le liv^e de lecture des petits enfants par Jules^Masson, Ouvrage
contenant 85 gravures, Paris Hachette & Cie. 79 B d . S 1 Germain, 107 p.
Prix.
C'est l'Histoire du petit Noël raconté par lui même :
« Noël seul — Noël avec sa maman — Noël et sa sœur —
Noël et sa Grand'mère — Noël à l'école — En promenade. >
Voilà la table des matières. 11 intéressa nos élèves vers la
b e ou la 6 e année ,
De temps à autre ils y rencontreront des exercices de des-
sins à Taire sur papier quadrillé. Ad. B.
L 'imprimeur-Gérant Eug. BELANOER «5 Rue S«iot-1«cque» Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7 M année. N<> 3 Juin 1891.
EPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France(l)
JUIN
1 . 1885. — Premier numéro de la Revue Bibliogra-
phique de V éducation des sourds-muets,
fondée par M. Ad. Bélanger et continuée
sous la même direction, par la Revue
française de l'éducation des sourds-muets.
2. 183é. — Importante circulaire de M. Thiers,
ministre de l'Intérieur, relative aux éta-
blissements de sourds-muets: Les Conseils
Généraux sont invités à voter les fonds
nécessaires pour généraliser l'instruction
des sourds-muets. Demande de renseigne-
ments statistiques; fondation des écoles;
surveillance; inspection, etc,
4. 1783 — Lettre de remerciements adressée par
l'abbé de l'Epée aux membres de l'Aca-
démie de Zurich, qu'il avait pris pour
juges dans sa discussion avec l'instituteur
Heinicke
7 1854, — L'Académie de médecine ouvre une dis-
cussion provoquée par une s'erie de ques-
tions posées par le ministre de l'intérieur
et relative à l'éducation des sourds-muets
(L) Voir la Revu* Française depuis le mois d'Octobre 1890
— 54 —
8. 1781. — En vertu d'une sentence du Châtelet,
le mineur Joseph ( ce jeune sourd-muet
abandonné, en faveur de qui l'abbé de
l'Epée s'engagea dans un long procès) est
déclaré Comte de Solar, et défense est
faite à toutes personnes de le troubler
dans la possession de son état.
9. 1884. — Mort de M. Vaisse, ancien Directeur de
l'Institution des sourds-muets de. Paris
11. 1749. — J, R. Péreire, admis devant l'académi e
royale des sciences, lui présente son élève
d'Azy d'Etavigny et prie ce corps savant
devouloirbienporter«unjugementdécisif
sur les avantages qne les sourds-muets
devront attendre de son art»
12. 1822. — Le ministre de l'iniérieur décide que les
frais de funérailles de l'abbé Sicard,
« mort insolvable » seront payés par le
Ministère.
13. 1853. — Ferdinand Berthier, professeur à l'insti-
tution de Paris, adresse à l'académie de
médecine ses observations sur la mimi-
que considérée dans ses rapports avec
l'enseignement des sourds-muets.
« Il importe, dit-il dans sa conclusion,
quelamimique reste éternellementdebout
dans nos écoles. »
4. 1835. — Hurtrelle (Léopold), sourd-muet âgé de
douze ans, sauve, en se jetant à la mer,
des enfants en danger de périr sur la côte
près du Havre. Le Ministre de la Marine
a décerné une médaille d'honneur à ce
jeune héros qui devient élève de l'institu-
tion de Paris.
21. 1838. — Sur l'initative de Ferdinand Berthier,
des fouilles sont pratiquées dans un ca-
veau de la*chapelle Si-Nicolas, à l'église
— 55 —
Saint-Roch, où a été inhumé l'abbé de
l'Epée. On découvre des ossements et des
fragments de vêtements sacerdotaux.
C'est à cette place qu'on a élevé par sous-
cription, en Août 1841, un monument à la
mémoire de l'illustre instituteur.
22. 18iî. — Arrêté ministériel réglant les attribu-
tions des commissions consultatives des
institutions royales de sourds-muets, en
exécution de l'ordonnance royale du 21
Février 1841.
25. I8i5 — La chambre des Pairs renvoie aux mi-
nistres de l'intérieur et de l'instruction
publique une pétition signée de 78 sourds
muets, dont 4 professeurs de l'institution-
de Paris, demandant : La création de
nouvelles écoles royales pour les sourds-
muets ; 2° le transfert des établissements
de sourds-muets du ministère de l'Inté-
rieur à celui de l'Instruction publique.
26. 1765, — Le brevet d'interprète du Roi pour les
langues espagnole et portugaise est ac-
cordé à J. R. Péreire, «qui s'estdepuislong-
temps, dit le texte de ce brevet, adonné
aux travaux pénibles d'apprendre â parler
aux muets. »
28. 1879. — L'abbé Balestra, directeur de l'institu-
tion des sourdes-muettes de Côme, qui
s'eat distingué par son ardeur à propager
la méthode orale, est admis, par décision
ministérielle, à faire une expérience de
ses procédés d'enseignement, dans l'ins-
titution nationale des sourds-muets de
Paris.
29. 1819. — Visite du duc d'Angoulème à l'institu-
tion des sourds-muets de Paris.
56
UN PROGRÈS INATTENDU
Ceux qui m'ont fait l'honneur d'accorder quelque
attention à mes travaux voudront bien, je l'espère, recon-
naître que je n'ai point coutume de me laisser aller à
des enthousiasmes irréfléchis pour des nouveautés. Je
crois être en droit de dire qu'en matière d'enseignement
des sourds-muets, je n'ai jamais, Dieu aidant, préconisé
de réformes que l'expérience n'ait démontré possibles
et avantageuses ni jamaisfait entrevoir d'espérances que
l'événement n'ait tenues et au delà. Cette constatation
n'est point de ma part recherche de vanité, car tout le
mérite des succès obtenus sur mes indications revient
aux maîtres et aux maîtresses auxquels il m'a été donné
parfois de signaler la route du progrès. Mais j'ai besoin
de me sentir assuré de quelque crédit sur l'esprit des
lecteurs de la Revue Française pour leur annoncer, sans
trop crainte de rencontrer l'incrédulité, une découverte
inattendue et faite pour étonner. Une s'agit de rien moins
en effet que d'un moyen dès à présent expérimenté et
absolument inoffensif d'éveiller chez un grand nom-
bre de sourds-muets, même chez plusieurs de ceux dont
la surdité avait paru de tout temps irrémédiable des im-
pressions auditives ou qui, tout au moins, sont en cor-
respondance directe avec les impressions de cet ordre ;
de mettre certains sourds jusque-là très sourds, en état
d'entendre sans cornet quelques petites phrases pro-
noncées d'une voix passablement forte à peu de distance
de l'oreille — un moyen surtout de faire apprécier à la
plupart des élèves d'une classe de sourds-muets la diffé-
rence de timbre et la hauteur relative des divers sons
— 57 —
voyelles, de faciliter ainsi la tâche ardue que les profes-
seurs d'articulation ont" à aborder pour régler la voix
de leurs élèves ; de rendre même certains enfants aptes
à reproduire les nuances d'intonation dont l'absence
rend communément lourde et monotone la voixdusourd
démutisé. Tout cela, évidemment, avec du temps et de
la patience, ces deux éléments indispensables de succès
dans tout ce qui touche à l'éducationdes sourds-muets.
Je me hâte d'ajouter qu'il n'est question en aucune
façon et sous aucun prétexte de porter atteinte, en quoi
que ce soit, aux procédés qui servent de base à l'ensei-
gnement par la méthode orale pure, je veux dire la prati-
que de la lecture sur les lèvres et l'enseignement
méthodique de l'articulation, ni d'affaiblir le caractère
d'importance capitale qu'on doit attacher à l'un et à
l'autre de ces procédés.
Qu'est-ce donc, que la découverte que j'ai l'heureuse
fortune de divulguer ici, grâce à l'autorisation que veut
bien me donner l'inventeur, Mgr. Verrier, vicaire géné-
ral de Sidon ?.
C'est l'emploi d'un instrument bien connu, mais auquel
des perfectionnements ingénieux assurent une efficacité
singulière. C'est, pour tout dire, un nouveau cornet
acoustique. Ah ! je sais que l'on vase récrier: « Un cornet
acoustiquel Vraiment, la belle affaire! Et l'idée bien
neuve !Mais ne compte-t-on pas par douzaines, ajoutera-
t-on, les variétés déjà inventées de cornets acoustiqnes
et chacun des inventeurs, n'a-t-il point fondé sur l'adop-
tion de son appareil des espérances qui, ont bien souvent
tourné en désillusions? N'a-t-on point déjà annoncé qu'on
avait obtenu quelque part en Amérique, dans une insti-
tution de sourds-muets, des résultats merveilleux, dûs
à l'usage de cornets acoustiques, et, en fin de compte,
n'a-t-il point fallu reconnaître, paraît-il, -qu'une part
très forte d'exagération s'était mêlée à cette annonce
triomphante ? »
On me permettra de faire observer que, si l'on se
trouve en face d'essais très multipliés faits jusqu'ici pour
— 58 —
obtenir un bon modèle de cornet acoustique, il y a quel-
que lieu de croire que cette succession de tentatives ne
s'explique pas seulement par la variété des besoins aux-
quels les inventeurs se sont proposé de donner satis-
faction, mais peut-être bien aussi par l'insuffisance des
efforts d'un bon nombre de ces inventeurs.il ne faudrait
donc pas se montrer trop surpris de ce qu'il soit resté
quelque chose d'utile à faire après. Je dois insister d'ail-
leurs sur cette considération que dans l'histoire des
inventions fécondes, les exemples ne sont pas rares
d'innovations parfois légères en apparence et qui ont
déterminé de remarquables progrès. S'il m'était permis
de comparer les petites choses aux grandes, je pourrais
rappeler l'idée de génie de ce jeune apprenti qui, chargé
d'injecter de l'eau sous le piston de laprimitiveetlourde
machine â vapeur anglaise, imagina de remplacer le
travail de l'homme par l'action d'une corde attachée au
balancier et lit faire, par cela seul, un pas de géant â
l'art du mécanicien, Je pourrais, sans remonter aux
siècles passés, comparer aux lenteurs des procédés pho-
tographiques primitifs les merveilles que réalise de nos
jours,aprês une série de perfectionnements de détail, la
photographie instantanée. Si nous descendons à la
sphère plus humble de l'invention dont je m'occupe ici
qui nous dit que des modifications dans la forme, dans
la courbure des diverses pièces d'un cornet acoustique,
le choix des substances employées pour construire ces
parties ne constituent pas à l'appareil de Mgr. Verrier une
supériorité marquée sur les appareils similaires?D'autres
viendront peut-être qui trouveront mieux encore, mais
en attendant faudrait-il s'autoriser de l'insuffisance du
passé ou se réposer sur les promesses vagues de l'avenir
pour refuser d'étudier et de mettre à profit ce que le
présent peut donner t Je serais plus touché si les raison-
nements à priori pouvaient prévaloir contre les faits.des
objectionsquiseraienttirée.sdela diversité dénature
des lésions auxquelles se rattache la surdité, du peu
d'espoir que l'on devrait fonder, par suite, sur l'emploi
-50 -
d'un seul et même moyen pour atténuer une infirmité
provenant de causes variées. Je me bornerai a répondre
" Voyez et jugez ". J'apporte ici, non pas des théories,
mais des faits déjà observés avec soin, dignes, j'en suis
convaincu, d'un examen sérieux, d'un contrôle attentif.
Il est facile de les vérifier, car les maîtresses habiles
autant que dévouées qni dirigent avec succès l'institu-
tion des sourdes-muettes de Bourg-la-Reine près Paris
ont bien voulu, à la prière de Mgr. Verrier, essayer
pour toutes leurs élèves, d'une façon méthodique et
suivie, l'emploi du nouveau cornet acoustique, après
s'être assurées toutefois par elles-mêmes, comme je l'ai
fait aussi, de la complète innocuité de l'instrument.
Je ne décrirai pas en détail l'appareil pour lequel Mgr.
Verrier a pris un brevet d'invention. Je tiens à dire
cependant que le bout en caoutchouc destiné à être
porté à l'entrée du conduit auditif externe se dévisse
du reste de l'instrument; qu'ainsi le même cornet peut
être mis en usage pour tous les élèves d'une classe de
sourds-muets sans qu'on ait à craindre pour ces enfants
les inconvénients qui pourraient résulter du contact
d'un tube commun à tous, fût-il toujours convenable-
ment essuyé. Une disposition spéciale permet d'obtenir
un autre appareil dérivé de celui-ci et qui présente,
greffés sur le tube d'un porte-voix unique, quatre tubes
destinés à porter le son à 4 personnes différentes. Ceci
peut être fort précieux pour ménager les forces et le
temps du maître, pour tenir en éveil l'attention d'un
plus grand nombre d'élèves au moyen d'exercices col-
lectifs substitués dans des conditions opportunes à des
exercices individuels.
L'instrument appliqué à l'oreille d'un entendant se
montre doué d'une grande puissance d'amplification du
son, tout en n'altérant pas le timbre de la voix par l'ad-
jonction d'un éclat étranger. En même temps, il permet
de graduer très facilement l'intensité du son, de manière
à ne point fatiguer l'oreille de l'auditeur. Il convient, et
la raison en est évidente, de ne parler d'abord que sur
— 60 —
un ton très modéré. On augmentera peu à peu le volume
de la voix jusqu'au point nécessaire pour déterminer
une impression chez le sourd-muet, s'il est capable d'en
ressentir quelqu'une. L'expérience semble indiquer qu'il
importe de ne pas mélanger dans l'embouchure du porte -
voix le souffle sortant des narines avec le courant d'air prin"
cipal de la parole, sortant de la bouche. 11 faut doncque
le bord supérieur de cette embouchure se place au-des-
sus de la lèvre supérieure et au dessous de l'ouverture
des narines.
Si l'on veut bien prendre garde que le sourd-muet
démutisé se sent parler mais ne s'entent point parler
on comprendra aisément que les impressions quelles
qu'elles soient que provoque chez le sourd-muet l'appli-
catipn du cornet acoustique ne sauraient avoir pour lui
de signification phonétique, de rapport avec les sons
qu'il a appris à former sous la direction du professeur
d'articulation qu'autant que l'on aura eu soin d'établir tout
d'abord le lien entre ces deux ordres de phénomènes au
moyen de la lecture sur les lèvres préalablement ensei-
gnée — la lecture sur les lèvres, base essentielle de
toute éducation conduite suivant les principes de la mé-
thode orale pure. Si donc le professeur émet dans le
cornet acoustique telle ou telle voyelle, telle ou telle
syPabe, on fera porter en même temps les regards de
l'élève sur les lèvres d'une autre personne qui pronon-
cera cette même voyelle, cette syllabe et on la fera répé-
ter à l'enfant. C'est ainsi que, dans le cas où la vue serait
rendue à un aveugle dont la cécité remonterait aux
premières années de l'existence, il y aurait lieu de faire
chez lui l'éducation de l'œil, de lui faire saisir par voie
expérimentale la corrélation qui existe entre tels ou
tels objets en relief reconnus par le toucher et l'impres.
sion visuelle, l'image de ces objets tracée en perspective
sur une simple surface, celle de la rétine, par l'appareil
du nouveau sens acquis. Il y a toutefois cette différence
que l'aveugle, supposé guéri, pourrait par un travail
exclusivement personnel, établir, et même assez rapide-
— 61 —
ment, ces résultats de comparaison. Le sourd-muet, au
contraire, si intelligent qu'il puisse être, si avancé
qu'il soit dans l'art d'articuler la parole, ne peut,
s'il n'a reçu encore que d>>s impressions auditives con-
fuses,se rendre compte par V intermédiaire de Vouie des
sons qu'il émet lui-même. Il ne saurait donc, privé qu'il
est du contrôle do l'oreille, se livrer seul à ce travail si
curieux que nous voyons accomplir par le petit enfant
entendant s'exerçant plus ou moins inconsciemment,
avec mille alternatives de réussite et d'insuccès, et pas
toujours sous la direction des personnes de son entou-
rage, à reproduire les sons qui frappent le plus habituel-
lement son oreille et qui sollicitent le plus son intérêt.
J'ai a peine besoin d'ajouter, m'adressant à des profes-
seurs d'articulation, qu'après avoir fait choix de l'élé-
ment de parole qui semble le mieux approprié à impres-
sionner l'oreille du commençant, le maître, s'il est assez
heureux pour provoquer au moyen du cornet une per-
ception quelconque, (sirudimentaire qu'elle soit d'abord
devra s'en tenir à cet élément de parole proposé à
l'attention de l'élève j usqu'à ce que 1 es impressions spécia-
les correspondantes soient bien fixées, C'est alors qu'il
essaiera de déterminer et do fixer dans la mémoire de
l'enfant les impressions correspondant à d'autres
éléments et, quand deux ou plusieurs de ceux-ci auront
été acquis, le maître s'attachera â les faire distinguer
sûrement les uns des autres. 11 semble résulter de la
pratique, et le fait ne saurait étonner, que les syllabes
composées avec des consonnes fortes (P, T, K, & a ) sont
plus facilement saisies que les syllabes composées avec
les consonnes faibles {B, D, G, & a ).
Je dois mentionner ici, avec la réserve que comporte
dans ses commencements une étude consciencieuse,
l'observation relative à une petite fille de l'institution de
Bourg-la-Reine, tout à fait insensible au bruit de la parole
depuis sa naissance jusqu'à l'époque de son entrée dans
l'établissement etqui, n'ayantpas encore été instruite mé-
thodiquement à l'articulation difficile de la voyelle I, ne
- eâ -
prononçant pas non plus spontanément cette consonne,
a pris sous l'action du cornet et sans autre interven-
tion de l'art, possession de ce son. Y a-t-il eu simple cas
fortuit dans la première fixation de la voyelle en ques-
tion? Y aurait-il à admettre l'influence de quelque action
réflexe plus ou moins compliquée? L'étude de ceproblème
pourra mériter â coup sûr l'attention des physiologistes
lorsque le domaine des faits observés sera plus étendu.
Les essais entrepris à l'institution de Bourg-la-Reine
sur l'ensemble des élèves ont commencé après la
rentrée des classes, au mois d'octobre de l'an dernier.
11 va sans le dire qu'on a eu grand soin de noter au
début des expériences l'état antérieur d'impression-
nabîlité de chaque enfant. Telle d'entre elles entendait
un peu les voyelles ou quelques unes des voyelles lors-
que le son était émis avec énergie près de l'oreille sans
emploide cornet. Telle entendait ainsi des deux oreilles,
telle autre d'une oreille seulement. Telle autre encore
entendait des bruits aigus, comme celui du sifflet de la
locomotive ou des bruits intenses comme celui des
cloches, indépendamment des vibrations transmises par
les solides et perçues à titre d'impressions purement
tactiles. Plus d'une restait absolument rebelle à toutes
autres impressions que celles que je viens de désigner
sous le nom d'impressions tactiles, ne percevant, par
exemple, que le bruit d'un choc sur le plancher où re-
posent les pieds, les vibrations du tambour ressenties à
l'épig astre.
Or, pour tous ceux qui ont suivi ces enfants — et je
voudrais convier tous mes lecteurs à faire l'expérience
à leur tour — il est constant qu'on a vu apparaître ou se
développer, dans la plupart des cas, dans une mesure
plus ou moins restreinte sans doute, mais appréciable,
la faculté de discerner les unes des autres des impres-
sions produites par la parole émise dans le cornet, de
rattacher ces impressions aux éléments phonétiques
prononcés.
N'est-ce rien qu'un pareil résultat, ne dût-il pas s'éten-
- 63 -
dre (et cela n'est pas prouvé) sous l'influence d'exercices
continués pendant un plus grand nombre de mois, ne
dût-il procurer au sourd-muet que la satisfaction
morale de se sentir un peu plus rapproché du monde
des entendants ? Je sais à l'institution de Bourg-la- Reine
une jeune fille qui, ayant perdu momentanément, par
suite d'un rhume, la sensibilité aux impressions détermi-
nées par l'emploi du cornet, se montrait désolée de ne
plus entendre, disait-elle. C'était bien peu de chose
sans doute que son petit trésor d'audition, mais quel est
celui des entendants qui pourrait l'évaluer à son juste
prix, si ce n'est peut-être le convalescent qui constate
pour la première lois, après une longue maladie, un
léger retour de forces, ou un malade opéré de la cataracte
qui, à la levée des appareils, voit fltrer un petit filet de
lumière ?
Mais je veux m'en tenir aux résultats d'un caractère
absolument pratique et que les faits acquis permettent
d'entrevoir pour la généralité des cas< : Je ne serai, je
pense, contredit par aucun professeur expérimenté .si
j'uvance que, dans l'état actuel de l'enseignement de
l'articulation, il y aurait avantage signalé à pouvoir
communiquer au sourd-muet une notion plus rapide,
plus intime, plus sûre des sons voyelles qui sont vrai-
ment l'âme de la parole articulée, à pouvoir mieux et
. plus facilement qu'on n'a su le laire jusqu'ici régler la
voix de l'élève, lui donner même les inflexions qui colo-
rent, pour ainsi dire, le langage. Or, ces avantages me
paraissent, d'après l'épreuve qui vient d'être faite, pou-
voir être obtenus par l'emploi intelligent du cornet
acoustique de Mgr. Verrier, bien que nous ne soyons
pas encore en mesure d'expliquer le phénomène entrevu
d'une corrélation s'établissant entre la sensation perçue
dans la région de l'oreille et le sens interne de la pho-
nation. Les progrès semblent devoir être d'autant plus
marqués que l'intervention de ce moyen aura été réclamée
à une époque plus voisine du début de l'instruction, Il
ne faut pas oublier, en effet, que, sauf exceptions ( que
— 64 —
l'on rencontre pourtant), la réussite ne se dessine que
lentement. Il serait tout simple qu'en dehors de ces cas
d'exception, des élèves dont l'instruction est assez avan-
cée, qui trouvent dans la lecture sur les lèvres un
moyen plus assuré, d'un usage plus courant et tout ac-
quis déjà de comprendre la parole, n'éprouvassent pas
d'attrait pour en revenir avec persévérance aux pre-
miers éléments en suivant des procédés nouveaux qui
leur seraient proposés. C'est unpeu, dans un ordred'idêes
parallèle, ce qui arrive aux entendants qui, s'essayant à
lire la parole sur les lèvres, n'y réussissent pas pour la
plupart, faute de temps et qui, pour vouloir allertrop vite ,
sedécouragent au boutde quelques eflorts dont lanécessi-
té ne s'impose pas pour eux.
Peut-être eût-il été plus habile de la part de Mgr.
Verrier et de la mienne d'attendre pour appeler la pu-
blicité sur ces expériences qu'elles aient été faites sur
une échelle plus vaste encore, bien que les essais dont
je viens de rendre compte embrassent déjà une assez
grande variété de cas ; mais, quand on est dégagé de
toute préoccupation personnelle et d'amour propre,
le premier objectif que l'on doive se proposer est as-
surément d'associer le plus grand nombre possible de
collaborateurs à la recherche d'un progrès qui intéres-
se l'humanité.
O. Claveau
— 5 —
REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS
Organ der Taubstummen-Anstalten
Empêché par des travaux ultérieurs, j'ai dû à mon grand
regret de nouveau interrompre les comptes-rendus de
1* " Organ" et des " Blaetter fur Taubstummenbildung" ; je
prie donc les lecteurs de la Revue de vouloir bien m'excuser.
Les numéros 2 et 3 de 1' "Organ" contiennent le proces-
verbal de la conférence (Congrès national) de professeurs
badois et wurttembergeois, tenu à Nûrtingen, petite ville sur
la ligne du chemin de fer Stuttgart-Tubingen, le 16 et le 17
Septembre 1890. Ces conférences, qui ne comptent ordinaire-
ment que 40 à 50 membres ont des résultats pratiques bien
plus fructueux que les grands congrès. La veille de la confé-
rence, lesjthêmes furent choisis pour les exercices pratiques à
l'école des sourds-muets. A la suite de chaque exercice scolai-
re des différentes classes, il y avait discussion générale sur la
manière dont il avait été fait et sur les résultats obtenus.
Quoique la position du maître soit assez pénible en s'exposant-
à une critique plus ou moins sévère, ii faut cependant recon-
naître que c'est d'une grande utilité pour lui; il apprend par-là
comment il faut et comment il ne faut pas enseigner. Les
professeurs du midi de l'Allemagne sont habitués à cette façon
de procéder. Le maître de la i n classe était chargé de faire
faire à ses élèves, depuis trois mois à l'Institution, des exer-
cices de prononciation. Vatter le Francfort, l'àme de ces in-
téressantes conférences, bien connu par sa plume et les résul-
tats pratiques qu'il obtient dans son école, a fait quelques
remarques fort justes ; il exige que la position et les mouve-
ments des organes]soient naturels et que chaque mot soit pro-
noncé dans une seuleémission de souffle.Vatteraobtenu dans son
institution des résultats surprenants et quiconque a vu son
école la quitte convaincu que la méthode d'articulatjon est
sous tous les rapports la meilleure. Les élèves de la 2 e classe
depuis '1 an et trois mois à l'école, ont fait une description de
— 66 -
l'ardoise et du crayon. A la 3 e classe le maître avait la tache
de parler avec ses élèves, depuis 2 ans et trois mois dans l'en
seignement, de l'assiette, du couteau, <ls la fourchette et de
la cuillère. Comme l'aisance de la parole des élèves laissait à
désirer, M. Vatter demanda à l'assemblée la permission de
faire avec les élèves de cette, classe des exercices de pronon-
ciation, ce qui lui fut accordé avec le plus grand plaisir. Ces
exercices étaient très intéressants. Il insista surtout sur la
liaison des syllabes et des mots et montra comment les sons
intermédiaires qui se glissent souvent entre deux consonnes,
rendent le langage des sourds-muets inintelligible.
Le professeur de la IV et V classe avait la tâche de traiter
avec ses élèves, depuis 3 ans et 3 mois et 4 ans et 3 mois à
l'établissement, les verbes auxiliaires dans une conversation
sur le chat et la souris.
A la VI m- classe M. Weber avait à expliquer le verset
du psaume 33 de David : " La parole du Seigneur est
véritable, et il tient ce qu'il promet. ".
Le deuxième jour a été consacré à la théorie. La séance fut
ouverte par un discours du professeur Weber qui célébra la
mémoire de Samuel Heinicke fondateur de la première insti-
tution de sourds-muets en Allemagne. Heinicke est mort
en 1790.
Vatter (Francfort) et Hirzel (Gmiind) traitèrent une question
qui occupe les professeurs des sourds-muets de tous les pays
" Des soins a prendre concernant les sourds-muets faible-
ment doués", ou comme disent les Français : les sourds-muets
arriérés. On est tombé d'accord qu'ils doivent être séparés de
ceux qui sont bien doués. Le gouvernement Wiirtlembergeois
s'occupe en ce moment de cette importante question et a l'in-
tention de réunir tous les arriérés à l'institution de
Winnenden petite ville non loin de Stuttgart.
Held (Nurtingen) devait parler : Sur l'importance du sen-
timent grammatical et de son développement chez le sourd-
muet, mais sa conférence fut renvoyée au prochain congrès.
Stein-Gerlachsheim (Bade) parla " des soins à donner au lan-
gage usuel hors d» la olasse." et Willareth (Gerlachsheim)
" de la surveillance dans les grands internats". Tous les
sujets, les uns aussi importants que les autres, furent traités
avec une grande connaissance des faits.
Au numéro 2 se trouve (par ReUschert) un compte rendu du
dixième congrès tenu à Strassbourg sur l'enseignement du
— 67 —
travail manuel pour les garçons. Ce congrès était composé
d'hommes de toutes les contrées de l'Allemagne et a prouvé
par cela que cette question est toute d'actualité,néanmoins elle
attend encore sa solution définitive. L'assemblée n'a pu s'en-
tendre ni sur l'organisation ni sur la méthode qu'il y aurait
à suivre ; cette importante question- n'est donc pas encore
mûre, mais on a partout le sentiment de la nécessité de cet
enseignement, non seulement pour les entendants mais encore
pour les sourds-muets.
Vatter (Francfort publie au numéro 3 son opinion ainsi que
celle de quelques sourds-muets concernant la brochure de
Heidsieck: "Cri de détresse des sourds-muets" une brochure
dans laquelle Heidsieck attaque la méthode d'articulation
d'une façon qui, ce me semble, prouve qu'il n'a jamais vu une
institution où la méthode orale pure soit bien appliquée et
où elle domine. S'il avait vu l'école de Francfort et d'autres
il se serait fait une toute autre opinion. Vatter prouve avec
une netteté incontestable que Heidsieck a fait fausse route
par son livre: " le Sourd-muet et son langage" et par sa
brochure. Il est fort triste de voir qu'une voix comme celle de
Heidsieck se fasse entendre dans le pays où la méthode orale
pure a pris racine, où des centaines de professeurs de sourds,
muets ont sacrifié toute leurs forces, tout leur savoir pour
faire triompher une méthode tant estimée chez les Français,
les Italiens, les Hollandais etc. Il me semble que Heidsieck
n'a pas obtenu les résultats qu'ils désirait, autrement il n'au-
rait pas porté un jugement aussi défavorable sur la méthode
orale pure. J'espère que ni les Français ni les Italiens ne se
laisseront influencer par les livres de Heidsieck.
Aux pages 78 et 112 nous lisons une conférence faite par
Gopfert (Leipzig), qui offre un grand intérêt: "la place que le
travail manuel occupe à l'école des sourds-muets." Nous
recommandons d'une manière toute particulière cette confé-
rence à tous ceux qui savent l'allemand.
Roos (Riehen) près Bâle polémique d'une façon nette et
claire contre la brochure de Heidsieck.
Kroiss (Wiirzbourg) publie un article intéressant sur la
concentration de l'enseignement dans l'école des sourds-muets
Erhard (Homberg) traite des demi-voyelles avec une grande
connaissance de son sujet.
Dans les numéros 2, 3 et 4 C. Renz fait des comptes -rendus
de livres par Perini : 1, Il sordo-Nato e l'otoiatrie, 2 L'abbate
— 68 —
Giulio Tarra, 3, Cose vecchie ma sempre necove riguardanti
l'instruzione deSordo-Muti, du Messagiere italiano dell inse-
gnamento, du papier anticatarrhal par le D r Drout, du cin-
quième rapport des institutions de sourds-muets Wurttem-
bergeoises,du rapport de l'institution des sourds-muets et des
aveugles à Lyon, du livre du D' Koch, Directeur de l'hospice
d'aliénés à Zwiefalten (Wurttemberg) sur la " psychopathis-
che Minderwértigkeit " ( l'infériorité psycho-pathique), dé
l'ouvrage de Juan Pablo Bonet, traduit en Anglais par Dixon
de D. Hoppe, professeur à l'université de Baie: " apprendre
par cœur" considéré au point de vue " physio-psychologi-
que, pédagogique et philologique par rapport aux sourds-
muets ", du livre de Perini : Manualetto de Doverie e Diritli
etc. ", de la statistique des sourds-muets en Wurttemberg,
et des journaux français.
Renz-Stuttgart.
LÀ LECTURE SUR LES LÈVRES
jrçiSE A LA PORTÉE DES PERSONNES DEVENUES SOURDES
(suite)
CONSONNES
Les consonnes ou articulations peuvent se diviser en
deux groupes bien distincts : 1° celui dans lequel les
lèvres jouent un certain rôle, soit par suite de leur
action, soit par les positions qu'elles prennent ; nous y
trouvons les articulations P, B, M, — CH, J, — F, et V.
Dans le second groupe les positions des lèvres n'ont
aucune influence sur l'articulation, c'est la langue qui
aie rôle actif ; la place qu'elle occupe dans la cavité
buccale, les mouvements qu'elle exécute peuvent seuls
faire distinguer et reconnaître les différentes articula-
tions. Ce deuxième groupe comprend Les articulations :
T, D, N,—L,R linguale, - S, Z, — C, G, GN, ILL, R t
gutturale.
Nous avons dît que dans les voyelles, il n'y avait lieu
de remarquer que les positions des organes concourant
à leur émission; il n'en est plus de même pour les con-
sonnes et nous trouverons là des indications de deux
sortes, d'abord les positions des organes puis le3 mou-
vements qu'ils exécutent pour la production de l'arti-
culation .
Il est bon de constater que nous attribuons unique-
ment à la consonne sa valeur propre, sa valeur
intrinsèque dégagée de toute voyelle.
Ainsi pour le 1 er groupe ce serait par exemple la va-
leur de p à la fin du mot cap, de b dans roôe, m dans
âme, ch, dans hache, j dans âge.
Le premier groupe de consonnes peut se subdiviser
à son tour en 3 autres groupes.
Le premiercomprendra les trois premières consonnes
dans lesquelles les lèvres seules sont mises en jeu pour
obtenir l'articulation à l'exception de tout autre
organe. (P. B. M. )
Dans le 2 me se trouvent CH et J, la langue concoure
bien à la formation, de ces articulations mais la ferme-
ture des dents empêche l'oeil de l'apercevoir, la forme
spéciale que prennent les lèvres suffira, pour les faire
distinguer très facilement.
E ifîn dan? le 3 mê groupe nous plaçons F, V, pour ces
deux articulations les lèvres concourent simultanément
avec les dents à la formatien de ces deux éléments.
1 er Groupe : P. B. M.
P. 1° Position des organes, les deux lèvres sont pla-
cées l'une sur l'autre.
2° Mouvements des organes, Ellesse pressent l'une
contre l'autre et se séparent brusquement.
B. 1° Positions. Les deux lèvres sont placées l'une sur
l'autre.
— 70 —
2° Mouvements, elles se pressent l'une contre
l'autre moins fortement que pour P; pression un peu
plus prolongée que pour P, afin de permettre aux vibra
tions laryngiennes qui précèdent l'articulation de se
produire, elles se séparent ensuite brusquement.
M. 1° Positions. Les deux lèvres sont placées l'une sur
l'autre,
2° Moîivements, pression presque nulle des lèvres un
peu pluslonguequepour2?,laséparation s'opère moins
rapidement.
Les trois sons qui composent ce groupe ne peuvent
être confondus avec aucune autre articulation, ce sont
les seuls] dans lesquels les lèvres agissent, les seuls
dans lesquels la bouche se ferme complètement,
Malheureusement ils peuvent confondus assez facile-
ment l'un avec l'autre.
Dans P, les lèvres viennent se presser l'une contre
l'autre et se séparent immédiatement, dans B. et dans
M cette pression a une certaine durée pour permettre
aux vibrations de se produire, d'un autre côté la pres-
sion est plus accentuée dans l'articulation P. que dans
les deux autres. Ces caractères peuvent aider à diffé-
rencier le P de ses deux similaires.
Pour distinguer B de M il faudra remarquer la pres-
sion des lèvres appréciable dans B, nulle dans M, et la
séparation s'opérânt dans M, d'une façon plus lente que
pour B.
Inutile d'ajouter que bien souvent l'intelligence du
mot viendra apporter une aide précieuse.
2 m " Groupe : CH. J.
CH. 1° Positions des organes : les lèvres se projettent
en avant, prenant la forme du pavillon d'un instrument
de musique.
2° Mouvements : léger abaissement de la mâchoire
inférieure lorsque la voyelle vient se joindre à l'arti-
culation,
— 71 —
J. 1° Positions, mêmes positions des lèvres que pour la
lettre précédente.
2° Mouvements, léger abaissement de la mâchoire
inférieure annonçant la fin de l'articulation.
Aucune confusion n'est encore possible entre ce grou-
pe et toutes les autres articulations, mais la différence
d3 C35 ds ix articulation s entre-elies est très difficile à
faire pour ne pas dire impossible â obtenir; les lèvres
semblent s'avancer un peu plu 5 ! pour J, que pour C// (
ce caractère est très difficile à saisir, il faudra donc
compter beaucoup sur l'intelligence du mot ou le sens
de la phrase.
3™ Groupe: F. V.
F. 1° Positions. La lèvre inférieure se place sous les
dents supérieures.
2 e Mouvements. L'air s'échappe un instantontre les
incisives supérieures et la lèvre inférieure, puis les
organes se séparent, abaissement de la mâchoire infé-
rieure,
V. 1° Poiition, La lèvre inférieure vient se placer
sous les dents supérieures, pression moins forte que
pour F.
2° Mouvements, l'air s'échappe un instant entre les in-
civessupérieures et lalèvre inférieure qui vibre, letout
accompagné de vibrations laryngiennes, puis les orga-
nes se séparent, abaissement de la mâchoire inférieure.
Dans ce 3 m> et dernier groupe de labiales, nous trou-
vons un caractère distinctifqui ne permet encore aucune
confusion avec les autres sons : la pression de la lèvre
inférieure contre les dents supérieures.
Pour distinguer F. de V, il suffira de remarquer la
pression plus forte, les dents plus avancées sur la
lèvre dans F que dans V.
Ad. Bélanger
(A suivre)
— 72 —
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
des ouvrages parus en France ou en langue Française
sur l'enseignement des
SOURDS-MUETS
PREMIER SUPPLÉMENT
(Suite) (1)
Jacoutot tome 1, p. 48.
Jamet (L'abbè) Rapport sur la maison du Bon^Sauveur
de Caen. In-8. 16 p. Caen 1836.
Jamet (L'abbè) Congrégation du Bon-Sauveur. In-8. 16
p. Caen 1836.
Consulter également : Tome 1, p. 48 et 49.
Jamet (L'abbé) Neveu tome 1, p. 49.
Jouenne tome 1, p. 49.
Journaux spéciaux, en cours de publication.
Le Conseiller - Messager des sourds-muets et des
sourds-parlants. Sous le patronage des R.R, P.P,
Chartreux, paraît une fois par mois, en livraisons de
20 p. Prix de l'abonnement : l,fr. 50 par an. 23« année.
M. l'abbé Hiboux, Directeur. Currière, parSt-Laurent
du Pont. Isère.
L'Echo de la Société d'appui jratemel des sourds-
muets de France, Publié par les soins de la société,
paraissant 7 fois par an, 8 p, Prix de l'abonnement :
pour la France, 2 fr. 25, pour l'étranger 2 fr, 75. 3 m0
année'. Administrateur M. Graff,2o, rue Saint-Ambroise
Paris,
(l) Cj ualter la ttjvaa fr.vi.uise dapuis le n<> 1 4 9 i a ^a^ i ailn é e
— 73 —
La Gazette des sourds-muets, paraissant le 15 du
mois en livraisons de 16 p. Publié avec la collabora-
tiondes principaux sourds-muets. Abonnement, pour la
France, 3 fr, pour l'étranger 3 fr. 60. 1* année. Direc-
teur M. H. Rémy à Dounoux (Vosges),
Revus française de l'éducation des sourds-muets
Bibliographie internationale de cet enseignement et
des sciences qui s'y rattachent publiée sous la direc-
tion de M. Ad. Bélanger. Abonnements, France, un an
9 fr. Étranger 10 fr. 7 m ' 9 Année. M. Ad. Bélanger direc-
teur, 8, rue Méchain Paris.
Revue Internationale de l'enseignement des sourds-
muets. Abonnement. France et étranger un an. 12 fr.
7 me année, M, G. Carré, éditeur, 58, Rue Êaint-André-
des-Arts. Paris.
Consulter également tome 1. p. 49 et 50.
Jubinal (Ach,) tome 1, p. 50.
Kilian Esquisse historique du surdi-mutisme. Discours
prononcé à l'inauguration des établissements, des
jeunes sourds-muets et aveugles protestants de
France fondés àSaint-Hippolytedu Fort (Gard). In-8,
40 p, Toulouse Chauvin. 1856.
Voir encore tome 1, p. 50.
Ladreit de Lacharrièro (D.) Compte-rendu de la situa-
tion de la Société Centrale d'éducation et d'assistance
pour les sourds -muets en France. Clôture de l'exer-
cice 1889. In-8, 8 p. Paris, 1890,
Consulter encore tome 1, p. 50
Lafon de Ladebat. tome I, p. 50.
Lahaye (J. F.) tome I, p. 51
Lambert (L'abbé) tome I, p. 51 et 52.
Lamouroux. i'ome I, p. 52
Lamy (R. P. Bernard) tome 1, p. 52.
Landes (J) tome 1, p. 52.
Langr3s. (Inst. di) tome J. p. 52.
La Rochefoucault. tome 1, p. 52,
{A suivre)
Ad. Bélanger
— 74 —
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
Institution des sourds-muets de Groningue. — Nous
venons de recevoir de M. le Docteur Alings, le sym-
pathique directeur de cette institution la lettre suivante
qu'il adresse aux personnes avec lesquelles il se trou-
vait en relation.
Mesdames et Messieurs.
Ayant atteint l'âge de 70 ans, j'ai résolu de me retirer
de l'institution à laquelle je me suis voué pendant 36
années. Le 1 er Mai, madame mon épouse et moi nous
nous rendons à Utrecht pour nous y établir dans le voi-
sinage de plusieurs membres de notre famille.
Avant de quitter le lieu si cher à mon cœur, j'ai besoin
d'adresser mes remerciements sincères à toutes les per-
sonnes, de qui j'ai eu davantage de l'ecevoir, pendant
mon séjour à l'institut, des preuves de bienveillance et
de confraternité. Je les prie d'agréer l'assurance que le
souvenir de ces marques sera toujours pour moi un
trésor de haute importance.
Dès le i er Mai la direction de l'institut sera confiée à M.
Je docteur /T, REUIJL, qui y a déjà prit part depuis le i* f
Septembre dernier. Monsieur REUIJL m'a prié d'adres-
ser ses compliments à tous les amis de notre institut et
de leur exprimer son désir devoir continuer le lien qui
déjà depuis longtemps a existé entre eux et notre ins-
titut. On est prié d"adresser dès à présent tout ce qui
est destiné à l'institut à M, le docteur REUIJL.
Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs, l'assurance
de mes sentiments les plus dévoués.
Groningue, Avril 1891
D r . A. W. Alings,
Directeur de l'institut
— 75 —
Nous envoyons à notre excellent confrère, l'assuran-
ce de notre sympathie la plus vive et la plus respec-
tueuse. Nous n'avons pas oublié l'accueil si aimable que
nous fit en 1883,'M, le D r Alings, lors de notre visite à
son institut et les membres de la mission française, nous
le savons, ont conservé le meilleur souvenir de leur ré-
ception, si cordiale.
En 1885, lorsque nous fondions la Revue Bibliographi-
que, M. le D r Alings voulu bien être le premier de nos
collaborateurs et nous assurer ainsi le concours de sa
science et de sa grande expérience. Nous ne rappele-
rons pas ici les travaux du directeur de l'institut de
Groningue, ils sont entre les mains de tous. L'année
dernière, la première école Néerlandaise célébrait le
centenaire de sa fondation et nous aimons, nous français,
à nous souvenir que ce fut un disciple de l'abbé de
l'Épée : H, D. Guyot, qui ouvrit cette école en 1790.
Français d'origine, il allait transplanter dans sa seconde
patrie un enseignement bien français d'origine aussi.
M. le I) r Alings a continué les traditions du fondateur
et de ses deux fils, avec lui l'École de Groningue a pro-
gressé a prospéré. Nous sommes certain que le nou-
veau Directeur M, le D r Reuijl ne faillira pas à sa tâche,
Nous le prions d'agréer nos meilleurs compliments et
nous espérons continuer avec lui les relations si cordia-
les que nous avions avec son prédécesseur. Ad. B.
Les jurys d'examen institués par l'arrêté du Ministre
de l'Intérieur en date du 3 Septembre 1884, en vue de
la délivrance des certificats d'aptitude pour l'enseigne-
ment spécial des sourds-muets ont été appelés récem-
ment à fonctionner dans les départements des Côtes du
Nord, de la Haute-Garonne, de la Gironde, de la Loire-
— 76 —
Inférieure, du Morbihan, des Hautes-Pyrénées et du
Tarn. Le Ministre de l'intérieur avait délégué pour re-
présenter son administation au sein de ces jurys M. 0.
Claveau Inspecteur général honoraire des Etablisse-
ments de Bienfaisance et M. Théophile Denis chef de
bureau honoraire au ministère. MM. les Conseillers
généraux Bénier, Dufaur, Clouzet, L. Martin, Legoadec,
Baudens, Soulages désignés par MM. les Préfets des dé-
partements intéressés ont bien voulu prêter leur con-
cours aux opérations des jurys d'examen, Les honora-
bles représentants des Assemblées départementales ont
été, nous le savons, unanimes à manifester leur vive et
entière satisfaction en présence des résultats que cette
circonstance a permis de soumettre à leur appréciation,
wm^mimBmBBmaÊÊmmaaimmuËËmËËÊËÊÊmmmaaa
NÉCROLOGIE
Le R. P. Is. Bouchet
Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la
triste nouvelle de la mort de notre excellent confrère et
ami le R. P. Bouchet. Aumônier de l'institution des
sourdes-muettes de la Chartreuse d'Auray. Nos lecteurs
connaissaient tous ce bon vieillard si vert/ si jeune
d'allure, dont la vie entière fut consacrée aux sourds-
muets et qui pendant plus d'un demi siècle ne cessa de
leur prodiguer toute sa science, toute son énergie, toute
son activité. Sa perte sera vivement ressentie par tous,
En lui nous perdons un ami sincère et dévoué, la. Revue
française un collaborateur assidu, la méthode orale un
de ses champions les plus enthousiaste.
Nous envoyons aux maîtresses zélées de son institu-
tion, l'assurance de notre bien vive sympathie, nous
sommes certains d'être l'interprète de tous nos confrè-
res en les associantau deuil qui frappe cette école. Dans
le prochain numéro nous reviendrons sur la vie et les
travaux de cet homme de bien. Ad. B.
L'impnmeur-Gér»nt Eug. BELANOEP »; Rue Sâint-Jacquei P»ris
REVUE FRANÇAI9E
de l'Éducation des Sourds-Muets
7°" année. N° 4 Juillet 1891.
EPHEMERIDES
de la Surdi-mutité en France (1)
JUILLET
i. 1875. — M. Firmin-Didot ouvre dans se? grands
établissements typographiques du dépar-
tement de l'Eure, un atelier de composi-
tion exclusivement réservé à des jeunes
filles Sourdes-Muettes.
2. 1772. — Deuxième exercice de sourds-muets
offert au public chez l'abbé de I'Épée.rue
des Moulins.
3. 1861. — L'institut de France, dans sa séance gé-
nérale des cinq Académies, adoptant les
conclusions d'un rapport de MM. Jo-
mard, Nisard et Franck, proclame la su-
périorité de la méthode intuitive appli-
quée depuis vingt-cinq ans dans l'instita.
tion des sourds-muets de Bordeaux.
5. 1838. — Mort du Docteur Itard, médecin en
chef de l'institution des sourds-muets de
Paris et Bienfaiteur de cet établissement.
6. 1862. — Décret autorisant l'acquisition du do-
maine de Gorinthe, pour l'établissement
des sourds-muets de Chambéry.
7. 1792. — Le graveur Bréa présente à l'assemblée
nationale un portrait de Mirabeau fait
(I) Voir la Revue Française depuis le mois d'Octobre 1890
— 78 —
d'après le buste dont le sculpteur sourd-
muet Deseine avait fait hommage à la dite
Assemblée le 14 Mai 1791 .
9. 1749. — Séance de l'Académie royale des
sciences dans laquelle Buiïon, Ferreinet
de Mairan présentent leur rapport sur les
résultats obtenus par Péreire dans l'édu-
cation de son élève d'Azy d'Etavigny.
11. 1833. — La Maison de refuge pour les sourdes
muettes, fondée à Paris en 1829, est
reconnue comme établissement d'utilité
publique.
12: 1782. — L'instituteur Allemand Heinicke adresse
à l'abbé de L'Epée une lettre que notre
grand instituteur Français a reproduite
dans son ouvrage: La Véritable manière
d'instruire les sourds et muets, 3* partie,
p. 280.
13. 1733. — Michel de l'Epée, reçu avocat au par-
lement de Paris prête serment en cette
qualité.
17. 1866. — Visite de l'impératrice Eugénie à l'ins-
titution des sourds-muets de Nancy
18. 1869 — Mort de Laurent Clerc,fondateur de la
première école des sourds-muets en
Amérique. Il était âgé de 83 ans. Laurent
Clerc, qui avait été, à l'institution de Paris
le condisciple et, comme professeur, le
collègue de Massieu,était,soustouslesrap.
ports, supérieur à ce dernier, prôné
avec autant d'habileté que d'exagération
par l'abbé Sicard .
21. 1791. — Prieur présente à l'Assemblée nationa-
le, au nom de divers comités, un rapport
et un projet de décret relatifs à l'éta-
blissement des sourds-muets. Le projet
qui concerne le local et les honoraires
des instituteurs et qui porte création de
— 79 —
24 places gratuites pour des élèves sans
fortune, est adopté, avec addition- sur
la propositson de Malouet, d'un article
premier conçu en ces termes: Le nom de
l'abbé de L'Epée sera placé au rang de
tous les citoyens qui ont le mieux mé-
rité DE L'HUMANITÉ ET Djî LA PATRIE .
23. 1846 — Mort de Massieu, directeur honorairede
l'Institution des sourds-muets de Lille.
Il était âgé de 74 ans. Massieu, d'abord
instruit par Saint-Sernin, à Bordeaux,
a joui d'une certaine célébrité, à l'époque
ou son second maitre, l'abbé Sicard. le
produisait fréquemment dans des séan-
ces publiques.
24. 1792. — Un jugement du Tribunal de Paris
rendu en dernier ressort. « fait défense
à l'individu nommé Joseph de se dire et
qualifier fils du Sieur et dame Solar. ».
C'était le dernier mot du procès qui avait
coûté tant d'ennuis à l'abbé de l'Èpée.
25. 1817 — Incendie d« l'ancienne église Saint-Ma-
gloire qui formait l'aile gauche des bâti-
ments de l'Institution des sourds-muets de
Paris .
26. 1838. — J. j. Valade - Gabel, le célèbre institu-
teur de sourds-muets est nommé Direc-
teur de l'Institution de Bordeanx.
27. 1847 — Règlement sur l'administration et le
régime intérieur de l'institution royale
des sourds-muets de Paris, arrêté par
le ministre de l'intérieur, (Duchâtel)
30. 1791 — Le sculpteur sourd-muet Deseine, éîêve
de la maison des sourds-muets, fait hom-
mage à l'Assemblée nationale du buste
de l'abbé de l'Epée
( A suivre )
80 —
LE CORNET ACOUSTIQUE DE MGR. VERRIER
et les résultats obtenus jusqu'à ce jour
Lorsque l'abbé de l'Épée se dévoua â l'instruction des
sourds-muets, il ne commença pas par se mettre au
couranjdes diverses méthodes qui avaient été appliquées
avant lui ; il y mit d'abord tout son cœur, tout son dé-
vouement; la science vint ensuite, c'est ainsi qu'il fonda
on peut le dire, dans le monde entier l'enseignement
des sourds-muets. Mgr. Verrier a procédé de même, je
ferai entendre les sourds, s'est-il dit. Voulant instruire
pour leur faire faire leur première communion quel-
ques-uns de ces malheureux, il crut que , le meilleur
moyen d'arriver à leur intelligence était de prendre la
voie habituelle, il s'adressa à leur oreille et c'est ainsi
que d'étude en étude, de perfectionnement en perfec-
tionnement, il est arrivé à nous donner le cornet si
simple dont nous voulons entretenir nos lecteurs
aujourd'hui.
Notre éminent collaborateur, M. 0. Claveau, le leur
a présenté dans le dernier numéro et nous avons voulu
par nous même, nous rendre compte des résultats
obtenus jusqu'à ce jour.
Nous nous sommes donc rendu à l'institution de Bourg-
la-Reine où le cornet est expérimenté depuis le mois
d'octobre dernieravec toutes lesélèvesdel'établissement.
L'inventeur de l'instrument avait bien voulu nous
accompagner dans cette visite et nous donner tous les
renseignements qui pouvaient nous être utiles.
L'appareil se compose d'un petit tuyaux en os recou-
vert d'une légère garniture de caoutchouc q*i le dépas-
se, letodt s'introduisant dans le conduit auditif et s'y
adaptant d'une façon parfaite, ce petit embout se dévisse
et chaque élève peut avoir le sien, un tube légèrement
— 81 —
conique le relie au pavillon d'une forme beaucoup plus
large et plus évasée, que dans les tubes ordinaires, ce
pavillon est en métal émaillé, l'instrument a environ
0, 50 c. de longueur, cet appareil est breveté.
Le cornet a été essayé, nous l'avons dit, sur toutes
les élèves de l'établissement et avec toutes il a donné des
résultats plus ou moins surprenants, aucune n'y est
resté insensible, il convient d'ajouter que l'instrument
a été expérimenté sur plus de 300 sourds, qu'avec tous
il a montré sa supériorité et qu'il n'en est pas un qui au
premier abord n'ait ressenti une impression.
Ce qui peut caractériser ce cornet, c'est qu'il trans-
met, en l'amplifiant, le son dans toute sa pureté, aucun
bruit subjectif ne vient s'y joindre, aucune résonnance
désagréable n'accompagne ou suit la voyelle, la syllabe
prononcée ou transmise.
L'institution de Bourg la Reine, a comme toutes nos
écoles françaises, adopté la méthode orale pure depuis
une dizaine d'années, mais jusqu'à l'année dernière, il
n'avait jamais été question d'utiliser le reste d'ouïe que
nous trouvons chez quelques uns de nos élèves. La de-
mande qui leur fut adressée par Mgr. Verrier et les ré-
sultats obtenus furent donc toute une révélation pour
les professeurs de la Maison. Les Religieuses n'hésitè-
rent pas à faire cet essai en prenant toutes les précau-
tions, ens'eritourant de toutes les garanties nécessaires
pour conserver à cette expérience la valeur qu'elle
pourrait avoir. C'est à leur zèle, à leur dévouement que
nous devons la réussite qui a couronné leurs efforts. Le
degré d'audition fut donc noté scrupuleusement peur
chaque élève et dûment constaté par des personnes
compétentes, puis on se mit au travail sans relâche.
L'institution de Bourg la Reine comprend 4 classes, la
première celle des commençantes a deux professeurs,
chaque section fut donc munie d'un cornet et 5 mi-
nutes par jour et par élève furent consacrées à, ce
nouvel enseignement.
Aucun choix ne fut fait parmi les élèves, celles qui
— 82 —
entendaient la voix et les plus sourdes furent initiées
à cette nouvelle étude et l'on fit bien car, chose cu-
rieuse il arriva ceci, c'est que les meilleurs résultats fu-
rent parfois obtenus par une de celles qui paraissaient
ne pas devoir profiter des leçons qu'on leur donnait.
Nous ne saurions trop insister sur ce point, c'est
que toutes ces enfants ont recueilli dans une cer-
taine mesure les bienfaits de cette nouvelle décou-
verte. '
Nous avons donc voulu entendre pai 1er chaque élè-
ve et notre examen a porté d'une façon plus attentive sur
les premières classes, il va sans le dire, que les mai-
tresses chargées des classes les plus avancées n'a-
vaient pas cru pouvoir consacrer à l'étude de l'audition
un temps aussi long pour leurs élèves dont le terme
des études approchait.
Toutes ne sont pas arrivées aux mêmes résultats, cepen .
dant, dans les classes de 1" année, les résultats mini-
mums comprennent la distinction faite par les élèves
des Voyelles et de quelques consonnes, â l'aide du
cornet. L'intensité de la voyelle est facilement perçue
la voyelle brève ou longue est distinguée et reproduite, la
hauteur du son l'est souvent aussi.
Les élèves les plus avancées reproduisent des mots
prononcés souvent à voix très basse dans le cornet,
que l'on ne se figure pas que le mot soit à moitié de-
viné, une élève venait de lire je devrais dire, entendre
le mot : chapeau, je lui fis successivement répéter
à l'aide de l'oreille, pocha, achpc, modifiant ainsi le
même mot sans en changer les éléments.
Dans la 2 lnr Classe, en dehors des exercices de syl-
labation, le degré d'instruction des élèves" a permis de
leur faire entendre de petites phrases : le mouchoir
est blanc, le tablier esl bleu, mon tablier est propre
ou sale: pour les tromper: le mouchoir estnoir, Donne-
moi ton mouchoir Donne ton mouchoir à M. Bélanger.
Ces Dames ont fait au point de vue des résultats ac-
— 83 —
quis une remarque assez originale, c'est que toutes
celles de leurs élèves qui percevaient le bruit des clo*
ches sont arrivées à dés résultats supérieurs à ceux
de leurs compagnes dont l'oreille percevait peut-être
d'autres truits à l'exception dé ceux-là.
La conversation commence à s'établir dans la 3 me classe
mais les mêmes proportions dans les résultats obtenus se
montrent toujours, sur 6 élèves, trois reconnaissent les
voyelles, des consonnes des syllabes, les autres enten-
dent des mots, des phrases. Le Boulanger fait le pain. —
Le pain est fait par le boulanger. M. Bélanger est là .
Inutile de dire que les phrases avec lesquelles on a fait
des exercices sont comprises beaucoup plus facile-
ment et qu'il y a quelque difficulté pour un nom pro-
pre nouveau. Les enfants reconnaissent d'ailleurs leur
nom avec la plus grande facilité.
Nous arrivons dans la 4 e et dernière classe, on nous
présente une jeune fille quiau début de l'annéedistinguait
les voyelles entre elles et répétait quelques mots pronon
ces près de son oreille à voix très haute, aujourd'hui le
cornet est devenu trop fort pour elle, il faut lui par-
ler doucement presqu'à voix basse sous peine de la voir
retirer vivement l'instrument de son oreille pour évi-
ter les sensations désagréables que produit une voix
trop forte. Nous lui avons entendu reproduire un
morceau de poésie qu'on lui dictait dans l'appareil
en y mettant toutes les intonations nécessitées par le
dialogue, nous l'avons entendu corriger elle-même des
intonations défectueuses. La parole de cette élève avait
acquis ainsi des modulations qui n'auraient pas été
déplacées dans la bouche d'entendants.
Nous avons déjà dit que dans les classes plus avan-
cées les exercices d'audition avaient été réduits, sur-
tout avec celles des élèves qui accusaient des résul-
tats moins sensibles., C'est ainsi que dans celle-
ci nous trouvons une grande jeune fille d'une
surdité qui parait absolue , j'ai l'oreille dure
comme un caillou , nous dit-elle , je n'entends
— 84 —
rien, Et cependant son ambition serait de percevoir la
voix de sa mère. Elle a été malade la plus grande par-
tie de l'année. C'est une élève d'une intelligence rare,
lisant sur les lèvres et dont l'instruction est suffisam-
ment avancée.
Dans l'espace de quelques minutes nous aidant de la
lecture sur les lèvres et à l'aide du cornet,nous lui fai-
sons distinguer daus l'appareil les trois voyelles. -«4 7
Je n'entends pas, nous dit-elle et cependant elle ne
se trompe pas, plusieurs fris de suite nous prononçons
la même voyelle et quand une autre arrive elle n'hésite
pas; nous l'avons beaucoup engagée à travailler et
nous sommes curieux de savoir à quels résultats elle
arrivera.
Non moins que les maîtresses, les élèves se sont tou-
tes mises avec ardeur à ce nouvel enseignement et y
apportent, une attention consciencieuse ne cherchant
dans aucune mesure à s'aider de la lecture sur les
lèvres pendant les exercices spéciaux.
Il nous a été possible au cours de notre visite de
constater non seulemeut les heureux résultats obtenus
à l'aide de l'appareil de M r Verrier, mais encore de
marquer le point de départ de nouvelles expériences en
cours d'exécutionet dont les résultats constatés ultérieu-
rement pourront servir par la suite à appuyer nos dire.
Evidemment ce nouveau cornet ne rendra pas à tous
nos élèves les mêmes services, néanmoins il pourra être
utile dans l'enseignement de l'articulation, soit pour
donner la voix, soit pour la corriger, soit pour la déve-
lopper; il nous servira à donner aux sourds quelques
intonations qui rendront sa parole moins monotone
Mais combien ne devront nous pas nous estimer heu-
reux si nous arrivons à rendre â un certain nombre de
nos élèves une partie de cette acuité auditive qui leur
sera si agréable, si utile et qui les rapprochera plus en-
core de la grande famille humaine.
Le Cornet de Mgr. Verrier ne sera pas seulement
utile aux sourds-muets, il rendra encore de très grands
— 85 —
service aux personnes devenues sourdes, jusqu'à quel
point pourra-t-il leur servir ? L'avenir seul nous
l'apprendra ; nous pensons cependant, qu'elles auront
intérêt à se faire guider dans le maniement de
l'appareil par un professeur qui leur serait d'un
grand secours.
Ad Bélanger
NECROLOGIE
Le P. I. Bouchet ( 1808 - 1891 )
De tous ceux qui ont assisté en 1880 au mémorable
congrès de Milan, bien peu, j'en sûr, ont perdu le sou-
venir d'un sympathique vétéran de renseignement
français, déjà septuagénaire à cette époque, mais d'un
esprit aussi jeune qu'alerte, qui se leva dans l'assemblée
pour solliciter en faveur des signes une demi-amnistie
qu'entendaient, avec raison, refuser, les partisans delà
méthode orale pure. Un touchant spectacle nous fut
donné ce jour-là, le spectacle d'une âme de bonne foi,
subissant déjà les étreintes de la vérité, cherchant dans
une discussion loyale, courtoise quoique sans faiblesse
la lumière qui devait éclairer des scrupules non enco-
re dissipés, résolu à tous les sacrifices du moment où ils
seraient commandés par une conviction acquise, se de-
mandant toutefois avec une légitime anxiété s'il fallait
brusquement répudier, non pas certes toutes les tradi-
tions du passé, mais au moins tout un ensemble de
procédés dont réclusion avait été saluée par un enthou-
siasme presque universel et qu'avait consacrés une
pratique presque séculaire. Tel nous apparaît le P.
Bouchet, personnifiant sans nul doute tout un groupe
d'instituteurs animés des mêmes dispositionsgénéreuses,
du méms esprit d'abnégation, tout près, comme lui, de
— 86 —
voir tomber leurs dernières hésitations. C'est lui que la
mort vient de frapper, le 31 Mai dernier, à son poste
d'aumônier de la Chartreuse d'Auray, qu'il avait occupé
pendant dix-sept ans, à la fin d'une carrière consacrée
pendant soixante années à la cause des sourds-muets.
Né en 1808 dans le diocèse d'Orléans, il se sentit attiré
de bonne heure vers l'étude des difficiles problèmes que
soulève l'œuvre de l'éducation des sourds-muets. 11 avait
suivi particulièrement avec l'ardeur qu'il déployait en
toutes choses, les travaux de maîtres d'un rare mérite,
l'abbé Laveau, le frère Bernard de l'institut deSt-Gabriel
sous l'inspiration duijueU'enseignementderarticulation
avait prii, il y a longtemps déjà, un développement trop
vite arrêté. Le P. Bouchet n'était donc point, il s'en faut
de beaucoup, antérieurement à 1880, un adversaire de la
parole. Il est vrai que ce ne sont pas toujonrs les dissi-
dences lus plus profondes qui s'effacent le plus facile-
ment, mais on vit au contraire, en cette occasion tout
ce que l'amour désintéressé du bien ; une fois convain-
cu par les résultats qu'il savait obtenus à l'institution
nationale de Bordeaux, par ceux qu'il venait de consta-
ter personnellement en Italie, l'aumônier de la Char-
treuse devint tout aussitôt l'apôtre le plus dévoué de la
méthode orale pure dont il travailla constamment à
assurer l'application sérieuse et le développement avec
toute l'activité de son zèle, toute l'autorité morale dont
il était dès lors en possession. Ses avis hautement ap-
préciés par l'importante communauté des Filles de la
Sagesse eurent, à n'en pas douter, une influence consi-
dérable pour entraîner dans !e mouvement tout un
personnel de dames-professeurs admirablement prépa-
rées d'ailleurs à prendre place parmi les plus remar-
quables représentants de l'enseignement français. C'était
le triomphe de la méthode orale pure établi pour sept
grandes intitulions distribuées entre toutes les régions
de la France et qui ne comptaient pas moins de 385
élèves, en même temps que l'Institut de St-Oabrie l
opérait la même transformation dans les nombreux
— 87 —
établissements placés sous sa direction.
Il a été donné à l'homme excellent dont nous déplo-
rons la perte d'assister au plein épanouissement de son
œuvre dont il se plaisait, sans ombre de vanité person-
nelle à rappeler les phases, spécialement lorsque
l'Évêque du diocèse donnait aux jeunes sourdes par-
lantes de la Chartreuse la joie de sa visite annuelle.
Nous avons ou cette consolation de revoir peu detemps
avant sa mort le P. Bouchet portant allègrement le
poids de la verte vieillesse, avec la flamme du cœur
toujours vive de son zèle, alliant toujours à la plus in-
dulgente bonté la verve doucement malicieuse qui était
l'un des traits de son caractère. Quelques heures aupa-
ravant nous nous étions rencontré à l'Institution d'An-
gers avec un autre membre émérite de l'enseignement
des Sourds-muets la Sœur S' Camille et bientôi deux
tombes allaient s'ouvrir . . .
Le P. Bouchet comme les lecteurs de la Revue fran-
çaise l'ont appris de lui-même avait composé un diction-
naire des signes, labeur immense qui n'a plus qu'un
intérêt historique. En dehors de cet ouvrage sa vie
s'était peu dépensé en travaux écrits, mais nous ne sau-
rions omettre de signaler avec se;- instructions catéchis-
tiques des Conseils sur l'art d'interroger, opuscule de
quelques pages qui à notre sens est tout simplement un
petit chef-d'œuvre et ou pour employer une expression
de Montaigne on trouvera plus de directions utiles, plus
de moelle que dans les longueries de maint gros volume.
O. Claveau
— 88 —
Le R. P. I. Bouchet
Lorsque l'opinion publique rend hommage aux fon-
dateurs vénérés, ou aux représent a«ts les plus popu-
laires de quelque œuvre catholique, Vincent de Paul
J. B. de la Salle, l'abbé Michel de l'Épée, l'abbé Chazotte
de Toulouse, le frère Louis de Nantes, Dom Bosco, elle
voit briller en chacun d'eux la plénitude des vertus
morales marquée comme d'un traii; de physionomie par
la prédominance de tel ou tel don de l'àme sur les
autres — L'originalité de ces chrétiens illustres, c'est
d'avoir possédé toutes les nobles qualités du cœur hu-
main, et de s'être fait remarquer par quelqu'une de ces
merveilleuses énergies du christianisme, le zèle, la
charité, la recherche de la vérité avec une intrépide
et inébranlable confiance, l'austérité sereine delà vie.
Or, le P. Is. Bouchet, de la société de Marie, aumônier
de l'institution des sourdes-muettes de la Chartreuse
d'Auray (Morbihan) était de la famille de ces âmes
d'élites et si je veux trouver en lui un signe distinctif
de cette plénitude de vertus, c'est-à-dire la qualité do-
minante et caractéristique de sa vie, la bonté, le dé-
vouement m'apparaît aussitôt, la nature et la grâce en
avaient fait un généreux.
Je laisse à d'autres d'apprécier le spécialiste, l'aumô-
nier, professeur de sourds-muets bien . que j'aie
connu très intimement le P. Is. Bouchet signifiant sui-
vant son expression familière. Je l'ai vu lui le repré-
sentant des sœurs de la Sagesse coordonnantde concert
avec les frères de Saint-Gabriel le -cours d'instruction
laissé par M. l'abbé Chazotte do Toulouse, le maître
des Pélissier, des Châtelain, etc. etc. J'étais à ses côlés,
lorsque au Congrès de Milan, aux applaudissements de
la grande majorité des congressistes, à l'âge de 70 ans,
il brûlait ce qu'il avait adoré et adorait ce qu'il avait
brûlé lorsqu'il se déclarait, avec la ferveur, l'enthou-
siasme d'un néophyte l'apôtre et le défenseur de la
Méthode orale pure et il le fut véritablement avec la
conviction la plus profonde et le sentiment du devoir
éclairé et réfléchi qu'il apportait à tout ce qui devait
améliorer le sort des sourds-muets. Mais je ne veux
civisa'jar quol'lnm-m et le prêtre ; or le P. I.Bouchet
fut un homme au cœur bon — généreux.
Aussi était-il d'un comme.rce facile et agréable, sédui-
sant par sa franche gaité, c'était un ami fidèle et sûr,
toujours disposé à obliger. Doué d'un esprit très-ouvert
droit et logique lorsqu'il ne se laissait pas dominer par
la crainte de faire de !a peine. Il aimait les discussions
détestait les disputes, il a eu des adversaires ; il ne
mérita jamais d'avoir des ennemis car c'était un lutteur
loyal qui savait Reconnaître le bon droit de ceux qui le
combattaient. En un mot le P. Is. Mouchet fut un travail-
leur intellectuel, un ouvrier infatigable de la pensée et
la mort seule a pu faire tomber la plume de ses mains,
et s'il n'a pas publié beaucoup de travaux, c'est sans
doute parce que esclave de ses devoirs d'état, il se dépensa
constamment pour le soin et le salut des âmes qui lui
étaient confiées.
Que dirai-je du Prêtre, la grâce travaillant sur cette
nature si favorisée des dons du cœur et de l'intelligence
ne pouvait que produire des merveilles.
Aussi le P. I. Bouchet m'est toujours apparu comme
le prêtre selon le cœur de Jésus-Christ.L'amour de Dieu
jusqu'à l'oubli de soi, l'amour du prochain jusqu'au
sacrificede la vie même, l'horreur du mal sous toutes ses
formes, l'absolue préoccupation d'acquérir les hiens
éternels, le sentiment réfléchi du devoir, l'ardeur du zélé,
l'héroisme du dévouement, le désintéressement le plus
complet des richesses des honneurs. Voilà ce que nous
enseigne la vie sacerdotale de notre cher défunt. Sévère
pour lui même indulgent pour les autres.il eut pu s'ap_
— 90 —
proprier la devise d'un illustre évoque de nos jours:
Sponti favos œgri spicula.
Si prévenu qu'il fut des faveurs du ciel, sa piété sem-
ble avoir été moins faite d'inspiration et de spontanéité
que de réflexion et de victorieuse énergie.
Aussi était-il en même temps et l'homme de prière
et l'homme d'action. A chaque chose sonjheure, personne
ne fut plus ponctuel que lui : l'office divin, la célébra-
tion de la Sainte messe, tous les exercices imposés par
la règle ne subissaient jamais aucun retard non justifié.
Sans condamner les passe temps et récréations hon-
nêtes, il trouvait son repos et ses délassements dans les
conversation s utiles sur des sujets de théologie ou de péda-
gogie, Dieu, Jésus-Christ, l'Eglise et son chef, les sourds-
muets, tels Mirent les objets d3 l'amour et du dévoue-
ment du P. I. Bauchet.
Profondément attaché aux doctrines romaines, il était
impitoyable pour les doctrines opposées mais toujours
indulgent pour les personnes.
Que dirais je de son amour pour la France ? Ah quel-
le âme vraiment française ! !
Nos désastres vie 1870 l'avaient vivement affligé et je
suis certain qu'il est mort en regrettant de n'avoir
pas été témoin d'une revanche éclatante qu'il appelait
de tous ses vœux.
Le P. I. Bouchet est allé recevoir la récompense de
ses vertus. -Souvenons nous de lui pour marcher sur ses
traces et croyons que l'œuvre des sourds-muets compte
un protecteur de plus au ciel.
L'Abbé A. Goislot
Aumûnier de l'Institution Xationale
des sourds-muets de Paris
"""-■■^■-^^^ ÉMMfrwf rl7
— 91 -
UN EVEQUE SOURD ET MUET
au VI ,nC Siècle
La Reçue du Gâtinais publie d'après un manuscrit (1)
possédé par l'Eglise Notre-Dame de Chateau-Landon, le
propre de la fête de Saint-Séverin, abbé et patron
do l'abbaye de Saint-Séverin de Château-Landon.(2) C'est
la via du saint telle qu'elle aurait été écrite par
Fauste Probus, son disciple. Saint-Séverin abbé,
naquit en Germanie vers 410, sa famille serait originaire
Ai la Bourgogne, il entra au monastère d'Agaune, (3)
Suisse.
Vers la fin de sa vie. il fut appelé près du Roi
Clovis I" malade, se rendant à la prière du monarque
franc, il s'arrêta dans la ville de Nevers dont l'évèque
E îlalius (4) était devenu sourd et muet. C'est ici que se
plac3 l'épisoJa de sa vie qu3 nous reproduisons d'après
le manuscrit dont nous avons parlé.
h-\ Riowi du Gxtinals nous donne le texte latin et le
texte français, nous nous contenterons de reproduire ce
dernier.
C'est à l'obligeance de Monsieur le Vicomte de
Grouchy que nous d3\*ons ce document intéressant nous
somme i heureux de lui offrir ici tous nos remercie-
ments.
15 Féorier,Y e jour de l' Octave. — Après avoir fait
la plus grande partie du chemin, Séverin. étan,t arrivé
à la petite ville de Nevers, entra dans la maison du
Seigneur pour prier et, quand il eut fait son oraison, il
(1) Ce manuscrit de format in-^ a été exécuté au XVI11" 18
siècle, l'office de Saint-Sèverin s'y trouve de la page 39 à 70.
(2) La 'ville de Château- Landon, chef-lieu de canton, arron-
dissement de Fontainebleau (Seine-et-Marne)
(3) Aujourd'hui : Saint-Maurice, Canton du Valais,
(4) Eulalius, le premier évoque connu de Nevers.
— 92 —
demanda aux gardiens du temple des nouvelles del'èvê-
que. Ceux-ci lui répondirent : « Notre pontife Eulalius.
« atteint depuis l'année dernière d'une très grave mala-
« die, est sourd et muet et, épuisé par la souffrance, il
« incline vers le tombeau. » Emu de compassion,
l'homme de Dieu demanda à entrer pour le visiter et lui
porter au moins quelques paroles de salut : « Venez
Seigneur Père, et entrez », lui fut-il aussitôt répondu.
Séverin entre et exprime à l'évèque ses sentiments de
condoléances au sujet de sa maladie, puis, se mettant
en prière, il supplie le Seigneur de rendre la santé au
prélat, Sa prière terminée, il se lève et dit, se tournant
vers Eulalius : « Parlez avec moi, je vous prie, saint
pontife. » Celui-ci, jusqu'alors sourd et muet, lui
répond aussitôt : « Bénissez-moi, homme de Dieu, vous
qui êtes venu pour me guérir, envoyé par Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ. » Alors le saint Abbé, étendant la
main, le souleva et dit « Au nom de N.-S. Jésus-Christ,
lève-toi, serviteur de Dieu. » Il parlait encore que
l'évèque Eulalius, guéri de sa maladie, se leva et rendit
grâces au Tout-puissant.
Le jour même qu'il avait recouvré la santé, Eulalius,
après avoir célébré des messes avec le bienheureux Séve-
rin, donna sa bénédiction au peuple. Tous les assistants,
étonnés de le voir si tôt délivré de ses maux, rendirent
à Dieu, pour cette guérison, les grâces qui lui étaient
dues. Après ces cérémonies, le saint Abbé passa la
journée avec l'évèque et ils chantèrent ensemble les
louanges du Seigneur.
(Tiré des écrits de Fauste)
L'Eglise Saint-Séverin de Paris n'a été placée sous le
vocable de Saint-Séverin abbé d'Agaune qu'au 17 mc
siècle, elle est placée .en outre depuis sa fondation
sous celui de Saint-Séverin, ermite qui vivait vers 5G0
dans un ermitage où se trouve aujourd'hui cette pa-
roisse de Paris. Ad. B.
- 93 —
LA LECTURE SUR LES LÈVRES
J^ISE A LA PORTÉE DES PERSONNES DEVENUES SOURDES
CONSONNES (suite)
Dans le groupe dont nous venons de nous occuper,
ce sont les lèvres qui nous ont servi à distinguer entre
eux les différents sons à l'aide de la vue. Pour les grou-
pes suivants les lèvres ne nous serons plus d'aucune
utilité. Dans le quatrième T, D, N, c'est la langue dont
l'extrémité se placera derrière les dents supérieures
qui nous fournira les indications nécessaires, dans
le cinquième L, et R, (linguale) ce sera plus parti-
culièrement la pointe de la langue, pour le 6 me S, Z, la
langue viendra se placer derrière les dents inférieures
enfin pourla7 me C, G, GN, LL, R, (gutturale) c'est encore
la langue mais dans sa partie postérieure, verssaracine
oe qui certainement augmentera la difficulté.
4 me Groupe : T. D. N.
T. Positions. L'extrémité de la langue se place derrière
les incisives supérieures, elle intercepte un instant
le courant d'air.
Mouvements. La langue se sépare des dents supérieu-
res et vient reprendre sa place dans la cavité buccale
abaissement de la mâchoire inférieure.
D. Positions. L'extrémité de la lang-ue est placée der-
rière les incisives supérieures comme pour T.
Mouoements: après un temps de pression apprécia-
ble permettant aux vibrations laryngiennes, qui accom-
pagnent ce son, de se produire, la langue se sépare
dès dents supérieures puis vient prendre sa place dans
la bouche, abaissement de la mâchoire inférieure.
— 94 —
N. Positions : L'extrémité de la langue vient se placer
comme pour T et D, derrière les dents supérieures.
Mouvements, pression un peu plus longue que pour
D, la langue se sépare assez mollement des dents supé-
rieures pour venir reprendre sa place dans la cavité
buccale
Dans ces trois articulations l'œil remarque parfai-
tement le mouvement de la langue lorsque l'extrémi-
té abandonne les dents supérieures au moment de l'ex-
plosion. Pour les distinguer entre-elles, il suffit de sa-
voir que pour le T la langue après s'être placée devant
les incisives, s'en détache immédiatement avec une
certaine vivacité, tandis qu'au contraire elle séjourne
un peu dans D et dans JVafin que les vibrations qui ac-
compagnent ces deux sons puissent se produire. La dif-
férenceentre D et Nest plus difficile à faire, il y a lieu
de remarquer que la langue séjourne un peu plus pour
N que pour D et qu'elle se sépare beaucoup plus lente-
ment pour N que pour D.
Ces trois sons peuvent être confondus avec l'articula-
tion L dans laquelle la pointe de la langue vient se pla-
cer derrière les gencives supérieures. Pour les dis-
tinguerai y alieu de remarquer que dans cette dernière
articulation le dessous de la langue est visible tandis que
dans T D N, l'œil ne peut apercevoir que la pointe de
la langue au moment où elle se déplace.
5° Groupe L. R (linguale).
L. Positions: La pointe de la langue se place à la raci-
nes des incisives supérieures, le dessous de la langue
est visible.
Mouvements, Lapointe de la langue se sépare du pa-
lais après y avoir séjourné un certain temps afin de per-
mettre aux vibrations qui accompagnent ce son de se
produire.
R. Positions et mouvements. La langue vient se pla-
cer derrière les dents supérieures, les dents entr'ou-
vcrtes permettent de voir la langue vibrer derrière 1 es
— 95 —
dents supérieures, lorsque l'articulation est terminée,
la langue reprend sa place dans la bouche, léger abais-
sement de la mâchoire inférieure.
Les mouvements vibratoires de l'R linguale ne per-
mettent pas de la confondre avec une autre articulation-
II n'en est pas de même de la consonne L la position
de la langue dans cette articulation rend la confusion
possible avec les trois sons du groupe précédent, nous
avons vu déjà que la langueelle même ferala distinction ;
quand elle se déplace la pointe seule est visible dans
T D N, tandis que le dessous de la langue peut être
aperçu dans le son L.
6 mc Groupe : S. Z,
S, Positions, la pointe de la langue vient se placer
derrière les incisives inférieures, elle se creuse un
peu a son extrémité les dents sont légèrement écar-
tées la mâchoire inférieure est un peu reculée.
Mouvements: Lorsque l'articulation est finie. Abais-
sement de la mâchoire inférieure.
Z, Positions: mêmes positions de la langue que pour S
les dents se rapprochent sans se toucher ni se presser
Mouvements abaissement de la mâchoire inférieure
lorsque l'articulation est terminée.
Ces deux articulations ne peuvent pas être confon-
dues avec les autres groupes, la langue ne s'élève plus
vers les dents supérieures, c'est un défaut que l'on ren-
contre cependant chez certaines personnes, la pointe
s'approche comme on l'a vu des incisives inférieures,
la distinction de ces deux sons entre eux sera assez dif-
ficile à faire, il faudra le plus souvent s'en remettre à
l'intelligence de la phrase.
( A suivre )
Ad. Bélanger
— 96
INSTITUTION DES SOURDS-MUETS ET DES JEUNES AVEUGLES
de Ronchin-Lille
Séance Publique
L'abbé de l'Epée avait pour habitude de produire des
élèves dans des exercices publics, non pas pour tirer
vanité des résultats obtenus par son enseignement, —
c'était le moindre souci du saint homme, — mais pour
intéresser le plus de monde possible aux infortunés dont
il poursuivait avec tant d'ardeur l'émancipation intel-
lectuelle. En un mot, il faisait une propagande néces-
saire. Il voulait faire connaître les sourds-muets et
démontrer urbl et orbi cette vérité, encore ignorée,
que ses chers enfants étaient susceptibles de recevoir
une intruction qui les plaçait sur le pied de l'égalité avec
les entendants.
A la distance d'un siècle, cette démonstration est
malheureusement encore utile, cette propagande n'a pas
cessé d'être nne nécessité, et il faudra encore bien du
temps pour amener le public à ne plus s'étonner outre
mesure d'entendre parler un sourd-muet.
C'est pourquoi nous ne cesserons d'encourager les
Directeurs à ouvrir toutes grandes à la foule les portes
de leurs institutions et à leur crier : Venez et écoutez.
C'est pourquoi nous venons encore féliciter le Directeur
de l'Institution départementale de Ronchin, qui organise
chaque année, dans la salle du Conservatoire de iiille,
une séance à laquelle est conviée la population de cette
grande ville.
La dernière fête de ce genre, à laquelle participaient
en même temps les sourds-muets et les jeunes aveugles
a eu lieu le 18 juin et tous les organes delà presse
— 97 —
lilloise sont unanimes à en faire le plus grand éloge.
Voici ce que nous lisons dans un de ces journaux :
« Tous les ans, presque à la même époque, M. le directeur
de l'Institution départementale de Ronchin-Lille nous invite
à l'agréable et intéressant concert que viennent de donner les
jeunes aveugles dans la grande salle du Conservatoire de
Lille. La séance annuelle, qui a eu lieu jeudi soir, empruntait
cette fois un attrait plus grand et un intérêt tout particulier
à la présence des élèves sourds-muets, qui ont fait compren-
dre et admirer la solution presque miraculeuse du problème
de la dèmutisation. Quand on songe à la patience, à l'intelli-
gente persévérance et au zèle infatigable des professeurs qui
se consacrent à cette tâche si lourde, si ingrate," et malheu-
reusement trop incomprise, on ne peut se lasser d'acclamer
un tel dévouement, d'applaudir à de si beaux et si étonnants
résultats. Qu'on songe qu'il ne faut pas moins de huit années
d'assiduité et de peine pour parvenir à faire parler correcte-
ment un muet! Il y a quatre ans, le public lillois avait déjà
été admis à juger des exercices du même genre d'application
de la parole et de la lecture snr les lèvres; la réussite était
déjà surprenante, mais cette fois le succès nous a paru com-
plet. La démonstration des principes et le récit à l'unisson de
la fable le Corbeau et le Renard ont tout d'abord vivement
impressionné et surpris l'auditoire, mais ce qui a mis le
comble à- son émotion, à son intérêt et à sa sympathie, c'est la
récitation d'un dialogue de circonstance, parfaitement .com-
posé pour faire ressortir la nécessité d'instruire les sourds-
muets et faire comprendre les bienfaits que procure la dèmu-
tisation à ces infortunés qui deviennent capables de participer
ainsi à certaines jouissances de la vie complètement ignorées
d'eux auparavant. L'articulation est nette, la prononciation
on ne peut plus compréhensible, nous adressons nos plus
chaleureuses félicitations à MM. le directeur et professeurs de
l'Institution pour ces résultats si étonnants, si merveilleux.
Il faut penser pourtant qu'il s<> trouve encore dans notre
département du Nord beaucoup d'enfants sourds-muets qui ne
participent point aux bienfails de cette éducation si utile, si
nécessaire, si indispensaple mêm», dirons-nous. Une des rai-
sons en est que beaucoup de familles ignorent encore l'exis-
tence de l'Institution; il est bien certain que le principal motif
est le manque de ressources. Le département, les communes,
les personnes charitables ont déjà fait beaucoup; mais il faut
faire encore, et tout nous fait espérer que la séance de jeudi
n'aura pas manqué de stimuler la généreuse ardeur de nos
concitoyens, qui ont pu apprécier combien cette œuvre est
sympathique et quels services elle peut rendre.»
Un autre journal s'exprime ainsi:
« Le programme des mieux composé et l'intérêt que présen-
te cette institution philantrophique explique suffisamment
— 98 —
l'empressement du public â répondre à l'appel des organisa-
teurs de cette intéressante soirée.
Le dialogue récité, en langage articulé par les sourds-muets
de l'établissement était une des attractions du concert.
Toute notre sympathie leur est acquise nous tenons â le
proclamer, nous constaterons en même temps que comme ils
disent, « les muets parlent désormais et les sourds enten-
dent par les yeux. »
Nous relevons , dans un autre article les lignes
suivantes:
« Les élèves sourds-muets après avoir exposé les principes
de la dèroutisation, les premières applications de la parole,
qui consistent à faire dire à l'élève le nom d'un objet qui
lui est représenté ont récité ensemble la fable Le Corbeau et
le Renard puis un dialogue dans lequol ils ont fait ressortir
l'avantage qu'il y a pour eux de pouvoir parler. Il recom-
mandait également cette, œuvre si- digne de sympathie.- l'ins-
truction des sourds-muets et terminait par ui' appel au public
et à la presse que nous reproduisons car nous ne pourrions
dire mieux:
Mesdames. Messieurs,
Merci de votre attention et de tout l'intérêt que vous nous
portez. Dites partout en souvenir de cette soirée que désor-
mais les muets parlent, ei que les sourds entendent par les
yeux.
Messieurs les Journalistes, merci également de vot. e sym-
pathie pour nous. Permettez nous de compter sur votre con-
cours pour réaliser le bien qui reste encore à faire aux Sourds-
Muets de la région, Par la voie dn journal portez la lumière
dans les intelligences qui en ont besoin afin que l'obligation
de l'instruction soit étendue aux Sourds-Muets dans la plus
large mesure possible.
En rendant compte de cette séance, n'oubliez pas non plus
de plaider la cause de nos frères les Aveugles, dont le sort
est aussi bien à plaindre, Il en est d'eux comme de nous beau-
coup ne participent point encore au bienfait de l'instruction
Certes oui, nous plaidons bien volontiers leur cause, »
Nous n'en finirions donc pas si nous voulions citer
tous les journaux que nous avons sous les yeux. Conten-
tons nous de ce dernier extrait.
« Nous n'avons pas seulement été ému par les quelques mots
touchants que les sourds-muets ont adressés aux membres
delà presse, mais nous sommes sortis de la soirée émerveillé.
Soyez certains jeunes déshérités de la nature que les jour-
nalistes vous portent le le plus grand intérêt et que leur ap-
pel sera entendu de toutes les âmes qui ont à cœur de faire
1« bien.
— 99 —
Si tousles jeunes aveugles et sourds-muets pouvaient pro-
fiter des bienfaits de cette précieuse instruction. Mais ce sont
les fonds qui manquent le plus .
N T ous sommes persuadés que tous ceux qui les ont enten-
dus n'hésiteront pas à faire de la propagande en leur faveur
et que leurs maîtres dévoués se trouveront récompensés de
leur zèle en pouvant l'étendre à lus d'élèves. »
On le voit une séance qui reçoit une pareille publici-
té ne peut manquer de porter ses fruits et l'on finirait
par atteindre le but que poursuivait déjà l'abbé de l'É-
pée si tous les Directeurs de nos institutions suivaient
l'exemple de leur confrère de Lille.
INFORMATIONS & AVIS DIVERS
L'Institution Nationale de Paris vient de présenter
aux examens du Certificat d'études primaires de cette
année tous les élèves du Cours de perfectionnement
fondé par le docteur Itard. Ces élèves au nombre de 8
se trouvaient avec ceux des écoles primaires du 5 me
arrondissement de Paris, la session était présidée par
M. l'Inspecteur Foubert. La présence de nos sourds-
muets paraissant pour la première fois dans ce genre
d'examans fut très remarquée, inutile de dire que les com
positions furent pour eux les mêmes que pour leurs
jeunes camarades que la dictée leur fut faite verbalement
et que les exercices oraux se passèrent à l'aide de la
lecture sur les lèvres et de la parole. Le sujet de rédac-
tion fut le suivant : « Dans une circonstance que vous
indiquerez, vous vous êtes mis en colère contre un de vos
camarades et vous l'avez brutalisé. Devant vous trouver
en présence de ce camarade, vous lui écrivez pour lui
proposer uue réconciliation. »
Les 8 élèves présentés furent reçus dans l'ordre ci-
après : Drouin, Périno, Gaudinat, Hostein, Larose,
àubel, Rigollat, Roche, le premier avec félicitations du
Jury.
— 100 —
Ce résultat fait honneur à l'Institution nationale de
Paris et nous félicitons bie sincèrement les jeunes
élèves de leur succès du en i<onne partie aux efforts de
leur professeur, M. Alard. Nûus souhaitons que là ne se
borne pas le résultat de ce concours et nous aimons
à croire qu'il aidera dans une certaine mesure à vulga-
riser notre enseignement spécial. En entendant parler
nos sourds-muets on finira peut-être par croire qu'ils
peuvent s'exprimer de vive-voix.
* *
La Gazette des Sourds-muets. — Le i5 octobre der-
nier a paru le 1* numéro de ce journal destiné aux sourds
muets et publié à Dounoux (Vosges) sous la direction
de M. Henri Rémy sourd-muet. Nous formons des vœux
bien sincères pour le succès de cette nouvelle publica-
tion qui parait le 15 de chaque mois par livraison
de 16 p. Abonnements pour la France un an 3 francs,
pour l'étranger 3f. 60
*
* *
NÉCROLOGIE, - Sœur St. Camille. Nous avons
encore le regret d'annoncer à nos lecteurs la mort
d'un des vétérans de notre enseignement. Sœur Saint
Camille Directrice de l'Institution d'Angers est décédée
presque subitement le 2 Juin dernier, nous publierons
dans notre prochain numéi'o une notice qui nous a été
communiquée sur une vie si bien remplie et consacrée
pendant plus de 60 années à l'éducation des sourds-muets.
Avis Important
Nous prions ceux de nos abonnés qui ne nous ont pas
encore fait parvenir leur renouvellement pour la 7 mc
Année, de faire bon accueil à la quittance qui leur sera
présentée par la poste à partir du 15 Juillet.
Imprimerie Vve BELANGER, a»5, Rue Saint-jacques Paris
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7"> e année. N» 5 Août 1891.
EPHEMHRIDES
de la Surdi-mutité en France(l)
AOUT
1. 1773. — Un jeune sourd-muet abandonné sur
la route de Péronne, est recueilli par M.
Leroux, receveur des aides âCuvilly. Con-
fié en 1776 a l'abbé de l'Épée, cet enfant
connu sous le nom de Joseph, comte de
SoHar, devint le héros de ce fameux pro-
cès que le célèbre instituteur soutint
avec tant de zèle et de désintéressement
dans le but de lui faire retrouver sa fa-
mille .
4. 1885. — Ouverture d'uii Congrès national pour
l'amélioration du sort des sourds-muets
tenu à Paris.
6. 1779. — Arrêt du Parlement de Toulouse,, vali-
dant le testament olographe d'un sieur
Guibal, sourd-muet de naissance qui sa-
vait lire et écrire.
7 1875 — M. Valade Rémi, censeur des études à
l'Institution nationale des so«rds-muets
de Paris est nommé chevalier de la Légion
d'honneur.
8. 1881. — Ouverture d'un Congrès national pour
l'amélioratien du sort des sourds-muets
tenu à Bordeaux.
10. 1793. — Le sculpteur sourd-muet Deseine élève
de l'abbé de l'Epée fait admettre douze de
ses ouvrages à l'Exposition des Beaux
Arts. Il en avait exposé quatre au Salon
précédent, septembre 1791.
(1) Voir la Revue Française depuis le mois d'Octobre 1890
— 102 —
13. 1783. — L'archevêque DoriaPamphili Nonce du
Pape assiste à un exercice des élèves de
l'abbé de l'Épée.
14. 1825. — Une distribution de prix est faite, pour
la première fois aux élèves de l'Institu-
tion des sourds-muets de Paris.
15. 1875 — Ouverture de l'école Péreire avenue de
Villiers fondée par M, Eugène Péreire
arrière petit-fils de x Jacob Rodrigue Pé-
reire, et dirigée par M . Magnat, ancien
chef d'une institution de sourds-muets à
Genève, enseignement d'après la métho-
de Péreire.
17. 18 i8 — L'Académie française décerne un des
prix de vertu fondés par M. de«Montyon
à une sourde-muette, Hélène Piehon, de
Saint- Amand (Nièvre), pour son admira-
ble dévouement à sa famille malheureuse .
21. 1775. — Le Garde des Sceaux approuve l'impres-
sion du manuscrit de l'abbé de l'Épée,
intitulé: Institution des sourds-et-muets
par la voie des signes méthodiques, ou-
vrage publié en 1776,
24 1790. — L'Assemblée nationale décrète le renvoi
à son comité de mendicité, d'une pétition
qui lui a été remise par une députation
de sourds-muets présentée par l'abbé
Sicard. Elle autorise ce comité " à con-
férer avec les autres comités dont la par.
ticipation serait nécessaire pour amélio-
rer et consolider le sort de l'établissement
des sourds-muets auquel l'Assemblée à
accordé son intérêt et sa protection.»
26. 1792. — L'abbè Sicard est arrêté comme prête
insermenté et conduit à la prison de l'ab-
baye de S' Germain-des-Prés.
^^^ {A suivre)
— 103 —
DES ÉCOLES ENFANTINES DE SOURDS-MUETS
Il y a quelques années, je parlais à M. Dubranle, cen-
seur des études à l'Iustitution nationale des sourds-
muets de Paris, de certains modes d'admission de nos
élèves à mettre en pratique, pour empêcher les sourds
dépourvus d'intelligence de fréquenter nos établisse-
ments et de tenir ainsi la place d'autres enfants intelli-
gents. Je lui exposais mes vues relatives aux questions
que les professeurs de première année doivent poser
aux parents quand ceux-ci leur amènent leurs enfants.
Pendant notre conversation M. Dubranle me donna ,à
entendre que pour obvier au premier inconvénient dont
on a eu si souvent à déplorer les funestes conséquences,
l'administration supérieure allait mettre à l'étude un
projet auquel je l'avoué sans rougir, je ne songeais pas.
Longuement il me parla de ce système d'admission
qu'on allait étudier, me montrant l'un après l'autre les
nombreux et multiples avantages qu'on espérait retirer
pour nos élève de la création de cours préparatoires.
Rentré à Ghambéry, je pris note de ce qui m'avait été
dit à Paris. Ce projet je l'avais oublié quand dernière-
ment, il me fut rappelé par deux articles que je lisais le
premier dans la " Gizetta del popolo" et l'autre dans
la " Gazetta Piemontese ",(') journaux publiés à Turin,
L'Italie venait de suivre notre exemple. En effet cet
essai, comme le savent toutes les personnes qui s'oc-
cupent de notre enseignement spécial, fut tenté pour
la première fois en France.
Quel est le but de ces écoles ? Quel enseignement
doit-on y donner ? (2) A qui sera confié cet enseigne-
ment ? Voilà les points que \a vaux traiter ici.
(1) Voir ces Journaux La Oazetta dsl popolo du 1 er Janyier 1891 et
la Oazetta Piemontese du 25 Janvier de cette année.
(2) Il est inutile de dire que la méthode que nous exposerons plus
bas nous est personnelle et que c'est nos idées que nous développe-
rons dans la suite de cet article.
— 101 —
L'Etat dont les œuvres bienfaisantes sont si nombreu-
ses, les charges qu'il s'impose librement si lourdes, et
qui a déjà fait tant de sacrifices pour la cause des
sourds-muets, l'Etat, n'a pas craint, malgré les sacri-
fias nombreux acco-nplis tous les jours, de s'imposer
encore de nouvelles obligations. Les raisons qui le gui-
dèrent dans cette nouvelle œuvre sont sérieuses. Grâce
aux maîtres dévoués de nos écoles, il n'ignore pas que
le jeune sourd, lors de son arrivée à l'Institution, est
mal élevé, sans éducation presque sans conscience, (1)
qu'il a l'intelligence peu développée la vue peu exercée
le toucher manquant de subtilité et les organes phona-
teurs tels que mâchoires, langues, luettes, larynx
peu préparés à la parole. Aussi, dans le but de diri-
ger les efforts de nos élèves dans chacune de ces
parties a-t-on créé de nouvelles dusses à l'Institution
nationale de Bordeaux. V Education physique et l'E-
ducation morale du jeune Sourd: tel est le double but
vers lequel doivent converger les louables efforts des
maîtresses chargées de l'œuvre,
Semblable à la mère, qui entoure son enfant entendant
d'une. continuelle attention, la maîtresse de ces infirmes
aura pour eux des prévenances quasi maternelles,
pleine de sollicitude elle s'Ingéniera à leur trouver des
jeux, s'appliquera à leur prodiguer les soins dus à l'en-
fance, soins qui, en excitant l'émulation, élèvent « leur
petit cœur aux affections gentilles, auœ devoirs envers
Dieu, la'patrie et la famille.» et concourent à dévelop-
per les qualités morales. N'allez pas croire que faire
l'éducation de ces chétives créatures soit chose
bien facile et que n'importe quelle maison placée dans
n'importe quel lieu soit propre à leur donner au même
point ces qualités? Non, il y a certaines conditions ma-
térielles qui doivent présider à l'emplacement de ces
écoles. Frébnol cet éducateiu passionné do l'enfance les
a toutes déterminées pour les entendants et je crois
1 Le sentiment du bien et du mal est peu développé.
— 105 —
que nous pourrions du moins en partie les mettre en
pratique pour ces Institutions spéciales.
Une des premières conditions que rempliront les éco-
les rattachées à nos grands établissements et affectées
spécialement à ces enfants dont on fait l'éducation, sera
d'être vastes, bien aérées composées de plusieurs salles
se trouvant au rez-de chaussée, donnant sur la cour et
dont la grandeur dépendra du nombre d'enfants qui
doivent y séjourner. La cour où s'ébattent les élèves sera
nécessairement ombragée. Dans cette cour spacieuse
des jeux seront organisés par les soins de la maîtresse:
l'enfant y trouvera de nombreux appareils appropriés
aux récréations ainsi qu'aux exercices corporels; ici ce
sera des chariots assez solides pour qu'ils puissent se
traîner tour à tour les uns les autres, là des matériaux
de construction; cubes, petites briques, morceaux de bois,
plus loin des outils tels que marteaux, pelles, clous
tenailles, serviront à exercer leurs mains habiles, en
même temps qu'à développer leur goût, leur vue, leur
toucher et leur force.
Il est' à côté de ces jeux qui font la joie et le bonheur
des enfants, une étude nécessaire indispensable à l'aide
de laquelle, tout en développant les facultés intellectuel-
les du jeune muet, on le prépare sûrement à l'articula-
tion en lui gravant dans l'œil l'image du mot.de la phrase.
Combien de fois dans son cours d'articulation, n'ai-je
pas entendu, M, Dubranle souhaiter que les mères ha-
bituassent leurs enfants à fixer leur regard sur un ob-
jet, sur la bouche de ceux qui les entourent, à regarder
les actions exécutées devant eux. Aussi après être
parvenu à lixer l'attention du jeune muet qui lui est
confié, la maîtresse portera-elle son application vers des
mouvements de moins en moins perceptibles qui se lo-
calisent dans la face, de cette manière tout en le prépa-
rant à la lecture synthétique, elle lui donne l'inslruction
maternelle.
Comment sera donnée cetteinstrùction, c'est que je me
propose de traiterdans la deuxième partie de cet article.
— 106- —
Dès son arrivée à l'école le jeune élève sera
mis au courant de ces expressions: «Paul, viensl^) em-
brasse-moi. cours, va jouer avec Jean» on lui deman-
dera. «As tu faim? as tu soif? veux tu manger? veux
tu du pain? veux-tu un couteau. etc( î ) l'élève arrivera
vite à saisir le sens de chacune d'elles et à ne pas les
confondre,
Puis en raison de cette tendence de notre esprit à nom-
mer ce qui nous entoure, la m aitresse passera en revue
tous les objets avec lesquels il peut être en contact à la
cuisine, à la salle à manger ou au réfectoire, au dortoir,
dans le jardin . Dans cette énumération, elle n'oubliera
point non plus le nom des vêtements qui le couvrent; Le
nom de chaque chose sera répété jusqu'à ce que l'élève
le reconnaisse parfaitement. «Montre-moi le couteau, la
bouteille, la carafe, la cuillère. . . etc; apporte le cou-
teau, rtiuillier, etc, »
Pour aiguiser chez le sourd le goût du beau et déve-
lopper son imagination, beaucoup d'images, beaucoup
de dessins bon marché seront mis sous ses yeux ( 3 ).
Puis l'engageant à reproduire ce qu'il a vu, on lui re-
mettra des crayons et du papier. De temps en temps la
maîtresse arrêtera l'attention de l'enfant sur un animal
lui indiquant les parties qui le constituent: Ça c'est un
cheval, c'est la tête, c'est la queue.c' est les jambes, {^c' est
les yeux, c'est les oreilles, le cheval mange de la paille
etc. dira-t-elle, d'autrefois ce sera un objet un couteau
par exemple; après l'avoir demandé à l'élève par ceci:
« apporte moi le couteau ou un couteau elle le décrit
ainsi; ça c'est un couteau, c'est lalame ducouteau,c'estle
manche du couteau» dans un autre entretien reprenant
ce qu'elle a fait connaître précédemment « voila la lame
(1) La maîtresse donnera ;V reconnaître le nom de tous ses camarades
(2) L'élève répondra à ces questions par un mouvement de tête.
(3) Ces dessins doivent jouer pour le sourd le même rôle que les lec-
tures de voyages dans les pays étrangers pour l'en Cendant.
(4) On peutdire c'est les pattesc'est les oreilles etc ou ce sont les pat-
tes, ce sont les oreilles.
— 107 —
voila le manche, elle continuera en disant: voila le dos,
voila la pointe etc. Une règle à laquelle l'institutrice de-
vrasesoumettre, c'est qu'àchaque fois qu'une acquisition
nouvelle est donnée sur un objet à l'élève, toutes les
acquisition? antérieures à la dernière, doivent être repré-
sentées à l'esprit (3) On ne passera non plus à un autre
objet étudié que s'il est bien su de tous sansexception.il
ne faut pas de retardataires, tant pis s'il est nécessaire de
répéter deux jours de plus pour les derniers.
Ensuite !a maîtresse engage les élèves à désigner
chacune des parties étudiées 'de la personne ou de la
chose. * Montre-moi la tête, la queue du cheval etc. Fais-
moi voir le pied du cheoal, la tète de la vache, la
queue de Vâne. fais-moi voir ton pied, etc. . . Dessine
un couteau, un âne, un chapeau. Puis toutes les par-
ties étudiées de la chose ou de l'objet sont résumées à
la fin de chaque entretien. «Le lion est un animal, il
a des pattes, il a une crinière (1) etc. » Telle est la
marche de l'enseignement que nous recommandons
dans l'éducation intellectuelle qui doit être donnée
au Sourd dès son arrivée dans* ces salles d'Asile dont j'ai
parlé précédemment.
L'application de ces moyens que je viens d'indiquer
met promptement le sourd au même niveau que l'enten-
dant au moins en ce qui concerne l'acquisition du voca-
bulaire. Certes il ne parlera, pas il n'articulera pas,
mais est-ce que l'entendant ne comprend pas nombre
d'expressions avant de pouvoir causer? Procéder de
la même manière avec le Sourd, en se rapprochant
de la nature le plus près possible : telle est la
marche à suivre dans cette classe enfantine pour arri-
ver d'une manière sûre'rapide à la compréhension de la
langue. Nous ne l'ignorons point cette compréhension
(1) La conséquence de ce système sera qu'un nom d'objet prononcé
devant l'élève, lui rappellera aussitôt non seulement l'objet mais enco-
re ses qualités; dureté, goût, formes, constitution etc,
(i) Voir la revue Internationale n° 12 et suivants,
— 103 —
de la langue qui forme l'art d'Entendre est si négligée
que nous n'avons point de terme pour la désigner de
sorte qu'on est forcé de donner aux mots audition
et entendre un sens qu'ils n'ont pas ordinairement.
L'art de parler dans la langue maternelle implique l'art
d'entendre, car il en est la conséquence, tel n'est pas le
cas dans notre manière actuelle d'apprendre la langue
au Sourd-Muet.
Et quels avantages pour nos classes ! Veut-on à la fin
du cours d'études de ces écoles, rendre à sa famille un
enfant incapable de continuer? désire-t-on essayer une
année de plus à l'effet devoir si l'jntelligence ne se dé-
veloppera pas? Ces cours seront là, ils diront ce que
ces petits sourds feront dans l'avenir. Comme cela nous
n'aurons pas la peine de conserver des enfants qui in-
capables de parler, d'aucun développement intellectuel
tiennent la place d'autres élèvesplus intelligents et plus
aptes kparler, à lire et à écrire la langue française.
Mais que de répétitions nécessaires, quelles' fatigues
à s'imposer, quelle attentive surveillance à exercer de
quelle douceur de quelle bonté maternelle devra être
pleine la personne chargée de cette sublime mission*
Mission qui se fait sans fracas, sans bruit, dont la seule
récompense est la satisfaction du devoir rempli. Pre-
nant garde de ressembler à une mercenaire qui, en
commençant sa tâche avec indifférence le matin, la con-
tinue avec la mêm>» indifférence durant la journée, cette
seconde mère doit être heureuse le soir, comme elle
l'est le matin, tous ses actes comme l'a écrit Froebelje
crois, respirent la sollicitude et la bonté maternelles.
Cependant une autre crainte avait surgi tout d'abord
à mon esprit: le choix de la personne chargée de ces
fonctions. Mais le soin certain apporté à trouver d es
femmes instruites et dévouées qui veilleront aux besoins
de l'enfant et qui auront conscience de leur mission,
me rassure et fait évanouir cette vive appréhension
(1) 11 y a des expressions que l'enfant ne devra pas ignorer; 11 fait
chaud, il fait froid, il pleut, il fait beau. C'est chaud, c'est froid etc
— 109 —
que j'avais euo quand on me parla do c-js écoles enfan-
tines, je craignais que ces femmes fussent trop profes-
seurs et pas assez mamxns. Après tout, n'est-ee-pas là
leur rôle à elles, être des femmes ayant un peu plus
d'enfants que les autres.
G. Bertoux
Professeur à l'Institution nationale
des 1 Sourds-muets de Chambéry
NÉCROLOGIE
SŒUR SAINT - CAMILLE
Directrice de l'Institution des sourds-muets d'Angers
Monsieur l'abbé Goislot, aumônier de l'institution
Nationale des Sourds-muets de Paris, nous communique
l'article suivant emprunté à la Semaine Religieuse du
diocèse d'Angers :
La Congrégation de Sainte-Marie-la-Forêt vient de
faire une grande perte en la personne de Sœur Saint-
Camille, directrice de l'école des sourds-muets, décédée
le 2 Juin dernier, à l'âge de soixante dix-huit ans.
On nous saura gré de reproduire — en la complétant
â l'aide de renseignements particuliers — l'intéressante
notice publiée naguère par M. Cosnier sur cette humble
religieuse.
Née à Paris, Joséphine Martin, en religion sœur
Saint-Camille « eut l'insigne bonheur d'être élevée â la
grande école de charité de la sœur Rosalie, rue de
l'Epée de Bois, Elle y passa tout son temps depuis neuf
— 110 —
jusqu'à treize ans. Plusieurs fois son illustre maîtresse
qui l'avait distinguée dans son immense institution,
l'envoya porter des lettres à l'abbé Sicard, héritier des
œuvres et du dévouement de l'abbé de l'Epée ; et ce
n'était pas sans crainte qu'elle traversait les groupes de
sourds-muets dont les gestes désordonnés ne lui fai-
saient guère prévoir qu'un jour elle serait appelée à
transformer ce mode étrange de communication.
« Ayant complété son instruction primaire avec
grand succès, la petite écolière, sur les conseils de
Sœur Rosalie qui pressentait et encourageait en elle la
vocation religieuse, fut envoyée dans une communauté
de Tours. Là elle eut occassion de montrer la bonté de
son cœur en prodiguant ses soins à l'une de ses jeunes
compagnes qui était loin de se résigner aux souffrances
d'une longue maladie.»
La pauvre malade était nièce de M Uc Victoire Blouin
qui dirigeait à cette époque l'école des sourds-muets
fondée par Charlotte Blouin, sa tante, et établie, depuis
1825, à Mille-Pieds, sur la route de Saumur.
Touchée de la sollicitude de Joséphine Martin pour
son amie, M 110 Blouin lui proposa de l'emmener à Angers
où, pendant cinq années la Sœur Saint-Camille fut
initiée à tous les procédés de l'éducation des sourds-
muets. « Bien que la plus jeune des trois assistantes de
M Uc Blouin, celle-ci la jugeant plus persévérante que ses
deux compagnes, la nomma sa légataire universelle ;
mais l'héritière d'un honneur sans fortune ne pouvait
à elle seule, soutenir l'importante institution; aussi
accepta-t-elle volontiers la proposition de rester
à la tète de ses élèves transférés, sur la demande
du Conseil Général, à la Communauté de la Forêt. Sœur
Saint-Camille devint ainsi l'agent essentiel de la transi-
tion d'un établissement à l'autre et la digne Supérieure
lui en sut si bon gré qu'elle lui abandonna la direction
absolue de ses nouveaux pensionnaires. . .»
Douée d'une rare intelligence, — les discours qu'elle
prononçait, chaque année à la distribution des prix en sont
— 111 —
lu meilleure preuve, — et d'une patience qui n'avait
d'égale que sa douceur, la Sœur Saint-Camille fut véri-
tablement lamére spirituelle de ses élèves. Non contente
do développer en eux les qualités de l'esprit, elle s'at-
tacha surtout à toucher leur cœur et à leur inspirer une
solide piété. « La nature de ces pauvres déshérités est
an général rude et violente. Susceptibles à l'excès, ils
croient -facilement qu'on se moque d'eux et qu'on les
considère comme des êtres inférieurs. Jaloux des avan-
tages dont ils sont privés, ils seraient, enclins à repous-
ser un abord bienveillant, si une autorité respectée ne
venait arrêter ces fâcheuses dispositions. Ce qu'il a fallu
de patience, de bonté à la vertueuse maîtresse pour
adoucir ces caractères farouches, pour égayer ces
humeurs sombres, Dieu seul le sait et se réserve de le
faire connaître . Toutefois, les obligés de Sœur Saint-
Camille ne négligèrent pas les occasions de lui mani-
fester leurs sentiments.
« Le 29 janvier 1884, entres autres preuves, ils ont
donné un témoignage éclatant de leur reconnaissance
envers leurs chère maîtresse. On solennisait la cinquan-
ième année de profession de Sœur Saint-Camille. Un
grand nombre d'anciens élèves de la Maison étaient
venus de tous les points du département pour célébrer
ses noces d'or. La fête devait, avant tout, être religieu-
se. Mgr Pessard, supérieure de la communauté de
Sainte-Marie, prononça un éloquent discours que l'on
traduisait par signes aux assistants. Délicieusement émus
et heureux, les anciens de la Maison comme les jeunes
s'empressèrent d'offrir à l'héroine de la-féte, force
compliments, vœux et souvenirs.... »
Au moment où la Congrégation de Sainte-Marie ac-
ceptait la direction des élèves deM" c Blouin, l'enseigne-
ment des sourds-muets entrait dans une voie nouvelle %
le langage parlé allait remplacer le langage mimique.
Ce fut M 1IC Victoire Blouin qui eut l'honneur de commen-
cer cette transformation, continuée, depuis 1844, par la
œ ur Saint-Camille et ses zélées collaboratrices, avec
— 112 —
une persévérance qui ne s'est jamais ralentie. Enfin, au
bout de cinquanto ans d'efforts et de patience au-dessus
de ce que l'on peut imaginer, on est parvenu à rempla-
cer complètement les signes par la voix et la faculté
d'entendre, par la perception des lèvres. A l'heure où
nens écrivons, sauf quatre signifiants que l'on tient à
l'écart, on ne compte que des parlants chez les pension-
naires confiées aux Sœurs par le Conseil général ou par-
les familles.
« Il y a quelques années, on a pu constater l'étonnante
réussite de ce perfectionnement. Entre plusieurs diver-
tissements à l'occasion de la fête de M mc la Supérieure
trois muets se sont livrés à un dialogue comique en se
servant de la voix naturelle, qui, sous le rapport de la
mélodie, laissait peu â désirer, mais qui en fait de pro-
nonciation nette et claire fut irréprochable....»
C'est dans l'excercice de cette admirable charité que
la mort vint surprendre la directrice de l'école des
sourds-muets. Le Mardi 2 Juin, après avoir assisté â la
sainte-messe, elle fut frappée d'une attaque d'apo-
plexie. M. l'Anmônier de là Communauté se hâta de lui
administrer les derniers sacrements ; et quelques heures
après, la Sœur Saint-Camille s'endormait doucement
dans la paix du Seigneur. Ses obsèques furent simples et
dignes, comme il convient à une religieuse. Mgr.
Pessard, vicaire général, voulut lui-même présider la
cérémonie ; et les anciens élèves de Sainte-Marie, ac-
courus en grand nombre à l'appel de leurs maîtresses,
se firent un devoir d'accompagner, jusqu'à sa dernière
demeure, la dépouille mortelle de celle qui avait consa-
cré cinquante-sept années de sa vie au service des
sourds-muets.
— 113
LE CORNET ACOUSTIQUE DE MGR. VERRIER
(Nouvelles Expériences)
Nous avons voulu revoir, avant leur départ en vacan-
ces, les élèves de Hourg-la-Reine et constater à nou-
veau les résultats obtenus à l'aide du cornet acoustique
do Mgr. Verrier. Avouons-le un sentiment de curiosité
nous poussait vers cette institution, nous avions eu l'heu-
reuse chance à notre première visite, de noter, très
attentivement et très minutieusement le point de départ
de deux nouvelles expériences entreprises à l'aide de
l'appareil et il nous tardait de voir à quel point les
deux jeunes élèves étaient parvenues.
La première X âgée de 6 à 7 ans venait d'arriv erâ
l'institution lorsque nous l'avons vue pour la première
fois.
Depuis 3 jours elle commençait l'étude de la parole
et des exercices d'audition, Nous avions constaté qu'elle
était d'une surdité qu'on aurait pu qualifier d'absolue-
elle ne prononçait aucun son et se bornait â indiquer
avec sa petite main qu'elle élevait ou abaissait, l'inten-
sité du son prononcé dans le cornet. Aujourd'hui, elle
reproduit avec une voix très agréable plusieurs voyelles
quelques consonnes et des syllabes prononcées dans le
cornet, elle rectifie elle-même une prononciation de
voyelle défectueuse en s'aidant de l'instrument. Son
petit bagage a été acquis, à l'aide d'exercices spéciaux,
de la lecture sur les lèvres et en s'aidant de l'appareil
Ces résultats obtenus avec une enfant placée au début
dans des conditions peu favorables, nous ont paru con-
cluants, ils tendraient peut-être à prouver comme
bien d'autres, que nos sourds ne sont pas aussi sourds
que nous pourrions le croire et que la surdité absolue
n'existe pas.
— 114 —
Le deuxième cas nous asembléencoreplussurprénant
il s'agit do cettejeune fille de 16 à 17 ans, Joséphine X.
dout nous parlions dans notre dernier numéro. Convain-
cue qu'elle était incapable d'entendre, elle n'avait pas
voulue se prêter aux exercices d'audition, elle s'y est
décidée depuis les quelques exercices que nous avons
fait avec elle et que nous citions dans la Revue de Juil-
let. Autrefois, elle ne ressentait que du souffle, quelle
qu'eut été l'intensité du son prononcé dans son oreille
maintenant, elle reproduit des voyelles prononcées
dans le cornet, des consonnes quelques syllabes et en
décomposant un mot en ses éléments, elle parvient à le
reproduire, nous lui avons entendu donner ainsi son
nom et un mot que nous avions indiqué Chocolat. Quel-
qu'un lui demandait : autrefois, quand on vous parlait,
vous ne ressentiez que du souffle, aujourd'hui qu'est-ce
que vous ressentez? On lui prononce dans le cornet, 0,
0, 0, et elle répond spontanément, j'entends 0, 0, 0.
Il lui arrive pai'fois de prier sa maîtresse de parler
moins fort,tandis qu'autrefois la parole si forte qu'elle
était ne produisait sur son oreille aucune impression
désagréable.
Nous suivons cette expérience avec le plus grand
intérêt, car cette élève se trouve dans la catégorie do
celles qui, à priori, paraissent incapables d'arriver à un
résultat qui puissent être utilisé. Inutile de dire qu'elle
*>st ravie de ses progrès et qu'elle se met à cette nou-
velle étude avec une grande bonne volonté, secondant
de toute son attention les maîtresses dévoués qui s'oc-
cupent d'elle.
Chez toutes les autres élèves, l'oreille paraît se déve-
lopper, quelques unes se passent de cornet, d'autres
perçoivent les sons, les syllabes, les mots prononcés à
une certaine distance de l'instrument, _1 mètre, 2 mètres
et même plus.
De tout ceci, il ressort que toutes ces expériences.
tous ces travaux nous fournissent des espérances con-
solantes pour l'avenir, nous ne transformerons pas tous
— 115 —
n>j ?orrds e:i entendants; mais peut-être arrivorons-
m tu à apprendre à un certain, nombre à se servir de
leur oreille, à faire usage d'un sens qui leur faisait tota-
lement défaut.
Que l'ou croie pas cependant, qu'il suffira de prendre
le cornet et de le porter à son oreille pour entendre
on pour recouvrer cette précieuse faculté, on s'abuse-
rait étrangement et on s'expsserait à une amère dècep-
tio.i! Ui apprentis s»^je5tn)>î3ss"aire, il faut par une série
d'exercice* graduées habituer l'oreille à ressentir et à
distinguer ces nouvelles impressions; il faut pour le
sourd précédemment muet qu'il établisse une certaine
relation entre la sensation auditive perçue et le son
prononcé, il est nécosspire qu'il s'habitue à percevoir
ce3 sensations et à les reproduire à l'aide de la parole
acquise.
Pour le sourd, les mêmes précautions sont à prendre
la sensibilité auditive n'est plus la même qu'avant l'ap-
parition de la surdité, il est indispensable que l'oreille
apprenne à distinguer les sons et à se rendre compte du
nouveau genre de sensation qu'elle reçoit; de là, néces-
sité d'exercices gradués permettant au sourd d'analyser
ses impressions pour arriver plus tard à les distinguer
nettement et avec rapidité.
Nous voici donc en présence d'un appareil susceptible
d'être utile aux sourds-muets et aux personnes sourdes.
A Tous ? nous demande-t-on, nous ne le savons, nous
pensons cependant que tous, auront le plus grand inté-
rêt à essayer cet instrument, les résultats obtenus
ont permis de constater, nous l'avons dit, que ceux quf
semblent absolument sourds le sont parfois beaucoup
moins qu'ils ne le paraissent, à tous, il reste l'espéran-
ce, nous souhaitons bien sincèrement qu'ils en profitent.
Nous savons d'ailleurs que la prochaine année scolai-
re 1891-92 qui s'ouvrira le 1" Octobre verra commencer
dans nombre d'écoles françaises et étrangères des expé-
riences à l'aide de ce nouvel appareil, l'attentiondetous
est attirée sur l'éducation de l'oreille chez nos élèves,
— 116 —
c'est là un nouveau progrès et nous sommes intimement
persuadé que la méthode orale pure n'a pas encore dit
son dernier mot.
Ad. Bélanger
REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS
Blaetter fur Taubstummenbildung
Ivîs numéros 3, 4, et 5 contiennent la suite de l'article de
Miiller-Homberg : « Qu'est-ce que la vie exige de l'enseigne-
ment des sourds-muets ? », déjà mentionné au numéro 11 de
la Revue, L'article est à mon avis bien écrit et contient beau-
coup de choses dignes de toute notre attention, Après avoir
examiné le résultat obtenu pendant le séjour du sôurd-muet
à l'Instilulion, il termine son article en disant qu'il n'ost
pas seulement dans l'intérêt de la méthode orale pure, mais
aussi dans celui des sourds-muets sortis de l'école de faire
tout ce qui est possible pour assurer etjgerfectionner le résul-
tat obtenu à l'école avec tant de peine et de sacrifice. Cette
tache est certainement grande, mais le bien qu'on obtient
par ce travail, récompensera suffisamment le professeur.
Dans le numéro 3, Frese-Riehen près Bàle publie sous le
titre: " De la pratique pour la pratique " un exercice prati-
que fait pour des élèves qui sont au commencement de "leur
troisième année d'études. Frese, successeur du " Vater
Arnold",le célèbre Directeur de l'écolede Riehen est un homme
qui connait à fond l'état du sourd-muet : on peut donc être
certain qu'il ne publie que des choses expérimentées dans la
classe et qui méritent d'autant plus notre attention.
E. Reuschert-Wriezen parle dans le numéro 4, sous le titre
"Feuilles détachées de l'histoire de l'enseignement des sourds -
muets" d'un membre de l'école de Vienne: Jean Michel
Weinberger, connu par un petit livre publié en 1806 sous le
titre: "Essai sur la mimique relative aux signes méthodiques
— 117 —
En attirant l'attention sur ce petit ouvrage et en publiant,
los points de vue de Wcinberger, Reuschort a rendu à l'his-
toire de l'enseignement des sourds-muets un grand service.
Sur la première page du numéro o, nous trouvons une liste
des jours d'examens dos directeurs et des professeurs des
écoles de sourds-muets qui auront lieu en Prusse pendant
l'année J831.
Lt Djctour Mklccin Treitel- Berlin traite dans un article
"le mutisrm sans la surditS"; c'est un travail scientifique
qui offre un grand intérêt aux professeurs des sourds-
muets.
I. Huschens répond dans les numéros 6 et 7 à la question :
" Par quels moyens les mots obtenus par l'intuition vivante
( Anschauungs-Unterricht) deviendront-ils une propriété des
élèves" Il est impossible de réunir en quelques phrases la
réponse que Huschens donne à !cette importante question,
L'article mérite d'être lu et étudié.
G, Riemann-Berlin publie un article sur " l'importance de
l'écriture dans le premier enseignement des sourds-muets "
Il y a deux opinions là-dessus, l'une regarde l'écrrture comme
étant utile, même nécessaire, l'autre au contraire qu'elle est
nuisible, Hoschens est de la première opinion, Il regarde
l'écriture sur tous les degrés de l'ensaignement comme élant
nécessaire, riva, sans dire, dit-il que le sourd-muet doit d'abord
apprendre le motartioulé et ensuite seulement le mot écrit et
qu'il doit bien plus parler qu'écrire.
M, Schmidt-Marienburg écrit au numéro 7 sur l'histoire
naturelle à l'école des sourds-muets et explique ses idées par
une petite description pour les élevés des classes inférieures
et une pour ceux des classes snpérieures, et Lopatla public
au numéro 8 un arlicle sur " les fautes d'articulation " ou
pour mieux dire " les fautes de prononciation "
Knauf, bien connujdes lecteurs de la Revue par ses travaux
traite dans le même numéro un sujet pratique, Il explique à
dos élèves d'i ne classe supérieure une petite poésie du livre
de lecture par Walther page 143, " la petite mère sourde "
avec l'habileté qui lui est propre
Heilscher-Breslau parle de la formation des professeurs de
sourds-muets et de l'activité de l'institution royale à Berlin
comme établissement d'instruction de professeurs, Après
avoir démontré la nécessité d'une préparation des jeunes
prol'esseui's pour leur spécialité de maître de sourds-muets.
— 118 -
M, Heilscher constate que c'est surtout Hill, Roessler et,
Walther qui se sont occupés de cette question, Il me semble
que Hdlscher aurait pu aussi ajouter Je nom de Vatter et de
son école d'où sont sortis d'excellents maitres de sourds-
muets
Rcuschert-Strassbourg rend compte d'une brochure publiée
par le Docteur A. Schwendt, professeur à l'Uniycçsité do
Bâle .- Sur, la surdi-mutité, ses causes eto. Cette brochure
offre bien des choses intéressantes K. Franke Schle swig
donne une note historique sur l'aveugle sourde-muette
Hélène Keller. tirée des American Annals et publiée par le
Docteur "Williams, directeur Je l' American Asylumdans le
Hartford le 20 Février courant 1891
M, Bruss traite dans le numéro 10 un sujet fort intéressant:
" la formation naturelle des sons vocaux ,r se-basant sur les
angles des mâchoires. Le contenu de l'article ne peut pas se
résumer en quelques phrases pour en donner une idée claire
aux lecteurs de la Revue ; il faudrait le traduire en entier.
R. Krause donne une leçon pratique sur la multiplication
avec les chiffres de 1 à 20, et H, Stolte fait quelques remar-
ques sur la leclure sur les lèvres
Au numéro 10 se trouve aussi un article que je voudrais
recommander tout particulièrement aux professeurs des
sourds-muets : La patience et l'amour dans l'enseignement
dos petits, deux choses qui manquent à la plupart des profes-
seurs et pourtant c'est avec elles seulei que le mailre des
sourds-muets vaincra toutes, les difficultés que son enseigne-
ment offre a tout instant.
Outre les articles indiqués les Blaetter fur Taubstummen-
bildung contiennent une foule d'informations intéressantes,
Renz-Stuttgart.
— 119 —
LÀ LECTURE SUR LES LÈVRES
MISE A LA PORTÉE DES PERSONNES DEVENUES SOURDES
CONSONNES (Suite)
1 a ' G.-oap3 : C. G, GN, 1LL, R (Gutturale)
C. (kj Positions. Base da Ialangue relevée et se pressant
contre le palais.
M)uji>niiit$. Séparation de ce* deux organes,
abaissement de. la mâchoire inférieure.
G. Les positions et les mouvements des organes
sont les mêmes que pour C, pression un peu
plus prolongée et un peu moins forte que pour C.
Ces deux articulations, nousvenons de le voir, se pro-
duisent dans la cavité buccale, l'œil ne pourra donc pas
apercevoir les mouvements qui les produisent, l'ouver-
ture de la bouche, pas plus que la pointe de la langue
se plaçant dans la position nécessitée par la voyelle
jointe à l'articulation ne pouront nous donner aucune
indication. Seul l'abaissement de la mâchoire inférieu-
re nous indiquera qu'il y a là une consonne et que c'est
une des deux qui nous occupent. En effet pour toutes
les autres nous avons trouvé des mouvements, soit des
lèvres.soit de la langue; ici, les lèvres, la langue sont
invisibles, seule la mâchoire par un mouvement très
accentué vient nous fournir le renseignement né-
cessaire
La distinction entre C et G, sera moins aisée à obte-
nir, nous aurons donc à compter ici encore, sur l'inteL
ligence de l'expression.
GNetILL. Positions et Mouvements. Ces deux arti-
culations ont pour caractéristique un bombement très
prononcé de toute la surface dorsale de .la langue qui
vient se placer près du palais pendant que la pointe
s'appuie derrière les dents inférienres.
— 120 —
R. Gutturale, Positions et Mouvements. Cette articu-
lation qui se produit dans l'arrière bouche est très
difficile à distinguer, il nous faudra la deviner en
quelque sorte lorsqu'elle se présentera.
SONS NASAUX: AN, ON, IN, U.V,
Nous avons l'inconvénient de posséder dans notre
langue quatre voyelles nasales : AN, ON, IN, UN, qui
en rendant la prononciation du irançais moins agréable
nous gênent également pour la lecture sur les lèvres
Ces quatre voyelles nasales ne sont autre que A, nasa-
lisé pour AN; pour ON; É pour IN et EU, pour UN.
L'aspect du son AN, sera donc le même que pour A,
celui de ON ressemblera à 0, celui de IN, à É et le der-
lnier UN, à EU', pour chacune de ces voyelles nasales,
la base de la langue s'élève un peu pour favoriser
'abaissement du voile du palais, ce mouvement est mal-
heureusement peu visible.
De l'ordre à suivre
C'est par les voyelles, avons-nous dit que nous
commencions notre enseignement, par quelques-une s
d'entre elles. Nous avons vu d'un autre côté qu'elles
pouvaient se diviser en 3 groupes bien distincts au point
de vue de l'aspect des lèvres; si nous voulons rendre
plus facile notre enseignement, nous prendrons d'abord
une voyelle dans chacun de ces groupes, l'œil sai-
sira sûrement les différences déposition et distinguera
ces sons entre eux.
C'est ainsi .que nous pourrons commencer d'abord par
les trois voyelles A, 0.1. présentant entre elles des dif-
férences très sensibles.
De même, nous avons vu que chaque groupe de con-
sonnes se différencie nettement des autres, nous pour-
rions au début choisir également un élément dans chacun
d'eux nous commencerons donc notre enseignement par
P,F.CH, puis viendraient T. L. S. C. (K.).
Nous avons d'ores et déjà les éléments suffisants pour
faire des exercices de toute nature avec lesquels nous
— 121 —
familiariserons notreélève à la lecture sur les lèvres. Ce
n'est qu'après avoir acquis l'habitude de discerner fa-
cilement et aisément ces éléments que nous reviendrons
d'abord à chacun des groupes de voyelles, puis enfin
aux groupes de consonnes, le sourd s'appliquant de" son
mieux à les discerner et à les reconnaître rapidement.
Des exercices à faire
Pour formerdes mots, les différents sons que nous ve-
nons d'étudier séparément se combinent entre eux de
mille façons différentes, la plus simple de ces combinai-
sons est la syllabe formée par l'accouplement d'une
voyelle et d'une consonne, c'est donc celle-là qui attire-
ra tout d'abord notre attention: syllabe directe, la con-
sonne précèdent la voyelle PO, syllabe inverse, lavoyell e
étant placée avant la consonne IF. Il est bien' entendu que
nous n'attendrons pas la fin de-l'enseignement des sons
pour commencer cette étude, dès|que plusieurs voyelles
et consonnes seront parfaitement distinguées, nous n'hé-
siterons pas à présenter â notre élève des syllabes com-
posées de ces éléments.
Voici là liste des exercices que nous* pourrons faire
avec nos élèves dans le but de les amener à lire sur les
lèvres ces combinaisons multiples des sons.
1. Syllabes simples directes {fa )
2. « « inverses ( och
3. Répétition d'une même syllabe ( toutou )
4. Une consonne entre deux voyelles semblables (apa)
5. Une consonne entre deux voyelles différentes ( otè )
6. Une voyelle entre deux consonnes semblables {tôt)
7. Une voyelle entre deux consonnes différentes (cap)
8. Deux syllabes, consonnes différentes, voyelles sem-
blables (cata)
9. Deux syllabes, voyelles différentes, consonnes sem-
blables (papi)
10. Deux syllabes composées d'éléments différents {sali,
fâché).
— 122 —
il. Syllabes dans lesquelles entre des diphtongues (pia
loul,
12. Syllabes composées avec des consonnes doubles (dys-
semphones) (pla, cio, tri, spè)
13. Syllabes avec des trissemphones, ( spla, sera, scri)
14. Deux syllabes, l'une simple, l'autre avec une articu-
lation double (nopli, astre, capri )
15. Des groupes de trois, quatre, cinq syllabes.
Il est inutite d'ajouter que ces différents exercices
seront faits avec tous les sons et aussi variés que possi-
ble, le professeur devra attirer l'attention de l'élève sur
les principaux équivalents des sons sur les différentes
diphtongues et sur les articulations doubles et triples;
pi. bl. cl. fl. gl. pr, br. cr, fr, vr. gr, tr, dr. sp. st. se.
si. sb sm, sph. es. gz. spl. sbl. str. scr. sel.
Le sourd devra s'habituor à faire tous ces exercices
avec la plus grande spontanéité., il vaut mieux à tous é-
gards qu'il évite autant que possible les répétitions du
maître; lire promptement: tel est !e but à atteindre.
( A suiore)
Ad Bélanger
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
G. Bertoux. Cahier de vacances à. l'usage dos élèves de 3 e et de t n
année. In-.8. 24 p
Undenos collègues M.B9rtoux, professeur à l'institu-
tion nationale de Ohambéry vient de publier une série
d'exercices pouvant être donnés comme devoirs de vacan-
ce à nos élèves. Le cahier comprend 21 exercices. Nous
en citons quelques-uns : I e la bêche ser à bêcher. L'ar-
rosoir.... 2° Le merle est un oiseau, la carpe... i" L'hom-
me parle. Le chien...,. 5° Le c'iîne proiuit des glands.
Le figuier... p" Le meunier trsoaille dans le moulin. Le
— 123 -
bûcheron..:, \2? l'ouvrier fait d 'tpcrruqves avecdes che-
veux.... fait t arrosoir....
Depetits exercices de calcul, desproblèmessont joints
à chaque devoir. C'est nous le pensons un des premiers
c ssais tenté dans ce genre pour nos élères. Le prix de
ce cahier e*t de 27 francs le 103 ou 4 francs la douzaine.
Ad. B.
DES SOURDS-MUETS KN POLICE CORRECTIONNELLE !
Nous reproduisons d'après un journal de Paris la
chronique judiciare suivante :
« Auriez-vous jamais supposé quelles sourds-muets
pussent être poursuivis pour diffamation? Non, n'est-ce
pas? Eh bien, voilà où est votre erreur !
Hier, à la 9 mc chambre, il nous était donné d'assister
au spectacle, sinon réjouissant, du moins asse? original
de trois individus aussi sourds que muets, traduits devant
le tribunal correctionnel pour avoir «diffamé» un de
leurs camarades, également atteint de mutisme et de
surdité.
Faut-il que la chicane soit puissante, pour s'immiscer
jusque chez les gens auxquelles la nature a refusé le
don de parler et celui d'entendre !
Encore si leurs avocats se bornaient à «parler par
signes. » 1
Dans la circonstance, le plaignant était un sieu r
Thierry (Victor), horloger. Les trois inculpés se nom-
maient: Cochefert (Joseph), Weiss (Victor), et Grau* (Eu-
gène ), ces deux derniers sculpteurs et le premier gérant
d'un journal qui, s'intitulant l'organe des sourds-muets
ne pouvait moins faire que de prendre le titre : d'ÉCHO
de la Société d'appui fraternel des sourds-muets...
— 124 —
Gomment diable! avaient-ils pu porter atteinte à la ré
putation de leur compagnon d'infortune?
Rien n'est plus simple.
Ces braves gens avaient pris en commun l'initiative
de l'organisation d'une fête à donner à l'occasion du
centenaire de l'abbé de l'Épèe. Au cours d'une réunion
ils avaient fait une souscription pour l'achat d'une couron
ne, destinée à orner le monument du célèbre fondateur
de l'institution des sourds-muets, et les fonds versés
avaient été oentralisés entre les mains du sculpteur
Graff.
Quand il s'agit de rendre les comptes, une discussion
s'éleva, finalement, Weiss et Graff rédigèrent une cir-
culaire qui iut distribuée à tous les membres de l'asso-
ciation et qui contenait des imputations jugées par
Thierry diffamatoires.
Le journal de la Société ayaut reproduit les même s
imputations, son gérant, M. Cochéfertfut également
poursuivi.
Avec l'aide d'uninterprète, le présidentM. Toute, afait
établir l'identité des prévenus, qui ont reconnu la maté-
rialité des faits; et, après plaidoirie de M* Bénard pour
le plaignant,et Lefevre pour les inculpés, ces derniers
ont été condamnés chacun à cinq francs d'amende et so-
lidairement à 25 francs de dommages-intérêts envers
M. Thierry.
Inutile d'ajouter que la mimique du plaignant, aussi
bien que celle de l'interprète et des inculpés a quelque
peu diverti l'assistance; mais !e mot drôle de la situation
a été fourni par l'aimable huissier de la 9' chambre qui,
ayant appelé nominativement chaque prévenu et n'obte-
nant pas de réponse, s'est écrié, désolé, en se tournant
vers le président;
— J'appelle les prévenus:., ils sont sourds-muets, et ils
ne veulent pas répondre.
— Je comprends ça a répondu M Toute.
Et il a fait a pprocher l'interprète. »
Imp. V BÉLANGER, a»5, Rue St-Jacques
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7">« année. N° 6 Septembre 1891.
EPHEMERIDES
de la Surdi-mutitè en France(l)
SEPTEMBRE
1. 1827. — Première circulaire de l'institut royal
des Sourd -j -muets de Paris à toutes les
institutions de sourds-muets de l'Europe
et de l'Amérique. Trois autres circulaires
ont paru en 1829 et 1832. Elles étaient des-
tinées à « former une alliance entre tous
les instituteurs pour se communiquer
mutuellement leurs observations et tra-
vailler de concert au perfectionnement de
la méthode. » C'était réellement un Con-
grès de permanence, sans les inconvénients
du déplacement et des discours inutiles.
2. 1792 — L'abbé Sicard, détenu à l'Abbaye, allait
être mis à mort, lorsqu'il est sauvé par le
dévouement de l'horloger Monot, (M.
Loustau, peintre sourd-muet, a retracé'
cette scène dans un tableau qui a été ac-
quis, en 1890 par un descendant de Monot. )
Le même jour l'Assemblée nationale dé-
crète que le citoyen Monot a bien mérité
de la Patrie, en préservant les jours de
l'instituteur des sourds-muets. Rendu à la
liberté, Sicard, qui a toujours à craindre
ses^ ennemis, se réfugie chez le sieur
Lacombe, horloger.
(I) Voir la Revue Française depuis le mois d'Octobre 1890
— 126 —
3. 1843, — Inauguration d'une statue de l'abbé de
l'Épée, œuvre de Michaut (des Monnaies)
élevée par souscription, sur une des
places publiques de Versailles, ville nata-
le de l'illustre instituteur.
5. 1707. — Sicard, qui collaborait aux Annales
Religieuses, Politiq<ies eu littéraires, est
compris, par un arrêté du Directoire,
parmi les journalistes qui doivent être
déportés à Sinamari; mais il parvient à se
cacher dans le faubourg Saint-Marceàu.
6. 1880 — Ouverture d'un Congrès international
pour l'amélioration du sort des sourds-
muets, tenu à Milan. Ce congrès a eu une
importance excepti melle : Tous les assis-
tants, en se séparant, ont fait retentir ce
cri : Vice la parole !
8. 181 7. — M. Paulmier, adjoint de l'abbé Sicard à
l'institution do Paris, est admis à présen-
ter au Roi deux de ses élèves qui lui adres-
sent un compliment de vive voix.
10. 1792. — L'Assemblée nationale décrète que les
pensions gratuites accordées pour l'année
1791 à 2i élèves de l'établissement des
sourds-muets continueront à - être payées
par la trésorerie nationale jusqu'au mo-
ment de la nouvelle organisation de l'ins-
truction publique.
il. 1859 — Décret affectant l'Institution de Paris
aux enfants sourds-muets du sexe mascu-
lin et celle de Bordeaux aux jeunes filles.
15. 1780. — Mort de J. R. Pereire, le célèbre insti-
tuteur de sourds-muets.
19. 1759. — Mort du P. Vanin, de la communauté
des prêtres de la Doctrine chrétienne,
premier maître des deux sœurs sourdes-
muettes qui furent les premières élèves
de l'abbé de l'Épée.
— 127 —
23. 1712 —Naissance de l'abbé Sicard ( Roch-
Ambroise-Cucurron), au Fousseret, (H'"-
Garonne)
22. 1736. — Promotion de Michel de l'Épée au
diaconat.
23. 1878. — Ouverture d'un Congrès pour l'amélio-
ration du sort des sourds-muets, à Paris
(i m * section du congrès universel pour
l'amélioration du sort des aveugles et des
sourds-muets.)
24. 1796. — Loi du Gouvernement directorial qui
affecte à l'école des sourds-muets de
Bordeaux l'ancien couvent des Cathe-
rinettes.
28 1791 — Décret de l'Assemblée nationale relatif
à l'établissement des Aveugles-nés et sur sa
réunion à celui des sourds-muets dans les
bâtiments du couve.it des ci-devants Céles-
tins . « Le directoire du département de Pa-
ris indiquera la partie desdits bâtiments
qu'il destinera à l'instruction et aux tra-
vaux des aveugles-nés.»
FIN DE LA PREMIERE SERIE
— 128 —
ENSEIGNEMENT DES VOYELLES NASALES
Nous avons publié dans la 6 e année de la Revue
Française, l'excellente traduction du Guide pour l'ensei-
gnement del i parole aux sourds-muets, d\iR. P.Mattioli
par Monsieur l'inspecteur général Claveau. Ce traité
était naturellement incomplet, la langue italienne ne
possédant pas les sons nasaux AN, ON, IN, UN. Nous
trouvons' dans un volume à l'usage des professeurs d'en-
tendants (*) un chapitre très intéressant, très pratique
qui comblera cette lacune. L'auteur, un professeur de
sourds-muets très connu et très apprécié a bien voulu
nous donner l'autorisation de le reproduire, nous l'en
remercions bien vivement, espérant que nos lecteurs lui
feront le même accueil qu'au traité si substantiel de no-
tre confrère italien.
Phonation Nasale
Le maitre fait faire une inspiration par la bouche ou
par le nez; et au temps fort (en baissant) il fait donner la
voix ntsile (ou parler par le nez). C'est la plus simple
manière de faire agir les cordes vocales.
Cette voix nasale (qui passe par le nez) doit être bien
comprise des élèves, car elle est la base de six conson-
nes; b, d, g, m, n, gn; et des quatre voyelles nasales ;
an on, in, un.
Pour ce genre d'exercice on peut inspirer par la bou-
che (avec petite ouverture) ou par le nez; mais en don-
nant la voix nzsale il faut fermer la bouche.
(I) Mythologie du livre-tableau et du syllabaire contenant les élé-
ments physiologiques du jeu des organes de la parole pour l'articu-
lation et la lecture par F. J, J.
— 129 —
Avec un peu d'exercice, on peut encore obtenir l'effet
de la vibration des cordes vocales seules; enentr'ou
vrant tant soit peu la bouche (position du Y),
Observations générales
Les voyelles nasales jouant un grand rôle dans la pa-
role, il est important de les bien enseigner.
Pour obtenir la bonne émission de ces voyelles, le
maître fera donner la voix nasale seule, la bouche étant
fermée; puis la voix buccale seule la bouche étant très
peu ouverte. (Voir les exercices de phonation nasale
plus haut,)
De cette manière;
Voix de nez: n , n . , n , n ,(l)
Voix de bouche: b ,b ,b ,b ,
Q land ces deux voix seront bien comprises, on ex-
ercera les élèves à les alterner, c'est-à-dire à les don-
ner l'une après l'autre;
n..., b..., n..., b.... n..., b..., etc.
Cet exercice a pour but d'habituer l'enfant à abais-
ser et à relever le voile du palais.
Cette opération, qui semble difficile en elle-même,
s'opère naturellement quand on donne la voix nasale
ou la voix par le nez.
Pour toutes les voyelles nasales, le souffle et le son
passentj par la bouche et par le nez, les vibrations vo-
cales se font sentir au larynx et aux narines.
Le faire constater aux élèves .
Préparation de an
P Bouche ouverte comme pour a:
2" Voile du palais abaissé et voix nasale .
(1) La leUre n n'indique pas cette consonne, mais veut dire voix na-
sale, la lettre b veut égalemement indiquer la voix buccale.(N.R.D,)
— 130 —
EXPLICATION
Cette voyelle nasale suit à peu près les mêmes règles
d'articulation que a, sauf que le Voile du palais {s'abais-
se et que la racine de la langue recule un peu.
Voici comment on l'enseigne;
1° Faire articuler a et donner la voix nasale alter-
nativement de cette manière;
a. . ., n. . ., a. . ., n. . ., et réciproquement,
n. . ., a. . ., n-. ., a. . .; » »
2° Faire articuler a et sans interrompre la voyelle,
ajouter la voix nasale :
a . . n . . . , a . . n . . . , a . . n . . . :
3° Knfin donner les deux voix simultanément:
an . . . an ... an ... an . . . an. . .
Dans toutes les voyelles nasales, les deux voix se
maintiennent, mais la voix buccale domine.
Pour s'assurer que la voix nasale est juste, la mettre
en parallèle avec la buccale a, an, a, an.
Les exercices se feront mieux au tableau noir que
sur le Livre Tableau.
Remarque. —On enseignera les autres voyelles nasc-
les de la même manière.
Préparation de on
1° Lèvres avancées comme pour o.
2° Voile du palais abaissé et voix nasale.
EXPLICATION
A la voyelle buccale o on ajoute la voix nasale
comme pour an: o... n, o... n = on.
La voix buccale domine .
— 131 —
Préparation de in
1° Bouche ouverte comme pour è:
2" Pointe de la langue contre les dents comme pour t :
3° Voile du palais abaissé et voix nasale.
EXPLICATION
Donner la voyelle buccale è, et y ajouter la voix nasa
le; é... n, è... n = in.
La voix bccalé domine.
Préparation de un
I e Lèvres ouvertes et avancées comme pour eu;
2° Pointe de la -langue comme pourè;
3° Voile du palais abaissé et voix, nasale.
EXPLICATION
La voix nasale s'ajoute à la voyelle buccale eu comme
pour les précédentes, et on a :
eu...n, ea...n,eu. . .n, =eun = un.
La voix buccale domine.
Frère P C
— 132
LA LECTURE SUR LES LÈVRES
MISE A LA PORTÉE DBS PERSONNES DEVENUES SOURDES
(FIN)
Du Contact des sons entre eux
Influence des voyelles sur les consonnes
Nous avons vu que les voyelles étaient caractérisées
par les positions des organes; forme donnée aux
lèvres, place de la langue dans la cavité buccale, ouver-
ture de la bouche; d'un autre côté nous avons remar-
qué que dans les articulations (les consonnes) nous trou-
vions non seulement des positions d'organes mais enco-
re des mouvements spéciaux correspondant à chacune
d'entre elles.
Après avoir examiné séparément chacun de ces élé-
ments qui viennent se lier entre eux etparleur réunion for-
mer des syllabes, des mots, des phrases la parole enfin.
11 nous a paru bon de rechercher l'influence qu'ils
pouvaient avoir les uns sur les autres, les modifications
qui se produisent dans le contact de ces sons entre eux.
Nous n'examinerons ces changements qu'au point de
vue de l'aspect pour l'œil, ce sujet nous entraînerai
trop loin et nous ferai sortir du cadre de cette étude si
nous voulions le traiter d'une façon plus complète.
Nous avons dit que les éléments de la parole se
liaient entre eux de mille façons, cependant le sons
no viennent pas se prononcer les uns aprè* les autres
— 133 —
il y a là véritablement des combinaisons dans les-
quelles certains mouvements se simplifient, afin d'arri-
ver à une prononciation plus coulante, plus douce, plus
agréable. Les uns influent sur les autres, les dirigeant
les modifiant et c'est à la voyelle plus stable, plus im-
muable dans sa prononciation que revient ce rôle.
Les voyelles et les consonnes s'accouplent, nous le sa-
vons, pour former des syllabes: soit directes, lorsque la
voyelle suit la consonne pa, fo, ché, soit inverses, lors-
qu'elle la précède ap, of, éch ; l'influence de la voyelle
peut donc s'exercer de deux façons suivant, la place
qu'elle occupe avant ou après la consonne. Isous allons
passer en revue successivement chaque groupe de voy-
elles et examiner son influence sur toutes les consonnes.
I e Groupe : A. È. É. — L'influence de ces trois voy-
elles, qu'elles soient placées avant ou après est nulle sur
les consonnes /\ /?. M-CH. J-F. Y,- S. et Z. Ce qui veut
dire que dans les syllabes composées de cessons, les élé-
ments se prononcent l'un après l'autre sans qu'aucune
modification de position ou de mouvements se pro-
duise.
Dans les combinaisons de ces voyelles avec les con-
sonnes T.D. À.-Z. et Jt. l'ouverture de la bouche reste
la même pour la voyelle et la consonne qui suit.
Enfin dans leur liaison avec les articulations C, G.
GN. ILL, F, l'ouverture de la bouche reste la même
pourra consonne et pour la voyelle et la pointe de la
langue prend la position nécessitée par la voyelle qui
précède ou suit la consonne.
IP Groupe : O. E. OU. EU. — L'influence des -voy-
elles de ce second groupe est nulle dans leurs combi-
naisons avec les consonnes CH.J -F.\V- S.Z. Les lèvres
se projettent légèrement en avant dans les articulations
P. B. M. lorsqu'elles se combinent avec les voyelles de
ce gi'oupe. Dans les liaisons de ces voyelles avec T.D.N.L.
et R. les lèvres s'arrondissent pour les consonnes comme
— 134 —
pour les voyelles, l'ouverture delà bouche est semblable.
Enfin lorsque ces voyelles sontsuivies ou précédées des
consonnes C. G. GN. ILL. et R. l'arrondissement des
lèvres et l'ouverture de la bouche sont les mômes pour
ces deux genres d'éléments, dans l'un comme dans l'au-
tre la pointe de la langue conserve la même position :
celle de la voyelle.
III e Groupe : I. U. — L'influence de ces deux voy^-
elles est nulle sur les consonnes P. B. M-CH. J-F, V\
Dans les combinaisons des articulations T. D. N - L. R.
S.Z-C. G. GN. ILL. l'ouverture de la bouche est la
même pour la consonne et pour la voyelle. Il est bon de
remarquer que les syllabes formées de ces deux voyelles
avec les six dernières consonnes S Z. - C. G. GN. ILL.
sont les plus difficiles a reconnaître sur les lèvres ; le
maître devra faire avec elles des exercices très
nombreux.
Nous n'avons pas à nous occuper de l'influence des
sons nasaux qui pourraient se classer AN et IN d?ns le
premier groupe des voyelles ON et tfiV dans le second.
Des Conditions dans lesquelles il faut se placer
Lorsque nous écoutons laparole, notre oreille recueil-
le les vibrations de quelque côté que soit le point de
départ : il nous arrive cependant lorsque la personne
qui parle se trouve assez éloignée de nous, de dispo-
ser notçe oreille, de façon à recevoir plus directement
les impressions. On comprendra parfaitement que l'œil
destiné dans le cas qui nous occupe à prendre la pla-
cede l'oreille, à recueillir ces mouvements impercepti-
bles des organes, enfinàlirela parole sur les lèvres d'au-
trui doit se placer dans des conditions particulières
pour réussir dans cette opération.
Ces conditions ne concernent pas uniquement la per-
sonne quilit sur les lèvres, mais encore celle qui parle:
occupons nous d'abord de cette dernière.
— 135 —
Celui qui s'adresse à une personne sourde doit se pla-
cer en face de celle qui lit sur les lèvres à une distance
raisonnable de 0, 50 e àl m ou l m ,50. Il doit autant que
possible se tenir immobile ne faire aucun mouvement
de la tête et des bras . Il faut que son visage soit bien
éclairé afin que le sourd puisse apercevoir les mouve-
ment des organes. On parlera naturellement, distincte-
ment pas trop vite, les mots ne seront pas séparés en
syllabes.
Le sourd qui veut lire sur les lèvres doit apporter
dans cet exercice la plus grande attention et la plus
grande volonté ; il doit tourner le dos à la lumière s'ha-
bituer non pas à deviner mais réellement à lire ce qu'il
voit. Il faut que cette lecture devienne spontanée et
rapide, éviter autant que possible de faire répéter celui
qui parle.
Il faut de plus qu'il s'habitua à lire à des distances di-
verses et qu'il s'exerce" à la lecture sur les lèvres avec
un grand nombre de bouches. Lire souvent, lire vite, tel-
le sera sa règle de conduite.)
A défaut de personnes, il se placera devant une glace,
il prononcera des syllabes, des mots, des phrases regar-
dant attentivement les mouvements de ses organes, ha-
bituant son œil à les reconnaître.
N'oublions pas que nous devons aux personnes sour-
des toute notre bienveillance, toute notre aide, toute
notre bonne volonté, pour les aider à "reconquérir leur
place dans leur foyer.
Résultats auxquels on peut arriver.
Pour parvenir à suppléer aux oreilles à l'aide des
yeux, nous venons de voir que le sourd doit appren-
dre et arriver à lire véritablement sur les lèvres
et non pas à deviner. Tous les efforts du maitre
devront donc tendre à assurer cette lecture ; il
— 136 —
devra être convaincu que les exercices de syl-
labation, les combinaisons multiples des sons entre eux
sont le meilleur moyen d'obtenir ce résultat. De la pré-
cision apportée dans ces exercices, de leur rapidité, de
la parfaite assurance du sourd dans leur pratique dé-
pendra le succès final. On ne saurait vouloir aller trop
vite sans risquer de le compromettre et perdre le fruit
de tous ses efforts.
Que le sourd nous apporte en retour une confiance
absolue et une ferme volonté d'arriver, il nous donnera
ainsi le meilleur moyen d'action, le levier le plus
puissant. Qu'il soif bien persuadé que de lui dépend
tout le succès de l'entreprise. En pareil cas vouloir
c'est pouvoir. Les observations multiples recueillies
jusqu'à ce jour permettent d'affirmer que l'âge n'a ja-
mais été un obstacle à cet exercice, tout au plus pour-
rait-on trouver une difliculté dans l'affaiblissement des
organes de la vue, dans un défaut de ce sens. Puisse
notre travail tomber entre les mains de quelques uns
de ces désabusés, leur rendre l'espérance, et leur donner
Dieu aidant, le désir et la volonté de recouvrer en partie
ce qu'ils'avaient perdu.
Ad. Bélanger
FIN
— 137 —
L'AMOUR
CHEZ LES AVEUGLES & LES SOURDS-MUETS
M. Victor Cherbuliez analyse dans le dernier numéro
de la Reçue des Deux-Mondes, les lois, les méthodes et
les joies de l'imagination dans ses rapport» avec le
monde terrestre. C'est la deuxième partie d'une étude
que . réminant académicien a entreprise sur l'art et la
nature, sujet maintes fois.traité.mais auquel l'ingéniosité
de l'écrivain vient de prêter uu attrait nouveau.
M. Cherbuliez, en parlant de la puissance évocatricede
l'imagination fait allusion aux aveugles-nés chez lesquels
la plupart des images sont représentées par des sons.
«Pour eux, dit-il, la beauté d'une femme, c'est sa voix et
quand l'amour s'en mêle la douceur de cette voix les
accompagne partout. »
Cette phrase a éveillé en nous le désir de savoir
comment l'amour naît en général chez les aveugles. Et
comme nous avons été amené par la même occasion,
à penser à une autre classe de déshérités, celle des
sourds-muets, nous avons compris ces derniers .dans no-
tre enquête. Le lecteur se dira bien qu'il ne nous est
guère possible de donner à une pareille question, dans
un article de journal, le développement qu'elle compor-
te. Aussi nous bornons-nous à indiquer d'une main lé-
gère les particularités qui nous ont paru les plus inté-
ressantes.
Les sourds-muets sont plus aptes à éprouver le sen-
timent de l'amour que les aveugles, car l'amour naît le
plus souvent de la joie que donne à l'œil la beauté de la
forme animée et colorée. Il manque assurément au sourd-
muet la faculté de sentir le charme de la voix. C'est
— 138 —
pourquoi la sensation de la beauté n'est pas aussi inten-
se chez lui que chez nous. Mais s'il ne lui est pas non
plus permis d'exprimer ses sentiments par la parole,
il lui reste le regard.
« Et qu'y a-t-il de plus éloquent que le regard ? »
m'écrivait hier un jeune sourd-muet.
Nous pouvons même dire que les sourds-muets vivent
presque uniquement par les yeux. C'est ainsi qu'un de
leurs couples mariés nous écrivait aussi :
— Vous verrez le pins souvent les sourds-muets s'unir
entre eux. Mari et femme, ils n'ont qu'à se regarder pour
se comprendre. Comme ilsn'ontpoint l'usage de la parole
toutsetraduitchezeux,parl'expression du visage. Ils sont
ainsi d'excellents physionomistes. Un mari n'a qu^jeter
un regard sur sa femme pour descendre jusqu'au fond de
son être. 11 est deux autres raisons cependant qui
font que le sourd-muet est toujours porté à prendre
pour compagne un être privé comme lui du sens de la
parole et de l'ouie: la première c'est que l'homme n'ose
pas choisir une femme vis-à-vis de laquelle il éprou-
vera un sentiment d'infériorité et la deuxième celle-ci
la plus importante, c'est qu'il a de l'hésitation à abriter
sous son toit une compagne qui pourra s'entretenir, en
sa présence avec des tiers, de choses qui lui seront
étrangères.
> C'est même cette dernière raison qui explique la
violente jalousie qu'éprouvent en général les sourds-
muets. Ils sont pour la plupart d'une extrême méfiance
et comme, lorsqu'ils ont un sujet de mécontentement,
ils ne peuvent .traduire leurs sentiments que par des
gestes, ils arrivent à être d'une brutalité excessive. D'au-
irepart, comme l'amour n'est éveillé chez eux que par
la beauté plastique et colorée, il est d'une essence moins
immatérielle que chez ceux a qui il apparaît enveloppé
d'autres grâces. Il y a beaucoup plus de l'homme d'action
que du rêveur chez lé sourd-muet. Aussi, vous diront-
ils tous qu'ils n'aiment point les vers. Non seulement
— 139 —
la cadence leur échappe, mais ils n'entendent rien aux
sujets abstraits et vagues que traitent les poètes.»
Bien différents sont les aveugles, pour qui l'harmonie
des sons est une joie si vive. Ils aiment la musique, ils
aiment les vers. Ils sont même poètes;
Ses beaux accents ont tant de charmes
Que je ne puis les définir ?
Mais, dans mes yeux je sens des larmes,
Quand il m'en vient le souvenir.
Dans mes yeux je sens des larmes ! » Ce sont des yeux
d'aveugle qui n'ont jamais vu sourire la bouche d'une
femme, ni se teinter d'incarnat la joue d'une jeune fille,
des yeux qui n'ont jamais vu se mouiller d'autres yeux :
Mais combien l'oreille cherche à suppléer au vide du
regard ! que d'efforts pour emplir l'être de félicité
par l'ouie ?
11 me souvient de ses bonnes paroles,
De ses chansons, de ses promesses folles,
Quand nous errions, tous les deux dans les bois.
Mais j'ai perdu le timbre de sa voix.
Et cependant il était bien suave .
Sonore et doux, ni trop haut ni trop grave;-
Je l'écoutais avec ravissement.
Où donc est-il ce cher bruissement?
Je me croyais moins enclin àToubli! (*)
—Ah! monsieur me disait un aveugle-né la voix, un
timbre frais et caressant, tout est la pour nous. C'est
d'un babil de jeune fille, d'une parole amie dite avec
grâce d'un couplet léger entendu par l'entrebâillement
(1) Chants _et Légendes de l'aveugle, par Bdgard Guilbeau, profes-
seur d'histoire à l'Institut National des jeunes aveugles.
— 140 —
d'une port©, que nous vient l'amour le plus souvent. Les
fleurs et les feuilles se révèlent à nous par le parfum, et
les fruits par le toucher; mais la femme nous apparait
tentante et désirable par la voix. Je ne dis point que la
pénétrante odeur et le soyeux d'une tète blonde nous
laissent indifférents, non plus que nous restions insen-
sibles à la caresse d'une main délicate et souple. Mais
l'instrument de magie, pour nous, c'est la voix ! Un tim-
bre harmonieux fait tresssaillir de joie toutes les fibres
de notre être, nous caresse, nous berce, nous enchante
plus que je ne saurais dire. Nous en percevons et en
savourons toutes les nuances, toutes les délicatesses.
Nous voudrions que la femme aimée chantât toujours,
parlât toujours, rit toujours, occupât perpétuellement
notre oreille, car ne nous la possédons jamais plus que
lorsqu'elle nous fait entendre sa voix:
Et un autre me dit :
— Quand nous rêvons, c'est encore l'ouïe qui éprou-
ve des sensatiens chez nous. Le songe ne nous montre
rien, puisque nous n'avons jamais rien vu ; mais il nous
conduit au théâtre, dans les réunions, partout ou l'on
chante, où l'on parle.
» Ainsi, l'autre jour, je rêvais que j'étais en Angle-
terre, où je me suis rendu déjà, et j'entendais parler
l'anglais par des voix inconnues, au nombre desquelles
se trouvaient des voix de femmes, douces et chantantes
Toujours la voix ! Quand j'avais quinze ans, j'allais me
promener sur les bords de la Loire, avec une petite
paysanne de mon âge. Etait-elle jolie ? Je n'en sais rien
En tout cas, elle était bête à faire pleurer.Mais elle avait
une voix d'une fraîcheur exquise. Quand elle disait ;
«Monsieur Paul, je rapporterai votre conduite à mada-
> me. » elle me jetait dans le ravissement, car elle disait
cela d'une façon toute particulière . Ce fut mon premier
amour.
Un autre me dit encore :
— A vingt ans je faisais dix-huit kilomètres à cheval
pour passer un quart d'heure auprès de celle que
- 141 —
j'aimais- Uu jour le cheval s'emporta, je fus arraché
miraculeusement à la mort. Quelques instants après, je
n'y pensais plus. J'enteudais parler ma bien-aimée.
Et un dernier me dit :
— Monsieur je pars en voyage dans huit jours. Je vais
dans le Nord, à un endroit qui est pour moi une sorte
de paradis. Il y dans ces parages une quantité
innombrable de sources, de torrents, de cascatelles, de
ruisseaux, dont les bruits et murmures, mêlés à ceux
de la brise dans les branches, sont d'un enchantement
sans pareil. Et puis. .. Et puis, j'irai à la mer. Oh! le
clapotement des vagues ! Cela endort les regrets.
Il se tut, puis reprit tristement :
— La voix que j'ai aimée s'est éteinte, monsieur.
Ange Galdemar
(Le Gaulois)
LA PHOTOGRAPHIE DE LA PAROLE
Une toute petite note, d'allure fort modeste, a été
insérée dans le dernier Bulletin des comptes-rendus de
l'Académie des sciences, et elle a certainement passé
inaperçue pour le plus grand nombre. Elle annonçait
cependant les résultats d'une étude du plus haut intérêt
poursuivie depuis quelques mois par son promoteur : la
photographie de la parole.
— Et pourquoi photographier la parole, me direz-
vous? Quel besoin avons-nous de connaître, sous une
forme nouvelle, ce que perçoit si facilement et si natu-
rellement notre oreille ? La parole est un assemblage
de sons et nous ne voyons pas bien du reste de quelle
— 142 —
façon elle peut être fixée sur la plaque sensible de l'ap-
pareil photographique.
La parole est, en efiet, un non ou un assemblage de
sons, pour nous qui avons la bonne fortune d'entendre.
Considérée à ce seul point de vue, elle n'existe que
pour une classe privilégiée des habitants de notre
planète, la classe la plus nombreuse, fort heureusement
mais enfin une dasse qui n'est point la totalité des êtres
humains.
Toute une grande famille de déshéritésnon seulement
n'entendent point, mais ne sont point non plus aptes à
exprimer par la voix leurs pensées. Pour ceux-là, la pa-
role a une toute autre définition que celle que nous au-
tres, heureux possesseurs de nos facultés, formulons
d'une manière passablement égoïste.
Le sourd-muet n'entend pas. Il lui est donc radicale-
ment impossible déjuger la parole par le son. La parole
n'est pour lui que l'assemblage et la succession des mou-
vements divers que nous imprimons aux organes qui nous
permettent de parler, et à la physionomie qui les entoure
et les complète.
Aucun de ces mouvements mécaniques n'échappe au
malheureux que la nature a privé de nos moyens or-
dinaires de communication verbale. Sur les inflexions
de nos lèvres, sur les mouvements imprimés à notre
mâchoire, sur la position de notre langue, le sourd-
muet lit notre pensée sans avoir besoin d'en entendre
la traduction sonore.
Virgile avait deviné cet affinement des sens du sourd-
muet lorsqu'il écrivait son fameux Mens agitât molem
que nous pouvons, pour les besoins de notre cause,
traduire librement par cette phrase : la pensée se lit
sur les lèvres.
Il y a quelques années du reste que cette vérité d'or-
dre moral est passée dans le domaine des constatations et
des réalisations pratiques. Grâce à une étude attentive
et d'une patience qui ne le cède à nulle autre, des savants
et desphilantropes ont noté ces phénomènes extérieurs
— 143 —
qui découlent de l'usage de la parole articulée, et en ont
fait un alphabet qui forme la base d'une éducation
toute nouvelle, destinée aux sourds-muets.
Hier encore, le sourd-muet en était réduit au langa-
ge silencieux. Le moyen de communiquer sa pensée à
un compagnon d'infortune existait bien pour iui, mais
il lui était interdit de converser avec l'un ou l'autre de
nous, mieux partagés par l'aveugle nature.
Aujourd'hui. le sourd-muet parle, il parle si bien,
grâce à cette imitation exacte qu'il a su faire de nos
gestes et de nos mouvements gutturaux, il lit si bien,
d'un autre côté, sur les lèvres de son interlocuteur, il
devine si rapidement sa pensée dans ses moindres déve-
loppements, que désormais on peut dire en toute sincé-
rité que l'oreille et la parole lui sont rendues à tout
jamais.
Voyez plutôt ce qui vient de se passer, il n!y pas de
cela un mois, dans les examens pour le certificat d'étu-
des primaires dans le cinquième arrondissement pour
lequel concourait huit élèves de notre institution natio-
nale de la rue Saint-Jacques.
Que ces huit infortunés aient rempli toutes les con-
ditions requises pour les examens d'ordre purement
écrit, compositions de littérature, d'histoire ou de
sciences, rien que de naturel. Mais l'examen oral, les
interrogations posées par le professeur, que leur surdité
naturelle les empêchait d'entendre, et auxquelles leur
mutisme de naissance leur interdisait de répondre ?
Eh bien ! cela s'est admirablement passé, L'élève
sourd-muet lisait les demandes sur les lèvres de l'exa-
minateur. Les 'gestes extérieurs du professeur réper-
cutaient immédiatement à son cerveau la pensée qu'ils
exprimaient et à laquelle il répondait, sans s'entendre
lui-même, en imitant, selon l'éducation qu'il avait re-
çue les mouvements propres à composer les syllabes
sonores et par suite les paroles et les phrases.
Quelle merveille? Faire entendre, faire parler les
sourds-muets, répondre victorieusement â la phrase
— 144 —
célèbre des livres saints; Aures habent et non auùienP.
(Ils ont des oreilles et ils n'entendront pas. ) Quelle
somme d'observations méticuleuses et de patience in-
vincible il aura fallu pourarriver à établir cette sorte de
grammaire du mouvement à l'usage de ceux que la na-
ture a privé de l'ouie et de la voix!
C'est ici que se place le résumé de la remarquable
commnuication à laquelle nous faisions allusion dès les
premières lignes de cet article, faite par l'un de nos
plus subtils observateurs, M, O. Demeny, préparateur
de la station physiologique installée au parc des Princes .
S' appuyant sur les remarquables études de son maître
l'illustre professeur du Collège de France, M, Marey,
M. Demeny pensa que comme on pouvait saisir, au
moyen de la photographie instantanée, les diverses pha-
ses du mouvement d'un corps animé ou non, il était
possible de fixer les mouvements des lèvres et du visage
qui correspondent à l'émission des sons dont l'assem-
blage forme la parole.
S'il est possible de saisir, dans l'espace extrême-
ment court d'une seconde, dix, vingt, cinquante poses
successives d'un homme à la course, d'un sauteur,
d'un cavalier, d'un oiseau qui vole pourquoi n'en ferait-
on pas autant du mouvement des lèvres d'un homme
qui parle ?
M. Demeny se mit à l'œuvre; Il choisit une phrase
typique, qu'un sujet prononça assez lentement devant
l'appareil chronophotographique de la station physiolo-
gique. Une cinquantaine d'épreuves furent obtenues,
reproduisant toutes les phases du travail musculaire
nécessaire à la formation des sons successifs.
Il ne restait plus qu'àjnsérer ces cinquante épreuves
dans le zootrope, ce petit appareil que vous avez tous eu
entre les mains, et que vous pouvez, dans tous les cas
vous procurer chez tous les marchands de jouets. Un tour
du tambour du zootrope, et ô comble de l'étonnement!
vous voyez parler la photographie, les lèvres s'ouvrir
— 145 —
ou se contracter, les dents se serrer, lalangue s'avancer
ou se retirer, suivant les syllabes prononcées.
N'en douiez point, chers lecteurs. Vous pouvez m'en
croire sur parole. M. Demeny a bien voulu, dans une
visite que je lui ai rendue ces jours derniers, faire
tourner son zootrope, — un instrument spécial il est
vrai, un peu plus délicat que nos joujoux habituels, —
et donner d'un, simple tour de roue, la vie à la longue
bande de clichés photographiques représentant, à des
intervalles presque inappréciables d'un vingtième ou
d'un trentième de seconde, les diverses figures de
« l'homme qui parle ».
Le résultat obtenu par M. Demeny est s*i admirable
dans sa simplicité et sa précision scientifiques qu'un
élève de l'institut des sourds-muets amené devant le
zootrope de la station physiologique a pu lire parfai-
tement sur l'image animée qu'il avait devant lesyeux, les
voyelles, les diphtongues et les labiales enfermées dans
la phrase photographiée.
Il n'est pas besoin d'aller plus loin. Ce résultat, le
premier obtenu parles méthodes modernes de la chro-
nophotographie, nous dicte déjà la conclusion des sa
vantes expériences de M. Demeny.
L'éducation vocale des sourds-muets faite jusqu'à ce
jour au moyen d'observations prises sur des sujets par-
lants pourra désormais être sinon faite entièrement, du
moins aidée et complétée au moyen d'épreuves d'alpha-
bets photographiés dont la réunion pourra former
une véritable grammaire vivante de la parole dans la-
quelle chaque son sera représenté par son équivalent
photographié reproduisant le mécanisme qui lui donne
naissance.
Désormais il nous faudra donc rayer définitivement du
dictionnaire le mot de sourd-muet. Le sourd-muet parle
— 146 —
déjà. Grâce à la photographie de la parole sa langue se
déliera pour toujours. Arriverons nous jamais à rendre
sensible son oreille endormie? Le miracle serait alors
complet. Qui sait s'il n'est pas possible tout comme celui
que nous enregistrons aujourd'hui!
Thomas Grimm
( Petit-Journal)
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Institution de Lyon ( Villeurbanne )
Fête tout à fait charmante, hier, à l'institution des
sourds-muets et des jeunes aveugles de Lyon, que diri-
ge avec tant d'habileté M. Hugentobler.
C'était le jour de la distribution des prix aux élèves
de cet établissement modèle, qui réunit 63 sourds-muets
et 12 aveugles.
Les invités sont reçus à l'entrée d'une façon tt es cour-
toise par un jeune homme, qui a pour chacun une paro-
le aimable de bienvenue; il s'exprime très bien les mots
sortent très nets de sa bouche, mais il vous regarde
avec une fixité gênante.
On serait mal venu de lui chercher querelle: c'est un
sourd-muet, mais un s?urd-muet qui, grâce à la métho-
de de M. Hugentobler, parle comme tout le monde avec
les lèvres; et slil ne perd pas de vue son interlocuteur
c'est que, au contraire du commun des mortels, il en-
tend avec les yeux.
Sous un vélum décoré de drapeau .t ont pris place les
élèves et une très nombreuse assistance.
La fanfare de Villeurbanne salue de la Marseillaise
l'arrivée des notabilités et la cérémonie commence,
M. Rivaud, préfet du Rhône, préside; il est entouré
de MM. Guichard, député du Rhône i président du conseil
— 147 —
d'administration de l'école, D r Lépine; Bonnand, con-
seiller général; Perrin, conseiller municipal de Villeur-
banne; Caseneuve, Cohendy, Bourgeois, professeurs à
la Faculté; Lasserre, cbef de cabinet du préfet; Fabre;
Varichon, Lévy Dollard, Bertholon, Vial, percepteur.
Ferrand, conseiller municipal de Lyon, etc.
M. le préfet ouvre la séance par une allocution spiri-
tuelle et pleine de sentiments élevés.
Après avoir affirmé l'intérêt que le gouvernement
porte aux œuvres philanthropiques comme celle de la
rue des Maisons-Neuves, l'orateur félicite M. Hugento-,
bler et ses collaborateurs pour le zèle infatigable et
l'opiniâtreté qu'il mettent à accomplir leur noble
mission-
M- Rivaud termine en présentant M. le docteur Lépine
qui nous charmera tout à l'heure par une conférence
des plus intéressantes.
Viennent ensuite deux chœurs joliment chantés par
les aveugles, les exercices oraux par les sourds-muets,
puis la conlérence de M. Lépine.
L'éminent professeur à choisi un sujet de cir constance,
il étudie avec une compétence rare la question si tou-
chante des aveugles et charme par son éloquente parole
l'assistance toute entière.
Le conférencier termine ainsi : « On a dit que l'homme
heureux est celui qui croit l'être. Si cette pensée est
juste comme j'en ai la conviction, faut-il s'étonner des
paroles qu'écrivait un jeune Suédois, sourd-muet et
aveugle après avoir reçu l'instruction du vénérable
Borg:« Je nesuis» plus malheureux;je puis lire, écrire et
je gagne ma vie en travaillant.... »
On applaudit ferme, et les aveugles chantent le chœur
dés Brésiliennes avec un ensemble parfait. Enfin on
appelle les lauréats qui, tout heureux, viennent se faire
couronner par le préfet et les invités de marque.
Nous en profitons pour visiter Ifs salles où sont expo-
sés le* travaux dos élèves ; il y a là de véritables chefs-
d'œuvre de patience. Nos sincères félicitations à toua
— 148 —
ces petits déshérités qui, comme le dit un moment
après M. Guichard feront des citoyens comme les autres
M. Guichard remercie ensuite M. Rivaud de l'honneur
qu'il a fait à l'école en assistant à sa distribution des
prix et fait des vœux pour le succès de l'œuvre que l'on
doit au dévouement de M. et M mt Hugentobler.
Voici les prix d'honneur, offerts par le Conseil d'ad.
ministration et MM. Berthelon, Fabre Perrin et Varichon
administrateurs, ils consistent en un livret de la Caisse
d'Epargne, de 10 fr. chacun ; ils ont été attribués aux
élèves dont les noms suivent :
Pour les aveugles, l 9 M Ue Marie Vessalli, de Lyon •
2° M. François Lacroix, de Pagneux (Ain).
Pour les sjurds-muets: 1° M. Claudius Chaflurin, de
Lyon; 2° Hugues Vernozy, de St-Just-d'Avray (Rhône);
3° Henry Raquet, de Lyon; 4° M 1U Antoinette Renaud,
de Lyon; 5° M" 9 Claudine Carrie, de Propières (Rhône).
Exercices des sourds-muets : leçon d'instruction civi-
que, organisation administrative de la commune, du
département, de l'État.
Fables récitées : Le Grillon, le Danseur de corde et
son balancier.
Poésie: Louis XI, par Béranger.
*
* »
Institution Nationale des sourds-muets de Chambéry
— Les examens' du certificat d'études primaires ont
donné cette année un nouveau succès à cette institution
nationale qui présentait deux élèves. Les jeunes
Sourigues (des Landes), et Depoil ( de Saône-et-Loire )
ont obtenu dans un très bon rang leur certificat d'étude;
faisant ainsi le plus grand honneur à leurs maîtres et à
leur école. Les deux écoles nationales de France, Paris
et Chambéry ont donc obtenu ensemble Dix certificats
d'études cette année.
Tjp. K" BÉLANGER .,,, R«. S.i n t-/ a c 3 ucs, Pari, '
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7™« année. N» 7 Octobre 1891.
NOTICE SUR L'EMPLOI
de
L'Audigène Verrier
L'Audigène, moyen de conversation. — En inven-
tant VAudigène, Monseigneur Verrier s'est proposé
deux fins. Il a voulu tout d'abord fournir aux personnes
L'Audigène Verrier
dures d'oreilles un moyen d'entrer en relation* avec
leurs semblables, et il s'est appliqué, pour cela, à mettre
à leur disposition un acoustique donnant la voix bien
nette, bien timbrée, sans résonnances métalliques, ni
mélanges de bruits confus, ne fatiguant ni l'oreille, ni
le cerveau, et permettant au sourd la conversation d'af-
faires, par exemple,pendant plusieurs heures, sans plus
de gène que n'en éprouverait un entendant. Les moin-
dres parties de l'appareil sont étudiées et disposées
dans ce but. Sans doute, ces exigences ont influé
sur la forme et les dimensions, faisant sacrifier l'élégance
à l'utilité ; elles rendent également la fabrication minu-
— 150 —
tieuse, longue et coûteuse : pourrait-en s'en plaindre
dès lors que la supériorité de YAudigêne en dépend?
Pour les sourds, qui ne demandent au cornet que ce
service, il n'y a pas d'autres conseils à leur donner que
de réclamer de leurs interlocuteurs une voix modérée,
appropriée à leur degré d'audition, autant que possible
bien égale et sans précipitation. Les cris doivent être soi-
gneusement évités, ils incojnmoderaient l'oreille sans la
mieux faire entendre. Le sourd introduit dans son oreille
l'embout de caoutchouc, en teftant avec la main, par
l'anneau de métal, la partie rigide du tube, de jnanière
à éviter les cassures et les angles ; il présente le pavillon
à la personne qui lui parle, en la priant de s'en appro-
cher assez pour se faire clairement entendre.
L'Audigène, curatif de la surdité. — Le moindre des
mérites de YAudigêne est de faciliter la conversation au
sourd, il est en plus curatif de la surdité, et c'est le deuxiè-
me but que l'inventeur s'est proposé. Mais, pour produire
ce résultat, inespéréj usqu'à cejour, il est évidentque Y Au-
digène, bien que d'une perfection incontestable compara-
tive ment aux autres acoustiques.n'agitpassanstravailet
comme par miracle; il demande soins, patience et
réflexion chez le sourd et exige des efforts, de l'intelli-
gence, de la persévérance de la part du professeur.
C'est un professeur, en effet, bien pénétré de son sujet,
qu'il faut pour faire rendre àl'ylwd^éwetoutce qu'il pro-
met. Afin d'épargnerdes tâtonnements plus ou moins longs
aux personnes qui voudraient entreprendre cetteltàche,
ardue sans doute, mais non ingrate, et dont la peine
s'eflace vite devant le succès, afin de les défendre contre
le découragement, on a résumé ici les observations et
les manières de procéder qu'une pratique d'une année
a inspirées aux Religieuses de-Notre-Dame du Calvaire,
dans leur école de sourdes-muettes de Bourg-la-Reine.
On pourra, par la suite, trouver mieux, et l'expérience
personnelle inspirera chacun ; ce n'est pas une méthode
achevée, c'est un simple essai qu'on livre au public pour
son utilité.
— 151 —
Observations- générales. — La première chose qui
préoccupera, à la réception de YAudigène, ce sera la
manière d'émettre la voix dans l'appareil. Faut-il parler
à distance, vaut-il mieux appliquer lé pavillon contre
la touche ? Nous indiquerons cinq positions différentes,
qui s'imposent selon les cas. 1° La plupart du temps, et
avec des oreilles réellement dures, il iaut poser le
haut du pavillon au-dessus de la lèvre supérieure, et
tenir le bas écarté de trois à quatre centimètres du
menton.
2° Pour les syllabes nasales bien accentuées, et surtout
quand l'élève a de la difficulté à les saisir et à les repro-
duire, qu'on ait bien. soin de remonter le pavillon de
manière à recouvrir le nez.
3° S'il s'agit d'ane surdité absolue, qui réclame une
grande amplitude de s^n, l'instrument devra être placé
contre lesjoues et le menton, de telle sorte que la voix
entre dans le tube sans la moindre déperdition.
4° L'oreille, au contraire, est-elle fort sensible, pour
lui mesurer la quantité de son qui lui convient, il sera
bon de n'appuyer le pavillon que par un côté, sur la
joue, en l'écartant plus ou moins de l'autre côté.
5° Enfin, après que, grâce à l'usage de YAudigène, on
aura obtenu une réelle amélioration de l'organe, on
pourra progressivement éloigner la bouche du pavillon.
Mais, dans tous les cas, la disposition de YAudigène, par
rapport à l'oreille malade, doit être toujours la même :
celle que nous avons indiquée plus haut, en parlant de
la conversation.
Gradation de la voix. — En commençant sa leçon,
le professaur doit, avant tout, chercher le degré de voix
qui convient à son élève, pour s'épargner à lui-même une
peine inutile, et éviter au sourd la sensation désagréable
d'un son trop fort. Si l'on voul ait expérimenter YAudigène
avec une oreille saine, il suffirait d'articuler sans
émettre un son perceptible à une oreille ordinaire, et
l'on serait distinctement entendu- A une oreille un peu
dure, il faudrait la voix basse; le demi-sourd distin-
— 152 —
guera facilement la voix ordinaire, celle de la conver-
sation. Un ton plus élevé sera nécessaire pour les
oreilles très sourdes. Quelle que soit la voix que l'on
donne, il faut qu'elle soit appropriée exactement à la
capacité de l'oreille malade, avec une tendance à en
diminuer chaque jour le volume. Aussi convient-il de
s'assurer, au début de chaque répétition, si un ton moins
élevé ne serait pas suffisant. Le progrès dans la sensi-
bilité est quelquefois très rapide et demande une grande
vigilance de la part du maître. Il peut arriver que
l'élève n'ait pas saisi une syllabe ou un mot sans que la
voix ait manqué de force; on devra répéter sur le même
ton, mais plus distinctement. Assez souvent, chez le
sourd, les deux oreilles sont inégalement impression-
nables ; il faudra faire l'éducation de chacune, comme
si elles appartenaient à des personnes différentes : à
l'une parler à voix basse, et sur un ton élevé à l'autre ;
donner à celle-ci des mots faciles ou de courtes
phrases ; faire la conversation ou la lecture avec celle
là. Généralement la voix de poitrine est préférable à la
voix de tête, et il la faut émettre distincte, bien' timbrée,
sans mélange de souffle. Les leçons doivent être fré-
quentes, trois ou quatre fois parjour, mais de peu de
durée, pour le sourd-muet surtout j cinq minutes suffi-
sent au début. Quand l'oreille est accoutumée à perce-
voir les phrases d'une conversation ordinaire, on peut
continuer pendant une demi-heure. Dès que le sourd
commencera à bien distinguer la voix, on pourra de
temps à autre essayer de lui parler sans l'aide de
YAudigéne. Cet exercice avertit le professeur du pro-
grès accompli, et le succès encouragera le disciple et
le maître. Mais, quels que soient les résultats obtenus,
tant qu'on n'est pas parvenu à la guérison radicale, con-
firmée par le temps, il faudra toujours revenir à l'emploi
de l'appareil qui, seul, agit d'une manière curative sur
l'organe.
L'on voit, par ee qui précède, que si la divine Provi-
dence met aujourd'hui un instrument merveilleux entre
— 153 —
les mains de ceux qui s'intéressent à la guérison de la
surdité, elle ne supprime pas l'effort, elle n'écarte
point le concours de l'homme. Se servir de YAudigène
avec intelligence et persévérance est même la condition
essentielle du succès. Mais, que le travail et les diffi-
cultés ne paralysent pas la bonne volonté de ceux qui
voudraient se consacrer à cette tâche si méritoire ; il
n'est pas de professeur qui ne puisse obtenir ce qui a
été réalisé dans V Institution de Bourg-la-JReîne, où il a
fallu improviser la manière de se servir de l'appareil,
dû à la charité et à l'intelligence de Mgr Verrier.
Ce qui a été dit jusqu'ici a son utilité, aussi .bien dans
l'éducation du sourd ordinaire que dans celle du sourd -
muet, ilest temps de signaler les différences qui doivent
distinguer l'une de l'autre.
L'Audigène appliqué aux sourds-muets. — D'abord
que peut-on espérer avec ces pauvres déshérités de la
nature? L'Audigène^ est-il capable de porter remède à
cette cruelle infirmité? Les faits répondent : « Oui, il eart
possible de donner aux sourds-muets, dans la plupart
des cas du moins, la jouissance d'entendre, même sans
appareil, après quelque temps, la voix d'un parent,
d'un ami, devenu leur interlocuteur. Oui, l'on p«ut
provoquer chez le sourd complet une sensibilité audi-
tive telle, qu'il puisse s'entendre parler lui-même dans
l'appareil, comparer sa voix à celle du professeur,
sentir la 'défectuosité de sa prononciation, et s'en
corriger >. Avantage immense, que sauront apprécier
les professeurs d'articulation, eux qui ont expérimenté
combien il est difficile de donner à certains sourds-
muets une bonne articulation, une parole intelligible et
une voix agréable. C'est ici le moment de dire bien haut
que YAudigène ne vient pas supprimer les leçons de
lecture sur les lèvres et d'articulation, il les réclame,
au contraire impérieusement, car il ne saurait se
passer de leur concours.
Mais comment faut-il procéder ? Le premier pas à
faire, c'est de pénétrer l'organe du son de la voix et de
— 154 —
l'y accoutumer, pour qu'il devienne apte à le distinguer
des bruits ou bourdonnements confus. Pour commencer
il n'y a pas à exiger de l'élève qu'il répète les sons
perçus, il suffit qu'il se rende compte que son
oreille éprouve une impression nouvelle. Il est
facile de constater que la sensation a existé; un mou-
vement involontaire des paupières le trahit, si l'élève
ne l'indique lui-même par les signes naturels de tête ;
oui, non. De même, il comptera avec ses doigts le nom-
bre de sons perçus, ou il marquera la prolongation du
son avec sa main allant de gauche à droite. Pour fixer
l'attention du sourd, et aussi éviter toute supercherie
il est important qu'il ne puisse voir le visage de son
professeur. On peut également simuler simplement la
parole dans l'appareil et lui demander s'il a entendu.
Ces premiers exercices se fontavec'dessyllabesoudes
mots bien nets et sonores : pa, fa, papa, etc. Du reste,
à quelque âge que l'on entreprenne la culture de
l'ouïe chez le sourd-muet avec VAudigène Verrier, il
faut assimiler son'oreille à celle d'un enfant de quelques
mois et procéder un peu comme la mère donnant au
cher petit les premières leçons de parole. Elle com-
mence toujours par des mots faciles à distinguer, et ne
craint même pas de dénaturer le nom des objets qui
l'entourent : baba, bobo, marna, Mo, tata, toutou, etc.
Et c'est ainsi qu'elle arrive à accomplir ces tours
de force d'audition et de paroles hâtives, qui sont
l'orgueil des mères. Cette observation nous fournit le
choix des premiers sons à faire entendre aux sourds-
muets : pa, pa, pa; pi, pi, pi; ap, apa, ap, apa ; ip
ipi\ po; pi; ép,' op, pou, pu, fa, cha, sa, la, etc
Tantôt on prolonge le sonvoyelle, tantôt on|le donne bref.
Ce premier résultat, c'est-à-dire faire percevoir le
son voyelle par l'oreille et l'y habituer, est plus ou
moins promptement obtenu selon les sujets ; mais que
le professeur se tienne en garde contre le décourage-
ment et ne se hâte pas de croire à l'incurabilité d'une
oreille parce qu'elle sera restée insensible dans plu-
— 155 —
sieurs expériences. Il est prouvé que certaines oreilles
demeurées inertes, après un mois de traitement, se
sont tout à coup sensibilisées, et ont fait dans la suite
plus de progrès que d'autres qui promettaient mieux
tout d'abord. Jusqu'à ce jour, YAudigène Verrier n'a
pas encore rencontré d'organe absolument rebelle.
Regardons donc Ce premier point acquis, et poursui-
vons notre marche. Il faut ensuite amener le sourd à
répéter ce qu'il entend, à tirer profit par conséquent de
son audition pour régler sa parole. La chose sera rela-
tivement facile pour le sourd démutisé par la lecture sur
les lèvres et l'articulation. L'habitude de l'imitation le
mettra vite en état de reproduire les émissions de voix
du professeur qui commencera par lui faire voir, sur ses
propres lèvres, lès mots dont-il transmet le son à son
oreille. Pour ceux qui ne savent ni parler, ni lire la
parole sur les lèvres, le travail est plus compliqué, puis-
qu'il faut mener les trois choses de front ; mais un pro-
fesseur dévoué ne se laissera pas arrêter par la difficulté.
Prenant les éléments les plus simples, il ne lardera pas
à faire prononcer la consonne p, puis la voyelle a, et
les accouplant, la syllabe pa. Peut-être la voix de l'é-
lève laissera-t-elle à désirer mais il y a moyen de la
corriger en l'obligeant à faire, dès' ce moment, la diffé-
rence de sa voix avec celle du professeur. On l'apprend
pour cela, à se répéter à soi-même, par V Audigêne, ce
qu'il a entendu. C'est possible, presque dès les premières
leçons. Si l'on redit deux ou plusieurs fois la même syl-
labe : pa, p%\ on devra la donner toujours sur le même
ton; le changement ferait croire à l'émission d'un son
nouveau. La voyelle a étant la plus facile à percevoir,
il faut s'en servir assez longtemps, avant d'entreprendre
les autres. On l'associe à diverses consonnes dont les
plus faciles sont le p et le f. L'inversion est vite pos-
sible;^, ap, apa, apap, apapa. La voyelle i viendra
ensuite, et ainsi des autres. Il ne sera pas nécessaire,
pour aborder les mots, d'avoir parcouru tout l'alphabet,
voyelles et consonnes, (L'association des lettres en sylla-
— 156 —
bes et en mots établit souvent des différences de sons
plus faciles à observer.) Mais un choix intelligent de
ces mots s'impose, en commençant par ceux qui renfer-
ment des consonnes explosives: poche, table, tableau
pupitre, carafe, canapé, chapeau, soupe ; et il vaut
mieux joindre l'article au nom dès que l'enfant est à
même de le distinguer et de le prononcer. Les exer-
cices se poursuivent par l'étude des doubles consonnes
pl,fl, st, hs (oc), cr, etc. Après quoi viennent les courtes
phrases du langage usuel : Il fait beau, il pleut, es-tu
malade? "tu es sage; ou bien encore les prénoms des
personnes de l'entourage. Quand un mot nouveau se
présente, il est nécessaire de le décomposer, afin que
l'élève se pénètre bien de ses divers éléments. Ainsi:
parquet,. pa, pa> ar, ar, par; rq, rq, parq; guet,
quet, parquet.
Le professeur comprendra de lui-même qu'il est bon
de revenir souvent, les premiers mois surtout, aux
éléments isolés, comme un bon pianiste qui reprend
fréquemment la gamme.
Certains, sourds établiront sans tarder la différence
des deux notes &~±— -jL- J ËË . Un mot donné tantôt
avec une voix grave, tantôt avec une voix aiguë, pour-
ra être reproduit sur le même' ton que celui du profes-
seur; c'est un acheminement aux leçons d'intonation
qae l'on aborde aussitôt que l'élève entend et distingue
la petite phrase. Le ton interrogatif se saisit assez faci-
lement par une oreille déjà cultivée. Il ne faudra
pas attendre longtemps pour lui faire entendre
sans l'appareil des mots simples prononcés à une
certaine distance que l'on augmente progressivement.
Cet exercice donne de l'acuité à l'organe.
Remarque importante. - Chez l'enfant, l'enseigne-
ment auditif marche de front avec l'enseignement de la
langue et de la lecture sur les lèvres; le premier ne doit
— ■ 157 —
absorber que la minime partie du temps consacrée à
l'instruction.
L'Audigàne Verrier et la surdité ordinaire. — Pour
terminer ces observations,, déjà longues, bien qu'inçom
plètes, il-convient de dire un mot 'de la guérison de la
surdité ordinaire, c'est à-dire contractée ou développée
après l'éducation de la parole déjà achevée. Les résul-
tats obtenus jusqu'à ce jour prouvent qu'on en peut ten-
ter avec succè* l'expérience. Quant aux règles à suivre,
il n'y en a pas d'autres que celles indiquées pour le
sourd-muet, avec cette' différence pourtant, qu'il n'y
aura lieu de remonter aux premiers éléments que dans
les cas de surdité absolue et déjà ancienne, avec le s
oreilles tout à fait déshabituées d'entendre; mais, pour
la plupart on passera vite des mots aux courtes phrases
puis à la conversation, et, sans beaucoup tarder, à la
lecture. Ce travail démande surtout, de la part du maitre,
une grande attention, pour mesurer à chaque oreille le
son qui lui est bon. L'amplification du son par' V Audi-
gène Verrier étant assez considérable, il faut en. venir
bien Vite à la parole simplement, articulée. C'est aussi
l'occasion d'entremêler les exercices à oreille libre et
ceux qui se font avec l' appareil; cette alternative tient
davantage l'oreille en éveil.
La conversation courante ne devient possible que
lorsque l'oreille est familiarisée avec un grand nombre
de mots d'un usage fréquent.
Quant à la lecture entendue avec VAudiffène, ou sans
l'appareil, elle doit achever l'éducation de l'oreille et
en consacrer les résultats
— 158 —
LE THEATRE ET LES SOURDS-MUETS
Depuis longtemps déjà, j'ai reçu d'un de mes anciens
élèves, M. Gaillard, une brochure intitulée « De t 'utilisa
tion des sourds-muets comme artistes mimes. Jusqu'à
présent, malgré mon plus vif désir, je n'avais point
trouvé l'occasion d'en parler; ayant essayé de la faire
naître un jour, j'avais voulu assister à une de ces pan-
tomines qui, l'hiver dernier, semblèrent vouloir se
mettre à la mode Je m'ylpris trop tard, le Petit Savoyard
qui fut monté par le théâtre des Nouveautés n'eut que
peu de représentations, cinq ou six je crois. La pièce
peu goûtée du public fut remplacée sur l'affiche. M.
G lillarl rejratte la disparition de la pantomine, il faut
croire que le public n'est pas tout à fait de son avis et
je serai curieux de savoir ce qu'il penserait d'une-
représentation théâtrale dans laquelle ses oreilles n'au-
raient rien à faire. De repos, de délassement point,
l'œil toujours aux aguets cherchant à saisir les nuances
de la physionomie, les attitudes du corps, les actions
simulées ou reproduites. Quelle fatigue, quelle atten-
tion soutenue ne faudrait-il pas ?
L,es spectateurs sourds-muets y trouveraient peut-étr a
leur compte, s'il y en avait dans la salle, il ne faut pas
oublier que les personnes privées de l'ouie, sont en Fran-
ce dans la proportion de 1 sur 1500.
Quand au public, soyez bien persuadé, qu'il n'y com-
prendrait pas grand chose; lorsqu'il se trouve en
présence de sjcènes mimées; son étonnement, sa surprise
se manifestent immédiatement, le constraste le charme
peut-être pendant quelques instants, mais ne lui servez
pas trop longtemps de ce mets, il s'en rebuterait bien
— 159 —
vite. Il admire, peut être parce qu'il ne comprend pas
s'il saisissait d'une -façon parfaite, il goûterait certaine-
ment moins ce plaisir.
Pourquoi nous dit M; Gaillard, n'utiliserait-on pas le
sourd-muet comme artiste mime, pourquoi 'ne se ser-
virait-on pas de l'habitude acquise par lui de rendre sa
pensée à l'aide des gestes de toute nature. A l'appui de
son dire, il nous cite ces conversations entre sourds, si
intéressantes, si palpitantes de vérité pour d'autres
sourds-muets — des pantomines jouées devant un public
sympathiqua, des succès obtenus par quelques-uns
des artistes improvisés.
Plus que tout autre, le sourd-muet est prédisposé
à cette pantomine dans laquelle tous cependant ne réus-
sissent pas de la même façon; les véritables artistes
seraient rares; un sourd-muet, artiste dramatique, se„
l'ait peut être un objet de curiosité, on viendrait le voir
pour lui-même, mais non pour la pièce dans laquelle il
jouerait et bien vite le bon public s'en lasserait.
Pour ma part, je ne me féliciterais pas de voir s'Ouvrir
devant les sourds-muets cette nouvelle carrière. Nous
ne devons pas oublier que nous poursuivons en France
la régénération plus complète du sourd par l'enseigne-
ment de la parole, Il est bon que tout le monde sache
que nos élèves ne sont pas des moulins à vent, mais
qu'ils tendent à se rapprocher de la grande famille,
qu'ils parlent, qu'ils comprennent la parole, qui sait si
l'avenir ne nous réserve pas la surprise d'arriver à en
faire entendre même un certain nombre. Je sais bien
que cette transformation complète n'en est qu'à son
début; mais je connais de jeunes générations de sourds
qui seraient comme la plupart d'entre nous, dans une
grande perplexité s'il leur fallait interpréter en langage
ordinaire une scène mimée, quelle qu'elle fut.
Je ne parle pas des difficultés de toutes sortes que
rencontreraient nos jeunes artistes privés de l'ouïe et
qui pourraient leur créer de bien grands embarras.
Dans la dernière partie de sa brochure, M, Gaillard
- 1Ô0 —
aborde uuautre côté Âe la question. On reprenait l'an-
née dernière au Théâtre National de l'Odéon, le drame
de Bouilly, très connu : L'abbé de l'Épéi. dans lequel se
trouve un rôle de sourd-nîuet, déplus, l'acteur chargé
du rôle de l'abbé doit également, à un certain moment,
faire quelques signes à son élève. Le Directeur de
l'Odéon, M. Porel, nous fit l'honneur de nous demander
de donner quelques conseils aux artistes qui remplis-
saient ces rôles; c'est donc à moi que reviennent les
critiques que M. Gaillard adresse à lajeune artiste, tous
les compliments sont bie v n pour elle, je sais parfaite-
ment la valeur qu'ils ont sous laplume d'un observateur
comme lui «Les gestes de l'actrice ont une grâce inef-
fable, c'est certain, bien qu'ils soient un peu brusques.
Elle a eu des scènes mimées supeibes qui m'ont fait
l'applaudir à tout rompre alors qu3 les Philistins delà
salle écarquillaient des yeux énormes. » et plus loin :
« Une chose était au-dessus de toute critique: la façon
obstinée avec laquelle elle regardait la sœur de l'avocat
Très sourde-muette,, cette façon de regarder une
belle personne. »
Passons aux reproches: « M Ue Sanaville a plutôt exa-
géré la nature du sourd-muet et singulièrement traves-
ti sa façon de regarder et d'-écouter dans la compagnie
des entendants. » Puis «pendant les dialogues entre
l'abbé de, l'Épée et Franval, pendant les colloques entre
tous les personnages, elle n'observait pas assez la phy-
sionomie des acteurs, ne faisaient pas assez d'efforts pou r
deviner ce qu'ils se disaient. Tout le monde sait que telle
est pourtalit,:!^ contenance du sourd^muet en -public »
Mais non, le public ne connaît pas le sourd-muét, le
théâtre, est- rempli de conventions de toutes sortes, il
était,à eptôndre que le jeune sourd-muet observant par.
trop, n'eut par l'air absolument sourd,- l'antithèse n'eut
pas alors été assez frappante, il eut semblé au contraire
chercher à entendre ce qu'on pouvait dire. J'aime
mieux M ,nC Talma nebougeant'pas lorsqu'un décor tombe
avec fracas près d'elle, lors même qu'un sourd-muet
- 161 —
aurait parfaitement, tressauté, l'exagération produisît
son eflet sur le publie, le contraire aurait détruit tout
le charme.
Lorsque dans une pièce se trouve un rôle de sourd-
muet pourquoi ne pas le faire remplir par un sourd-muet
lui-même, nous dit M, Gaillard. A ce compte si dans
une autre pièce se trouvait un aveugle, il n'y aurait qu'à
mettre un de ces malheureux dans le rôle qui serait
ainsi plus nature.
Nous ne sommes pas de cet avis, ce serait une espèce
de naturalisme au théâtre qui- souvent détruirait bien
des illusions qu'il nous faut conserver à tout prix. Dans
ce cas que le sourd-muet soit le modèle, le conseil s'il
se peut, là'doit se borner son rôle. Le théâtre est un
plaisir dont bien des entendants se passent par raison
ou par nécessité, que le sourd se range daus cette caté-
gorie et il ne sera pas plus malheureux pour cela.
Ad. Bélanger
REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS
Blaetter fur Taubstummeabildung
M r Paul-Metz publie aux N os 11 et 12 un article ?ccs le
titre : L«s exercices préparatoires au développement, des
sons ou les éléments des sons. Il y a quelques années,
M. Paul a fait paraître une brochure sur la voyelle A" qui
n'a pas trouvé l'accueil qu'elle aurait mérité.
L'article de M. Paul est formellement et matériellement
bien écrit. Après une courte introduction, il traite de l'es-
sence et de la division des éléments phonétiques, 2° des ex-
ercices préparatoires proprement dits, 3° des mouvements des
poumons, 4° des mouvements des organes de la bouche ( la
bouche, 1rs lèvres et la langue), 5° du larynx, Il termine son
i L'.i.'iiii i f i-.-i\il<> par U n coup d' œil rétrospectif.
— 162 —
Dans le même numéro se trouve une communication sur
la législation norwégienne concernant l'enseignement des
enfants anormaux qui montre combien le gouvernement
norvvégien est soucieux de l'instruction de tous ses sujets
sans exception.
Rieraann Berlin fait une intéressante communication sur
son élève: l'aveugle sourde-muette, Hertha Schulze.
Sous le titre- Feuilles détachées de l'histoire de l'enseigne-
ment des sourds-muets, Emile Reuschert publie au numéro
12 un article sur le philanthrope H'olke comme professeur de
sourds-muets. Wolke est né en 1741 à Jeverctil est mort en
1825. il a publié sa méthode d'enseignement en 1780, elle fut
traduite en français sous le titre : Méthode naturelle d'ins-
truction. " —Aux numéros 13 et 14 se trouve la première
partie d'un article par Knauf: l'enseignement de la langue à
l'école des sourds-muots basé sur des principes naturels.
Aussitôt que la seconde partie aura paru, je reviendrai sur
cet article qui offre un grand intérêt. —
M. Vatter pose concernant M. Heidsieck.au numéro S p. 138
de l'Organla question. " Qui, outre moi parmi les 600 maîtres
de sourds-muets éleva sa voix en 1887, lorsque M. Heidsieck
commença à écrire contre la méthode d'articulation? "
Relevant cette question, M. Roetgon à Aix-la Chapelle y ré-
pond sous le titre „ clarté et vérité" en cherhant à prouver
que M. Vatter n'est pas le seul qui ait élevé sa voix contre
les prétentions de Heidsieck, mais qu'il y en eut encore
d'autres parmi lesquels il se trouve.
Au numéro 15 se trouve un article par H. Stolte sous le ti-
tre .- Klassen-oder Fachlehrer. c. à. d des professeurs qui
enseignent toutes les branches dans une classe ou seulement
une branche dans toutes les classes. Après avoir examiné le
pour et le contre de chaque système, il arrive à la conclusion
de réunir les deux systèmes, de telle sorte que les avanta-
ges de chacun puissent se faire valoir.
Se basant sur un aperçu historique du directeur Kirl'el à
Kempen, \V,W. publie au même numéro un article sur l'ins-
titution de sourds-muets de cette ville qui vient de célé-
brer son jubilé de S0 ans. L'école lut ouverte le I e '' Mai 18U.
Au numéro 16, Schlott publie un article sur l'éducation dos
sourds-muets à l'obéissance. Quoique l'article ne contienne
— 163 —
rien de nouveau, il faut cependant reconnaître que l'auteur a
très-bien traité la matière.
M. Hilger termine dans ce numéro son article ; de la prati-
que pour lapra'ique, les nombres de 1 à 20 dans l'école' dos
sourds-mu f t«.
L n numéro 17 publie sous le titre: „Un nouveau cornet
acoustique, son emploi et son effet " le contenu de l'article
publié par la R^vue française. L'auteur promet de t'»,nir les
lecteurs dos Rlastter au courant sur l'invention de Monsei-
gneur Verrier.
L'article de Krause-Wriezen au numiro 18 sur le premier
enseignement religieux mèrito d'être étudié. L'auteur dit qu'il
n'èirit q.ie pour oui qni a^j3ptent le principe posé par Pes-
tilozzi qu a , le but de l'instruction et de l'éducation dans
l'école primaire est la civilisation générale de l'homme ou la
culture de chaque individu, non pas dans un but étroit,'mais
à l'emploi des forces que Dieu lui a données, pas à un cer-
tain dogme politique ou religieux, mais à l'éternel, idéal de
la noble humanité. Le plus sur moyen d'arriver [ft cet idéal
est de l'avis de M. Krause : l'euseignement religieux.
Hoffinann-Ratibor fait le eompte rendu d'un livre qui est
à sa troisième édition: l'a me de l'enfant par Preyer et qu'il
voudrait voir dans la blfbliotliéque de chaque professeur de
sourds-muets. Ce livre traite du développement 1° des sens
2 : de la volonté, 3 e de l'intelligence et de la langue.
Au numéro 1J so trouve une causerie psychologique par
Wemlc sous le titre : " de la sensibilité à l'idée" qui contient
des choses assez intéressantes.
W. W. publie un compte-rendu d'un traité imprimé dans
la Revue de l'hygiène de l'école : " Sur la surdi-mutité et la
nécessité de chercher à la guérir." Après avoir constaté tout
ce qui se fait pour le sourd-muet par l'enseignement, le
docteur Pluder examine ce que l'otiatrie doiUfairc concernant
la surdi-mulité, aile aussi a le devoir de contribuer à l'amé-
lioration du sort des sourds-muets.
An numéro 20 se trouve une étude sur le développement
des idées par Riemaun- Weissenfels. Se basant sur la sen-
tance de Polack, „ Tout ce qui dans l'enseignement ne de-
vient pas une idée claire et nette dans notre esprit est perdu
pour notre développement intellectuel etc. 11 conclut que la
première tache do l'enseignement est de développer les sens
— 164 —
de l'on fan t, d'éclaicir rt de ranger ses idées. L'article ofire
beaucoup d'intérêt. Nom moins intéressant est un travail
par Hermann-Elberfeld sous lo titre'; de la pratique pour la
pratique, traite avec des élèves d'une classe supérieure de
la taupe. La manière dout M. Herrmann traite son sujet mo
plait; mais j'avoue que je suis de l'avis de la rédaction, que
l'auteur de cet article a embrassé trop de matière.
' M. F. M. Cuppers, cand, med. fait connaître un nouveau
cornet acoustique, ;nventé par le docteur Asclicndorf à
Wiesbade qu: offre, selon lui. de grands avantages.
Renz-Stuttgart
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
E. Alberge et H Gaillard, — Emmeline nouvelle précédée de
Ambitions de sourds-muets; Hrèlaade pr Henri Gaillard, ln-8
48 p. librairie M Sorbet, 181, Palais Royal 1S9L Prix 1 fr,
Je viens de recevoir et veux remercier tout d'abord.
M. H. Gaillard de cette brochure, que j'ai lue avec le
plus grand intérêt. De la nouvelle; Emmeline. Je vou-
drais dire peu n'ayant nullement le désir et encore moins
l'habitude d'apprécier des œuvres de cette nature, Quoi-
que M. Gaillard ait pris soin dans sa préface de nous in-
diquer la part de collaboration personnelle qui lui re-
vient pour ce travail, il me semble difficile de donner des
appréciations qui porteraient peut- être sur les deux
auteurs, mais n'atteindraient pas assez particulièrement
celui dont je veux m'occuper, celui qui m'intéresse: le
Sourd.
Je reviens donc à la préface; Ambitit-ns de Sourds-
muets, dans laquelle notre auteur réclame pour lui et
ses frères, d'infortune le droit à la vie intellectuelle.
- 169 —
Institution Nationale de Chambèry —M. Blandin an-
cien député de la Marne, ancien Sous Secrétaire d'état
au ministère de la guerre, chevalier de la Légion d'Hon-
neur vient d'êtra nommé Directeur de l'institution na-
tionale de Çhambéry en remplacement de M. Baudard
appelé à d'autres fonctions.
M. Horrie commis aux écritures à'1'Institution Natio-
nale de Paris a été nommé Econome de l'Institution
Nationale de Chambèry,
nstitution d'Elbeuf. — Samedi dernier a eu lieu, sous
la présidence de M. Maille, conseiller général, la distri-
bution des prix aux élèves de l'école des sourds-par-
lants, dirigée par M. et M me Gapop.
Cette fois, la cérémonie a eu lieu en petit comité et
pour ainsi dire en famille et le public, qui porte à l'ins-
titution un intérêt si sympathique, a été privé du plaisir
qu'offraient les petites scènes jouées par les élèves les
plus avancés, les plus près de la parole. Il y avait à cela
plusieurs raisons. D'abord les élèves qui interprétaient
ordinairement ces petites comédies ou dialogues ont
terminé leurs études et sont aujourd'hui à même de ga-
gner leur vie par leur travail. D'un autre côté les bons
effets dus au zèle et au dévouement de M. et M™" Capon
ayant été appréciés comme ils le méritent, le départe-
ment a envoyé à l'établissement plusieurs boursiers, et
il a fallu ouvrir un cours supplémentaire. Or si l'on son-
ge que pour arriver* à faire parler correctement un
muet, il ne faut pas moins de huit années d'efforts per-
sévérants, de patience infatigable delà part des profes-
seurs qui se vouent à cette tâche si laborieuse et si uti-
le, et d'assiduité de la part des élèves, on comprendra
que cetto fois les éléments manquaient. Avec des débu-
tants on ne pouvait pas offrir à des auditeurs, si bienveiU
— 170 —
lants qu'il fussent, une distraction digne de leur intérêt
comme précédemment.
La séance a été ouverte par une allocution prononcée
par M. Maille, qui a rendu justice au mérite dévoué de
M. et M™ Capon, encouragé les élèves et assuré les uns
et les autres de ses sympathies et de toute sa sollicitude.
M, Jules Lequeux, ancien maire de Pont-de-1'Arche et
conseiller d'arrondissement de ce canton, était présent
et assis aux ! côtés de M. Maille. Témoin des exercices
qui ont eu lieu après 1'aliocution du président, exercices
pleins de difficultés et exigeant une patience à toute
épreuve pour amener les débutants à articuler, M.Jules
Lequeux, subitement pris par une poignante émotion,
s'est levé, et dans un petit discours improvisé et partant
du cœur, a fait pleurer toute l'assistance, tant sa parole
et ses larmes étaient commnnicatives.
Trois jours auparavant, l'école avait été visitée dans
tous ses détails, par M. Lesouef, sénateur du départe-
ment, qui n'avait pas ménagé l'expression de toute sa
satisfaction, ni ses chaleureuses félicitations à M. et
M m0 Capon.
Nous sommes heureux d'apprendre que notre excel-
lent confrère d'Elbeuf, M. Capon vient de s« voir attri-
buer par l'académie française une médaille de 1000 fr.
sur la fondation Honoré de Sussy, pour son dévouement
à la cause des sourds-muets pendant plus de 28 années.
Nous lui envoyons nos plus sincères félicitations.
Distribution des Prix à l'Institution des Sourds-
Muets de la Malgrange, prés Nancy . — C'était fête
au mois d'Août à l'Institution des sourds-muets de la
— 171 —
Malgrange, à l'occassion de la distribution des prix..
Favorisée par un soleil radieux, la cérémonie a eu lieu
en plein air, sous les magnifiques ombrages du parc de
l'établissement. Un grand nombre de personnes, sym-
pathiques à cette œuvre si intéressante, s'étaient jointes
aux parents des élèves pour donner en cette circons-
tance aux sœurs de St-Charles, qui se consacrent à
l'éducation des sourds-muets avec tant d'intelligence
et de dévouement, un témoignage de leur reconnais-
sance et de leur admiration.
Monseigneur l'Evêque de Nancy honorait la réunion
de sa présence.
M. de Bouvier, président du conseil d'administration
de la Société, a ouvert la séance en remerciant tous les
assistants et particulièrement S. G. Mgr. Turinaz de
cette nouvelle marque de leurbienveilllante sollicitude.
Il a rappelé les efforts incessants faits par l'œuvre pour
améliorer la situation morale et matérielle des pauvres
enfants qui lui sont confiés et pour perfectionner sui-
vant les méthodes les plus récentes, l'instruction spé-
ciale qui leur permettra de reprendre leur place dans
la Société et de se créer des moyens d'existence. Der-
nièrement encore, deux des sœurs de l'établissement
ont été étudier à l'institution de Bourg-la-Reine l'emploi
d'un appareil acoustique nouvellement inventé qui
paraît appelé à triompher de la plupart des cas de
surdité en rendant aux organes de l'oreille une partie
de leur sensibilité. Cet ingénieux procédé sera mis en
application à la Malgrange dès la rentrée prochaine.
La proclamation des différentes catégories de récom-
penses distribuées aux élèves, a été interrompue à
plusieurs reprises par des exercices de récitation et par
de petits dialogues débités par tous les acteurs d'une
voix parfaitement intelligible, et par quelques-uns
d'entre eux avec une verve et une sûreté d'intonation
vraiment surprenantes : on a beaucoup applaudi une
jeune sourde-muette faisant exécuter, en institutrice
consommée, par des élèves moins avancées, tous les
— 172 —
exercices préparatoires du, cours d'articulation : rien
ne pouvait donner à l'assistance une idée plus exacte,
ni plus saisissante de ce qu'il faut de soins , de persé-
vérance et de patience pour initier les débutants à
l'usage de la parole .
Mgr Turinaz, après avoir vivement félicité les sœurs
des progrès considérables réalisés dans le courant de
cette année , leur a adressé ses plus chaleureux remer-
ciments pour le zèle charitable qu'elles apportent à
l'accomplissement d'une tâche d'autant plus méritoire
qu'elle est plus difficile .
Avant de lever la séance , M . de Bouvier a exhorté
les parents à ne pas se laisser illusionner par les résul-
tats dès maintenant obtenus et à ne pas retirer leurs
enfants , comme ils sont trop souvent disposés à le faire
avant l'accomplissement des sept années d'études, re-
connues nécessaires pour permettre à l'enseignement,
par la méthode orale, de porter tous ses fruits; ce se-
rait une grave erreur de croire que l'éducation inache-
vée à l'institution peut être complétée au sein de
la famille et les parents ne pourraient , sans encourir
une lourde responsabilité, priver leurs enfants de
l'inappréciable bienfait que leur assurent les libéralités
des départements et des villes qui leur accordent des
bourses.
Tous les assistants ont emporté de cette touchante
cérémonie la plus consolante impression : le visage
épanoui des élèves, tout joyeux de se voir si bien com-
pris, disait éloquemment quel succès l'éducation a rem-
porté déjà sur la cruelle infirmité dont ils sont atteints.
Ce rayon de bonheur, qui brillait dans leurs yeux, est.
pour le dévouement des sœurs, la plus douce des récom-
penses et le plus précieux encouragement pour la con-
tinuation de la tâche qu'elles ont si vaillamment entre-
prise.
11-91 — Imp. 7" BELAHUEE 223, Rua St-Ja«ïU83, PARIS
— 165 —
Droit d'ailleurs qui ne leur est contesté par personne.
Notre siècle si iécond en inventions, en découvertes
•de toute nature aura vu s'accomplir cette régénération
du sourd-muet si bien commencée par l'immortel abbé de
l'É.iée. Et le progrès va toujours ! Mais que mon ami
Gaillard le veuille ou ne le veuille pas, il y aura toujours
sourd et sourd de même que chez nous entendants,
l'intelligence supérieure n'est pas le partage du plus
grand nombre. Mon excellent ami M. Th. Denis cons-
tatait un jour, que toute proportion gardée les artistes
sourds-muets exposant dans nos Salons annuels de pein-
ture étaient plus nombreux'que les peintres entendrnts;
néanmoins, le nombre en est très restreint. Les sourds-
m.ietb littérateurs seront moins nombreux; mais, je suis
persuadé que s'il s'en trouve quelqu'un, son infirmité ne
sera pas un obstacle à la célébrité, si je ne craignais
de froisser M. Gaillard, j'ajouterai bion au contraire. Il
lui faudra peut-être plus de persévérance, plus de téna-
cité : avec du travail, de la sincérité, de l'honnêteté, il
arrivera sûrement à s'imposer un jour ou l'autre. « Je
suis naturaliste, je m' en vante « nous dit M. Gaillard,
il ajoute que pour réussir dans cette école une grande
habitude d'observation est nécessaire et qu'un sourd
peut .mieux que tout autre, s'y livrer. Il considère la vie
comme une énorme et putride ordure, etc». Sans trou-
ver tout parfait sur la terre, il nous semble que l'obser-
vation peut se porter encore sur des sujets devant ser-
vir d'exemple â d'autres. Cet hercule sourd-muet désa-
busé de la vie, qui s'exhale en plaintes continuelles con-
tre son infirmité, qui se tue parce qu'une jeune ecuyère
ne veut pas de lui, ne me paraît pas devoir être un
modèle à donner à ses frères.
En répondant â la Préface de son collaborateur, M,
Eug. Alberge lui donne quelques conseils. Nous ne pen-
sons pas que M. Gaillard puisse les suivre avec profit.
Nous n'admettons pour notre pays qu'une littérature, la
lttérature française, celle de tous, sans distinction de
classe.
— 166 —
C'est par son intelligence, par sontravail. que M, Gail-
lard est arrivé, qu'il continue, qu'il lutte, pour la vie s'il
le veut; avec de la persévérance, on vient à bout de tout,
je lui souhaite bien sincèrement le succès final.
Ad.B
*
• *
Frère Médéric — La Question des Sourds-muets en France,
en particulier dans le département du Nord, brochure in-S. 12 p.
Lille, hap. L. Danel 1891
Après quelques considérations générales sur la sur-
di-mutité et sur l'état de cet enseignement en France
le directeur de l'école de Ronchin examine la situation
qui lui est faite dans son département. D'après lui, le
Nord renfermerait 1.500 personnes affligées de la Surdi-
mutité sur lesquelles on comptait 200 à 250 enfants des
deux sexes en âge de scolarité. Or si les deux établisse-
ment: Lille pour les filles et Ronchin pour les garçons
renferment au maximum 140 élèves, il en résulterait
qu'une centaine de jeunes sourds-muets sont annuelle-
ment écartés des écoles . Ce chiffre est peut-être exa-
géré étant donné surtout que beaucoup d'enfants en
âge de scolarité peuvent encore profiter de l'intruction
l'âge tardif d'admission dans nos institutions Spé-
ciales. Quoiqu'il en soit nous ne pouvons qu'approu-
ver les conclusions du rapport de notre confrère de
Lille, nous les reproduisons ci-dessous:
1° Extension aux sourds-muets du principe de l'obli-
gation de l'instructicn .
2° Maintien du fractionnement des bourses et demi-
bourses avec faculté, selon les circonstances, d'augmen-
ter d'un quart ou même d'accorder une bourse entière à
tout enfant qui, sans cela resterait, forcément privé
d'instruction.
3° Engagement préalable des familles et des munici-
palités à laisser les enfants à l'institution le temps
réglementaire.
— 167 —
4° Adoption du chiffre de huit ans comme durée des
études.
*
Institution des sourds-muets et des jeunes aveugles de
Ronchin-Lille. Séance donnée par les sourds-muets et les jeunes
aveugles au Conservatoire de Lille, le 18 Juin 1891. Compte-rendu
des journaux, broohure in-8, 15 p.
Nous avons donné dans la Revue Française du mois
de Juillet dernier quelques détails sur cette séance fort
intéressante, nous prions nos lecteurs de s'y reporter.
Lidislas, le sourd-muet. — M. L'abbé A. Blain, le sa-
vant aumônier de l'institution de F oitiers vient de publi-
er sous ce titre un volume dontil nous envoie le prospec-
tus(l). La table nous donne au 2 e chapitre : « Comment
Bldi le sourd-muet est devenu Ladislas sourd-parlant»
N'ayant pas reçu le volume nous ne le dirons pas à nos
lecteurs, nous nous empresserons de réparer cette omis-
sion dès que nous le pourrons.
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Institution Nationale de Paris — Les examens pour
le recrutement et l'avancement du personnel enseignant
de l'école de Paris, ont eu lieu cette année du 22 Juillet
au 1 er Août sous la présidence de M. le Docteur Regnard
assisté comme secrétaire du Jury de Th, Denis, ancien
chef de Bureau au Ministère de l'Intérieur actuellement
Conservateur de la Galerie Historique, du Directeur,
du Censeur et de professeurs de l'établissement.
(1) ln-3, 213. p. Prix 2 fr. Réduction de 50 0/0 par 20 exemplaires, s'a
dresser à M. l'abbé Plain, aumônier de l'Institution de Poitiers;
— 168 —
V Examen. Concours d'entrée, Cinq candidats: M.M.
Vivien. Lesieux. Momon, Duvignau, Marion ont été
déclarés admissibles au grade de répétiteur de 3°
classe .
2" Examen. Epreuves écrites; Grammaire: Exposer
brièvement les principales régies d'accord du participe
passé — Articulation: Education du toucher, Gymnas-
tique vocale, vibrations labiales et linguales, balbutie-
ment etc. Consonnes S Z.
M.M. Payeur. Rouard, Dedron , Coquille et Baudon
ont été déclarés admissibles au grade de répétiteur de
2° Classe.
<?° Examen. Epreuves écrites; Histoire de l'enseigne-
ment: Pereire — méthode intuitive: Usage du compara-
tif et du superlatif, Diminutifs. MM, Lesieux et Dumont
ont été déclarés admissibles au grade de Répétiteur de l r0
Classe,
4 e Examen. Epreuves écrites; Articulation: Rôle de
l'écriture et du dessin pendant la première année d'ins-
truction — Méthode iutuitive : Exercices épistolaires ap-
pliqués aux principales circonstances de la vie, les let-
tres porteront sur des sujets tantôt réels, tantôt
supposés.
M,M, Pouillot Vathaire, Drouot, Duvignau, Robbe et
Cornevin ont été déclarés admissibles au grade de pro-
fesseur adjoint.
*
La distribution des prix à l'Institution Nationale de
Paris a eu lieu le samedi 8 Août à 10 heures du matin
dans la salle des exercices de l'Etablissement sous la
présidence de M. Ja\al directeur de l'institution. Les
prix d'honneur ont été obtenus par l'élève Drouin du
Grand-Quartier et par l'élève Boyat. Des médailles d'ar-
gent ont été remises aux 8 élèves qui ont obtenu cette
année leur certificat d'études primaires. La rentrée des
classes est fixée au Lundi 12 octobre.
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7 m « année. N» 8 Novembre 1891.
UN INSTITUTEUR DE SOURDS-MUETS INCONNU
L'abbé Ferrand.
Lorsqu'on songe à la triste condition des sourds-muets
ca qui étonne, ce n'est pas qu'il se soit rencontré des
hommes assez dévoués pour prendre en main la cause
de ces infortunés, c'est que ces hommes se soient trou-
vés en si petit nombre, et si tard. Nous ne parlons pas
évidemment des anciens qui, tenant en souveraine esti-
me la beauté et la vigueur du corps, avaient bien autre
chose à faire que d'éveiller une âme, au prix de mille
efforts, dans ces pauvres êtres étiolés, incomplets. Si le
Romain avait pu soupçonner que l'enfant de huit jours
qu'on lui présentait était sourd-muet, à coup sûr il ne
l'aurait point levé de terre.
Mais après que la lumière de l'Evangile, répandue par
Celui qui faisait « entendre les sourds et parler les
muets », eut appris au monde la véritable dignité de
l'homme, il semble qu'on eût dû se préoccuper de, faire
partager aux sourds-muets les bienfaits de la civilisa-
tion chrétienne. Les préjugés furent en général plus forts
que la voix de la charité. On continua à regarder les
sourds-muets comme des êtres à part, privés d'intelli-
gence, rebut de la société. Si Aristote, dans l'antiquité,
les avait exclus de toute participation aux connaissan-
ces, saint Augustin, par un arrêt aussi rigoureux, les
excluait de la connaissance de la foi. Et, au dix-hui-
tiême siècle, encore bienjque, mille ans auparavant, saint
Jean de Beverley, archevêque d'York, eût appris, à ce que
raconte l'histoire ecclésiastique de Bède le Vénérable,
à parler à un sourd-muet, bien que, beaucoup plus tard
Jérôme Cardan, en Italie, dom Pedro Ponce de Léon,
— 174 —
Jean-Paul Bonet en Espagne, Van Helmont; Conrad
Amman,, en Hollande, le Père Schott, Kerger , Ra
phael, Lichwitz, Buchner, Baumer, en Allemagne, et
d'autres eussent réussi à faire l'instruction de quelques
sourds-muets, ou, du moins, exposé dans .leurs ou-
vrages les moyens d'y réussir, il se trouva des théolo-
giens, des philosophes, pour regretter a priori les pré-
tentions de l'abbé de l'Epée, disant que ce qu'il poursuivait
était radicalement impossible. Certes, cette fin de non-
recevoir ne pouvait rien sur les faits qui étaient palpa-
bles et éclatants, elle montre du moins l'état d'un grand
nombre d'esprits.
Honneurdonc à ces hommes qui , dans des siècles et
des pays divers surent s'élever au-dessus des préjugés
de leurs contemporains et tentèrent une œuvre qu'on
croyait au-dessus des forces humaines ? Le nom d'un
grand nombre de ces bienfaiteurs de l'humanité ne nous
est point parvenu , et c'est ce qu'il importe de ne point
perdre de vue chaque fois qu'on se plaint du petit nombre
des instituteurs des sourds-muets, d'autres sont depuis
longtemps totalement oubliés . Nous voudrions aujour-
d'hui réparer un de ces oublis, en faisant connaître à
ceux qui l'ignorent le nom de l'abbé Ferrand.
§ I. En 1776, l'abbé Ferrand était chanoine de lamétropo-
le de Tours, Parmi les signatures de l'acte d'inhumation
de J.--B. Meusnier, père du général Meusnier, mort à
Tours, le 10 mars 1776 se trouve celle du chanoine Fer-
rand , suivie de ces mots : « Je signe plein de vénéra-
tion pour ce serviteur de Dieu ». Etait-il originaire de
Tours ou de Vannes, comme certains documents, le
nom de Venetensis en particulier qui lui est donné
quelque part , porteraient à le croire . Né à Tours au-
rait-il pour quelque temps fait partie du diocèse de Van-
nés . ou bien , né à Vannes , aurait-il été plus tard in-
corporé au clergé de Tours ?
Ce que nous savons d'une manière plus certaine /et
ce qui est d'ailleurs plus important, c'est que l'abbé
Ferrand était un prêtre vertueux, zélé, àl'àrae ardente à
- 175 —
l'esprit vif et entreprenant , et en outre un prédicateur
distingué. Il faisait ordinairement des stations d'Avent
et de Carême en différentes cathédrales, et donnait dos
retraites dans les séminaires et les maisons religieuses,
Il fut du nombre dos prédicateurs que l'Evéque de
Chartres, Monseigneur de Fleury. appela dans son dio-
cèse pour le jubilé universel de 1775, qui n'eut lieu à
Chartres qu'au commencement de 1776.
C'est alors que l'Evêque de Chartres, voulant l'attacher
à son diocèse, le fit chanoine de sa cathédrale et le
nomma supérieur des filles de la Providence qui avaient
leur couvent dans sa ville épiscopale.
Mgr. de Fleury rendait ainsi un hommage non équi-
voque à la vertu du prêtre et à l'éloquence du prédica-
teur. « Ce fut lui, » raconte l'Abbé Cognery, supérieur
des filles delà Providence après l'Abbé Ferrand, dans la
troisième partie du sommaire historique concernant
cette communauté , « ce fut lui qui vint donnerau pe-
tit séminaire, la retraite du jubilé à laquelle j'a>sistai
étant alors à ma troisième année de séminaire et à ma
première de philosophie. Cette retraite produisit beau-
coup de fruit parmi les jeunes élèves dont le prédicateur
fut goûté . Aussi , lorsque , après, sa nomination au ca-
nonicat, il vint, vers la Saint -Jean suivante , en pren-
dre possession , étant entré au séminaire pendant que
les séminaristes étaient en récréation dans la cour,
dés que nous l'aperçûmes , sans nous être concertés ,
nous nous rangeâmes spontanément sur deux lignes
pour le recevoir et lui témoigner notre respect, notre
reconnaissance et notre joie de le revoir au milieu de
nous . »
Lorsqu'on lui offrit la supériorité des filles de la Pro-
vidence, il accepta d'autant plus volontiers qu'on lui
annonçait qu'il y avait du bien à faire . Son zèle et son
activité allaient pouvoir se donner libre carrière.
Cette congrégation des filles de la Providence avait
été fondée vers le dix-septième siècle, par François de
Pedoue, chanoine et pénitencier de Chartres. François
— 176 —
de Pedoue, homme de beaucoup d'espril et appartenant
à une famille distinguée, s'était, dans sa jeunesse, laissé
aller à quelques écarts. Poète satyrique et assez libre,
ses ouvrages lui avaient attiré en 1626, la censure ecclé-
siastique et des haines redoutables. Revenu au sentiment
de ses devoirs, comme il n'était point rare à cette époque
de foi profonde, il expia par une vie mortifiée et consa-
crée au bien, les égarements de sajeunesse. Vers 1643,
il forma une congrégation de filles dévotes, qui se don-
nèrent pour mission de retirer de la débauche les fem-
mes de mauvaise vie. Au bout de quelques années, le
succès n'ayant pas répondu à leurs efforts, elle résolu-
rent de se livrer à l'éducation des petites orphelines de
la ville et des faubourgs. Leur projet fut approuvé par
l'évêque Jacques Lescot, qui 1rs institua par lettres du
23 décembre 1653, sous le nom de filles de la Providence,
et régla, le 22 avril 1651, les statuts de la communauté à
laquelle, il fut interdit de faire des vœux. Elles s'établi-
rent d'abord dans deux maisons de la rue Muret que le
Chanoine de Pedoue leur avait données; elles y demeu-
rèrent {jusqu'en 1762. A cette époque les Ursulines qui
s'étaient établies àgrand'peine à Chartres au siècle pré-
cédent, malgré l'appui que leur prêtait la reine-mère,
Marie de Médicis, et après que lesChartrains, qui étaient
décidément des gens très pratiques, comme nous le ver-
rons encore tout à l'heure, leur eurent imposé des con-
ditions telles que de leur établissement, il ne devait ré-
sulter que des avantages pour la ville ; les Ursulines donc,
peu nombreuses et ayant un revenu des plus modiques,
furent obligées d'abandonner leur monastère, et les Fil-
les de la Providence s'installèrent en leur place dans
l'ancien hôtel Montescot. Commencé en 1608 par Claude
de Montescot, cet hôtel, à l'aspect symétrique, grandiose
et majestueux, est un des plus beaux monuments non
religieux delà ville de Chartres; depuis 1792. il sert d'Hô-
tel-de-ville.
Mais la nouvelle communauté qui venait en 17C2 l'ha-
biter n'était guère plus prospère que celle qui le quittait.
— 177 —
Elle aussi devait rendre de nombreux services à la
classe pauvre de la ville, et était en même temps sur le
point de s'éteindre, faute de sujets. Lorsqu'on lui donna
le chanoine Ferrand pour supérieur, il ne restait plus
que huit sœurs, presque toutes âgées. Ce choix était donc
excellent à tous égards; et, suivant l'expression de l'abbé
Cognery, ce « fut un nouveau trait de la divine Provi-
dence sur cette maison. » Tout le monde allait gagner;
la communauté d'abord, les pauvres de Chartres ensuite,
que les religieuses allaient secourir avec plus d'effica-
cité, enfin l'abbé Ferrand lui-même qui devait y trouver
une occasion de satisfaire son besoin d'activité et de
dévouement.
« Son premier soin, dit le sommaire historique que nous
avons déjà cité fut d'aviser aux moyens de relever la
communauté en lui procurant de nouveaux sujets. Il
était lié d'amitié avec plusieurs chanoines de Tours, ses
anciens confrères, et autres bons prêtres de la ville. Il
eut recours à eux; par leur entremise il réussit à re-
cueillir de Tours et lieux circonvoisins une colonie de
jeunes filles qui désiraient entrer en religion, et il se
chargea de fournir leur dot. En peu d'années la com-
munauté se trouva composée d'une vingtaine de sujets,
ce qui lui donna la facilité de mettre à exécution le pro-
jet qu'il avait conçu d'abord, mais qu'il n'avait pu réali-
ser sur le champ. » D'autre part, dans un recueil de
documents du fonds Roux concernant la Providence, il
y a une pièce du 2 Juin 1778, qui nous donne, à propos
des efforts tentés par l'abbé Ferrand pour repeupler la
communauté dont il était le gardien, des détails intéres-
sants. Les échevins ayant appris que les filles de la
Providence venaient de recevoir cinq ou six nouvelles
sœurs, s'émurent, parce que les religieuses, n'ayant
sans doute pas de dot, allaient nécessairement vivre des
revenus de la communauté, alors que ces revenus de-
vaient, d'après les statuts, être consacrés à l'entretien
d'un nombre d'orphelines proportionné à ces revenus
mêmes, et en aucune manière affectés aux religieuses.
— 178 —
Les échevins prétendaient que ces statuts ne s'obser-
vaient pas, que les sœurs avaient moins d'enfants que
ne le comportaient leurs revenus, qu'il fallait donc
s'en<juérir si les nouvelles religieuses avaient une dot.
En conséquence, on interrogea la supérieure, puis,
pour contrôler son dire, une autre soeur qui refusa de
répondre , et enfin l'abbé Ferrand lui-même , reconnu
pour être le directeur temporel de la communauté .
Celui-ci convint « de l'admission des dites cinq filles au
noviciat , du peu de dot de l'une d'elles , et de ne point
des autres . » 11 dit qu'il avait cru devoir les admettre,
eu égard au petit nombre de religieuses et à l'accroisse-
ment du revenu qu'il avait procuré à leur maison, tant
par l'augmentation des baux que par le produit de la fi-
lature de coton et le travail qu'il y avait introduit . —
Mais , objectèrent les échevins , cette augmentation doit
d'après les règles de leur institut, être employée unique-
ment au soulagement des pauvres de la ville et à l'ad-
mission d'un plus grand nombre de filles dites bonnets
gris. L'Abbé répondit que les dix-huit places fondées
étaient remplies. — Les échevins, défenseurs inexo-
rables des droits de leur ville, lui disent que ce nombre,
suivant un article des statuts, est illimité, et doit être
augmenté à proportion de l'augmentation des revenus;
et, pour achever de le convaincre, ils vont chercher les
statuts et les lui font lire; si bien que l'abbé Ferrand,
n'ayant plus ri.>n à répondre, leur dit qn'il concourrait
avec plaisir avec eux pour procurer l'avantage des pau-
vres de la ville, mais que la maison avait besoin de su-
jets, et que les preuves qu'il avait déjà données de son
zèle et de ses bienfaits devaienl être un sûr garant de
ses intentions. — Pour que les échevins, dont les récla-
mations n'avaient pu être complètement réfutées, se
soient contentés d'une telle réponse, il faut que réelle-
ment les bienfaits de l'abbé Ferrand aient été bien ma-
nifestes, et ce qui ressort clairement de tout ce qui pré-
cède, c'est l'ardeur qu'il mettait à servir tout à la fois les
intérêts de sa communauté et les intérêts des pauvres.
— 179 -
On vient de voir que l'abbé Ferrand avait établi chez
les Filles de la Providence une filature de coton. 11 l'ins-
talla à ses frais dans un des bâtiments extérieurs appar-
tenant à la communauté, et l'on y reçut un bon nombre
de jeunes filles pauvres de la ville à qui on procurait eu
même temps du travail et une instruction chrétienne.
Cette belle entreprise ne réussit pas entièrement au gré
de ses désirs'; bien souvent mémo il en résulta au bout
de l'année des déficits financiers que l'abbé Ferrand com-
blaitde sa bourse. Soit que losproduits fussent réellement
de qualité inférieure, soit simplement malveillance de
la part du corps des marchands à qui eette filature fai-
sait peut-être tort, elle végéta péniblement et au milieu
des troubles occasionnés par la Révolution naissante en
1789, l'ouvrage manqua complètement.
Quel était cependant ce projet dont on nous parlait
plus haut, que l'abbé Ferrand avait conçu tout d'abord
et qu'il n'avait pu réaliser qu'un peu plus tard ? Le som-
maire historique va nous l'apprendre. * Pendant que la
communauté resta dans la rue Muret elle s'était borné à
l'éducation des orphelines et de jeunes pensionnaires ;
elle n'avait jamais tenu de classes externes. Lorsque
Mgr. de Fleuryla transféra à l'ancien couvent desUrsu-
lines, spécialement dévouées à l'éducation de la jeunes-
se, ce fut à la condition qu'elle continuerait les classes
qui étaient tenues par ces religieuses. La communauté,
en les remplaçant dans leur maison n'y avait trouvé que
deux classes en exercice; elle n'était pas tenue à en
avoir davantage. Monsieur Ferrand, considérant qu'il
avait alors assez de sujets pour étendre le bienfait de
l'éducation établit deux nouvelles classes. Il s'en trouva
alors quatre au lieu de deux, et toutes gratuites. Le
nombre des classes étant augmenté, celui des enfants
augmenta en proponion, de sorte qu'au moment de la
révolution de 1789, il y en avait de deux cents à deux
cent cinquante, tant de la ville que de la campagne. . .
Il avait en outre formé une école de Sourdes-muettes
à la tête de laquelle, il avait placé une sœur, après lui
— 180 —
avoir donné lui-même les leçons nécessaires pour cette
instruction. »
En dehors même de cette école de sourdes-muettes,
dont nous parlerons à loisir tout à l'heure, ce n'est pas
peu de chose que d'avoir fait instruire gratuitement par
quelques religieuses, à la fin du siècle dernier, plus de
deux cents jeunes filles pauvres. N'eut-il que ce titre de
gloire, le nom de l'abbè Ferrand méritait d'être tiré de
l'oubliet d'être salué avec respect par ceux qui se vouent
à l'éducation des pauvres et des souffrants. Malheureu-
sement la Révolution de 1789 vint porter un coup ter-
rible à beaucoup d'œuvres de charité. Voyant la tournure
que prenaient les événements, l'abbé Ferrand quitta la
France, « dans un temps où tout était permis contre ceux
qu'on savait ne pas être partisans delà révolution. » II
avait auparavant comme presque tous les chanoines, si-
gné la protestation envoyée au nom du chapitre le 21 a-
vril 1790 contre les décrets de l'Assemblée Nationale, tin
arrêté du directoire du département d'Eure-et-Loir le
déclara émigré le 8 août 1793. Quel fut le lieu de son
exil ? Nous n'en savons rien. Peut-être se retira-t-il en
Allemagne où la présence de l'Evêque de Chartres atti-
rait son clergé.
La maison des filles de la Providence étant considérée
comme un établissement d'instruction publique et com-
me un asile pour les orphelines, les décrets de l'Assem-
blée Constituante ne lui furent pas d'abord appliqués.
Mais l'autorité supérieure s'étant assurée qu'on y don-
nait aux jeunes élèves des principes anti-constitution-
nels, exigea des religieuses le sermentqu'on faisait.prê-
ter aux fonctionnaires de l'Etat. Sur leur refus, on dé-
créta le 11 mai 1791, que leurs biens seraient transférés
au bureau des pauvres de la ville, et qu'on les rempla-
çait par des sujets dont le civisme ne fut pas douteux.
Le conseil général de la commune, sur la motion qui
fut faite de conserver la classe spéciale de sourdes-
muettes, relusade continuer cette philanthropique ins-
titution. En 1880, quelques filles de la Providence de
- 181 -
l'ancien couvent se réunirent dans une maison de laruô
de la Bourdiniére. Elles obtinrent la reconnaissance de
leur congrégation par décret impérial du 24 juillet 1806
et allèrent occuper Uancien prieuré de Saint-Etienne,
devenu depuis 1568 la maison conventuelle de Saint-
Jean.
« L'abbé Ferrand rentra en France, dit l'abbé Cogne-
ry dans le Sommaire, dès qu'il avait vu jour à le faire en
sûreté ( 1804 ). Il ne lui restait plus rien. Tous ses biens
patrimoniaux avaient été vendus comme bien d'émigré.
Les sœurs de la Providence dont il était toujours supé-
rieur lui offrirent de grand cœur un asile dans leur
maison, et elles prirent soin de lui comme de leur père
jusqu'à sa mort qui n'arriva qu'en 1815, le 14 décembre
Il avait 84 ans. » Son nom, nous ne savons pour quelle
cause, ne se trouve pas dans le nécrologe des prêtres du
diocèse de Chartres morts depuis 1801.
Les sœurs de la Providence avec un souvenir plein de
respect et de reconnaissance pour leur bien-aimé supé-
rieur, gardent religieusement son portrait qui date de
l'époque et où l'on trouve une physionomie douce, in-
telligente et fine. Son testament daté de 1806 qui n'est
pas écrit de sa main parce qu'il était en danger de mort,
et qui nous apprend qa'il s'appelait Jean, et enfin les
quelques pages du Sommaire historique où il est parlé
de lui, et où nous avons puisé un grand nombre des ren-
seignements qui précèdent, c'est peu de chose à la véri-
té. Pour l'école déjeunes sourdes-muettes en particulier
ce serait totalement insuffisant si le hasard ne nous avait
fait découvrir à la bibliothèque de Chartres un manus-
crit précieux d'une valeur inestimable.
§ n
Les différentes tentatives faites pour améliorer le sort
des sourds-muets, bien que n'ayant pas laissé pour la
plupart des traces bien durables, n'en avaient pas
moins créé insensiblement un certain courant d'opinion,
et jeté, en quelque sorte, dans l'atmosphère des idées
— 182 —
qui tôt ou tard devaient porter leurs fruits. Les mots
d'humanité, de générosité, de dévouement, dont le siècle
dernier usa et abusa jusqu'à en être ridicule, ne lais-
sèrent pas de donner à beaucoup de personnes, le goût
des grandes choses qu'ils exprimaient, et cela nous
explique comment nous rencontrons au XVIII* siècle,
sur les points les plus différents, tant d'instituteurs qui
se consacrent a l'éducation des sourds-muets. Nous
avons déjà nommé les plus connus. On aura remarqué
sans doute que la plupart des instituteurs qui, à diverses
époques, se sont préoccupés du sort des sourds-muets,
sont des ecclésiastiques; car, si c'est faire une œuvre
sublime que de rendre à la société des êtres qui en
paraissaient exclus pour toujours, n'est-ce, pas une
œuvré plus grande encore et plus sacrée de les préparer
à une vie de bonheur sans fin, en leur faisant connaître
leur Créateur et leurs destinées immortelles? Or, s'il
serait injuste et exagéré de faire du dévouement le
monopole du clergé, nul ne fera difficulté d'avouer que
c'est chez lui qu'on en trouve la source la plus féconde
et la forme la plus haute. Et c'est pourquoi nous n'avons
éprouvé aucun étonnement en retrouvant à Chartres,
cette ville si célèbre par sa foi, ses traditions religieuses
remontant j usqu'à l'ère druidique, ses églises, ses monas-
tères, ses évêquas, les traces d"une école de sourds-
muets fondée par un prêtre dont tous les documents
s'accordent à reconnaître et à admirer l'esprit d'initia-
tive «t l'ardente charité .
Mais quelle fut la circonstance précise qui donna à
l'abbé FerranJ l'idée d'établir chez les Pilles de la Pro-
vidence une école de sourdes-muettes? Comment s'y
prit-il pour éveiller les premières idées dans l'esprit de
ses élèves? Quels furent les secours qu'il put recevoir
pour son enseignement de ce qui avait transpiré dans
le public des diverses méthodes employées? Ou, s'il ne
dut rien qu'à lui seul, quels furent ses tâtonnements et
ses essais pour en arrivera l'emploi d'une méthode sûre
et définitive? Nous voudrions pouvoir répondre à ces
— 183 —
questions ; nous devons malheureusement, sur tous ces
points, nous contenter de simples hypothèses. Ce qu'il
est d'ailleurs plus important de connaître, c'est la
méthode d'enseignement qu'il suivit.
Un enfant dont l'intelligence est intacte, mais à qui
manquent les sens de la parole et de l'ouïe, ades idées ou
est susceptible d'en avoir aussi bien que les autres en-
fants. Gomme il est privé du moyen ordinaire de com-
munication avec le dehors, il suffira de suppléer par un
langage approprié à l'état de ses organes au langage
usuel qu'il ne peut ni entendre ni parler. Car, et per-
sonne n'en doute, la parole n'est pas le signe unique et
indispensable de la pensée. Si le langage vocal a été pré-
féré à tout autre, c'est uniquement parce qu'il offre
plus d'avantages que tous les autres. Mais si, pour une
raison quelconque, ua homme ne peut ni entendre ni
parler, on lui fera voir ce qu'on ne saurait lui faire en-
tendre, et on trouvera, dans toute la force du terme, un
moyen de parler aux yeux.
Qne les sourds-muets ne soient muets que parce
qu'ils sont sourds, et que leur incapacité déparier, ré-
sultant seulement de leur impuissance d'entendre, ne
soit ni absolue ni définitive, cela est maintenant dé-
montré, mais c'est ci qui n'est pas évident eu soi, et il
semble, en conséquence, tout naturel que, voulant en-
trer eu communication avec eux, on commence par
s'adresser à leur vue. Mais comme l'enfant, à l'âge où
on entreprend sérieusement son éducation, a déjà, ins-
truit par la nécessité ou l'expérience, commencé à se
servir de ces quelqaes signes qu'on appelle assez impro-
prement signes naturels, on est porté à emprunter à
l'enfant son langage que l'on essaiera seulement de dé-
velopper et de perfectionner, et l'on aboutira en quelque
sorte fatalement au langage mimique. C'est de ce lan-
gage que s'est surtout servi l'Abbé de l'Epée. Au fond,
qu'on le veuille ou non, c'est un langage tout conven-
tionnel, une nouvelle langue ajoutée à tant d'autres,
Le moyen de communication, une fois trouvé, il suffira,
— 18 i —
de s'en servir avec le sourd-muet comme on se sert
avec les autres enfants du langage parlé, et on ne voit
pas pourquoi les idées ne s'éveilleraient pas chez l'un
aussi bien qu-i chez les autres. Il est vrai qu'au lieu
d'être entouré comme un autre enfant d'une multitude
d'êtres semblables à lui dont la parole lui est un ensei-
gnement continuel, le sourd-muet n'a qu'un très petit
nombre d'instituteurs dont le rôle alors est plus difficile,
mais, pour être moins rapide, le mode d'éducation n'en
est pas moins absolument le même. Il reste néanmoins
plusieurs difficultés considérables; la première, c'est
que cette langue n'existe pas, n'est pas fixée, et que
l'instituteur doit la créer; la deuxième, c'est qu'elle ne
pourra servir qu'à ceux qui l'auront apprise, et ne
pourra mettre le sourd-muet en communication avec le
reste de l'humanité, sans compter que si l'on veut tout
exprimer par des gestes imitant et développant les
signes naturels dont nous parlions tout à l'heure, on en
arrivera à une .complication infinie. C'est pour obvier
à la première difficulté que l'Abbé de l'Epée composa
son Dictionnaire des signes que l'abbé Sicard trans-
forma; et, pour résoudre la seconde, en même temps
qu'à parler cette langue mimique, ou apprit aux sourds-
muets à écrire notre propre langage. Mais on ne sut
pas généralement bien faire le départ entre les deux ; il
y eut une longue confusion, et ainsi s'explique la médio-
crité relative des résultats qu'obtint l'abbé de l'Epée.
Il y a un autre langage qu'on peut apprendre aux
sourds-muets, c'est le langage manuel. C'est-à-dire
qu'on leur apprend la langue écrite, et que les mots
tracés sur le papier, on les leur fait reproduire aumo3 r en
de la main dont, les différentes positions représentent
les différentes lettres de l'alphabet. 11 suffit alors de
trouver un alphabet manuel assez simple, et cela fait,
ce qu'on apprend aux enfants, c'est la langue même de
tout le monde; au lieu de la parler et de l'écrire comme
nous, ils l'écrivent de deux façons, voilà tout. Il est
étonnant qu'au lieu de s'en tenir à ce système si simple
— 185 —
on l'ait si longtemps compliqué par le langage mimique
simultanément enseigné, d'autant plus que le langage
mimique n'a ni la même syntaxe, ni la même complexité,
ni la même simplicité que les langues parlées.
Enfin, qu'au moyen de ce qu'il y a de visible et de
tangible en quelque sorte dans les articulations du lan-
gage parlé on en arrive à apprendre aux sourds-muets
à parler véritablement et à lire sur les lèvres, et le
dernier pas sera franchi, et le sourd-muet sera complè-
tement, autant qu'il est possible, rendu à la société.
Or, il est bien certain que l'Abbé Ferrand ne tenta
point d'apprendre à parler aux enfants sourdes-muettes
dont il se chargea, il n'en eut probablement pas l'idée,
et, lui fut-elle venue, le temps lui aurait manqué pour
la mettre a exécution. Eut-il un alphabet manuel, une
sorte d'écriture dans l'espace? C'est possible, c'est même
probable, mais nous n'en savons rien. Ce qui est certain,
c'est qu'il apprit (1) à ses enfants un langage mimique,
et la preuve en est dans ce dictionnaire des signes com-
posé par lui et qui est parvenu jusqu'à nous, grâce â
un homme intelligent qui devinait la valeur d'un ma-
nuscrit pareil.
Le 2 1 brumaire an-8, M. Boutrous juge de paix des
sections méridionales de la commune de Chartres,
écrivait, aux citoyens administrateurs du département
d'Eure-et-Loir:
« Je m'empresse, citoyens, de vous faire passer une co-
pie momentanée du dictionnaire à l'usage des Sourds-
Muèts que j'ai trouvé au domicile de laC s * Montangé. ex
religieuse de la providence, lors de la reconnaissance
des scellés que j'ai faites hier; ayant considéré cet ou-
vrage comme utile aux sciences et à l'humanité je l'ai
distrai (sic) de mes opération (sic), pour le faire passer
aux héritiers à qui il appartient incontestablement.
(1) — L'Abbé Ferrand étant secondé dans son enseignement
par une sœur du nom de Marie Montanger qui mérite de
n'être pas oubliée
— 186 —
mais déférant à votre lettre invitative, je vous faits (sic)
passer cette copie afin que. suivant vos désirs, auxquels
je me joins, le juri d'instruction en fasse une copie, pour
être jointe à la bibliothèque nationale, trop-heureux
d'avoir trouvé occasion d'être utile à la Société !
Sa! ut et fraternité
P. S. Je crois que pour ma tranquillité, je dois avoir
un récépissé de cet ouvrage.
A la même époque ou l'abbé Ferrand écrivait ce dic-
tionnaire, l'abbé de l'Epée tentait de résumer et de fixer
toute sa méthode en composant, lui aussi, un diction-
naire de signes à l'usage des sourds-muets. Ce diction-
naire, que l'abbé de l'Epée envoyait à l'abbé Sicard, le
22 avril 1786, resta manuscrit et, à vrai dire, le méritait
un peu. Voici comment l'abbé Sicard en parle dans l'in-
troduction de son ouvrage, intitulé «Théorie des signes».
« On ne manquera pas de remarquer que tout y est
« en définition, comme cela se pratique dans les diction-
« naires ordinaires, et qu'il n'y a pas un mot dont on
« donne le signe. On observera aussi que souvent la dé-
« finition a, pour élément principal, le mot lui-même
« qu'il fallait définir, et que d'autres fois on se contente
« de faire connaître. Ainsi on dit, zélé, pour avoir du
« zèle; vérité, le contraire de la fausseté yoain, qui a de
« la vanité: vice, défaut contraire à la vertu; vouloir,
« avoir volonté; scrupule, inquiétude de conscience;
« saint, qui mène une vie sainte.
« On pourrait faire des questions du même genre sur
« chaque définition: mais, en supposant même toutes
« ces définitions justes, il resterait à dire qu'un déter-
« miné des lignes doit donner le signe des mots, et non
« leur définition; et que, du moins, la définition devrait
« être plus claire que le défini. Ce dictionnaire était
« donc à faire, quand l'auteur m'en envoya l'original. »
(Page 51, Introduction.)
Il n'aurait pas parlé si sévèrement, à coup sûr, du
dictionnaire de l'abbé Ferrand. D'ailleurs, pour que le
— 187 -
lecteur soit plus à même de comparer et de juger, nous
donnerons ces deux ouvrages, et la comparaison sera
d'autantplus facile que l'abbé de l'Epée et l'abbé Ferrand
se sont servis l'un et l'autre du « Dictionnaire portatif
de la langue française, extrait du grand dictionnaire
de Pierre Richelet, par de Vailly ».
Après avoir lu et comparé ces travaux, on ne s'éton-
nera pas du jugement que l'abbê Sicard porte sur le
dictionnaire de Tabbé-de-l'Epée. Mais qu'eût-il dit de
l'Abbé Ferrand ? Eût-il pu se plaindre de n'avoir pas
un véritable dictionnaire des signes ? Si l'Abbé de l'Epée,
après tant d'années consacrées exclusivement à l'en-
seignement des Sourds-Muets, n'a donné qu'une œuvre
si incomplète, de l'avis de son plus fervent disciple,
quelle admiration ne devons-nous pas avoir pour ce
Chanoine de Chartres qui, pris par tant d'autres soins,
malgré les soucis d'un grand établissement à diriger,
sut en si peu de temps se faire une méthode à ce point
remarquable? Pouvons-nous douter maintenant, bien
que l'histoire ne nous en dise rien, qu'il ait obtenu
d'heureux résultats? Et, bien qu'il soit loin de notre
pensée de vouloir diminuer en rien la gloire de l'Abbé
de l'Epée, a qui il restera toujours le mérite incontesté
d'avoir été le père de l'Institution nationale des Sourds-
Muets, pouvons-nous refuser nos hommages à un homme
qui, si son rôle tut plus modeste, déploya à servir la
même cause, un dévouement non moins admirable, une
intelligence non moins supérieure ?
Docteur J. A, A. Rattel.
(A suivre. )
188 —
LA PHOTOGRAPHIE DE LA PAROLE
Lorsque nous voulons apprendre à parler à. un sourd-
muet, nous lui faisons imiter les positions et les mouve-
ments de notre organe vocal; à l'aide de procédés
ingénieux, le professeur fait analyser par son élève cet
ensemble de positions et de mouvements dont la syn-
thèse constitue le langage humain. Le sourd s'appliqua
de son mieux à imiter son maître qui l'aide et corrige
tout ce qui u'est pas l'expression de la vérité, quelque-
fois l'élève se place devant un miroir et essaie de cor-
riger lui-même les positions défectueuses, les mouve-
ments peu exacts ou disgracieux, «on professeur est
alors près de lui, leur image se reflète dans la glace et
le sourd tait son possible pour imiter et reproduire ce
qu'il voit.
Cette nécessité d'un modèle pour l'élève a fait naître
dans l'esprit de quelques professeurs de sourds-muets,
l'idée de lui donner une reproduction des positions
nécessitées pour l'émission des différents sons compo-
sant notre langue : les uns ont employé la gravure, le
dessin, M. Vaisse, l'ancien directeur de l'Ecole de
Paris (1); M. l'abbé Delaplace (2); le frère Méderic (3), de
Saint-Gabriel, et plus récemment notre regretté col-
(l)Lèon Vaïsse. Principes de l'enseignement de la parole aux
sourds de naissance. Paris 1870.
(2) L'Abbé Delaplace. Articulation française, Alphabet. Paris
1881.
(1) Frère M B. de la Congrégation des frères de
Saint-Gabriel. Méthode d'articulation et de lecture sur les
lèvres à l'usage des institutions de sourds-muets. 1885,
- 139 -
lègue, M. Goguillot (1). D'autres se sont servi de la
photographie; M. Foureade, de Toulouse (2); le frère
Pierre-Célestin des Ecoles chrétiennes (3), qui ne s'est
pas contenté d'appliquer cette méthode à notre ensei-
gnement spécial, mais l'a vulgarisée en l'introduisant
dans l'enseignement de la lecture chez les petits en-
fants (4). Le but était louable, mais des difficultés de
toutes sortes se présentaient pour les auteurs de ces
procédés.
Les sons de notre langue.il ne faut pas l'oublier, sont de
deu^c sortes, les voyelles et les consonnes, pour les pre- %
mières, nous trouvons des positions des organes vocaux
l'art du photographe, du dessinateur pouvait donc
s'exercer eu toute liberté, mais pour les secondes où
nous trouvons et des positions prises et des mouve-
ments exécutés, une difficulté se présentait et elle
n'avait pu être résolue que par une convention ; pour
certaines articulations, c'est le début du mouvement qui
a été reproduit (P, B, D, L, R, C, G), pour d'autres il a
été possible de reproduire l'articulation pendant la
période d'exécution (la préparation et la terminaison
ne pouvant être indiquées, il est évident qu'il s'agit là
de consonnes ayant une certaine durée. F. S. CH. J. V.
Z. M. N.. etc.
Mais, dans l'exécution de ces photographies et de ces
dessins, des difficultés d'un autre genre se produisent;
pour toutes les voyelles, la langue concourt à la forma-
(1) L. Goguillot. Comment on fait parler les sourds-muets.
Paris, 1889.
(2) Collection de Photographies (Bibliothèque de I'Instilu.
tion Nationale de Paris
(3) Frère Pierre Cèlestîn. Livre tableau contenant des ex-
ercices d'articulation et de lecture sur les lèvres pour l'emploi
du mode simultané dans l'enseignement de la parole aux
sourds-muets. In-Folio. Paris. 1878.
(4) Frères des écoles Chrétiennes. Nouvelle Méthode de
lecture. In-Folio.
— 190 —
tion du son. Dans un certain nombre de consonnes, elle
joue également un rôle nécessaire et important: or il
est quelquefois difficile, par suite du peu d'ouverture
de la boucbe ou des dents, d'indiquer sur une image
photographique ou autre, la position de cet organe.
Dans notre travail sur la « Lecture sur les lèvres » (1),
nous avon? montré qu'il ne fallait pas toujours compter
sur les différences causées par la position do la langue
pour reconnaître les différents sons; il n'en est pas de
même lorsqu'il s'agit de la parole, cet organe devant
prendre nécessairement pour certains sons, une posi-
tion qui ne saurait varier sans le dénaturer. D'un autre
côté, il était difficile de reproduire d'une façon précise
et sans aucune exagération, des mouvements parfois
très fugitifs; de là toutes les imperfections des procédés
employés jusqu'alors.
C'est ici que prennent place les travaux de M. le pro-
fesseur Marey, de M. Georges Demeny, chef du labora-
toire de la Station Physiologique, et de MM. Marichelle
et Jacquenod, professeurs à l'Institution Nationale de
Paris.
Personne n'ignore les progrès merveilleux apportés
depuis quelque temps dans la science de la photographie;
grâce à un appareil perfectionné de M. le professeur
Marey, on a pu étudier d'une façon complète et sérieuse
les mouvements de la locomotion, chez l'homme et chez
les animaux. En présence de ces résultats, deux profes-
seurs de l'Institution nationale de Paris, MM. Marichelle
et Jacquenod, se demandèrent s'il n'y aurait pas possibi-
lité et, par la suite, un intérêt réel à photographier la
parole; il ne s'agissait plus, comme bien on le pense, de
fixer la position ou les mouvements de tel son, de telle
articulation, mais d'obtenir une série d'épreuves mon-
trant les différentes positions des organes pour la pro-
(1) Là Lecture sur les Lèvres mise à la portée des Personnes
devenues sourdes. Paris, 1891.
— 191 —
nonciation d'une phrase. Ils soumirent leurs vues.leur^
idées à M. le professeur Marey, ou plutôt à son rem-
plaçant, M. G. Demeny, qui se mit immédiatement à
l'œuvre. Nous avons déjà reproduit ici un article publié
sur ce sujet ; depuis, nombre d'autres ont paru, et nous
avons eu entre les mains une série d'épreuves photo
graphiques obtenues par l'éminent chef du Laboratoire;
dernièrement, l'Illustration publiait en première page
une série de dessins reproduisant ces épreuves, et nous
avons en ce moment devant nous une brochure de
M. Dameny rendant compte des résultats obtenus à ce
j our. Nous ne saurions trop féliciter nos deux collègues
de cette initiative qui a permis d'obtenir des résultats
inconnus jusqu'ici.
Entrons dans la pratique de l'expérience que nous
décrit d'une façon très claire l'opérateur : M. G. Demeny.
L'appareil photochronographique donnait 16 épreuves
à la seconde, le temps de pose était pour chaque image
de 1/800 à 1/1000 de secoude. La lumière solaire était
concentrée sur la face du sujet à l'aide de deux miroirs;
pour obtenir des épreuves assez grandes, il avait été
nécessaire de rapprocher l'appareil du sujet qui parlait,
celui-ci s'exprimait, nous dit l'auteur, d'une façon un
peu plus lente et plus nette que dans la parole ordinaire.
Las épreuve? furent placées dans un zootrope, on le
fit tourner et l'on vit la bouche s'ouvrir d'une certaine
façon, les lèvres se mouvoir, un sourd-muet amené de-
vant l'appareil a pu lire en partie la phrase : Je vous
aime, qui avait été photographiée.
La planche photographiée comprend 24 épreuves,
M. Demeny y constate plusieurs imperfections, la lan-
gue, entre autre, n'est pas photographiée très exacte-
ment.
« Nous espérons, nous dit-il, qu'en poussant plus loin
ces recherches, on pourrait essayer une éducation des
sourds-muets par la vue, sur des images photographi-
ques plus parfaites », et plus loin :
« Nous sommes convaincus que les personnes com-
— 192 —
pètentes qui s'occupent de l'enseignement des
sourds-muets pourront avec ces nouveaux moyens
je ne dis pas modifier leur méthode, mais la rendre plus
précise plus naturelle et faciliter ainsi la lecture sur
lèvres à leurs élèves. Il suffira croyons-nous d'exercer
ceux-ci à analyser la parole sur des séries méthodiques
d'images d'une bouche parlante.»
Nous ignorons tout le parti qu'il sera possible de
tirer des résultats de ces expériences si curieuses. Elles
auront un très grand intérêt pour le professeur
surtout dans cette étude si curieuse du contact des sons,
des modifications apportées dans les positions et les
mouvements dan .'la liaison des sons entreieux, Il y aura
je crois un très grand avantage à prendre la photo-
graphie de phrases prononcées aussi naturellement que
possible, en se rapprochant des conditions normales, à
avoir des photographies de la même phrase prononcée
par plusieurs personnes différentes afin de permettre
des comparaisons utiles. Mais de là à tenter une éduca-
tion à l'aide des ces épreuves, il a y un abîme. Rien ne
vaudra jamais la bouche du maître, c'est elle qui sera
toujours le véritable modèle, le véritable type.
Nous souhaitons bien vivement que les expériences
se continuent, nous tiendrons nos lecteurs au courant
des résultats acquis et des déductions qu'il sera possible
d'en tirer.
Ad. Bélanger
— 193 —
LES TROIS AMIS
Sous ce titre ( extrait des Matinées du Samedi ) nous
trouvons quelques épisodes intéressants relatifs à la vie
de J. R. Péreire(l) nous les reproduisons bien volontiers.
Seul des trois historiens de Péreirè, M. LaRochelle
signale en passant les noms de Morand et de l'abbé Perrin
que nos lecteurs vont trouver dans ces quelques
pages, mais les épisodes de ce récit n'ont pas été rele-
vées par lui et nous sommes heureux de les consigner ici.
LE TRAVAIL.
Un dimanche du printemps de 1740, les paisibles pro-
meneurs des allées de Tourny, à Bordeaux, étaient mis
en émoi par une violente dispute qui s'était élevée dans
un groupe de flâneurs assis sous le feuillage naissant-
Depuis une heure ces jeunes gens prenaient plaisir à
tourmenter un pauvre sourd-muet qui vendait des gâ-
teaux sur la promenade, lorsqu'un homme à la physio-
nomie grave et sévère, impatienté de cet oubli de tout
principe d'humanité, fit de vives remontrances aux jeu-
nes fous qui l'entouraient, et, mettant une pièce d'ar-
gent dans la main du sourd-muet, il l'arracha des mains
de ses persécuteurs et l'aida à s*esquiver. Mais ces jeu-
nes écervelés, fâchés de se voir enlever leur victime, se
réunirent contre celui qui les privait de l'objet de leur
amusement. Que nous veut cet intrus? disait l'un. — Cet
homme est-il chargé de la police? disait l'autre. — C'est
un juif, s'exclama un troisième, je le reconnais: c'es*
Pereire le rêveur, c'est ce fou qui prétend arriver à
(1) Calendrier administratif à l'usage des israélites pour
l'année 3532 de la Création du monde (1891-92).
— 194 —
faire parler les muets et entendre les sourds... Un juif,
s'écria la foule, de quel droit se mêle-t-il de nos affaires?
Tombons-lui dessus! Hors d'ici le juif! A bas le mé-
créant ! »
Une lutte dont l'issue n'était pas douteuse allait s'en-
gager entre ces jeunes gens exaspérés et leur calme
adversaire, lorsque deux nouveaux acteurs parurent
sur la scène pour faire changer la face des choses.
C'étaient deux hommes également aimés et respectés à
Bordeaux : l'un d'eux, Morand, était médecin; quoique
jeune, son talent et sa philanthropie l'avaient déjà rendu
célèbre; l'autre était l'abbè Perrin, ecclésiastique de
trente ans, et qui, à peine sorti du séminaire, se faisait
remarquer par sa douce piété, sa charité évangélique
et sa tolérance éclairée. A l'aspect de ces deux jeunes
hommes entourés de l'estime universelle, l'efferves-
cence de la foule se calma, et lorsqu'ils se furent
avancés vers Pereire et qu'après un salut amical, ils lui
errent cordialement serré la main, la phalange turbu-
lente se retira avec respect et laissa les trois amis se
livrer en paix à l'épanchement de leurs cœurs.
C'est qu'en effet une bonne et franche amitié liait
ces trois âmes nobles et pures, si bien faites pour se
comprendre. Chacun d'eux avait trente ans à peine, et
tous trois, à force de raison et de travail, portaient
l'empreinte de l'âge mûr. Jacob-Rodrigues Pereire, né
en Espague, et depuis peu établi à Bordeaux, se distin-
guait par son amour de l'étude, par ses connaissances
acquises dans les sciences exactes et par les essais
qu'il avait tentés avec le zèle le plus soutenu et la plus
admirable patience comme iustituteur de sourds-muets,
Morand, descendant d'une famille protestante, chassé de s
Cévennes lors des croisades sanguinaires de Louis XIV
contre les Huguenots, avait hérité des idées religieuses
de ses ancêtres, de cette austérité de mœurs et de cette
sévérité de principes qui faisaient le caractère distinctif
des protestants du Midi. Son esprit ascétique voguait
sans cesse dans les sphères infinies de l'idéal, et, quand
— 195 —
se? travaux le ramenaient â la vie réelle, il éprouvait le
besoin de retremper dans %ne sainte amitié son àme
froissé 3 et mécontente. L'abbé Porrin, toujours bon,
calme et résigné, tempérait par ses paternelles obser-
vations la fougue de ses deux camarades; il se conten-
tait de rêver dans sa cellule et au pied des autels ; mais
auprès de* pauvres, auprès de ceux qui souffraient et
s. u'tout auprès de ses amis, il était l'homme sage, rai-
sonnable par excellence; et, si l'on n'eût connu la bonté
angélique de son cœur, on aurait dit à l'entendre que,
malgré son air bonhomme, il prenait un malin plaisir à
désillusionner ses amis, à les éveiller au milieu de leurs
b3aux rêves et à les ramener sans cesse des hauteurs de
leur imagination au terre à terre de la réalité.
Morand et Perrin grondèrent doucement Pereire de
son imprudence à affronter tout un groupe de jeunes
gens ; mais ce dernier leur répondit avec exaltation :
« Que voulez-vous, mes bons amis, je ne suis pas maître
de moi quand je vois martyriser un sourd-muet. Ces
pauvres créatures ne sont-elles pas assez malheureuses
sans servir encore de jouets à des cœurs desséchés?
Quoi! elles n'ont jamais entendu la voix d'une mère
pénétrer jusqu'à leur cœur! pour elles le vallon est
sans écho, le tonnerre sans voix! pour elles point de
doux murmures de ruisseau, pas de bruissement de la
feuille qu'agite le vent! pour elles pas de cri d'adieu
jeté à l'ami qui s'éloigne! pas de paroles tremblantes
de joie adressées à la fiancée qui rougit en les entendant
Oh! les infortunées créatures Dieu les a-t-elle jetées dans
ce monde pour que, répudiées oar l'humanité, elles y
trainent leur éternelle misère ! Non. non ! ces pauvres
êtres ont des idées, car l'idée est la conscience d'une
sensation, et l'homme pense sa parole avant de parler
sa pensée; ce dont ils ont besoin c'est qu'on leur donne
le moyen d'exprimer leurs sensations. Citoyens de la
nature, les sourds-muets doivent participera la langue
universelle, et c'est à découvrir ce profond mystère que
tendent mes efforts. I!s ne peuvent pas entendre, ils ne
— 196 —
savent pas parler voilà la position de ces malheureux :
mais ils peuvent voir la lumière, la physionomie et les
mouvements; ils exprimerontdoncleurspensées par des
gestes, ils décriront leurs sensations par des signes. J'i-
rai plus loin encore, je les ferai parler, car la surdité
n'empêche pas le jeu de l'instrument vocal: c'est un
trésor qu'ils possèdent en l'ignorant, il faut [le leur
faire connaître et leur apprendre à en user. J'en-
treprends, je le sais, un duel terrible contre la rou-
tine et le préjugé, mais j'ai pour moi la nature et la rai-
son. Honte aux niais qui m'entourent et qui se rient de
mes projets parce qu'ils ne les comprennent pas! Qu'ils
m'appellent juif aujourd'hui pourvu que demain ils ren-
dent justice à mes succès ! Qu'importe que je sois com-
me l'algue des mers, que les vagues, au gré de leur ca-
price, déposent sur le rivage, s'il y doit féconder la ter-
re ! Pays ingrat ! méprise-moi, dédaigne-moi, mais lais-
se-moi réussir! et alors tu te glorifieras de moi : car les
vrais savants sont comme le soleil, ils ne se lèvent pas
pour un peuple, leur mission est d'éclairer l'humanité
tout entière !.... »
En parlant ainsi, les traits de Pereire s'étaient illu-
minés, son regard brillait d'un saint enthousiasme, et
ses accents énergiques retentirent comme une voix di-
vine dans le cœur de ses amis, qui, les larmes aux yeux
et lé cœur transporté, se jetèreut dans ses bras. « Cou-
rage, lui dit Morand d'un air prophétique, marche avec
fermeté dans la voie que tu t'es ouverte; ne crains rien,
l'avenir t'appartient! — Que Dieu te protège! s'écria
l'abbé Perrin avec effusion, tu auras bien à souffrir,
mais nous partagerons tes douleurs pour en diminuer
le poids, et chaque jour ia première prière que j'élè-
verai au ciel sera pour toi. »
II
LE SUCCÈS
Durant de longues années, Jacob-Rodrigues Pereire
contiuua ses études et ses succès avec un zèle toujours
— 197 —
croissant. Il se mit à voyager, et obtint d'être chargé à
la Rochelle de l'éducation du ftls .de D'azy d'Etavigny,
directeur des fermes de cette ville. Ce jeune homme
était sourd-muet de naissance, et cependant Perdre
parvint à lui donner les plus importantes notions des
connaissances humaines. L'admiration générale fut ex-
citée au plus haut point, quand on vit ce sourd-muet
écrire, dessiner, calculer, et surtout quand on l'enten-
dit lire à haute voix d'une manière assez intelligible.
Cette cure fit grand bruit, on en parla à Paris, où Pe-
reire fut amené par la famille d'Etavigny. Le savant
Lacondamine présenta à l'Académie des sciences Pereire
et son élève, et la docte assemblée admira le jeune
sourd-muet et prodigua les plus gi*ands éloges à son
professeur. Bufion serra vivement les mains de Pereire,
et lui donna un brevet d'immortalité en lui disant :
« Vous serez compté parmi les bienfaiteurs de l'huma-
nité. » Pendant quelque temps il ne fut brait que de
l'instituteur des sourds-muets, on en parla à la ville rt
â la cour, et Louis XV, s'étant fait présenter cet élevé
extraordinaire, et l'ayant questionné par signes et par
écrit sur l'histoire naturelle, la géographie et l'arith-
métique, en fut si ravi, qu'il combla son professeur de
présents et qu'il lui accorda une pension sur sa cassette,
11 n'en fallut pas davantage pour que Pereire devint à
la mode, et bientôt sa faveur parvint à son apogée.
Dans sa prospérité, il n'oublia pas ses amis, et il
s'empressa de les faire venir auprès de lui; grâce à sa
protection, l'abbé Perrin fut nommé à une cure à Paris,
et Morand fut attaché comme médecin à l'un des pre-
miers hospices de la capitale. Perrin, toujours calme
et bon, était encore devenu plus patient et plus chari-
table qu'autrefois. Au contraire, l'âge avait rendu Mo-
rand plus austère et plus sombre; des malheurs do-
mestiques l'avaient accablé, et c'est dans les sévères
pratiques de la religion protestante qu'il avait cherché
des consolations. Il était placé à la tête d'une commu-
nauté secrète de la nouvelle église, et son esprit inquiet
— 198 -
et triste ayant influé sur son cœur, il était devenu sans
le savoir dur et intolérant. II accepta cependant l'offre
qui lui fut faite de venir à Paris, parce qu'en mourant,
sa femme lui avait laissé un fils sourd et muet, et qu'il
comptait en confier l'éducation à Péreire.
Nos trois amis se revirent avec une joie qui avait
quelque chose de triste; car l'âge avait laissé sur eux
sa fatale empreinte, et la douleur avait tari en leur âme
la source des belles illusions qu'ils avaient partagéesja-
dis. Ils vécurent longtemps unis, et cependant, il y avait
quelque chose de froid et de contraint daiis la manière
d'être de Morand vis-à-vis de Pereire. Ses idées reli-
gieuses, son titre de pasteur et sa vie ascétique, tout
enfin semblait devoir l'éloigner de la société intime
d'Un juif. Malgré lui un lien puissant vint le rattacher à
Pereire, qui se chargea de l'éducation de son fils. C'est
Théodore que se nommait ce jeune garçon tout rose et
tout blond; ses yeux pétillaient d'esprit, et tous ses
mouvements étaient empreints d'une vivacité enfantine
en même temps que les plis de son front pur et blanc
comme un jeune lis montraient que la réflexion occu-
pait déjà cette jeune intelligence. Péreire s'attacha à cet
enfant, il l'initia à l'éducation première, et de son côté
Théodore s'éprit de la plus vive amitié pour son précep.
teur. C'était merveille de voir comme le jeune sourd-
muet et son instituteur s'entendaient; soit que Péreir-e
se servît d'un alphabet manuel, soit qu'il se fit com-
prendre par signes, soit qu'il remuât seulement les
lèvres, le petit Théodore comprenait avec la rapidité
de l'éclair, saisissait la leçon la plus difficile et conver-
sait lui-même avec une souplesse et une aisance qui
faisaient l'admiration de tous ceux qui le voyaient.
Péreire voulut remplir avec la plus scrupuleuse con-
science son devoir d'instituteur, et connaissant le rigo-
risme des opinions religieuses de Morand, il éleva
Théodore dans la croyance protestante.
Tant de dévouement finit par triompher en partie des
préjugés de Morand, et, comme pasteur, il devint plus
— 199 —
juste et plus tolérant; mais, comme père, les angoisses
les plus douloureuses lui furent imposées : car Théo-
dore le regardait comme un étranger, il restait froid en
sa présence, il eu avait peur, tandis qu'il se jetait avec
joie dans les bras de Péreire aussitôt qu'il l'apercevait,
et il n'était heurenx qu'auprès de lui.
L'abbé Perrin venait souvent voir ses amis; il conti-
nuait à Paris sa vie de Bordeaux : il faisait du bien, et
pour se reposer, il priait; c'est ainsi qu'il arrivait
au contentement de soi-même, cette pierre philoso-
phale du cœur.
Péreire devint le chef de la Communauté israélite de
Paris, il exploita sa faveur pour être utile à ses coreli-
gionnaires; il fut nommé interprète du roi, et ses suc-
cès lui imposèrent de nouveaux travaux: c'est ainsi
qu'en gravissant les échelons de la science, il descendit
ceux de la vie.
111
LA MORT
Le 15- septembre 1780, au matin, la vieille gouver-
nante de Péreire s'en alla en toute hâte chercher le
docteur Morand et l'abbé Perrin. Son maître s'était
trouvé subitement; indisposé, il avait passé une mau-
vaise nuit, et le médecin du quartier avait déclaré que
le malade ne passerait pas la journée. Bientôt ils se
trouvèrent auprès du lit du moribond, et une conver-
sation grave et touchante s'était engagée entre les trois
amis. « Je vais mourir, je le sens, disait Péreire; mais,
du moins, j'emporte la satisfaction d'avoir fait quelque
bien à l'humanité, et l'espoir de vous revoir en un
monde meilleur : car, à côté du dogme consolant de
l'immortalité de l'âme proclamé par la religion à la-
quelle j'appartiens, se trouve ce principe, d'une divine
tolérance, qui admet tous les hommes, sans exception
de croyance, à la béatitude d'une vie future. » Et,
— 200 —
comme Morand et Pérrjn pleuraient, Pereire se leva
sur son séant, et dit : « Adieu, mes bons amis, je vous
recommande mes correligionnaires, les fils d'Israël; hâ-
tez, par vos exhortations, le jour de leur émancipation.
Merci, mille fois merci, pour le secours que vous m'avez
prêté, en me permettant de m'appuyer sur vos bras
pour traverser le chemin de la vie. Courage, mes bons
amis, nous nous reverrous dans un autre monde, car
Dieu est trop bon pour séparer là-haut ce qui était si
bien uni ici-bas! »
Ayant dit, le vertueux savant retomba sans force sur
son lit mortuaire; l'agonie commença, et, à ce moment,
les délégués de la Communauté juive, précédés de leur
rabbin, furent admis dans la chambre, et ils récitèrent
ce chant simple et grave qui accompagne, chez les fils
d'Israël, la prière des agonisants. On vit alors un spec-
tacle admirable : pendant que le rabbin à la barbe véné-
rable, debout au chevet du lit, psalmodiait en hébreu un
saint cantique, le prêtre catholique et le pasteur protes-
tant, à genoux, répétaient la prière de l'Eglise chré-
tienne, de sorte qu'en mourant, le digne instituteur des
sourds-muets put confondre les chants de la terre avec
les aceords du ciel ; la voix de ses amis se mêla pour lui
au chœur des archanges, et, grâce à cette méprise, le
passage de là vie à la mort lui fut dissimulé...
Ce jour-là, le pauvre Théodore fut inquiet et malheu-
r3ux, car il savait son instituteur malade, et on lui avait
détendu d'aller le voir. Quand on le conduisit rendre
les derniers devoirs àson second père, il ne comprit pas
d'abord cette épouvantable idée d'une séparation éter-
nelle; mais bientôt son malheur lui apparut dans toute
sa nudité, et il fut désespéré en songeant qu'il ne verrait
plus son bon instituteur, et qu'il ne resterait seul au
monde ! . . . Car, qui le comprendra désormais? qui achè-
vera son éducation?.... Tandis qu'au champ *du repos,
l'éloge funèbre du défunt est prononcé successivement
par le rabbin, l'abbé Perrin et le docteur Morand, le
pauvre Théodore, le visage inondé de larmes, les yeux
— 201 —
inquiets, et tout sanglotant, tantôt lève la tète au ciel, et
tantôt la laisse retomber comme l'étamine de la fleur
retombe sur son calice; on voit qu'il suffoque, que les
organes desa vie se détendent, et lorsque la terre reje-
tèe dans la fosse répond par un cri sourd en retombant
sur le cercueil sonore, un cri déchirant se fait entendre
Théodore a murmuré: « Attends-moi ! » et, sur la tom-
be de son instituteur: le pauvre enfant, que rien ne rat-
tache plus à ce monde, est tombé sans vie
Longtemps après, au modeste cimetière que les Israé-
lites de Paris possédaient à la Villette, et qui avait été
acheté par Pereire, syndic de leur Communauté, on
voyait souvent à la brune deux vieillards, marchant pé-
niblement ec se soutenant mutuellement, venir s'age-
nouiller devant un simple mausolée sur lequel étaient
écrits ces mots; «Ci-gît Jacob-RodiguesPéreire, le premier
instituteur des Sourds-muets en France. C'étaient le prê-
tre catholique et le pasteur protestant qui venaient
prie'' pour le repos de l'âme du savant Israélite qui avait
été leur émule et leur ami; et, plus calmes aprçs avoir
rempli ce pieux devoir, ils s'en allaient lentement, lais-
sant, voir des larmes dans les profonds rides de leur vi-
sage, et tous deux, pour se consoler, ils disaient avec
confiance; « Dieu est trop bon pour séparer la-haut ce
qui était si bien uni ici-bas ! »
CHRONIQUE
Asiles pour le? sourds-muets. — V Imp.irtial de
YEst du 28 juin dernier nous donnait un article de
M. Camille Holveck, sourd-muet, membre de l'asso-
ciation fraternelle des sourds-muets de l'Est, sur la
— 202 —
nécessité de créer des asiles en faveur des sourds-muets
infirmes; nous retrouvons cet entre-filet dans la Ga-
zette des sourds-muets du 15 août dernier. Nous ne
pouvons, qu'être de l'avis de M. Holveck, nous lui ferons
remarquer cepeudant qu'il existe déjà des asiles de
celte, nature, à l'institution de Bourg-la-Reine, à Lyon,
à Bordeaux pour les sourdes-muettes et à l'Institution
de Saint-Etienne pour les sourds-muets. Nous serions
reconnaissants à ceux de nos confrères qui pourraient
nous donner quelque renseignement sur ce sujet im-
portant.
* *
*
Artistes sourds-muets. — La Gazette des sourds-
muets nous annonce que « l'État vient de commander
au sourd-muet Joseph Tronc, la reproduction du por-
trait de Pierre le Grand de Russie qui se trouve au
musée de Versailles. Ce travail est exécuté pour l'am-
bassade de France à Saint-Pétersbourg ». M. Tronc
est un ancien professeur de dessin à l'Institution natio-
nale de Paris, il est également l'auteur d'un portrait
de M. Vâîsse qui vient d'être placé dans la Galerie
historique de l'Institut de Paris.
Huit artistes sourds-muets exposaient cette année
dans nos deux salons annuels. Pour la peinture, aux
Champs-Elysées ; M. Chércx : Mer stucage à Belle-Ile.
— Un américain, M. Humphrey Moore : Minstrels. Au
Champ de Mars, M. Armand Berton uous donne plu-
sieurs toiles et pastels.
Pour la sculpture, nous trouvons aux Champs-
Elysées, M. Paul Chcppin : L% Marseillaise. — Seiz»
ans. M. Hennequin : Buste de E. Trélat. — M Douglas
Tilden : un bronze, Boxeur fatigué.
Enfin dans la gravure : M. L. Lambert : Barque de
— 203 —
pêche fuyant, un grain, la Vache blanche et M. Aug.
Colas : Clair de lune.
jl/ après la Gazette des sourds-muets, comme devant
paraître en novembre prochain : Almanach des sourds-
muets pour 1892. Prix : fr. 50 et par la poste fr 65
(s'adresser à M. H. Remy, à Dounoux, Vosges).
Institutions pour les sourds-muets arriérés. — Plu.
sieurs de nos confrères nous ont fait l'honneur de
nous demander s'il existait des institutions spéciales
en France pour les sourds-muets arriérés. Nous ne
connaissons que celle d'Avignon dirigée par notre
excellent confrère M. l'abbé Grimaud. Nous prions
ceux de nos lecteurs qui connaîtraient des. écoles ou
des maisons spéciales d'èiucation pour les enfants
arriérés, peu intelligents, idiots, etc.. sourds-muets
ou entendants de voulofr bien nous les faire connaître
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
V. P.Don C.-M. B'", Chartreux, Curriére autrefois et au-
jourd'hui, ln-8, 52 p, Curnère, Imp, de l'Ecole des Sourds-Muets,
1890.
Aujourd'hui Gurrière, l'ancienne chartreuse du moyen
âge, est devenue institution de sourds parlants c'est
l'histoire très mouvementée, reconstituée à l'aide des
documents les plus sûrs que nous donne aujourd'hui le
V. P. Dom G.-M. B**\
— 20 1 —
Currière autrefois . — La charte de fondation de la
Grande-Chartreuse (1084) mentionne la montagne de
Currière, qui ne devint propriété du célèbre couvent
que vers 1129. Sur la demande d'Amblard d'Entremont,
qui mourut évêque de Saint-Jean de Maurienne. en 1308 i
une chartreuse spéciale fut fondée à Currière. On trouve
encore sur le linteau d'une porte latérale de la vieille
église, que cette pierre a été posée en août 1298. Le
premier prieur fut, vers 1299, Siméon de Alanesco.
Moins de cent ans après (1388), réduite à la misère, la
chartreuse de Currière fut supprimée, devint une simple
dépendance de la Maison-Mère, qui en fit son infirmerie.
Nous trouvons dans cette brochure une vue de Currière
vers l'an 1600, et la vue actuelle de l'établissement
d'aujourd'hui.
Vers 1700 sauf la Chapelle, la Chartreuse de Currière
fut démolie et le R. P. Dom Masson fit élever un grand
bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Depuis 1791,
Currière était abandonné.
« Aujourd'hui, par la grâce de Dieu, la vie est re-
venue à Currière; ce ne sont plus de vieux moines,
mais de jeunes enfants qu'abritent ces aD tiques mu-
railles : et là où l'on apprit à se taire, le muet apprend
à parler. »
Currière aujourd'hui. — L'auteur nous montre le
sourd-muet rendu à la vie humaine, à la vie morale,
par la méthode orale pure et indique en quelques
pages les moyens employés pour le démutiser, puis
pour terminer il reprend son rôle d'historieri, terminons
avec lui.
« La nouvelle école, nous dit-il, commença le 20 mars
1870, et fut d'abord confiée aux frères de la Sainte Fa-
mille de Belley, qui tiennent les classes de Saint-Laurent
du Pont; en 1876, les sourds-muets au nombre de 36
montèrent à Currière, et on leur donna pour maîtres
les frères du Sacré-Cœur du Puy, remplacés en 1877 par
les Frères de Saint-Gabriel, de Saint-Laurent sur Sèvres
— 205 —
— Jadis la Grande-Chartreuse élevait à la Gorrerie
douze enfants pauvres à qui l'on apprenait un métier,
aujourd'hui, cette bonne œuvre des siècles passés conti-
nue, mais elle a pris une grande extension, car ce ne
sont plus douze enfants, mais 50 sourds-muets que la
Grande-Chartreuse entretient complètement ( * ) et
qui, apr^s sept années, quittent l'école sachant lire
écrire, chiffrer et parler, connaissant presque tous un
métier, et ce qui est plus indispensable encore et meil-
leur, connaissant leurs devoirs d'homme et de Chrétien»
Ad. B
ALLEMAGNE
Das S tôt ter n. Eine Psychose. Le Bégaiement, Par Rudolf
Denhardt, directeur de l'institution des bégnes à Eisenach. Leipzig
chez B. Keil successeur. 1890,
L'auteur de cet ouvrage bien connu par les résultats
obtenus sur un grand nombre de personnes qui ont bé-
gayé à un très haut degré vient de publier un travail sur
le bégaiement qui mérite d'autant plus notre attention
qu'il base sa théorie sur une expérience de 21 ans faite
sur plus de 2.000 personnes.
Monsieur Denhardt traite en quatre chapitres tout ce
qui concerne ce mal donttant de personnes sont atteintes
Au chapitre premier, il donne un aperçu historique
fort intéressant depuis les temps les plus reculés jus-
qu'à nos jours. —
Le chapitre II contient la pathologie et l'actiologie
du bégaiement. Le savant auteur traite dans ce chapitre
du bégaiement en général; de la façon dont-il se mani-
feste des moyens que le bègue emploie pour éviter les
* !■
(1) Consulter également la notice publiée sur l'Institution,
de Gurrière, par le F. Paul, dans la Revue française.
— 206 —
difficultés que la prononciation Iiii cause lés cir-
constances qui peuvent influer sur le mal; l'hérédité
le manque d'autres causes prédisposantes; l'âge ou le bé-
gaiement commence; la façon dont il se produit; ce que
c'est que le bégaiement ? Critique des points de vue
d'autres auteurs; le bégaiement produit par l'imagina-
tion de ne pas pouvoir parler et la manière dont cette
idée se produit. L'influence morale du bégaiement su r
les personnes atteintes du mal
Chapitre'Ill Historique du traitement, remèdes, Opéra-
tions didactique. La méthode de E. Denhardt, père de
l'auteur dans la guérïson le 'bégaiement, des essais de
guérir le mal par l'électricité et par la suggestion hyp-
notique. La méthode Gutzniann. Que peut-on et que
faut-il exiger d'ua professeur de bègue ? Essai de. se
guérirsoi-même, Critique de la méthode didactique. Sur
une thérapie rationnelle du bégaiement.
Chapitre IV Nombres des béguesdes différents pays.—
L'ouvrage de Rudolf Denhardt est l'un des meilleurs
qui existent sur le bégaiement et je le recommande à
tous ceux qui s'intéressent à ce sujet.
Koeler et Kruse. — Livre de lecture pour les classes
moyennes des institutions des sourds-muets. Avec 21 gravures
1" volume (3 m « année scolaire). Schleswig, chez Bergas 1891.
Ce petit livre de 28 pages est le premier d'une série
que se proposent de publier MM. Kœhler et Kruse, pro-
fesseurs à l'Institution des Sourds-Muets à Schleswig,
deux hommes expérimentés, qui prouvent par ce travail
combien ils comprennent l'état intellectuel des Sourds-
Muets qui entrent dans la troisième année scolaire.
Voici le contenu du livre des quatre saisons, divisé en
quatre parties :
Première partie : 1. La perce-neige. 2. Le dimanche.
3. Au mois d'avril. 4. Le travail au jardin. 5. Ce que
— 207 —
j'ai. 6. Le petit agneau. '7. La violette. 8. Le paysan an
champ. 9. Au mois de mai. 10. Le nid d'oiseau. — fl. Le
hanneton.
Seconde partie : 12. Le petit garçon à la ruche. 13. De»-
vinez donc! 14. Jannet et le papillon. 15. Le foin.
16. L'homme an vivier. 17. Le bain. 18. Le mouton au
pâturage. 19. La récolte. 20. La prière du soir. 21. La
demande de pluie. 22. L'escargot et le petit garçon.
Partie iroUième : 23. Le petit garçon et l'écureuil.
24. Le petit lièvre. 25. Notra empereur. 26. La foire.
27. La devinette. 28. Le cerf-volant. 29. La récolte de
fruits. 30. Le petit sansonnet. 31. Le tournesol. 32. La
petite souris. 33. La récolte des pommes de terre. 34. Le
ramoneur.
Quatrième partie : 35. Les batteurs en grange. 36. La
femme oui ramassa du bois. 27. L'accident sur la glace.
38. En hiver. — 39. Le jour de naissance du père. 40. A
la poste. 41. Une lettre du père. 42. Le dîner. 43. Le
cordonnier. 44. L'homme de neige. 45: L'enterrement.
46. L'homme à l'orgue de Barbarie. Tous ces petits mor-
ceaux de lecture sont d'une grande simplicité, confor-
mes à l'intelligence des Sourds-Muets qui commencent
leur troisième année scolaire; le langage est simple
clair et naturel. Je ne peux que recommander le tra-
vail de MM. Koehler et Kruse, et j'espère qu'il trouvera
un traducteur parmi les professeurs français de Sourds-
Muets.
Hemmos, W. Directeur à Bensheim (Hesse). Bensheim chez
Ehrhard et C ie , Livre de Religion pour les sourds-muet*
catholiques. Deuxième édition, complètement refaite. Avec l'appro-
bation de l'évêque de Mavence 1891.
An q° 6 de la 4" 10 année de la Revue française, j'avais
rendu compte de ce petit ouvrage en le recommandant
fortement à mes confrères français, convaincu que le
travail de M. Hemmesseraitd'une grande utilité pour
— 208 —
nos pauvres Sourds-Muets, mais je n'osais pas espérer
qu'une seconde édition serait déjà nécessaire dans un
espace de temps si court. Ce fait est le plus grand éloge
qu'on puisse faire du livre de M. Hemmes. Son ouvrage
fut. vu son utilité pratique, accueilli partout avec le
plus grand empressement. Je trouve la nouvelle édition
encore plus simple, plus facile à comprendre et plus à
la portée des Sourds-Muets que la première; je crois
donc devoir ai tirer plus particulièrement l'attention
des professeurs français sur cet excellent livre.
Renz-Stuttgart
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Un Sourd-muet en Cour d'Assises. — Nous trouvons
dans le Figaro du 20 Décembre 1891, le compte-rendu
du procès suivant :
La cour d'assises de la Loire a présenté, cette semai-
ne, un bien singulier spectacle: sourd-muet l'accusé, et
sourds-muets les principaux témoins. L'interrogatoire
et les dépositions ont été remplacés par une mimique
vive et animée.
11 s'agissait d'un crime encore mystérieux qui a don-
né bien du mal à là police de Saint-Etienne : l'assassi-
nat d'une vieille rentière de la rue des Gris, Mme Du-
peaud, âgée de quatre-vingt-un ans, étranglée dans
dans son lit pendant la nuit du 31 décembre 1890 au l' r
janvier 1891.
On commença par arrêter son fils. M. Dupeaud, con-
seiller municipal de Saint-Etienne, dont l'innocence fut
reconnue après un mois de détention préventive ! Puis
la police mit la main sur un nommé Sabot, qui se suicida
dans sa prison en désignant comme l'assassin probable
un certain Sarlin, lequel, pris de peur, s'enfuit au Brésil.
Après avoir acquis la certitude que ni M. Dupeaud,
ni l'infortuné Sabot, ni le fugitif Sarlin n'étaient pour
— 209 —
rien dans le crime, la justice crut avoir découvert le
coupable dans la personne d'un locataire de la maison,,
un sourd-muet nommé Meyret, qui avait disparu peu
de jours après l'assassinat.
Neyret fut arrêté dans la Haute-Savoie, où il vendait
des chansons sous le nom d'un certain Gattalado, sourd-
muet comme lui, et dont il avait acheté les papiers
pour 10 francs.
Le Parquet avait-il eu, cette fois, la main plus heu-
reuse? Il l'a cru, et, pour tout dire, ce n'était pas seu-
lement la disparition du sourd-muet qui pouvait sembler
étrange. D'autres présomptions, sinon des preuves, fu-
rent bientôt relevées à la charge de Neyret.
Sans argent la veille de l'assassinat, et dans l'impos-
sibilité de payer son terme, s'élevant à la modique
somme de 10 francs, Neyret avait été vu, quelques heu-,
res après le crime changeant des pièces de 20 francs
dans un café de Saint-Etienne. Les jours suivants, il fit
le tour des mauvais lieux de la ville, offrant du Cham-
pagne à la ronde, et régalant généreusement cinq ou
six sourds-muets de ses amis.
Enfin, il avait mimé à un de ces camarades, avant mê-
me que le crime eût été constaté, toute la scène de
l'assassinat.
Ce qui était plus grave encore, c'était la découverte,
près de l'armoire de ]\jlme Dupeaud. d'un ciseau à froid
ayant servi à fracturer les meubles, et qui provenait
d'une atelier où Neyret avait récemment travaillé.
Condamné déjà cinq fois pour vol, sournois violent,
vindicatif, et fréquentant assidûment les maisons mal
famées, — c'est en ces termes que le dépeint l'acte d'ac-
cusation, — Neyret était parfaitement capable d'avoir
commis l'assassinat, mais, effrayés probablement par la
succession d'erreurs judiciaires qui avaient marqué les
premières phases de l'instruction, les jurés ont reculé
devant un verdict de condamnation.
L'audience avait été, d'ailleurs, des' plus difficiles à
suivre; mis en présence d'un interoréte sourd-muet, le
— 210 —
frère Ojifroy, Neyret avait prétendu ne point compren-
dre son langage. On avait remplacé l'interprète sans
plus de succès et. en désespoir de cause, le président
avait dû recoorir à des interrogations écrites, auxquel-
les Neyret avait soin de ne jamais répondre que par des
ohrases sans suite, en stimulant l'imbécilité :
«D. —Le ciseau à froid appartient bien à votre ancien
patron, un papetier, M. Bichet? lui demande M. le pré-
sident Rigot. — R. M. Bichet bavarde toujours comme
une grande bouche de baleine.
« D. Des témoins le reconnaissent positivement. —
F. Les témoins font des grimaces.
« D. Eh bien! nous allons les entendre. — R. Si vous
voulez, je leur permets de venir vous voir.
« D. — Pourquoi cachiez-vous votre argent après le
crime? Vous étiez entre sourds-muets, entre amis! —
R. Je n'avais pas peur des sourds-muets, j'avais peur
des parlants.
« D. — Les sourds-muets aussi vous accusent. —
R. Vous savez bien que les sourds-muets sont menteurs. »
Ainsi, pendant quatre audiences, la cinquième ayant
été réservée aux plaidoiries, après lesquelles Neyret a
appris avec allégresse que le jury venait de l'acquitter.
*
A l'occasion du 179* anniversaire de la naissance de
l'abbô de l'Epée, r Association amicale des sourds-muets
nous adresse les circulaires suivantes,
Paris, le 10 novembre 1891.
Madame et Monsieur,
Le 179° anniversaire de la naissance de l'abbé de
l'Epée sera célébré en un banquet qui aura lieu le di-
manche 29 courant, à six heures du soir, dans les
salons du restaurant du grand Véfour, au Palais-Royal,
17, rue Beaujolais, sous la présidence d'honneur de
— 211 —
M. le docteur Warring-Wilkinson, M. A., LH. D., direc-
teur de l'Institution de Sourds-Muets de Californie, et
sous la présidence effective de M. Douglas Tildèn,
artiste statuaire.
Le banquet sera suivi d'une représentation funam-
bulesque organisée par le Comité des Sourds^muets
Mimes.
Selon l'usage, une messe en actions de grâce sera dite,
à neuf heures du matin, dans la chapelle de la Sainte
Vierge, à l'église Saint-Roch, où reposent les cendres
de ce bienfaiteur* de l'humanité.
Nous espérons, Madame et Monsieur, que vous vou-
drez bicjn vous joindre à nous, non seulement pour
témoigner votre reconnaissance envers le grand citoyen
qui njus a faits ce que nous sommes, mais aussi pour
affirmer votre désir d'unir toutes les bonnes volontés et
tous les dévouements du monde silencieux qui conver-
gent vers un même but : notre bonheur et notre dignité
ici-bas.
Nous osons croire que vous nous amènerez vos amis
entendants qui s'intéressent au sort des Sourds-Muets.
Comptant que vous saurez nous envoyer le plus tôt
possible vôtre adhésion, nous vous prions, Madame et
Monsieur, d'agréer l'expression de nos sentiments dé-
voués.
Les Commissaires organisateurs du banquet :
Henri Gaillard, 4, rue des Pyramides; Fernand Hamar»
J08, rue Vieilîe-du-Temple; Montillié, 16, boulevard
boulevard Saint-Marcel ; Ch. Schlick, 8, rue Guilhem;
Gaston Desbordes, 3, place de la Sorbonne; Nestor
Varvéris, 9, rue Campagne-Première ; Jacob Alexan-
der, 9, rue Campagne-Première.
Le prix de la souscription personnelle est fixé à
7 fr. 50 (service compris).
Pour les SOurds-Muets de la banlieue, rendez-vous, â
partir de deux heures, à la Brasserie Muller, 36, rue de
Rfftftélitîu.
— 212 —
Paris, le 22 novembre 1891.
Madame et Monsieur,
D'après les adhésions que nous recevons, le Banquet
du 29 novembre promet d'avoir un éclat particulier*
Aussi, afin d'assurer le service d'ordre et d'éviter les
malentendus, nous croyons-nous tenus à vous donner
quelques renseignements sur l'organisation du Banquet.
Dès six heures, dans le salon de réception, tous les
convives seront présentés au Présidents par M. Ernest
Dusuzeau, officier d'Académie, vice-pr'ésident de l'As-
sociation.
d sept heures précises, les convives et leurs dames
se rendront en corps dans la salle du Banquet.
Les noms des personnes qui mimeront des discours ou
des toasts seront indiqués sur les menus.
Après le dessert, on passera dans les salons pour
prendre le café.
Au bout de quelques instants, tout sera prêt pour la
Représentation funambulesque et l'on reviendra s'ins-
taller dans la salle du Banquet.
Lss personnes qui, à la fin du Banquet se présen-
teraient pour assister à la représentation théâtrale, ne
seront pas admises. Une exception ne sera faite qu en
faveur de la Presse et des invités spéciaux du Comité
des Sourds-Muets Mimes.
Telles sont. Madame et Monsieur, les dernières dis-
positions prises. Nous comptons qu'elles auront votre
approbation.
Et pour la mériter davantage encore, nous ferons
tout notre possible pour veiller aux multiples délails du
service.
Veuillez agréer, Madame et Monsieur, l'assurance de
nos sentiments dévoués.
Les Commissaires organisateurs du Banquet
Paris— Imp. V B11AATGER «5, Rue Saint-Jacj u,s, 1 9 i
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
1— année. N°" 10 et II Janvier Février 1892.
L'ABBE Jean FERRAND
Chanoine de Chartres
(1731 — 14 décembre 1815)
Portrait dessiné et gravé par Jules Anneaouehe
d'après un portrait du temps retrouvé par le D r J. A. A.
Rat tel — et appartenant à la Congrégation des filles
de la Providence.
— 215 —
UN INSTITUTEUR DE SOURDS-MUETS INCONNU
L'Abbè Ferrand
III
Par une coïncidence curieuse, les méthodes dont nous
nous occupons furent composées vers la même époque
par deux hommes qui, vraisemblablement, ne s'étaient
jamais vus. C'est, en effet, le hasard de sa destinée,
semble-t-il, plutôt qu'un ]plan longuement prémédité,
qui fit de l'abbé Ferrand un instituteur de sourds-muets;
aussi ne le voyons-nous nulle part en relation avec les
hommes qui, de son temps, s'occupèrent comme lui de
cette grande œuvre. J'ai en ce moment sous les yeux,
écrits de la main même de l'abbé de l'JEpée, les noms de
ses élèves (1); celui de l'abbé Ferrand ne s'y trouve
(1) Voici cette liste :
L'abbé Stork, à Vienne, en Autriche.
L'abbé Dumouriez, au Mans.
L'abbé Hubi, à Rouen.
M 9lle Blain, à Angers.
L'abbé Muller, a Mayence,
L'abbé Sylvestre, a Rome.
L'abbé Sicard, à Bordeaux.l
M. D'Angulo, en Espagne.
M. Hulric, en Suisse.
M. Guillot (sic) en Hollande. — (lire Guyot).
L'abbé Salvan, en Auvergne.
L'abbé Michel, dans les États de Sardaigne.
Cette liste montre l'effort que l'abbé de l'Épée a fait pour
vulgariser et répandre les idées sur l'enseignement des sourds-
muets- Elle constitue aussi une indication précieuse pour des
recherches que nous ferons les élèves de l'abbé de l'Épée, qui
tous ne sont pas arrivés à être connus dans leurs œuvres
— 216 —
point. Si d'ailleurs l'abbé de l'Epée avait pu connaître
l'ouvrage de l'abbé Ferrand, comment admettre qu'il ne
s'en fût pas servi pour perfectionner le sien?
Getie circonstance donne plus d'intérêt à la compa-
raison des deux méthodes, sans compter, ce qui ne pa-
raîtra peut-être pas à dédaigner dans un temps où l'on
a « la fureur de l'inédit », que ni l'un ni l'autre jusqnici
n'ont encore été publiés.
Nous n'avons pas la prétention, pour mille bonnes
raisons, de donner ici les ouvrages dans leur intégrité;
il nous suffira de prendre un certain nombre de mots
avec l'interprétation qu'en donnent et l'abbé Ferrand
et l'abbé de l'Epée< (*)
Abbaye. Abbé Ferrand. s : (1) voile jusqu'au front,
s : croix pectorale, .<• : maison et
assemblage.
Abbé de VEpêe. Maison de religieux ou
de religieuses, gouvernée par un
abbé ou une abbes.se. On en donne
des exemples.
Académie, F. — s : lieu, s : assemblage, s ^hommes
très savants.
VE. — Assemblée de savants.
Accoutumer (s,) F. — s: écrire d'abord lentement et avec
difficulté, ensuite avec moins de
peine, enfin très facilement avec le
geste que cela n'embarrasse plus.
L"E. — Faire souvent une chose, on la
fait ensuite plus facilement et sans
peine.
(1) s. — Signifie faire le signe de.
F. — Abréviation de l'abbé Eerrand. — L\#,— Abréviation
de l'abbé de l'Ëpée.
— 217 —
Admettre. E. — Los deux mains ourertes qu'on fait
passer de droite à gaucbe avec un
air gracieux.
VE. —Recevoir quelqu'un dans sa com-
pagnie ou à sa table.
Adolescence. F. —s : âge en élevant peu à peu la
main, s : depuis 14 ans jusqu'à 25,
s : fringant, en agitant les mains à
ses côtés avec vitesse.
VE. — L'âge depuis 14 jusqu'à 25 ans.
Affecter. F. — s : parler, prendre du tabac, marcher
sur les pointes des pieds avec affecta-
tion comme un petit maître, mettre
les mains derrière le dos avec un air
de prétention.
VE.— Agir d'une manière singulière, il
signifie aussi faire une fâcheuse im-
pression dans le corps, ou sur l'es-
prit, ou sur le cœur.
Agile F. — Les bras et les jambes dégagées, s :
courir et sauter facilement.
VE. —Celui qui se remue d'une manière
facile et légère.
Agréable. F. — s: esprit, cœur bon; s : passer la
main sur le menton en regardant la
personne pour lui dire qu'elle plaît.
VE. —Ce qui plaît.
Allégresse. F.— s : sauter bien fort en se frottant les
mains avec joie
VE. --Joie publique.
Ambassadeur. f. — s : roi qui donne des, lettres avec un
cachet à quelqu'un; celui-ci part
pour le lointain, parle à la nation,
écoute, et vient en saluant le roi por-
ter la réponse.
VE. —Celui qui est envoyé par son sou-
verain à un autre souverain pour lui
expliquer ses volontés.
— 218 —
Apoplexie. F. s: — 1° montrer un air vif, 2° tout à
coup comme un état de mort, accom-
pagné cependant de ronflement et
difficulté de respirer.
VE.— Maladie qui prive tout le corps de
mouvement et de sentiment.
Appétit. F.— s : commencer à manger d'un air
très indifférent, ensuite agiter légè-
rement et avec promptitude les doigts
devant la bouche pour montrer que
l'appétit vient.
VE.— Désir de manger.
Arrêter. F . — s : d'un cocher qui arrête ses che-
vaux par les rênes; ou bien des deux
mains on fait le s : d'aller vite et l'on
s'arrête tout à coup.
VE. — Empêcher d'avancer ou de dire.
Avocat. F. —s : grande robe, la chausse, les che-
veux longs; s : plaider.
VE. — Les avocats plaident au parlement!
Barbare. F. — s : peuple éloigné; s : air sauvage et
grossier. 2' sens, cœur bon pas, s :
cruel, qui se peint dans les yeux et
l'extérieur.
VE.— Cruel.
Bien. F.— s: porter l'index et le doigt du mi-
lieu de la main droite à la bouche,
faisant avec les lèvres le signe na-
turel d'une bonne chose. — Subs. ou
adv. selon le cas.
VE. — Tout ce qui est bon en soi-même.
bien est aussi un adverbe comme
dans cet exemple : Cela est bien fait;
Bourreau. F.— s : traîner quelqu'un la corde au col,
le prendre, lui rompre les jambes.
VE. — Celui qui fait mourir les criminels.
— 219 —
Cachot. F. — s: criminel, mains liées, fers aux
pieds; s : ouvrir une porte au-dessous
du rez-de-chaussée ; s : noir et fermer
à doubles tours.
L'E. — C'est une prison obscure où l'on
met les criminels.
•Calmer. F.— Représenter avec les mains étendues
à côté l'une de l'atitre, à la même
hauteur, l'agitation des flots dans une
tempête, et par gradation une agita-
tion moindre, encore une moindre,
et montrer que les eaux sont tian-"
quilles et de niveau ; au fig. : cœur*
L'E. —Après le vent, les flots de la mer
se calment. On dit, au figuré, calmer
la colère.
Chaleur. F.— s : montrer le soleil, s : s'essuyer le
front, subs. féminin.
L'E.— Signe naturel.
Chemin- F. — s : avancer devant soi, comme pour
tracer un chemin, les deux mains
ouvertes à une certaine distance; vote,
même s : mais plus rapproché. Sen-
tier, même 5 : mais encore plus petit
et qui va en zigzag.
L'E.— Endroit où chacun a la liberté de
passer.
Se confesser. F. —s : mains jointes, extérieur modeste;
s : péché, soupir.
L'E-— On fait le signe de ce qui se passe
dans le conlessionnal, où on dit ses
péchés au travers d'une petite grille.
Conserver. F. —s : tenir dans la main gauche appuyée
contre la poitrine quelque chose
qu'on est bien aise d'avoir, et porter
la main droite dessus pour marquer
qu'on ne veut pas s'en dessaisir.
— 220 —
L'E,— Avoir soin d'une chose pour qu'elle
ne se perde pas ou qu'ellene se gâte
pas.
Dépit. F. — * : mouvement de colère passager
en frappant du pied par impatience.
Se dépiter. L'E. — Se mettre en colère, se fâcher, ou
parce qu'on ne réussit pas, ou contre
quelqu'un qui ne dit que de mauvai-
ses raisons.
Dérober. F. — s : regarder de tous côtés pour voir si
on est aperçu, couvrir la main droite
de la main gauche, et puis prendre.
L'E. — Enlever en cachette.
Détester. F. — s : mettre les mains sur son front et
les retourner avec vivacité comme
pour repousser l'objet qu'on déteste
et en même temps détourner la tête
avec un air qui exprime ce sentiment-
L'E.— Avoir en horreur.
Embraser. F. — s : feu ça et là. montrer le brasier
ardent, puis la main à la joue pour
représenter le rouge et l'ardeur.
L'E. — Mettre en feu.
Embonpoint. E. — s : gros ventre, joues à pleines
mains.
L'E. — L'état où se trouve quelqu'un qui
est en bonne santé et un peu gras.
Empoisonner. F. — s : mêler quelque chose dans un
verre en cachette avec un air de
méchanceté, s : boire s : douleur
d'estomac, et s : mourir.
L'E. — Donner du poison â quelqu'un
pour le faire mourir.
Enivrer. F. — s : boire, s : encore un coup, puis
un autre puis, encore un autre, ne
plus se tenir sur les jambes, «à moi
muraille. »
— 221 —
VE.— Rendre ivre. On ne peut plus se
soutenir, on marche tout de travers.
Étourdi. F. s : agir avec précipitation, la tête
eu l'air s : réflexion pas.
L'E. Qui agit sans réflexion.
Eviter. F. s : — apercevoir quelqu'un, de l'index
on montre qu'on ne veut pas en ap^
procher. on s'écarte subtilement en
prenant une autre route et craignant
d'être vu .
L'E. — Ne pas approcher: on évite un
mauvais chemin*
Exclamation. F. s :— porter la main â la bouche
les. doigts réunis comme pour en
faire sortir la voix ; s : l'élever bien
haut en l'air avec l'air d'admiration
ou de douleur, suivant les circons-
tances,
L'E. — Le cri qu'on fait par admiration
ou par indignation — Ah !
— passer souvent les deux mains le
long de l'estomac avec un signe de
manger et l'air d'un homme qui a
grand faim.
L'E : — besoin de manger, au figuré
avidité.
Filleul. F. s ; — Enfant tenu entre les bras, s :
prêtre, baptiser.
L'E. —Celui qu'on atei'U sur les fonts du
baptême.
Fureur F. s : — Transport violent de colère et
de rage en écumant i les yeux hors
de la tête.
VE. — Transport plein de colère .
Gibier. F s : -- Lièvre, bécassine, etc. ... s . ti-
rer dessus et mettre dans la gibe-
cière,
L'E. —Ce qui a été pris à la chasse.
Faim. F s
999
Goulu, F. s : prendre à droite et à gauche,
mettre les morceaux les uns sur les
autres, en prendrejjusqu'à la égorge
et fort vite.
VE. qui mange beaucoup et fort vite
Fendre. F. — s : on fait entrer avec force le
tranchant de la main droite entre les
doigts de la main gauche qui s'écar-
tent aussitôt pour peindre l'action.
VE. — On fend du bois ave des coins. —
Fier. F. — s : regarder les autres par dessus
l'épaule'en remuant les lèvres avec
un air dédaigneux.
VE. : orgueilleux qui regarde les autres
du haut de sa grandeur.
Fièvre. F. — s : tàter le poulx tic tac.
VE. — : maladie il y en a plusieurs
espèces, fiévreuse ce qui donne la
fièvre.
Folie. F. — s : remuer les mains et les doigts
devant le visage avec des yeux égarés
et des grimaces qui annoncent que la
tête n'y est plus.
Fol 'fou). VE. — Celui qui a perdu le sens; folie
est le substantif.
Futur. F. — avancer devant soi directement
la main droite.
UE: — ce qui arrivera.
Géant F. — 5: homme grand, grand, grand
qu'on ne peut atteindre.
VE. — qui est d'une grandeur extra-
ordinaire.
Geler. F. — s : Eau," froid, mettre les deux
mains près l'une ' t de l'autre pour
montrer une légère glace qui se
rompt aisément.
— 223 —
Glacer ! froid beaucoup s : eau pas et
montrer sur les deux mains que la
glace est fort épaisse,
L'E. — faire un iroid plus ou moins
grand.
Goût. F, — s : porter l'index aux lèvres en le
tournant et retournant ou bien goû-
ter du vin.
L'E. — un des cinq sens situé sur lalan-
gue, il affecte aussi le palais.
Orappe. F. — s : Raisin dont on arrache succes-
sivement les graines pour les manger
et exprimer le contour de 1
grappe.
L'E. — Signe naturel.
Guérir. F. — s : malade, s : appïjquerplusieurs
fois une emplâtre sur une plaie, en-
suite passer rapidement la main sur
cette plaie avec le s : plus ri«n.
L'E. — rendre la santé à un malade
Guérison est le substantif.
Hypocrisie. F. — s : devant quelqu'un avoir l'air
sage et pieux et quand il a le dos
tourné, tirer la langue et prendre ses
ébats.
L'E. — celui qui fait semblant d'avoir
de la piété et qui n'en a pas le subs-
tantif : hypocrisie.
Honte. F. — s : se passer les mains sur la joue
pour indiquer le rouge, s : couvrir
de deux mains le visage comme
n'osant paraître et se retirer avec un
air penaud.
L'E. — Trouble de l'esprit. On se cou-
vre le visage comme n'osant paraître.
— Il y a une bonne et mauvaise honte.
Horrible. F. — s : nat : en se détournant, on
ferme lesyeux et on ferme les oreilles.
— 224 — .
LE. — Qui fait horreur, à voir ou à en-
tendre. — Signe naturel, on ferme
les yeux et on bouche les oreilles.
Incommoder. F. — 5 : montrer du malaise, se tourner
en tous sens, rabattre ses oreilles.
LE. — Faire du mal, être â charge
être désagréable : le subst. est in-
commodité.
Inégal. F. — s x égal en rapprochant les deux
index et les mettant de niveau; s :
nég.
LE. —(Rien).
S'inquiéter. F. — s : se promener les doigts avec
agitation sur le front avec l'air in-
quiet.
LE. — Ce qui trouble le repos et la
tranquillité de l'esprit.
Laisser. F. —s : présenter et avancer vers le côté
gauche les deux paulmes des mains.
LE, — On laisse faire ce qu'on ne peut
empêcher.
Loin de. F. — 1° on pose s ur la table les deux
index; 2° ou conduit l'index droit le
long du bras gauche que l'on étend
autant qu'on le peut pour montrer le
lointain; s : de prépos.
LE. — Ce qui est éloigné du lieu où
l'on est, ou dont on parle.
Mal. E. — s : tàter le pouls air de douleur
sur la figure .
LE. — Signe naturel, on tâte le pouls.
Médecin. F. — s : tàter le poulx, fines manchet-
tes, belle perruque, canne à pomme
d'or.
L'E. — celui qui ordonne des médecines
aux malades.
— 225 —
Membre. F. — s: montrer sesbras et ses jambes
L'E. — Les différentes parties du
corps. —
Merveille. F. — s : présenter les deux paulmes des
mains l'une devant avec l'air de
dire ho/ — ho. —.ho. —
Moins. F. — s : on conduit le pouce droit suc-
cessivement sur le petit doigt, on
s'arrête comme pour demander est-ce
ce assez ! en secouant la tête, moins
on avance encore un peu-
L'E. — ne dit rien.
Montrer. F. — s : signe présenter la main gau-
che ouverte et y porter l'index et le
doigt du milieu, signe indicatif.
L'E. — faire voir, faire connaître en-
seigner : montrer du bout du doigt.
Patiner. F. — s: Glisser sur là glace avec des pa-
tins, il faut dessiner un. patin.
L'E. — glisser sur laglace avec des pa-
tins.
peu à peu F. — s : on montre le s : peu en appuy-
ant le pouce sur presque l'extrémité
du troisième doigt et on avance in-
sensiblement l'index devant soi en fai-
sant plusieurs poses.
L'E. — adv. un petit nombre, en petite
quantité.
Pour. F . — s : porter l'index au front, ensui-
te le retourner droit devant soi pour
marquer la vue et l'intention.
L'E. — Prép. et conjonction. V. la mé-
thode.
Prix. F. — s. nat : Cela vaut tant ou me coûte
tant en frappant du revers de l'index
et du doigt du milieu dans la main.
L'E. — La valeur d"une chose.
— 226 —
Quoi. F. — s : avancer le corps et les mains,
hausser les épaules comme un homme
qui est très occupé et qn'on vient in-
terrompre et qui demande quoi d'un
air de mauvaise humeur.
VE. — Prénom. — Voyez la méthode.
Railler. F. — s : rire devant quelqu'un avec un
air moqueur en allongeant les bras
comme pour le narguer en disan
"bo".
VE. — Rire de quelque chose ou de
quelque personne.
Régler. F. — s : avec les pouces et les deux in-
dex on trace deux lignes.
L'E. — Mettre en bon ordre ses affaires
Soc. F. — s : passer la main sur sa manche
la montrer mouillée, pas, ou bien
montrer du pain, rien dessus.
L'E. — Ce qui n'est, point mouillé et
qui mouille point au fig. et signifie
Ce qui est languissant, Ce qui est fai-
blement exprimé: manger son pain
sec, c'est ne rien manger avec son
pain.
Seul. F. — * : un, le pouce élevé devant soi
perpendiculairement, mais aussitôt,
on le retire horizontalement vers le
côté droit et on le montre à l'écart,
L'E. — qui n'a personne avec lui
Venir, F. — s : rouler les ('cvx irdtx l'un a
l'autre vers la poitrine.
L'E. — arriver à celui qui parle signe
naturel .
Zèphir. F. — s : vent léger, respirer avec air
de gaité .
VE. — sorte de vent doux et agréable
— 227 —
Rien de plus facile que de continuer longtemps encore
ce parallèle; rien de plus inutile aussi, pensons-nous,
pour le but que nous nous proposions d'atteindre (J).
Quelle qu'opinion que l'on ait, en eflet, sur la valeur de
la méthode mimique et sur l'utilité des dictionnaires de
signes, il est impossible de n'être pas frappé de la supé-
riorité incontestable que celui de l'abbé Ferrand pré-
sente sur celui de l'abbé de l'Épée. Et après avoir vu
l'activité, le dévouement que cet homme mit au service
d'une œuvre admirable, la perfection relative à laquelle
il sut, en peu d'années, amener sa méthode, et dont ce
dictionnaire de signes est un sûr garant, si nous nous
permettons d'appeler l'attention, l'estime, l'admiration
sur son nom trop longtemps inconnu, qui osera dire
que notre zélé est indiscret et que nos prétentions son
exagérées ?
Docteur J. A. Ai Rattel
(A suivre. )
L'AUDIGÉiNE VERRIER
La plupart des Institutions françaises expérimenten
en ce moment l'appareil dont nous avons entretenu nos
lecteurs dans quelques numéros de l'année dernière (2)
Des essais semblables sont également tentés dans plu-
sieurs institutions étrangères; ce ne sont pas les résul-
(I)A. la fin du travail de l'abbé Ferrand, se trouve un
Catéchisme à l'usage dis enfants sourds-muets, bie
curieux,
Nous ne sachons pas que l'abbé de l'Epée ait fait un
ouvrage de cet ordre-là.
(2) Voir Revue Erançaisc, Numéros dç Juin, Juillet Août et
Octobre 1891
— 528 —
tats obtenus que nous voudrions indiquer aujourd'hui,
ces expériences sont trop récentes, nous espérons. d'ail-
leursen reparler ici même. Nous voulons nous contenter
de reproduire ici les appréciations sur cet instrument
par plusieurs professeurs français.
Dans la Revue de Famille, dirigée par M. Jules
Simon, nous trouvons un article de M. Dussouchet. qui
depuis bien des années a su se concilier toutes les
sympathies du Personnel enseignant de J'Instilut Na-
tional de Paris, comme examinateur dans les Jurys
annuels d'examen pour l'avancement des jeunes maîtres
Nous ne pouvons donner en entier son article si in-
téressant, nous nous contenterons d'en reproduire la
conclusion.
» En résumé, pour se taire entendre des sourds-muets
on est d'abord parti de ce principe que l'ouie n'existait
plus chez eux et que la vue devait y suppléer. C'est par
les yeux qu'on a voulu faire pénétrer dans lear esprit
le monde intellectuel. — La méthode orale pure, en
supprimant le langage des signes, a fait faire un pas
énorme à leur instruction ; comme les entendants -par-
lants, ils apprennent désormais à nommer les choses
en même temps qu'ils en découvrent la forme. Enfin,
grâce aux exercices d'articulation et de lecture sur les
lèvres, les sourds peuvent presque nous entendre et les
muets nous répondre. Il y a là pour eux un bienfait
inappréciable.
D'un autre côté, des chercheurs éminents, des âmes
dévouées ne veulent pas renoncer à l'espoir de voir
réellement et physiquement entendre les sourds-mùets,
de leur rendre au moins en partie le sens qu'ils ont
perdu. Si leurs efforts sont jusqu'ici restés stériles,
où peu s'en faut, le cornet de Mgr. Verrier qui sem-
ble réveiller les sensations auditives chez l'enfant sourd
rriuet, qui permet au sourd-muet de s'entendre parler
et de corriger lui même sa prononciation, de ré-
— 229 —
gler sa voix et d'en varier les intonations, enfin qui le
met en état de saisir les mots prononcés aune faible
distance, ce cornet est un cornet merveilleux auquel
doivent applaudir tous ceux qui [ont souci des infirmes
et des déshérités de ce monde, Certes il ne saurait être
question de supprimer la lecture sur les lèvres, si fa-
cile et si précieuse, par l'emploi d'un appareil qui res-*
tera toujours encombrant, si parfait qu'il soit. Mais quel
utile concours ne pourra-t-il pas apporter aux profes-
seurs des sourds-muets dans l'enseignement de l'arti-
culation ! Quelle immense ressource pour les personnes
âgés ! C'est le cas de répéter comme dans l'Evangile :
Ouvrez-vous, oreilles, ouvrez-vous, ephphetha ! »
PJotre excellent collègue et ami, M. Dubranle, censeur
des études à l'école de Paris, a publié dans la Revue In*
ternationale, quelques vues fort intéressantes sur le
nouvel a ppareil, et tout en restant dans lés limites de la
prudence la plus stricte nous donne les conclu-
sions suivantes.
« En attendant, j'ai la conviction que l'audigène Ver-
rier es-t préférable aux autres cornets acoustiques ha-
bituellement employés dans l'enseignement auriculaire
et qu'il pourra rendre de grands services aux profes-
seurs d'articulation en leur permettant d'éveiller chez
un certain nombre de leurs élèves des impressions au-
ditives, de régler leur voix et de leur donner une parole
moins monotone et moins traînante. Ce sera déjà un
avantage immense que sauront apprécier les maitres
de sourds-muets à qui le nouvean tube acoustique ap-
portera bien souvent un concours utile,
«Pour les personnes devenues sourdes à un certain,
âge, saus guérir leur surdité, il sera, je crois, d'une
utilité plus grande encore. Mais si parlait qu'il soit, il,
sera toujours un instrument encombrant et difficile à-
dissimnler. Or, chacun sait que les personnes affligées
de surdité, entre autres critiques à l'adresse des cornets
- 230 —
acoustiques, leur reprochent de se trop voir et leur
préfèrent la lecture sur les lèvres- qui, dans bien des
circonstances, leur permet de cacher leur infirmité.
C'est ce qui explique, du reste, le délaissement dans
lequel sont tombés les cornets et]les tubes acoustiques
les plus recommandables et la place faite chaque jour
plus grande à la lecture sur les lèvres.
Je ne saurais terminer sans adresser mes félicitations
et mes remerciements â Mgr. Verrier dont l'invention
est un progrès qui permettra d'apporter quelque sou-
lagement â une infirmité qui empêche les uns de goûter
les charmes delà conversation, qui arrête chez lss au-
tres le développement du langage ou le fait complè-
tement oublier. >
C'est ensuite un autre de nos collègues, M. Dufo de
G-ermane, professeur^ l'Institution de Paris qui sous le
même titre et dans la même Revue pnblie quelques
appréciations personnelles dont voici la conclusion.
« Arrivés à la fin d^ cette étude nous nous apercevons
«lue nous avons un peu négligé l'Audigène Verrier polir
parler de la voix nue. Nous confessons, eu effel , avoir
peu de sympathie pour tous les cornets acoustiques en
général. Nous avons renoncé à leur emploi et nous n'a-
vons pas sujet de nous en repentir. Le môilidre de 1 eur
défaut est de dénaturer le son, Le nouvel appareil parait
avoir évité cet inconvénient il; est. semble-t-H, supé-
rieur â tous les autres. Nous le souhaitons de grand cœur
Mais nous ne pouvons nous prononcer d'une manière
catégorique avant de l'avoir expérimenté.
Quelle que soit sa valeur, nous lui savons grê dès au-
jourd'hui d'avoir fortifié nos convictions, dissipé nos
derniers doutes et de nous permettre de déclarer ici
que même, sans se servir de cornet; on peut faire en-
tendre tous les sourds.
Nous conclurons en modifiant légèrement tes paroles
de P.éreire :
— 231 —
« Tous (1) les sourds-muets suffisamment intelligents,
au moyen d'une instruction convenable, peuvent par-
venir à distinguer, même sans le secours de la vue ( un
nombre plus ou moins considérable de mots et il y en
a parmi eux qui pourront être mis en état d'étendre
cette connaissance à tous les mots en général.
Enfin, sous la signature de M. le D r H. Lavrand, le
Journal des sciences médicale de Lille publie un article
intitulé Un progrès en otiatrié qui se termine par les
quelques lignes suivantes.
Concluons. Cetaudigéne, construit tout à fait empiri-
quement, est supérieur aux cornets aconstiques exis-
tants. Il fait naître l'ouïe, ou la développe, et les résul-
tats paraissent durables Cet instrument ne modifie nulle-
ment les méthodes adoptées dans l'éducation des sourds-
muets, il en rend l'application plus parfaite. De plus, il
se montre utile pour réveiller Touïe chez des personnes
devenues sourdes et non plus seulement pour leur per-
mettre d'entendre pendant qu'il est appliqué à l'oreille.
Tels sont les résultats que huit mois d'expériences ont
fournisettout laisse à espérer que l'on obtiendra mieux
dans la suite, alors que l'usage de l'audigène se généra-
lisera: mais il ne faut voir que ce qui est et l'on n'a pas
encore trouvé ce que l'on aappelé lesluneûtes de Pareille»
Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur
cette question si importante de l'éducation de l'oreille
chez le sourd-muet et qui, à juste titre préoccupe tous
les professeurs français.
Ad. B'
En réponse à plusieurs demandes de renseignements
qui nous parviennent nous rappelons que le dépôt de
TAudigène Verrier se trouve à la Maison des sourdes
muettes, Grande-Rue, Bourg-la-Reine (Seine)
Le prix de l'Appareil est de 60 fr, franco, ou contre
remboursement.
(i) Péreire dit « Presque tous les sourds-muets » il ne par-
le pas de l'intelligence. (N. de M. D. de G.)
— 232 —
LE Il& ANNIVERSAIRE
De la Naissance de L'ABBÉ DE L'ÈPÈE
Comme les années précédentes, M. l'abbé Goislot au-
mônier de l'Institution Nationale de Paris, célébra, sur
la demandé de l'Association amicale des sourds-muets,
une messe à l'Église Saint-Roch, où se trouve le tom-
beau de l'abbé de l'Épée. Le banquet annuel de l'asso-
ciation, le 57' avait lieu au Grand-Véfour sous la
présidence de M. Douglas Tilden, sculpteur améri-
cain, nous donnons ici les discours prononcés à cette
occasion par le Président et par notre excellent colla-
borateur et ami, M. Th. Denis.
DISCOURS DE M. TILDEN
Mesdames, Messieurs,
Pendant les trois années de mon séjour à Paris, j'ai
eu l'heureuse chance de me trouver parmi des amis.
Ce qui me rend plus heureux, c'est que vous m'avez
conféré l'honneur de présider ce banquet. 11 est inutile
de vous taire les profondes émotions que je ressens, et,
a u nom de mes frères américains, je vous remercie.
Ce matin, nous assistions à la messe célébrée en mé-
moire de l'abbé de TEpêe. Rien ne peut égaler la solen-
nité de cette cérémonie. Ce devoir sacré accompli,
nc-us nou3 réunissons de nouveau dans ces lieux de
fête. Les ombres de la vieille église ont cédé la place
à la splendeur d'une salle de banquet, nous avons des
fleurs, des lumières éblouissantes, et, pour )a première
fois, des> dames veulent bien prendre part à cette fête
dont elles sont le plus bel ornement !
En contemplant cette belle réunion, je suis rem pi
d'uoe pensée qu'il serait nécessaire de développer. Est-
il possible de croire que des soucis, des inquiétudes, des
— 233 —
regrets puissent à ce moment obséder le cœur d'un de
nous î Je pose cette question, parce que, sans doute,
dans le passé nous avons été quelque peupei&és de l'intro-
duction d'un certain. système dans les écoles de sourds-
muets et chaque année, ce banquet donne l'occasion
de témoigner notre mécontentement à ce sujet. Fran-
chement, je le demande, cette façon de procéder est-
elle sage et d'accord avec l'esprit qui doit régner chez
nous en ce moment ? Il est vrai que l'abbê de l'Epée
avait propagé un système de langage par gestes; mais
il est également vrai qu'il n'était pas l'incarnation
d'une méthode. La sienne était celle de l'humanité
qui surpasse tous les systèmes d'enseignements et tous
les problèmes d'éducation, Nous connaissons le hasard
qui l'avait mis en présence de deux sourdes-muettes.
Lorsque nous pensons à cet instant mémorable où il
s'arrêta comme touché par la main de Dieu et sentit en
lui un monde de compassion pour ces deshérités, nous
le voyons s'élever devant nous, non comme le. créateur
d'un système, ni comme un interprète de théories, mais
comme nn simple prêtre, dont la vie débordait de pitié
et de bonté. Un tel homme est une grâce* de la Provi-
dence pour l'humanité souffrante, et aucun pays, aucune
époque ni aucun. système ne peut dire : « Il m'appar-
tient seul, je me l'approprie. >
Il me semble donc plus convenable de me borner à
passer en revue le siècle écoulé depuis que l'abbé de
l'Epée se dévoua à l'instruction des sourds-muets,
A la place du petit nombre d'élèves que le, prêtre
avait recueillis dans la rue, nous comptons à présent
des milliers de pupilles pour l'éducation desquels de s
sommes énormes sont dépensées annuellement.
A la place de la modeste école qu'il avait ouverte, rue
des Moulins, nous avons maintenant des institutions
sans nombre» beaucoup, ont de splendides monuments
publics.
A la place de cette idée imparfaite des capacités des
sourds-muets qui faisait que l'abbé de l'Epée écrivait
— 234 —
à SLcard : « N'espérez pas, cher ami, que les sourds-
muets soient jamais capables d'exprimer leurs idées
par écrit, » nous avons, à présent des méthodes
perfectionnées qui ne s'arrêtent pas à l'éducation du
lycée. v
Au lieu du petit groupe composé de Massieu, Clerc,
Àllibert, Gazan, n'avons nous pas aujourd'hui des cen-
taines de sourds-muets dont les œuvres dans l'art,
dans la littérature et les sciences, ont obtenu l'admi-
ration du monde entier.
Loin de nous, alors, les discussions qui creusent le
front de nos professeurs ! Le système oral a envahi
la France; l'Amérique en est déjà arrivée à être ri-
goureusement assaillie par lui. Mais qu'est-ce que cela?
— Les opinions humaines ne peuvent jamais être au
repos. Aussi longtemps que l'homme aimera, travaille-
ra et combattra, il ne pourra s'arrêter dans ses recher-
ches, dans ses observations, dans ses désirs; et comme
il en été dans le passé, il y aura toujours des change-
ments dans la pensée de l'homme par laquelle une mé-
thode peut obtenir la prééminence sur une autre pour
être à son tour mise de côté. Mais, Mesdames et Mes-
sieurs, l'œuvre de l'abbé de l'Epêe serait-elle donc arri-
vée â rien? Eh bien ! on pourrait dire, avec raison, que
le soleil a failli à sa mission, parée que les vicissitudes
des saisons out passé sur la plante dont il avait fait
germer la semence et fortifié la croissance ... La
nature avait tendu la trame de nos existences, dont
les fils étaient le malheur, l'ostracisme social, les
moqueries des ignorants; prenant place au métier,
l'.abbè de l'Epée jetait ici et là sa navette ; il la remplit
de joyeux rayons, les couleurs qu'il tissait étaient
l'éducation qui nous procurait les jouissances intel-
lectuelles et la religion qui nous aidait à vaincre la
malice et l'erreur. Qui, alors, a plus qualité pour
juger l'œuvre de l'abbé?— Les savants qui recueil-
lent des statistiques ? — Les professeurs qui se réu-
nissent en congrès solennels pour résoudre les pro
— 235 —
blêmes d'édncation au moyen d'un vote ? — Non,
c'est à nous seuls de répondre : Nous voyons. Nous
comprenons. Pour la vie d'abnégation que nous a
consacrée l'abbé de [l'Epée, nous le payerons par
un amour immortel!» Oui Mesdames et Messieurs,
par, un amour qui ne s'éteindra jamais, car quel que
soit le sort de ses théories ou de ses systèmes, il y
aura toujours pour nous une chose certaine : c'est
que, grâce à l'initiative prise par lui, le siècle a
accompli notre émancipation intellectuelle et que,
résultats de ses humbles et généreux essais, nous
sommes ici heureux, libres et indépendants !
Pour la cinquante-septième lois dans l'histoire de
cette Association, le devoir m'imcombe, à mon tour,
comme président de ce banquet, de rendre hommage à
la mémoire de l'abbé de l'Epée, et je termine en
disant : Vive la France ! »
DISCOURS DE M. TH. DENIS
Mesdames, Messieurs et chers Amis,
C'est à ce titre d'ami, je le crois du moins, que
je dois l'honneur de me trouver au milieu de vous
Ne me détrompez pas. Aussi bien je n'abuserai pas de
l'amitié, pour retenir trop longtemps votre bienveil-
lante attention.
Je n'oublierai pas, pas d'ailleurs, le but dominant
de cette réunion; je ne perdrai pas de vue que nous
sommes ici pour fêter une date que votre reconnais-
sance filiale a justement inscrite parmi celles qui rayon-
nent, avec le plus d'éclat, dans l'histoire de l'huma-
nité. Vous allez reconnaître que le sujet de mon allo-
cution s'y rattache étroitement.
Beaucoup d'entre vous savent déjà que l'idée m'est
venue d'organiser un musée des sourds-muets. En
dehors de l'administration du ministère dé l'Intérieur
et de la Direction de l'institution Nationale, qui ont
compris et approuvé sans hésitation cette idée; en
— 236 —
dehors, des arais que je compte parmi vos ,. frères, à
qui je l'avais communiquée et qui y ont applaudi,
vous ne sauriez vous figurer l'énorme surprise qu'elle
a provoquée dans le monde des entendants.
Un musée des sourds-muets ! Quelle folle concep-
tion ? Mais où donc, me demandait-on avec le spec-
ticismede l'ignorance, où donc en prenez- vous les élé-
ment,? Alors, patiemment, je développais mon pro-
gramme, et aussitôt la surprise redoublait, mais en
sens inverse : on n'était plus étonné que de l'abon-
dance de ces éléments, qu'on ne soupçonnait pas un
instant auparavant.
Eh bien ! savez-vous ce qui m'a le plus encouragé
à réaliser mon projet ? C'est le dépit que j'ai éprou-
vé de la constatation de cette ignorance encore trop
répandue. Après avoir appris à vous connaître j'au-
rais voulu que tout le monde fût à même de vous ren-
dre tout simplement justice, en cessant d'être étonné de
voir en vous ce qu'on voit chez les autres.
Se peut-il, me disais-je, qu'après un siècle de têmoi-
guages éloquents on en soit encore à considérer le
sourd-muet comme un être d'un autre monde, et
ce qui aggrave l'erreur, d'un monde inférieur ! Vous
avez largement prouvé que votre intelligence, affran-
chie par l'étude, vous permet de vous produire avec
succès dans toutes les manifestations du progrés hu-
main, qu'il s'agisse du domaine de l'art, du champ
littéraire ou scientifique, des hautes spéculations de
la morale et de la philosophie, ou simplement du
labeur manuel. Quelles autres preuves exigera-t-on
de vous, pour vous reconnaître tous les privilèges
de cette égalité intellectuelle, dont la conquête indis-
cutable remonte déjà à Michel de l'Épée.
Oui, Messieurs, on ne connait encore que des sourds-
muets, on ne connaît pas assez les sourds-muets. Je
m'explique : on parle, par hasard, à la suite d'une
rencontre fortuite d'un sourd-muet qui a signé une
toile remarquable, d'un autre qui a exécuté une
— 237 —
superbe statue, celui-ci graveur ou lithographe qui a
fait une œuvre de valeur, tel autre qui a un sérieux
talent d'écrivain, d'autres enfin qui se distinguent dans
les sciences, dans l'industrie, dans le commerce ou
encore dans la pratique d'une profession manuelle,
Mais, pour qui parle de l'un ou de l'autre, c'est une
exception, une rareté, un prodige!
J'ai déjà eu l'occasion de le dire, cette croyance d'un
phénomène est révoltante ; cet étonnement persistant
est injurieux et il ne se justifiait qu'aux jours lointains
où vos aines commençaient à sortir des mains répara-
trices de l'abbé del'Epée.
Je veux bien que tous les sourds-muets ne soient
pas des aigles ; et c'est une raison de plus pour les con-
fondre dans le grand corps social, où tout n'est pas. par-
fait. Est-ce que le monde des entendants ne four-
mille pas de sujets à l'intelligence étroite, à l'esprit
fermé, au jugement obtus, et à qui l'oreille est si peu
utile ) qu'on pourrait la leur retrancher sans crainte
d'augmenter le degré de leur ineptie ? La vérité, c'est
qu'il y a, de part et d'autre, les bien portants et les ma-
lades. Chez vous, Messieurs, les bien portants sont au
niveau de ceux qui, non moins sains d'esprit, possèdent
l'audition ; et chez nous les malades ne valent pas
mieux que les vôtres, Oui, voilà la vérité, et personne
n'a le droit de l'obscurcir, en établissant des distinctions
imaginaires.
M'inspirant de ces observations, j'ai pensé qu'en ou-
vrant à la foule un musée des sourds-muets, qui
parlerait à ses yeux d'une façon permanente, on pour-
rait, dans une certaine mesure, la guérir de son igno-
rance et faire disparaître des préjugés préjudiciables
à votre dignité. Ce n'est pas à vous qu'il est nécessaire
d'expliquer ce que sera ce musée. Au besoin, vous m'en
dicteriez le programme. Je me borne donc à vous dire
ceci : si vous partagez mes idées et mes espérances, je
viens, en ami sincère et désintéressé, vous prier de
m'aider dans cette œuvre de vulgarisation. Certes, beau-
— 238 —
coup des vôtres, et de ceux que vous tenez en, haute
estime m'ont déjà puissamment soutenu par les dons
les plus généreux. Je remercie de tout cœur ces pre-
miers et vaillants ouvriers de notre édifice. Leur exem-
ple sera suivi, j'en ai le ferme espoir. Ce musée, sachez
le bien, qui est le vôtre, en définitive, vous est ouvert,
quoiqu'il ne soit encore qu'en voie de formation.
Venez le voir tout petit, et, pris du désir de le voir
grandir, vous l'alimenterez en conséquence, venez et
soyez mes collaborateurs. J'ai la certitude que les
portes de uotre Institution nationale vous seront ou-
vertes toutes grandes, et cette certitude me vient
du concours si précieux, si dévoué, si encourageant,
que je rencontre précisément dans la personne du
directeur de la maison de l'abbé de l'Épée,
J'ai dit la « maison de l'abbé de l'Epée ». C'est encore
ce sera toujours elle,.. Autrefois, les princes de la
terre, en entrant daus la modeste habitation de la
rue des Moulins, se découvraient et s'inclinaient devant
le maître que l'amour des petits faisait plus grand qu'un
roi; aujourd'hui, le même respect les saisit lorsque
pénétrant dans la maison de la rue Saint-Jacques
ils se trouvent en face de ce même maître, ressuscité
par la main puissante d'un de ses plus dignes enfants,
Félix Martin. Le culte de votre père intellectuel est
entretenu dans cette maison avec un soin jaloux. Vous
en serez convaincus dès votre entrée dans notre galerie,
où l'on a rassemblé la plus nombreuse collection de
portraits de votre illustre bienfaiteur. Et, comme on
l'a dit avec raison, ce n'est pas de la curiosité frivole
c;est un hommage rendu, sous une des plus aimables for-
me de la piété, à son impérissable mémoire ; c'est une
preuve tangible de l'universelle popularité dont il
jouit, Sa noble figure domine dans notre œuvre,
elle la protège de son incomparable autorité; elle est
là jetant autour d'elle la lumière, comme elle la ré-
pand aujourd'hui sur vos fronts et dans vos âmes.
Messieurs, à cette heure même, vos frères du Midi
— 239 —
sont réunis à Montpellier, où reste toujours vivace le
souvenir de Frédéric Peyson, pour fêter, comme
vous, la grande date, Noël de votre monde. Je suis
leur président d'honneur, mon âge et l'état de ma santé
ne m'ont par permis d'aller au loin occuper une pré-
sidence effective.
Mais le cœur franchit facilement toutes les distances, Si
le mien, emporté par un sentiment de gratitude, tra-
verse en ce moaient la France, vous voudrez bien lui
pardonner cette minute d'absence.
J'ose même vous demander plus : permettez-moi, en
tournant un instant ma pensée vers les amis de là-bas,
les vôtres comme les miens, de les saluer, de cette table
avec l'éternel cri de ralliement des sourds-muets de
l'univers :
Vive l'abbé de l'Epée »
Nous aurons occasion de revenir sur la représenta-
tion funambulesque qui a terminé cette cordiale et si
franche réunion.
Notre ami M. Gaillard nous ayant annoncé une ré-
ponse à l'article que nous avons publié il y a quelque
temps, sur le Théâtre et les sourds-muets. »
Ad. B,
La Fête des Sourds-Muets du Midi
Depuis deux années, les sourds-muets du midi imitant
leurs frères de Paris, célèbrent l'anniversaire de la
naissance de leur bienfaiteur. Nous avons donné ici le
récit de leur premier banquet. Nous avons entre les
mains le compte rendu de leur fête, c'est une gracieuse
brochure ornée de six gravures (*), dues à un jeune
artiste sourd-muet, M. Nachor Ginouvier; c'est 1 à lui
d'ailleurs, que revient tout l'honneur de l'organisation
du banquet, auquel assistaient plus de 60 convives. La
présidence d'honneur avait été offerte â notre excellent
collaborateur et ami, M Théophile Denis; la présidence
effective avait été dévolue à M. le I) r Bourras, ancien
— 240 —
médecin militaire et maire de Pompignan (Gard).
Nous reproduisons ici le discours du président d'hon-
neur, M. Denis, lu par un des assistants entendants.
A Messieurs les Sourds-Muets réunis à Montpellier
pour fêter V anniversaire de la naissance de l'abbé
de VÊpèe.
Messieurs et chers amis
» Vous m'avez fait offrir par M. Ginouvier la prési-
dence d'honneur de cette fête, je l'accepte comme la
plus précieuse récompense qui m'ait jamais été accordée
Si une vive affection pour les sourds-muets et une pro-
fonde véneratioD pour l'abbé de l'Épée sont des titres
suffisants ponr justifier la flatteuse distinction dont je
suis l'objet, je puis vous donner l'assurance que vos
suffrages ne se sont pas égarés.
« Il ne m'appartient pas de vous exposer en détail le
peu de bien qu'il m'a été donné de faire aux sourds-
muets de France, dans toutes les circonstances où M. le
Ministre de l'Intérieur a bien voulu faire appel à mon
dévouement et à celui de mon éminent maître et ami
M. l'inspecteur général Claveau. Ce que je puis vous
dire d'une manière générale, c'est que dans les nom-
breuses occasions où, depuis de longues années; j'ai eu
à m'occuper de votre sort, j'ai été constamment inspi-
ré par le désir ardent de vous relever complètement
aux yeux de la société et de vous placer au milieu de
nous, entendants, comme des frères qui nous égalent
par l'intelligence, les aptitudes et les qualités du cœur.
« En ce moment même, sans me laisser arrêter par
mon âge, et voulant consacrer aux sourds-muets le peu
de jours qu'il plaira à la Providence de m'accorder, je
réalise avec le bienveillant concours de l'administration,
un projet que je caressais depuis longtemps, J'avais tou-
jours remarqué avec peine que la foule ne vous con-
naissait pas assez, et que si on lui parlait de quelqu'un
d'entre vo.us qui s'était distingué, soit comme artiste
- 241 —
soit comme ouvrier, soit comme écrivain, ou de quelque
autre façon, elle criait tout de suite au miracle com-
me si elle se fut trouvée devant un cas extraordinaire
et tout à fait exceptionnel. En un mot, on s'étonnait de
rencontrer comme par hasard uu sourd-muet qui ne fut
pas un parfait ignorant ou un être absolument inutile,
« Malheureusement trop de gens continuent encore
à s'en étonner. Aussi, pour essayer de faire apprécier
à sa juste valeur le monde des sourds-muets, je m'occu-
pe à réunir dans un musée spécial tous les éléments
susceptibles de vous faire bien connaître. J'y veux par-
ler aux yeux d'une façon permanente et par des témoi-
gnages frappants de votre force intellectuelle. J'y veux
en quelque sorte convier la toule à marcher à votre dé-
couverte. Jedésirerais qu'on ne fût plus surpris de ce
que le sourd-muet est capable de faire. Je considère
cet étonnement persistant comme une injure pour vous,
comme un reste des odieux préjugés d'un autre âge. Il
faut que tous ces préjugés, qui nuisent encore à votre
réputation s'évanouissent enfin Vous expliquer ce
que sera le musée des sourds-muets serait trop long.
Un article qui a paru récemment dans un journal de Pa-
ris vous en donnera une idée assez exacte, j'ai prié no-
tre cher et dévoué ami M. Ginouvier. de vous en donner
connaissance.
« Mais aujourd'hui que vous fêtez un grand anniver"
saire, je suis certain de vous rendre heureux, en vous
assurant que, dans ce musée, la place d'honneur est ré-
servée au plus illustre de vos bienfaiteurs à votre Père
à l'immortel et sublime Abbé de l'Èpée. J'ai réuni une
collection unique au monde de ses images; statues, bus-
tes, médaillons, portraits peints et gravés, etc. Deux
toiles; Les derniers' moments de Vabbe de VÉpèe, par
Frédéric Peyson, et Une leçon de l'Abbé de VÊpée, par
Ginouvier, brillent dans cette collection comme les plus
attendrissantes manifestations du sentiment de la re-
connaissance filiale. En entrant dans notre galerie, a-
britée dans la célèbre institution nationale de Paris, le
— 249 —
public verra tout de suite le respect dont nous entou.
rons la mémoire bénie du rédempteur de vos âmes.
« Oh ! vous avez raison, mes chers amis, de vous ras-
sembler pour célébrer la date de sa naissance, car le
jour ou ce grand homme entrait dans ce monde, c'est
votre sauveur qui apparaissait. Et sa vie a été d'une si
incomparable beauté, qu'à la reconnaissance toute na-
turelle des sourds-muets de l'Univers s'est jointe l'ad-
miration de tous les autres hommes.
« Cette reconnaissance et cette admiration ne faiblis^
sent pas avec le temps. L'Abbé de l'Epée se présente
toujours avec son éclatante auréole de gloire. Sa mé-
thode et ses procédés d'enseignement ont pu être mo-
difiés, c'est le sort de toutes les inventions, c'est une
des lois du progrés humain: mais lui, le vertueux ci-
toyen qui a bien mérité de la patrie et de l'humanité, il
est resté aux yeux du monde entier tel qu'il s'est mon-
tré aux premières heures de son dévouement pour les
sourds-muets. Personne n'a osé touché à son âme. à son
caractère, à son génie . On ne touche pas à ce qui est
sacré, Il est toujours pour tous l'ardent et saint apôtre
de 1760; il personnifie toujours l'abnégation, la charité
le sacrifice de soi-même. Sa noble figure rayonne tou-
jours de la lumière la plus pure; elle se détache tou-
jours, dans la foule des illustrations, comme la plus
touchantejet la plus aimée des créatures providentielles-
« Votre président d'honneur ne voudrait pas, mes
chers amis, vous remercier en vous fatiguant par un
long discours, et j'irais loin, si je me laissais entraîner
par un sujet qui est inépuisable. Je termine donc cette
lettre, en vous disant que, touché de vos sympathies
et fier de votre estime, je suis au milieu de vous avec
toute mon âme; je vous entends et je m'associe à vos
élans de gratitude, lorsque vous faites retentir dans
vos cœurs émus ce cri qui n'a pas besoin de la voix
pour monter jusqu'à votre père :
« Vice l'abbé de VÈpée !
« Théophile DENIS»
— 243 —
Nous trouvons dans cette brochure le portrait de
l'abbé de l'Epèe, de Peyson, celui de M. Th. Denis, de
M le D r Bourras, l'atelier de peinture de F. Peyson ,
d'après un dessin de Peyson lui-même: l'abbé de l'Epée,
croquis de F. Peyson; enfin, les portraits des organisa-
teurs de cette fête : M. Ginouvier, vice-président de
l'Hérault; M. Giriat, vice-président de l'Hérault;
M. Pougy, vice-président du Gard, d'après les dessins
de M. Ginouvier.
Nos lecteurs ont pu trouver dans ce recueil la notice
si intéressante de M. Th. Denis, sur le peintre sourd-
muet Peyson né, comme on le sait, à Montpellier (*)•
C'est à Nîmes que se sont donné rendez- vous, pour l'an-
née prochaine, nos amis du Midi; nous leur souhaitons
un succès semblable à celui de cette année. Nous sommes
certains à l'avance que M. Ginouvier saura tenir haut et
ferme le drapeau de la l'econnaissance.
Ad. B.
LE PROCHAIN CONGRES INTERNATIONAL
Les American Annals of tfie Deaf donnent quelques
renseignements sur le prochain Congrès international
qui se réunira l'année prochaine aux Etats-Unis.
L'Exposition Universelle qui va avoir lieu l'année pro
chaine à Chicago présentera une particularité inconnue
jusqu'à ce jour.
Quelques membres de cette Exposition viennent, en
effet, de jeter les bases d'un grand Congrès où seront-
conviés tous leshommes qui, a un titre quelconque, peu-
vent jouer un rôle dans les manifestations de l'esprit
humain.
Une immense salle de conférences doit être construite
à proximité des hôtels et du cemre de la ville; tout à
— 244 —
côté de cette salle seront édifiés un certain nombre de
halls plus petits ou pourront se réunir les comités qui
auront à délibérer sur des sujets spéciaux.
Le Oomité des professeurs de Sourds-Muets, d'aveugles
et d'arriérés a choisi pour président M. Ph. Gillet, super-
intendant de l'Institut de Jacksonville.
Les organisateurs du Congrès ont reçu les encoura-
gements les plus marqués de la part des promoteurs de
l'Exposition Universelle.
Ils pensent que ce Congrès sera le clou de l'Exposition,
estimant avec raison, que les hommes sont supérieurs
aux idées qu'ils trouvent, aux choses qu'ils inventent ou
transforment.
Une adresse doit être envoyée à tous les professeurs
de Sourds-Muets du monde entier pour les convier à ce
grand tournoi intellectuel.
Le Congrès devra s'efforcer de clore ses délibérations
par l'adoption de mesures capables d'assurer le progrés
la prospérité, la paix et le bonheur du monde.
Il est, en effet, impossible d'apprécier les avantages,
qui résulteront de cette réunion des grands esprits du
monde intellectuel et moral qui, pour la plupart ne se
connaissent que par l'échange de pubiications ou de
correspondances trop irrégulières.
Parmi les grandes questions que le le Congrès devra
ex aminer, nous pouvons citer :
1° Des systèmes d'éducation; leurs avantages et leurs
inconvénients, des moyens par lesquels ils peuvent être
le mieux adaptés à l'augmentation incessante des con-
naissances humaines.
2° Des moyens les plus efficaces pour développer la
prospérité et la vertu dans le monde
Nous souhaitons à ce Congrès une réussite complète
et nous émettons le vœu que le Gouvernement Français
s'y fasse dignement représenter.
René Duvignau.
— 245 —
CHRONIQUE
L9S Sourds-Muets et les Aveugles en Orient. —
Sous ce titre, nous trouvons daus le Bulletin des Ecoles
d'Orient une lettre de M. Pascal Pekmezian, sourd-muet,
qui se propose de fonder une institution â Constanti-
nople.
Nous extrayons de sa lettre les passages suivants :
« Grâce aux lumières et aux conseils de cet homme de
bien(*), et aux encouragements de S. B. le patriarche
arménien catholique, Mgr. Azarian, je me propose de
créer à Constantinople un grand Imernat international
pour les sourds-muets et aveugles des deux sexes, si
nombreux en Orient.
« Le besoin de cette institution se fait d'autant plus
sentir, en effet, qu'en Turquie même on ne compte pas
moins de dix mille sourds-muets et huit mille aveugles,
privés de toute consolation, de toute instruction, se
ressentant cruellement de leur douloureuse infortune,
et dépourvus d'un état qui puisse leur assurer le pain
quotidien. Ils n'ont d'autre ressource que de mendier
ou de végéter dans la plus lamentable des conditions.
Les voyageurs européens ont vu les rues, les places pu-
bliques, les ponts, le porche des églises et des mosquées,
l'entrée des cafés et établissements publics envahis par
ces pauvres déshérités, à l'aspect sordide, couverts de
haillons et de vermine, criant la faim et recevant, hélas!
plus de rebuffades que de morceaux de pain ; ici, c'est
une femme portant sur son dos un pauvre enfant aveu-
gle et implorant pour lui la charité des passants, là,
c'est un vieillard ou un adulte se guidant seul le plus
souvent, et n'ayant qu'un bâton pour diriger ses pas in-
certains. Rien de navrant comme ce spectacle qu'on
retrouve presque à chaque pas.
(1) M. le professeur de Grati.
- $46 -
Dans les provinces de la Turquie d'Europe et de la
Turquie d'Asie, en Grèce, en Serbie, en Bulgarie, en
Roumanie, pays que j'ai visités et étudiés, même quan-
tité d'infirmes, même spectacle, mêmes tristesses. Et
pourquoi tout cela?... Parce qu'il n'existe aucun établis-
sement où les sourds-muets et aveugles puissent trou-
ver aide et protection. »
M. Pascal Pekmezian compte sur l'aide et l'assistance
de personnes charitables pour réussir dans son œuvre.
Les institutions de sourds-muets aux Etats-Unis. —
Les Annales américaines de Janvier 1892, nous don-
nent comme chaque année une statistique des institu-
tions de sourds-muets pour les États-Unis et le Canada,
Nous n'avons à enregistrer pour l'année 1892, la fonda-
tion d'aucune nouvelle école.
Les 77 institutions que possèdent les Etats-Unis ren-
fermaient au 31 Décembre 1891, 7912 élèves (garçons ou
filles), l'instruction y est donnée par 686 professeurs sur
lesquels on compte encore 167 professeurs sourds.
Le Canada renferme 7 écoles avec 683 élèves, 47 pro-
fesseur! dont 15 sourds.
Institution de Buenos-Ayres, République Argen-
tine. — Monsieur Louis Molfino, professeur à l'institu-
tion de sourds-muets pauvres de Milan vient d'être nom-
mé Directeur de l'institut national de la République Ar-
gentine. Nous avons publié ici les conditions ofiertes par
le Gouvernement Argentin, conditions acceptées par le
ntouveau Directeur auquel nous souhaitons tout le suc-
cès désirable.
— 247 —
Institution pour les sourds-muets arriérés. —
La demande que nous insérions sous ce titre dans notre
numéro de Décembre nous a déjà valu une réponse,
nous prions encore nos lecteurs de vouloir bien nous
les institutions pour les enfants arriérés, sourds-muets
ou entendants, qu'ils pourraient connaître en dehors
■de celle de l'abbé Grimaud. d'Avignon et de celle dont
nous donnons le prospectus aujourd'hui.
Institution de Famille-Enfants arriérés sourds-muets.
Dirigée par M. et Mme Gabriel Quinque, diplômes
spéciaux degré supérieur i23, rue du Vieux-Pont-de-
Sévres, à Billancourt, (Boulogne-sur-Seine).
Notre Etablissement répond aux vœux des Parents
désireux de continuer à leurs Entants les soins et l'Edu-
cation de la Famille au cours de leurs Etudes. Très
agréablement entouré de superbes jardins, il est
situé à quelques minutes du Parc de Saint-Gloud et
à proximité du Bois de Boulogne, remarquables par
leurs magnifiques promenades et leur air pur très favo-
rable à la santé.
Le caractère dominant de notre institution est l'Esprit
de Famille; bien vite l'enfantse sent aimé et se retrou-
ve chez lui au milieu de personnes amies et dévouées.
Les Élèves sont l'objet d'une surveillance et d'une
sollicitude de tous les instants ; et en aucun cas, ils ne
sont laissés à la garde de personnes étrangères : profes
seurs ou domestiques, Quatre membres actifs de la
Famille se partagent auprès d'eux les soins de jour et
de nuit.
Une fois maitres de l'enfant par la confiance et l'af-
fection qu'il ne tarde point à nous témoigner, nos cré-
miers efforts tendent à fixer son attention, à nous em-
parer de sa volonté: et, par des exercices simples an
— 248 —
début, partant dn connu à l'inconnu, nous nous appli-
quons avec méthode au développement de ses facultés
morales, physiques et intellectuelles. Nous ne fixons
point d'âge d'admission, cependant nous préférons, dans
l'intérêt des enfants, les recevoir très jeun es.
Das chambrés particulières peuvent être mises à là
disposition des enfants sur la demande des parents.
Depuis 6 mois la propriété est agrandie d'un parc de
10.000 mètres.
L'almanach des sourds-muets, que nous annoncions
dans notre dernier numéro n'a pu paraître faute de
souscription en nombre suffisant.
Artistes sourds-muets. — Le Vainqueur de la Bastil-
le, statue en bronze de M. Paul Choppin. statuaire sourd-
muet, achetée par le Conseil municipal de Paris vient
d'être placée dans le square Parmentier, à Paris.
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
ALLEMAGNE
Rîusohart, Directeur de l'institution de Sourds-Muets à Strass-
bourg. Taubstumm en -Lohrer Kalender fur das Jahr 1892.
Langinsalza Beyer & Soehne.
L'agenda de l'instituteur de sourds-muets pour l'an-
née courante vient de paraître et contient, comme par
— 249 —
le passé, une foule de renseignements des plus utiles
aux professeurs, et, à ce titre, nous voudrions le voir
entre les mains de chacun d'eux. Il contient, outre les
choses qu'on trouve dans tous les almanachs des feuilles
pour inscrire des notes et les noms des élèves, la loi
sur renseignement obligatoire des Sourds-Muets dans
\e grand-duché de Saxe-Meiningen, une statistique de
toutes les institutions de l'Allemagne, de l' Autriche-
Hongrie, de la Suisse, de Luxembourg et des provinces
baltiques russes. L'agenda a trouvé une amélioration
en ce sens que l'auteur a bien voulu y' ajouter une liste
alphabétique des institutions et de leurs professeurs.
Renz-Stuttgart.
FRANCE
Ladislas le sourd-muet, journal de bord et premières chevau-
chées d'un jeune poiterin. Pèlerin d'Egypte et de Palestine, 1890, par
l'Abbé A> Blain , Aumônier des sourds-mueis.Poitiers.
C'est le récit du voyage d'un jeune élève de l'i nstitution
des Sourds-Muets de Poitiers en compagnie de l'abbé
Blain. aumônier de l'établissement. Nous n'avons pas à
présenter à nos lecteurs notre confrère qui n'est pas un
nouveau venu pour eux. Le livre que nous annonçons
leur est connu aussi, nous ne voulons pas cependant ou-
blierde remercier l'Aumônitr de Poitiers de nous l'avoir
adressé. La présence du sourd-muet ou plutôt du sourd-
parlant Ladislas donne un cachet tout particulier au ré-
cit de ce voyage. Le chapitre it : Comment; Didi le sourd-
muet est devenu Ladislas le sourd-parlant? n'a peut-être
— 250 —
pas été ce que nous attendions, il a eu du moins pour
nous un mérite, celui d'attirer notre attention sur cet
ouvrage, de nous engager à le lire et de nous faire pas-
ser quelques moments agréables dont nous sommes par-
ticulièrement reconnaissant à son auteur -
Ad. B.
Ligua pour l'union amical* des sourds-muets de France. Causes,
raisons de sa dissolution par H. Gaillard, in-8, 7. p.
La ligue pour l'union a cessé de vivre, quant àl'union
a-t-elle jamais existé ? Un motif futile devint cause
de discorde et le tout devait finir en police correction-
nellepar une condamnation à quelquesfrancs. Notre ami,
Gaillard constate avec raison que l'union est impossible
et recommande aux sourds-muets Ijs sociétés existan-
tes. Nous formons des vœux bien sincères, non pas pour
l'union, mais pour la concorde et nous déplorerons tou-
jours, pour leurs auteurs, les attaques inqualifiables et
les injures que nous avons vu prodiguer bien souvent.
A tout cela, nous préférons le langage digne à tous point
de pointde vue de M. D. Tilden dans le discours que nous
reproduisons plus haut.
Ad, B
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
Nécrologie. — L'amiral Peyron. — Monsieur le I>>-
Peyron ancien Directeur de l'institution de Paris, ac-
tuellement Directeur de l'administration de l'Assistance
publiqne de Paris, vient d'avoir la douleur de perdre
— 251 —
son frère, le vlcé-amiral. Peyron, questeur du Sénat,
ancien Ministre de la Marine décédé, au Palais du Lu-
xembourg, le 9 Janvier dernier, à l'âge de 68 ans.
Nous envoyons à notra ancien Directeur, l'assurance
à.3 notrj sympathie la plus vive dans ces circonstances
si pénibles.
Un monument au Ganèral Ladreit de Lâchai rière. —
Le Conseil municipal de Gréteil vient d'ouvrir une sous-
cription pour élever un monument à la mémoire du
Général -Ladreit de Lacharriére, tué au Mont-Mesly le 30
Novembre 1870.
Blessé mortellement il fut rapporté mourant à l'ambu-
lance installée dans l'Institution Nationale des sourds-
muets de Paris, sous la direction de son neveu, le D r La-
dreit de Lacharriére, médecin en chef de cet établisse-
ment. Il y mourut deux jours après, une plaque placée
dans la chapelle de cette maison rappelle la mort de ce
héros. Le conseil municipal de Oréteil en s'inscriVant
pour 500 francs sollicite l'appui des conseils municipaux,
du Conseil Général et du Gouvernement.
Distinctions honorifiques. — M. Snyckers, directeur
de l'Institution des sourds-muets et des aveugles de
Liège, vient d'être nommé officier d'académie. Nous
avons eu à enregistrer souvent ici les travaux de notie
confrère belge auquel nous envoyons nos meilleures
félicitations.
Institution Nationale de Paris. — Notre collègue,
M. Alard, doyen des professeurs de l'école de Paris, ar-
chiviste de l'Institution et officier de l'Instruction publi-
— 252 —
que, vient d'être mis à la retraite après 35 années de
service dans notre enseignement spécial. Aspirant-
répétiteur à l'Institution Nationale de Bordeaux en 1856,
maître répétiteur à Paris en 1858, M. Alard a été nommé
prolesseur honoraire, le 1" janvier 1892. Parle même
arrêté ministériel qui l'admettait à faire valoir ses droits
à la retraite, il recevait en même temps, en récompense
de ses loyaux services une médaille d'argent de l'Assis-
tance publique, décernée par M. le Ministre de l'In-
térieur.
* ♦
Société d'appui fraternel des sourds-muets de Fran-
ce. — Compte rendu financier de l'année 1891, — Les
recettes de 1891, Paris et succursales s'élèvent à la som-
me de 2.085 fr. 35, les dépenses à celle de 267 fr. 25.
L'actif de cette société fondée par M. J, Cochefer est
aujourd'hui de 14.199 fr. 10
+
La pantomime jugée par un sourd. —
Un bon notaire de province, devenu sourd comme le
baron Durapiat quand il rencontre un pauvre, est venu
à Paris pour consulter les sommités.
Un de ses amis, négociant rue d'Aboukir, tâche de le
distraire.
11 l'a conduit à l'Opéra.
— J'ai perçu quelques sons, dit le sourd,il n'y a que le
ténor dont la voix n'est pas arrivée jusqu'à moi.
L'ami l'amène au Théâtre Français.
— J'ai très bien entendu M. Paul Mounet, dit le sourd.
Enfin, l'ami conduit le notaire voir une pantomine,
— Oh! mon ami! s'écrie le sourd à la sortie, je vais
beaucoup plus mal... Pas un mot n'est arrivé jusqu'à moi.
{Le Monde Artiste).
Imp.VBELANGiJR, aii, RaiSc-Ja^a-ri P«.i j -fi
REVUE FRANÇAISE
de l'Éducation des Sourds-Muets
7 1 »»' année No 12 Mars. 1892.
L'EDUCATION DE L'OREILLE CHEZ LES ENFANTS SOURDS
A L'AIDE DE L'AUDIGÉNE VERRIER
Depuis bientôt une année, l'attention des professeurs
de sourds-muets est attirée sur un instrument que beau-
coup d'entre eux expérimentent en ce moment. Au mois
de Juin 1891, le premier, dans ce recueil, Monsieur
l'Inspecteur Général Claveau, signalait les résultats mer-
veilleux obtenus à l'institution des sourdes-muettes de
Bourg-la-Reine à l'aide de l'appareil inventé par Mgr.
Verrier, depuis l'idée a fait son chemin, mais peut-
être pas aussi complet qu'il devrait l'être. Faire enten-
dre des sourds, cela ne pouvait-il pas sembler absurde
au premier chef, aussi est-ce bien timidement que beau-
coup se sont décidés à faire des essais. Il ne faudrait pas
remonter bien loin dans l'histoire de nos écoles françai-
ses pour trouver ce même préjugé absurde conlre l'en-
seignement d-i la parole et de la lecture sur les lèvres.
Nous nous rappelons fort bien ce cher abbé Balestra ré-
pondant à une des nombreuses questions que nous lui
posions sur l'enseignement de la parole aux sourds-
muets. Je ne sais comment il faut faire, mais ce que je
sais bien, c'est que les sourds-muets peuvent parler et
qu'ils parleront. Et oui, ils parlent les sourds, ce bon
abbé y a bien été pour quelque chose, mais il a. fallu
surtout chez nous français, laparole convaincue et l'au-
torité de M. l'Inspecteur Général Claveau pour amener
aussi vite toutes nos écoles à la pratique de la méthode
orale; et c'est un résultat dont il pourrait être fier a bon
-2M -
droit. Il lui appartenait encore de lancer la France dans
la voie d'un nouveau progrès, nous aimons à croire
que nos confrères ne s'arrêteront pas dans celle qui
leur est ouverte et après avoir fait parler les sourds-
muets, nous les ferons entendre.
Ce n'est pas une idée nouvelle et pourtant elle parait
si singulière que j'ose à peine rappeler qu'elle a eu des
précurseurs dont les moins font autorité dans la scien-
ce médicale : Itard, Deleau, Ménière. Et oui, ils ont
espéré faire entendre les sourds, ils ont travaillé dans
cette voie. Que ne sont-ils encore là pour nous soutenir
de leur science, de leurs lumières, de leur foi!
Faire entendre des Sourds, pour l'instant nous ne di-
sons pas tons les sourds, est-ce chose possible ? L'expé-
rience a démontré cette possibilité à condition qu'il y
eut un reste d'ouie suffisant. La difficulté résidait en-
tièrement sur ce point, y a-t-il des sonrds absolument,
radicalement sourds ? Et vite on classait les sourds en
demi-sourds, les uns percevant desmots, d'autres les voy-
elles, en sourds entendant la voix et sourds absolus.
Après un examen superficiel, soit à l'aide de la voix, .soit
à l'aide d'instruments imparfaits, on classait définitive-
ment et radicalement ces malheureux, et comme ré-
sultat définitif, aucun n'était instruit par l'oreille. Quel-
ques-uns, disait-on, pourraient bien recevoir cette ins-
truction, mais le nombre en paraissait si petit, qu'on
négligeait ces favorisés.
De temps à autre, quelques voix autorisées, réclament
cette éducation de l'oreille, la recommandent:
C'est une commission nommée par l'Académie de Mé-
decine, qui après les expériences du D r Itard, reconnait
la nécessité d'une classe spéciale pour les demi- sourds;
un dixième ou un douzième des sourds-muets pour-
raient recouvrer la possibilité de communiquer avec
leurssemblables.
— 255 —
C'est M. le D r Blanchet qui pense qu'un cinquième des
élèves serait susceptible de recouvrer l'ouie et la parole
C'est notre vaillant cohfrère. M, J. Hugentobler, dans
un article qu'il publiait ici même (*) et qui concluait à
lu possibilité d'éi'uquer l'oreille des deux cinquièmes de
nos élèves, affirmant qu'un de ces deux cinquièmes peut
être amené à recevoir l'éducation de la mêms manière
que l'entendant parlant, mais, naturellement dans des
écoles spéciales. Nous ne pouvons résister à la tentation
de citer la fin de son article qui résume absolument, le
fond de notre, pensée :
« Nous croyons donc ne pas nous tromper en affirmant
que, si, dans l'éducation des sourds-muets, la méthode
orale pure règne aujourd'hui en maîtresse, elle n'a pas
encore dit son dernier mot: Elle réalisera d'autres pro-
grés en éduquant le sens de l'ouïe des entants atteints
de surdité, ce qui n'a pas encore été tenté jusqu'à ce
jour sur une- échelle quelque peu étendue.
« Nous estimons que ce sera par là qu'elle triomphera
d'une infirmité qui, a juste titre a été considérée de tout-
temps, comme une ^e celles qui entravent de la manière
l'a plus grave le développement de l'intelligence. »
Nous n'aurions garde de citer les rapports si instruc-
tifs de notre collègue et ami M. Dupont sur l'éducation
auriculaire, dans lesquels il recommande à diverses
reprises cette éducation de l'appareil auditif, et nous
sommes heureux de nous abriter encore ici derrière l'o-
pinion de l'eminent médecin en chef, de notre établisse-
ment M, le D r Ladreit de Lacharrière.
Mais, de tout cela, de toutes ces expériences, de toutes
ces agitations successives, qu'étaitil résulté de pratique,
peu de chose ou rien. L'oreille de nos élèves restait de
plus en plus sourde. Il appartenait à l'appareil de Mgr.
Verrier de venir réveiller maîtres et élèves de leur apa-
thie, en leur rappelant, qu'il y avait Un champ à explorer
de ce côté, un nouveau progrés à réaliser, de nouveaux
(1) Revue Française, 4 e _Annce, p. 185,
— 256 —
avantages à retirer pour l'éducation des infortunés con-
fiés à nos soins.
Comment faire cette éducation, comment donner
cette instruction spéciale? Voila une difficulté qui a
du arrêter certainement les plus audacieux, Il existait
bien des instruments de toutes sortes, des cornets acous-
tiques de toute nature, mai-s pour la plupart sL défec-
tueux que mieux valait s'en tenir à la voix, à la parole
seule prononcée près de l'oreille, que de se servir d'un
de ces intermédiaires.
De là des gênes, des impossibilités, une déperdition
considérable des vibrations produites et un abandon cer-
tain de toutes ces tentatives.
Aussi consultez une de nos célébrités médicales eu-
ropéennes aucune ne vous conseilleral'emploi d'uncornet
ni d'un tube acoustique, ils en connaissent trop les in-
convénients; ces jours derniers, c'était un Docteur vien-
nois qui nous donnait ainsi l'opinion du célèbre Politzer
de Vienne; nos otologistes parisiens seraient peut-être
tous de son avis. — Ils le seront encore de longtemps,
combien en est-il qui aient examiné le nouvel appareil
dé Mgr. Verrier et se soient convaincu des qualités spé-
ciales qui le distinguent de tous ceux qui l'ont précédé?
Nous avons aujourd'hui un instrument nous permettant
de faire cette éducation qui nous préoccupe et ne nous
apportant pas les inconvénients de ceux qui existaient.
Faut-il malgré cet avantage incontestable, laisser
cet appareil et se servir uniquement de la voix et de la
parole ? Il est absolument certain que l'on peut sans
cornet arriver à l'oreille du sourd, améliorer, dévelop-
per l'audition ou si l'on aime mieux la faculté d'inter-
prétation. Des expériences de toutes sortes -viennent
prouver cette assertion et pour notre part, nous avons
fait, sans appareil une éducation de cette nature, nous
avens eu déjà occasion de signaler ici le cas du jeune
René B. (*) Nous nous hâtons d'ajouter que si nous n'a-
(1). Revue Française, 2 e année N c 11
__ 257 —
vons employé aucun cornet, c'est qu'il nous ont semblé
tous défectueux aussi aurions nous été heureux de
trouver à cette époque l'Audigène Verrier, qui certaine-
ment nous aurait facilité singulièrement notre tâche,
On nous offre un instrument recueillant d'une façon par-
faite les vibrations et les bruits qui composent la parole
humaine, qui les transmet d'une façon parfaite à l'oreil-
le, les amplifie sans les dénaturer, transporte en quel-
que sorte dans l'oreille même, la parole avec toutes ses
nuances, toutes ses délicatesses, cela sans aucun des in-
convénients que l'on rencontre dans les autres cornets
et nous refuserions son aide son assistance? Certes non,
Nous n'avons pas l'intention d'affirmer que nous
avons la perfection: nous dirons volontiers avec M. le D r
Levrand que l'on n'a pas encore trouvé les lunettes de
l'oreille. Estimons-nous cependant heureux d'avoir cet
appareil et remercions Mgr Verrier de nous avoir doté
de son audigène dû uniquement à sa charité pour une
classe de déshérités.
Nous voici donc en possession d'un appareil nous per-
mettant de faire cette éducation aurale, à qui allons-
nous appliqueras nouveaux exercices, allons-nous faire
une sélection, allons-nous choisir parmi nos élèves ceux
qui paraissent avoir conserve une sensibilité auditive
suffisante, allons-nous écarter ceux qui nous semblent
absolument sourds, allons-nous retomber dans les er-
reurs et les errements d'autrefois ?
Médecins, professeurs, tous ceux qui ont essayé de se
rendre compte du degré d'audition de leurs élèves n'i-
gnorent pas la tache ardue qu'ils s'imposent etles résul-
tats problématiques qu'ils doivent obtenir. Tout le mé-
rite des expériences faites à l'institution de Bourg-la-
Reine et eu cours depuis bientôt deux années, repose
sur ce fait, c'est que toutes les élèves sans exception ont
été appliquées à ce nouveau genre d'étude. On aurait pu,
— 258 —
c'est ainsi qu'on a procédé lorsqu'il s'est agit de la mise
en œuvre de la méthode orale, n'y exercer que les nou-
velles élèves, celles qui commençaient l'étude des élé-
ments de la parole et faire marcher de front: parole,
lecture sur les lèvres, audition: mais ce n'est pas ainsi
que l'on a procédé et les résultats obtenus ont été la jus-
te récompense des efforts tentés.
Qu'aurait prouvé cette heureuse tentative si on avait
pris quelques élèves de choix, ayant conservé une par-
tie de leur faculté auditive et se trouvant ainsi dans des
conditions excellentes pour réussir ? Rien, ou â peu
prés, Faisons de même, appliquons tous nos élèves à ce
nouvel enseignement et pour tous, nous retirerons
certainement profit-.
Il ne s'agit pas, bien entendu, de prendre tous les élè-
ves de nos écoles et de s'appliquer avec eux à dévelop-
per à l'aide de l'Audigêne et d'exercices spéciaux ap-
propriés la faculté auditive. Non, nous voulons sim-
plement parler de tous les sourds qui commencent
l'étude de l'articulation et pour lesquels les exercices
d'audition marcheront de pair avec l'étude de la parole
et de la lecture sur les lèvres.
Plus de classes, plus de catégories, plus d'exceptions i
nous avons l'enseignement de la parole pour tous, créons
aujourd'hui l'étude de l'audition également pour tous.
Ce n'est que le jour ou la parole a été vraiment donnée
à tous les sourds-mu.ets que la mélhode orale pure a
conquis son droit à l'existence, il en sera de même pour
l'éducation auriculaire.
Est-ce à dire que tous les sourds en retireront le mê-
me profit? Ce serait le plus cher de nos désirs, hélas,
il n'est pas encore entendu !
Tous les Sourds-Muets entendront-ils? — Nous avons
dit que l'éducation de l'oreille devait-être appliquée à
tous les sourds-muets sans distinction, plusieurs raisons
— 259 -
importantes militent eja faveur de cette application géné-
rale de tous à ce nouveau genre d'éducation.
C'est d'abord la difiiculté de reconnaître parmi nos
élèves ceux qui ontcomervé une sensibilité auditive suf-
fisante pour permettre d'espérer une amélioration nota-
ble, les expériences tentées jusqu'à ce jour ont montré
que certains de nos sourds qui semblaient être moins
favorisés ont au contraire donné des résultats très satis-
faisants. — Appliquons donc tous nos élèves à cette étu-
de, ce sera certes le meilleur moyen de reconnaître ceux
qui pourront en profiter par la suite d'une façon plus
complète.
Si nom nous adressons à l'oreille de notre élève en
même temps que nous lui donnons les éléments de la
parole, nous retirerons certainement pour tous une
amélioration sérieuse de la voix et de la prononciation,
c'est un progrès qu'il importe d'obtenir et sur lequel il
était boii d'attirer l'attention de nos confrères; il me
semble superflu d'ajouter que le rythme de la parole
gagnera par- la suite également de son Côté, l'oreille
ayant recouvré en partie son rôle de régulateur.
Quoique nous n'ayons pas l'intention d'amener nos
élèves a se servir du toucher, nous n'hésitons pas à pro-
céder pour ce sens à une éducation spéciale, pourquoi
hésiterions-nous à procéder de même lorsqu'il s'agira
de l'ouïe, de cet instrument merveillenx dont la perte
constitue une des plus grandes infirmités humaines?
Jusqu'à présent nous ne nous sommes pas occupé des
avantages que nos élèves pourraient retirer de cette é-
ducation au point de vue de l'oreille elle-même, nous
venons de voir que nous avions tont intérêt à tenter cet-
te éducation ne dut-elle apporter aucun résultat sensi-
ble dans l'audition de nos élèves pour leurs relations
sociales, Nous avons hâte de dire que les résultats que
nous obtiendrons seront encore plus pratiques et plus
particulièrement heureux pour les sourds,
On peut affirmer aujourd'hui que la surdite complète
cette surdité radicale, absolue n'existe pas et que tous
- 260 —
tes sourds-muets entendent. Muets ils sont restés parce
que leur oreille ne leur a pas permis d'acquérir comme
nous, par le contact de nos semblables le moyenliabituel
de communication, Muets, ils sont devenus parce que
leur sensibilité auditive diminuée par la maladie ne leur
a plus permis d'entendre comme auparavant et de conser-
ver cette délicieuse harmonie humaine, cette parole ac-
quise avant l'accident qui leur est survenu, Mais, tous,
ont à l'état latent une sensibilité qui n'attend que l'ex-
ercice pour se développer et qui hélas ne l'attend que
depuis trop longtemps.
Ce degré d'audition ne permettra pas à tous de récu-
pérer, d'interpréter les sons qui frappent l'oreille et par
suite la parole elle-même, mais les expériences qui se
sont poursuivies jusqu'à ce jour montrent qu'un grand
nombre de nos élèves arriveront à recouvrer une sensi-
bilité auditive qui leur permettra par la suite de se ser-
vir d'une façon utile de leur oreille.
Nous estimons, personnellement que près de 50%
de nos sourds peuvent acquérir suffisamment cette fa-
culté précieuse pour s'en servir d'une façon efficace, le
résultat serait-il amoindri qu'il nous offre néanmoins
une marge assez grande pour nous permettre de tenter
les plus sérieux efforts.
Nous avons vu d'ailleurs que tous nos élèves doivent
retirer de grands avantages de l'éducation auriculaire
de plus tous entendront et nous sommes entièrement
persuadé que les résultats minimums nous donneront tou-
jours un certain nombre de sons, de mots et d'expres-
sions; il est bien convenu que ce n'est pas à ce résultat
que nous tendons et que nous ne nous estimerons satis-
faits que de ceux de nos élèves qui à la lecture sur les
lèvres pourront joindre l'usage de leur oreille.
Le nombre en est assez respectable pour que nous les
recherchions parmi ceux qui nous sont confiés.
Nous avons revu depuis peu toutes les élèves de l'é-
cole de Bourg la Reine et notre confiance dans le résul-
tat final n'a pu que s'afïermir, évidemment toutes ces
— 261 —
enfants n'entendront pas, mais nous pensons que la pro-
portion que nous indiquons plus haut sera dépassée.
Toutes entendent, plus ou moins, et il y a lieu de croire
que plus de 50 % arriveront à entendre suffisamment
pour faire bon usage de leur oreille.
Nous ne voulons pour le. moment que tirer les conclu-
sions suivantes :
1". — Véducation de l'oreille Ce tous les enfants sourds
s'impose, à l'attention des instituteurs de sourds-muets.
2". — Cette éducation doit se commencer en même
temps que l'étude de l'articulation.
3'. — Elle nous est rendue plus facile par l'emploi de
VAudigène Verrier qui est pour le moment le meilleur
instrument acoustique que nous possédions.
4°- — Cette instruction peut être étendue à toutes les
personnes atteintes de surdité.
Nous montrerons dans un autre article comment on
peut procéder dans cet enseignement et de quelle ma-
nière on peut s'y prendre pour arriver aux résultats dési-
sirés.
Ad. Bélanger
- 262 -
UN ARTISTE SOURD-MUET
CLAUDE WALLON
MOSAÏSTE champenois
La France et les pays du Nord qui furent si riches en
peintre? verriers le sont beaucoup moins en mosaïstes,
bien qu'il y ait une certaine analogie entre la mosaïque
et la peinture sur verre. Le premier de ces deux arts
rappelle surtout l'Italie; le second a eu son plein épa-
nouissement en France et en Allemagne.
« Ce fut de tout temps, a dit un auteur, que l'art de la
mosaïque a été le mieux pratiqué en. Italie, à raison de
la qualité supérieure que la pouzzolane apporte dans les
ciments et dans les enduits. Le travail d'une mosaïque est
une œuvre de patience qui s'exécute à peu près comme
il suit, sauf les variantes qu'admet le procédé, selon
que la mosaïque estexécutée surplace ou dans l'atelier.
« On dresse d'abord une forme ou surface plane très
unie, qui sera celle qui doit lui servir de soutien et sur
laquelle on trace ou l'on calque l'objet que l'on veut re-
présenter. D'autre part, on a rassemblé une multitude
de petits débris de pierres, de marbres et d'émaux que
l'on a classés par couleurs et par tons différents : cette
partie du travail peut être faite par des femmes et des
enfants; puis c'est en rapprochant ces divers fragments
selon les nuances que le dessin comporte, et en les unis-
sant à l'aide d'un mastic, que l'on arrive à recouvrir
entièrement la îorme et à reproduire ainsi le sujet qu'il
faut imiter. Un poli général que l'on donne à la surface
confectionne l'œuvre.
« 11 est aisé de voir que le succès de cette opération dé-
pend de 1'inaltérabililé des matières employées, de la
— 263 —
ténuité des fragments réunis, d'où résulte le plus ou
moins de facilité d'obtenir des variétés de ton sans tran-
sitions trop brusques, de la régularité des facettes des
particules par où s'opère leur jonction: les formes cubi-
ques sont les plus favorables; enfin de la fluidité et ce-
pendant de l'adhérence du mastic qui les lie.
«C'est par l'usage de ces procédés que les artistes ita-
liens sont parvenus à exécuter des mosaïques surpre-
nantes par l'éclat des tons et la fidélité du dessin, et dans
lesquelles ils ont employé, pour plus de perfection, jus-
qu'à des pierres précieuses. On voit à Rome, dans la
basilique de Saint-Pierre, des reproductions de tableaux
de grands-maîtres, entre autres la Transfiguration de
Raphaël, à l'échelle d'exécution, qui rappelleront encore
les originaux longtemps après que la destruction aura
passé sur leurs toiles. »
C'est vers 1801 que fut apporté en France l'art de la
mosaïque. On le doit au premier Consul, après sa cam-
pagne d'Italie. Il avait fait mieux que d'enrichir nos mu-
ses des dépouilles de cette terre classique de l'art; il
avait appelé d'Italie en France, des maîtres qui devaient
faire école et laisser des élèves dignes d'eux. C'est ainsi
qu'il chargea un célèbre mosaïste italien, M. Belloni,
non seulement de travaux importants dans plusieurs
palais de France, mais de la direction d'un atelier de
mosaïque. JVoici en quels termes les journaux du temps
annonçaient cette fondation :
« Le Ministre de l'Intérieur vient d'arrêter qu'il serait
établi un atelier de mosaïque daus le local consacré à
l'instruction des sourds-muets. Dix de ces malheureux
(le nombre s'en est accru depuis), choisis parmi ceux
qui annoncent le plus dedispositionpourle dessin, s'exer-
ceront sous la direction d'un maître habile, M. Belloni,
citoyen romain, dans un art presque inconnu enFrance.»
Parmi les élèves appelés à suivre les leçons de Bello-
ni se trouvait un jeune homme originaire de la Marne,
Claude-Augustin Wallon, né a Épernay, le 3 mars 1790.
Olaude-Angustin. fils d'un maître perruqnier, était le
— 264 —
second de quatre enfants. Sourd-muet de naissance, il
fut admis à l'âge de neuf ans, à l'institution créée, il y
avait seulement quelques années par le généreux abbé de
l'Épée et dirigée alors par l'abbé Sicard.
L'enfant y apprenait le métier de tailleur, lisons-nous
dans uue notice manuscrite conservée par la famille de
Wallon, quand, en lfc07, l'-jmpereur ouvrit un atelier de
mosaïque.
Claude Wallon fut du nombre des dix élèves sourds-
muets choisis parmi ceux qui témoignaient le plus de
dispositions pour le dessin. Il s'exerça sous la direction
du professeur aussi habile que renommé, M. Belloni,
dont nous venons de parler, et fut certainement son élè-
ve le plus distingué.
Il s'adonnait avec passion à sontravail, tout son amour
lui était voué. Ce qu'il en réservait était à son maître
Belloni, pour qui il avait une vénération profonde. 11
aimait à demeurer près de lui, et s'il le quittait de temps
à autre, c'était dans l'intérêt de leur art commun.
Il alla visiter et admirer les chefs-d'œuvre de mosaï-
que que possédaient l'Italie, la Suisse, la Hollande, la
Belgique, la Prusse, l'Angleterre et toute la France. Il
fortifiait, développait et complétait ainsi ses études et
ses goûts.
Il possédait un dessin sur, un coloris des plus exquis.
C'est ce .qui frappe dans les mosaïques qu'il exécuta pour
nos palais nationaux. Celles de la salle de Melpomène et
celles de la galerie des antiquités du Louvre, sont de sa
main. Elles révèlent un mosaïste très intelligent. Sans
aucun doute, s'il eût voulu, et s'il n eut préféré travailler
modestement près de son maître, il eût été mis au rang
de nos Artistes les plus en renom dans cet art mer-
veilleux.
Ses neveux conservent précieusement plusieurs mo-
saïques exécutées par lui.
Claude Wollon s'adonna aussi à la peinture au pastel
et à l'aquarelle. 11 a fait, d'après les peintures du Louvre.
— 265 -
plusieurs portraits de famille fit différents dessins très
bien exécutés.
Wallon ne s'était pas occupé que de la pratique de son
art, il laissa en manuscrit une étude sur la mosaïque.
Ses goûts simples et sans ambition aucune ne lui per-
mettaient pas d'amasser plus de fortune que de célé-
brité. ■ Après trente-huit ans d'un labeur constant et
remarquable, sa modestie se trouva grandement satis-
faite. Claude Wallon ne vécut dès lors que pour admi-
rer des maîtres qu'il aurait pu égaler et s'éteignit à Paris
le 22 septembre 1857, dans le calme et la simplicité qu'il
avait aimés. 11 suivait de près dans la tombe son ancien
maître Belloni, qui était mort à Vaugirard le 27 novem-
bre 1856, à l'âge de quatre-vingt-six ans.
Amèdée Lhot© (')
BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE
FRANCE
G. R. Anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Epée, Réu-
nion des sourds-muets du midi sous la présidence honoraire de M,
Th, D»ni3 et sous la présidence effective de M. le Docteur Bourras,
In, 8. 17 p. Cette 1892.
Nous avons donné dans notre dernier numéro les deux
discours prononcés dans cette réunion si cordiale.
Ad, Bélanger, La lecture sur les lèvres mise à la portée des
personnes devenues sourdes, In- 8:24 p.
Travail extrait de la Revue Française de l'éducation
des Sourds-muets pendant l'année 1891 — 9*^
(l) Neveu de Claude Wallon. Cetle notice a paru dans le
Journal de la Marne en 1876,
— 266 -
Association fraternelle des souids-muets de l'est Fondée le
26 octobre 1893, Statut» adoptés en assemblée générale 1* 23 NoTem-
bre 1890. approuvé par le préfet de Meurthe et Moselle le 2 juin 189
D r H, Lavrand. Un, progrés en otiatrie In. 8. 6 p.
Article extrait du Journal des sciences médicales de
Lille. 1891. Nous avons donné dans notre dernier nu-
méro lès conclusions de M. le \M' - Lavrand' dans, un arti-
cle sur l'audigéne Verrier.
INFORMATIONS ET AVIS DIVERS
L'Abbé de l'Epée et les Hiéroglyphes. — La Curio-
sité Universelle publie une lettre de C.Nouti au Direc-
eur de cette intéressante publication.
Nous détachons de cet article intitulé : A propos de
l'Abbé de VÉpée, de C\a?npolion et des Hiéroglyphes les
quelques passages suivants :
Si je vous prouvais que l'honneur d'avoir deviné la
méthode et l'esprit de la langue égyptienne antique
n'appartient pas uniquement à Jean-François Champol-
lion, mais bien à l'abbé de l'Épée, que diriez-vous?
Je ne suis, je vous assure, rien moins qu'un faiseur
de parodoxes, mais un simple liseur et ce quejevais vous
tâcher d'expliquer, je vous avouerai que je l'ai trouvé
dans les numéros 37 et 38 (novembre et décembre 1867)
de la Revue de Paris (1).
Dans deux articles intitulés Champollion et Vabbé de
l'Epée, M. l'abbé Revillout s'est livré à l'étude comparée
(l) Revue de Paris. Nouvelle série, 8, rue de l'Université
Paris, 1867.
- 267 —
du langage des sourds-muets et du mécanisme des hié-
roglyphes. Après s'être étendu très savamment sur ce
système scriptural, nous avoir expliqué d'une façon
aussi claire que précisa la grammaire et les règles de
.'a formation des mots et du groupement des idées, M,
l'abbé Eugène Revillout-arrive à tirer cette conclusion
que je me permettrai de vous citer in extenso :
« Si Champellion pouvait se glorifier à bon droit
d'avoir découvert une langue si différente des nôtres,
l'honneur de l'avoir pénétré dans sa méthode et dans son
esprit ne lui appartenait pas uniquement; car tout ce
qu'il venait de retrouver avec effort, l'abbé de l'Epée
l'avait créé pour une partie de sa génération, quelques
années avant lui.
« Représentations, symboles, racines, suffixes, déter-
minatifs, l'abbé de l'Épée avait donné tout cela à-ses élè-
ves, aux sourds-muets.
« Entre des idiomes séparés par tant de siècles, il res-
te à peine, pour qui sait voir, une simple question de
dates, d'objets à peindre et d'instruments. »
*
* ».
Le tombeau de l'abbà Sieard. — M. Osiris vient d'é-
crire au Préfet de la Seine pour lui demander l'autori-
sation de procéder, à ses frais, à divers travaux de cons-
truction ou d'aménagement aux sépultures, tombeaux
ou monuments d'un certain nombre de personnages il-
lustres qui reposent dans les cimetières parisiens et dont
Jes sépultures sont « indignes de leur gloire » soit pa
leur état d'abandon et de délabrement, soit que rien ner
les signale à l'attention de la postérité.
Par exemple, au cimetière de l'Est : Bellini, Grétry,
Méhul, Delille, Laharpe, Boufllers, la Dugazon, la Rau-
court.la Duchesnoy, le peintre Prud'hon, Lakanal, Four-
croy, l'abbè Sioard. les maréchaux Serrurier et Péri-
gnon, les frères Lameth, Camille Jordan, Tallien et de
Séze.
— 268 —
Au cimetière du Sud : l'abbé Grégoire.
Au cimetière d'Auteuil : le savant Legendre.
Le préfet a répondu à M. Osiris en lui accordant, avec
quelques réserves administratives, l'autorisation deman
dée,
(La Curiosité Universelle)
Étude sur les Sourds-muets, par l'abbé Ed. Rieffel,
ancien directeur de l'institution Nationale des Sourds-
Muets de Chambéry, broché in-8, 54 pages, Prix : Ofr. 75.
Pour les Sourds-muets, Ofr. 60.
S'adressor à M. Henri Remy, àDaunoux (Vosges); ou
à M. l'abbé Hiboux, à Curriêres par Saint- Laurent-du-
Pont (Isère).
AVIS IMPORTANT
Ce numéro étant le dernier de la Septième année, nous
prions nos lecteurs qui ne l'ont pas encore fait de vouloir
bien renouveler leur abonnement pour la 8* année.
Le mode le plus simple de paiement est l'envoi d'un
mandat-poste au nom de M. Ad. Bélanger, Directeur de
a Revue, rue Méchain, 8, Paris.
Abonnements pour la France, un an 9 fr.
Pour X 'Étranger, un an 10 fr.
Imp. VBELANGER.22S, Rue S»nW«c}ue» Paris_ig»»
TABLE ANALYTIQUE
de la
REVUE FRANÇAISE
ds l'Éducation des Sourds-Muets
SEPTIÈME ANNEE
Table alphabétique des noms d'auteurs
Anga Ga'demar. L'amour chez les aveugles et les
— sourds-muets 137
Bélanger (Ad.) Une lettre de l'abbé Ch. M. de
l'Épée. . ...... 7
— Le frère Bernard et la phono-
dactylologie 11
— Bibliographie générale des ouvra-
ges parus en France ou en Lan-
gue française 1 er Supplément
13, 49, 72
— Bibliographie, 11, 20, 37, 122, 164,203
249,265
— Livres de leeture pour nos élèves 27, 52
— La lecture sur les lèvres mise à la
portée des personnes devenues
sourdes. . . . 31,68,93,119,132
— Nécrologie 76
— Le Cornet acoustique de Mgr.
Verrier et les résultats obtenus
jusqu'à ce jour 80.113
— Un èvêque sourd-muet au VI
siècle 91
— Le théâtre et les sourds-muets 158
— La photographie de la parole, . 188
— Chronique 201
— L'audigène Varrier 227
— L'éducation de l'oreille chez les en-
tants sourds à l'aide de l'Audigène
*- 27Ô -
Verrier 253
Bar toux. (G.) Des écoles enfantines de sourds-
muets i03
Claveau. (0.) Uu progrès inattendu 56
— Le R. P. Bouchet 85
Denis. (Th.) Ephémérides de la surdi-mutitè en
France. ,
— Avril 5
— Mai 29
— Juin . . . 53
— Juillet 77
— Août 101
— Septembre 125
— Galerie historique et artistique de
l'Institution nationale de Paris. 47
— Discours 235 240
Dubranle. (A.) Préface de la traduction française
de l'ouvrage de Juan-Pablo Bonet 38
Duvignau (René) Revue des Journaux étrangers,
Quarterly Review 42
— Le prochain congrès international. . . 243
Èpèe(Ch M. de 1') Lettre à Monsieur le D r Saillant 8
Goislot (l'abbé) Le R. P, Bouchet. ..... 88
Grimm (Thomas) La photographie de la parole. . 141
Lhote (A.) Un artiste sourd-muet, Claude Wallon. 262
P... C... (Frère) Enseignement des voyelles
nasales 128
Rattel (D r . J. A. A.) Un instituteur de sourds-
muets inconnu. L'abbé J.
Ferrand 173.215
Renz (C) Revue des Journaux étrangers. .
— Organ der Taubstummen AnstaJten . 65
— Blaetfer fur Taubstummen bildung. 116, 161
— Bibliographie 205,249
Tiden(D. < ) Discours 232
TABLE DES MATIERES
de la
SEPTIÈME ANNÉE
Les Beaux-Arts et las sourds-muets.
Galerie historique et artistique de l'institution natio-
nale de Paris, 47
Artistes sourds-muets. 202
Le vainqueur de la Bastille, 248
Un artiste sourd-muet, Claude Wallon 261
Bibliographie
Bibliographie générale des ouvrages parus en France
ou en langue française sur l'enseignement des
sourds-muets.
Premier supplément. 13,46
Bibliographie internationale
FRANCE
Pôrini (Ch.) Méthode pour enseigner par la parole,
la langue maternelle aux sourds-muets. 20
Juan Pablo Benêt. Réduction des lettres à leurs éléments
primitifs et art d'enseigner à parler aux sourds-
muets. (Traduction de M. M. Bassouls et Boyer) 37
G. Bertoux. Cahier de vacances. 122
E. Àlberge, et H. Gaillard. Emmeli c e 164
— 272 —
Frèr« Mèdèric. La Question des sourds-muets en
France, en particulier dans le département du Nord 166
Institution des sourds-muets et des jeunes aveugles
de Ronchin- Lille. 167 949
Ladislas le sourd-muet. iq j
V. P. Dom. C. M. B, Curriére autrefois et aujourd'hui 203
Ligue pour l'union amicale, Causes et raisons de sa
dissolution. 250
G. R. L'anniversaire de la naissance de l'abbé de
l'Épée. Réunion des sourds-muets du Midi. 266
Ad. Bélanger. La lecture sur les livres mises à la por-
tée des personnes devenues sourde. 265
Association fraternelle des sonrds-muets de l'Est.
Statuts. 266
D r H. Levrand. Un progrès en Otiatrie. 266
L'abbè Ed. Rieffel. Étude sur les sourds-muets. 266
ALLEMAGNE
Rudolf Denhardt. Le bégaiement, 205
Kœler et Krusse. Livre de lecture pour les classes
moyennes des institution de sourds-muets. 206
W. Hemmes. Livre de Religion pour les sourds-
muets catholiques, 207
Reuschert; L'agenda de l'Instituteur de sourds-muets 248
Biiographies
LeR. P. Boûchet (0. Claveau). 85
Le R. P. Bouchet [L'abbé Goislot) 88
Sœur Saini-Camille. 109
L'abbé Jean Ferrand (D' J. A , A. Rattel.) 173 215
Claude Wallon (A. Lhote). 251
— 273 —
Chronique de l'étranger
Institut de Gruyères (G. de Fribourg, Suisse.) 23
Institut national de Buenos-Ayres (Rép. Argentine 45, 146
Institution de Groningue (Hollande) 74
Les |sourds-muets et les aveugles en orient 245
Les institutions de Sourds-muets aux Etats Unis 216
Chronique des Institutions françaises.
Jurys d'Examen 75
Institution de Ronchin (Lille) 96
1 nstitution nationale de Paris . 99, 167, 251
Institution de Lyon," Villeurbanne 146
Institution N u de Chambêry: 143, 169
institution d'Elbeuf. 169
Institution de la Malgrange' près Nancy. 170
Asiles pour les sourds-muets. 201
Institution pour les sourds-muets arriérés 203, 247
Congrès
Le prochain congrès international 243
Distinctions honorifiques
Monsieur Capon 1^6
Monsieur Snyckers. 251
Monsieur Alard 251
— 274 —
Histoire de l'enseignement
Éphémérides de la'surdi-tuutité en France
Avril 5
Mai 29
Juin 53
Juillet 77
Août 101
Septembre 125
Une lettre de l'abbé Ch. M. del'Epée. 7
Le frère Bernard et la phonodactylogie. 1 1
Méthode pour enseigner par la parole la langue ma-
ternelle aux sourds-muets par Ch. Périni. 20
Une traduction française de l'ouvrage de Juan, Pablo.
Bonet. g7
Un évêque Sourd et Muet au VI* siècle. 91
Un instituteur de sourds-muets inconuu, l'abbé Jean
Ferrand (D r Rattel). 173, 215
Les trois amis (Episode de la vie dej. R. Péreire 193
Gravures
L'audigène Verrier 149
L'abbé Jean Ferrand 200
Livres de lecture pour nos élèves
Jean Aicard. Le livre des petits 27
AdriemLinden. Les historiettes de Grand-papa Gilbert 28
B. Subgrcaze. Premier livre de lecture. 22
Jules Masson. Le livre de lecture des petits enfants. 52
Méthode
Le frère Bernard et la phonodactytologie. 11
La lecture sur les lèvres mises à la portée des person-
nes devenues sourdts(4d. Bélanger)Zi. 68, 93, 119, 132
= 275 —
Un progrès inattendu (O t Clar>eau) 56
Le cornet acoustique de Mgr. Verrier et les résultats
obtenus jusqu'à ce jonr {Ad. Bélanger) 80
Des écoles enfantines de sourds-muets (G. Bertoux) 103
Le cornet acoustique de Mgr. Verrier nouvelles expé-
riences 113
Enseignement des voyelles nasales. 128
Notice sur l'emploi de l'Audigène Verrier. 149
L'Audigène Verrier 227
L'éducation de l'oreille chez les enfants sourds, à l'aide
de l'Audigène Verrier. 253
Nécrologie
M m. y* Delaplace 24
Jean Arnold 52
M. Melville 52
R. P. Bouchet 76
S r Saint-Camille 100
L'amiral Peyron 250
Rotuo des journaux
Quartely Rewiew 42
Organ der Taubstummen Anstallen. 68
La Gazette des sourds-muets. HX)
Blaetter fur Taubstummen bildung. Il 101
Sociétés de bienfaisance
Ligue pour l'Union amicale des sourds-muets 25, 125
Associatlou amicale des sourds-muets 210
— 276 —
Société d'appui fraternel des sourds -muets de France 251
Variétés
Des sourds-muets en police correctionnelle. 123
L'amour chez les aveugles et les sourds-muets 131
: La Photographie delà parole {Thomas Grimm) 14]
Le théâtre et les sourds-muets 158
La photographie delà parole [Ad. Bélanger) 188
Un Sourd-muet eu Cour d'Assises. 208
Le 179* anniversaire de la naissance de l'abbé de
l'Épée 210,255
La fête des sourds-muets du midi. 23tJ
Un monument au Général Ladreit de Lacharrière. 251
La pantomine jugée par un sourd 255
L'abbé de l'Epée et les Hyroglyphes 266
Lé Tombeau de l'abbé Sicard 267
Paris Jmp. V, Bl.LANGSR 3Ï<j Rue StacquM
il 9